vendredi 24 avril 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 » (troisième partie) (Brève présentation d’un néo-berderien).






  
Les éditions de l’œil du sphinx.



C’est un livre que j’ai trouvé passionnant et instructif : Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 aux éditions de l’Œil du Sphinx .

J’ai rencontré Philippe Marlin en l’an 1999. Il avait créé déjà depuis l’année 1989 l’association l’Œil du sphinx consacrée entre autres à l’écrivain américain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, et moi je venais de traduire deux romans d’un épigone allemand de cet auteur, Wolfgang Hohlbein, intitulés Le mage de Salem  et L’héritage de la nuit. J’ai donc adhéré à son association.

C’était l’époque des publications d’amateurs (fanzines), et toute une série de titres sortirent des presses d’origine de l’association : Dragon & Microchips (Science-Fiction, Fantastique), Murmures d’Irem  (Ésotérisme),  Rôle’ and’ Rêve  (Jeu de Rôle). Le succès rencontré (62 volumes publiés) amena les fondateurs en 2000 à doubler l’association d’une véritable structure commerciale, sous forme de SARL, Les Editions de l’Œil du Sphinx. L’entreprise multiplie désormais les incursions dans de nombreux domaines, mystères de l’histoire, fortéanisme et cryptozoologie, ufologie et parapsychologie tout en continuant à rendre hommage à H.P. Lovecraft.

Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 est la transcription des 8 conférences que Philippe Marlin a données aux Rencontres de Berder organisées depuis juin 2008, au départ sur l’Ile de Berder dans le Morbihan. Les Rencontres de Berder ont été créées après la disparition de l’écrivain ésotériste Jean-Charles Pichon (qui était aussi dramaturge, poète, scénariste, philosophe, et mathématicien), laissant une œuvre considérable sur l’histoire de notre temps, à la fois métaphysique et philosophique. Elles sont organisées par l’association des Portes de Thélème (label «  Le Collège des Temps »). .

Ces rencontres réunissent autour de conférences, des universitaires, des musiciens, des physiciens, des poètes, des peintres, des éditeurs, des scientifiques et des créateurs ; ils confrontent leur vision de l’avenir de notre société, voire de notre civilisation, quels que soient leurs appartenances ou leurs parcours.


Voici un extrait d’une des conférences de Philippe Marlin, Brève présentation d’un néo-berderien :



« L’ŒIL DU SPHINX ET LES TERRES DE L’AILLEURS

Notre association travaille sur les "Terres de l’Ailleurs" d’une double façon. Elle cherche à explorer le domaine des parasciences (ufologie, parapsychologie, cryptozoologie, histoire mystérieuse, mythes et légendes, ésotérisme) dans un esprit fortéen, c’est-à-dire sans croyance béate, mais sans scepticisme exacerbé. 

Elle a aussi pour but la promotion des littératures de l’Imaginaire (Science-Fiction, Fantastique...) et, de façon corollaire, de toutes les formes d’art se rapportant à ce genre. Dans sa démarche, l’association cherche tout particulièrement à encourager les nouveaux créateurs et à leur offrir de premiers débouchés. Elle cherche également à ressusciter des auteurs talentueux injustement oubliés ou des littératures méconnues. Pour ce faire, elle anime diverses publications. Elle organise parallèlement des colloques, conférences, voyages, rencontres avec le monde de l’édition.

L’ODS a pris le statut d’association en 1995; mais elle existe de fait depuis 1989, soit depuis 25 ans. Nous avions du reste fêté dignement, en octobre 2009 à Paris, le « passage de la double décade », un anniversaire important dans la mesure où il a témoigné, au travers de la durée, de la solidité de notre démarche.


L’ODS est en fait un bouillon de culture regroupant tous les passionnés des Terres de l’Ailleurs qui cherchent à faire partager leur sensibilité; les anciens (le plus âgé qui n’est autre que Claude Seignolle, décédé en 2019) épaulent les plus jeunes, les talents se complètent (écriture, dessin, photo et nouvelles technologies), les frontières se dissolvent (fantastique, science-fiction, poésie, jeu de rôle, ufologie, sciences, ésotérisme...), les nationalités se mélangent (français, belges, suisses, américains, canadiens, australiens, roumains, anglais...) et les projets explosent... 

Nous sommes aujourd’hui, pour être précis, une bonne centaine de membres actifs.

Nous organisons de surcroît des rencontres régulières et de nombreux événements : participation à des conventions, visite de sites inspirés (Gisors et les Templiers, les Carpates et Dracula, le Providence de Lovecraft, Cracovie et la Kabbale, Prague et le Golem, le Loch Ness et son monstre, Rennes-le-Château et l’abbé Saunière, etc.), réception d’un écrivain (Philippe Curval, Jean Robin...), participation à un atelier d’alchimie, soirées cinéma ou vidéo, etc. Nous intervenons régulièrement à la radio (Radio Libertaire, Radio Enghien, France Culture, Ici & Maintenant, Bob...) sur de nombreux thèmes ayant trait à nos auteurs favoris (Lovecraft, Bergier, Limat, Moselli...) ou à nos sites de prédilection (Glozel et les écritures, Rennes-le-Château, Stenay et les Mérovingiens...).



L’ODS, UNE MAISON D’ÉDITION

Nous fonctionnions, à l’origine, par le biais de publications dites de « small press», avec des tirages de l’ordre de 200 exemplaires qui s’organisaient autour de nombreuses séries dont les deux majeures étaient:

           Dragon & Microchips (fantastique, SF).

           Murmures d’Irem (mythes et légendes, tradition et ésotérisme).

Nous avons créé, il y a 15 ans maintenant, une structure parallèle, Les Éditions de L’œil du Sphinx, une SARL au capital de 15245 €. L’idée était ici de réunir suffisamment de capitaux pour assurer un débouché de qualité aux meilleurs de nos talents. 

Nous travaillons à notre rythme, celui d’amateurs éclairés. Nous avons ainsi publié plus de 200 ouvrages, de la poésie (Fantasmique et Faërie de notre benjamine Julie Proust Tanguy), des anthologies de nouvelles (Science-Fiction, Fantastique décadent, lovecratiana), une étude sur la magie (L’Art Obscur de Jean-Luc Colnot), de nombreuses études sur les grands maîtres de l’Imaginaire (Bergier, Seignolle, Verne, Limat, Lovecraft & Jean Ray, Robert Howard, Clark Ashton Smith, Sherlock Holmes, Moselli, Richard Bessière). Une collection, "Serpent Rouge", est dédiée aux mystères de Rennes-le-Château. Une autre, "la Bibliothèque Heuvelmansienne", est consacrée aux travaux de père de la cryptozoologie. De nombreuses revues complètent notre catalogue : La Gazette Fortéenne (étude des phénomènes étranges), Historia Occultae (ésotérisme et occultisme), Wendigo (littérature fantastique).

La dernière pièce à l’édifice, qui explique en grande partie ma présence à votre honorable assemblée, sera début 2014 la reprise de la marque Édite, suite à la liquidation de cette dernière maison d’édition. Je connais depuis longtemps Jean-Christophe Pichon, qui était sur un chemin parallèle au nôtre. Nous avons décidé de conjuguer nos talents, et l’ODS conservera un certain nombre de titres de sa société, tout en poursuivant divers projets qui étaient en cours. D’ores et déjà (juin 2014), nous avons publié 6 ouvrages sous nos deux logos, dont Le petit métaphysicien illustré de Jean-Charles Pichon.

Après cette présentation un peu bavarde, je voudrais vous parler de quelques-unes de mes passions. Je choisirai aujourd’hui un écrivain, une discipline et un lieu.



UN EVEILLEUR, JACQUES BERGIER


Comment rendre compte d’une personnalité aussi complexe que celle de Jacques Bergier, le corédacteur du Matin des Magiciens? Car s’il n’est pas une légende, ainsi qu’il le précisait lui-même par le titre de ses mémoires, il n’en reste pas moins une personnalité improbable, ayant jonglé entre la résistance et l’espionnage, les camps de concentration et l’ésotérisme du IIIe Reich, les civilisations disparues et la recherche scientifique, l’Alchimie et la physique nucléaire, la Science-Fiction et le Fortéanisme... Le tout sur fond d’une étourdissante boulimie intellectuelle.

Il est difficile de dresser « l’héritage Bergier », tant est foisonnant son éclectisme créatif. Chacun peut en fait y trouver sa part, en fonction de ses propres centres d’intérêt.

Je retiendrai pour ce qui me concerne sa contribution significative à la diffusion des grands auteurs de l’Imaginaire. Avec bien sûr Lovecraft, « ce grand génie venu d’ailleurs », qu’il a contribué à faire connaître au public français par le biais d’un article de légende paru dans le premier numéro de Planète. Mais je citerai également, avec une certaine tendresse toute personnelle, son ouvrage Admirations, paru pour la première fois en 1970 chez Christian Bourgois. Un ouvrage qui n’avait à l’époque guère été remarqué, alors qu’il présentait aux lecteurs un certain nombre d’écrivains de «l’Ailleurs» alors totalement méconnus (John Buchan, Abraham Merritt, Arthur Machen, Robert E. Howard...). Il en était plus particulièrement pour moi de Tolkien, dont le Lord of the Rings était présenté comme un texte écrit dans un contexte totalement non humain. Je travaillais à Dunkerque à l’époque et je me suis précipité à la gare des ferries pour traverser le Chanel et acquérir cet ouvrage mystérieux. Lorsque j’ai demandé, trente ans plus tard, à Christian Bourgois les droits pour republier à l’Œil du Sphinx cet ouvrage oublié de Bergier, il m’a dit: « Je vous les donne bien volontiers, Bergier m’a fait suffisamment gagner ma vie... ». Et de fait, c’est Christian Bourgois qui éditera la version française de l’œuvre maîtresse de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux !

Autre pièce maîtresse à verser à l’actif de cet héritage, l’apport incontestable de Jacques Bergier au Fortéanisme. Il n’est pas inutile de rappeler ici que c’est grâce à Jacques Bergier que fut publié pour la première fois en France l’ouvrage fondateur de Charles Fort, Le Livre des Damnés (1955). Le Fortéanisme, pour reprendre la définition de Jean-Luc Rivera, Directeur de La Gazette Fortéenne, «englobe un grand nombre de domaines différents qui vont de l’ufologie à la cryptozoologie, en passant par la parapsychologie, l’occultisme, les conspirations, le folklore, la mythologie, les sciences et cosmologies alternatives, les théories archéologiques sur les civilisations disparues ou inconnues, etc. La liste est sans fin, car les centres d’intérêt des fortéens sont aussi variés que divers. Leur caractéristique principale est de ne pas être enfermés dans un domaine particulier et d’être ouverts à toutes les idées, y compris les plus excentriques.» Une définition qui se fait l’écho de la bibliographie de notre sympathique «savant fou», où on retrouve les pouvoirs inconnus de l’homme, les extraterrestres dans l’histoire, les livres maudits ou les maîtres secrets du temps.

Jacques Bergier a su nous faire rêver et a suscité derrière lui toute une génération de chercheurs parallèles qui ont poursuivi ses impertinences scientifiques dans des collections de légende qu’il a fortement marquées de son empreinte (J’Ai Lu l’Aventure Mystérieuse, les Chemins de l’Impossible, etc.). »


  
Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.




  



jeudi 23 avril 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 » (deuxième partie).






Ubbo-Sathla.



C’est un livre que j’ai trouvé passionnant et instructif : Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 aux éditions de l’Œil du Sphinx .

J’ai rencontré Philippe Marlin en l’an 1999. Il avait créé déjà depuis l’année 1989 l’association l’Œil du sphinx consacrée entre autres à l’écrivain américain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, et moi je venais de traduire deux romans d’un épigone allemand de cet auteur, Wolfgang Hohlbein, intitulés Le mage de Salem  et L’héritage de la nuit. J’ai donc adhéré à son association.

C’était l’époque des publications d’amateurs (fanzines), et toute une série de titres sortirent des presses d’origine de l’association : Dragon & Microchips (Science-Fiction, Fantastique), Murmures d’Irem  (Ésotérisme),  Rôle’ and’ Rêve  (Jeu de Rôle). Le succès rencontré (62 volumes publiés) amena les fondateurs en 2000 à doubler l’association d’une véritable structure commerciale, sous forme de SARL, Les Editions de l’Œil du Sphinx. L’entreprise multiplie désormais les incursions dans de nombreux domaines, mystères de l’histoire, fortéanisme et cryptozoologie, ufologie et parapsychologie tout en continuant à rendre hommage à H.P. Lovecraft.

Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 est la transcription des 8 conférences que Philippe Marlin a données aux Rencontres de Berder organisées depuis juin 2008, au départ sur l’Ile de Berder dans le Morbihan. Les Rencontres de Berder ont été créées après la disparition de l’écrivain ésotériste Jean-Charles Pichon (qui était aussi dramaturge, poète, scénariste, philosophe, et mathématicien), laissant une œuvre considérable sur l’histoire de notre temps, à la fois métaphysique et philosophique. Elles sont organisées par l’association des Portes de Thélème (label «  Le Collège des Temps »). .

Ces rencontres réunissent autour de conférences, des universitaires, des musiciens, des physiciens, des poètes, des peintres, des éditeurs, des scientifiques et des créateurs ; ils confrontent leur vision de l’avenir de notre société, voire de notre civilisation, quels que soient leurs appartenances ou leurs parcours.


Voici un extrait d’une des conférences de Philippe Marlin, Régression en littérature :


« RÉGRESSION ET SUPPORTS MATÉRIELS


Le terme de caisson n’est pas utilisé, et pourtant.

De l’au-delà (1920, August Derleth, From Beyond in Fantasy Fan, 1934 et Weird Tales, 1938). Une courte nouvelle dans laquelle le narrateur retrouve l’un de ses amis, C. Tillinghast, passionné par les recherches psychiques et l’élargissement des capacités sensorielles. Il lui propose une démonstration d’une étrange machine qu’il a mise au point pour contempler ce qui est au-delà de nos sens. Ce seront bien sûr des visions effrayantes peuplées de monstres sans forme et de temples terrifiants. L’expérimentateur succombera d’apoplexie alors que le narrateur frôlera la folie. Il est vrai que les domestiques de Tillinghast resteront introuvables, ayant manifestement franchi les portes de l’indicible.

Selon S.T. Joshi, ce récit aurait été inspiré par la lecture de Modern Science and Materialism de Hugh Elliot (1919).

Il serait dommage de ne pas évoquer les amulettes et autres gris-gris.

Ubbo-Sathla (1932, Clark Ashton Smith, in Weird Tales 1933).

Un beau produit du «Cercle lovecraftien» dont Le Livre d’Eibon est le véritable héros. Paul Tregardis, grand passionné d’occultisme, découvre chez un antiquaire londonien un curieux cristal laiteux en forme d’orbe. Le marchand n’en connaît pas l’origine, mais suppose que c’est une pièce très ancienne, venant du Groëland d’avant la période glaciaire et ayant certainement appartenu à un sorcier de Thulé. Il en fait l’acquisition pour un vil prix et entreprend des recherches sur cet objet dans les ouvrages sulfureux de sa bibliothèque. Cette pierre est brièvement évoquée dans Le Livre d’Eibon qui précise effectivement qu’elle aurait appartenu à Zon Mezzamalech, sorcier de Mhu Thulan. En fixant la pierre du regard, il suscite d’étranges visions et subit une véritable régression qui le conduit à ne faire plus qu’un avec le sorcier. 

S’il revient de plus en plus difficilement de chacun de ses «voyages », sa dernière expérience lui sera fatale. Il cherche en effet à percer les mystères du «commencement» et, sous forme de larve, rencontre la masse informe originelle de Ubbo-Sathla. Autour de cette masse gélatineuse se trouvent les tablettes de pierre extraites des étoiles qui donneront Le Livre d’Eibon... Car Ubbo-Sathla est la source et l’achèvement. Avant que Zhothaqquah ou Yok-Zothoth ou Kthulhut ne descendent des étoiles, Ubbo-Sathla demeurait dans les marais bouillonnants de la Terre nouvelle ment née; une masse sans tête ni membres, engendrant les premiers tritons gris et informes et les hideux prototypes de la vie terrestre... Et il est dit que toute vie terrestre retournera, à travers la grande roue du temps, à Ubbo-Sathla.

On ne retrouvera jamais Paul Tregardis.

Cette nouvelle, sur les mystères de l’Origine, est bien évidemment à mettre en regard des Chiens de Tindalos de F.B. Long (cf. 1929).


RÉGRESSION SPONTANÉE

Les Parasites de l’Esprit (1967, Néo 1980) est un roman clef pour qui veut pénétrer la pensée étourdissante de Colin Wilson. Elle repose sur deux fondamentaux, la Phénoménologie de Husserl et l’Inconscient Collectif de C.G. Jung, deux penseurs auxquels il consacrera du reste des études très intéressantes. Pour faire simple, et au risque d’être caricatural, on retiendra:

           de la phénoménologie, la question suivante: comment fonder, d’un point de vue critique, l’accès à la connaissance des réalités transcendantales à la conscience?
           de l’inconscient collectif, admettre son existence et son influence, c’est reconnaître que «nous ne sommes pas d’aujourd’hui ni d’hier; nous sommes d’un âge immense ».

Nous sommes dans un monde d’un futur relativement proche, en compagnie du Dr Austin, perturbé par le suicide de son ami et collègue, le Pr Weissman, célèbre pour ses travaux sur la conscience. Un suicide totalement incompréhensible. 

Il laissera à Austin de nombreux dossiers dont l’archéologue repoussera l’examen tout en notant que son collègue travaillait sur le mystère des «parasites de l’esprit» par lesquels il se sentait infecté. Austin est pour l’heure complètement mobilisé par les fouilles de Karatepe en Turquie, suite à la découverte d’une statuette dont la datation va créer une véritable révolution, remettant en cause les chronologies habituelles sur l’apparition de l’homme. De surcroît, le site dissimule sous plusieurs kilomètres de terre des blocs cyclopéens sur lesquels, après déblaiement, d’étranges inscriptions seront relevées:

Avant Pitkanas étaient les Grands Anciens.
Tudaliyas rendit hommage à Abhot le Noir.

Or, August Derleth va écrire au Pr. Reich, un proche collaborateur d’Austin, pour lui signaler qu’Abdoth l’Impur est cité par Lovecraft comme Grand Ancien. Et de fait, il figure dans la nouvelle Dans l’Abîme du Temps (1935), étant également connu sous le nom de Nyogtha. Lovecraft a vraisemblablement pioché dans «son réservoir à rêves – l’inconscient collectif» où il a retrouvé l’archétype de la cité cyclopéenne. Cette «découverte» va susciter un nouvel engouement planétaire pour l’œuvre du Prince Noir de Providence et l’opération Karatepe sera rebaptisée «opération Kadath». Les deux savants sont du reste tellement enthousiastes qu’ils envisageront un instant d’entreprendre des fouilles en Australie sur les traces du Pr Nathaniel Wingate Pealse.

Mais Austin va rapidement mettre ses recherches archéologiques en sommeil, perturbé de plus un plus par des interférences dans son esprit par ce qu’il appelle, clin d’œil à Lovecraft, les Tsathogghiens. Un prétexte pour plonger dans l’abondante littérature laissée par Weissman et ses étonnantes Réflexions Historiques. Commence alors un combat titanesque contre «les Parasites de l’Esprit» sur fond de plongée vertigineuse dans les couches les plus profondes de la conscience. 

Les parasites sont une forme de cancer de l’esprit, et comme tout cancer est apparu lorsque l’homme a perdu son unité face à l’explosion du progrès, générant stress, inquiétude et désespoir. Réussir à les vaincre rendra à l’homme son unité et son émerveillement d’enfance. Un combat très coloré de science-fiction, au parfum d’Apocalypse et d’étranges pouvoirs de la lune.


  

Voilà la deuxième partie de ce compte rendu. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous."


mercredi 22 avril 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 » (première partie).





Le livre en question.



C’est un livre que j’ai trouvé passionnant et instructif : Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 aux éditions de l’Œil du Sphinx.

J’ai rencontré Philippe Marlin en l’an 1999. Il avait créé déjà depuis l’année 1989 l’association l’Œil du sphinx consacrée entre autres à l’écrivain américain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, et moi je venais de traduire deux romans d’un épigone allemand de cet auteur, Wolfgang Hohlbein, intitulés Le mage de Salem  et L’héritage de la nuit. J’ai donc adhéré à son association.

C’était l’époque des publications d’amateurs (fanzines), et toute une série de titres sortirent des presses d’origine de l’association : Dragon & Microchips (Science-Fiction, Fantastique), Murmures d’Irem  (Ésotérisme),  Rôle’ and’ Rêve  (Jeu de Rôle). Le succès rencontré (62 volumes publiés) amena les fondateurs en 2000 à doubler l’association d’une véritable structure commerciale, sous forme de SARL, Les Editions de l’Œil du Sphinx. L’entreprise multiplie désormais les incursions dans de nombreux domaines, mystères de l’histoire, fortéanisme et cryptozoologie, ufologie et parapsychologie tout en continuant à rendre hommage à H.P. Lovecraft.

Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 est la transcription des 8 conférences que Philippe Marlin a données aux Rencontres de Berder organisées depuis juin 2008, au départ sur l’Ile de Berder dans le Morbihan. Les Rencontres de Berder ont été créées après la disparition de l’écrivain ésotériste Jean-Charles Pichon (qui était aussi dramaturge, poète, scénariste, philosophe, et mathématicien), laissant une œuvre considérable sur l’histoire de notre temps, à la fois métaphysique et philosophique. Elles sont organisées par l’association des Portes de Thélème (label «  Le Collège des Temps »). .

Ces rencontres réunissent autour de conférences, des universitaires, des musiciens, des physiciens, des poètes, des peintres, des éditeurs, des scientifiques et des créateurs ; ils confrontent leur vision de l’avenir de notre société, voire de notre civilisation, quels que soient leurs appartenances ou leurs parcours.


Voici un extrait d’une des conférences de Philippe Marlin, Régression en littérature :


« La régression est une forme de voyage dans le passé intime de l’individu. Cette régression peut être génétique, c’est-à-dire basée sur ses propres gènes dont on va essayer de remonter la chaîne jusqu’à l’origine. Elle peut être archétypale, c’est-à-dire plonger dans l’inconscient collectif de toute l’humanité, tel que suggéré notamment par Jung. À noter que ces deux approches ne sont pas exclusives l’une de l’autre et peuvent se compléter.

La régression touche donc à des sujets comme les vies antérieures, les archives akhashiques et le rêve, ce dernier étant l’un des véhicules favoris du «voyageur». La régression enfin peut être spontanée ou faire appel à des supports.

C’est ce que nous allons étudier au travers de la littérature, analyse qui fera souvent référence à Lovecraft et à ses amis dont c’était un thème privilégié. Remonter le temps jusqu’au mystère des origines est en effet une obsession du Prince Noir de Providence, comme en témoigne cet extrait de son Carnet de 1933 (Le Tiers Livre, 2016) : Un homme tente de capturer son passé, aidé par des drogues et des musiques agissant sur la mémoire. Étend ce processus à la mémoire héréditaire, et même aux temps préhumains. Cette mémoire ancestrale lui vient par les rêves. Tente une extraordinaire reconquête de ce passé primordial... Les Grand Anciens sont au bout du chemin !

Il faut en effet ici souligner que la régression lovecraftienne n’est pas darwinienne, ne cherchant pas à nous gratifier d’un homme singe pervers. L’hérédité lovecraftienne est porteuse de tares répugnantes qui nous renvoient aux origines mêmes de l’humanité: non pas les savanes où s’égayent des d’hominidés hirsutes, mais la soupe primordiale glauque où croupissent les gigantesques et abjectes entités extraterrestres dont nous sommes issus.


RÉGRESSION ET PRODUITS PSYCHOTROPES

Le recours à la drogue comme moyen «d’élargissement des capacités de la conscience» sera popularisé dans les années soixante par des auteurs comme Aldous Huxley et Timothy Leary. C’est l’époque du LSD et des champignons mexicains.

Un bon exemple de « l’ambiance » de l’époque nous est donné dans le no 7, novembre décembre 1962, de Planète. Avec Je suis allé au paradis, Robert Graves (1895-1985) rend compte d’une expérience menée par absorption d’un champignon mexicain, le psilocybe. Une expérience assez exceptionnelle «d’ouverture de conscience» l’amenant à une vision de ce que pourrait être « le Paradis ». Graves est longuement cité par Wilson dans le chapitre « la face cachée de la lune» de L’Occulte. Il relate ses entretiens avec l’écrivain qui estimait que la nature de la poésie est liée non seulement aux facultés du subconscient mais aussi aux cultes magiques traditionnels.

Mais la littérature s’était emparée des produits psychotropes bien avant les sixties.

En Rampant dans le Chaos (1920, une révision effectuée par Lovecraft pour Elizabeth Berkeley – pseudo de Winifried Virginia Jackson –, in The United Amateur, 1920).

Un texte qui, d’après S.T. Joshi, a été profondément remanié par Lovecraft qui le cosigne du pseudo Lewis Theobald JR. Et heureusement, car le style inimitable de notre auteur sauve ce texte de la platitude. L’histoire est mince, celle des rêveries d’un fumeur d’opium qui va découvrir un mystérieux cottage au bord d’une falaise rongée par la mer (mais il n’est pas dit que nous sommes à Kingsport !) puis sera entraîné par des «anges» qui lui feront découvrir de merveilleux paysages avant de replonger dans notre monde sinistre... (in recueil L’Horreur dans le Musée).

Les Chiens de Tindalos de Frank Belknap Long (The Hounds of Tindalos, 1929).

J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour cette nouvelle du «cercle lovecraftien » dans laquelle FBL montre qu’il a bien intégré le process de l’horreur cosmique du Maître. Chalmers est un érudit en sciences occultes qui jongle en permanence entre les travaux du Dr John Dee et ceux d’Einstein. Et qui s’est mis entête de remonter le temps grâce à une redoutable drogue asiatique. Ce qu’il va faire sous la surveillance de son ami qui n’arrive pas à l’en empêcher. Et de plonger dans un maelstrom où il revoit toute l’histoire humaine. Et au-delà de l’homme, il pénètre dans des géométries improbables et inquiétantes où sont terrés les chiens de Tindalos. Ce sont des créatures de l’origine des temps, cherchant à traquer le mal originel. La suite est un peu téléphonée et ces sympathiques bestioles viendront faire la fête à l’importun Chalmers.

L’Ancêtre (un texte de Derleth d’après des notes de Lovecraft, The Ancestor in The Survivor and Others, Arkham House 1957).

Le narrateur (non nommé) rejoint son cousin, le Dr Ambrose Perry, dans une demeure isolée du Vermont où il s’est installé et a fait construire un vaste laboratoire. À l’aide de drogues et de musique, il se livre à des expériences de régression, remontant dans le passé à la recherche de sa mémoire ancestrale. Ambrose Perry le charge de mettre en ordre et de retranscrire ses notes d’expérience. Il s’enferme dans son laboratoire, ne prend plus ses repas et l’on entend dans la maison des bruits inquiétants alors que le chien hurle à mort. Le cousin entendra une nuit le bruit d’une créature pestilentielle s’éloigner vers la forêt. Il lancera le chien à ses trousses et retrouvera, déchiqueté par ce dernier, une abominable forme vaguement humaine : Ambrose Perry, bien sûr, qui était remonté trop loin dans le temps.

Deux contributions majeures sur la période post-sixties

Au-Delà du Réel de Paddy Chayefsky (Altered States, 1978; J’ai lu, 1979) nous plonge au cœur de la régression génétique.

Ce roman, qui sera brillamment porté à l’écran par Ken Russel en 1980, met en scène un chercheur en physiologie de l’Université de Cornell, Edward Jessup, qui travaille sur la schizophrénie et les états modifiés de la conscience. Il utilise pour ce faire un caisson d’isolation sensorielle avec immersion du cobaye dans un bain de saumure.

L’auteur s’est manifestement inspiré des travaux de John Cunningham Lily, médecin américain (1915-2001), qui avait travaillé sur le sujet et déclenché toute une vague d’engouement pour cette nouvelle technique de relaxation. Il est vrai que, combinée à l’absorption de psychotropes, elle permettrait selon certains de... rencontrer Dieu. Une petite parenthèse personnelle pour indiquer que ce type de recherche est aujourd’hui poursuivie par notre ami suisse Hugo Soder..

Edward fréquente une jeune femme, Emily, qu’il épousera. Celle-ci est anthropologue et effectue des recherches sur le langage des singes les plus évolués.

Edward ramènera d’un voyage au Mexique des produits hallucinogènes qu’il utilisera lors de ses nouvelles immersions dans le caisson d’isolation. Il régressera jusqu’au stade de l’homme primitif, et c’est un petit singe qui sortira du caisson, semant la terreur dans les couloirs de l’université et dans le Jardin zoologique où il ira se repaître de tendres antilopes. Revenu à l’état «normal» une fois les effets du produit dissipés, il pourra constater que les enregistrements de son langage ressemblent fortement à ceux réalisés par son épouse dans le cadre de ses propres travaux. 
Une nouvelle expérience amènera Jessup au-delà de sa propre identité, découvrant que l’origine de l’univers entier, de la matière avant même la vie, est inscrite dans notre ADN. Nos propres gènes s’inscrivent dans la mémoire de l’univers, du «big bang». Tout est en chacun de nous. Une approche qui rejoint du reste les avancées les plus récentes de la philosophie quantique, comme on peut le constater en lisant le dernier ouvrage de Serge Carfantan, Connaissance de la Totalité (Almora, 2017).

Et c’est entièrement métamorphosé qu’il ressurgira de cette expérience de nature quasi-religieuse. Car s’il a vu la vérité en face, celle-ci est hideuse. La vérité finale de toute chose est qu’il n’y a pas de vérité finale.

On notera que ce roman est fort bien documenté sur le plan scientifique et qu’il nous offre des moments très rafraîchissants sur le thème «savants fous», comme cette rencontre avec une bande de jeunes physiciens quantiques pour essayer de comprendre le mystère des transformations physiques du chercheur.

La Pierre Philosophale (Colin Wilson, 1969, Néo 1982) est un livre important, car s’il s’agit bien d’un roman, il se présente sur les 2/3 du texte comme un traité, aux frontières de la science, de la philosophie et de l’ésotérisme. Le personnage principal, Howard Lester, nous entraîne dans une réflexion étourdissante sur les deux sujets qui le préoccupent depuis son plus jeune âge: comment élargir ses niveaux de conscience? Est-il possible de ralentir le processus du vieillissement par une activité cérébrale soutenue? Avec un de ses compères, le savant Henry Littleway, il arrive à la conclusion que la réponse à ces questions se trouve dans le cortex préfrontal et que, moyennant une très légère intervention chirurgicale, il est possible «d’ouvrir les portes». 

Opération qu’ils ne manqueront pas d’effectuer sur eux-mêmes, nous entraînant dans une aventure puisant profondément ses racines dans la mythologie lovecraftienne. Il leur est en effet possible de voir dans le passé et de remonter aux origines de l’humanité. On touche ici au thème de la «régression génétique ». Leurs visions, confortées par la lecture d’un codex maya, Le Codex Vaticanus et d’extraits du Necronomicon repris par le manuscrit Voynich, nous font revivre la création de l’homme par les Grands Anciens, la grandeur et la décadence de Mû dont le grand prêtre était K’thlo (certainement le Cthulhu de Lovecraft nous précise l’auteur).

Les Grands Anciens disposaient d’un immense pouvoir. En observant les hommes, ils comprirent la puissance de l’imagination humaine, lorsqu’elle est nourrie d’idéal et d’optimisme. Et ils comprirent qu’il leur fallait prendre le risque de développer, aussi, la délicatesse et la précision, d’arriver à concentrer leur incroyable puissance. Ils passèrent alors par une phase d’acquisition d’un nouvel état de conscience, individualisé, au cours de laquelle ils laissèrent faire leurs instincts. Au début, ce fut un succès, jusqu’au jour où les instincts refoulés explosèrent, détruisant les civilisations de Mû et ses serviteurs humains. Seuls quelques-uns survécurent.


Voilà la première partie de ce compte rendu. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


mardi 21 avril 2020

Extrait de « Mario et le magicien » de l’écrivain allemand Thomas Mann.

  
Thomas Mann.


« Le cavaliere, réconforté, s'était allumé une nouvelle cigarette. On pouvait reprendre les essais arithmétiques. On trouva sans difficulté un jeune homme, assis dans les derniers rangs, qui se déclara prêt à écrire au tableau, les chiffres qu'on lui dicterait. Nous le connaissions aussi ; la soirée prenait un caractère un peu familier par tous les visages déjà vus qu'on y retrouvait. C'était l'employé de l'épicerie de la grand-rue ; plusieurs fois il nous avait servis fort correctement. Il maniait la craie avec une adresse commerciale tandis que Cipolla, descendu dans la salle, circulait dans les rangs du public de sa démarche d'infirme et recueillait des nombres à deux, trois ou quatre chiffres, comme on voulait ; il les prenait des lèvres des gens interrogés pour les crier au jeune épicier qui les alignait les uns sous les autres. Comme par un accord réciproque, tout était calculé pour distraire, amuser, entraîner dans des digressions oratoires. Il était inévitable que l'artiste s'adressât à des étrangers qui ne pouvaient s'y reconnaître parmi les chiffres en langue italienne ; Cipolla s'occupait d'eux longtemps, avec des allures ostensiblement chevaleresques, parmi la gaieté polie des indigènes, qu'il embarrassait d'ailleurs bientôt en les invitant à traduire les chiffres proposés en anglais et en français. Quelques personnes citèrent des nombres qui marquaient les grandes années de l'histoire de l'Italie. Cipolla reconnaissait aussitôt les dates et, tout en poursuivant le jeu, il y enchaînait des considérations patriotiques. « Zéro ! » dit quelqu'un ; le cavaliere eut l'air gravement offensé, ainsi qu’à chaque tentative qu'on Faisait pour se moquer de lui ; il répondit par-dessus l'épaule que c'était un nombre de moins de deux chiffres. « Zéro-Zéro ! » s'écria aussitôt un mauvais plaisant; il eut le succès d'hilarité dont peuvent être assurées, parmi des Méridionaux, les allusions à certaines choses naturelles. Seul le cavaliere garda dignement une attitude réprobatrice, bien qu'il eût lui-même suscité directement la plaisanterie équivoque. Cependant, avec un haussement d'épaules, il fit inscrire les deux zéros au procès-verbal.


Lorsqu'il y eut au tableau environ quinze nombres de longueurs diverses, Cipolla demanda qu'on en fit l'addition. Les calculateurs habiles pourraient y procéder de tête, mais il serait permis de s'aider du crayon et du carnet. Pendant qu'on travaillait, Cipolla, assis sur sa chaise à côté du tableau, fumait une cigarette en grimaçant, avec des gestes prétentieux et satisfaits d'infirme. La somme, qui donnait un nombre de cinq chiffres, fut vite prête. Quelqu'un la proclama, un autre la confirma, le résultat d'un troisième en différait un peu, celui d'un quatrième coïncidait avec les premiers. Cipolla se leva, épousseta sa jaquette où il était tombé de la cendre, souleva la feuille de papier à l'angle droit du tableau et montra ce qu'il y avait écrit. La somme exacte, qui approchait du million, était déjà là. Il l'avait inscrite d’avance.


Stupéfaction des spectateurs, longs applaudissements. Les enfants étaient subjugués. Ils voulaient savoir comment il avait fait. Nous leur expliquâmes que c'était un truc qu'on ne pouvait comprendre du premier coup, que l'homme n'était pas pour rien un magicien. Maintenant ils savaient ce que c'était, une soirée de prestidigitation ! »




Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !