dimanche 18 octobre 2015

Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (deuxième partie)


Dhardo Rimpoche, un des maîtres tibétains de Sangharakshita



Cet article, pour des raisons de commodité de lecture sur Internet, a été divisé en deux parties.

Après son initiation en 1957 à la Tara verte avec le lama Chetul Sangye Dorje, c’est le 12 octobre 1962 que Sangharakshita reçoit de Dhardo Rimpoche l’ordination du bodhisattva et il lui est expliqué le lendemain, de façon détaillée, les soixante-quatre préceptes prononcés lors de celle-ci.

En 1964, peu avant son départ pour l’Angleterre, il lui est donné en outre l’initiation à la Tara blanche, une bodhisattva féminine, incarnant en particulier la dimension de la sagesse.  Sangharakshita connaîtra encore ensuite d’autres initiations tantriques par des lamas tibétains. C’est lors de l’une d’elles que lui sera attribué un nouveau nom « Urgyen », qui désigne une contrée dans le nord-ouest de l’Inde où aurait vécu Padmasambhava, l’initié indien qui introduisit le bouddhisme au Tibet et le fondateur de l’école Nyingmapa.

Un personnage qui marquera beaucoup Sangharakshita, lors de ses dernières années en Inde, est Chen Chien-Ming, plus connu sous le nom de Yogi Chen, un instructeur d’origine chinoise, mais formé dans le Vajrayana. Il enseignera des semaines durant une série de cours sur les techniques de la méditation à l’intention de Sangharakshita et d’un autre moine anglais de passage à Kalimpong, Kantipalo. Les cours seront mis par écrit et donneront lieu à une publication : Buddhist Meditation, Systematic and Practical, une remarquable présentation des formes variées de la méditation et des différents  niveaux de conscience qui peuvent être atteints grâce à celle-ci.

Si vous voulez avoir plus de détails sur les enseignants tibétains de Sangharakshita,  consultez le site de la communauté Triratna  ou le site même de Sangharakshita.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans l’article qui va suivre, j’aborderai la théorie des riddhis (ou iddhis) dans le  bouddhisme Vajrayana .

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.





Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (première partie)




Chetul Sangye Dorje, un des formateurs tibétains de Sangharakshita, né en 1913, est donc âgé à présent de 102 ans et continue à parcourir le monde.



Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita (première partie)


Un visiteur, qui assisterait pour la première fois à une soirée Sangha du Centre bouddhiste Triratna de Paris, pourrait être surpris d’entendre pendant la puja, après la récitation des mantras du dhyani-bouddha Amitabha et du bodhisattva Avalokitésvara, ceux de la bodhisattva tibétaine Tara : « Om tare tuttare ture Svaha » et de Padmasambhava, le fondateur du bouddhisme tibétain : « Om ah hum vajra guru padma siddhi hum ». En réalité, Sangharakshita, le fondateur de Triratna, après avoir été moine bouddhiste hinayana (theravada), a reçu plusieurs initiations tibétaines.

Cet article pour des raisons de commodité de lecture sur Internet sera divisé en deux parties.

C’est en 1950, alors qu’il a vingt-cinq ans, que Sangharakshita prend véritablement contact avec le bouddhisme Vajrayana (tibétain ou véhicule du diamant). Il vit alors en Inde et a été ordonné par le passé dans le hinayana (petit véhicule). Il crée à cette époque un journal mensuel qui s’appelle Stepping Stones (Pierres de gué) et plusieurs de ses contributeurs sont des bouddhistes tibétains : Alexandra David-Neel, Lama Govinda, etc. Sangharakshita se lie plus spécifiquement d’amitié avec Lama Govinda : tous les deux partagent le désir de découvrir le bouddhisme dans son ensemble (les trois mouvements principaux : hinayana, mahayana, Vajrayana) et ils sont déçus par l’attitude étriquée de certaines écoles, notamment dans le hinayana. Ils cherchent à promouvoir l’unité du bouddhisme et voient comme critère d’efficacité, dans un enseignant ou un mouvement, l’aptitude à promouvoir la croissance spirituelle des individus avec l’Eveil comme horizon. Lama Govinda, par ses grandes connaissances, sera en fait déterminant dans la compréhension plus claire que Sangharakshita aura progressivement du Vajrayana.

En 1956, Sangharakshita franchit une étape déterminante dans sa connaissance du bouddhisme tibétain. Il demande l’initiation tantrique (tibétaine), qui marquera un nouveau départ dans sa vie intérieure. Sur ce point, c’est Lama Govinda qui l’a aidé à voir clair, en lui présentant la dimension philosophique de la méditation du Vajrayana. Il s’agit entre autres d’arriver à découvrir son guru intérieur ou à défaut d’en trouver un qui soit extérieur. En effet, dans l’initiation tantrique, le maître met le disciple en lien avec la forme idéalisée d’un bouddha ou d’un bodhisattva, l’idéalisation s’appuyant sur un aspect particulier de la conscience éveillée, sagesse ou compassion. Suite à cela, le disciple, par un effort de visualisation, contemple cette forme archétypale durant sa méditation, cherchant à renforcer en lui l’aspect de la conscience éveillée qu’elle incarne. C’est là sans doute un moyen pour dépasser l’effort purement personnel en cherchant à se laisser guider par une force externe.

Durant le printemps 1957, Sangharakshita se rend auprès d’un lama tibétain qui lui semble apte à lui fournir cette connaissance, le lama Chetul Sangye Dorje. Ce dernier lui donne l’initiation à la Tara verte, une bodhisattva féminine qui personnifie la compassion. Sangharakshita pratiquera quotidiennement la méditation de la Tara verte durant les années qui suivent. Il y trouvera la force plus élevée et décentrée qu’il recherchait.

Mais Chetul Sangye Dorje n’est pas le seul grand lama tibétain à marquer l’itinéraire spirituel de Sangharakshita. En effet, de plus en plus attiré par la richesse, la ferveur et le haut niveau intellectuel de la spiritualité tibétaine, il se met toujours davantage à l’école de ses représentants, lesquels sont souvent des tulkus, des incarnations reconnues des précédents grands lamas. Déterminante est alors la rencontre avec Dhardo Rimpoche. Cet homme réservé, dont la confiance ne pourra être conquise qu’au fil des années, devient son plus proche ami spirituel et son plus grand maître. Leur première rencontre a lieu en 1954 par l’intermédiaire d’un ami commun qui, ayant écrit un article en anglais sur le bouddhisme tibétain, inspiré par l’enseignement de Dhardo Rimpoche, avait demandé à Sangharakshita d’en corriger la grammaire et le style. Ce sera l’occasion pour le futur créateur de Triratna de connaître et d’apprécier la profondeur et la pensée de Rimpoche et son approche non sectaire du Dharma. Celui-ci appartient à l’école Gelugpa, quoiqu’étant lui-même la réincarnation d’un tulku de la tradition Nyingmapa, la plus ancienne du bouddhisme tibétain.

Ayant des fonctions importantes dans le gouvernement tibétain, Dhardo Rimpoche est alors un conseiller proche du Dalai-Lama. Lorsqu’a lieu la rencontre avec Sangharakshita, il est abbé du monastère de Ladakhi à Bodh-Gaya et, parallèlement, il dirige à Kalimpong un Centre d’études tibétaines (le Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute). Un véritable sentiment d’amitié et de respect mutuel naît entre Sangharakshita et Dhardo Rimpoche. Ce qui impressionne Sangharakshita chez celui-ci, c’est à la fois sa grande érudition et son incroyable compassion, incarnant parfaitement l’idéal du bodhisattva. Plus que ça, il a l’impression que le Rimpoche est un bodhisattva vivant : quelqu’un qui vit l’existence spirituelle non pas seulement pour son propre soi mais pour le bien de tous les êtres vivants. Et il n’aura désormais plus qu’une aspiration : suivre son exemple.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans un prochain article, j'aborderai les autres initiations de Sangharakshita au bouddhisme tibétain.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.



dimanche 11 octobre 2015

Les cinq dhyani-bouddhas, leurs projections magiques, leurs émanations agissantes


Une petite illustration mais très parlante sur les cinq dhyani-bouddhas


Aujourd’hui, je vais compléter mes observations sur les cinq dhyani-bouddhas, leurs projections magiques et leurs émanations agissantes grâce au livre Les Dieux du bouddhisme de Louis Frédéric. Selon l’auteur, ces cinq dhyani-bouddhas ou Jinas, étant aussi des bouddhas de méditation, par la puissance de leur concentration et de leur méditation contemplative, donnèrent naissance à des sortes de reflets agissants d’eux-mêmes ou bodhisattvas de méditation (dhyani-bodhisattvas), aussi appelés bodhisattvas de sagesse, dont la mission est de veiller sur le monde. Mais aussi chaque dhyani-bouddha est censé être, selon certaines théories, la projection magique d’un des cinq bouddhas historiques. En fait, chacun de de ces Jinas seraient trois entités en une seule, un bouddha historique, sa projection magique et son émanation agissante.

Pour plus de clarté, je vais vous présenter à la suite, comme dans l’article précédent, chaque dhyani-bouddha avec son bodhisattva de méditation (dhyani-bodhisattva) et le bouddha historique qui lui correspond.

1) Amitabha a comme bodhisattva de méditation Padmapani et correspond au bouddha historique Sakyamuni.

2) Amoghasiddhi a comme bodhisattva de méditation Visvapani et correspond au bouddha historique Maitreya (le bouddha de l’avenir !).

3) Akhshobya a comme bodhisattva de méditation Vajrapani et correspond au bouddha historique Kanakamuni.

4) Ratnasambhava a comme bodhisattva de méditation Ratnapani et correspond au bouddha historique Kashyapa.

5) Vairochana a comme bodhisattva de méditation Samantabhadra et correspond au bouddha historique Krakucchanda.

La plupart du temps, on croit que les bouddhistes ne révèrent que Sakyamuni, le bouddha de notre ère, mais c’est totalement inexact. La secte japonaise du Jodo-Shinshu ne prend en considération qu’Amitabha tandis que les sectes ésotériques du Tendai et du Shingon, toujours au Japon, ont fait de Vairochana leur divinité principale.

Un peu compliqué, non, mais vous verrez par la suite que cela en vaut la peine. Si vous voulez creuser le sujet, achetez-vous, comme je l’ai déjà indiqué, la Petite encyclopédie des divinités et symboles du bouddhisme tibétain du Lama Cheuky Sèngué (François Jacquemart) et étudiez p.116 le « Tableau des correspondances des 5 vainqueurs » (les vainqueurs étant les dhyani-bouddhas). Si vos finances sont basses, vous pouvez consulter le site du Centre Bouddhiste Triratna de Paris ou alors ce lien, ou même aller sur Wikipédia.

Dans un prochain article, j’aborderai un sujet un peu différent, le bouddhisme tibétain, auquel Sangharakshita, le fondateur de la Communauté bouddhiste Triratna,  a été initié à différentes reprises par le passé.
Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.



samedi 10 octobre 2015

Les cinq dhyani-bouddhas ou bouddhas de méditation



Une iconographie traditionnelle des cinq dhyani-bouddha. Remarquez que chacun est représenté avec une couleur différente.



Les cinq dhyani bouddhas (ou bouddhas de méditation ou bouddhas de sagesse ou bouddhas transcendantaux ou Jinas : Vainqueurs).


J’ai remarqué que dans la plupart des religions qui pratiquaient au départ l’adoration d’une seule personne ou d’un seul dieu (catholicisme, bouddhisme, etc.), les êtres humains ont connu une tendance très forte à imaginer de nombreuses divinités subalternes ou des auxiliaires de ce dieu (par exemple, dans le catholicisme les anges et les saints ou dans le bouddhisme, les cinq dhyani- bouddhas ou les bodhisattva). Louis Frédéric a pu ainsi écrire un livre Les dieux du bouddhisme qui recense trois mille divinités issues de cette religion ! Je vais parler aujourd’hui des cinq dhyani-bouddhas ou bouddhas de sagesse, inventés sans doute au septième siècle après Jésus-Christ, respectivement Amithaba, Amoghasiddhi, Akhshobya, Ratnasambhava et Vairochana. Dans le courant vajrayana, ils représentent les cinq aspects du bouddha primordial, les cinq épisodes principaux de sa vie, et les cinq sagesses permettant de transformer les cinq émotions négatives en énergie positive.

Le principe des cinq bouddhas repose sur la notion de trikaya (Les trois corps du bouddha, Dharmakaya, Sambhogakaya, Nirmanakaya), proposée à l’origine par l’école yogacara du courant mahayana.

Ces bouddhas sont considérés comme des bouddhas transcendantaux. En effet, alors que le Hinayana n’admet l’existence que d’un seul et unique bouddha par ère, le Mahayana reconnaît l’existence d’innombrables bouddhas. Le bouddha Sakyamuni est la manifestation aux yeux de tous (nirmanakaya) d’un bouddha primordial (dharmakaya). Il existe aussi des manifestations visibles pour les méditants et les bodhisattvas, appelées sambhogakaya. Cette théorie a donné naissance à la notion qu’un bouddha peut se démultiplier en différentes formes représentant chacune l’un des aspects particuliers de ses émanations.


1) Amithaba a comme émotion négative l’avidité qu’il transforme par la sagesse de l’amour universel, il représente la « lumière infinie » du bouddha primordial et l’épisode de l’illumination sous l’arbre de boddhi (il est aussi le bouddha de la « Terre Pure ».).

 2) Amoghasiddhi a comme émotion négative la jalousie qu’il transforme par la détermination de mener les choses à bien. Il représente « l’accomplissement infaillible » du bouddha primordial et l’épisode de l’arrêt de l’éléphant lancé par son cousin Devadatta (oui, personne ne le sait mais, comme tous les grands réformateurs, le bouddha a été la cible de plusieurs tentatives d’assassinat).

3) Akhshobya a comme émotion négative la colère-haine qu’il transforme par l’acceptation tranquille du mauvais comme du bon. Il représente « l’imperturbabilité » du bouddha primordial et l’épisode de la victoire contre Mara à Bodhgaya.

4) Ratnasambhava a comme émotion négative l’orgueil qu’il transforme par la conscience de l’identité fondamentale des êtres. Il représente « celui qui est né du joyau et produit des joyaux » par rapport au bouddha primordial et l’épisode de la construction du temple Mahabodhi par Ashoka.

5) Vairochana a comme émotion négative l’ignorance qu’il transforme par la conscience de la vacuité. Il représente « l’illuminateur » par rapport au bouddha primordial et l’épisode du sermon de Bénarès (Sakyamuni a fait un prêche devant ses cinq premiers disciples dans cette ville pour leur faire partager la voie qui selon lui menait à l’Éveil. Il a alors exposé les Quatre Nobles Vérités).

Pour plus de renseignements sur le sujet, consultez le très bon livre, Petite encyclopédie des divinités et symboles du bouddhisme tibétainpar le lama Cheuky Sèngué (François Jacquemart).

Dans un prochain article, j’aborderai les projections magiques (bouddhas historiques) et les émanations agissantes (bodhisattvas de méditation) de ces dhyani-bouddhas.

 Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.

jeudi 8 octobre 2015

Compte rendu de l’atelier de méditation bouddhiste du dimanche 4 octobre 2015





Compte rendu de l’atelier de méditation qui a eu lieu le dimanche 4 octobre 2015 au Centre Bouddhiste Triratna de Paris (animé par Vassika)

Je rappelle d’abord les deux méthodes de méditation développées par Sangharakshita pour la Communauté bouddhiste Triratna : la concentration sur le souffle en quatre étapes (anapana-sati) et la méditation de la compassion, elle aussi en quatre étapes (Metta-Bhavana). Pour tous détails et précisions sur ces deux types de méditation, consultez le résumé que j’ai rédigé dans cet article de mon blog et les très beaux et très complets développements sur le site de l’Esprit Indompté  (les détails donnés dans ces pages web de wildmind ont été une grande aide pour moi dans mes progrès en méditation).

Vassika a décidé de consacrer la journée à la concentration sur le souffle que nous effectuerons à trois reprises. Mais avant tout, elle nous donne quelques précisions sur sa vision de cette méditation. Dans la concentration sur le souffle, nous avons l’impression d’être totalement attentif à notre respiration mais, même pour les plus grand méditants, il n’en est rien. Vassika développe la notion de « contexte ». Même quand notre point focal, notre centre, est situé dans le souffle, nous sommes, toujours et malgré nous, dans un « contexte » de deux ordres : notre espace et notre temps.

Il y a plusieurs étages, plusieurs strates dans notre contexte corporel : d’abord nous avons connaissance et conscience de notre corps (petites douleurs dans le dos, la nuque, les jambes, etc.), de nos pensées (je suis un homme), de nos sentiments (je suis bien et puis je suis mal ! Et je suis à nouveau bien ! ), de notre environnement (sons dans la salle, bruits au dehors), du cadre de notre vie (des pensées nous assaillent immanquablement au sujet de notre travail, notre famille, etc.).

Le contexte temporel est très présent aussi, à la fois du passé et du futur. Du passé, nous voyons certaines scènes inoubliables, nos habitudes de vie, nous repensons aux différentes méditations que nous avons expérimentées autrefois et aux efforts que nous avons réalisés pour qu’elles soient les plus adéquates et les plus longues possibles. Notre futur est représenté par la direction de vie que nous désirons prendre, par les questions : « Pourquoi, en vue de quoi, je pratique la méditation et pourquoi je fais ces méditations aujourd’hui ? »

Le but de la méditation, qui, malheureusement, est en fait rarement atteint, mais dont on peut se rapprocher progressivement, est la transcendance. Dans la transcendance, l’espace et le temps disparaissent totalement. La personne est entièrement dans l’instant présent (et nulle part ailleurs) et son esprit est en même temps infiniment ouvert. Cela semble correspondre à ce qu’on nomme actuellement la méditation de « pleine conscience », telle qu’elle a été développée en Occident par le docteur Jon Kabat-Zinn.

Quand nous parvenons à faire abstraction de notre espace et de notre temps, nous arrivons à une forme de transcendance que nous pouvons appeler l’unification horizontale. Celle-ci sera complétée par l’unification verticale, qui peut être traduite par le terme « intégration», un des autres buts de la méditation. Dans ce deuxième temps, nous essayons de nous relier avec notre inconscient, ce qui est parfois douloureux psychiquement. Celui-ci contient souvent des traumatismes non traités, des aspects problématiques et parfois cachés de notre personnalité. C’est là que l’on comprend que la vie spirituelle peut être parfois difficile, malaisée, et pas du tout un lit de fleurs, comme on se l’imagine souvent. Cette unification verticale est même certaines fois violente et provoque une grande confusion dans la personne. Mais, comme nous le dit Vassika, un philosophe a écrit que ce qui est douloureux, pénible, laborieux, si nous arrivons à le surmonter, nous rend plus forts. Il en est de même de la vie spirituelle et de la méditation.

Dans un prochain article, je parlerai des textes écrits par Sangharakshita sur la méditation. J'évoquerai aussi les différents buts de celle-ci :

1) L’unification
2) Le calme
3) Les états d’esprit élevés
4) La vue pénétrante des choses
5) La connaissance de soi


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.
Amitiés à tous.


mercredi 7 octobre 2015

Compte rendu de la puja du Centre Bouddhiste Triratna du 30 septembre 2015 (cinquième partie : "Le Sutra de Vimalakirti")


Le bodhisattva laïc Vimalakirti, un des compagnons du Bouddha


Compte rendu de la Puja qui a eu lieu le mercredi 30 septembre 2015 au Centre Bouddhiste Triratna de Paris (cinquième partie)

Patricia nous lit un passage du Sutra de Vimalakirti, chapitre 4, « Les Bodhisattvas ».

Ce sutra expose les principes essentiels du bouddhisme Mahayana, le Grand Véhicule, en particulier la notion de non-dualité. Il date approximativement du II ° siècle de notre ère. Dans ce document de très haute tenue littéraire, l'enseignement est délivré aux principaux élèves du bouddha par l'intermédiaire de Vimalakirti, un disciple laïc de Sakyamuni, qui réussit à emprunter la voie des boddhisattvas, bien que vivant dans la société mondaine. Vimalakirti leur expose en détail la doctrine de la vacuité, Shunyata, et répond à de multiples questions. Ce sutra doit sa popularité à la manière dont il insiste sur l’égalité de valeur entre la vocation laïque et la vocation monastique.

Dans le passage choisi, Vimalakirti va expliquer aux filles de Mara qui n’ont comme occupation que les plaisirs des sens ce que sont les joies d'un bodhisattva.

Voici le récit du Sutra :
« Le bodhisattva Jagatimdhara se trouvait chez lui et, soudain, quelque chose d’inattendu se produisit : il reçut une visite de Mara, le dieu mauvais. Mara ne vint pas en tant que Mara, bien sûr : il arriva déguisé en Indra, le roi des dieux. Et il était entouré de 12.000 jeunes filles célestes, et toutes s'approchèrent de Jagatimdhara, au son de musiques et de chants. Alors Mara salua Jagatimdhara très, très doucement, très humblement, puis il se tint respectueusement à côté de lui. Et Jagatimdhara fut complètement pris au jeu.

Il pensait être vraiment en présence du roi des dieux ; donc pour être à la hauteur, il lui fit un petit sermon approprié pour un dieu, sur le thème de l'impermanence. Que dit Mara alors ? Celui-ci fut, apparemment, profondément remué par ce sermon et voulut montrer sa reconnaissance. Il déclara donc : « Grand homme, accepte de moi ces 12.000 jeunes filles divines et fais en tes servantes ». Jagatimdhara refusa l'offre, affirmant que les jeunes filles divines ne convenaient pas à quelqu'un comme lui, c'est-à-dire quelqu'un qui s'est engagé dans la vie spirituelle supérieure.

Vimalakirti arriva à ce moment ; il mit à nu ce qui se passait et révéla la réalité de la situation. Il dit à Jagatimdhara : « Vous pensez que c'est Indra, mais ce n'est pas Indra, c'est Mara. ».
Puis Vimalakirti dit alors à Mara : « Puisque Jagatimdhara ne peut pas accepter les jeunes filles célestes, donne-les moi ».

Mara fut terrifié. Il essaya de déguerpir au plus vite mais sans succès : en fin de compte il lui fallut donner chacune de ses 12.000 jeunes filles célestes, à grand regret ! Et que fit Vimalakirti de ces 12.000 jeunes filles célestes ? Elles étaient, bien sûr, les filles de Mara, déguisées ; il leur enseigna comment développer la bodhicitta (l’esprit d’Eveil). Il expliqua à ces jeunes femmes qui s’adonnaient aux plaisirs des sens ce qu’étaient les joies d’un bodhisattva. »

Voici la liste des plaisirs des bodhisattvas énoncée par Vimalakirti selon le sutra :

« Se réjouir d'avoir toujours foi dans le Bouddha,
Se réjouir de vouloir écouter la doctrine,
Se réjouir de rendre hommage à la communauté,
Se réjouir de se libérer des cinq désirs,
Se réjouir de voir les voleurs malintentionnés dans les cinq agrégats,
Se réjouir de voir les serpents venimeux dans les quatre éléments,
Se réjouir de voir le village vide dans les bases internes,
Se réjouir de suivre et de préserver la pensée de l'éveil,
Se réjouir de faire le bien des êtres,
Se réjouir de vénérer le maître,
Se réjouir de pratiquer l'immense générosité,
Se réjouir de respecter la ferme moralité,
Se réjouir de la patience et de la douceur,
Se réjouir de rassembler des racines de bien avec énergie,
Se réjouir de ne pas être agité pendant la méditation,
Se réjouir de la merveilleuse sagesse qui libère des souillures,
Se réjouir de déployer l'esprit d'éveil,
Se réjouir de soumettre tous les démons,
Se réjouir de trancher toutes les passions,
Se réjouir de purifier sa terre de bouddha,
Se réjouir de cultiver toutes les vertus afin de perfectionner les marques,
Se réjouir d'orner l'aire de l'éveil,
Se réjouir d'écouter les profondes doctrines sans aucune crainte,
Se réjouir dans l'enseignement de la triple libération sans inopportunément se réjouir,
Se réjouir d'aider ses compagnons,
Se réjouir parmi d'autres que ses compagnons sans éprouver le moindre déplaisir,
Se réjouir de soigner et de protéger les amis du mal,
Se réjouir de s'attacher aux pas des amis du bien,
Se réjouir de goûter à la pureté en l'esprit,
Se réjouir de s'exercer aux innombrables rubriques de l'éveil. »

Naturellement, Vimalakirti parvint à convertir ces jeunes femmes, qui ne connaissaient que le plaisir, à la religion bouddhiste. On notera quand même que le bouddhisme, contrairement à certaines pratiques trop coincées (selon moi), aime l’humour, cultive même une certaine dérision et que certains de ses meilleurs sutras pratiquent un joyeux décalage complètement absurde (voir aussi Sutra des Kalamas). C’est rassurant dans nos époques troublées : ne pas se prendre au sérieux même si l’on adhère totalement à une religion.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La prochaine fois, nous parlerons de la méditation en bouddhisme.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.
Amitiés à tous.


lundi 5 octobre 2015

Compte rendu de Puja du Centre Bouddhiste Triratna (quatrième partie), Shantideva et l'idéal du Bodhisattva





Compte rendu de la Puja du mercredi 30 septembre 2015 au Centre Bouddhiste Triratna de Paris (quatrième partie)



Vassika nous donne un commentaire éclairant sur la puja. Pour elle, cette cérémonie est comme une pause dans nos vies où règnent à la fois le stress et l’illusion. Elle est un remède à la souffrance générée par nos conditions d’existence. 

Shantideva a créé cette puja  en sept parties afin de s’inspirer lui-même dans le chemin pour devenir bodhisattva. Il est l’auteur d’un traité décisif, Le Bodhicharyavatara (L’Entrée dans la pratique du Bodhisattva). C’est une des œuvres majeures du bouddhisme mahayana ; son texte est un hymne extraordinaire à la compassion universelle et explique un très grand nombre de pratiques qui servent de base au lodjong, discipline tibétaine permettant d’accroître l’esprit d’éveil (bodhicitta). Un de ces usages est le tonglen, méditation permettant de développer la compassion, où l'on décide de prendre toute la négativité et les souffrances pour soi et de donner tout le bonheur aux autres.

A la fin de la puja en sept parties des Centres Triratna, il y a justement le transfert du mérite et le renoncement à soi. Voici un extrait du texte :

« Puisse le mérite obtenu ainsi,
Par ce que je viens de faire,
Aller soulager la souffrance de tous les êtres.
Ma personnalité tout au long de mes existences,
Mes possessions,
Et mon mérite accumulé des trois façons,
Tout cela, je l’abandonne,
Sans considération pour moi-même,
Pour le bénéfice de tous les êtres. […] »

L’explication de Sangharakshita sur le transfert du mérite et le renoncement de soi est qu’il nous faut développer le sentiment que, bien que nous ayons beaucoup gagné du fait des actions bénéfiques que nous avons faites durant cette puja, nous ne voulons conserver aucun de ces bénéfices pour nous-même. Nous donnons  donc notre bonté, notre mérite, en souhaitant qu'il puisse rejaillir vers la réalisation spirituelle de tous les êtres vivants : le bien-être des autres, voilà notre seul souci, il ne nous reste absolument aucun intérêt égoïste, même envers nos bonnes actions.

Vassika développe ensuite les sept étapes de la puja en expliquant que chacune correspond à un état d’esprit différent.

1) L’Adoration, où il est donné des offrandes aux Bouddhas et aux Bodhisattvas, représente à la fois notre gratitude envers ceux-ci d’avoir transmis la doctrine et notre vénération pour leur discernement.

2) La Salutation correspond à une obéissance aux principes développés par le bouddha Sakyamuni. En même temps, en évoquant les « mille millions de monde » sur lequel règnent les bouddhas, nous avouons la distance qui reste encore entre nous et l’idéal développé par ceux-ci.

3) L’Aller en refuge doit être vécu comme un engagement fort envers les trois Joyaux, le Bouddha, le Dharma et la Sangha

4) La Confession des fautes est là pour nous montrer que, sur le chemin, nous ne sommes pas toujours à la hauteur. Il n’y est pas question de péché, ni de punition éventuelle, mais de reconnaissance de notre faiblesse. Cela provoque un lâcher prise par rapport à nos diverses activités. Nous laissons derrière nous des actions non pas coupables mais malhabiles.

5) La Réjouissance du mérite.
C’est un principe hyper-positif (le bouddhisme, quoique l’on puisse croire, quoique l’on nous ait dit, n’est absolument pas négatif). Nous nous réjouissons de tout ce qui est bien dans le monde, de tous les efforts des êtres.

6) La supplication
Nous nous nous ouvrons à la sagesse des Bouddhas. Nous sommes en état de réceptivité spirituelle. Cela montre que chaque individu, si élevé soit-il, a toujours des choses à apprendre. Il faut être constamment ouvert psychiquement.

7) La réponse à beaucoup de nos problèmes existentiels se trouve finalement dans le Sutra du Cœur

Comme on l’a vu auparavant, la déclaration du transfert du mérite et du renoncement de soi montrent que nous sommes prêts à abandonner notre ego, nos désirs premiers, et surtout à aller vers les autres.

Les mantras évoquent chacun un bouddha ou un bodhisattva différent. Ceux-ci deviennent véritablement présents dans la pièce. Par exemple, on peut considérer qu’Avalokitésvara est là. Les forces de l’éveil sont avec nous et œuvrent pour nous !

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Dans un prochain article, nous parlerons de la lecture qu’a effectuée Patricia du Sutra de Vimalakirti

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.


Amitiés à tous.