jeudi 10 août 2017

Compte rendu de « L’art de la mémoire » par Frances A.Yates, chapitre 6 : La mémoire de la Renaissance : le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo (troisième partie).


Marsile Ficin, un des inspirateurs de Camillo.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Frances A. Yates est l’historienne qui a le mieux parlé de Camillo selon moi dans L'Art de la mémoire (quoique Paolo Rossi dans Clavis universalis et Lina Bolzoni dans La chambre de la mémoire lui ait consacré des analyses tout à fait passionnantes) et j’utiliserai donc ses informations.
Malgré la nature fragmentaire de ses réalisations, ou peut-être à cause d'elle, la réputation de Giulio Camillo ne diminua pas à sa mort ; au contraire, elle brilla avec plus d'éclat que jamais. En 1552, Ludovico Dolce, écrivain populaire doué d'un sens aigu de ce qui pouvait intéresser le public, écrivit une préface pour un recueil des œuvres, plutôt peu abondantes, de Camillo ; il y regrette la mort prématurée de ce génie qui, comme Pic de la Mirandole, n'a pas achevé son œuvre et n'a pas produit tout le fruit de son « intelligence plus divine qu'humaine ». Dans un discours tenu à Bologne en 1588, il exalta les philosophies de Trismégiste, Pythagore, Platon, Pic de la Mirandole, auxquelles il joignait le Théâtre de Giulio Camillo.
En 1578, J. M. Toscanus publia à Paris son Peplus Italiae, série de poèmes en latin sur des Italiens célèbres; l'un d'entre eux est consacré à Camillo, au prodigieux  Théâtre duquel les sept merveilles du monde doivent rendre hommage. Une note du poème dit que Camillo connaissait très bien les traditions mystiques des Hébreux, qu'on appelle la cabale, ainsi que les philosophies des Égyptiens, des pythagoriciens et des platoniciens
Par « philosophies des Egyptiens », la Renaissance entendait avant tout les écrits supposés d'Hermès, ou Mercure, Trismégiste, c'est-à-dire le Corpus hermeticum et L’Asclepius sur lesquels Ficin avait si profondément médité. Pic de la Mirandole y avait ajouté les mystères de la cabale juive. Ce n'est pas un hasard si les admirateurs de Camillo associent si souvent son nom à celui de Pic de la Mirandole, car il appartenait complètement et avec enthousiasme à la tradition hermético-cabalistique fondée par Pic. La grande œuvre de sa vie était d'adapter cette tradition à l'art classique de la mémoire.
Quand, vers la fin de sa vie, Camillo se trouvait à Milan au service de Del Vasto, il consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le théâtre de la mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés  à tous ! 

Le formidable book test « Hypnose » de JB Chevalier et Vincent Roca (cinquième partie).




JB Chevalier effectuant une démonstration du book test Hypnose.


Les book tests sont pour moi un sujet passionnant mais je me suis rendu compte que beaucoup de mentalistes connaissaient mal certains book tests français ou ne les connaissaient pas du tout.

J’ai recensé certains de ces livres dont on parle peu ou pas assez et je vais vous présenter quelles sont leurs possibilités et leur impact sur le public.

Je parlerai aujourd’hui d’un book test paru en 2011 qui m’a toujours paru génial et dont à peu près personne ne connaît le principe, Hypnose, de JB Chevalier et Vincent Roca, le seul book test thématique français d’après mes informations et qui peut sans problème être mis dans les mains des spectateurs.

Dans un précédent article, j’ai évoqué le troisième effet de ce book test : la révélation du thème des premières lignes du deuxième paragraphe de chaque page. Il vous faudra apprendre par cœur un tableau de relations codées  chiffres de la page-thèmes ou utiliser une anti-sèche cachée dans votre carnet. Cependant, je ne vous fournirai pas cette liste car c’est à vous maintenant d’acheter ce livre dont je vous ai détaillé les immenses possibilités, afin que les créateurs puissent vivre et gagner l’argent qui leur est dû du fait de l’ingéniosité de leurs créations.

Je vais présenter aujourd’hui le quatrième effet du book test.

Des mots longs sont glissés dans les premières lignes de chaque page dont le numéro se termine par un 0,  soit les pages 10, 20, 30, etc. Ils sont classés de sorte que le mot long de la page 10 commence par un A (automobiliste). Car le A est la première lettre de l'alphabet, soit 1 = A, 2 = B (le mot long est « baccalauréat »), 3 = C (consommateur), etc. A la page 120, il s'agira du mot commençant par la 12 ème lettre de l'alphabet, la lettre « l », « luminosité ». Le dix-huitième et dernier mot long à la page 180 sera « renseignements ».

Le but ici est de profiter du hasard. Ne cherchez pas à en faire un tour, mais si le spectateur vous annonce une page qui se termine par 0 (10, 20, 30...) vous savez que vous pourrez bénéficier d'un effet sympathique qui consiste à lui annoncer instantanément le mot long de la première ligne.de sa page.

Pour réaliser ce tour, il vous faudra soit mémoriser les dix-huit mots longs  des pages se terminant par 0, soit coller l’anti-sèche fournie avec le book test dans votre calepin de révélation.

C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro. Amitiés à tous.


mercredi 9 août 2017

Compte rendu de « L’art de la mémoire » par Frances A.Yates, chapitre 6 : La mémoire de la Renaissance : le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo (deuxième partie).


Le Théâtre de la Mémoire reconstitué de Giulio Camillo.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Frances A. Yates est l’historienne qui a le mieux parlé de Camillo selon moi dans L'art de la mémoire (quoique Paolo Rossi dans Clavis universalis et Lina Bolzoni dans La chambre de la mémoire lui aient consacré des analyses tout à fait passionnantes) et j’utiliserai donc ses informations.
Dans un article précédent, j’ai commencé à décrire la reconstitution qu’a opérée France Yates du Théâtre de la mémoire de Camillo. A la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter une ébauche d’explicitation de son opus magnum. Publié en 1550, le texte nous informe que son Théâtre, analogue à celui de Vitruve, s’élève sur sept gradins, séparés par sept allées représentant les sept planètes. Le spectateur se trouve placé devant les « sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur » correspondant aux Sept Sephiroth du monde supracéleste. Les Sephiroth du Zohar sont dix, mais comme les trois premiers sont inaccessibles à l’intelligence humaine, Camillo associe les sept restants aux « Sept Gouverneurs » d’Hermès Trismégiste : « Au neuvième chapitre des Proverbes, dicte Camillo, Salomon dit que la sagesse s’est construit une maison et qu’elle l’a appuyée sur sept piliers. Par ces colonnes, qui signifient l’éternité la plus stable, nous devons comprendre les sept Sephiroth du monde supracéleste, où sont contenues les Idées de toutes les choses comprises à la fois dans le monde céleste et dans le monde inférieur.
La première rangée du Théâtre est donc celle des Planètes et des Principes de l’Univers (la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter, Saturne), plus proches de nous que les Sephiroth, et utiles parce que leur forte différenciation s’imprime facilement dans la mémoire. Une fois celles-ci saisies, on peut se déplacer dans deux directions : vers le haut, dans le monde supracéleste des Idées (ce qui veut dire dans l’invisible), ou vers le bas, dans le monde subcéleste et élémentaire. 
Le deuxième degré s’appelle « Le Banquet », et c’est celui des Dieux, du Monde Intelligible ou des Éléments Simples. Camillo associe le Banquet et l’Océan, car l’Océan contient les eaux de la sagesse qui préexistent à la matière, et les dieux invités au banquet sont également les Idées existant dans l’archétype divin. 
Le troisième degré, c’est la Caverne. Camillo précise qu’il s’agit d’une caverne homérique et non platonicienne. Dans la caverne des nymphes décrite par l’Odyssée, des nymphes tissent sempiternellement et des abeilles entrent et sortent : ces deux activités symbolisent le mélange des éléments destiné à former les choses élémentaires « et nous désirons, explique Camillo, que chacune des sept cavernes puisse, en accord avec la nature de sa planète, conserver les mélanges et les éléments composés qui lui appartiennent. » 
Le quatrième degré est celui des Gorgones. Camillo y associe les trois sœurs décrites par Hésiode à l’homme intérieur, car il reprend l’idée, cabaliste, des trois âmes – et ce degré contient « les choses appartenant à l’homme intérieur en accord avec la nature de chaque planète ». 
Le cinquième degré est celui où l’homme s’unit à son corps, union symbolisée par l’image de Pasiphaé et du Taureau. Pour Camillo, « Pasiphaé amoureuse du Taureau symbolise l’âme qui, selon les platoniciens, tombe dans un état de désir à l’égard du corps. » 
Le sixième degré est figuré par les Talonnières, ainsi que tous les attributs que revêt Mercure quand il va exécuter la volonté des Dieux. C’est le degré correspondant aux Actions de l’homme dans le Monde. 
Par ce degré, la mémoire sera éveillée, et préparée pour le septième degré, qui est celui des arts, au niveau duquel, à chaque porte, on retrouvera l’image de Prométhée tenant une torche allumée. « Il donne beaucoup de noms à son Théâtre, écrit Viglius. Il dit tantôt que c’est un esprit ou une âme construite, tantôt que c’est une âme pourvue de fenêtres. Il prétend que tout ce que l’esprit humain peut concevoir et que nous ne pouvons pas voir de nos yeux corporels, on peut, après en avoir fait la synthèse au cours d’une méditation attentive, l’exprimer par certains signes matériels de telle sorte que le spectateur peut percevoir d’un seul coup d’œil tout ce qui, autrement, reste caché dans les profondeurs de l’esprit humain. Et c’est à cause de cette vision physique qu’il l’appelle un Théâtre. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés  à tous ! 

Le formidable book test « Hypnose » de JB Chevalier et Vincent Roca (quatrième partie).


JB Chevalier.


Les book tests sont pour moi un sujet passionnant mais je me suis rendu compte que beaucoup de mentalistes connaissaient mal certains book tests français ou ne les connaissaient pas du tout.

J’ai recensé certains de ces livres dont on parle peu ou pas assez et je vais vous présenter quelles sont leurs possibilités et leur impact sur le public.

Je parlerai aujourd’hui d’un book test paru en 2011 qui m’a toujours paru génial et dont à peu près personne ne connaît le principe, Hypnose, de JB Chevalier et Vincent Roca, le seul book test thématique français d’après mes informations et qui peut sans problème être mis dans les mains des spectateurs.


Je vais détailler le troisième effet du book test : la révélation du thème des premières lignes du deuxième paragraphe de chaque page. Il est basé sur une idée semblable au premier effet du book test (voir cet article). Là aussi, vous pourrez apprendre par cœur le tableau codé de révélation chiffres-thèmes ou utiliser une anti-sèche cachée dans votre carnet. A vous de voir selon vos possibilités.

Quand les pages comportent deux paragraphes, le deuxième aussi est codé. Avec dix nouveaux codes ! 

Mais attention, en ce qui concerne ce code créé pour les deuxièmes paragraphes, vous devrez additionner les chiffres de la page du spectateur. Ainsi, si le numéro de page est le 27, additionnez 2 et 7, ce qui vous donne 9 qui correspond dans la liste des thèmes des deuxièmes paragraphes à « infection ». L’« infection », dans le groupe de pages 26 à 50, est une infection « guérissable », ce que vous annoncez à votre spectateur. Si le numéro de page est 156, les chiffres 1+5+6 additionnés donne 12 et vous prendrez simplement en compte le numéro 2 qui correspond au thème « business ». Dans ce thème « business », le groupe de pages de 151 à 175 correspond à un business « illégal », révélation  que vous pourrez à nouveau produire à votre spectateur médusé !

Pour que tout soit bien clair, voici un petit résumé. Le spectateur vous annonce la page 17. Vous lui demandez de lire les trois premières lignes du premier paragraphe et de s'en faire une image mentale. Dans votre tête, vous savez que vous devez penser « 7 », autrement dit si vous regardez le premier tableau, le code sera « guerre » et « armée française ». Vous faites votre révélation... c'est magique !

A présent, vous pouvez suggérer à votre spectateur de lire les trois premières lignes du deuxième paragraphe. Vous additionnez mentalement 1 et 7 et vous obtenez 8. Si vous regardez le tableau récapitulatif des deuxièmes paragraphes, vous savez immédiatement que le thème sera « habitude », plus précisément, « l'heure du levé », et de manière très précise, « très tôt », (du fait que 17 se trouve dans le groupe de chiffres 1 à 25 qui correspond à « heure du levé » et à« très tôt »).

Remarque complémentaire :

Vous pouvez constater que, grâce à ce système d'addition pour le code du deuxième paragraphe, vous ne tomberez jamais sur deux combinaisons de codes identiques dans une même page. Exemple, pour la page 17, le code du paragraphe d'en haut est 7 et celui du bas 8. Mais si on prend l'exemple de la page 27, le code d'en haut reste 7, en revanche celui du bas sera 9, et ainsi de suite, avec 37 on obtient 7 et 10, etc.

C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro. Amitiés à tous.


mardi 8 août 2017

Compte rendu de « L’art de la mémoire » par Frances A.Yates, chapitre 6 : La mémoire de la Renaissance : le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo (première partie).



Giulio Camillo.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » sur le site Virtual Magie, que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.

Frances A. Yates est l’historienne qui a le mieux parlé de Camillo selon moi dans L'art de la mémoire (quoique Paolo Rossi dans Clavis universalis et Lina Bolzoni dans La chambre de la mémoire lui aient consacré des analyses tout à fait passionnantes) et j’utiliserai donc ses informations.

En fait, on sait peu de choses sur la vie de Giulio Camillo. Né en 1480, il enseigne quelques temps à Bologne, mais passe la majeure partie de son existence à Venise, occupé à la fabrication de son mystérieux théâtre d’images. C’est un Théâtre de la Mémoire, pour lequel il reçoit l’aide financière de François Ier et sur lequel il s’acharne jusqu’à sa mort sans avoir jamais réussi à l’achever. Il est basé sur les règles antiques de l’Art de la Mémoire mais Camillo lui donne une forme explicitement hermétique et cabalistique, alors même que cette technique est en train de tomber en désuétude, pliant sous les coups successifs de la scolastique et de l’humanisme, imposant définitivement la méthode éducative dite « dialectique » de Pierre de Ramus et l’apprentissage par cœur qui signent la victoire du mot sur l’image.

La mémoire artificielle de l’Antiquité a été fondée sur la méthode des lieux et des images. Les lieux doivent être aisément retenus par la mémoire (une maison, un escalier, une arche). Les images doivent être des formes, des objets ou des symboles. Elle fonctionne comme une écriture intérieure, et ceux qui la pratiquent peuvent mettre dans des lieux déjà édifiés les nouvelles informations qu’ils entendent et les redire aussitôt de mémoire. « Car les lieux ressemblent beaucoup à des tablettes de cire ou à des papyrus, les images à des lettres, l’arrangement et la disposition des images à l’écriture. » Ce qu’implique la mémoire artificielle, c’est la création architecturale d’un espace intérieur où nous pouvons placer tout ce dont nous désirons nous souvenir. Cet espace intérieur, Giulio Camillo tente avec le Théâtre de la Mémoire de lui donner une assise matérielle aux propriétés magiques, qui soit en mesure de faciliter son obtention à la manière d’un court-circuit psychique : « Il faut savoir que dans la grande machine de mon Théâtre se trouvent, disposés en lieux et en images, tous les lieux qui peuvent suffire à rassembler et gouverner tous les concepts humains, toutes les choses qui existent dans le monde entier. »

En 1532, le jurisconsulte hollandais Viglius Van Aytta est à Padoue. Il entend parler de ce mystérieux Camillo et écrit à Érasme : « On dit que cet homme a construit un certain Amphithéâtre, œuvre d’une adresse extraordinaire ; celui qui y est admis comme spectateur sera capable de discourir sur n’importe quel sujet avec autant d’aisance que Cicéron. J’ai d’abord cru que ce n’était qu’une fable, jusqu’à ce que Battista Egnazio m’en ait appris davantage. On dit que cet architecte a rassemblé sur des lieux déterminés tout ce qu’on trouve dans Cicéron sur n’importe quel sujet. Il y a disposé en ordre ou en rang des figures… » Excité, il se rend à Venise et pénètre dans la construction de Camillo, la décrivant ainsi : « L’ouvrage est en bois, marqué de nombreuses images et plein de petites boîtes ; il s’y trouve différents ordres et différentes rangées. »

Camillo travaille lentement à son gigantesque ouvrage. Les années passant et ne voyant rien venir, François 1er finit par lui couper les fonds. Camillo trouve un nouveau mécène dans la personne du marquis Del Vasto. Mais il meurt à Milan en 1544. À partir de cette date, nous perdons avec lui toute trace matérielle de son théâtre. On ne reparle vraiment de celui-ci que dans la seconde moitié du vingtième siècle. Giulio Camillo y est décrit, en compagnie de Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, Campanella et John Dee, comme une des six figures principales de la Renaissance hermétique, courant qui tenta de concilier la religion chrétienne et les sources antiques (néo-platoniciennes, pythagoriciennes et hermétiques) dans l’objectif implicite de justifier l’exercice de la magie. Un point commun entre ces grandes figures est l’importance qu’il donne à la mnémotechnie comme base de leur instruction spirituelle. C’est par la mémoire artificielle qu’on peut constituer cet espace intérieur dont les images opéreront dans nos vies comme des talismans.

Dans L’Art de la Mémoire, Frances Yates se fonde sur les notes de Camillo pour rétablir la forme de son Théâtre. En effet, à la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter une ébauche d’explicitation de son opus magnum. Publié en 1550, le texte nous informe que son Théâtre, analogue à celui de Vitruve, s’élève sur sept gradins, séparés par sept allées représentant les sept planètes. À la manière des théâtres antiques, dans lesquels les personnes de plus haut rang prennent les places les moins élevées, les choses les plus grandes occupent les lieux les plus bas. À chacune des allées correspondent sept portes, décorées par de nombreuses images.

Mais, faut-il le préciser, le Théâtre est conçu pour qu’une seule personne à la fois y soit présente. Le spectateur unique se tient debout là où devrait se trouver la scène et regarde vers l’auditorium (attention, à partir de maintenant, il va être fait allusion à des concepts ésotériques que je développerai plus tard). 

Ainsi, le spectateur se trouve placé devant les « sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur » correspondant aux Sept Sephiroth du monde supracéleste. Les Sephiroth du Zohar sont dix, mais comme les trois premiers sont inaccessibles à l’intelligence humaine, Camillo associe les sept restants aux « Sept Gouverneurs » d’Hermès Trismégiste : « Au neuvième chapitre des Proverbes, dicte Camillo, Salomon dit que la sagesse s’est construit une maison et qu’elle l’a appuyée sur sept piliers. Par ces colonnes, qui signifient l’éternité la plus stable, nous devons comprendre les sept Sephiroth du monde supracéleste, qui sont les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur et où sont contenues les Idées de toutes les choses comprises à la fois dans le monde céleste et dans le monde inférieur. (…) Si les orateurs de l’Antiquité, dans leur désir de localiser de jour en jour les parties des discours qu’ils avaient à prononcer, les confiaient à des lieux caducs comme choses caduques, il est légitime que nous, qui désirons mettre en dépôt pour l’éternité la nature éternelle de toutes les choses qui peuvent être exprimées par le discours, nous leur trouvions des lieux éternels. Notre plus profond effort a donc été de trouver un ordre dans ces sept mesures, un ordre efficace, clairement articulé, qui tienne l’esprit toujours éveillé et provoque la mémoire.»

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés  à tous !

Le formidable book test « Hypnose » de JB Chevalier et Vincent Roca (troisième partie).


Le deuxième auteur du book test Hypnose, Vincent Roca.


Les book tests sont pour moi un sujet passionnant mais je me suis rendu compte que beaucoup de mentalistes connaissaient mal certains book tests français ou ne les connaissaient pas du tout.

J’ai recensé certains de ces livres dont on parle peu ou pas assez et je vais vous présenter quelles sont leurs possibilités et leur impact sur le public.

Je parlerai aujourd’hui d’un book test paru en 2011 qui m’a toujours paru génial et dont à peu près personne ne connaît le principe, Hypnose, de JB Chevalier et Vincent Roca, le seul book test thématique français d’après mes informations et qui peut sans problème être mis dans les mains des spectateurs.

Je vais aujourd’hui détailler le deuxième effet de ce book test : la révélation du dernier mot de la page (voir le premier effet dans ce précédent article).

Pour deviner le dernier mot de la page choisie au hasard, c'est très simple ! Il vous est fourni avec le book test Hypnose une anti-sèche (voir celle-ci en fin d’article), une simple feuille comportant tous les derniers mots de chacune des pages du livre. Il ne vous restera plus qu'à regarder secrètement l'information au moment voulu.

Toute l'astuce consiste à visionner  son anti-sèche non pas avant la première révélation mais pendant la première phase de la routine pour obtenir un temps d'avance.

En plus clair :

Vous donnez le livre au spectateur en lui demandant de l'ouvrir à la page qu'il veut. Exemple : page 13, et de se faire une image mentale des trois premières lignes. Pendant ce temps vous sortez votre calepin et, sous prétexte de capter les pensées du spectateur concernant l'image mentale de ce qu'il vient de lire, vous en profitez pour prendre connaissance (grâce à l'anti-sèche collée sur l'une des pages du calepin) du dernier mot de la page annoncée. A vous de justifier la présence du calepin en dessinant deux trois symboles concernant la première prédiction.

A la fin du premier effet, fermez le calepin et expliquez au spectateur que vous allez aller beaucoup plus loin en devinant le dernier mot de la page (que vous connaissez depuis le début grâce à l'anti-sèche collée à l'intérieur du calepin).

Grâce à votre temps d'avance, vous allez lui faire une révélation très pure en ne posant absolument aucune question, car, bien sûr,  l'information a été prise pendant le premier effet.

Si vous ne voulez pas utiliser de calepin, vous pouvez très bien coller dans l’intérieur de votre veste à la fois le tableau des codes chiffres-thèmes et l'anti-sèche du dernier mot de chaque page. Ainsi, vous donnez le livre au spectateur en lui demandant de l'ouvrir à une page au hasard (exemple page 31) et sous prétexte que vous ne voulez absolument rien voir, vous vous retournez et en profitez pour prendre les deux informations.

Ces deux exemples sont donnés à titre indicatif. Il existe des centaines de manières d'utiliser ces deux anti-sèches. A vous de trouver la méthode qui vous conviendra le mieux (sur scène, les anti-sèches peuvent être mises derrière le guéridon, dans une valise, etc.)

Quand, dans l’anti-sèche, vous voyez deux mots, comme à la page 23 (récit/les), cela signifie qu’il y a dans la page deux paragraphes. Ces mots sont donc respectivement les derniers mots de chacun des deux paragraphes de cette page.

Voici, pour finir, le texte de l’anti-sèche avec les derniers mots de chaque paragraphe de chaque page du roman :


Page

Page



Page

Page

7 Civilisation
46
globe/corrompu
85      pratique
124
nos
163
cela/étendue
8 concrétiser/lui
47
toutes/désagréables
86  temps/aimerait
125
cela/les
164
mère/de
9 dirigeaient/cependant
48
soleil/des
87         élan/à
126
connu/immense
165
Je
10 vie/sereins
49
découverte/que
88    océan/temps
127
raisons/rendu
166
ici/réalité
11 arme/encore
50
retrouver/je
89      objet/aussi
128
suite/simple
167
notoriété/en
12 occidentale
51
épanouissais
90   moment/mon
129
bouches
168
vie/beaucoup
13 parler/pas
52
parasites/je
91   moqué/mon
130

169
habituelles/pensé
14 recherche
53
semaine/puisse
92         que
131
inconnues/ou
170
moi/réaliser
15 tours/valions
54
forme/être
93      arriver/était
132 malheureusement/ils                             171
promesses/pays
16 constamment/et
55
vacances/ou
94     être/entières
133
certaines
172
globe/leur
17 combat/seule
56
moelle/y
95         mal
134
couleur/je
173
inférieur/extrêmement
18 âge/passent
57
tous/bien- ...
96
135
tant
174
ouvert/tête
19 ici
58
qui
97 insupportable/été
136
tous/ici
175
entendre/importait
20 tentation/nous
59
réellement/partir
98      inégalé/il
137
ailleurs/de
176
elle
21 ça/voir
60
pari/était
99   percussion/des
138
journée/à
177
rebondissements

61
voyage/du
100    nommer/de
139
peine/mon
178

23 récit/les
62
phobies/attentives
101      question
140
voisine/plus
179
musique/manquait
24 terres/point
63
région/assez
102  ensemble/les
141
était/première
180
table/le
25 si
64
voisins/nos
103    passé/eu
142
très
181
tête/souvent
26 vivre/folies
65
unisson/des
104      région/il
143
elle/même
182
étais/que
27 façonné/elle
66
ce
105 différentes/mon
144
manière/tout
183
commun/vie
28 de
67
vie/on
106        ça/la
145
blagues/savais
184
engendraient/au
29 directes/nous
68
abandon/avais
107    séducteur
146
notre/je
185
mois/humaine
30cinéma ainsi
69
arrive/même
108    moment/ne
147
vie
186
intérêt/que
31 âge/savoir
70
argent/sa
109 niveau/mentalité
148

187
encaisser/de
32 monde/âge
71
problèmes/la
110   pot/effrayait
149
mette/genre
188
horreur/ici
33 abouti/au
72
jamais/ils
111   question/car
150
jours/assiettes
189
différemment
34 des
73
les
112  atrocité/droit
151
pays/me
190

35 forte/faite
74
jours/jours
113    calme/en
152
ambulants/ne
191
moi/menteurs
36 argent
75
me
114      fois/mes
153
ours/croient
192 insupportable/immangeable
37 service/il
76
présentatrices/acheter
115
temps/car
154
période/ne
193
peuple/ici
38 dieux/les
77
banque/nous
116
village/me
155
visite/vitesse
194
cela/peur
39 maison/elle
78
nature/me
117
avais
156
l'autre/la
195
trouve/cela
40 service/vie
79
matière/comme
118
folles/élever
157
playstation/là
196
grave/m'amusait
41 qui
80
terre/nul
119
vie/comme
158
vite/volant
197
matins/de
42 an/j'ai
81
lui
120
côté/connaître
159
arrangements/est
198
apprentissage
43 expériences/ne
82
preuve/même
121
autre/la
160
artiste/les
199
44 habité/une
83
continu/nous
122
deux/cette
161
trop
200

45 veuf/certains

inscription/de
123
familial/de
162
affilé/cependant
201



C’est tout pour le moment. La suite du book test Hypnose dans un prochain article. Amitiés à tous.