jeudi 27 août 2015

Compte rendu détaillé du livre « La réincarnation » d’André Couture, collection Bref des éditions du cerf, 2000. (première partie)


 Un des meilleurs livres actuels sur la réincarnation


Après avoir écrit les deux articles précédents sur « Christianisme et réincarnation », j’ai ressenti un grand besoin de rédiger à la fois un éclaircissement et une synthèse historique et thématique sur la notion de réincarnation. Mon désir est vraiment que chacun puisse adhérer à une petite partie de ce qui n’est certes qu’une croyance mais qui, à notre époque, mais aussi dans des temps reculés, a servi à l’homme à vivre, à penser, à endurer sa destinée, qui est, quoi que l’on fasse, quelle que soit la théorie de l’existence que l’on a élaborée ou empruntée, de connaître la mort.

Comme souvent dans ce genre de problème, sans le savoir, j’avais déjà une partie de la solution entre les mains. Cette solution, c’est ce petit ouvrage dont je vous ai déjà parlé La réincarnation d’André Couture aux éditions du Cerf. En procédant à un compte rendu très détaillé de cette étude, presque un résumé, j’espère pouvoir atteindre deux de mes buts principaux : donner le maximum d’informations possibles historiques et contemporaines et présenter le thème de la façon la plus objective réalisable, en développant les thèses des différents réincarnationnistes et celles de leurs adversaires. Mais alors pourquoi choisir précisément ce livre quand il en existe des centaines sur la réincarnation ? J’ai pour le préférer parmi d'autres quatre motifs très différents et complémentaires.

1) Peut-être en premier lieu l’argument d’autorité (qui est quand même garant d’une très forte connaissance des textes et de l’habitude de leur interprétation) ! André Couture est diplômé de l’école pratique des hautes études, section des sciences religieuses. Il est spécialiste des religions de l’Inde (on est en plein dans le sujet !) et professeur de l’histoire des religions à l’Université Laval (Québec).

2) L’auteur de cette étude, outre ses qualifications, est aussi un vrai passionné de la question, pas seulement un enseignant. Il a écrit quand même cinq livres sur le sujet, ce qui est énorme, participé à de nombreux ouvrages collectifs, rédigé des articles dans des revues spécialisées, etc.

a) 1980 : Précis sur la réincarnation, Québec, Ed. Saint-Yves, 82 p.
b) 1992 : en collaboration avec Marcelle Saindon, La réincarnation : théorie, science ou croyances. Étude de 45 livres qui plaident en faveur de la réincarnation, Montréal, Les Éditions Paulines, 375 p.
c) 1992 : La réincarnation, Ottawa, Novalis (coll. « L’horizon du croyant »), 181 p.
d) 2000 : La réincarnation, Paris, Cerf (coll. Bref), mai 2000, 125 p.
e) 2000 : La réincarnation au-delà des idées reçues, Paris, Éditions de l’Atelier, 176 p. [édition révisée de La réincarnation, Ottawa, Novalis, 1992].
f) 2005 : en collaboration avec Marcelle Saindon. La réincarnationEditions Paulines Mediaspaul. 375 p.

3) André Couture est également très étonnant par son ouverture d’esprit. Il ne s’intéresse pas seulement aux canons officiels du bouddhisme, de l’hindouisme ou de la réincarnation, mais il s’est penché avec curiosité sur le cas d’un écrivain menteur et délirant, le faux moine bouddhiste T. Lobsang Rampa. En conséquence, il a accepté que Karl-Stéphan Bouthillette, un étudiant de la Faculté des études supérieures de l’Université Laval, présente un mémoire pour l’obtention du grade de Maître ès arts dans le cadre du programme de maîtrise en Sciences des religions intitulé Relire T. Lobsang Rampa, analyse d’un mythe moderne .

4) Le dernier point à souligner, lui aussi tout à fait remarquable, est la largeur de vues des éditions du Cerf, éditions catholiques qui ont publié avec une incroyable ouverture d’esprit un livre sur un sujet qui déplaît à beaucoup de chrétiens, et qui ont peut-être ainsi permis de réaliser enfin une étude à peu près objective et complète sur le sujet très controversé de la réincarnation ou des réincarnations.

Donc demain, je débute le compte rendu détaillé. En attendant, je vous conseille, si vous en avez le temps, d’aller voir le site de l’auteur qui est passionnant.

Voilà. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.

mercredi 26 août 2015

Christianisme et réincarnation (deuxième partie)


Jean-Claude Cardot, un professeur de philosophie qui avait concilié dans sa vie la foi chrétienne et la foi bouddhiste ( à voir son magnifique blog).

Voici deux  autres récits des Evangiles qui viennent, à mon avis, encore corroborer l’idée que Jésus et ses compatriotes croyaient à la réincarnation.

3) Le summum se trouve donc dans l’exemple 3 où une théorie du karma tout à fait hindouiste est développée dans l’Evangile selon Saint Jean, chapitre 9, versets 1 et suivants :
 « En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. »
Incroyable, ceux qui entouraient Jésus croyaient au karma !

4) Un dernier exemple pour bien enfoncer le clou. Dans l’Evangile selon Saint Matthieu, chapitre 11, versets 7 et suivants, Jésus révèle au peuple que Jean-Baptiste est en fait le prophète Elie réincarné !
 « Qu’êtes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau secoué par le vent ? Non ! Alors, qu’êtes- vous allés voir ? Un homme habillé de vêtements élégants ? Certainement pas ! Ceux qui ont de beaux vêtements habitent dans les palais des rois. Alors quoi ? Un prophète ? Oui, vous-dis-je, et même plus qu’un prophète ! En effet, Jean-Baptiste est celui que les Livres Saints ont annoncé quand Dieu dit : “Moi, je vais envoyer mon messager devant toi. Il préparera le chemin pour toi.” Et Jésus poursuit son discours sur Jean-Baptiste en disant : « Et si vous voulez l’entendre, c’est lui l’Elie qui doit venir. Ecoutez bien, si vous avez des oreilles. »

Bien entendu, les chrétiens ne se laissent pas faire sur cette question de la réincarnation dans les Evangiles et ne veulent même pas prendre en considération ces citations. J’ai lu leurs réponses et elles me semblent très faibles, inacceptables pour un esprit critique. Je vous donne l’adresse d’un site orthodoxe qui tente d’argumenter sur le sujet mais qui rame un peu, comme on dit maintenant.

Il arrive finalement quelque chose d’absurde comme dans beaucoup de controverses religieuses, personne ne s’écoute et le sujet ne progresse pas. La situation est très bien décrite par André Couture dans un de ses excellents livres sur cette difficile question, La Réincarnation, dans la collection Bref des éditions du Cerf (un éditeur catholique !!!). Il explique que le marché de la réincarnation se partage entre deux types de librairies et il faut fréquenter les deux pour pouvoir enfin être objectif. « Les librairies d’ésotérisme et même les librairies populaires - attirées par les nouvelles idées - ne sont portées à garder que ce qui favorise l’option réincarnationniste. A l’opposé, les librairies chrétiennes renoncent souvent aux ouvrages qui se prononcent en faveur de la réincarnation. Il s’ensuit une certaine polarisation entre des catégories de livres et de lieux de distribution. D’un côté, on défend la réincarnation comme s’il s’agissait d’une vérité première ; de l’autre figurent des travaux apologétiques qui visent à caricaturer l’adepte de la réincarnation et à le déclarer incapable d’une pensée claire et précise. Cette situation en couloirs séparés fait qu’on assiste à un débat de sourds. On trouve deux catégories de livres qui ne se vendent pas aux mêmes librairies, deux catégories de lecteurs qui ne lisent finalement que ce qui les renforce dans leur propre conviction. »


Voilà. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.

Christianisme et réincarnation (première partie)


André Couture, un universitaire reconnu qui travaille sur la réincarnation




J’ai toujours été intéressé par la comparaison entre les religions, sans doute un souvenir du temps de mon enfance où je lisais avec passion la collection « Contes et légendes » de Fernand Nathan ! Comme je vous l’ai dit précédemment, j’ai adoré les livres de Frédéric Lenoir et Odon Vallet, respectivement Socrate, Jésus, Bouddha et Jésus et Bouddha. Pour couronner le tout, je suis allé par curiosité à la conférence d’un astrologue indien Stephen Quong  (Umananda) le dimanche 17 mai : « Astrologie védique et réincarnation ». Je suis passionné en général par la philosophie orientale mais je pensais en sortir totalement indemne de toute nouvelle idée : l’astrologie m’a toujours un peu rebuté, l’hindouisme n’était connu de moi que par le biais du bouddhisme (c’est-à-dire peu) et je n’avais jamais vraiment cogité sur les rapports entre le christianisme et la réincarnation. Eh bien, je ne sais pas si Stephen Quong m’a hypnotisé, je ne sais pas comment il a procédé, mais j’ai changé d’avis sur les trois sujets dans la même soirée.

Aujourd’hui, je vais seulement parler de la notion de réincarnation, telle qu’on peut la voir dans les Evangiles, si l’on y est quelque peu attentif. Et ce n’est pas un seul passage que je citerai, ce qui pourrait passer pour un caprice du hasard, une inattention, mais quatre (là on peut vraiment se poser des questions !). Comme d'habitude, pour des raisons de confort sur Internet, je diviserai cet article en deux parties.

Stephen Quong explique au début de sa conférence que, jusqu’au sixième siècle après Jésus-Christ, jusqu’au concile de Constantinople, un des dogmes des Chrétiens était la réincarnation. Les prêtres ont alors eu peur parce qu’ils ont pensé que les gens prendraient plusieurs vies pour se convertir et s’améliorer.

1) Le premier passage qui me paraît criant d’évidence est celui dit de l’entretien avec Nicodème dans l’Evangile selon Saint Jean, chapitre trois, verset 1 et suivants :
« Mais il y eut un homme d’entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs, qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui. Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »
Nicodème lui dit : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ? »
Jésus répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit.
Ne t’étonne pas que je t’aie dit : « Il faut que vous naissiez de nouveau. »
Le vent souffle ou il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va.
Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’esprit. »
Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? »
Jésus lui répondit : « Tu es le docteur d’Israël, et tu ne sais pas ses choses ! En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage.»

2) Encore un exemple que je trouve particulièrement frappant dans l’Evangile selon saint Matthieu, chapitre 16, versets 13 à 19, (La foule prend Jésus pour un prophète ressuscité, Elie, Jérémie, Jean le Baptiste ou d’autres) :
« Jésus arrive dans la région de Césarée-de-Philippe, et demande à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Ils lui répondent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demande : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre prend la parole : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »

Jésus lui répond : « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : c’est mon Père qui est aux cieux qui te l’a révélé. Et moi, je te le déclare : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux.»


Voilà. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Dans la deuxième partie, je citerai principalement l’anecdote de l’aveugle-né mais aussi je développerai d’autres remarques inspirées pour beaucoup par Frédéric Lenoir. Amicales salutations.

lundi 24 août 2015

Le discours du Bouddha aux Kalamas, extrait d'un grand texte philosophique



La fleur de lotus, symbole du bouddhisme




Chers amis,

J'effectue une petite pause dans mon étude du livre de Benoit Stevens sur la communauté bouddhiste Triratna pour vous présenter un texte bouddhiste qui résume de manière adéquate mes opinions sur différents domaines privés et sociétaux. Pour moi, ce texte est le plus beau, le plus simple, le plus direct des innombrables écrits bouddhistes. Je le trouve, bien qu’écrit il y a plus de 2000 ans, d’une incroyable modernité. 

Extrait du Discours de Bouddha aux Kalamas (Anguttara Nikaya III, 65 dans Sutta Pitaka)

« [Les Kalamas] s’étant assis à l’écart sur un côté s’adressèrent au Bouddha et dirent : « Vénérable Gotama, il y a des contemplatifs et des prêtres qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent leurs propres doctrines, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis d’autres contemplatifs et d’autres prêtres arrivent ensuite à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propre doctrine, et ils méprisent, critiquent et vilipendent les doctrines des autres. Vénérable, il y a des doutes, il y a une perplexité chez nous à propos de ces diverses opinions religieuses. Parmi ces contemplatifs et ces prêtres, qui dit la vérité et qui dit des mensonges ?

Le Bouddha s’adressa aux Kalamas et dit : « Il est normal, Kalamas, que vous ayez des doutes et que vous soyez dans la perplexité, car le doute est né chez vous avec raison.

« Kalamas, ne vous laissez pas guider par ce que vous avez entendu dire, ni par les traditions. Ne vous laissez pas guider par l’autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée : « Ce religieux est notre maître spirituel ». »

« Cependant, lorsque vous savez par vous-mêmes que certaines choses ne sont pas justes, qu’elles sont blâmables, condamnées par les sages et que, lorsqu’on les met en pratique, elles conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les ! »


Voilà. Pour moi, l’essentiel est dit. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.

lundi 3 août 2015

Compte rendu du livre "La communauté bouddhiste Triratna, un bouddhisme occidental" de Bernard Stevens (première partie)


Une étude très intéressante de Bernard Stevens sur la communauté bouddhiste Triratna



Arrivé à ce point du blog, je me suis posé la question de l’opportunité de le continuer. Des amies/amis très sympathiques m’ont envoyé des messages d’encouragement qui m’ont poussé à persévérer et je les en remercie chaleureusement.

Cependant, j’ai toujours en moi ces questions fondamentales : est-ce que je suis la personne bien placée pour parler du thème du bouddhisme ? Est-ce que ce que j’écris sert à quelque chose ? Est-ce que j’écris est clair et profitable pour ceux qui me lisent ? Un ami du centre bouddhiste Triratna m’a justement sur ce thème raconté une anecdote éclairante : « La jungle est en feu. Tous les animaux s’enfuient et un guépard en s’enfuyant aperçoit un petit colibri, le bec rempli d’eau, qui retourne vers la jungle. Il lui dit : Mais que fais-tu donc ? Le petit colibri répond : « Je fais ma part. C’est tout. » »
Comme le petit colibri, je vais essayer de faire ma part, du mieux que je peux.

Poursuivant dans ce qui a été mon expérience du bouddhisme, je désirerais vous parler d’un livre que je trouve très intéressant sur la communauté bouddhiste Triratna, communauté qui m’a personnellement beaucoup apporté. Cette étude a été écrite par Bernard Stevens, un philosophe et traducteur belge, qui ne fait pas partie de l’Ordre (ceux qui s’engagent comme moines ou nonnes) mais est un simple sympathisant ; cet essai s’appelle La communauté bouddhiste Triratna : un bouddhisme occidental. Le livre est composé de trois parties : 1) La vie de Sangharakshita, 2) L’enseignement, 3) Un nouvel ordre bouddhiste, avec d’abord une forte introduction. Dans celle-ci, Bernard Stevens explique que la Communauté bouddhiste Triratna (son premier nom est Ordre bouddhiste occidental) a été fondée en 1967 par Sangharakshita – un moine anglais (Dennis Lingwood) qui a été ordonné en Inde selon le rite Theravada (petit véhicule) avant de connaître plusieurs initiations dans la tradition Vajrayana (tibétaine). Comme il n’était véritablement lié à aucune des écoles bouddhistes traditionnelles, il a pu non seulement revenir aux racines du bouddhisme, les discours du bouddha, mais aussi emprunter à chaque école des éléments pour adapter le bouddhisme à notre monde occidental.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. Rappelez-vous que je ne vous parle que de « ma » conception du bouddhisme. Ce que je propose n’est que des informations à prendre ou à laisser. A vous, si vous le désirez, de vous faire votre propre bouddhisme.


La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou les séries américaines actuelles. Amicales salutations !

lundi 27 juillet 2015

Le Bouddhisme et l‘Occident (deuxième partie)


 Une passionnante étude sociologique de Frédéric Lenoir


Après avoir constaté la très forte incursion actuelle du bouddhisme en Occident dans un premier article, il faut essayer maintenant d’en comprendre la genèse.

Frédéric Lenoir a en 1992 entamé une enquête sociologique sur le sujet qui lui a permis d’effectuer sa thèse de doctorat (l’enquête est parue sous le titre Le bouddhisme en France). A noter que ses données portent essentiellement sur le bouddhisme tibétain et le bouddhisme zen. Au contact d’adeptes, il a constaté que, très souvent, beaucoup d’eux faisaient allusion à un livre qui les avait convertis, Le Troisième Œil de Lobsang Rampa. Publié en 1956 en Grande Bretagne et en 1957 en France, cet ouvrage se présentait comme l’autobiographie d’un moine tibétain et suscita un enthousiasme extraordinaire en Occident. Cependant, il s’agit d’une incroyable falsification, un faux banal, où les lamas tibétains sont doués de pouvoirs psychiques exceptionnels, capables de quitter leur corps par la pensée, de lire l’aura, etc. Des enquêtes conduites en 1958 ont montré que Lobsang Rampa, de son vrai nom Cyril Henry Hoskin, était un installateur d'équipements chirurgicaux au chômage et qu'il n'était jamais allé au Tibet ni ne parlait le tibétain !

On peut montrer que cette idée de lamas aux pouvoirs magiques provient initialement d’un groupe pseudo-ésotériste, la Société Théosophique, fondée en 1875 par le colonel Olcott et Helena Blavatsky. Justifiant toute leur doctrine par des enseignements occultes transmis par l’intermédiaire d’énigmatiques « maîtres tibétains », les théosophes fondèrent le mythe moderne d’un Tibet magique (allez voir pour votre édification les nombreux tomes de La doctrine secrète d'Helena Blavatsky).

Les autres développements en Europe du bouddhisme dans la philosophie de Schopenhauer ou dans celle de Nietzche au dix-neuvième siècle, ou dans des romans du vingtième siècle comme Siddhartha de Hermann Hesse, la percée récente du Zen et du bouddhisme tibétain, tout cela est évoqué de façon passionnante par Frédéric Lenoir. Donc, un conseil, achetez ou empruntez La rencontre du bouddhisme et de l’Occident et Le Bouddhisme en France. Ce sont des lectures capitales.

Cependant, s’il est très intéressant de suivre d’une manière historique comment la représentation du bouddhisme en Occident a évolué, cela n’est pas suffisant. Frédéric Lenoir énumère les différentes expressions utilisées pour le désigner (toutes fausses ou approximatives) : « Christianisme dégénéré, nihilisme désespérant, catholicisme d’Orient, rationalisme, mystique athée, religion superstitieuse, philosophie, sagesse ésotérique, humanisme moderne, sagesse laïque, etc. »

Ces définitions sont absurdes et font référence à la perception que nous avons du bouddhisme et non à un bouddhisme authentique. La question brûlante est alors de savoir comment trouver ce bouddhisme authentique, ce qui devient alors extrêmement problématique. 

La vie et les enseignements essentiels du Bouddha sont en effet connus par des traditions tardives (les textes les plus anciens en notre possession ont été rédigés plusieurs siècles après la mort de Siddharta Gautama) et sont interprétés de manière fort différente selon les aires culturelles dans lesquelles le bouddhisme s’est répandu au fil des temps.

La discussion sur un bouddhisme « authentique » est encore rendue plus difficile par la nature même de cette religion : le bouddhisme, premièrement, ne prétend pas s’appuyer sur une révélation divine et deuxièmement ne possède aucune institution gardienne de l’orthodoxie du dogme. Il faut donc faire confiance à certaines croyances fondamentales comme les quatre nobles vérités et le noble sentier octuple, puis à son expérience et à sa raison individuelle comme validation de ces croyances. Autrement dit, chaque disciple du Bouddha est théoriquement libre de se réapproprier et de formuler à sa manière ses enseignements. Il y a sur ce sujet un sutta (sermon du Bouddha) le Kalama Sutta dont j’ai déjà parlé dans ce blog et que, à mon avis, il faut absolument avoir lu pour comprendre la profondeur de la pensée du Bouddha. Personnellement, je recommande aussi le site canonpali.org sur les textes du bouddhisme du petit véhicule originellement écrits en langue pali qui est d'une richesse exceptionnelle.

Comme je vous l’avais expliqué précédemment, j’ai d’abord  lu le plus possible sur le sujet, pendant des dizaines d’années, puis j’ai choisi de suivre les cours du Centre Bouddhiste Triratna de Paris qui m’ont passionné. A présent, je vais le plus souvent possible aux soirées de la Sangha le mercredi. Le centre bouddhiste Triratna de Paris fait partie d’une communauté internationale, la communauté bouddhiste Triratna fondée par un moine anglais, Sangharakshita (Dennis Lingwood). Une étude  très documentée dont je vais vous parler dans un prochain article a été écrite sur celle-ci par Bernard Stevens, un philosophe et traducteur belge.


Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons. Amicales salutations

dimanche 26 juillet 2015

Le Bouddhisme et l'Occident (première partie)


Une passionnante étude de Frédéric Lenoir


Arrivé à ce point du blog, j’avais en tête plusieurs idées d’articles différentes mais je ne savais pas par laquelle commencer. J’avais lu un texte remarquable de Frédéric Lenoir La rencontre du bouddhisme et de l’occident qui, couplé avec son ouvrage Le Bouddhisme en France, a fait l’objet de sa thèse de doctorat du 8 octobre 1999 à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). J’ai aussi toujours été passionné par la notion de relativisme interreligieux (dont fut accusée (!) Mère Theresa), qui me semble aujourd’hui bien représentée par deux livres Jésus et Bouddha, destins croisés du christianisme et du bouddhisme d’Odon Vallet et Socrate, Jésus, Bouddha, trois maîtres de vie de Frédéric Lenoir. J’avais aussi relu La tentation de Saint-Antoine de Gustave Flaubert où il y a un magnifique passage sur le Bouddha. Entre-temps, j’étais allé à des conférences d’un astrologue indien Stephen Quong qui m’avaient interpellé et avaient changé ma vision à la fois sur l’hindouisme et l’astrologie.

Tout cela fait beaucoup et dans des domaines différents. J’ai donc décidé de commencer par l’essai de Frédéric Lenoir La rencontre du bouddhisme et de l’occident qui me semble le plus raisonnable au regard de notre pensée occidentale. Il montre d’une façon passionnante comment le bouddhisme, religion complètement inconnue en Occident il y a plusieurs siècles, y est devenue une pensée déterminante.

Son introduction est très intéressante et il cite Nietzche, le grand pourfendeur du Christianisme : « Le christianisme approche de l’épuisement, écrit-il au dix-neuvième siècle (!). On se contente d’un christianisme opiacé parce qu’on n’a ni la force de chercher, de combattre, d’oser, et de vouloir être seul, ni la force nécessaire au pascalisme, à ce mépris du soi ratiocineur, à la croyance en l’indignité humaine, à l’angoisse du « peut-être condamné ». Mais un christianisme qui doit surtout apaiser des nerfs malades n’a absolument pas besoin de cette terrible solution d’un « Dieu en croix ». C’est pourquoi en silence, le bouddhisme progresse partout en Europe. »

Un siècle après cette ultime apostrophe du prophète de la « mort de Dieu », les signes de cette progression sont multiples. Au cours de ces trente dernières années, on est passé, dans la plupart des pays occidentaux, de l’intérêt intellectuel d’une élite à un véritable engouement et à une pratique de la méditation qui concerne des centaines de milliers d’individus. Il existe aujourd’hui plusieurs milliers de dojos zen et de grands centres ou monastères tibétains en Europe et aux Etats-Unis, sans compter les nombreux groupes de méditation rattachés à divers courants et écoles. On assiste également depuis peu à l’apparition d’une génération de bouddhistes occidentaux prenant en charge la responsabilité matérielle et spirituelle des centres, ainsi qu’à l’émergence d’un monachisme bouddhiste occidental.

En marge de ce phénomène typiquement religieux, qui semble constituer une véritable pénétration du bouddhisme asiatique en Occident, on assiste depuis une quinzaine d’années à une effervescence médiatique autour du bouddhisme, tout particulièrement de la figure emblématique du dalaï-lama, qui obtint le prix Nobel de la paix en 1989. Richard Gere, l’acteur préféré des Américaines, fait figure de grand ambassadeur du bouddhisme dans le monde du show-biz et après Little Bouddha de Bernardo Bertolucci (1993), ce sont Jean-Jacques Annaud (Sept ans d’aventures au Tibet, 1998) et Martin Scorsese (Kundun, 1998) qui réalisent des super-productions inspirées par le drame du Tibet et la vie du chef spirituel et temporel des Tibétains. Le livre tibétain de la vie et de la mort de Sogyal Rinpoché, publié en 1993, s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires et a été traduit en vingt-six langues. En France, les entretiens entre Jean-Claude Carrière et le Dalaï-lama, La Force du bouddhisme, ont dépassé les 100 000  exemplaires et ceux du moine tibétain Matthieu Ricard avec son père Jean-François Revel les 200 000 exemplaires. L’Art du bonheur, du Dalaï-lama, 1999, a dépassé les 100 000 exemplaires.

Face à un tel phénomène, nous pouvons nous poser de nombreuses questions.
C’est ce que nous verrons dans un prochain article. Amicales salutations