jeudi 2 avril 2020

« Promenade en mentalisme » (article de Gérard Kunian paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 181, septembre – octobre 2012, Dossier mode mentalisme).



  
Le magicien, dessinateur, critique de spectacles, traducteur, Gérard Kunian.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 181 (septembre-octobre 2012). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré au mentalisme écrit par Gérard Kunian


« Promenade en mentalisme

 Il en est chez les magiciens comme chez le reste des humains normaux, il y a des modes et n'est pas magicien aujourd'hui qui n'est pas mentaliste. C'est beau, c'est nouveau, tout nouveau : les cartes bleues flambent, dvd et livres s'arrachent et font les beaux jours des marchands.

 Si je consulte les livres et revues an­glo-saxonnes des années 30, on trouve des « mentalist tricks » à foison. Annemann et son Jinx (début en 1934) dans lequel écrivait Clayton Rawson auteur de ro­mans policiers, est le chantre des années qui précédèrent la Première Guerre Mondiale, la­quelle eut pour conséquence bénéfique outre de relancer l'industrie du bâtiment que de marquer la fin de l'âge d'or de la magie dans les grands théâtres au profit des spectacles de cabarets et du close-up.
Il faut donc avoir sous le coude les ouvrages d'Annemann et de Corinda qui restent des bibles pour quiconque veut s'initier aux arcanes pro­metteurs de ce domaine particulier de l'art ma­gique. Il n'est pas inutile de faire une salade rus­se pour ne pas dire un salmigondis de connaissances qui vous permettront de donner à vos auditeurs une illusion de modernisme pseudo psycho, socio tralala : donc à vous la lectu­re des ouvrages consacrés à la PLN, acronyme non pas de « petit lapin nul » comme le croyait ma copine Sue, mais de programmation neuro­linguistique - « NLP » en anglais - ; de quoi qui s'agit donc t'y ? Ça se veut un ensemble coor­donné de connaissances et de pratiques dans le domaine de la psychologie, fondées sur une dé­marche pragmatique de modélisation, en ce qui concerne la communication et le changement. Ouf ! On doit ces merveilles abscondes aux tra­vaux des éminents Richard Bandler et John Grinder dans les années 1970, aux États-Unis. Grâ­ce leur soit rendue.

Ne nuit pas non plus une Lite initiation à l'É­sotérisme, aux ouvrages théoriques étudiant les tarots. Et quand vous aurez plus ou moins digéré ces connaissances, vous aurez mis le pied à l'é­trier de la. locomotive qui vous fera galoper sur l'étroit mais fabuleux sentier qui vous mènera sans faillir à une gloire méritée.

Les spectacles de « mentalisme » se sont multipliés. Qui ne se souvient pas du « Script » avec Rémi Larrousse mis en scène par Benjamin Boudou et lui-même, de Viktor Vincent (« Sy­napses ») et des amis d'Arthur Jugnot (« Tout est Ecrit ») dont nous avons rendu compte dans le bien informé magazine que vous lisez en ce moment. Je suis parti à la découverte des spec­tacles nouvellement offerts aux Parisiens en mal d'étonnements mentaux.
J'en distingue de deux sortes, pas des Pari­siens bien sûr mais des pestacles ! Il y a ceux où le présentateur enchaîne des effets les uns à la suite des autres : ça m'évoque une démonstra­tion souvent bien faite de marchands de trucs, l'autre catégorie de présen­tateur semble avoir compris ce que professait le bon Albert Goshman : « The trick is not important, YOU HAVE TO BE MAGIC ! * ».
Dans la première catégorie, je se­rais tenté de classer Laurent Tesla au Théâtre du Petit Gymnase dont le costume est plus original que ses pré­sentations qui sont d'ailleurs bien ac­cueillies par le public.
À mon grand regret, par suite d'une erreur de ma part concernant ses dates à Paris, je n'ai vu de Xavier Nicolas que le numéro qu'il a eu le courage de présenter en concours à Aix-en-Provence. Par erreur de stratégie, il a risqué une expérience où un spectateur devait se servir d'une tablette numérique. Faute d'un pré-show (pas admis dans les concours : ah mais c'est qu'on ne plaisante pas avec le jury qui n'est pas là pour rigoler comme on sait)... Un sort fu­neste a amené sur scène le seul spectateur qui ne comprenait rien à rien et Xavier, lauréat de la Mandragore d'Or, s'est trouvé dans un ca­fouillage réjouissant sauf pour lui. Donc ce n'est que partie remise j'irai le voir à la Tour de Nes­le, théâtre qui l'a réengagé, ce qu'on peut considérer comme bon signe.
Sur la rive droite, au Théâtre de Dix Heures on doit aller voir Giorgio. Il s'est attribué le titre  de « Mental Expert ». Le mot expert vaut ce qu'il vaut et ce n'est pas le bon Hjalmar de Lyon qui nous contredira, mais le spectacle aux « Dix Heures » vaut le détour, bien que Georgio s'offre le concours d'un coffret aussi coûteux que so­phistiqué pour un effet final du genre « tout était prévu ». Son très agréable spectacle s'articule comme les chapitres d'un livre qui déclinerait les différents domaines du mentalisme. Georgio a de l'humour, on rit souvent et la révélation fi­nale laisse le public pantois.
Je n'ai pas eu le plaisir de voir le spectacle de Mathieu Chesneau qui officie à La Petite Loge près la Place Pigalle où comme on sait les petites femmes se font rares (mais ce n'est pas mon propos). Restent mes deux favoris : Fabien Olicard et Julien Losa à qui je décerne le « palet d'or » de chez Bernachon (de Lyon) suprême ré­compense au chocolat que je n'accorde qu'à ceux qui m'ont fait beau­coup rire ou encore qui m'offrent un repas fas­tueux avant ou après mes interviews dont on connaît la vénalité sous-jacente. Mais d'abord re­venons au monde farfelu de Fabien Olicard : il remplit la petite salle du Théâtre des Trois Bornes sis dans la rue épo­nyme, laquelle abonde en petits rades sympas où qu'on se cause encore entre mammifères in­connus et urbains. Le spectacle très interactif, très malicieux permet à Fabien d'y glisser des tours de prestidigitation menés de main de maître - il libère en un clin d'œil ses poignets entravés par un spectateur à l'abri d'un veston qui fait office de cabine spirite - avant de se li­vrer aux expériences de divination ou de pré­vision chères aux menteurs à listes de trucs ! Le bon côté du spectacle d'Olicard c'est qu'il truffe ses présentions de bons mots commen­tant et brocardant l'actualité tout en égratignant certaines personnalités.

Enfin voici l'homme à plusieurs facettes, le magicien qui ressemble au célèbre Dr House de la série qui porte son nom, j'ai nommé Ju­lien Losa. Il joue de son physique, de son sou­rire ravageur et fait craquer les demoiselles tout en étant assez malin pour ne pas froisser les garçons.
Faut dire qu'en magie il a plusieurs heures de vol et peut présenter bien autre chose que du « mentalisme ».
À ce propos, une fois par semaine on le re­trouve rue Frochot (à côté de Pigalle, là où qui gna plus de petites darnes... vous savez, je l'ai dit plus haut !) dans un lieu intitulé « La Foule » sorte de cabaret cosy, où assis dans des fauteuils ou calé dans un sofa moelleux, vous assistez à un spectacle complet avec des artiste variés - Ah, Sarah Cohen quelle voix ! - mais je m'égare, et d'un doigt sur le clavier je reviens à Losa qui utilise très peu les trucs de marchands et qui pourtant réussit sans matériel spécial un « tout était écrit » très im­pressionnant.
Julien détourne aussi des pièces truquées pour un jeu de « dans quelle main », dont le résultat des différents rounds est sous son contrôle in­soupçonné. Je n'en dirai pas plus, allez le voir à la Comédie Saint-Michel, tout en haut du bou­levard, après la station « Luxembourg ».
Last but not - menta - least.
Une mention spéciale concerne Benoit Rosemont qui se livre aux vrais calculs savantissimes de calculateur prodige à la mémoire phé­noménale capable de toutes les extractions de racines cubiques et autres réjouissances amusantes consistant à mémoriser une suite d'affir­mations et de négations, réponses à des ques­tions aussi farfelues qu'amusantes.
Bref courez le voir, chaque expé­rience est un ex­ploit avec un plus inattendu qui vient confondre ceux qui croient savoir.
Le Double-Fond, le Théâtre Trévise ouvrent également leurs scènes aux mentalistes. Faute de place, nous en reparlerons dans un autre numéro de Magicus magazine. Au (2) mois prochain et surtout n'ayez pas peur de nous faire partager vos découvertes, nous en ferons notre miel. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !



« Un génie de la magie comme on en rencontre tous les mille ans » (article de Carlos Vaquera paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 169, septembre – octobre 2010).




Le dernier numéro de "Magicus Magazine, N° 221.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 169 (septembre-octobre 2010). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré à Juan Tamariz écrit par Carlos Vaquera. 

Un génie de la magie comme on en rencontre  tous les mille ans (par Carlos Vaquera)

« Comme vous le savez, le temps n'a pas d'emprise sur les génies et Juan Tamariz est un génie de la Magie !

Depuis le temps que je le lis, depuis le temps que je l'étudie, depuis le temps que je le fréquente, j'ai pu me rendre compte de cette évidence, de cette vérité profonde !

Mais s'il y a un lieu dans le monde où cette vérité est encore plus frappante, c'est dans un petit village aux abords de Madrid : l'Escorial.

Durant les « Journées Cartomagiques de l'Escorial » tous les invités sentent une âme exceptionnelle planer tranquillement au-dessus d'eux. Cette présence tranquille n'est autre que celle qui a initié ces journées et qui en est aujourd'hui son moteur principal. C'est dans ce lieu d'étude, de passion et d'amitié que nous nous rendons compte du véritable génie artistique de cet homme hors du commun. Personne, sauf peut-être les vrais intimes de Juan, ne peut s'imaginer l'amas de connaissances qu'il possède. C'est un dévoreur de livres, un véritable passionné de l'illusion et un amoureux inconditionnel de la Magie. C'est un être empli d'humilité qui ne montre qu'une infime partie de ses connaissances. Il n'y a pas un sujet sur lequel il ne peut pas parler. Il sait tout sur tout ! C'est difficile à croire et pourtant c'est la vérité ! Croyez-moi, il a de quoi nous illusionner pendant encore plusieurs générations !

Au travers de toutes ces années passées à croiser son chemin de vie, j'ai commencé, comme beaucoup d'autres, à entreprendre mon propre chemin pour tenter de m'approcher de sa « voie magique ». J'ai conscience que j'entreprends un voyage difficile, je sais que le chemin sera long et qu'il y aura des moments de doute, mais je sais également que tant qu'il  y aura un homme comme Juan Tamariz pour m'éclairer et me guider, la route sera toujours accessible. Il est un modèle pour nous tous et un support amical qui nous donne l'envie d'aller toujours plus loin.

Nous avons beaucoup de chance de vivre à la même époque que Juan, de le voir, de lui parler et d'échanger avec lui des sentiments amoureux sur notre Art ! Il est un Maître unique qui est venu sur terre pour nous faire vivre une foule d'émotions aussi diverses que le rire, la  joie et la folie contagieuse. S'il y en a un qui est capable d'illusionner aussi bien les magiciens que le public, c’est bien lui !

Juan Tamariz a trouvé son propre pouvoir et il n l'offre sans compter.

Il est un véritable ambassadeur de la liberté, de l'humour et de l'amour. Il connaît le secret de la longévité et il le partage volontiers avec nous : la multiplication des amis.

C'est pour toutes ces raisons que je veux lui dire :

- De la part de tous les écoliers de l'École Magique de Madrid,

- De la part de tous les magiciens du monde entier, qui ont eu le bonheur de le voir,

- De la part de tous les spectateurs, qui ont eu la chance d'assister à un de ses spectacles,

De la part de tous les téléspectateurs, qui le suivaient régulièrement toutes les semaines à la télévision espagnole dans « Magia Potagia »,

- De la part de tous les lecteurs de ses merveilleux livres,

Mille fois merci à toi Juan pour nous offrir ce pourquoi tu es né et pour immortaliser à jamais ton passage dans notre vie !!! »

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.




Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mercredi 1 avril 2020

La première manipulation de cartes que j'ai travaillée dans ma vie : le saut de coupe.





Un saut de coupe.


Un peu de nostalgie. Je vous raconte la première manipulation de cartes que j’ai apprise quand j’étais enfant (précisément à l’âge de 8 ans) : le saut de coupe. Robert-Houdin dit dans  « Comment on devient sorcier, les secrets de la prestidigitation et de la magie » qu’il est très important mais difficile. Le saut de coupe était expliqué dans le premier livre que j’ai acheté sur le sujet : « Les 1200 amusements et récréations de société contenant tous les tours d’adresse les plus intéressants » (j’ai appris par la suite que le livre était paru en 1850 !).

Je trouve que le saut de coupe est très bien expliqué dans un livre pour les tricheurs et les cartomanes qui s’intitule « L’expert aux cartes » publié en 1902. Curieusement, on n’en connaît pas l’auteur qui l’a signé sous le pseudonyme de S.W. Erdnase (sans doute une anagramme d’Andrews). Ce qui est certain, c’est qu’il était certainement à la fois un tricheur et un magicien. Voici donc un extrait de cet ouvrage expliquant comment effectuer un saut de coupe :

« Il existe de nombreuses méthodes pour inverser l'action de la coupe, mais dans cette partie du livre, je n'en décrirai que trois que j'estime utilisable à la table de jeu. On considère à tort que cet artifice est indispensable au joueur professionnel, mais il s'en sert en fait peu, et seulement en dernier recours. Le magicien utilise le saut de coupe dans 90% des tours de cartes, car il est assez simple à réaliser dans ce contexte. Une légère inclinaison du corps ou un mouvement des mains - ou alors « tchatcher » pour détourner l'attention, lui permet de couvrir l'action parfaitement. Mais les conditions sont tout à fait différentes quand on est assis à la table en train de jouer pour de l'argent. On ne peut pas se permettre d'enlever un instant les mains de la table, et les mouvements inhabituels ne sont pas tolérés — de plus, le but d'un saut de coupe est bien connu dans ce milieu, et on sait le moment où s'y attendre, à savoir immédiatement après la coupe. Personne n'a encore inventé le saut de coupe qui puisse être exécuté avec les gestes naturels aux habitudes de jeu, sans un mouvement inhabituel des mains ou indication de manœuvre - même s'il est réalisé adroitement. Cependant, il est nécessaire de l'exécuter de temps à autre, et un professionnel intelligent sera capable de changer de moment à défaut de pouvoir changer de mouvement. Ce faisant, il évite la suspicion. Le subterfuge est expliqué sous la rubrique, « Le Joueur sans Allié », sous l'entête, « Sauter La Coupe ». Le premier saut de coupe décrit est exécuté avec les deux mains. C'est un grand favori, et probablement le plus vieux et le meilleur de tous.

Le saut de coupe à deux mains

Tenir le jeu en main gauche, le pouce d'un côté, l'index, le majeur et l'annulaire recourbés sur l'autre côté avec les premières articulations appuyés contre le dessus du jeu, et l'auriculaire inséré dans le break entre les deux paquets à inverser. Le jeu est tenu de biais, le côté droit incliné vers le bas. Ramener la main droite pour couvrir le jeu, et saisir le paquet du dessous par les petits bords entre le pouce et le majeur, à un centimètre des coins gauche, les doigts de la main droite proches les uns des autres, mais seulement le pouce et le majeur en contact avec le jeu. Si la position est correctement prise, la main droite tient le paquet du dessous et la main gauche serre le paquet du dessus entre l'auriculaire et les trois autres doigts. Pour inverser les deux paquets, la main droite tient le paquet du dessous fermement contre le pouce gauche, et sous couvert de la main droite, les doigts de la main gauche retirent le paquet du dessus afin qu'il se sépare du paquet du dessous, et le glisse par en dessous. Le pouce gauche aide à la séparation des deux paquets en appuyant sur le bord du paquet du dessous, afin de faire monter le bord opposé pendant le retrait du paquet du dessus. Puisque le paquet du dessous n'est tenu que par un pouce et un doigt, il peut être incliné comme sur un pivot aux deux extrémités, et les doigts de la main droite peuvent retenir leurs positions pendant toute l'opération. La plupart des professeurs suggèrent d'utiliser les doigts de la main droite pour aider à soulever le paquet du dessous, mais je pense que l'astuce est meilleure si la position des doigts de la main droite reste inchangée pendant ou après le saut de coupe. Il suffit d'un instant pour inverser les paquets sans bruit, mais il faut beaucoup d'entraînement afin d'accomplir la ruse correctement. Il faut sécuriser les positions et réaliser l'action lentement jusqu'à ce que les mouvements deviennent fluides. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !





mardi 31 mars 2020

Initiation au mentalisme.



Le génial Max de Magic Dream.


Le but de cet article est que le débutant puisse pratiquer dans un premier temps le mentalisme soit avec des gimmicks, soit avec des tours achetés. Puis il apprendra à utiliser le nailwriter, il se familiarisera à la pratique de l’équivoque (choix du magicien). Il utilisera à la fois des livres truqués (book tests) et son téléphone portable. La plupart des tours sont soit vendus très peu chers par les magasins de prestidigitation comme Magic Dream ou faisables avec des cartes double face ou même des jeux de cartes normaux. Certains sont expliqués dans des livres comme « Mind, myth and magic » de Waters, « Subtilités psychologiques 3 » de Banachek , « Douceurs mentales 1 » d’Eric Bertrand et Fabien Arcole, « La magie de Mickaël Stutzinger 2 », Tous les tours présentés sont de niveau facile : tours avec des cartes, tour avec électronique, tour avec téléphone, tours avec nailwriter, tours avec équivoque, tour avec des livres, tours avec différents objets (bandelettes de couleur)


Liste de 16 effets présentés et expliqués


1) Happy Birthday  de Daniel Rouault dans le livre La magie de Mickaël Stutzinger 2 : divination d’un mois de l’année
« Vous avez 12 cartes avec écrit sur chacune un mois de l’année, côté mois posé sur le tapis. Demandez à un spectateur de déplacer de la gauche vers la droite le nombre de cartes qui correspond au mois qu’il pense (3 pour mars). Vous trouvez en soulevant une carte quel est le mois trouvé. »

2) Box office de Jérémy Marouani, révélation de la place d’un film au box office dans une enveloppe
« Dans une enveloppe est annoncée la position au box office d’un film que le spectateur a librement choisi. »

3) Décisions de Mozique, triple prédiction
https://www.magicdream.fr/tour-de-magie-decisions-blank.html
« Vous prévoyez le nombre de fois qu’un spectateur a perdu ou gagné dans le choix de deux cartes. »

4) Framedown  de Thomas Allan Waters dans « Mind, myth and magic tome 1 » : divination d’un  dessin parmi 16
https://www.magicdream.fr/livre-mind-myth-magic-vol-1.html
« Vous prévoyez le dessin choisi par un spectateur parmi 16 dessins. »

5) Ice Breaker, Mensonge ou vérité de David Girola : le mentaliste devine toujours quand vous dites la vérité ou vous mentez
« Le spectateur dit quatre mensonges et une vérité avec un jeu de cartes. Vous devinez quelle est la vérité. »

6) Imagination ultime d’Andrew Gérard dans « Subtilités psychologiques 3 » de Banachek
« Avec des pièces invisibles, vous devinez la pièce choisie par le spectateur. »

7) In Which Hand ? (dans quelle main ?)
Version effectuée par Marc Paul dans « Mind2Mind »
« Vous devinez le nombre de fois qu’un spectateur se trompe en désignant dans laquelle de vos mains est la pièce. »

8) Tempête sous un crâne (Duvivier)
Un effet connu où vous devinez la dame qu’a choisie le spectateur.

9) Feel a color
« Vous avez trois bandelettes de couleur. Vous devinez celle qui est choisie par le spectateur »

10) Inferno de Joshua Jay
« Un autre tour basé sur l’équivoque. Le magicien retrouve dans une boîte d’allumettes une carte un peu brûlée. C’est celle qu’a choisie le spectateur. »

11) Double cross de Mark Southworth
« Une croix que vous faites dans votre main réapparaît dans celle du spectateur. Basé sur un marqueur truqué. »

12) Sixth Sense de Hugo Shelley (in which hand électronique)

13 ) Get sharky (téléportation d’une carte)
« Un jeu truqué. La carte choisie par le spectateur disparaît du jeu et réapparaît dans votre poche. »

14) Book test de Fanch Guillemin (Histoire illustrée de la magie blanche avant Robert-Houdin)
« 3 effets de  book test dans un livre tout à fait normal sur l’histoire de la prestidigitation. »

15) Close-up book  test (Yves Doumergue) 
« Un book test parfait que les spectateurs ne peuvent distinguer du vrai livre ».

16) Doodle (Iforce) de Greg Rostami (Magie de téléphone).
« Vous prédisez le chiffre annoncé par le spectateur. »

Voilà .C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.



lundi 30 mars 2020

Croire ou ne pas croire ? (article du prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin).




Alexis Didier, médium ou truqueur ?


Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, le prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin m'a autorisé d'une manière très altruiste à reproduire plusieurs de ses anciens articles. Un grand merci à lui pour sa formidable générosité et un grand bravo pour son talent unique d'écrivain et d'historien.

« L’escamoteur fut longtemps  considéré comme suppôt de Satan, et il fallut attendre pratiquement le XlXème siècle pour le débarrasser de cette image, l'accepter dans la « bonne société », et s'intéresser à son opinion.

Avis de Roberston.

Ridiculisé en 1784, par une commission scientifique qui refusait de prendre des vessies pour des lanternes. Mesmer avait alors proposé à Roberston une association pour redorer son blason grâce au succès de la Fantasmagorie de ce dernier, qui, très amusé, le pria gentiment d'aller se faire pendre ailleurs.

« A diverses reprises - explique-t-il - je voulus être témoin de ces prodiges ... Je ne reconnus que des jongleries ménagées pour tromper les spectateurs. C'est ainsi qu'un homme se mit complaisamment en rapport avec le magnétiseur : on lui donna un livre, et une somnambule, qui avait les yeux fermés, se mit à lire, sans livre, à l'autre coin de la chambre, et à haute voix, le même passage qu'il avait sous les yeux ... » (« Mémoires  Récréatifs ... », 1831, vol. I. chap. 14).

Témoignage contesté de Robert-Houdin.

J.B. Marcillet, magnétiseur réputé et excellent imprésario de surcroît, connut un grand succès dans cet art de double-vue, en lançant quelques somnambules, dont les plus célèbres furent les frères Didier : Adolphe et surtout Alexis, qui stupéfia Alexandre Dumas et Victor Hugo, lesquels - il est vrai - ne connaissaient pas grand-chose à l'affaire.

Alexis Didier se faisait couvrir les yeux d'un tampon d'ouate que l'on fixait par deux foulards entrecroisés. Les illusionnistes d'aujourd'hui se font d'abord coller les paupières par du sparadrap et y rajoutent une cagoule « opaque », ce qui ne les empêche pas pour autant d'y voir clair !

Et cependant, Robert-Houdin, confronté à Alexis par le Comte de Mirville, écrivit à ce dernier plusieurs lettres surprenantes, déclarant que ce qu'il avait observé ne relevait absolument pas de prestidigitation. (« Des Esprits ... », de Mirville, 1854). Selon Michel Seldow (« Vie et Secrets de Robert-Houdin », Fayard) le maître, plutôt ennuyé, n'aurait pas voulu porter tort à un confrère, en révélant ses trucs.

Selon Christian Fechner, Robert-Houdin se serait surtout montré diplomate, en évitant de heurter les croyances d'un noble influent.

Et selon Jacques Voignier - et c'est aussi mon avis - ces deux arguments sont tout à fait plausibles, mais il n'est pas exclu non plus, que Robert-Houdin ait pu se faire avoir par Alexis, mentaliste très habile, spécialisé dans cette branche : car une seule lettre de témoignage eût suffi dans les deux premiers cas.

Daniel Home et Moreau-Sainti.

Mais le médium le plus célèbre, dans la grande vogue du spiritisme, fut évidemment Daniel Home, dont le « Journal du Magnétisme », 25 avril 1857, rapporte que : « l'on fit venir pour contrôler,  M. Moreau-Sainti, un prestidigitateur consommé ».

Les faits se sont passés au Palais-Royal en présence du Prince Napoléon et de plusieurs autres personnages. "Après un examen attentif, force a été à M. Moreau-Sainti de convenir qu'il n'y avait aucune des pratiques ordinaires de la prestidigitation dans tout ce que faisait M. Home ...".

Il est vrai que la famille impériale était très entichée de Daniel Home, et que Moreau-Sainti avait   de toute façon intérêt à se montrer également, « diplomate » pour ne pas déplaire à qui de droit ...

Bref, toutes ces déclarations n'ont pas grand'chose de concluant, pas plus que celles des scientistes de l'époque ou des savants naïfs comme William Crookes. La Magie est-elle d'ailleurs un objet d'étude scientifique ?

En quarante années de bourlingue, j'ai rencontré quelques sorciers dont certains savaient concrétiser leurs pouvoirs par des procédés d'illusionnisme, rudimentaires souvent, mais habilement présentés et convaincants : comblant ainsi le besoin de Merveilleux enraciné en nous.

Et cette fin de siècle est curieusement l'inverse de la précédente, car le scientisme moribond a refait place à une Magie « new-âge » triomphante qui nous promet les miracles et le bonheur que la Science n'a pu nous apporter jusqu'à présent ... Quelle chance nous avons ! »

Voilà C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !





Mentalistes du passé (article du prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin).


Fanch Guillemin.
Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin m'a autorisé d'une manière très altruiste à reproduire un de ses anciens articles. Un grand merci à lui pour sa formidable générosité et un grand bravo pour son talent unique d'écrivain et d'historien.

Mages antiques
Virgile (79 à 19 av. J.C.) fut longtemps considéré comme enchanteur : peut-être par sa vaste connaissance des sciences mathématiques et naturelles. Sa VIII ème Bucolique met d'ailleurs en valeur le rapport de la magie et de la poésie. Ses livres étaient consultés, en tirant un vers au sort, en augure qu'il fallait savoir interpréter, comme plus tard les poèmes à énigmes de Joachim de Flore et de Nostradamus.
Saint-Augustin (354-430) déclarait avoir connu un magicien nommé Alcibérius, capable de « deviner» des vers de Virgile, sans les voir : comme dans notre moderne version du « book-test ». Notons que les Anciens utilisaient déjà des méthodes de mnémotechnie
De son côté, le Grec Lucien de Samosate (vers 125-192) évoque les techniques du célèbre mage Alexandre de Abonotica. Celui-ci descellait et recollait discrètement et habilement les messages préalablement déposés chez lui la veille par ses consultants, afin d'en connaître le contenu. Puis il y répondait spectaculairement par la voix supposée d'un grand python apprivoisé qu'il tenait dans ses bras, et auquel il avait artistiquement fixé une fausse tête à mâchoire mobile qu'il pouvait actionner secrètement par un fil comme une moderne poupée de ventriloquie...

Les devins médiévaux
Les Arabes, héritiers des civi­lisations gréco-latines, in­troduisirent en Europe les chiffres dits « arabes » (venus en fait de l'In­de), ainsi que la pratique des carrés magiques permettant de curieux effets de mentalisme. À la même époque, Alcuin de York (735-804) présentait à Charlemagne des tours de divination basés aussi sur des  procédés mathématiques qu'il révéla dans son manuscrit : De arithmeticis propositionibus (Université de Trieste).
La Renaissance
Un étonnant manuscrit, composé à Lyon en 1484 par Maistre Nicolas Chuquet, enseigne une douzaine de tours de divination : S'ensuyvent les jeux et esbatemens qui par la science des nombres se font.. On y trouve par exemple le truc des 3 dés, et surtout celui des 3 choses diverses : excellents effets de mentalisme encore présentés au­jourd'hui. Max Maven m'a d'ailleurs déclaré que le tour des 3 choses diverses était selon lui le modèle du genre !
Enfin, l'exceptionnel manuscrit, rédigé à Bologne entre 1496 et 1499 par le franciscain italien Luca Pacioli en collaboration avec Léonard de Vinci, nous offre un premier pa­norama précis de cet art à cette époque, et d'autres secrets d’illusionnisme : comme des tours de pièces, de cartes, de liquides, de couteaux, d’œufs ou de feu, etc.
Giovanni de Jasonne et la double-vue
Après l'exposé de diverses tech­niques, dont l'utilisation de compères, Luca Pacioli suggère de communiquer par code avec un en­fant « dressé » à.cet effet : « Tu pourras lui enseigner à deviner à distance quelles cartes auront été touchées par des spectateurs. II faudra pour cela te mettre d'accord avec lui par l'intermédiaire de nombres, c'est à dire qu'il faudra donner un numéro aux .figures et aux autres cartes..., Selon les tours. vous pourrez ainsi procurer beau­coup d'étonnement et de plaisir à l'assistance, en prenant l'air inno­cent, de manière que tout semble seulement produit par art magique divinatoire.
Tu pourras de même lui transmettre le résultat du jeu des 3 dés ou des 3 choses diverses, qui font toujours beaucoup d'effet. Mais il faut, com­me je te le dis, agir avec grand soin, prudence et finesse, et que rien ne paraisse suspect, parce que le5 choses sont d'autant plus belle, qu'elles sont secrètes...
Un habitant de Ferrare, nommé Giovanni de Jasonne , opérait ainsi avec son jeune fils qu'il avait dressé dès sa plus tendre enfance à de semblables gentillesses. Il communiquait avec lui par l’intermédiaire de nombres, de signes et de gestes de la main, des pieds, de la toux, d'exclamations et d'actes convenus, comme de jeter des couteaux sur une table, etc. Il lui transmettait ainsi le message à deviner, en usant de mots et de silences significatifs, de manière à ce que l'assistance ne se rende compte de rien.
Il avait ordonné à son fils d'avoir les yeux fixés sur ses mains, tout en conservant toujours l'air innocent, et il composait avec naturel les paroles, les syllabes et les nombres voulus...
Avec cela, il est venu plusieurs fois à Venise, où je me trouvais moi-même à cette époque, et il présentait des tours de cette sorte dans la maison de quelques gentilshommes et gentilles dames aussi. Et ceux-ci, émerveillés, lui affirmaient que cet enfant avait certainement un esprit familier qui lui soufflait les réponses et lui révélait toutes ces choses cachées. Et l'opérateur leur laissait croire cela. Malheureusement le jeune garçon mourut et l'homme dut continuer ses séances sans lui...
Luca Pacioli, De viribus quantitatis, Livre I, chapitre 30.
La double-vue

Le célèbre illusionniste ita­lien Giuseppe Pinetti présenta également plus tard, à Londres vers 1785, un numéro de double-vue avec son épouse, comme en témoi­gnent des journaux de l'époque, qui rapportent aussi des prestations du même genre effectuées par Cornus et sa femme.

De son côté, d'après les Mémoires du marquis de Bombelles, le magnétiseur M. de Puységur en fit autant avec son sujet Magdeleine qui opé­rait les yeux bandés...

Si les techniques et les codes étaient variés, cette expérience était donc très ancienne, ce qui n'empêcha pas Robert-Houdin de prétendre à plusieurs reprises, dans ses Mémoires et révé­lations, avoir inventé, vers 1845, ce tour qu'il effectuait avec son jeune fils, comme le faisait  Giovanni de Jasonne avec le sien, plus de 350 ans auparavant !

Selon Jules Vallès. la double-vue fut popula­risée par Leduc au XIXème siècle :

« Le Christophe Colomb qui découvrit cette mine à surprises fut, dit-on, un garçon perruquier de Londres, qui s'en amusait avec son patron. Ils vendirent leur secret à sir Lepsom, un fantaisis­te anglais qui venait se faire raser chez eux et qu'intrigua cette étrange communication.
Sir Lepsom était, en même temps, un amateur forcené des arts mécaniques. Dans un voyage qu'il fit à Paris, il remarqua chez Robert-Houdin deux pantins, baptisés Auriol et Debureau. dont il s'amouracha, et voulut à tout prix devenir le propriétaire. Robert-Houdin ne consentit pas fa­cilement à abandonner ses automates qui lui rapportaient beaucoup d'argent. Il ne se décida à s'en défaire que le jour où sir Lepsom lui ven­dit en échange le secret de la double-vue. » 

J. Vallès. Le Figaro. 20 juillet 1865. Œuvres. N.R.F. Gallimard, 1975.

Enfin, Gandon, en 1849, puis Cazeneuve, en 1869, publièrent les premiers codes complets de cette technique de double-vue qui, bien pré­sentée, semblait un vrai miracle...


Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

dimanche 29 mars 2020

Les principes du détournement d'attention en prestidigitation.




 Détournement d'attention avec des cartes.

  

Cet article ne prétend pas être exhaustif sur le vaste sujet du « détournement d'attention ». Il ne s'agit que de réflexions basées sur une expérience personnelle.

Avez-vous jamais écouté les réflexions de spectateurs avant une séance de prestidigitation ? Une idée revient souvent dans l'esprit des profanes : « Pendant qu'il fait quelque chose avec une main, il faut surtout regarder l'autre main, c'est toujours comme ça que ça se passe.... », ou « S'il vous regarde ou vous pose une question, surtout ne quittez pas ses mains des yeux.... » . Sans réussir à le définir vraiment, ces personnes flairent l'une des techniques les plus efficaces de tout magicien : le détournement d'attention (les anglo-saxons parlent de "misdirection")

Tout d'abord, voici ma définition : Le détournement d'attention, c'est l'ensemble des techniques mises en œuvre pour cacher aux spectateurs, l'idée même qu'une action secrète s'est déroulée sous leurs yeux.

Dans cette définition, le terme « idée » est le centre du problème. En effet, l'important n'est pas de cacher une action secrète aux spectateurs, c'est surtout que les spectateurs n'aient même pas eu l'idée qu'une telle action puisse s'accomplir.
Il est tout à fait possible que les spectateurs n'aient pas vu que vous veniez de faire un saut de coupe, par contre ont-ils senti qu'il se passait quelque chose de pas tout à fait normal ? Si les spectateurs sentent ça, même sans savoir exactement ce qu'est ce quelque chose, l'illusion finale risque d'être gâchée.

Qu'est-ce qu'une action secrète ? Un comptage Elmsley, une levée double, un faux-mélange total, le faux dépôt d'une pièce ne sont pas des actions secrètes ; on pourrait plutôt les qualifier d'actions faussées car elles montrent quelque chose qui n'est pas la réalité.
Au contraire, une action secrète demeure (doit demeurer !) parfaitement invisible et inconnue du public. On peut ranger dans cette catégorie les lapping, changes, transferts, dépôt, saut de coupe, empalmages, utilisation d'un swami,  etc.

Les quelques règles qui suivent ne sont pas forcément universelles et immuables. Elles ne sont pas non plus exhaustives et certaines sont plus générales que d'autres.

 La technique
1ère règle : Pour bien cacher une action secrète, il est primordial de savoir l'exécuter parfaitement.

C'est une évidence, mais on peut quand même la rappeler. Savoir exécuter parfaitement et sans aucune hésitation une action secrète est nécessaire (mais loin d'être suffisant) pour un bon détournement d'attention. Attention ! Je ne dis pas que l'action doit être techniquement parfaite, mais que l'on doit la maîtriser sans aucune hésitation. Ceci au moins pour trois raisons : éviter les tâtonnements, faire face à toutes les conditions qui peuvent se présenter et enfin, avoir confiance en soi. Un bon détournement d'attention peut cacher un saut de coupe techniquement imparfait, mais il ne cachera pas un saut de coupe approximatif, voire maladroit.

 Moment fort – Moment faible
2ème règle : Profitez d'un moment faible pour effectuer une action secrète.

Lorsqu'un magicien effectue une routine, il y a toujours des moments forts et des moments faibles. Les moments forts sont ceux qui demandent une attention soutenue du public ou de l'artiste. Lorsque vous tendez un éventail de cartes à un spectateur pour qu'il choisisse une carte, ou lorsque vous coupez une corde en deux à l'aide d'une paire de ciseaux, il s'agit de moments forts : Il y a une action directe et importante sur les objets que vous manipulez et votre action est le centre de tous les regards.

Les moments faibles sont les moments où, du point de vue du public, rien d'important ne se passe vraiment : vous mélangez négligemment un jeu de cartes en discutant avec le public, vous rangez la paire de ciseaux dans votre poche à la fin d'une routine.

Les moments forts sont des moments de stress pour vous et votre public. Les moments faibles, sont des moments de détente et de respiration.

Effectuez un saut de coupe ou un empalmage pendant un moment fort et vous pouvez être sur que, même si personne n'a pas vu la manipulation secrète, certains ont senti qu'il s'est passé « quelque chose ». Une seconde après avoir fait rire votre public, au contraire, vous pouvez empalmer le jeu entier sans que personne ne s'en aperçoive…

 Le regard
3ème règle :  Regardez le public et non pas ce que vous faites lorsque vous faites une action secrète.
Le regard est une forme de communication non verbale très forte. Lorsque vous regardez dans une direction, le spectateur a tendance naturellement à suivre votre regard. Pour peu que tout votre corps se tourne vers cette direction, il sera quasiment impossible pour le public de regarder vers un autre endroit.

 La parole
4ème règle : Parlez au public en faisant une action secrète (Si possible, évitez les banalités)

La parole est une technique très puissante pour retenir l'attention du public. Lorsque vous parlez aux spectateurs, ils sont dans l'obligation de vous écouter. Donc une partie de leur attention est retenue par ce que vous dites. Pour peu que vous posiez une question à un membre du public, l'attention de l'assemblée va se tourner vers le spectateur en attendant sa réponse. C'est le moment idéal pour effectuer un coupable empalmage, par exemple. Dans ce cas précis, le geste secret est fait dans un moment fort pour le spectateur qui répond à la question, mais faible pour le magicien.
La question posée par le magicien peut aussi être tout à fait formelle et n'appelant pas de réponse de la part du public (exemple : en faisant un faro : « Savez-vous pourquoi on appelle ce mélange, un mélange « parfait' » ? »).
Personnellement j'ai toujours quelques questions prêtes qui peuvent me servir en diverses occasions.

 Le rire
5ème règle : Le rire est une  excellente couverture pour exécuter une action secrète

Si cela va avec votre personnalité, le rire que vous pouvez provoquer chez les spectateurs est l'un des moyens les plus efficaces pour détourner leur attention. En effet, ce n'est pas pour rien que l'on dit que le rire « détend l'atmosphère ». Il la détend tellement bien et il détend tellement bien les spectateurs, que les actions les plus secrètes resteront complètement invisibles si elles sont effectuées dans un éclat de rire. Le rire est LE moment faible par excellence. Pour voir comment le rire peut être utile, il suffit de regarder Juan Tamariz travailler.

 Les gestes
6ème règle : Montrez pour cacher.

Un proverbe chinois dit : « Montrez la lune du doigt à un idiot,  l'idiot regarde le doigt ». Heureusement, tout le monde n'est pas idiot et lorsque vous désignez de l'index droit une pièce qui est sensée se trouver dans votre poing gauche, les spectateurs ont le regard attiré vers la main désignée. Le simple fait de tendre la main vers un point de l'espace incite à suivre la direction montrée. La tentation est encore plus grande si les deux mains se tournent vers la même direction. Bien sûr si vous joignez la parole et le regard au geste, cette tentation devient une quasi obligation.
Les gestes ne servent pas qu'à désigner et peuvent faire partie intégrante d'une action. Pendant une chasse aux cigarettes ou aux pièces, vous pouvez montrer votre main droite vide, sous toutes les coutures, tout en prenant une « charge » avec la main gauche.
La main, le bras, ou même le corps, en mouvement attirent l'attention du spectateur. Un mouvement ample cachera aussi un mouvement plus petit. Par exemple, si vous faites un long ruban de cartes sur la table à l'aide de la main droite, la main gauche peut aller déposer dans la poche du pantalon et en toute tranquillité, une carte empalmée.
Cela va à l'encontre de pas mal d'idées reçues, mais je peux vous garantir que, paradoxalement, une carte empalmée sera moins visible si la main ne bouge pas, mais reste au repos, dans une position naturelle.

Pour travailler, je profite d'un maximum d'occasions (réunion de travail, repas, pause-café) pour empalmer une carte, une pièce, ou un petit objet quelconque et pour maintenir cet objet dans la main, le plus longtemps possible. Observez aussi la position naturelle des mains des personnes qui vous entourent. C'est très formateur.

 La respiration
7ème règle : Expirez en faisant une action secrète

Christian Chelman a une approche tout à fait intéressante de la respiration dans la présentation magique. Il explique (par exemple dans la vidéo Blitz & Overblitz ou dans son ouvrage Légendes Urbaines) que toute manipulation secrète doit être effectuée dans une expiration. La théorie qui sous-tend ceci est tirée des arts martiaux, mais aussi du yoga et de la sophrologie : l'inspiration crée un stress (étouffement) alors que l'expiration est synonyme de relâchement et de détente. Si vous faites une manipulation pendant une inspiration, vous ajoutez du stress au stress; si au contraire, vous la faites dans une période d'expiration, elle sera faite pendant que vous vous relâchez, et le public, inconsciemment le sait et se relâche aussi, ce qui amène un temps plus faible, donc propice à toutes sortes de choses…

 Le naturel
8ème règle : Soyez naturel!

« Soyez naturel! » était le conseil favori de Dai Vernon lorsqu'on lui demandait le secret de sa patte très particulière (La « Vernon touch »). Faites des gestes naturels, épurés, évitez les comportements, discours, mouvements qui sont forcés et artificiels. L'idéal est que toutes vos actions, et tous vos comportements aient l'air spontanés et motivés. Et cette spontanéité demande beaucoup de travail. Plus vous serez naturel et  moins les spectateurs seront sur leurs gardes et plus il seront facilement trompés.

 Les sons et les bruits
On ne compte plus le nombre de manipulations avec des pièces dans lequel le bruit (sonnant et trébuchant) renforce l'illusion que l'on veut créer. Dans une chasse au pièces, le dépôt « sonore » de la collecte dans un seau de métal participe très fortement à l'effet. Ces bruits indiquent aux spectateurs de manière quasi subliminale que la pièce est bien là où l'on s'attend qu'elle soit (détournement d'attention) et renforcera donc une possible surprise finale.

 Le toucher
Un des premiers tours que j'ai appris et celui où l'on place une allumette marquée dans un mouchoir et où un spectateur est prié de casser cette allumette en deux, à travers le mouchoir. Ce petit tour est d'une simplicité enfantine et pourtant, le spectateur est tellement persuadé qu'il a brisé une allumette (ce qui est vrai…) qu'il a un choc lorsqu'il déplie lui-même le mouchoir pour retrouver l'allumette… intacte. Les effets qui mettent en œuvre le toucher sont relativement rares et il y a certainement, là, des terres vierges à défricher…

 Les « erreurs » volontaires
Un excellent moyen de détourner l'attention est de faire « malencontreusement » tomber un objet par terre.  Il est impossible pour un spectateur de ne pas suivre du regard, ne serait-ce qu'un instant, une carte qui tombe sur le sol. Il s'agit là sans doute du détournement d'attention le plus sûr pour un numéro de scène ou de salon. L'action secrète peut se faire lors de la chute de l'objet, ou au contraire, lors du ramassage. Personnellement, j'utilise cette technique de temps en temps lorsque je fais du mentalisme avec une prédiction écrite (c'est fou comme le crayon peut m'échapper des mains...).
Pour persuader le public que les cartes sont bien mélangées, elles peuvent vous échapper des mains et tomber sur la table en vrac. Cela éloigne l'idée d'un contrôle quelconque sur le jeu et vous permet aussi de faire un mouvement secret.

 Le timing
Le timing correspond à deux choses : quand faire la passe secrète et avec quel rythme la faire.
Un peu trop tôt ou un peu trop tard et votre détournement d'attention n'est plus aussi efficace pour masquer une action secrète.
Trop rapide ou trop lent et votre empalmage risque de se sentir.
Un bon timing ne s'apprend que par l'expérience. Un magicien expérimenté arrive à « sentir » lorsqu'il peut passer sa manipulation secrète.
Il est bon de garder deux règles simples à l'esprit :

- Attendez le bon moment, ne vous précipitez pas.
- Travaillez la vitesse et la fluidité de vos mouvements secrets. Ni trop lent, ni trop rapide.

Si vous avez accès à la vidéo, il s'agit du moyen idéal de travailler et de corriger vos timings.

 Conclusion

Bien compris, bien utilisé, et bien travaillé, le détournement d'attention est sans doute l'une des armes les plus efficaces du magicien.
Les techniques présentées ici seront bien sûr d'autant plus fortes qu'elles seront utilisées les unes avec les autres (regard, parole, geste par exemple). 
Personnellement j'essaie de travailler mes détournements d'attention (gestes, paroles, questions, mimiques) aussi soigneusement que mes manipulations. 

Le détournement d'attention est une manipulation de l'esprit des spectateurs. Dans ce domaine il est intéressant de connaître les techniques de psychologie comme la PNL (programmation neuro-linguistique) et l'analyse transactionnelle (AT). 

La PNL permet d'apprendre comment « bien communiquer » c'est à dire communiquer « juste » et avec le même référentiel que vos interlocuteurs.
L'AT permet de comprendre la manière dont se passent les échanges entre les personnes (les « transactions »).
Ces techniques de psychologies trouvent des applications directes dans tous les arts du spectacle en général et particulièrement en magie.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.