dimanche 21 juin 2015

Mémorisation des numéros de téléphone avec le Grand Système




Un passionnant livre sur la mémoire et les nombres par Anne Machet, professeur à l'Université Lumière Lyon II.


Chers amis,

Ma sœur, Brigitte, qui a corrigé tous les articles de ce blog depuis le début, qui a participé à l’ensemble de mes traductions, que ce soit de l’allemand ou de l’espagnol, m’a dit qu’elle ne trouvait pas la mnémotechnie « intéressante ». C’est une remarque en elle-même (j’insiste sur le mot) « intéressante ». En effet, la mnémotechnie n’a aucune signification si vous n’avez dans aucun domaine des problèmes de mémoire. J’ai une amie qui est capable de retenir sans difficulté vingt numéros de téléphones par cœur. Pourquoi se casserait-elle la tête à mémoriser des images et une histoire comme je vous l’ai proposé ?

On peut faire sur le sujet de la mnémotechnie une dure et triple métaphore : de même que vous n’avez pas besoin de mnémotechnie si vous avez dans tous les domaines une excellente mémoire, vous n’avez pas besoin de médicaments si vous n’êtes pas malade, de psychiatre si vous n’avez pas de problèmes mentaux, de religion si vous n’avez pas d’aspirations spirituelles. Le problème est que à peu près tous les gens que je connais ont un problème avec un certain type de mémoire, que les gens qui ne tombent jamais malades et n’ont jamais besoin de médicaments sont très rares, qu’il n’y pas beaucoup de personnes n’ayant aucun trouble mental et que une majorité de mes amis ont une aspiration spirituelle. Si je prends mon exemple, les seuls numéros de téléphone que j’arrive à retenir par la mémoire naturelle sont le mien et celui de mon père. En revanche, par la mnémotechnie, je peux en retenir dix. Pourquoi ? Parce que j’ai toujours eu la mémoire des textes et non des chiffres. Je dois passer par la mnémotechnie pour retenir ce type d’informations et même, grâce à elle, je peux réussir des prouesses avec les nombres : si vous le désirez, lorsqu’on se reverra, je peux vous réciter quarante chiffres après la virgule du nombre Pi et certains mnémotechniciens peuvent en dire des milliers.

J’avais prévu, pour aujourd’hui de vous inciter à mémoriser des dates de l’Histoire de France, mais nous allons commencer par retenir le plus utile, je pense : les numéros de téléphone (bien qu’actuellement tout soit mémorisé dans la mémoire de votre portable). Ce sera donc notre challenge du jour.

D’abord un truc-rappel sur le Grand Système que nous allons continuer à utiliser. Pour mémoriser dans l’ordre les consonnes attribuées aux dix premiers chiffres, vous avez une phrase mnémotechnique, un peu alambiquée, un peu absurde, mais très efficace : « Sot, tu nous mens, rends les chants que fit Pan. » (s = 0, t =1, n = 2, m = 3, r = 4, l = 5, ch ou j = 6, q ou k = 7, f = 8, p = 9).

Á présent, pour se souvenir des numéros de téléphone, il suffira de transcrire chaque chiffre par une des consonnes déjà déterminées du code du Grand Système. Je propose donc les trois numéros suivants. J’enlève l’indicatif 01 de la Région Parisienne car ils commencent tous par lui :
1) Magasin bio : 90 23 02 70
2) Fleuriste : 80 68 41 33
3) Centre d’animation « Le Point du Jour », activité yoga : 46 51 03 15

1) Je commence par mon magasin bio : 90 23 02 70. Cela donne les lettres b s n m s n c s. Il faut donc réaliser une phrase avec des mots dans cet ordre, comportant ces lettres initiales (ce peut être la deuxième lettre, naturellement, quand vous prenez un mot commençant par une voyelle). On peut proposer la phrase (mais il y en a d’autres) : « Bien Se Nourrir : Mens Sana iN Corpore Sano ». Visualisez alors très fortement, par exemple la bonne santé des propriétaires de ce commerce, pensez à l’idéal grec de l’esprit sain dans un corps sain, peut-être même des jeux olympiques dont tous les participants auraient acheté leur nourriture dans cette boutique.

2) Au tour du numéro de mon fleuriste : 80 68 41 33.
Cela donne les lettres v, c, j, f, r, t, m, m. Imaginez que vous offrez un bouquet somptueux à la personne que vous aimez le plus au monde. Sur la carte qui l’accompagne, vous avez écrit : « aVec Ces Jolies Fleurs Reçois Tout Mon aMour ».

3) Centre d’animation « Le Point du Jour », activité Yoga : 46 51 03 15.
Nous avons cette fois les lettres r, j, l, t, s, m, t, l.
Je peux par rapport au yoga que j’y pratique énoncer cette phrase symbolique : « Redresse Jeff Le Torse Si Mental Têtu Lâche »
Elle représente l’esprit yogique et nous allons réaliser d’après elle une image. Je peux me voir dans une posture de yoga, par exemple le cobra, qui consiste à bien redresser le torse. En même temps, j’essaye d’évacuer toutes les images négatives de la journée, mes colères, mes préoccupations, mes frustrations. Je fais le vide dans mon mental têtu (car il ne veut pas s’arrêter de penser, de ressasser). Je vais encore plus loin, si je le désire, et j’essaye de parvenir à l’état de méditation (dhyâna en sanskrit) où je n’aurai plus conscience que de mon corps et de la réalité présente, totalement dans l’ici et maintenant.

A présent, faites vous-mêmes l’expérience de trouver des mots et de créer des phrases dynamiques pour mémoriser ces numéros et vous vous rendrez compte que vous allez imaginer des petites histoires totalement différentes mais que vous retiendrez beaucoup  mieux. J’ai le même concept que Malati, ma professeure de Yoga, qui dit que chacun fait son yoga ou que Milton Erickson, un des plus grands psychothérapeutes et hypnothérapeutes du vingtième siècle, qui affirmait qu’il fallait une thérapie différente pour chaque patient parce qu’aucun d’eux n’était semblable. De même en mnémotechnie, chacun a une mémoire spécifique, soit visuelle, soit auditive, soit kinesthésique, soit scripturale, soit sémantique, soit photographique, ou alors un combiné de deux, de trois de ces mémoires, etc. In fine, toute personne utilise les procédés mnémotechniques, pourtant communs à l’ensemble des hommes, d’une façon distincte et crée son propre univers.

Symboliquement, au départ, avec les procédés mnémotechniques, je suis là pour vous donner une nourriture, un poisson tout cuit que vous pourrez manger tout de suite. Mais après, ce poisson, je vous apprendrai à le pêcher et à le cuire pour que vous développiez votre propre mémoire qui est différente de celle de tous les autres et pour que vous puissiez vivre vos expériences mnémotechniques de manière autonome, que vous n’ayez plus besoin de mon aide. Ce sera à vous de choisir le moment où vous volerez de vos propres ailes !

La prochaine fois, je vais parler de la mémorisation des dates de l’Histoire de France (que je voulais vous montrer aujourd’hui).

Voilà. C’est fini pour cet article. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines d’aujourd’hui. Portez-vous bien. Amicales salutations.



vendredi 19 juin 2015

Mnémotechnie des nombres : le Grand Système



Tony Buzan est actuellement un des plus grands experts mondiaux en mnémotechnie. Il est le fondateur des championnats du monde de mémoire et l'inventeur du procédé des "mind maps".



Chers amis,

Plusieurs lecteurs de ce blog se sont plaints auprès de moi d’avoir une mauvaise mémoire des chiffres et la relient à leur enfance où ils étaient, disent-ils, mauvais en mathématiques. Ils m’ont demandé s’il y avait des systèmes pour pallier ce manque. Evidemment, il y en a, et un surtout, le Grand Système, qui a été conçu dès le dix-septième siècle et qui fonctionne remarquablement.

Mais j’ouvre tout d’abord une parenthèse. Moi aussi et des mnémotechniciens aussi confirmés que Tréborix étions nuls en mathématiques durant notre enfance. Pourquoi ? A cause des quatre points fondamentaux de la mémoire (intérêt, attention, volonté, émotion) : personne bizarrement ne m’avait expliqué à quoi servaient les mathématiques ; on aurait pu me dire : pour rendre correctement sa monnaie, pour tenir ses comptes, pour construire des maisons, des routes, pour dessiner des plans, pour mesurer la Terre et l’espace, etc., mais personne, oui absolument personne, aucun professeur de mathématiques ne s’est préoccupé de cette pédagogie élémentaire.

 Le résultat est que j’allais à ce cours sans aucune motivation, que donc je n’étais pas attentif et que je n’avais aucune volonté, aucun projet par rapport à cette matière. Le pire était, qu’à la différence d’autres enseignements, il n’y avait aucune émotion dans ce qu’énonçait le professeur, il n’était ni joyeux ni triste et débitait son cours en ânonnant. Ceux qui ne comprenaient pas tout de suite étaient mis dans une sorte d’enfer, semblable à celui de certaines religions, des « mauvais en maths ». Cela avait des conséquences très graves : exclusion des filières et des baccalauréats scientifiques où l’on orientait « les bons élèves » (sic !), jugement social défavorable qui considérait que vous aviez un mauvais atavisme (« il n’a pas la bosse des maths », c’était un des pires relents actuels de la philosophie physiognomoniste ouvertement raciste du dix-neuvième siècle). 

Ce jugement grave était accompagné d’une autre idée reçue, selon laquelle il était impossible d’être à la fois littéraire et scientifique. D’après la théorie officielle, les deux types de disciplines seraient incompatibles. Pourtant, bizarrement, si l’on regarde des données factuelles, biographiques, ce n’est absolument pas le cas. Ainsi, au dix-septième siècle, Blaise Pascal, un des plus grands mathématiciens de l’époque, fut aussi un des auteurs les plus déterminants du canon occidental, à la fois par sa rhétorique subtile et du fait de son style flamboyant. Au vingtième siècle, le grand poète Paul Valéry était connu pour sa passion des mathématiques qu’il pratiquait tous les matins. Raymond Queneau, l’immortel auteur des Exercices de style, était amoureux des sciences et a adhéré en 1948 à la Société mathématique de France. Il s’est évertué toute sa vie à appliquer des règles arithmétiques à la construction de ses œuvres. René Guénon, un des ésotéristes français les plus connus, spécialiste de l’hindouisme, a écrit un livre intitulé Les principes du calcul infinitésimal, etc. On pourrait multiplier les exemples, soit de scientifiques férus de littérature comme Hubert Reeves, qui intitule un de ses livres Patience dans l’azur en hommage à Paul Valéry, ou tel Boris Vian, ingénieur de l’École Centrale, qui composa le roman surréaliste LÉcume des jours, soit de littéraires passionnés de mathématique et de science à la façon des surréalistes André Breton et Louis Aragon qui ont tous les deux suivi des études de médecine, ou comme Louis-Ferdinand Céline, qui était tout simplement médecin.

Le destin m’a fait faire un pied de nez à ces théories stupides invalidées par les faits eux-mêmes. J’ai suivi des classes entièrement littéraires, d’abord un baccalauréat A1, latin et grec, et après des études de droit. Devenu contrôleur du cadastre en 1986, j’ai été reçu au concours d’inspecteur en 1987, et je me suis retrouvé dans une classe d’inspecteurs-élèves qui avaient à peu près tous des licences de mathématique. Il faut savoir que l’établissement du plan cadastral demande à la fois de très fortes notions de géométrie (trigonométrie) et de calcul des statistiques (une mesure avec l’instrument du géomètre, le théodolite, doit être prise à quatre reprises pour minimiser les erreurs humaines ou naturelles inévitables et calculer une moyenne des différents mesures puis un écart-type, etc.). Je n’ai absolument jamais été dérangé par ce contexte et j’ai été reçu au stage d’inspecteur, mais, pour la première fois de ma vie (cela peut paraître curieux mais c’est vrai), on m’avait expliqué pendant de longues heures à quoi servaient les mathématiques !

Je pense qu’il peut en être de même pour vous. Etant donné que vous ne vivez plus cette matière de façon passive, comme dans votre enfance, et que vous savez maintenant que la mémoire des chiffres est très importante : dates familiales, dates historiques, numéros de téléphones à retenir, numéros de compte en banque et de carte bleue de même, etc., la mnémotechnie peut vous proposer des moyens peu difficiles pour stocker ces chiffres que, toute votre vie, vous n’avez pas réussi à mémoriser. Cela peut paraître magique, impossible… Faites-moi confiance, je l’ai expérimenté. Naturellement, vous ne deviendrez pas des Einstein, mais vous pouvez, de manière significative, élever votre niveau en mémoire des chiffres, en calcul et en mathématique. Réfléchissez : à présent que vous êtes adulte, maintenant, vous avez les quatre qualités requises pour mémoriser cette matière : l’intérêt (vous trouverez des applications dans la vie quotidienne tous les jours) ; avec l’intérêt, viendra la concentration ; il vous faudra cependant travailler régulièrement (volonté) mais vous pourrez le supporter car vous aurez l’émotion ; comme je vous l’ai montré précédemment, les expériences mnémotechniques peuvent être amusantes mais surtout, quelle gratification quand vous parviendrez enfin, de manière incroyable, à mémoriser des chiffres que vous avez passé votre vie à ne pas pouvoir retenir !

Mais venons-en au Grand Système, méthode mnémotechnique qui permet de mémoriser facilement beaucoup de nombres. On le doit à un mathématicien français né au seizième siècle (Cocorico !) : Pierre Hérigone (sans doute ce nom est-il le pseudonyme du linguiste-mathématicien Clément Cyriaque de Mangin). Pour la première fois dans l’histoire de la mnémotechnie, on imagine de faire correspondre nos dix premiers chiffes à différentes consonnes de l’alphabet, de leur ajouter une voyelle quelconque pour qu’ils forment une syllabe ou un mot et de les mémoriser de cette façon. Son système est complété en 1648 par Johann-Just Winckelmann alias Stanislaus Mink von Wennsshein. En 1730, un homme d’église anglais, Richard Grey développe une méthode similaire dans Memoria techniqua. Cette technique est reprise par Gregor von Feinaigle (vers 1813) puis par Aimé Paris au dix-neuvième siècle. Sous le nom de Mnemonic major system, elle est utilisée par la plupart des mnémotechniciens et des mentalistes de langue anglaise (et notamment Derren Brown) et par des Français ou des Belges comme Tréborix, Claude Klingsor, Adrien Bullas, etc.

Donc dans le Grand Système, un chiffre est associé de manière systématique à une consonne choisie. Voici les équivalences qui ont été choisies :
0 = s ou z
1 = d ou t
2 = n
3 = m
4 = r
5 = l
6 = j ou g
7 = k ou q
8 = f ou v
9 = b ou p

Pour vous simplifier l’effort d’apprendre par cœur ce code, voici quelques astuces simples :
0. La lettre s ou z représente le premier son du mot « zéro ».
1. Les lettres d et t possèdent un seul trait vertical.
2. La lettre n présente deux traits verticaux.
3. La lettre m présente trois traits verticaux.
4. La lettre r est la quatrième lettre du mot « quart ».
5. La lettre majuscule L peut être vue comme le nombre romain 50.
6. La lettre j écrite à la main est l’image inversée du 6.
7. La lettre capitale K est constituée de deux 7 symétriques.
8. La lettre f écrite à la main ressemble au chiffre 8.
9. Les lettres b et p écrites à la main sont des images inversées du 9.

Voyons comment on peut mémoriser le nombre 34, qui sera par exemple le numéro de l’immeuble dans la rue où vous devez vous rendre aujourd’hui. Le chiffre 3 correspond à la lettre m et le chiffre 4 à la lettre r. Vous pouvez constituer avec ces deux consonnes une ribambelle de mots différents : mare, mer, mire, mort, mûre, etc. Supposons que vous allez assister ce soir à un spectacle au 34, avenue Charles de Gaulle. Il vous faut alors créer des images dynamiques : nous allons choisir parmi les mots trouvés « mer », celui qui sera le plus facilement utilisable dans notre contexte, et visualiser alors le général de Gaulle marchant devant la mer Méditerranée à Cannes, par exemple pendant le festival (on peut distinguer alors en arrière-plan beaucoup d’animation avec des vedettes de cinéma). Ma petite histoire est créée de manière presque indélébile et j’aurai toujours à la pensée la mer Méditerranée à Cannes avec le Général de Gaulle (3 M et 4 R = 34).

Voilà ! C’était une petite démonstration très simple, une mise en bouche. Mais avec ce système, nous pourrons mémoriser rien que pour débuter une partie des dates de l’histoire de France et après… bien d’autres choses encore.


C’est la fin de cet article que l’on pourrait appeler « Initiation au Grand Système ». La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines d’aujourd’hui. Amitiés à tous.




mercredi 17 juin 2015

La mnémotechnie dans la vie quotidienne (2) : mémoriser une liste d'objets ou de tâches à exécuter



(202 euros ! Ce n'est pas gratuit mais c'est un des meilleurs livres. Si voulez payer moins cher, il y a Souvenirs et mémoire du même auteur à 120 euros. Ou alors, si vous ne voulez rien débourser du tout, plus simple mais intéressant, La mémoire au quotidien de Vincent Delourmel)




Chers amis,

Nous allons aujourd’hui apprendre comment mémoriser une chaîne d’objets. Cette méthode vous servira pour de nombreuses tâches dans votre vie quotidienne : vous souvenir de ce que vous devez faire en rentrant chez vous ou à l’inverse ce que vous ne devez pas oublier en arrivant sur votre lieu de travail, la liste de vos courses, etc.

Mais avant tout, révisons un peu ce que nous avons appris dans le dernier article sur la mémorisation des noms de famille. Si l’on veut récapituler ce que nous avons vu ensemble, il existe au quotidien des petites astuces pour mieux retenir ce type d’informations.

1) Quand on vous présente une personne, prêtez l’oreille à son nom avec une écoute active.
Cela peut paraître un conseil inutile mais, par exemple dans une soirée, notre attention est incroyablement dispersée par l’environnement présent : musique, nouveaux invités ou présence de visages connus. En même temps, nous nous interrogeons sur le menu du repas, si notre tenue est adaptée, etc. Bref, de nombreux facteurs nous distraient et on vient nous présenter une personne importante dont on entend à peine le nom. Alors deuxième conseil !

2) N’hésitez pas à faire répéter le nom de famille de la personne. Pendant le temps où vous ferez redire le nom, adoptez votre démarche mnémotechnique, observez l’individu qui est en face de vous, cherchez le détail physique qui vous servira de crochet mnémonique. Et faites-le, même si vous avez bien compris la première fois, sous le prétexte par exemple qu’il y avait trop de bruit. Pensant que vous n’avez pas compris, la personne répétera alors son nom plus lentement, ce qui vous permettra, après avoir, dans le premier temps, noté le détail physique, de créer l’image à partir de son nom. D’un point de vue pratique, vous devez, à la suite de cette répétition, avoir fini de créer votre image. Si ce n’est pas le cas (ce qui sera fort probable au début), ne paniquez pas. N’oubliez pas votre mémoire naturelle (en dehors de toute mnémotechnie) : vous pouvez retenir simplement le nom quelques minutes et former l’image ensuite, en vous mettant quelques instants en retrait si, par exemple, vous êtes dans une soirée. Je sais par expérience que beaucoup de personnes hésitent à faire répéter un nom pour diverses raisons psychologiques ou sociales (peur de paraître inattentif, malpoli… ou stupide !). En fait, c’est l’inverse qui se passe. Personnellement, je l’avoue, je fais toujours redire, même à des amis, la phrase qu’ils viennent de prononcer (donc bien plus qu’un simple nom de famille) si, pour quelque raison que ce soit, je ne l’ai pas comprise. Apparemment, personne ne m’en a tenu rigueur et, d’une façon générale, je comprends mieux la pensée de mon interlocuteur que quelqu'un qui ne lui demanderait pas de répéter. Et même, je suis persuadé, à l’inverse de la pensée générale, que beaucoup de gens ne prennent pas cela pour un signe de distraction, mais au contraire pour une marque d’attention, de désir de compréhension de leur univers.

3) La troisième étape paraît un peu stupide mais elle est nécessaire. Répétez-vous de nombreuses fois pour vous-même le nom de la personne.
On ne le martèlera jamais assez. Quatre-vingt-dix pour cent de la mémoire vient de la répétition. Mais surtout, le fait de dire ce nom à maintes reprises sera l’occasion aussi de visualiser à chaque fois les images que vous avez créées, peut-être même d’y ajouter de nouvelles connexions sensorielles.

4) Dans les conversations qui suivront la rencontre, redites autant de fois que vous pouvez le nom que vous venez d’apprendre.
En plus, à chaque fois que vous répétez le nom, profitez-en pour replacer la personne dans un contexte plus général, dans l’environnement où vous l’avez connue. Ainsi le souvenir du lieu, de l’ambiance lumineuse, tout cela contribuera à vous guider ultérieurement dans votre mémoire vers le nom de la personne !

Mais passons maintenant à la mémorisation d’une chaîne d’images. Imaginez que vous voulez retenir cette liste d’objets : bougie-ballon-table-souris-voiture-montgolfière-abat-jour-saucisse-tabouret-échelle-ordinateur-arbre-chemise-téléphone-mappemonde-poule-lune-carton-pince à linge-lunette.

Il n’y a absolument aucun lien entre eux et, si vous essayez de les mémoriser sans faire appel à des astuces mnémotechniques, vous en retiendrez sept en moyenne. C’est le phénomène de « l’empan mnésique » dont j’ai déjà parlé dans un article précédent : des expériences statistiques, menées par George A. Miller en 1956, ont montré que cette zone de rétention immédiate était à peu près tout le temps et pour tout le monde de sept éléments mémorisables à la suite (voir l’article de Miller résumé dans Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Magical_Number_Seven,_Plus_or_Minus_Two).

Pourtant, à la fin de cet article, vous serez capable de retenir à coup sûr les vingt mots que je vous propose… et même plus, si vous le voulez. Pour ce faire, nous allons créer une chaîne d’images. Cela consiste simplement à lier entre eux plusieurs objets qui se suivent dans le réel et n’ont pas de liens de causalité entre elles (c’est le premier exercice que j’ai réalisé en mnémotechnie en 1983, en expérimentant le livre d’Adrien Bullas Un secret magnifique pour retenir toutes les dates). Cet exercice est tout à la fois simple et périlleux. Il est simple car, du fait du précédent article, vous maîtrisez déjà la formation des images et les liens. Mais maintenant, ce que nous allons relier ensemble, dans une histoire très visuelle, constitue une importante masse d’images. C’est donc un exercice risqué car, si nous en perdons une, toute la chaîne se casse.

Il est donc très important :

1) De bien former les images : selon les grands principes déjà vus de la mnémotechnie, suivez les règles suivantes :
a) Exagérez la situation : faites une image de taille énorme ou alors double (deux fois le même personnage) ou bien complètement délirante (vous vous souvenez du pape qui lançait un ballon de hand-ball dans l’article précédent !).
b) Rendez-la unique, soit triste, soit joyeuse, soit colorée (qu’elle ait son ambiance sui generis).
c) Mettez toujours du mouvement dans l’image ou les images que vous avez créées. Elles ne doivent jamais être statiques mais au contraire très dynamiques.

2) De soigner son lien.
Les images doivent être liées les unes aux autres avec une forte interactivité. Si vous posez mentalement côte à côte deux images, vous ne pourrez pas vous souvenir de la seconde. Il faut que les deux images s’interpénètrent, s’imbriquent. Un exemple concret : si vous souhaitez lier une bougie et un ballon, ne posez pas le ballon à côté de la bougie car certes vous vous souviendrez ensuite qu’il y a quelque chose à côté de la bougie mais vous ne saurez pas dire quoi. Il faut ajouter, à vos images à retenir, du mouvement et de l’action. Donc visualisez mentalement un ballon de baudruche proche de la flamme d’une bougie ; ce ballon explose, propulsant des bouts de latex aux quatre coins de la pièce (vous êtes alors en mode visuel et très dynamique) et dans un bruit assourdissant (deuxième sens invoqué, l’audition). Vous pouvez constater que vous avez déjà une petite histoire où vos deux éléments à mémoriser sont complètements liés, par deux de vos sens à la fois, et d’une manière amusante. Mais il est possible de créer une autre anecdote toujours en mouvement avec les mêmes objets : vous renversez chez vous, sur votre table, une bougie en donnant un coup de pied dans un ballon de foot-ball, elle met le feu en tombant à la nappe. Pour les mêmes mots, il peut y avoir plusieurs histoires différentes, au gré de votre imagination, en suivant toujours la même consigne : créer une situation dynamique, visuelle, surprenante.
Enfin, si vous souhaitez ancrer le lien définitivement, vous pouvez lier vos images avec d’autres encore. Reprenons notre exemple : si 1) la bougie est renversée par un ballon et 2) met le feu à la nappe ; vous avez pour l’instant deux images liées. Quand ensuite le ballon, après avoir renversé la bougie qui met le feu, continue à rouler sur la table, tombe sur une souris, vous venez de créer une petite histoire avec une chaîne d’images fortes : « ballon-bougie-table-souris »

Un petit truc, lorsqu’après, en parcourant votre chaîne d’objets, vous vous rendez compte qu’un maillon a disparu, recherchez toutes les images sans tenir compte forcément de leur ordre. Si vous avez formé auparavant des images incongrues, qui sortent de l’ordinaire, alors celles-ci devraient revenir à vous spontanément. Une fois que vous en tenez une, il ne vous reste qu’à remonter la chaîne jusqu’au maillon manquant pour le retrouver et créer le lien avec le début de la chaîne.

Pour que vous ayez un exemple détaillé de chaîne d’images qui permet de mémoriser une suite d objets, je vous propose pour notre liste de vingt mots l’histoire visuelle suivante : « Sur mon crochet est planté une grosse bougie blanche sur laquelle arrive un ballon de plage. La bougie est aussi grande que lui et le contact des deux fait exploser le ballon, dont le souffle est si fort qu’il bascule la table sous laquelle il se trouvait. Sans doute une table de géant. Sur la table dormaient une dizaine de souris qui prennent peur et se sauvent. Elles se font toutes écraser par une voiture qui zigzague et finit sa course sur un tremplin qui l’expédie en l’air. La voiture traverse alors une montgolfière qui s’avère être un abat-jour dont le pied est une saucisse (vous le voyez ?). Aucune lumière ne s’échappe car un tabouret est posé dessus, dans lequel est planté une échelle qui monte au Ciel où Saint-Pierre nous attend avec un ordinateur dont l’écran est un amas de racines d’arbres. Au bout de chaque branche pend une chemise avec, dans la pochette, un énorme cornet de téléphone dont l’écouteur est en fait une mappemonde. La mappemonde tourne à toute allure car une poule court dessus, cherchant à attraper la lune dans son bec. La lune se décroche et tombe dans un carton rempli de pinces à linges qui, de peur, sautent sur les lunettes que je porte. »

Tout cela peut paraître très compliqué au départ, à la fois difficile à créer et à retenir, un peu en dehors du réel, mais ce n’est qu’une question d’habitude : quand vous aurez imaginé et retenu dix histoires, par exemple pour faire vos commissions, vous n’aurez plus de problème ni de créativité ni de mémorisation. Comme je le disais précédemment, la première liste que j’ai mémorisée en 1983 se trouve à la page 12 du livre d’Adrien Bullas, Un secret magnifique pour retenir toutes les dates  (je vous recommande chaudement la lecture de cet excellent petit livre) et j’en ai retenu des dizaines depuis ce temps.

La seule recommandation que je puis à présent vous donner est de, chaque fois que vous créez une histoire mnémotechnique, réviser à plusieurs moments dans la journée : en marchant dans la rue, lors d’une pause-café, dans la salle d’attente de votre médecin ou de votre dentiste, chez votre épicier préféré dans la file d’attente, etc.
Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite des conseils sur la mémoire au prochain numéro comme dans les romans feuilletions du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines de maintenant. Amitiés à tous !





















vendredi 12 juin 2015

La mnémotechnie dans la vie quotidienne : retenir les noms de famille




Extrait du spectacle du mentaliste américain Harry Lorayne où il mémorise et restitue les noms de famille des spectateurs



Chers amis,

Cela fait maintenant beaucoup de temps que je n’ai pas publié dans ce blog et je m’en excuse. J’étais plongé dans des recherches sur le bouddhisme et l’hindouisme, sujets qui me passionnent. Si l’un de vous désire recevoir le résultat de ces prospections qui sont très en dehors de la thématique de ce blog, qu’il m’envoie un email à cette adresse : jgerault@free.fr et je me ferai un plaisir de lui faire parvenir un fichier de synthèse et de répondre à ses questions par rapport au texte que j’ai bâti en élaborant un résumé de mes lectures, de conférences auxquelles j’ai assisté, de recherches sur Internet et de réflexions personnelles.

Mais venons-en au sujet qui nous préoccupe, la mémoire. Je rappelle que la plupart de mes conseils ont été transmis par des spécialistes de la mnémotechnie, notamment Benoît Rosemont dans son « Mémento de la mémoire » et Vincent Delourmel, auteur de « Les dix secrets de votre mémoire ». Après avoir vu les différentes règles pour bien retenir, nous allons aborder le cœur du problème pour certains, la mémoire au quotidien. Faisons d’abord un petit résumé des quatre éléments que nous avons recensés auparavant ; pour bien mémoriser, il faut :
1) De l’intérêt
2) De l’attention
3) De la volonté
4) De l’émotion

Si l’un de ces points vous manque, votre mémoire risque d’être prise en défaut. Donc, avant toute chose, travaillez et, si soit votre intérêt, soit votre attention, soit votre volonté, soit votre émotion sont défaillants, essayez de combler cette lacune en effectuant des exercices (comme par exemple la mémorisation d’un poème comme je l’avais proposé). 
Choisissez un poème ou un texte simple d’un auteur que vous aimez (intérêt), travaillez votre texte au moins vingt minutes par jour (volonté) en restant concentré pendant ces vingt minutes : décrochez le téléphone, n’allez pas boire un café, etc. (attention). Dites votre texte à voix très haute (comme Flaubert le faisait dans son gueuloir), chantez-le si vous aimez chanter, enregistrez-vous si vous aimez les médias : faites tout ce que vous pouvez imaginer pour qu’il y ait une émotion-plaisir en lisant ce texte et en le retenant. Ainsi, vous progresserez comme tous les étudiants en mnémotechnie qui travaillent régulièrement et s’améliorent au fil des jours.

Un des principes de la mnémotechnie que nous avons vu ensemble, et qui va nous servir pour retenir les noms de famille, est de former un lien visuel entre l’information que nous souhaitons mémoriser (le nom de la personne) et un « indice de récupération » que nous créons (disons pour l’instant une caractéristique physique de la personne qui sera le point de départ de notre souvenir). Cet indice de récupération est appelé « crochet » en mnémotechnie : on le nomme ainsi, de manière imagée, parce que nous allons accrocher dessus, grâce à un lien visuel, l’élément à mémoriser. Et même, une fois ce premier lien créé, on pourra y ajouter d’autres références sensorielles qui seront autant de liens nouveaux. Plus il y en aura, plus l’information sera facile à retrouver.

Le crochet que nous allons créer peut aussi être comparé à un porte-manteau où nous accrochons un vêtement. Pour récupérer notre vêtement, il nous suffit d’aller au porte-manteau qui, nous le savons, se trouve à tel endroit à la maison. C’est exactement la même chose que nous allons faire. Lorsque vous voudrez récupérer ce que vous avez mémorisé, il vous suffira d’aller auprès de votre crochet pour voir ce qui y est suspendu.

S’agissant de notre thème d’aujourd’hui, les noms de famille, la difficulté vient du fait que le crochet n’est pas dans un endroit défini (un nom de famille est par nature abstrait, n’a pas une signification propre et n’est a priori relié à aucun concept, chose ou mot connus). Il faut donc totalement inventer le crochet et, pour le lier de manière indubitable avec la personne concernée, il vous faudra retenir un élément caractéristique de la personne (le plus souvent physique mais pas toujours). Voici quatre exemples pour une meilleure compréhension :
1) Si vous rencontrez la personne dont vous voulez retenir le nom dans une soirée et qu’il y a énormément d’invités, jouez la carte de la simplicité et choisissez un élément physique de la personne.
2) En revanche, si vous rencontrez la personne dans un bureau fermé, pour un rendez-vous professionnel, vous pouvez mémoriser un des éléments du bureau de votre interlocuteur, par exemple un tableau de valeur accroché au mur, une photo de famille sur sa table ou un souvenir qu’il a rapporté de l’étranger, etc.
3) S’il s’agit d’un de vos fournisseurs dans le cadre professionnel, vous pouvez utiliser l’image de l’article-phare qu’il propose dans son catalogue.
4) Si c’est un commerçant chez qui vous allez relativement souvent, visualisez l’image de l’intérieur de sa boutique.
Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive, c’est à vous de créer d’autres types de crochets grâce à la puissance de la plus incroyable des facultés psychiques, l’imagination.

Cet élément-clé, ce crochet, doit être quelque chose de concret, naturellement plus simple à visualiser (ce qui est l’essentiel de la technique) qu’un élément abstrait. Il ne doit pas non plus faire l’objet d’un doute ! Vous devez à tous les coups pouvoir le retrouver immédiatement : par exemple, un bouquet de fleurs, l’intérieur de sa boutique, pourront être des crochets pour retenir le nom de votre fleuriste, et la tour Montparnasse le crochet vous permettant d’associer le nom d’un de vos clients qui y possède un bureau.

Le plus difficile est de trouver un crochet lorsque l’on vous présente une personne en dehors de tout contexte particulier. Il faut alors créer un crochet sur la personne elle-même. Utilisez un élément physique caractéristique. Pour cela, il faut bien observer l’individu en question et choisir quelque chose qui le distingue des autres convives à ses côtés. Evitez par exemple d’utiliser l’image d’un de ses vêtements, car votre crochet ne serait valable que le jour de votre rencontre.

Il faut observer les moindres détails physiques de l’être humain que vous avez en face de vous : la forme de sa tête, de son visage, de son front, la longueur ou la largeur de ses sourcils, ses yeux petits ou grands, globuleux ou enfoncés, bleus, verts, marron ou autres, le nez petit, grand, fin, courbé, cassé, etc. Passer en revue ces détails vous aidera à faire attention à la personne que vous venez de rencontrer et à lier plus fortement son nom. Plus vous créez de liens annexes, plus l’image s’imprimera dans votre mémoire.

A présent que vous avez en tête l’élément caractéristique de la personne qui vous fait face, le « crochet », il faut créer l’image du nom de famille, afin de la lier à la personne. Si vous êtes amateur de jeux de mots (calembours, rébus, etc.), ce sera simple, évident pour vous. Sinon, laissez-vous guider par votre instinct (tout le monde en a un !). Deux possibilités s’offrent à vous :
1) Le nom de famille en lui-même évoque quelque chose pour vous. C’est donc facile. Si la personne s’appelle Monsieur Boulanger, Madame Colombe ou Mme Dupalais, il vous suffit de créer l’image correspondante : un boulanger, une colombe ou un palais.
2) Autrement, il va vous falloir découper le mot en entités de sens comportant une ou plusieurs syllabes. Si vous souhaitez retenir le nom de George Clooney, vous pouvez imaginer deux George pour mémoriser le jeu de mots, « George Cloné » ou alors lui ajouter un nez rouge pour récupérer dans votre mémoire « George Clowné » ou encore lui planter un clou au travers du nez pour voir « George Clou-nez » (deux syllabes équivalent alors à deux unités de sens différentes).
N’ayez pas peur de ce que vous appelez le ridicule ! Vous êtes le seul à avoir l’image en tête, donc vous pouvez visualiser absolument tout ce que vous voulez. Et bien sûr, ne tenez pas compte de l’orthographe. Il s’agit ici d’être capable de dire et retenir le nom. L’écriture est un autre problème. Il est possible de mémoriser l’orthographe précise des mots mais cela encombre la mémoire, et ce n’est pas ici notre propos.

En dernier ressort, que faire si vraiment l’on n’arrive pas à découper le nom en syllabes signifiantes ? Il faut l’énoncer à haute voix en chantonnant. C’est ce qu’Adrien Bullas, mon premier maître en mnémotechnie, appelait « le chant des syllabes » dans son livre génial « Un secret pour mémoriser toutes les dates ». Ânonnez chaque syllabe en chantant et trouvez-lui un sens. Vous verrez, ce n’est pas si difficile que vous ne pensez. Prenons un exemple apparemment peu évident : Monsieur Papandréou. Si l’on énonce le nom à haute voix en chantonnant, on peut le découper en quatre mots comme dans un rébus : pape-hand-raie-houx. Si vous imaginez le pape en train de jeter un ballon de hand-ball sur une raie (le poisson) à laquelle est attachée du houx, vous allez obtenir une image qui viendra marquer votre esprit.
C’est un cas difficile du fait de l’utilisation obligatoire de quatre images (une par syllabe) pour visualiser le nom mais le jeu en vaut la chandelle. N’oubliez pas que cette astuce n’est destinée finalement qu’à améliorer la mémoire à long terme du nom. Ainsi, si vous devez revoir la personne, il vous suffira peut-être de vous rappeler le début du nom découpé « Pape-hand » et vous saurez instantanément la suite.

Maintenant, nous allons faire la synthèse de notre exemple d’aujourd’hui : prenez conscience que vous avez à présent tous les éléments pour associer le nom de famille, Papandréou, à la personne voulue. Visualisez d’abord l’image que vous avez créée à partir du nom : un pape en train de jeter un ballon de hand-ball, etc. Si Monsieur Papandréou est votre fleuriste, vous pouvez voir par l’esprit une scène  étrange où, dans sa boutique, se trouve un balcon, semblable à celui du haut duquel le pape bénit la foule. Seulement, au lieu de bénir la foule, le pape jette un ballon de hand-ball. La foule s’écarte et le ballon vient écraser une raie géante qui se trouvait place Saint-Pierre. Celle-ci d’ailleurs est particulière car elle est ornée de houx !
Vous voilà avec une image, une histoire en fait, originale, amusante, qui restera gravée dans votre mémoire, vous permettant d’appeler à chaque fois votre fleuriste par son nom !

Un conseil, pratiquez beaucoup pour avoir un bon résultat : par exemple, en regardant un film ou une série à la télévision, fixez votre esprit sur un des protagonistes dès qu’il apparaît et essayez de créer une image à partir de son nom et de la lier avec un trait de son physique pour débuter vos expériences. Evaluez le résultat : est-ce que vous vous vous souvenez du nom du personnage une semaine après ? En pratiquant, vous verrez tout de suite ce qui est à faire et ce qui ne l'est pas ! Surtout, rappelez-vous toujours le principe de base, il faut « voir » et non « intellectualiser ». Un petit truc très simple pour commencer : fermez les yeux pendant votre film, le temps que vous désirez, au moment où vous créez votre image à partir du nom du personnage. Cela vous aidera beaucoup pour votre visualisation.

Une anecdote pour vous encourager ou vous décourager (selon que vous êtes optimiste ou pessimiste) : le mnémoniste américain Harry Lorayne, auteur de plusieurs livres sur la mémoire (son principal ouvrage sur le sujet traduit en français s'appelle  "Développez une mémoire exceptionnelle !) demande en entrant sur scène le nom de famille de chaque spectateur et il est capable à la fin de son spectacle de redire l’ensemble de ces noms.
En ce qui concerne les procédés des différents mnémonistes pour retenir les noms de famille, vous pouvez vous référer au Wikipédia en anglais : 


La suite de ces conseils sur la mémoire au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons d’autrefois ou les séries américaines d'aujourd’hui. Amitiés à tous !

lundi 27 avril 2015

Spectacle de mentalisme de Fabien Olicard


Extraits du spectacle de Fabien Olicard


Bonjour,


Je suis allé voir le mentaliste Fabien Olicard mercredi au Point Virgule, 7 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie, dans le quatrième arrondissement,

et j’ai perçu rapidement les trois aspects fondamentaux de ce spectacle hors normes et maintes fois primé (Robert Houdin d’or 2014, Prix de la fédération Maginot de l’Ordre Européen des Mentalistes 2014, Mandrake d’Or 2012, etc.)

1) De tous les mentalistes que j’ai vus à Paris, Fabien Olicard est sans doute le plus drôle (il occupe la scène d’une manière impressionnante, n’est jamais à court de répartie, et l’on discerne en permanence sa très bonne formation antérieure à la discipline du stand-up).
Mais il n’est pas que ça, et je le dis d’un point de vue technique :

2) Il a une vitesse d’exécution hors du commun (il a déjà fini lorsque vous commencez : il faut voir l’expérience du carré magique qui est hallucinante de rapidité ; comme il vous l’explique, vous pouvez, quand c’est terminé, prendre une photo du carré pour le vérifier durant la nuit à tête reposée).

3) Surtout il est brillant dans sa manière de diriger son show (il sait à merveille guider le spectateur sur de fausses pistes explicatives : à ne pas rater surtout son final, le brillant Fabien Olicard test, où il ne veut pas montrer les feuilles restantes après sa prédiction ─ je ne dirai pas la suite ─ il faut aller voir le spectacle dès demain, y courir) et grâce à ces fausses pistes qu’il propose au public, il peut provoquer un double climax qui laisse à la plupart des spectateurs l’impression d’avoir été confronté à l’irrationnel, à l’impossible.

Au début du show, il fait monter une jeune femme sur la scène et, au bout de quelques minutes, il parvient à deviner le nom de son film préféré, Intouchables.

Puis il donne trois cartes de visites à trois spectateurs, leur fait noter leur hobby, ce qui les passionne dans la vie. Pour deux des spectateurs, c’est la moto et Fabien Olicard le devine. Il fait venir la jeune femme restante et parvient à découvrir à quelle personne aimée elle pense, son père, et le prénom de celui-ci, Sylvain.

Ensuite, il sort de sa poche un jeu de cartes géant, le donne par séries de 10 cartes à cinq spectateurs. Il fait choisir à chacun une carte, dans le paquet qu’il a en main, et la perçoit psychiquement, à chaque fois par des méthodes différentes, analyse des modifications de la voix, théorie des micro-expressions de Paul Ekman, programmation neuro-linguistique (observation des mouvements des yeux), synergologie (étude du langage du corps), cumberlandisme (lecture de pensée musculaire) et technique de détection de mensonges au poker.

Il explique, après ces expériences de lecture de pensée, qu’il croit à la théorie de Jung sur les synchronicités, les coïncidences magiques, et il dit aux spectateurs qu’ils ne sont pas venus là pour rien, sans raison : ils sont tous en communion d’esprit. Pour le démontrer, il leur fait sortir leur téléphone portable et se connecter sur la fonction calculatrice. Il leur suggère une série de nombres qu’ils doivent ajouter les uns après les autres : année de naissance, année de réussite, nombre aléatoire, etc. A la fin, incroyable coïncidence, tous les spectateurs lisent le même nombre sur leur téléphone.

Puis il passe au tour de l’annuaire téléphonique, lui aussi exceptionnel. Il fait circuler une calculatrice dans le public pour que trois personnes additionnent des nombres de leur choix. Le résultat obtenu est noté sur le tableau de la scène.
Alors, un bottin téléphonique de la Charente Maritime est donné à un autre spectateur. Le nombre obtenu de manière aléatoire va être décomposé dans tous les sens pour donner des numéros de page. A chaque fois, Fabien Olicard décrira avec précision la page obtenue : noms, adresses, numéros de téléphone ...
Enfin, le mentaliste dit au spectateur qu’en Charente-Maritime les numéros commencent par 05, et rajoute donc cet indicatif au résultat obtenu par addition, donnant ainsi un numéro de téléphone. Alors, Fabien Olicard indique une page où se trouve inscrit le titulaire de ce numéro. Incroyable, époustouflant !

Ce n’est pas fini. Notre mentaliste aborde les prouesses de mémoire. Il demande un nombre dans la salle qui est composé par le choix de deux spectateurs. C’est au hasard le nombre 79. En 29 secondes, le mentaliste réalise un carré magique. Vous connaissez le carré magique ? Il a verticalement et horizontalement quatre cases. On met des chiffres dans les cases et quand on additionne, soit verticalement, soit horizontalement, soit en diagonale, cela donne toujours le chiffre 79. Le réaliser comme Fabien Olicard en 29 secondes est une prouesse digne des plus grands mnémotechniciens, comme par exemple Charles Barbier.

Pour inciter les spectateurs à aller sur le site BilletRéduc.com et à écrire leur avis (ce qui est en effet très important et je vous y encourage aussi), le mentaliste fait réaliser par la salle une amusante démonstration de fausse hypnose.


Mais c’est le moment du Fabien Olicard test, le final complètement tueur qui laisse sans voix, sans explication rationnelle. C’est pourquoi je ne vous dirai rien à son sujet... Précipitez-vous, prenez votre billet si vous voulez être ébahi comme j’ai été ébahi, transporté comme les spectateurs dans la salle ont été transportés. Vous verrez tous les effets qu’un grand mentaliste peut réaliser. En conclusion, merci à Fabien Olicard de nous avoir emmené dans un univers de rêve absolument incroyable, de nous avoir fait rire aussi, et enfin d’avoir montré le meilleur de ce qu’est l’humain, les étonnantes capacités psychiques qui demeurent en nous mais qui y sont trop souvent en sommeil !

jeudi 16 avril 2015

La mnémotechnie selon Aristote



Apollon, le dieu des Arts, Mnémosyne, la déesse de la Mémoire et ses filles, les neuf Muses



Jour 4 



Sur la mémoire et la mnémotechnie,
compte rendu du livre
de Benoît Rosemont



Chapitre 6, Principes de la mnémotechnie : Aristote

Aristote a exposé sa théorie sur la mémoire dans un ouvrage intitulé De anima. Selon lui, les perceptions données par les cinq sens sont d’abord traitées par la faculté de l’imagination. Les images ainsi formées deviennent le matériau de la faculté intellectuelle. C’est sur la formation de ces images que s’appuie la mnémotechnique. L’imagination est l’intermédiaire entre la perception et la pensée, d’où son importance. Ainsi, alors que toute connaissance dérive, en dernière analyse, d’impressions sensorielles, ce n’est pas sur cette matière brute que la pensée travaille, mais seulement une fois que ces impressions ont été traitées ou absorbées par la faculté imaginative.
C’est pour cela qu’un bon mnémotechnicien est avant tout capable de générer des images inventives et efficaces.

Lorsque vous chercherez une image, dites-vous que la première est la bonne… sauf si elle est trop évidente. En effet, si elle est trop évidente, elle passera pour ordinaire et marquera moins la mémoire. En revanche, si elle est spontanée, c’est qu’elle est logique et qu’elle vous guidera naturellement. Il faut bien peser ces deux critères lorsqu’on crée une image mnémonique.
Les débuts pourront vous sembler laborieux, tout dépend de l’utilisation actuelle que vous faites de votre imagination. Ce qui est certain, c’est que plus vous ferez appel à elle, plus elle se développera, et votre capacité à mémoriser aussi.
D’une manière générale, il faut retenir deux principes : l’association et l’ordre. L’association, selon Aristote, se produit du fait de trois éléments : la ressemblance, la différence ou la contiguïté. Il y introduit la méthode des lieux de mémoire pour illustrer les remarques qu’il fait sur l’association et l’ordre dans le processus du souvenir.

Benoît Rosemont a isolé de la pensée de ce philosophe six principes sur la mémoire :

Pour associer deux images, il faut qu’elles n’en forment plus qu’une. Il est impératif de prendre la première, puis de prendre la seconde et de créer une nouvelle image à partir de ces deux-là. Pour cela, il faut les modifier. Je vais en donner un exemple très concret après avoir passé en revues les six principes pour la mémoire.

Pour bien marquer l’esprit, mettez vos images en mouvement, créez des actions. C’est plus mémorisable qu’une représentation statique.

Placez vos images dans un contexte précis. Il faut qu’elles racontent une histoire. Cela vous prendra du temps au début, mais avec l’entraînement, cela viendra naturellement et rapidement.

N’hésitez pas à déformer les images, les agrandir exagérément, jouer sur le surnombre. Tout ce qui sort de l’ordinaire se retient mieux. Plus l’image est incongrue, mieux elle sera retenue.
Concevoir, mais voir ! Il ne faut pas se contenter de concevoir les images, mais il faut les voir. Lors de vos premiers exercices, prenez le temps de fermer les yeux quelques instants, et de voir sur le tableau noir de vos paupières les images que vous formez.

Il faut que tout cela vous soit personnel, c’est pour cela que, même s’il est plus facile de choisir les images que je vous suggère, il est préférable que vous fassiez l’effort de créer les vôtres. Relisez au moins trois fois ce principe !

Pour que vous compreniez bien la méthode d’association de deux images, nous allons faire un petit exercice entièrement pratique. Il s’agira pour nous (vous et moi) d’associer l’image d’un « hérisson » avec celle d’une « H.L.M. ».

D’abord, voyons ce qu’il ne faut pas faire :
Imaginer le hérisson à côté de la H.L.M. car il est trop petit et deviendrait invisible.
Poser le hérisson sur la H.L.M., car vous vous souviendriez qu’il y a quelque chose sur l’immeuble, mais vous ne sauriez pas quoi.

Maintenant, construisons ensemble une association durable entre les deux images que nous avons choisies en respectant un certain nombre de règles :

Le hérisson doit courir dans la H.L.M. (un peu à la manière d’un dessin animé, quand le chat et la souris se coursent dans la maison en passant par toutes les portes du couloir) : une image en mouvement se mémorise mieux, c’est la première règle.

Il y a le feu dans l’immeuble, c’est pour cela que tout le monde court : une image chargée émotionnellement, dramatique, se retient mieux, c’est la deuxième règle.

Il y a plein de hérissons, et ils sont de la taille d’un chien ! En plus, ils savent grimper aux murs. Ici trois principes : premièrement, une image à personnages multiples se grave mieux dans l’esprit, en deuxième lieu une image grandiose, gigantesque, impressionne plus la mémoire, et, pour finir, une image étrange, impossible, inattendue s’incruste définitivement dans notre cerveau.

Définissez vous-même la quatrième règle. C’est à vous de travailler, de faire marcher votre imagination. Vous le pouvez. Tout le monde le peut.

Notre image finale sera donc une H.L.M. où il y a le feu, où courent des hérissons gigantesques qui peuvent, soit grimper aux murs, soit pointer leur tête aux fenêtres pour essayer d’échapper à l’incendie. Vous verrez que vous n’oublierez jamais cette image mentale.
Mais vous vous dites peut-être qu’il faut beaucoup d’imagination pour créer ces images et vous pensez ne pas l’avoir. Je peux vous affirmer que tout le monde fait des progrès, cependant il faut travailler régulièrement. Benoît Rosemont a fait des exercices de mnémotechnie tous les jours pendant quinze ans. Personnellement, j’ai commencé ces exercices d’associations d’images en apprenant ma table de rappel en 1983 (nous verrons cette méthode géniale qui permet de retenir des dizaines de mots par cœur dans mes prochains articles) et c’est en travaillant que j’ai développé mon imagination (en même temps d’ailleurs que ma créativité).

En résumé, le point primordial est de marquer l’esprit en exagérant les associations, en les rendant uniques, en y mettant une émotion intense. Vous vous souvenez probablement de beaucoup de détails liés à la naissance de votre premier enfant ou alors au décès d’un proche. Vous vous rappelez le temps qu’il faisait, la couleur de votre tenue…

Le 11 septembre 2001, lorsque les avions se sont écrasés sur les tours à New York, où étiez-vous ? La plupart d’entre nous est capable de le dire avec précision. Je m’en souviens parfaitement : j’étais à Radio France ; la nouvelle a fait l’effet d’un coup de pied dans une fourmilière. Tout le monde courait partout et j’attendais bêtement tout seul pour une interview. Pourquoi je m’en souviens, pourquoi vous vous en souvenez, c’est parce que nous avons eu l’occasion de faire un lien fort. Une intense émotion à la fois d’horreur et d’incompréhension a été générée en nous, qui nous a marqués profondément et a fait que nous nous ressouviendrons toujours de ce jour tragique dans ses moindres détails.

Le processus sera le même avec les exercices de ce blog : il faudra que vous formiez des images uniques avec une émotion intense. Si l’image qui vous vient à l’espritvous dérange, vous heurte dans votre sensibilité, alors vous vous en souviendrez. N’oubliez pas que vous êtes seul à savoir ce que vous pensez. Donc, libérez- vous !
Plus il y aura d’émotions liées à vos images, plus il y aura de liens créés, donc plus les images seront codées dans votre mémoire. Et plus le codage créé dans votre mémoire à court terme sera riche, plus vous aurez de moyens pour retrouver l’information dans votre mémoire à long terme.


Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro !