lundi 28 août 2017

Tentative de bibliographie des ouvrages de mentalisme en langue française ou recension de ce que je possède dans ma bibliothèque ! (troisième partie) (début de la lettre "B").


 Le premier volume de la série.



J’ai pensé que, comme il paraît beaucoup de livres dans le secteur du mentalisme, il serait intéressant de composer une bibliographie sur le sujet, mais seulement des ouvrages en langue française. Je me baserai pour cela sur ma bibliothèque et sur le catalogue des différents éditeurs et magasins de prestidigitation. Cependant, je ne traiterai pas de différents domaines plus pointus que j’ai déjà abordés sur des sites ou sur mon blog : la mnémotechnie  et les book tests  sur lesquels j’ai déjà fait des recensions dans Virtual Magie, l’hypnose et la télépathie simulée,  dont j’ai déjà donné des bibliographies dans ce blog.

Cet article est la suite de celui-ci.

Je pourrais pour cette lettre B vous parler des mémoires du fakir Birman mais ce serait un peu hors sujet. J’aborde tout de suite le mentaliste essentiel pour le début de cette lettre, Banachek. Sur ce mentaliste hors norme et sur son parcours, je vous donne ce court extrait du site du magasin de prestidigitation « Magic Dream »  : « Quand Subtilités Psychologiques fut publié pour la première fois, Banachek était déjà un mentaliste accompli et reconnu au niveau national. Après avoir convaincu les scientifiques qu’il avait des pouvoirs psychiques, lors du « Projet Alpha », il passa à la télévision, dans des émissions telles que CNN Live, NBC Today et à la BBC ; pour l’émission PM Magazine, il conduisit une voiture tout en ayant les yeux bandés. »


Lettre B

BANACHEK, Subtilités psychologiques 1, Marchand de trucs, 2014. 
Dans ce premier tome, Banachek révèle des grands principes de mentalisme. Le deuxième volume sera, lui, plus axé sur des tours réalisés par des mentalistes amis de Banachek. Dès l’introduction, il nous présente deux subtilités du célèbre mentaliste Dunninger, le « Cadre de Dunninger » et le « Stratagème de Dunninger ». Tout est passionnant dans ce livre depuis les « forçages et sorties psychologiques » jusqu’au grand classique du mentalisme, « Questions & Réponses » subtil.

BANACHEK, Subtilités psychologiques 2, Marchand de trucs, 2016. 
Banachek l’écrit lui-même dans son introduction, le premier tome n’avait pas été pensé comme un livre d’effets mais comme un livre sur « l’attitude générale du mentaliste ». Dans ce volume, il a donc mis plus d’effets présentés par les mentalistes mondiaux les plus réputés, mais assortis de subtilités qui vous aideront à créer votre propre répertoire. Je vous indique quelques noms des invités pour vous donner envie : Christian Painter, Rick Maue, Patrick Kuffs, Ian Rowland, etc.

BANACHEK, Subtilités psychologiques 3, Marchand de trucs, 2017. 
Je n’ai pas encore eu le temps de lire le troisième tome. Je sais seulement que ce sont des explications de routines de grands mentalistes internationaux. Il faudra que vous attendiez un petit peu pour avoir mon compte rendu.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Tentative de bibliographie des ouvrages de mentalisme en langue française, recension de ce que je possède dans ma bibliothèque ! (deuxième partie).



Le livre en question.


J’ai pensé que, comme il paraît beaucoup de livres dans le secteur du mentalisme, il serait intéressant de composer une bibliographie sur le sujet, mais seulement des ouvrages en langue française. Je me baserai pour cela sur ma bibliothèque et sur le catalogue des différents éditeurs et magasins de prestidigitation. Cependant, je ne traiterai pas de différents domaines plus pointus que j’ai déjà abordés sur des sites ou sur mon blog : la mnémotechnie et les book tests  sur lesquels j’ai déjà fait des recensions dans Virtual Magie, l’hypnose   et la télépathie simulée,  dont j’ai déjà donné des bibliographies dans ce blog.

Cet article est la continuation de celui-ci.



Lettre A (suite)

Je parlerai aujourd’hui du livre de deux auteurs français Fabien Arcole et Éric Bertrand, Douceurs mentales.

ARCOLE Fabien et BERTRAND Éric, Douceurs mentales, 2016. 

J’avais dit énormément de bien sur ce livre lors de sa parution (Je n’étais pas le seul. L’article de Jean-Baptiste Clément sur le site Virtual Magie est lui aussi très élogieux.) Je reprends ici l’essentiel de mes analyses de l’époque.

Dans Douceurs mentales vous sont décrits 7 tours qu’il vous faudra peut-être un certain temps pour maîtriser mais qui sont tous pratiquement réalisables et sans complexités inutiles.

De plus, les auteurs signalent pour chaque effet leurs sources, ce qui est à la fois honnête (à mon avis) et passionnant pour le chercheur. Ils sont d’une méticuleuse précision et citent comme sources pour « Hollywood Q&A » : 1) Bob Cassidy, 2) Docc Hilford dans The Invisible Stranger, 3) Richard Osterlind dans Final Answer, etc. La routine de chair test aussi est un régal : au lieu de la décrire d’une façon abrupte, Eric Bertrand parle de l’effet de Todd Landmann contenue dans le livre Chairs de Josh Zandman, « The Alienist’s Chair », de « Kurotsuke » de Max Maven, etc. C’est une façon de procéder que j’adore aussi pour des raisons « sentimentales »: le premier livre sur le mentalisme qui m’ait vraiment passionné et impressionné est Mind Myth and Magic de T.A. Waters. Celui-ci, qui est un très grand mentaliste, y cite sans hésitation et en détail toutes ses sources.

J’ai trouvé aussi (encore une chose qui me touche), que Douceurs mentales est écrit dans un français superbe (donc à la fois œuvre d’art en prestidigitation et œuvre d’art en littérature). Je n’ai presque pas trouvé d’équivalent dans notre langue au vingtième et au vingt et unième siècle, à part peut-être le gigantesque ouvrage du Docteur Dhotel La prestidigitation sans bagages ou alors la notice détaillée du book-test The Abyss de Sylvain Vip et Maxime Schucht.

Comme d’habitude, je vous donne la table des matières du livre afin que vous puissiez vous en faire une opinion par vous-même : 

CHAPITRE 1- BILLETS DOUX
1. Hollywood Q&A
2. Hollywood 4DT
3. Name/Place No Tear
4. ESP Chairs

CHAPITRE 2 - DOUCEURS VARIEES
1. ThemObject
2. Blue Suede Shoe
3. Orsay
4. Comprendre et interpréter les symboles de Zener

CHAPITRE 3 - DOUCES PENSEES
1. Réflexion sur les billets
2. Réflexion sur Fourth Dimensional Telepathy
3. EB Center Tear
4. Etablir un rapport
5. Réflexion sur le pumping

A noter (j'avais oublié de la mentionner) la très belle préface de Marc Paul, mais aussi un tour ingénieux utilisant la double réalité, "ThemObject" et le très esthétique "Orsay" où vous devinez quel tableau de ce musée à choisi le spectateur.


A présent, les auteurs annoncent qu’ils vont sortir en octobre un Douceurs mentales 2  avec encore notamment des nouvelles routines de billets mais aussi des articles sur la théorie du mentalisme en général.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


dimanche 27 août 2017

Tentative de bibliographie des ouvrages de mentalisme de spectacle en langue française, recension de ce que je possède dans ma bibliothèque ! (première partie).


Le premier livre écrit par Annemann.

J’ai pensé que, comme il paraît beaucoup de livres dans le secteur du mentalisme de spectacle, il serait intéressant de composer une bibliographie sur le sujet, mais seulement des ouvrages en langue française. Je me baserai pour cela sur ma bibliothèque et sur le catalogue des différents éditeurs et magasins de prestidigitation. Cependant, je ne traiterai pas de différents domaines plus pointus que j’ai déjà abordés sur des sites ou sur mon blog : la mnémotechnie  et les book tests  sur lesquels j’ai déjà fait des recensions dans Virtual Magie, l’hypnose et la télépathie simulée,  dont j’ai déjà donné des bibliographies dans ce blog.

Lettre A

Evidemment à la lettre A, on va trouver Annemann qui, pour moi, est à la base du mentalisme moderne (ce que Robert-Houdin avait appelé "la prestidigitation de l'esprit"), mais la prochaine fois ce sera Arcole ! Je parlerai de l'excellent livre de deux auteurs français Fabien Arcole et Eric Bertrand, Douceurs mentales (et qui vont sortir en octobre un Douceurs mentales 2).

ANNEMANN Theodore, Le livre sans nom, Fantaisium, 2013. 

C’est le premier livre de mentalisme publié par Annemann en 1932. Je vous en donne la table des matières :

1. Une carte-clé vraiment nouvelle
2. Un arrangement original…
3. Une sur quatorze…
4. Une nouvelle épellation de carte pensée
5. Selon votre bon vouloir…
6. Comptez votre carte !
7. Télépathie publique…
8. Mélange en rouge et bleu…
9. Le flambeur en personne…
10. Le flambeur est de retour…
11. Coïncidence psychique…
12. Localisation en quatre piles…
13. Localisation magique par coupe…
14. Mystérieuse méthode de divination de cartes…
15. Nouvel accessoire pour un échange de billet
16. Cherchez la femme…
17. Présentation améliorée d’un carré magique…
18. “Authentique” test du magazine…
19. Télépathique coloration soyeuse …
20. Divination de la couleur d’une boule…
21. Voir dans le noir…
22. Les sept clés de Baldpate
23. Une prophétie du Coran
24. Ouverture d’un coffre-fort à la Jimmy Valentine…

ANNEMANN Theodore, Mentalisme pratique, Fantaisium, 2013. 

Cet ouvrage est paru en 1944 après la mort d’Annemann et il est pour moi la première grande référence en mentalisme. La plupart des 182 routines décrites proviennent du magazine The Jinx dirigé par Annemann. Elles sont classées en 12 chapitres. Un travail considérable a été réalisé par Philippe Billot qui donne en fin de volume la liste complète des routines avec l’année de leur première publication, leur titre d’origine et même la page où elles se trouvent dans la revue signalée (en général The Jinx) et leur créateur. Un exemple : le tour n° 39, Le Caprice de Tituba (Tituba, la sorcière originale de Salem), titre anglais : Whim of Tituba, dans The Jinx n° 67, 1939, p. 463, par Theodore Annemann.

Voici le descriptif du contenu de ce livre avec certains détails :

1.  Effets avec des boulettes et du papier (11 routines)
2. Effets publicitaires (13 routines) (un effet avec un center tear, n°12, des prédictions comme par exemple celle du futur gros titre d’un journal, n° 13)
3.  Les vivants et les morts (11 routines) (des routines pour deviner le nom de personnes vivantes ou  celles qui sont décédées)
4.   Book tests (15 routines)
5.   Pensées prédites (8 routines) (explication du classeur à billets, classeur de cartes d’Annemann)
6.  Diverses prouesses mentales (25 routines)
7.  Nécromancies aux enveloppes (13 routines) (tours de divinations avec des enveloppes, swami gimmick, pseudo-psychométrie, principe du décalage, enveloppe à trois compartiments inventée par Annemann, perfectionnée ensuite). Cet effet a été popularisé par le mentaliste Alexander.
8.   Ardoises miracles (35 routines) (tours avec des ardoises, Bob Gysel, Dr Daley)
9.   Mentalisme avec de l’argent (9 routines) (tours avec des billets de banque et des pièces)
10.  Lecture de pensée au bandeau (6 routines)
11.  Mentalisme aux cartes (34 routines)
12.  Codes psychiques (12 routines)

Les 3 autres livres d’Annemann parus en français 202 procédés de forçage, 52 cartes, 52 tours et Miracles cartomagiques ressortent plus de la magie des cartes quoiqu’ils puissent avoir des rapports évidents avec le mentalisme (Miracles Cartomagiques réunit les 60 meilleurs tours de cartes parus dans la revue de mentalisme et de magie d'Annemann, The Jinx.)


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

vendredi 25 août 2017

Compte rendu de « Gestalt thérapie » de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, onzième partie, « Self comme actualisation du potentiel ».


Sur cette photographie, trois des auteurs du livre : Fritz Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline


Osho nous dit : « Je peux parler indéfiniment car je n'ai pas d'enseignement. »

Je vais aborder à présent une des méthodes les plus actuelles de psychothérapie, la Gestalt thérapie, à travers le livre de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, Gestalt thérapie. Cet article fait suite à celui-ci

Voici un résumé d’une partie du chapitre 4, « Self, moi, ça et personnalité » intitulée « Self comme actualisation du potentiel.

Le présent, c’est le passage du passé vers l’avenir et passé, présent et avenir sont les stades d’un acte du self lorsqu’il contacte l’actualité (Il est vraisemblable que l’expérience métaphysique du temps soit avant tout une lecture du fonctionnement du self). Il est important de remarquer que l'actualité contactée n'est pas un état de fait « objectif », immuable et approprié, mais une potentialité qui, dans le contact, devient réalité.

Le passé, c'est ce qui ne change pas et qui, pour l'essentiel, ne peut être changé. En concentrant la conscience immédiate sur la situation réelle, le caractère passé de la situation est donné comme l'état de l'organisme et de l'environnement. Mais immédiatement, à l'instant même de la concentration, le donné immuable se dissout en possibilités multiples et est vu en tant que potentialité. A mesure que se poursuit la concentration, ces possibilités se reforment en une nouvelle figure qui émerge de la potentialité qui est fond ; le self se vit alors comme s'identifiant à certaines de ces possibilités et comme en aliénant d'autres. Le futur, ce qui vient, c'est la direction de ce processus, direction qui s'opère à partir des possibilités multiples, vers une nouvelle figure unique.

(Il faut souligner qu'il existe une expérience riche en contact d'un état objectif « immuable », d'un « objet ». C'est l'expérience d'une observation concentrée sur quelque chose, lorsqu'on adopte une attitude de confrontation et d'examen d'un objet mais qu'on s'interdit d'intervenir sur lui ou de l'ajuster de quelque manière que ce soit. C'est à l'évidence la capacité à assumer cette attitude, avec un Éros bien vivant, qui fabrique de grands naturalistes comme Darwin qui était capable de regarder avec fascination une fleur pendant des heures).

On dit que l'inhibition du self, dans la névrose, c'est l'incapacité à concevoir une situation comme changeante ou autre : la névrose est fixation sur un passé immuable. C’est vrai, mais la fonction du self ne se limite pas à accepter les possibilités ; c'est aussi les identifier et les aliéner, parvenir de façon créatrice à une nouvelle figure ; c'est opérer la différence entre les « réponses obsolètes » et le comportement, unique et nouveau, que requiert la situation.

Nous pouvons voir, une fois encore, à quel point le conseil habituel « Soyez vous-même » peut être trompeur car le self ne peut être ressenti que comme potentialité ; c'est dans le comportement présent que quelque chose de plus défini doit émerger. L'anxiété éveillée par ce conseil, c'est la peur du vide et la confusion d'un rôle aussi indéfini. Le névrosé, en se comparant à une certaine conception vaniteuse de son moi, se sent sans valeur ; au-dessous de cela, il y a la peur du comportement refoulé qui pourrait émerger de ce vide.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (neuvième partie).

Camillo s'inspire du Songe de poliphile de Francesco Colonna pour la description de son théâtre.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle »  que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Nous avons attribué à chaque planète, en imitant l’ombre de ses ascensions, sept portes, degrés ou distinctions comme il nous plaira de le nommer.
Mais afin d'ordonner l'ordre, si l'on peut dire, avec une clarté telle que nous rendions les savants semblables à des spectateurs, nous leur présenterons ces sept mesures soutenues par les mesures des sept planètes, à la manière d'un spectacle ou, dirons-nous, d'un théâtre composé de sept degrés. En effet, les théâtres antiques étaient ordonnés de la manière suivante : sur les gradins les plus proches du spectacle se tenaient les personnes les plus honorables, puis, au fur et à mesure que l'on s'élevait dans les gradins étaient assises des personnes de moindre dignité, jusqu'aux artisans qui se tenaient sur les gradins les plus élevés. Ainsi, les gradins les plus proches étaient réservés aux plus nobles pour leur permettre non seulement d'être plus près du spectacle mais également de ne pas être gênés par la rumeur des artisans.
C'est pourquoi, en suivant l'ordre de la création du monde, nous placerons dans les premiers degrés les choses les plus simples, les plus dignes ou celles dont  nous pouvons imaginer que le plan divin les a placées avant les autres choses créées. Puis nous disposerons les suivantes de degré en degré, de telle sorte que dans le septième, c'est-à-dire dans le dernier degré supérieur, se tiendront tous les arts et toutes les facultés soumis à des règles, non parce qu'ils sont moins dignes, mais parce qu'ils ont été en quelque sorte découverts par les hommes en dernier.
Dans le premier degré, nous verrons donc sept portes dissemblables puisque chaque planète sera peinte sous forme humaine sur la porte de la colonne qui lui est destinée. Cependant pour la colonne du Soleil, lieu le plus noble de tout le Théâtre, nous voulons qu'Apollon, qui par sa nature aurait dû être peint sur le même degré que toutes les autres planètes, cède la place au Banquet de l'ensemble des Êtres qui est une image de la divinité. Sous la porte de chaque planète seront donc conservées toutes les choses appartenant à la mesure de son correspondant supracéleste, à celle de sa planète ainsi que les fictions des poètes à ce sujet, comme nous le préciserons pour chacune. »


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

jeudi 24 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (huitième partie).


Un livre du cabbaliste Francesco Giorgio.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Mais Cicéron et Aristote, comme ceux qui plus tard n'eurent pas accès à la véritable intelligence, n'allèrent pas au-delà des cieux. Pour nous qui avons reçu de Dieu la lumière de la grâce, il ne faut pas nous contenter de nous arrêter aux cieux, mais nous élever au contraire par la pensée jusqu'à cette hauteur d'où nos âmes sont descendues et vers laquelle elles doivent retourner, car telle est la véritable voie de la connaissance et de la compréhension. 
Toutefois, nous ne devons pas présumer pouvoir y parvenir par notre seule vertu, car Dieu nous dirait ce qu'il répondit au présomptueux Moïse : « Tu me verras de dos, mais tu ne verras pas ma face » (Ex 33, 23), c'est-à-dire : tu verras les effets des choses, mais tu ne verras point leurs causes. En vérité, c'est à nous qu'il revient de prier Sa Divine Majesté de nous rendre dignes de cette grâce, car elle ne la donne que quand il lui plaît, comme elle le fit au même Moïse en lui montrant ses nombreuses merveilles, — ce qui ne nous arrivera qu'une fois annihilés et ne présumant plus rien de nous-mêmes, lorsque nous pourrons dire avec l'Apôtre : « Et déjà ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).
Or, de même qu'il était rationnel de procéder, comme nous l'avons montré, en connaissant depuis le haut les choses inférieures et en imitant la fabrique céleste avec notre nombre septénaire, de même, pour en venir au premier ordre, j'affirme que je ne vois rien de plus parfait ni de plus divin que d'appliquer un autre septénaire à chacune des colonnes ou des planètes dont nous avons parlé, comme il nous plaira de les nommer. Ainsi, les théologiens très secrets, c'est-à-dire les cabalistes, disent que Moïse passa sept fois par les sept Sephiroth sans jamais pouvoir dépasser Bina qui est le terme au-delà duquel l'intellect humain ne peut s'élever. Et bien que Moïse, parvenu à Bina, se soit trouvé devant la face de la couronne supérieure et devant celle de Chochma, — c'est pourquoi il est écrit: « Il lui parlait face à face » (Ex 33, 11) —, il ne parla cependant pas à Dieu lui-même directement, mais par l'intermédiaire de l'ange (comme on le lit dans les Actes des Apôtres) (Ac 6, 15), car « nul ne connaît le Fils, si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 27). Ce n'est que lorsque Moïse parvint à Bina, où se trouve l'office de l'ange nommé Mitrathon, le prince des faces, qu'il put s'entretenir avec lui. 
Ainsi, Moïse étant monté sept fois sept fois, qui font quarante-neuf, — nombre de la rémission par lequel Jésus-Christ voulut que nous nous élevions en faisant notre oraison au Père, puisque l’oraison que nous appelons « dominicale » est composée de quarante-neuf mots selon le texte hébreu de Matthieu, nous avons attribué à chaque planète, en imitant l’ombre de ses ascensions, sept portes, degrés ou distinctions comme il nous plaira de le nommer.
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Commentaire :
Mitrathon, ou plus communément Métatron, est considéré par la Cabale comme le chef de toutes les légions célestes (Zohar, I, 4 a). Francesco Giorgio donne cette explication dans le De harmonia mundi : « Le Seigneur s'est adressé à Moïse face à face. Et, comme le disent les Hébreux, l'ange qui parlait avec lui, est appelé Métatron, prince de la face, parce que son office est d'introduire les autres à la face du prince. »


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

mercredi 23 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (septième partie).


Platon.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
" Notre plus haute tâche consistait donc à trouver dans ces sept mesures un ordre qui soit juste, suffisant, distinct, qui tienne toujours l'esprit en éveil et qui frappe la mémoire. Cependant, il serait trop difficile de présenter directement ces très hautes mesures fort éloignées de notre connaissance et que seuls les prophètes approchèrent par des voies détournées. Nous prendrons donc pour les remplacer les sept planètes dont les différentes natures sont bien connues de tous ; toutefois, dans l'usage que nous en ferons, nous ne les proposerons pas comme des termes ultimes, mais comme ce qui a toujours correspondu aux sept mesures supracélestes dans l'esprit des sages. Aussi, la nature des choses inférieures dont nous parlerons sera représentée par les sept planètes puisque chaque nature est soumise à une planète particulière ; ainsi les principes d'où les planètes tirent leur vertu nous reviendront à l'esprit lorsque nous parlerons d'elles.
Cette haute et incomparable disposition nous sert non seulement à conserver les choses, les mots et les arts que nous lui confions afin de pouvoir en disposer rapidement à chaque fois que nous avons besoin d'être informés, mais elle nous donne encore la vraie sagesse, aux sources de laquelle nous connaissons les choses à partir des causes et non à partir des effets. Nous exprimerons ceci plus clairement à l'aide de l'exemple suivant. Si nous étions dans une vaste forêt et que nous voulions en voir toute l'étendue, nous ne pourrions pas satisfaire ce désir en y demeurant, car notre champ de vision ne nous permettrait d'en voir qu'une petite partie et la végétation environnante nous empêcherait de distinguer celle qui est plus loin; mais s'il se trouvait, à proximité, un chemin montant à une colline élevée, il nous serait alors possible, en sortant de la forêt, de commencer à apercevoir son aspect général depuis le chemin et, une fois la colline gravie, de se la représenter en entier. La forêt est notre monde inférieur, le chemin, les cieux et la colline sont le monde supracéleste. Il est donc nécessaire pour bien comprendre les choses inférieures de s'élever vers les supérieures et, en les regardant depuis le haut, d'en avoir une connaissance plus sûre. Il semble que les anciens auteurs païens n'étaient pas éloignés de cette manière de comprendre les choses. Ainsi, Maxime de Tyr invoque ce passage d'Homère où Ulysse est conduit à observer les coutumes des habitants depuis un lieu élevé. Aristote écrivit en ce sens que si nous nous trouvions au-dessus des cieux nous pourrions connaître par nous-mêmes les causes de l'éclipse du Soleil et de la Lune, sans avoir besoin pour cela de remonter jusqu'à elles par leurs effets. Et Cicéron, dans le songe de Scipion le jeune, rapporte que l'aïeul de celui-ci lui montrait les choses terrestres depuis le ciel."

Commentaire :
Cette vue cavalière de la nature semble inspirée d'une image du De coelesti agricultura (1541) du cabaliste Paul Rici. L'image de la montée de l'âme à travers le cosmos et de la contemplation supérieure est aussi l'un des grands thèmes de la philosophie d'inspiration platonicienne.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.