lundi 27 juillet 2015

Le Bouddhisme et l‘Occident (deuxième partie)


 Une passionnante étude sociologique de Frédéric Lenoir


Après avoir constaté la très forte incursion actuelle du bouddhisme en Occident dans un premier article, il faut essayer maintenant d’en comprendre la genèse.

Frédéric Lenoir a en 1992 entamé une enquête sociologique sur le sujet qui lui a permis d’effectuer sa thèse de doctorat (l’enquête est parue sous le titre Le bouddhisme en France). A noter que ses données portent essentiellement sur le bouddhisme tibétain et le bouddhisme zen. Au contact d’adeptes, il a constaté que, très souvent, beaucoup d’eux faisaient allusion à un livre qui les avait convertis, Le Troisième Œil de Lobsang Rampa. Publié en 1956 en Grande Bretagne et en 1957 en France, cet ouvrage se présentait comme l’autobiographie d’un moine tibétain et suscita un enthousiasme extraordinaire en Occident. Cependant, il s’agit d’une incroyable falsification, un faux banal, où les lamas tibétains sont doués de pouvoirs psychiques exceptionnels, capables de quitter leur corps par la pensée, de lire l’aura, etc. Des enquêtes conduites en 1958 ont montré que Lobsang Rampa, de son vrai nom Cyril Henry Hoskin, était un installateur d'équipements chirurgicaux au chômage et qu'il n'était jamais allé au Tibet ni ne parlait le tibétain !

On peut montrer que cette idée de lamas aux pouvoirs magiques provient initialement d’un groupe pseudo-ésotériste, la Société Théosophique, fondée en 1875 par le colonel Olcott et Helena Blavatsky. Justifiant toute leur doctrine par des enseignements occultes transmis par l’intermédiaire d’énigmatiques « maîtres tibétains », les théosophes fondèrent le mythe moderne d’un Tibet magique (allez voir pour votre édification les nombreux tomes de La doctrine secrète d'Helena Blavatsky).

Les autres développements en Europe du bouddhisme dans la philosophie de Schopenhauer ou dans celle de Nietzche au dix-neuvième siècle, ou dans des romans du vingtième siècle comme Siddhartha de Hermann Hesse, la percée récente du Zen et du bouddhisme tibétain, tout cela est évoqué de façon passionnante par Frédéric Lenoir. Donc, un conseil, achetez ou empruntez La rencontre du bouddhisme et de l’Occident et Le Bouddhisme en France. Ce sont des lectures capitales.

Cependant, s’il est très intéressant de suivre d’une manière historique comment la représentation du bouddhisme en Occident a évolué, cela n’est pas suffisant. Frédéric Lenoir énumère les différentes expressions utilisées pour le désigner (toutes fausses ou approximatives) : « Christianisme dégénéré, nihilisme désespérant, catholicisme d’Orient, rationalisme, mystique athée, religion superstitieuse, philosophie, sagesse ésotérique, humanisme moderne, sagesse laïque, etc. »

Ces définitions sont absurdes et font référence à la perception que nous avons du bouddhisme et non à un bouddhisme authentique. La question brûlante est alors de savoir comment trouver ce bouddhisme authentique, ce qui devient alors extrêmement problématique. 

La vie et les enseignements essentiels du Bouddha sont en effet connus par des traditions tardives (les textes les plus anciens en notre possession ont été rédigés plusieurs siècles après la mort de Siddharta Gautama) et sont interprétés de manière fort différente selon les aires culturelles dans lesquelles le bouddhisme s’est répandu au fil des temps.

La discussion sur un bouddhisme « authentique » est encore rendue plus difficile par la nature même de cette religion : le bouddhisme, premièrement, ne prétend pas s’appuyer sur une révélation divine et deuxièmement ne possède aucune institution gardienne de l’orthodoxie du dogme. Il faut donc faire confiance à certaines croyances fondamentales comme les quatre nobles vérités et le noble sentier octuple, puis à son expérience et à sa raison individuelle comme validation de ces croyances. Autrement dit, chaque disciple du Bouddha est théoriquement libre de se réapproprier et de formuler à sa manière ses enseignements. Il y a sur ce sujet un sutta (sermon du Bouddha) le Kalama Sutta dont j’ai déjà parlé dans ce blog et que, à mon avis, il faut absolument avoir lu pour comprendre la profondeur de la pensée du Bouddha. Personnellement, je recommande aussi le site canonpali.org sur les textes du bouddhisme du petit véhicule originellement écrits en langue pali qui est d'une richesse exceptionnelle.

Comme je vous l’avais expliqué précédemment, j’ai d’abord  lu le plus possible sur le sujet, pendant des dizaines d’années, puis j’ai choisi de suivre les cours du Centre Bouddhiste Triratna de Paris qui m’ont passionné. A présent, je vais le plus souvent possible aux soirées de la Sangha le mercredi. Le centre bouddhiste Triratna de Paris fait partie d’une communauté internationale, la communauté bouddhiste Triratna fondée par un moine anglais, Sangharakshita (Dennis Lingwood). Une étude  très documentée dont je vais vous parler dans un prochain article a été écrite sur celle-ci par Bernard Stevens, un philosophe et traducteur belge.


Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons. Amicales salutations

dimanche 26 juillet 2015

Le Bouddhisme et l'Occident (première partie)


Une passionnante étude de Frédéric Lenoir


Arrivé à ce point du blog, j’avais en tête plusieurs idées d’articles différentes mais je ne savais pas par laquelle commencer. J’avais lu un texte remarquable de Frédéric Lenoir La rencontre du bouddhisme et de l’occident qui, couplé avec son ouvrage Le Bouddhisme en France, a fait l’objet de sa thèse de doctorat du 8 octobre 1999 à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). J’ai aussi toujours été passionné par la notion de relativisme interreligieux (dont fut accusée (!) Mère Theresa), qui me semble aujourd’hui bien représentée par deux livres Jésus et Bouddha, destins croisés du christianisme et du bouddhisme d’Odon Vallet et Socrate, Jésus, Bouddha, trois maîtres de vie de Frédéric Lenoir. J’avais aussi relu La tentation de Saint-Antoine de Gustave Flaubert où il y a un magnifique passage sur le Bouddha. Entre-temps, j’étais allé à des conférences d’un astrologue indien Stephen Quong qui m’avaient interpellé et avaient changé ma vision à la fois sur l’hindouisme et l’astrologie.

Tout cela fait beaucoup et dans des domaines différents. J’ai donc décidé de commencer par l’essai de Frédéric Lenoir La rencontre du bouddhisme et de l’occident qui me semble le plus raisonnable au regard de notre pensée occidentale. Il montre d’une façon passionnante comment le bouddhisme, religion complètement inconnue en Occident il y a plusieurs siècles, y est devenue une pensée déterminante.

Son introduction est très intéressante et il cite Nietzche, le grand pourfendeur du Christianisme : « Le christianisme approche de l’épuisement, écrit-il au dix-neuvième siècle (!). On se contente d’un christianisme opiacé parce qu’on n’a ni la force de chercher, de combattre, d’oser, et de vouloir être seul, ni la force nécessaire au pascalisme, à ce mépris du soi ratiocineur, à la croyance en l’indignité humaine, à l’angoisse du « peut-être condamné ». Mais un christianisme qui doit surtout apaiser des nerfs malades n’a absolument pas besoin de cette terrible solution d’un « Dieu en croix ». C’est pourquoi en silence, le bouddhisme progresse partout en Europe. »

Un siècle après cette ultime apostrophe du prophète de la « mort de Dieu », les signes de cette progression sont multiples. Au cours de ces trente dernières années, on est passé, dans la plupart des pays occidentaux, de l’intérêt intellectuel d’une élite à un véritable engouement et à une pratique de la méditation qui concerne des centaines de milliers d’individus. Il existe aujourd’hui plusieurs milliers de dojos zen et de grands centres ou monastères tibétains en Europe et aux Etats-Unis, sans compter les nombreux groupes de méditation rattachés à divers courants et écoles. On assiste également depuis peu à l’apparition d’une génération de bouddhistes occidentaux prenant en charge la responsabilité matérielle et spirituelle des centres, ainsi qu’à l’émergence d’un monachisme bouddhiste occidental.

En marge de ce phénomène typiquement religieux, qui semble constituer une véritable pénétration du bouddhisme asiatique en Occident, on assiste depuis une quinzaine d’années à une effervescence médiatique autour du bouddhisme, tout particulièrement de la figure emblématique du dalaï-lama, qui obtint le prix Nobel de la paix en 1989. Richard Gere, l’acteur préféré des Américaines, fait figure de grand ambassadeur du bouddhisme dans le monde du show-biz et après Little Bouddha de Bernardo Bertolucci (1993), ce sont Jean-Jacques Annaud (Sept ans d’aventures au Tibet, 1998) et Martin Scorsese (Kundun, 1998) qui réalisent des super-productions inspirées par le drame du Tibet et la vie du chef spirituel et temporel des Tibétains. Le livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché, publié en 1993, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et a été traduit en vingt-six langues. En France, les entretiens entre Jean-Claude Carrière et le Dalaï-lama, La Force du bouddhisme, ont dépassé les 100 000  exemplaires et ceux du moine tibétain Matthieu Ricard avec son père Jean-François Revel les 200 000 exemplaires. L’Art du bonheur, du Dalaï-lama, 1999, a dépassé les 100 000 exemplaires.

Face à un tel phénomène, nous pouvons nous poser de nombreuses questions.
C’est ce que nous verrons dans un prochain article. Amicales salutations

lundi 20 juillet 2015

Borges et le bouddhisme, synthèse bibliographique (deuxième partie)



Comme je l'ai mentionné en première partie, cet ouvrage "Inquisiciones"n'a jamais été traduit en français.


Voici la deuxième partie de ma synthèse bibliographique sur Borges et le bouddhisme.

5) « La personalidad y el buddha »
Sur (Sud), octobre-décembre 1950, numéros, 192-193-194
Cet article n’a jamais été traduit en français.

Borges y évoque la comparaison déjà faite en 1890 par Edmund Hardy entre Bouddha et Jésus, l’hypothèse d’un Bouddha mythe solaire par Emile Senart. On y trouve beaucoup d’éléments de sa vie mythique repris ensuite dans la biographie légendaire de Qu’est-ce que le bouddhisme ? (les dieux, après ses années de privation dans la montagne, croient qu’il est mort ; les armées de Mara le bombardent de montagnes de feu qui se transforment, par la force de son amour, en palais de fleurs).

Borges y parle du Milindapañha, les questions de Milinda, un petit traité du Canon Pali qui relate l'entretien entre le roi Indo-grec Ménandre (Milinda) et le moine bouddhiste Nagasena, originaire du Cachemire. Le texte aurait été écrit au début de notre ère. Sous forme de questions et réponses, il y est évoqué les grands problèmes de la religion bouddhiste : réalité de l’individu, existence de l’âme, métempsycose, karma, samsara, nirvana. On y trouve notamment la parabole du char du roi (livre 2, chapitre 1). Le char est composé d’un timon, d’un essieu, de roues, d’une caisse, d’une hampe mais il est impossible de définir le char, ce n’est qu’un mot, il n’y a pas de char. De même Nagasena est en relation avec ses cheveux, ses poils, sa cervelle, ses sensations, ses constructions psychiques, sa conscience mais ils ne sont pas Nagasena. Sous le nom Nagasena, personne ne se trouve. De même qu’on dit « char » pour un assemblage d’éléments, de même où se trouve un certain groupement, on s’accorde à dire « être vivant ».

Puis Borges y évoque à nouveau le Visuddhimagga (déjà cité), un des premiers traités bouddhistes, La voie de la pureté, qui déclare que tout homme est une illusion.

Il décrit ensuite les idées du moine Nagajurna, fondateur du Grand Véhicule, qui a été le grand spécialiste du principe de la vacuité. La pensée de celui-ci est extrême. Il a créé l’école Madhyamaka qui se base sur son livre La voie du milieu. À la suite du Bouddha, les Madhyamaka mettent en cause l'existence intrinsèque des phénomènes, en général, et de soi-même, en particulier. Ils professent donc la vacuité, Sunyata, de tous les phénomènes sans exception. C'est l'objet du chapitre 15 de La voie du milieu, qui est le chapitre central de l'ouvrage. Nagarjuna y déclare, par exemple:

« Dire « il y a » c'est prendre les choses comme éternelles, dire « il n'y a pas » c'est ne voir que leur anéantissement. C'est pourquoi l'homme clairvoyant ne s'attachera ni à l'idée d'être ni à l'idée de non-être. »

Borges adore cette métaphysique qui peut paraître à la fois désespérante et déconcertante. Il se régale aussi du fait que les littératures de l’Inde semblent, à la différence des nôtres, n’avoir pas d’auteurs. « Il est commun, dit-il de les attribuer à des écoles déterminées, des familles ou des communautés de moines, ou même à des êtres mythiques. »

Synthèse de conférences données au Collège Libre d’études supérieures.
Ce livre est déjà développé dans mes articles précédents.

7) Le Bouddhisme in Sept nuits (1980) in Œuvres complètes, tome 2, 1999, La pléiade, in Conférences.
C’est une des sept conférences donnée au Teatro Coliseo de Buenos Aires. Elle a été lue le 6 juillet 1977. Elle a été reprise dans le volume Conférences.

Je ne vous donnerai que quelques pistes. Il faut que vous lisiez le texte de Borges. L’écrivain argentin constate que le bouddhisme est une religion de tolérance : « Il n’a jamais eu recours au fer ou au feu, il n’a jamais pensé que le fer et le feu étaient des moyens de persuasion. […] Un bon bouddhiste peut être luthérien, méthodiste, presbytérien, calviniste, shintoïste, taoïste ou catholique, il peut en toute liberté faire du prosélytisme pour l’islam ou la religion juive. Toutefois, il n’est pas permis à un chrétien, à un juif ou à un musulman d’être bouddhiste. »

D’une discussion que Borges a avec un ami bouddhiste, il ressort qu’il n’est même pas important de croire à l’existence historique du Bouddha. Celui-ci lui dit que « croire à l’existence historique du Bouddha ou s’y intéresser, c’est un peu comme confondre l’étude des mathématiques avec la biographie de Pythagore ou de Newton ». L’important, c’est d’adhérer à la Doctrine du Bouddha.
Borges aborde le problème du karma, de la réincarnation, puis celui du moi, exactement comme dans « Futilité du culte du moi ». En voici un extrait significatif :

« Une des désillusions majeures est celle du moi. En cela le bouddhisme est d’accord avec Hume, avec Schopenhauer et avec notre Macedonio Fernandez. Il n’y a pas un sujet pensant mais une série d’états mentaux. Si je dis « je pense », je commets une erreur car je suppose un sujet constant puis l’œuvre de ce sujet, qui est la pensée. Il n’y a rien de tel. Il faudrait dire, note Hume, non pas « je pense » mais « il est pensé » comme on dit « il pleut ». En disant « il pleut » nous ne pensons pas que la pluie exerce une action, non, il se passe quelque chose. »

La conclusion est exemplaire :
« Mes propos d’aujourd’hui sont fragmentaires. Il eût été absurde que je vous expose une doctrine à laquelle j’ai consacré de si nombreuses années – et qu’à vrai dire j’ai peu comprise – comme on exhibe une pièce de musée. Pour moi le bouddhisme n’est rien de tel : c’est une voie de salut. Non pas pour moi seulement mais pour des millions d’hommes. C’est la religion la plus répandue dans le monde et, en vous l’exposant ce soir, je pense l’avoir traitée avec tout le respect qu’elle mérite. »

Je ne sais pas quelle était la situation des religions à l’époque de Borges mais actuellement le bouddhisme est la quatrième religion, après le christianisme, l’Islam et l’hindouisme ( !).

La suite donc au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.


dimanche 19 juillet 2015

Borges et le bouddhisme : synthèse bibliographique (première partie)

Les œuvres pas tout à fait complètes de Jorge Luis Borges

Pour clore cette série d’articles sur Borges et le bouddhisme, j’en reviens à deux points déterminants. Ce n’est pas par hasard si l’écrivain argentin publie son livre en 1976 Qu’est-ce que le bouddhisme ?. Il est passionné de philosophie, de métaphysique, de religion et le bouddhisme, pour diverses raisons, est la religion qui le captive, qui l’intrigue le plus, qui lui paraît la plus proche de la vérité. Comme je vais le montrer, il l’abordera à sept reprises dans sa vie d’écrivain (sans parler des moments où il effleure le sujet comme dans « Le temps circulaire » d’Histoire de l’éternité). Mais surtout ce n’est pas une chose négligeable que cette religion soit abordée par un des plus grands intellectuels de notre temps. Je rappelle que Borges a été cité dans The Western Canon d’Harold Bloom, un des critiques importants actuellement, comme étant un des dix-sept auteurs faisant partie du canon occidental (avec notamment Cervantes et Shakespeare…). Je tiens à mentionner aussi qu’il a été présumé plusieurs fois pour le prix Nobel mais qu’il ne l’a pas obtenu, apparemment pour cause de pensée excessivement anti-conformiste.

Pour que le lecteur ait une grande clarté de l’itinéraire de Borges par rapport au bouddhisme, je mentionnerai de manière chronologique les sept moments où il a abordé cette religion. C’est important parce qu’un des textes n’est pas traduit en français, « La personalidad y el buddha » et un autre « Futilité du culte du moi » n’est accessible que dans les œuvres complètes de la collection « La Pléïade » de Gallimard.

Toujours pour des raisons de commodité de lecture sur Internet, je publierai cette synthèse en deux parties.

1) « La naderia de la personalidad », publiée dans le journal Proa en 1922 puis dans son premier recueil d’essais en 1925 (Inquisiciones) non traduit en français. On trouve le texte avec un mauvais titre dans le tome 1 des Œuvres complètes de La Pléïade : « Futilité du culte du moi » (Il faudrait traduire « Néant de la personnalité » ou « Négation de la personnalité »). Ce texte est bien sûr inspiré par la doctrine bouddhiste du non-soi (anatman).

Borges nous dit : « Je pense pouvoir prouver que la personnalité est une méprise occasionnée par la présomption et l’habitude mais dépourvue de fondements métaphysiques et de réalité propre »
Il enchaîne ensuite : « Le moi n’existe pas. […]
Moi, en écrivant, je ne suis qu’une certitude qui recherche les mots les plus aptes à gagner ton attention. Ce propos, ainsi que quelques sensations musculaires et la vue des claires frondaisons devant ma fenêtre, constituent mon moi actuel. »
La phrase « Le moi n’existe pas » est ensuite répétée quatre fois avec chaque fois des arguments sur l’inexistence du moi.
« Personne, s’il y pense bien, n’acceptera que le moi puisse se fonder sur la somme conjecturale et irréalisable de nos différents états d’âme. »
Il parle de son maître à penser, l’écrivain Torres Villaroel, qui s’aperçut qu’il était semblable aux autres, c’est-à-dire qu’il n’était rien, ou qu’il n’était tout juste qu’une confuse clameur qui persistait dans le temps et fatiguait l’espace.

Dans une partie qui a été supprimée (volontairement ou involontairement) en français, Borges cite le livre de Georg Grimm Die Lehre des Buddha (La leçon de Bouddha) de 1917. Celui-ci explique que les Indiens font ce raisonnement : je ne suis pas la réalité visuelle que mes yeux embrassent, je ne suis pas les sons que j’écoute ; de même je ne suis pas les odeurs, le sens du toucher. Je ne suis pas non plus mon corps. Je ne suis pas non plus le désir, ni la pensée. Je ne peux pas non plus être certain que ma conscience existe. Alors que suis-je ?

2) Enquêtes, 1945, « De quelqu’un à personne».
Dans cet article sur la personne de Dieu, Borges inclut cette note incroyable : « La courbe se répète dans le bouddhisme. Les premiers textes racontent que le Bouddha, au pied du figuier, contemple l’enchaînement infini de toutes les causes et effets de l’univers, les incarnations passées et futures de chaque être ; les derniers textes rédigés plusieurs siècles après, soutiennent que rien n’est réel, que toute connaissance est fictive, et que s’il y avait autant de Ganges qu’il y a de grains de sable dans le Gange, et encore autant de Ganges que de grains de sables dans ces nouveaux Ganges, le nombre final de grains de sable serait plus petit que le nombre de choses que le Bouddha ignore. »

3) Enquêtes, 1945, « Formes d’une légende».
Borges nous montre que la légende où le Bouddha découvre soudainement, à la suite, un vieillard, un malade et un mort figure dans cinq textes différents. D’abord bien sûr dans le récit de la vie de Bouddha, mais aussi dans un traité, le Majjhimani Kaya au numéro 130, à l’intérieur du Sutta Pitaka, sous le nom « Discours sur les messagers de la mort » : cinq messagers secrets sont envoyés par les dieux : un petit enfant, un vieillard, un paralytique, un criminel dans les tortures et un mort ; ils nous avertissent que notre destin est de naître, décliner, tomber malades, subir un juste châtiment et mourir. Le Juge des Ombres, Yama, demande au pécheur s’il n’a pas vu les messagers ; le pécheur reconnaît qu’il les a vus, mais n’a pas déchiffré leurs messages ; les sbires de Yama l’enferment alors dans une maison pleine de flammes. (une histoire incroyablement morale !)

Borges s’amuse beaucoup de ce qui est arrivé par la suite. Du fait du livre d’un moine chrétien du VII e siècle, Barlaam et Josaphat, Bouddha a été canonisé. Le moine a en fait repris la légende du Bouddha d’après un livre bouddhiste le Lalitavistara (dont je vais parler par la suite). Voici l’histoire : Josaphat est fils d’un roi de l’Inde ; les astrologues prédisent qu’il règnera sur un plus grand royaume qui est celui du ciel ; le roi l’enferme dans un palais, mais Josaphat découvre la malheureuse condition des hommes sous les espèces d’un aveugle, d’un lépreux et d’un moribond, et finalement est converti à la foi par l’ermite Barlaam. Le cardinal César Baronius a compris Josaphat dans son édition revue du martyrologue romain.

Une autre référence dans un livre bouddhiste : au troisième livre de l’épopée sanscrite, le Bouddha-charita, une œuvre d’Ashvagosha, qui est la première biographie complète du Bouddha, il est dit que les dieux créèrent le mort et qu’aucun homme ne le vit tandis qu’on l’emportait, sauf le cocher et le prince.
Le Lalitavistara Sutra (Soutra de la multitude d’actions merveilleuses) va plus loin. Dans cet ouvrage, le Bouddha est décrit comme un être sublime qui accomplit des prodiges surnaturels : les « actions merveilleuses » sont ses interventions miraculeuses. Voici ce qu’écrit Borges avec un certain humour : « De cette compilation de prose et de vers, écrite en un sanscrit impur, il est d’usage de parler avec quelque malignité ; l’histoire du Rédempteur s’y enfle jusqu’à l’oppression, jusqu’au vertige. Le Bouddha, entouré de douze mille moines et trente mille Bodhisattvas révèle aux dieux le texte de l’œuvre ; du haut du quatrième ciel, il a fixé l’époque, le continent, le royaume et la caste où il doit renaître pour mourir une dernière fois ; quatre-vingt mille timbales accompagnent les paroles de son discours et dans le corps de sa mère, il y a la force de dix mille éléphants. Le Bouddha, dans l’étrange poème, dirige chaque étape de son destin ; il fait en sorte que les divinités projettent les quatre figures symboliques, et, quand il interroge le cocher, il sait déjà quelles sont ces figures et ce qu’elles signifient. » Pour la suite de l’analyse (passionnante), achetez ou empruntez Autres inquisitions.
La conclusion de Borges est surprenante :
« La chronologie de l’Hindoustan est incertaine ; mon érudition l’est beaucoup plus : Koeppen et Hermann Beckh sont peut-être aussi faillibles que le compilateur qui risque cette note ; je ne serais pas surpris que mon histoire de la légende fût légendaire, faite de vérité substantielle et d’erreurs accidentelles. »

4) Enquêtes, 1945, « Nouvelle réfutation du temps ».

Borges y cite « le char du roi grec dans le Milindapañha » (voir paragraphe 5).
Il parle aussi d’un traité bouddhiste le Visuddhimagga (Chemin de la pureté), qui, selon lui, emploie la même image sur le temps que Schopenhauer : « A strictement parler, la vie d’un être dure ce que dure une idée. Comme une roue de voiture, en tournant, touche la terre en un seul point, la vie dure ce que dure une seule idée. » D’autres textes bouddhistes disent que le monde s’anéantit et ressuscite six mille-cinq-cents millions de fois par jour et que tout homme est une illusion, vertigineusement construite par une série d’hommes instantanés et solitaires. « L’homme d’un moment passé, nous fait observer Le chemin de la pureté, a vécu, mais ne vit ni ne vivra ; l’homme du moment futur vivra, mais n’a vécu ni ne vit ; l’homme du moment présent vit, mais n’a vécu ni ne vivra. »

C’est fini pour cette première partie. La suite au prochain numéro. Amicales salutations.

mercredi 15 juillet 2015

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " (1976) (quatrième partie)



Siddharta tenté par les filles de Mara




Nous voici donc au moment où après la révélation de la souffrance du monde, le bouddha quitte son palais. Il s’enfuit en direction de l’orient. Les sabots de son cheval volent au-dessus du sol, les portes de la ville s’ouvrent d’elles-mêmes. Après avoir traversé une rivière, il renvoie le serviteur qui l’a accompagné, lui remet son cheval et ses vêtements, et il se coupe les cheveux avec son épée. Il les jette en l’air et les dieux les recueillent comme des reliques. Un ange qui a pris la forme d’un ascète lui remet les trois pièces du vêtement jaune, la ceinture, le couteau, la sébile pour les aumônes, l’aiguille et le tamis pour filtrer l’eau. Le cheval rentre au palais et meurt de chagrin.

Siddharta passe sept jours dans la solitude. Il cherche ensuite les ascètes qui habitent dans la forêt ; les uns sont vêtus d’herbe, les autres de feuillage. Tous se nourrissent de fruits ; les uns mangent une fois par jour, d’autres tous les deux jours, d’autres encore tous les trois jours. Ils rendent un culte à l’eau, au feu, au soleil ou à la lune. Il y en a qui se tiennent sur un seul pied ou qui dorment sur un lit d’épines. Ces hommes lui parlent de deux maîtres qui vivent dans le Nord ; les raisonnements de ces maîtres ne le satisfont pas.

Siddharta gagne les montagnes, où il passe six années pénibles, dans la mortification et le jeune. Il reste sans bouger quand tombent sur lui la pluie ou les rayons du soleil ; les dieux croient qu’il est mort. Il comprend enfin que les exercices de mortification sont inutiles ; il se lève, se baigne dans les eaux de la rivière et mange un peu de riz. Son corps recouvre aussitôt son ancienne vigueur, les signes qu’Asita avait reconnus et l’auréole qui avait disparu. Des oiseaux volent au-dessus de sa tête pour l’honorer, le Bodhisattva s’assied à l’ombre de l’Arbre de la Connaissance et se met à méditer. Il décide de ne pas se lever avant d’être parvenu à l’illumination.

Mara, dieu de l’amour, du péché et de la mort, attaque alors Siddharta. Ce duel ou combat magique dure une partie de la nuit. Mara, avant de combattre, rêve qu’il est vaincu, voit sa couronne perdue, les fleurs fanées et les étangs asséchés dans son palais, les cordes de ses instruments de musique cassées, sa tête couverte de poussière. Il rêve qu’il ne peut, au cours du combat, tirer son épée ; il rassemble, pourtant, une nombreuse armée de démons, de tigres, de lions, de panthères, de géants et de serpents – certains étaient grands comme des palmiers et d’autres petits comme des enfants – il chevauche un éléphant de cent cinquante milles de hauteur et il revêt un corps à cinq cents têtes, cinq cents langues de feu et mille bras dont chacun brandit une arme différente. Les troupes de Mara lancent des montagnes de feu sur Siddhârta ; celles-ci, par l’effet de son amour, se transforment en palais fleuris. Les projectiles forment un haut baldaquin au-dessus de sa tête. 

Mara, vaincu, ordonne à ses filles de séduire son adversaire ; celles-ci l’entourent et lui disent qu’elles sont faites pour l’amour et pour la danse, mais Siddharta leur rappelle qu’elles ne sont qu’illusion et inconsistance. Le doigt pointé vers elles, il les transforme en vieilles décrépites. Pleine de confusion, l’armée de Mara se disloque.

Seul et immobile sous son arbre, Siddharta contemple ses multiples incarnations antérieures et celles de toutes les créatures ; il embrasse d’un seul regard les innombrables mondes de l’univers ; puis l’enchaînement de toutes les causes et de tous les effets. Il a l’intuition, à l’aube, des quatre nobles vérités. Il n’est plus le prince Siddharta, il est devenu le Bouddha.
Ainsi s’achève la plus ancienne version de la légende de Bouddha, celle qu’on raconte au Népal et au Tibet.

Si vous voulez en savoir encore plus : la vie publique du Bouddha, les antécédents du bouddhisme, la cosmologie bouddhiste, la position du bouddhisme sur la métempsycose, sur le Nirvana, etc., le développement du bouddhisme en Grand Véhicule, lamaisme, bouddhisme tantrique, bouddhisme zen, achetez-vous ou empruntez dans une bibliothèque ce remarquable petit livre, à la fois plein d’esprit, de poésie et de discernement, Qu’est-ce que le bouddhisme ? de Jorge Luis Borges et Alicia Jurado.


La suite donc au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.

lundi 13 juillet 2015

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " (1976) (troisième partie)



La naissance miraculeuse du Bouddha telle que nous l'avons vue dans l'article précédent



La biographie légendaire du Bouddha, pleine de miracles, de magie, de rêves prophétiques, peut paraître bizarre aux Occidentaux auxquels on a répété depuis plus d’un siècle que le bouddhisme était une philosophie et non une religion. Pourtant le Cambodge l’a proclamé religion officielle depuis 1993. Un des meilleurs spécialistes français de l’Asie du Sud-Est, Louis Frédéric, a écrit un livre qui s’intitule Les dieux du bouddhisme. Que penser ? Simplement là aussi, suivant les pays et les pratiques spirituelles, une même pensée peut être perçue différemment ou s’être développée d’une manière toute autre. C’est à nous, individus, en fonction de notre vécu, de l’aborder à notre façon, de nous constituer un maximum de culture sur le sujet afin de pouvoir bien juger la question. Alors, in fine, si Borges, un des plus grands érudits du vingtième siècle, s’est régalé de la légende historique du Bouddha, pourquoi nous en priverions-nous ?

Après avoir décrit sa naissance miraculeuse et sa reconnaissance par le visionnaire Asita, voyons maintenant son adolescence et son âge adulte. Les sages qui avaient déjà interprété le rêve de Maya, sa mère, prédisent au père du Bouddha que son fils sera soit maître du monde (un grand roi) soit rédempteur de l’univers. Celui-ci s’en tient à la première annonce ; il fait construire trois palais pour son fils Siddhârta (tel est le prénom du Bouddha), d’où il bannit tout ce qui pourrait lui révéler la précarité, la souffrance ou la mort. Le prince se marie à dix-neuf ans ; auparavant, il doit sortir vainqueur de divers concours comportant la calligraphie, la botanique, la grammaire, la lutte, la course à pied, le saut et la natation. Il doit aussi triompher dans une épreuve de tir à l’arc ; la flèche tirée par Siddhârta tombe plus loin qu’aucune autre et, là où elle tombe, jaillit une source.

Dix années d’un bonheur illusoire s’écoulent pour le prince, consacrées aux plaisirs des sens dans son palais dont le harem renferme quatre-vingt-quatre mille femmes. Cependant, Siddhârta sort un matin et y rencontre les personnages déjà évoqués dans sa biographie historique : un vieillard, un lépreux, un cadavre et un moine mendiant.

La nuit où il prend la décision de renoncer au monde, on lui annonce que sa femme est accouchée d’un fils.  A minuit, il se réveille, parcourt son harem et voit ses concubines endormies. L’une a un filet de salive qui lui coule de la bouche ; l’autre, les cheveux épars et en désordre, semble avoir été piétinée par des éléphants ; l’autre encore parle en rêve ; l’autre exhibe un corps couvert d’ulcères ; toutes semblent mortes. Siddhârta dit : « Les femmes sont ainsi, impures et monstrueuses dans le monde des mortels ; mais l’homme, trompé par leurs atours, les trouve désirables. » Il entre dans la chambre de son épouse, Yasodhara ; il la voit endormie, la main posée sur la tête de leur fils. Il se dit : « Si je déplace cette main, ma femme se réveillera ; quand je serai devenu le Bouddha, je reviendrai et, alors, je pourrai toucher mon fils. »
Il sort du palais et s’enfuit en direction de l’orient…

Voilà l’histoire de l’adolescence, du début de l’âge adulte du Bouddha et de sa première révélation, telles que les raconte sa biographie légendaire.


La suite donc au prochain numéro avec sa future illumination toujours dans cette narration hors norme. Amicales salutations.

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage "Qu’est-ce que le bouddhisme ? " (1976) (deuxième partie)


Un livre sur le bouddhisme qui m'a passionné


Dans l’étude de Borges, 14 pages sont consacrées au bouddha légendaire et 4 au bouddha historique. Dans mon article de présentation du bouddhisme, je n’avais même pas présenté cette légende. C’est une question de perspective. Toute sa vie, sans vraiment se l’avouer, Borges a été fasciné par la magie et l’ésotérisme. Un de ses essais les plus connus s’appelle « L’art narratif et la magie » dans Discussion. Il se passionne pour l’écrivain suédois Emanuel Swedenborg qui raconte dans ses livres ses rencontres avec les anges et pour l’auteur autrichien Gustav Meyrink, spécialiste d’occultisme, qui a romancé la biographie de l’alchimiste John Dee, L’Ange à la fenêtre d’Occident.

Sur notre problème, Borges s’excuse ainsi : « Dans le cas du Bouddha, comme dans celui d’autres fondateurs de religions, la principale difficulté à laquelle l’investigateur se trouve confronté réside dans le fait qu’il n’y a pas deux témoignages mais un seul : celui de la légende (sic !). Les faits historiques sont cachés dans la légende, laquelle n’est pas une invention arbitraire mais une déformation ou une amplification de la réalité. On sait que les littérateurs hindous se complaisent aux hyperboles et aux somptuosités, ne s’intéressant guère aux détails circonstanciels […] ». Validant cette théorie, Borges nous décrit en détail tout ce qu’il aime, la magie, la poésie, la métaphore, la vie symbolique du Bouddha. Ne faisons pas l’impasse sur celle-ci, puisqu’elle a pu intéresser un grand érudit comme l’écrivain argentin et qu’elle passionne sans doute nombre de bouddhistes.

La biographie légendaire commence au ciel. Le Bodhisattva (qui deviendra le Bouddha, nom qui signifie l’ « Eveillé ») a fini grâce aux mérites accumulés au cours d’un nombre infini d’incarnations antérieures, par naître dans le quatrième ciel des dieux. Du haut de son ciel, il regarde la terre et détermine le siècle, le continent, le royaume et la caste où il renaîtra pour être le Bouddha et sauver les hommes. Il choisit sa mère, la reine Maya (ce nom signifie la force magique qui crée l’illusoire univers), femme de Suddhodana, qui est roi dans la ville de Kapilavastu, au sud du Népal. Maya rêve que dans son flanc entre un éléphant à six défenses, le corps couleur de neige et la tête couleur de rubis. Les dieux élèvent alors un palais dans son corps ; dans cet enclos le Bodhisattva attend son heure en priant. Dans le deuxième mois de printemps, la reine traverse un jardin ; un arbre dont les feuilles resplendissent comme le plumage du paon lui tend une branche ; la reine l’accepte avec simplicité ; le Bodhisattva se lève alors et naît de son flanc droit sans la déchirer.

Le nouveau-né fait sept pas, regarde à droite et à gauche, derrière lui et devant lui ; il constate qu’il n’y a dans l’univers personne de semblable à lui et il proclame d’une voix de stentor : Je suis le premier et le meilleur ; c’est là ma dernière naissance ; je viens mettre un terme à la souffrance, à la maladie et à la mort. Deux nuages versent de l’eau froide et de l’eau chaude pour le bain de la mère et de son fils ; les aveugles voient, les sourds entendent, les paralytiques marchent, les instruments de musique jouent tout seuls ; les dieux du quatrième ciel se réjouissent, chantent et dansent ; les réprouvés, dans l’enfer, oublient leurs peines. A cet instant même viennent au monde sa future femme, Yasodhara, son écuyer, son cheval, son éléphant et l’arbre à l’ombre duquel il parviendra à la libération.

Sa mère meurt sept jours après la naissance du Bouddha et elle monte au ciel des trente-trois Devas. Un visionnaire, Asita, entend la jubilation de ces divinités, descend de sa montagne, prend l’enfant dans ses bras et dit : « Il est l’incomparable. » Il constate la présence sur lui des signes de l’élu : une sorte de haute couronne de chair au sommet de son crâne, des cils de bœuf, quarante dents très serrées et très blanches, une mâchoire de lion, et sa hauteur est égale à la largeur de ses bras ouverts, son teint est doré, des membranes relient ses doigts et une centaine de figures apparaissent sur la plante de ses pieds, parmi lesquelles le tigre, l’éléphant, la fleur de lotus et le mont pyramidal Meru. Puis Asita pleure, parce qu’il se sait trop vieux pour pouvoir être instruit de la doctrine que le Bouddha prêchera par la suite.

Voilà l’histoire de la naissance miraculeuse du Bouddha telle que la raconte sa biographie légendaire.

La suite donc au prochain numéro avec l’adolescence du Bouddha et sa future illumination toujours dans cette narration hors normes. Amicales salutations.