vendredi 3 juillet 2015

Yoga et méditation


Posture de Yoga et méditation




Chers amis,

J’ai choisi de parler dans cet article d’une des voies du Noble Sentier Octuple bouddhiste, la concentration juste (ou méditation). N’oublions pas que c’est ainsi, en méditant, que le Bouddha a atteint l’Eveil sous un figuier. Je détaillerai les deux méditations que l’on nous propose alternativement chaque mercredi aux soirées Sangha du Centre Bouddhiste Triratna de Paris : la concentration sur le souffle ou le Metta-bhavana, méditation de la compassion.

Cependant, je suis persuadé qu’une bonne méditation ne peut pas se réaliser si notre corps est crispé, encore tendu par les soucis quotidiens. Souvenons-nous des huit étapes du Raja-Yoga : avant d’atteindre Dhyâna, la méditation, la septième étape, il faut passer par les étapes d’Asana, la posture, de Pranayama, la discipline du souffle, qui se pratiquent toutes deux dans le Yoga, et de Dharana, la concentration que vous pouvez étudier par vous-même. Tara Michaël explique ces techniques d’une façon lumineuse dans son livre Clefs pour le Yoga et la plupart de mes analyses sont inspirées par elle.

La posture de Yoga doit répondre à deux exigences, être à la fois stable et agréable. Quand l’entraînement dans la posture permet au pratiquant du Yoga de la garder fermement, tout en se sentant à l’aise, le but est atteint. La posture met fin à l’agitation corporelle et rassemble les énergies éparses. Il y a aussi dans le Yoga un type de postures dites « méditatives ». Ce sont souvent des postures assises comme la position du lotus ou la position du héros.

L’asana devient parfait par la pratique de la détente en profondeur et la méditation sur l’espace infini. Toute sensation douloureuse s’efface et le corps est comme dissout, ce qui va favoriser la méditation.

Lorsque l’étape de l’asana est acquise, vient alors celle de la discipline du souffle (pranayama). En réalité, elle est plus qu’un contrôle du souffle : elle est la régulation de l’énergie vitale (prana) au moyen de celui-ci. Prana désigne les courants d’énergie qui animent le corps. Le mouvement respiratoire n’est que l’un d’eux, mais le plus évident, et en corrélation étroite avec tous les autres. Par la régulation du souffle respiratoire, on obtient la maîtrise sur les différents « souffles vitaux » ou courants d’énergie subtils.

De plus, on a constaté une relation intime existant entre la respiration et les états psychiques. La respiration d’un homme en souffrance est irrégulière, arythmique, changeante, superficielle. Il faut la réguler. Voici ce qui est écrit dans le Hathayogapradipika (II, 2), un des principaux traités sur le Yoga :
« Lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité,
Lorsque le souffle est immobile, le yogi atteint la fixité.»
Grâce à cette corrélation étroite, la maîtrise du souffle conduit directement et immédiatement à la maîtrise de l’esprit.

In fine, le pranayama est considéré comme la plus haute forme d’ascèse, purifiant de toutes les souillures : « Par le pranayama, le réseau opaque qui recouvre la luminosité intrinsèque de l’esprit (citta) est graduellement dissout, et l’esprit devient apte à la concentration » (Yoga sutras de Patañjali II, 52, 53).

La concentration (dharana) est la fixité de l’activité mentale sur un lieu circonscrit. Elle est l’étape préalable à la méditation (dhyana). On peut se focaliser sur la région du cœur, sur le haut du front, sur la pointe du nez, etc. Lorsque l’attention est parfaitement centrée et immobile, la concentration est atteinte.

Dans la méditation, l’étape suivante, le problème est de prolonger la fixité de l’attention, sans être constamment perturbé par les perpétuelles distractions de l’esprit (pensées, images, sensations, sentiments, etc.), pendant un temps assez long qui peut aller d’un quart d’heure à plusieurs heures. Au Centre Bouddhiste Triratna, nous utilisons deux types de méditations : la concentration sur le souffle et le Metta Bhavana, méditation de la compassion. Pour tout type de renseignement sur ce sujet, consultez les pages Internet de L’esprit indompté entièrement consacrées à la méditation bouddhiste.

1) Concentration sur le souffle.
Elle comporte quatre étapes :

a) Compter le souffle.
Commencez à compter en pensée après chaque expiration :
Inspiration, expiration- comptez 1
Inspiration, expiration- comptez 2
Inspiration, expiration- comptez 3
Inspiration, expiration- comptez 4
Inspiration, expiration- comptez 5
Inspiration, expiration- comptez 6
Inspiration, expiration- comptez 7
Inspiration, expiration- comptez 8
Inspiration, expiration- comptez 9
Inspiration, expiration- comptez 10
Quand vous êtes arrivé à 10, revenez à 1 et comptez à nouveau. Recommencez pendant au moins 5 minutes.

b) Compter avant chaque inspiration.
La pratique est la même, pendant le même temps, mais on compte avant chaque inspiration (1, 2, 3, etc.).

c) Cesser de compter et suivre simplement la respiration qui va et vient.

d) Enlever son attention de la respiration pour se concentrer sur ce que l’on ressent là où le souffle passe dans les narines.

L’ensemble de l’exercice dure un peu plus d’un quart d’heure.

2) Méditation de la compassion : Metta Bhavana.
Cette méditation nous propose de développer notre compassion envers quatre personnes : soi-même, un ami, une personne neutre, une personne difficile. Premier truc personnel : je choisis toujours les mêmes personnes comme ami, personne neutre, personne difficile. Cela m’évite de me disperser, je suis concentré dès le début de la méditation et je ne laisse pas mon esprit errer dans des recherches inutiles.

a) Soi-même.
Pour beaucoup de gens en Occident, c’est la partie la plus difficile parce que notre société et notre religion nous ont appris à ne pas nous aimer (selon le cas, c’est considéré soit comme de la prétention, soit comme de l’inconscience face aux nombreux péchés que l’on prétend que nous commettons).
J’étais complètement bloqué et je n’y arrivais pas : je ne pouvais pas avoir de la compassion pour moi-même. J’ai lu alors les conseils de L’esprit indompté qui m’a donné de nombreuses pistes auxquelles je n’avais pas pensé. Il faut réfléchir à tous les gens qui vous ont aimé, il y en a certainement beaucoup. Cela vous remontera le moral et vous fera progresser dans votre auto-estime : vous aurez plus de compassion pour vous-même car vous comprendrez que, si tant de gens vous ont aimé, c’est que vous êtes une personne digne d’amour et de cette même compassion.
Il faut recenser aussi tout ce que vous avez accompli de bon et de bien dans votre vie. Vous trouverez certainement de nombreux exemples. Et du même coup, vous aurez plus de compassion pour vos malheurs, vos défauts et vos imperfections.

b) Un ami.
Personnellement, je n’ai pas de problème dans cette partie de la méditation. Je pense simplement que cet ami a beaucoup plus de problèmes que moi et qu’il les supporte avec patience et douceur. J’ai à la fois de l’admiration pour son attitude et de la compassion pour sa condition.

c) Une personne neutre.
Pour moi, les personnes neutres n’existent pas. Je ressens toujours quelque chose en bien ou en mal envers quelqu’un. J’ai choisi banalement la caissière de mon supermarché parce que je ne la connais pas et j’imagine sa vie, pensant avec compassion aux éventuelles difficultés qu’elle est susceptible de rencontrer.

d) Une personne difficile.
C’est la partie que je rate toujours dans cette méditation. Je choisis inlassablement la même personne que je déteste à chaque fois avec une égale et très forte violence.
Je revis puissamment les scènes où cette personne a été mauvaise avec moi. Je n’arrive à lui trouver aucune circonstance atténuante : j’ai beau m’imaginer qu’elle a eu une enfance malheureuse, qu’elle a été battue par ses parents, rien ne vient apaiser ma haine. Désolé, je ne peux donc pas vous conseiller, consultez encore une fois la page Internet de l’Esprit indompté qui vous donnera diverses explications.

L’ensemble de cette méditation dure au moins vingt minutes mais peut s’allonger pendant beaucoup plus de temps. Vous pouvez étendre votre compassion à toutes les personnes de votre groupe, puis, graduellement, au monde entier qui connaît une grande souffrance.

A noter que les deux méditations sont complémentaires : l’une porte sur votre corps, l’autre sur des personnes. La première apaise et concentre, la seconde fait plus jouer votre imaginaire.

Si au début, vous ne parvenez pas à méditer plus de dix minutes par semaine, encore en étant constamment perturbé par toutes sortes de pensées qui envahissent votre esprit, c’est normal. J’étais comme vous lorsque j’ai commencé et, à présent, j’arrive à tenir une méditation de plus de 20 minutes chaque jour. Tout est question de pratique, de persévérance, d’habitude. Essayez d’abord d’allonger votre séance pour qu’elle dure un quart d’heure. Pratiquez ensuite au moins deux fois par semaine pendant des mois. Et quand vous vous sentirez prêt, lancez-vous dans une méditation quotidienne.

En ce qui concerne le Yoga, étape à mon avis nécessaire avant la méditation, ma professeure, Malati, donne des cours tout cet été le vendredi à huit heures du matin à l’hôtel Mandarin Oriental, 251 rue Saint-Honoré, dans le premier arrondissement de Paris.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Amicales salutations. 

jeudi 2 juillet 2015

Relations, ressemblances entre le bouddhisme et l'hindouisme, notamment les Yogas (deuxième partie)







Le Bouddha atteint l’Eveil sous un figuier après une longue méditation (Dhyâna), la septième observance du Raja-Yoga (Yoga Royal)


II) Le Yoga de la connaissance, Jñana Yoga

Le yoga de la connaissance est un yoga basé sur le discernement et la connaissance des textes sacrés.

A) Il y a quatre qualifications préalables requises pour ce yoga qui semblent presque être bouddhistes :

1) Le yogi doit faire la discrimination entre ce qui est permanent et impermanent. La réalité empirique, quotidienne, est soumise à un changement incessant. Ce qui est à un moment, et n’est plus à l’instant d’après, ne saurait être réel. Dans le bouddhisme, une des trois caractéristiques des phénomènes est l’impermanence : tout est constamment changeant, tout est flux, rien n'est figé une fois pour toutes.

2) Le détachement.
Le yogi doit avoir un désintérêt profond pour tous les objets de jouissance, étant donné leur caractère impermanent (troisième noble vérité du bouddhisme).

3) Le Yoga de la connaissance demande de posséder ces six trésors : a) calme de l’esprit (pensée juste), b) maîtrise de soi (parole juste, action juste), c) cessation de toute activité en vue d’un but intéressé (moyens d’existence justes), d) endurance (courage et patience pour poursuivre son effort malgré les difficultés et les obstacles) (effort juste), e) complète concentration et stabilité de l’esprit (attention juste), f) foi venant d’ une adhésion délibérée de l’entendement à la vérité telle qu’elle est exposée dans les textes sacrés et d’une ferme conviction dans la possibilité d’atteindre soi-même la Délivrance.

4) L’intense aspiration à la Délivrance.
Attention, cette notion est très importante : le yogi doit posséder le désir ardent de s’affranchir de toutes les formes de servitude pour parvenir à la Délivrance.

B) Le but : devenir un délivré-vivant.

Celui qui possède les qualifications que l’on vient de voir et qui se concentre uniquement sur la Connaissance peut devenir un délivré-vivant. Le délivré-vivant est un peu comme un Bouddha. Bien que demeurant en contact avec son corps, qui continue à vivre, il n’est nullement déterminé par les conditionnements qui en découlent. Sa mort (comme le Parinirvâna en Bouddhisme) ne touche pas plus le délivré que la chute d’une feuille n’affecte l’arbre en automne.

III) Le Samkhya

Dès ses plus anciennes formulations dans les Upanishad, dans l’épopée La Bhagavad Gita, dans les Yoga Sutra et leurs commentaires, le Yoga se présente comme étroitement lié à un autre « point de vue » (darsana) traditionnel, au Samkhya. Celui-ci établit des principes sur lesquels le Yoga fonde sa pratique et définit avec clarté le but que le Yoga se donne pour cible, de sorte que toutes les disciplines que propose le Yoga sont dépourvues de sens si l’on ne comprend pas la cosmologie, la psychologie et la doctrine du Salut fournies par le Samkhya. Lui et le Yoga, que l’on tient pour les deux plus anciens enseignements (Le Mahabharata les appelle « les deux doctrines éternelles ») sont souvent considérés comme les deux aspects, l’un théorique, l’autre pratique, d’une même doctrine. Cependant,  il se trouve que maints concepts développés par la suite par les bouddhismes ressemblent furieusement à l’enseignement du Samkhya. Détaillons-les !

A) Insatisfaction de la condition humaine ordinaire
Nous vivons tous une triple misère existentielle :
1) celle qui provient de soi-même, essentiellement la souffrance mentale : a) Obtenir ce qu’on n’aime pas, b) ne pas obtenir ce qu’on aime, etc.
2) celle qui provient des autres êtres : a) morsure du serpent, agression du loup qui a faim, b) haine ou jalousie de la part des autres, c) perte des personnes chères.
3) celle qui vient du ciel : a) sécheresse, cyclone, catastrophes naturelles, etc. b) influences planétaires.

Les moyens de salut fournis par la religion officielle, rituelle et sacrificielle, sont considérés par le Samkhya comme insuffisants. Pour lui, « l’éternité » proposée par différentes croyances est elle aussi impermanente du fait qu’il y aura encore après des renaissances perpétuelles (transmigrations, cycle ininterrompu des actes et de leurs conséquences : karma).

De plus, la misère existentielle demeure exactement semblable dans l’opulence et la richesse. L’homme, même quand tous ses besoins et ses troubles physiques, mentaux, moraux et financiers ont été éliminés, demeure avec une sorte d’inquiétude et d’agitation intérieure, une instabilité, une insatisfaction, un manque, quelle que soit l’ampleur de ses succès extérieurs.
Ces considérations correspondent exactement à la première noble vérité du bouddhisme : tout est souffrance (dukkha) que je développerai plus tard. 

Les bouddhistes croient aussi  comme les hindouistes à la réincarnation, mais avec une variante, cela s’appelle la métensomatose ; leur réincarnation est physique et non psychique : l’ancien corps transmet au nouveau corps certains de ses éléments. Il y a cependant une exception à cette doctrine dans le bouddhisme tibétain avec les Tulkous, personnalités religieuses (lamas  en général) reconnues comme réincarnations d'un maître ou d'un lama disparu.

B) L’ignorance
Dans l’état actuel des choses, la seule raison qui, pour le Samkhya, puisse expliquer pourquoi les âmes, essentiellement libres, sont entraînées et enchaînées dans le cycle des renaissances perpétuelles, est l’ignorance. Etant avant tout un système pour parvenir au Salut, le Samkhya ne cherche pas à savoir qui a causé cette ignorance, mais comment y mettre fin. Un homme en train de se noyer ne réfléchit pas sur la nature du faux mouvement qui l’a précipité dans l’eau mais ne pense qu’aux moyens par lesquels il peut être sauvé. Pour les hindouistes, ce qui transmigre est le corps subtil et il faut donc agir sur son karma (voir paragraphe suivant).
Précisons en passant, que comme je l’ai déjà noté plusieurs fois, un des trois poisons pour le bouddhisme est l’ignorance.

C) Le karma
La notion de karma existe à la fois dans l’hindouisme et le bouddhisme.
Les hindous croient au cycle des morts et des renaissances. Cinquante-deux millions de naissances sont nécessaires avant de renaître comme un humain. Une fois la naissance humaine acquise, il ne faut pas la gaspiller en se faisant du mauvais karma, car cela engendrerait une réincarnation rétrograde. Le karma de chacun est de bien faire son devoir sans en chercher les fruits (« Ainsi, l’homme doit agir par sens du devoir, détaché du fruit de l’acte, car par l’acte libre d’attachement, on atteint le Suprême », Bhagavad-Gîtâ, III, 19). La vie humaine, dans l'hindouisme, donne l'opportunité de se libérer du cycle du karma. Le karma acquis n’est véritablement  déterminant qu’à cinquante pour cent dans notre vie, le reste est liberté. L’état de libération de ce cycle du karma est appelé nirvana ou moksha.
C’est donc par compréhension de cette loi impersonnelle, et dans son propre intérêt, que l’hindou s’abstient d’actes aux conséquences nuisibles, et non par considération d’un «autre», un Dieu quelconque garant de l’ordre spirituel.
Dans le bouddhisme, tout résultat est issu de causes (Karma) qui ont la capacité de le produire. Si on plante des pépins de pomme, c'est un pommier qui poussera, pas du piment rouge.
De la même manière, si nous agissons de manière positive, le bonheur s'en suivra; si nous agissons de manière destructrice, il en résultera des problèmes. Tout bonheur et toute chance qui nous arrivent dans nos vies viennent de nos propres actions positives, tandis que nos problèmes résultent tous de nos propres actions destructrices.
Les graines de nos actions restent avec nous d'une vie à la suivante et ne se perdent pas. Mais si nous ne créons pas la cause ou le karma de quelque chose, nous n'en récolterons pas les résultats : si un fermier ne sème pas, rien ne poussera.

D) Méthodes du Samkhya

1) Ce que le disciple doit faire :
a) Une étude intellectuelle de la vérité.
b) Une réflexion permanente sur les principes de la doctrine.

2) Ce qu’il faut éviter
a) Se reposer sur la Nature elle-même, attendre qu’elle fasse tout le travail pour faire surgir la connaissance libératrice.
b) Se fier aux moyens extérieurs : se comporter comme un ascète ne produit pas la Délivrance.
c) Compter sur le temps. Surtout ne pas dire : « Bah ! Avec le temps, j’obtiendrai bien la Délivrance. A quoi bon l’étude des principes ? ». Celui qui pense que la Délivrance viendra d’elle-même, dans son propre temps, lui non plus, ne l’atteint pas.
d) S’accommoder de son état en pensant que la Délivrance est une question de chance, qu’elle vient parfois tôt, parfois tard, avec ou sans effort, selon la chance de chaque individu. Pour celui qui se satisfait ainsi, il n’est pas de délivrance.

En résumé, la seule voie indiquée par le Samkhya est la méditation ininterrompue sur les principes de la doctrine, grâce à l’enseignement oral de maîtres, avec le support de textes traditionnels et l’aide d’amis authentiques qui ont compris la vérité.

Mais cette pratique est justement celle du Centre bouddhiste Triratna de Paris : toute soirée de la Sangha (communauté) comporte une longue méditation, la plupart du temps la lecture d’un texte sacré (par exemple récemment le « Kalama Sutta : Discours aux Kalamas », Anguttara Nikaya III, 65, texte de la corbeille Tipitaka, partie consacrée aux sermons de Bouddha : « Sutta Pitaka » du bouddhisme Theravada) et son commentaire, puis un échange sur un thème avec des membres ordonnés et des amis spirituels (que l’on connaît au fur et à mesure des cours et des soirées).

In fine, un érudit m’a expliqué qu’en fait, si, entre le bouddhisme et l’hindouisme, le but n’est pas exactement le même, la Sādhana, la réalisation, exécution quotidienne, pouvait être presque semblable.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Je désirais cette mise au point pour montrer que beaucoup de religions sont proches l’une de l’autre. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines modernes. Amicales salutations.

Relations, ressemblances entre le bouddhisme et l'hindouisme,notamment les Yogas (première partie)



Le Bouddha serait-il un avatar du dieu Vishnou ? 




J’avais prévu d’écrire cet article sur la huitième pratique du Noble Sentier Octuple, la concentration juste (ou méditation), mais des amis hindouistes, ou pratiquants de yoga, ou professeurs de yoga, s’intéressent à ce blog et je désirerais leur montrer que le bouddhisme et l’hindouisme (à cause notamment de différents Yogas) sont véritablement des religions très proches, encore plus qu’on peut le croire. Certains hindouistes affirment même que le Bouddha est l’un des dix avatars de Vishnou. Je me baserai pour étayer mon argumentation sur plusieurs principes bouddhistes : les quatre nobles vérités, le Noble Sentier Octuple, les cinq préceptes du laïc, les trois poisons, les trois caractéristiques des phénomènes.

Pour le yoga et l’hindouisme, j’utiliserai le livre remarquable de Tara Michaël Clefs pour le Yoga. Je me souviens d’avoir lu cet ouvrage il y a quelques années et de m’être dit : « Une grande partie de ces pratiques semblent avoir été reprises par les différents bouddhismes. »

En résumé, le Yoga est l’un des six darsanas, écoles orthodoxes de la philosophie indienne astika (ou hindouisme). En Occident, souvent, on ne connaît que le Hatha-Yoga (Yoga de l’effort) mais il y a aussi le Raja-Yoga (Yoga Royal ou Yoga de Patañjali), le Karma-Yoga (Yoga de l’action), le Bhakti-Yoga (Yoga de l’amour), le Jñana-Yoga (Yoga de la connaissance), le Kundalini Yoga (Yoga de l’éveil de l’énergie enroulée), etc. Le Yoga est généralement couplé avec un autre darsana, le Samkhya, une philosophie de l’existence. Il se trouve donc que sur trois points, le bouddhisme ressemble très fortement à l’hindouisme et aux yogas : I) dans le Raja-Yoga, du fait des cinq obstacles à la libération et des huit étapes nécessaires à franchir pour le yogi, II) par le Yoga de la connaissance, Jñana-Yoga, et à cause de III) la philosophie du Samkhya.

Pour des raisons qui sont dues à la convivialité sur Internet, je publierai cet article en deux parties.

I) Le Raja-Yoga (Yoga royal ou Yoga de Patañjali)

A) Les cinq obstacles, kleshas, qui empêchent d’atteindre la libération.
Les Yogas Sutra de Patanjali mentionnent cinq sortes d’afflictions ou obstacles :

1) L’ignorance
C’est aussi un des trois poisons du bouddhisme.

2) Le sentiment d’individualité
Ce sentiment cause l’identification du soi avec les instruments de cognition. Il en découle l’égoïsme, l’infatuation en cas de succès et l’abattement en cas d’insuccès. Les bouddhistes vont encore plus loin et proposent le concept d’anatman. Il n’existe en nous aucun soi à trouver mais une simple agrégation de phénomènes corporels et mentaux conditionnés. Il n’y a pas en nous d’âme immortelle, mais cinq agrégats d’attachement : le corps, les sensations, les perceptions, les « fabrications mentales » et la conscience. Le bouddhisme compare la personne à un char : de même que la combinaison des pièces donne lieu au mot « char », ainsi l'existence des agrégats d’attachement donne lieu à la convention d'une «âme» ou d’un soi.

3) L’attachement
Cet obstacle est un aspect de l’ignorance qui consiste à s’identifier aux expériences du plaisir. Cela correspond à la deuxième noble vérité du bouddhisme : la souffrance vient du désir.

4) L’aversion
C’est une forme de l’ignorance qui consiste à se complaire dans des états misérables. Elle provoque par exemple le désir malsain de se venger.

5) La peur de la mort
Le fait de s’agripper à la vie est ignorance, parce qu’il implique la croyance en la permanence des choses transitoires. Les bouddhistes, de même, n’ont pas peur de la mort. Ils font une grande fête joyeuse du parinirvâna, l’extinction définitive du Bouddha, sa mort terrestre.

B) les huit étapes à franchir.
La pratique de ce yoga requiert huit étapes pour une pratique ultérieure stable, que l’on retrouvera ensuite dans de nombreux concepts bouddhistes :

1) Yama (ou les réfrènements) :
a) ne pas nuire.
b) n’infliger aucun mal à aucun être vivant.
c) ne pas s’approprier illégalement ce qui ne vous appartient pas.
d) dire la vérité.
e) ne pas être possessif : mettre fin à la poursuite des objets de jouissance et de pouvoir.
Bouddhisme : action juste, parole juste (du noble sentier octuple) ; ne pas tuer (précepte 1 des cinq préceptes du laïc), ne pas voler (précepte 2 des cinq préceptes du laïc), ne pas mentir (précepte 3 des cinq préceptes du laïc) ; le cinquième point de Yama correspond exactement à l’arrêt de l’avidité, un des trois poisons selon les bouddhistes.

2) Niyama (ou les observances) :
a) L’effort sur soi.
b) Le contentement (tirer une plénitude de joie de ce qu’on a et de ce qu’on est, sans qu’aucune épreuve extérieure ni aucune difficulté intérieure ne puisse nous ôter la sérénité : « Celui dont l’esprit ne chancelle pas dans l’adversité, qui dans les plaisirs ne cherche pas à s’y cramponner, celui qu’ont quitté attraction, peur et colère, celui-là est le sage dont est fermement fixé l’entendement », Bhagavad Gita, II, 55-56). Un des trois poisons selon le bouddhisme qui nous empêche d’avoir une pensée juste, une parole juste et une action juste est la colère dont l’abandon correspond au contentement hindouiste.
c) L’approfondissement des textes védiques; bouddhisme : effort juste (sixième principe du noble sentier octuple). Le bouddhisme dit aussi qu’un autre des trois poisons de la vie est l’ignorance. Les deux religions recommandent d’étudier les textes sacrés pour discerner la véritable nature de notre  réalité, qui est le caractère insuffisant, changeant, de la condition humaine ordinaire, et atteindre ainsi la Délivrance.

3) Asana, la posture ; bouddhisme : action juste (du noble sentier octuple).

4) Pranayama : la discipline du souffle ; bouddhisme : attention juste, méditation sur le souffle (noble sentier octuple).

5) Pratyahara : le retrait des sens, s’abstraire du monde extérieur.
Selon une image fréquemment reprise, « Le yogi retire ses sens des objets sensoriels comme une tortue rentre sa tête et ses pattes sous sa carapace. »

6) Dharana ; la concentration ; bouddhisme attention juste (du noble sentier octuple).

7) Dhyâna : la méditation ; bouddhisme : attention juste, méditations sur le souffle et sur la compassion (du noble sentier octuple).

8) Samadhi : Illumination ; bouddhisme : Nirvana, Eveil, Illumination.


C’est tout pour aujourd’hui. Bientôt la deuxième partie avec le Yoga de la connaissance et le Samkhya.

mardi 30 juin 2015

Généralités sur le bouddhisme, communauté bouddhiste Triratna



Sangharakshita, le fondateur de la Communauté Bouddhiste Triratna

Chers amis,

J’ai à plusieurs reprises dans ce blog évoqué le bouddhisme qui me passionne et promis que j’écrirai sur ce sujet. C’était un peu comme la femme de Colombo dont il parle tout le temps et qu’on ne voit jamais. Mais cette fois, je vais franchir le pas, je vais vous parler de « ma » vision du bouddhisme. J’insiste sur le « ma ». J’ai commencé la pratique au Centre Bouddhiste Triratna de Paris avec ma femme Wanda il y a trois ans. Nous sommes allés d’abord au cours d’initiation pendant au moins un an et, à présent, nous assistons aux soirées sangha (communauté) qui ont lieu tous les mercredis soir. Le mouvement Triratna a été créé par un moine bouddhiste, Sangharakshita, né en Angleterre sous le nom de Dennis Lingwood. Formé en Inde, il a su transmettre une pratique adaptée aux Occidentaux.

Cependant, ma première découverte du bouddhisme date des années 80. J’ai lu alors un petit livre de Walpola Rahula, un moine bouddhiste de Ceylan, L’enseignement du Bouddha d’après les textes les plus anciens, et cette lecture m’a bouleversé : enfin je touchais à une philosophie, à une religion qui me parlait, me correspondait, qui me semblait rationnelle. 

D’abord la vie du Bouddha lui-même me parut très intéressante. Enfermé dans un palais par son père le roi, il ne connaissait rien de la réalité. Mais un jour, ne pouvant supporter cette oisiveté, il sortit dans la ville et rencontra quatre personnes successivement : un vieillard de quatre-vingts ans au corps ruiné, un malade de la peste noire, puis un cadavre qu’on menait au bûcher et enfin un religieux qui mendiait sa nourriture. Il partit alors définitivement à l’âge de vingt-neuf ans, abandonnant tout pour essayer, en parcourant le pays, de trouver une explication et une solution face à cette réalité désespérante. Pendant six ans, devenu un ascète, il erra dans la vallée du Gange rencontrant de nombreux maîtres religieux célèbres. Mais aucune des religions traditionnelles ne le satisfit et il décida de suivre son propre chemin. C’est ainsi qu’un soir, assis sous un arbre, près d’un fleuve, âgé de trente-cinq ans, après une très, très longue méditation (plusieurs mois, plusieurs années ?), le Bouddha (de son vrai nom Siddharta Gautama), atteignit l’Eveil. D’après certaines traditions, il hésita à transmettre ce qu’il venait subitement de comprendre enfin, puis, après avoir longuement réfléchi, prêcha son premier sermon à un groupe de cinq ascètes, ses anciens compagnons, dans le parc des Gazelles à Isipatana près de Bénarès.

Ce que je retiens, moi pauvre individu jeté sans raison sur la Terre, de cette histoire en forme de parabole, c’est que le Bouddha est un être humain, sensible, en proie au doute, comme vous et moi, avec ses problèmes, et non un fils de Dieu qui se met soudain à prêcher sans raison à l’âge de trente ans, qu’il a beaucoup expérimenté et commis beaucoup d’erreurs avant d’atteindre sa voie (qu’il a découverte sans l’aide de religieux), qu’il hésite un moment avant de transmettre son message (est-ce de la modestie ou simplement l’idée qu’une expérience de trente-cinq ans est incommunicable ?), qu’il se base constamment sur son vécu et non sur des théories non vérifiables (refusant même de répondre à certaines questions abstraites ou métaphysiques).

La théorie de base du Bouddha est hyper-simple (c’est ce que j’aime aussi) ; tout est contenu dans ces quatre nobles vérités :

1) La vie est souffrance (dukkha).
2) La souffrance vient du désir (soif des plaisirs des sens ou alors simplement soif de l’existence et du devenir).
3) Pour éliminer la souffrance, il faut éliminer la soif.
4) La seule manière d’éliminer la soif est la Voie du Milieu, expérimentée par le Bouddha, qui consiste en huit pratiques, le noble sentier octuple, dont voici l’énoncé (que, rassurez-vous, je développerai par la suite) :

a) Compréhension juste
b) Pensée juste
c) Parole juste
d) Action juste
e) Moyens d’existence justes
f) Effort juste
g) Attention juste
h) Concentration juste

Le prochain article portera sur la huitième pratique, la concentration juste, avec deux types de méditations : la concentration sur le souffle et la méditation de l’amour bienveillant, appelée metta-bhavana, que vous trouverez toutes deux détaillées à l’adresse suivante : http://fr.wildmind.org/

Pour ceux qui aiment l’histoire et la géographie, le Bouddha, dont le nom personnel était Siddharta et le nom de famille Gautama, vivait dans le Nord de l’Inde au 6 ème siècle avant J.-C. Son père Suddhodana gouvernait le royaume des Sakya (qui serait actuellement situé au Népal).

Le problème, comme dans beaucoup de religions, c’est que le Bouddha n’a jamais rien écrit par lui-même. La transmission de ce qu’il a enseigné s’est opérée oralement pendant quatre siècles environ avant que les suttas (recueils de paroles attribuées au Bouddha) du canon pali (langue parlée autrefois en Inde) ne commencent à prendre une forme écrite. Néanmoins, d’une certaine façon, cela paraît beaucoup moins gênant pour une foi refusant de donner des précisions métaphysiques que dans des religions qui prétendent que leurs livres sacrés sont dictés par Dieu.


Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les sériés télévisées américaines contemporaines. Amicales salutations !

dimanche 28 juin 2015

Mémorisation de dates de l'Histoire de France



Le premier livre sur lequel j'ai travaillé en mnémotechnie






Mémoriser des dates de l’Histoire de France


J’ai parlé à plusieurs reprises dans ces articles sur la mémoire du livre d’Adrien Bullas Un secret magnifique pour retenir toutes les dates. Il m’avait fasciné, quand j’avais 22 ans pour les possibilités qu’il donnait de mémoriser des nombres mais surtout par son caractère ambitieux. Une des plus belles expériences de l’auteur est de retenir grâce aux systèmes mnémotechniques les noms et années de naissance des soixante-dix rois de France. Là aussi, on peut me dire : à quoi ça sert ? Que m’importent les rois de France et de les connaître par cœur ? Mais (c’est le plus important à percevoir), si vous mémorisez les rois de France, vous pouvez aussi apprendre 70 numéros de téléphone par cœur, tous les nombres qui vous intéressent, etc.

Donc voici les vingt premiers rois de France si vous désirez vous entraîner :
1 Pharamond
2 Clodion
3 Mérovée
4 Childéric
5 Clovis
6 Childebert
7 Clotaire I
8 Caribert
9 Chilpéric
10 Clotaire II
11 Dagobert
12 Clovis II
13 Clotaire III
14 Childéric II
15 Thierry
16 Clovis III
17 Childebert II
18 Dagobert II
19 Chilpéric II
20 Clotaire IV

Je vous propose de réaliser une démonstration de mémorisation sur deux noms afin que vous voyiez comment il faut s’y prendre et qu’après vous puissiez concevoir des petites histoires mnémotechniques par vous-mêmes.

Un exemple : Chilpéric est le neuvième roi de France et sa date d’avènement est 567. Le mot situé en face du n° 9 de la table est « pas ». Je crée un lien entre un «pas » et Chilpéric en décomposant le mot en syllabes signifiantes. De Chilpéric, on peut tirer « chiper ». Le roi Chilpéric va donc faire un pas et chiper quelque chose. Dans la table de rappel, 67 donne le mot chèque. Dans le Grand Système 5 donne la consonne l. Je choisis un adjectif commençant par l : long. Donc l, 67 = long chèque. J’ai à lier au n° 9 de ma table, qui est « pas », le verbe chiper et le groupe de mots « long chèque ». Je me représente un roi qui fait un pas pour chiper un chèque énorme, de longue taille. Cette histoire peut paraître surréaliste mais elle marche.

Un autre exemple un peu plus délicat. Le dix-neuvième roi de France est Chilpéric II, date d’avènement : 715. Ici petite complication, due au numéro II (Chilpéric II). Il faut retenir ce numéro II. Comment ? Eh bien, toujours au moyen de la table de rappel : 2 = nez. D’après le code du Grand Système 7 = k ou qu ou c et 15 correspond dans la table à « talus ». Nous allons lier tout ça au numéro 19 de la table qui est « tape ». Il a chipé (Chilpéric) un objet qui se trouvait sur un talus (15) caché (7). On lui a tapé (19) sur le nez (II) à cause de ce vol.

Cela peut paraître complexe. Peut-être, en effet, aurez-vous des difficultés à créer et à mémoriser l’histoire. Mais c’est une sorte de jeu, d’exercice mental : plus vous l’essaierez, plus vous serez performant. Pour aujourd’hui, je vous demande seulement de créer une petite histoire avec des images sur un seul des rois de France parmi les 22 premiers que j’ai listés. Vous verrez, ce n’est pas si difficile que ça. Imaginez-en une chaque jour de la semaine jusqu’au vingt-deuxième roi et alors essayez de tout récapituler. S’il y des erreurs ou des oublis, aucune importance. Laissez-vous un jour pour réviser, recenser, répéter ce que vous aviez oublié puis continuez votre liste jusqu’au dernier roi.


Voilà ! C’est tout pour cet article (qui a été court, ce n’est pas coutume !). La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Portez-vous bien. Amicales salutations.

mardi 23 juin 2015

La table de rappel (ou peg system)





Aimé Paris, sans doute un des plus grands mnémotechniciens de tous les temps, qui a popularisé la table de rappel.



La table de rappel (ou peg system)


Outre le Grand Système, il y a une méthode indispensable en mnémotechnie pour retenir des chiffres mais aussi des objets, c’est la table de rappel (en anglais « Peg system » ou « système des chevilles »). Quelle est son histoire ? C’est une méthode inventée en 1651 par Henry Herdson dans son livre Ars Memoriae, the Art of Memory Made Plaine, reprise ensuite par le moine allemand Grégoire de Fenaigle (Notice sur la mnémonique ou l’art d’aider et de fixer la mémoire en tout genre d’études,de sciences ou d’affaires) au début du dix-neuvième siècle et vraiment popularisée par le français Aimé Paris en 1825 dans son livre Exposition et pratique des procédés mnémotechniques, à l’usage des personnes qui veulent étudier la mnémotechnie en général, comme un moyen d’abréger l’étude de toutes les connaissances humaines. Cette technique est encore utilisée de nos jours par les plus grands mnémotechniciens comme Harry Lorraine.

Qu’est-ce donc qu’une table de rappel ? C’est un repère fixe et fiable, sur lequel on peut « accrocher » des informations. Elle permet de traduire et donc de substituer les chiffres et nombres en information concrète, visuelle et mémorisable. Les tables de rappel sont parfois différentes selon les mnémotechniciens. Nous allons utiliser celle d’un mathématicien qui a créé un site très intéressant sur la mnémotechnie et les mathématiques en général, Gérard Villemin : http://villemin.gerard.free.fr/. Elle est très inspirée par celle d’Aimé Paris (comme l’était celle de Tréborix, comme l’est celle de Vincent Delourmel, etc.). La voici :

  


Cette table est basée sur le principe que vous connaissez déjà du Grand Système. Les dix chiffres sont remplacés par dix sons, toujours des consonnes (0 = s, 1 = t ou d, 2 = n, 3 = m, 4 = r, 5 = l, 6 = ch ou j, 7 = k ou qu, 8 = f ou v, 9 = p). Aucune voyelle pour la simple et bonne raison que ces voyelles permettront de créer des mots, de remplir des blancs. Par exemple 11 est composé de deux 1. D’après notre code, 1 correspond à t ou d. 11 peut donc se coder TT, DD, TD ou DT : TuTu, DouDou, TauDis, Date ou encore TaTa (qui a été choisi par Gérard Villemin). Vous comprenez ? Tout de suite une petite démonstration :
58 = LouF (le L pour 5 et le f pour 8)
33 = MaMan (le M deux fois pour deux 3)
14 = TaRe (le T pour 1 et le R pour 4)
99 = PaPa (le P deux fois pour deux 9)
En résumé, comme il peut être fastidieux de constamment devoir inventer des mots correspondant à un nombre, la table de rappel vous est proposée toute prête et permet de résoudre immédiatement un problème de mémorisation de chiffres.

Naturellement, pour commencer, il vous faudra l’apprendre par cœur. Mais, comme vous l’avez vu, son apprentissage est facilité du fait que le principe de construction des mots est toujours le même, celui des équivalences entre les dix premiers chiffres et les consonnes du Grand Système. Personnellement, je n’ai pas eu cette facilité en 1983 en suivant la méthode d’Adrien Bullas du livre Un secret magnifique pour retenir toutes les dates. Il a construit sa table sans ce principe et j’ai dû apprendre par cœur une liste de 100 objets indépendamment de toute logique. Je me souviens encore de cette table, le début était constitué ainsi de manière aléatoire : 1 cigare, 2 volet, 3 poussin, 4 pipe, 5 passoire, 6 tank, 7 bouteille, 8 éléphant, 9 mouchoir, 10 couteau, etc.

Bien que vous puissiez reconstituer par la logique du Grand Système la table de rappel de Gérard Villemin, je vous conseille de quand même l’apprendre à petites doses. Tous les jours, pendant dix jours, vous allez mémorisez dix mots de la table, pas un de plus. Vous les écrirez sur un papier et vous tenterez de vous en souvenir le lendemain toujours par écrit. Au bout de dix jours, à raison de ces quelques minutes par jour, vous connaîtrez cette table parfaitement.

Vous la mettrez de côté 3 ou 4 jours avant de la relire. Puis vous patienterez une semaine et vous vous testerez. Là, si vous avez oublié quelques mots, ne vous inquiétez pas ! Une fois revus et retrouvés, il y a de fortes chances pour qu’ils restent longtemps gravés dans votre mémoire, moyennant quelques révisions de temps à autre (je vous suggère ensuite de vous relire et de vous mettre à l'épreuve une fois par mois).

Comment se servir de la table ? Vous l’aurez sans doute compris, le principe de l’usage de la table de rappel est de remplacer un chiffre, un nombre par une image, par essence infiniment plus concrète. Vous pouvez par exemple avec votre table de rappel, comme avec le Grand Système, mémoriser un numéro de téléphone.

Supposons que vous voulez retenir le numéro 01 56 32 97 23 en Région Parisienne. Pour commencer, nous ôtons tout naturellement l’indicatif 01 commun à tous les numéros dans cette zone. Il suffit d’isoler les quatre nombres de deux chiffres restants et de les traduire grâce à notre table de rappel.
-          56 = LâCHe
-          32 = MaNne
-          97= PacK
-          23 = NeM
Vous obtenez quatre mots parfaitement compréhensibles. Il ne vous reste plus qu’à les lier entre eux par une petite histoire et le tour est joué : imaginez un individu très LÂCHE, qui regarde toujours derrière son dos, qui ne ramasse pas la MANNE tombée du ciel devant lui, et qui en revanche se baisse pour récupérer un PACK (paquet) où se trouvent des NEMS.

Vous venez de mémoriser un numéro de téléphone sans difficulté et de façon ludique. Pour vous le rappeler, il vous suffit d’associer le ou la propriétaire du numéro au premier mot (LÂCHE) et tout s’enchaînera automatiquement. Supposons que ce numéro soit celui de mon ami Éric Bodin : je visionne Éric discutant avec un individu très LÂCHE qui regarde toujours derrière son dos. De la MANNE divine tombe du ciel mais il ne la ramasse pas. En revanche, il s’incline pour prendre sur le sol un PACK (paquet) remplis de NEMS.

Cette méthode sera complémentaire du répertoire de votre téléphone. Elle vous permettra de mémoriser des numéros, des codes, des nombres à la volée : à vous ensuite de les noter dans votre carnet de contacts tranquillement chez vous.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. Rappelez-vous bien que mémoriser la table de rappel demande un travail quotidien. Lancez-vous : cela en vaut la peine !

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries de télévision américaines actuelles. Amitiés à tous.