dimanche 3 mars 2019

Dix enseignements de Bouddha (traduction d’un article du site « Rincon del Tibet »).



Dix enseignements de Bouddha. 


Ce texte est une traduction d’un article du site « Rincon del Tibet »

Il est la suite de celui-ci.

Qu'est-ce qui peut vous aider à changer votre vie pour le meilleur et à vous débarrasser de ce qui est en trop ?

Bouddha Gautama était un maître spirituel et le fondateur du bouddhisme dans l'Inde ancienne. Ses enseignements ont été compilés par ses disciples.

Nous vous proposons de prêter attention à ces enseignements qui, bien qu’ils ne vous obligent à rien, peuvent changer votre vie de la meilleure façon possible.

1. Partir de peu est normal

Une cruche se remplit petit à petit, goutte à goutte. Un homme sage se remplit progressivement de bien.
Ralph Waldo Emerson a déclaré que « chaque enseignant était au moins une fois un apprenti ». Nous avons tous commencé à partir de peu, ne l'oubliez pas. Si vous êtes organisé et patient, vous réussirez. Personne ne reçoit rien de bon du jour au lendemain. Béni soit celui qui est prêt à commencer à partir de peu et qui travaille avec constance jusqu'à ce que sa cruche se remplisse.

2. Les pensées sont de la matière

 « Tout ce que nous sommes provient de nos pensées. Avec nos pensées, nous construisons le monde. Parlez ou agissez avec un esprit pur et le bonheur vous suivra, inséparable comme votre ombre. »
Bouddha a dit : « Tout est dans l'esprit. Nous devenons ce que nous pensons ». Pour vivre correctement, vous devez remplir votre esprit de « bonnes » pensées. Les mauvaises pensées vous détruisent. Votre façon de penser définit vos actions, vos actions définissent vos résultats. Si vous changez votre façon de penser, vous changerez aussi votre vie. Bouddha a dit ; « Les actes erronés dépendent de l'esprit. Si votre façon de penser change, y aura-t-il encore des actes erronés ? ».

3. Pardonner

« La haine n'est pas apaisée par la haine, mais par l’amour. »
Lorsque vous libérez ceux que vous mettez en prison du fait de votre manque de pardon, vous vous libérez vous-même. Il n'est pas possible de faire du mal à quelqu'un sans se faire aussi du mal à soi-même. Apprenez à pardonner le plus vite que vous pourrez. Bouddha a déclaré : « Il n'y a pas de feu dans le monde plus fort que la passion, pas de requin plus féroce que la haine, pas d'ouragan plus dévastateur que la cupidité. ».

4. Les actions sont importantes

« Si vous devez faire quelque chose, faites-le de tout cœur. »
Pour grandir, il faut travailler tous les jours. Le proverbe dit : «  Dieu donne à manger un vermisseau à chaque oiseau, mais il ne le jette pas dans son nid ». Si vous vous êtes engagé à réaliser quelque chose, faites-le de tout votre cœur.

5. Essayez de comprendre l'autre

« Répondez toujours avec bienveillance ; ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de rendre ce monde meilleur. Répondez avec gentillesse ou ne répondez pas. Si vous répondez par le mal au mal, il y aura plus de mal encore. »
Stephen Covey a déclaré: « Essayez d'abord de comprendre, et seulement après essayez d'être compris. » C'est facile à dire mais difficile à faire : vous devez utiliser toute votre énergie pour comprendre le point de vue de l'autre. Lorsque vous vous sentez en colère, essayez d’oublier votre colère. Écoutez les autres et essayez de comprendre leur point de vue et vous recevrez de la tranquillité en retour. Concentrez-vous sur le fait d'être heureux plutôt que d'avoir raison.

6. Contrôlez votre propre esprit

 « Maîtrise tes paroles, maîtrise tes pensées, ne fais de mal à personne. Suivez ces indications fidèlement et vous avancerez sur le chemin des sages. » 
La plus grande victoire est celle qui s'obtient sur soi-même. Pour l’emporter sur vous-même, vous devez contrôler votre esprit. Vous devez contrôler vos pensées, vous ne devez pas les laisser errer comme les vagues de la mer. Vous pouvez penser : « Je ne peux pas contrôler mes pensées, les pensées apparaissent par elles-mêmes. » Il y a une réponse à cela : vous ne pouvez pas empêcher un oiseau de voler au-dessus de vous, mais vous pouvez certainement l’empêcher de faire un nid sur votre tête.

7. Vivre en harmonie

«La victoire génère le ressentiment qui cède le pas à la haine car le vaincu est malheureux. La plus grande victoire est celle qui s'obtient sur soi-même ».
Ne cherchez pas à l'extérieur ce qui ne peut être que dans votre cœur. Très souvent, nous avons tendance à nous perdre en regardant à l'extérieur, pour ne pas voir la vérité à l'intérieur. L’harmonie n'est pas dans un nouvel emploi, une nouvelle voiture ou un nouveau mariage. L'harmonie est déjà à l’intérieur de nous.

8. Soyez reconnaissant

«La santé est le plus beau des cadeaux, la joie est la plus grande des richesses ».
Il y a toujours quelque chose pour lequel il vaut la peine de remercier. Tout le monde n’a pas été capable de se réveiller aujourd’hui, et hier soir, une personne s’est endormie pour la dernière fois.

9. Soyez fidèle à ce que vous savez

« Tout comme le vent ne secoue pas l’énorme rocher, la flatterie ou le reproche ne remuent pas non plus le sage. »
Nous savons beaucoup de choses mais nous n’agissons  pas toujours en fonction de ce que nous savons. Si vous endurez la défaite, cela ne se produit sûrement pas parce que vous ne saviez pas comment agir ; cela s’est produit parce que vous n'avez pas fait ce que vous saviez qu’il fallait faire. Soyez donc fidèle à vous-même et à ce que vous savez.

10. Partagez votre bonheur

« Des milliers de bougies peuvent être allumées avec une seule bougie et la durée de vie de la bougie ne sera pas raccourcie. Le bonheur ne diminue jamais lorsqu'il est partagé. »
Le bonheur non seulement ne diminue pas mais, au contraire, il grandit quand on le partage. Alors ne le cachez pas aux personnes que vous connaissez, rendez ceux qui vous entourent plus heureux.

Et enfin:

«N'acceptez pas ce que je dis simplement à cause du respect que vous avez pour moi. De même que l'or est mis à l'épreuve du feu, mettez mes mots à l'épreuve du feu de votre expérience spirituelle »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !

vendredi 1 mars 2019

Compte rendu du livre « La respiration totale pour tous» de Roger Fiammetti (première partie).




Le livre d'Adrien Bullas.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois passionnant, précis et instructif sur la nécessité impérieuse d’avoir une bonne respiration, de développer cette respiration et finalement d’arriver à une respiration totale. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « La respiration totale pour tous »   de Roger Fiammetti.


Déjà plusieurs livres à la fois sur la mémoire et la culture physique m’avaient fait prendre conscience de la nécessité d’avoir une respiration complète (ou totale). Voici un extrait d’un de ces ouvrages, Une mémoire prodigieuse d’Adrien Bullas, qui évoque la nécessité de cette respiration. Je traiterai du livre Toute la culture physique de Marcel Rouet sur la même problématique dans un prochain article.

Dans Une mémoire prodigieuse, Adrien Bullas nous livre quatre secrets physiologiques pour améliorer sa mémoire : la mastication lente, la respiration, la détente, l’autosuggestion.

Voici ce que dit l’auteur de la respiration :

« Suivez-moi bien : Je vous ai dit que sans trêve nos poumons aspirent, pompent prana qui entoure l'univers; or en général l'homme respire mal, il n'utilise qu'une partie de ses poumons, il en résulte qu'il ne prend dans le milieu ambiant qu'une faible partie de prana.

La méthode dite de respiration complète ou profonde permet d'en contrôler une quantité plus grande.

On distingue quatre sortes de respirations :

1 ° Respiration haute
2° Respiration moyenne
3° Respiration basse
4° Respiration complète.

Chacune de ces respirations : haute, moyenne, basse ne fait intervenir qu'une partie des muscles qui commandent l'acte respiratoire et la cage thoracique ne se développe pas au maximum, d'où remplissage incomplet des poumons.

La respiration idéale est la respiration complète, synthèse des autres ; elle utilise la capacité maximum des poumons et permet d'emmagasiner plus d'énergie.

Le simple exercice suivant vous donnera une idée de ce qu'est la respiration complète :

Premier temps.

Tenez-vous droit, debout ou assis. Aspirez par les narines posément, d'une façon continue, remplissant d'abord la partie inférieure des poumons, ce qui se fera par l'action du diaphragme qui en s'abaissant exercera une légère pression sur les organes abdominaux, poussant en avant la paroi inférieure de l'abdomen.

Puis remplissez la partie supérieure des poumons, faisant saillir en dehors les côtes inférieures, le sternum et la poitrine.

Enfin remplissez la partie supérieure en bombant le haut de la poitrine et en élevant les six ou sept paires de côtes supérieures.

Au premier abord il peut sembler que cet exercice se décompose en trois mouvements distincts, mais il n'en est rien; l'aspiration doit être ininterrompue, la cage thoracique tout entière étant dilatée dans un mouvement continu uniforme.

Évitez de respirer par saccades et essayez de le faire posément, d'une façon continue.

Deuxième temps.

Retenez l'air un moment.

Troisième temps.

Expirez lentement, maintenant la poitrine droite, videz à fond les poumons, le diaphragme se relève.

Ensuite, après un temps d'arrêt, prenez une nouvelle inspiration en tâchant d'éviter toute saccade, toute discontinuité dans le mouvement; puis retenez l'air et expirez lentement comme précédemment et ainsi de suite de telle façon que vos poumons soient comme une pompe qui rythmiquement prend l'air et le rejette.

Vous pouvez faire des respirations complètes plusieurs fois par jour, mais pour certaines raisons je vous recommande de ne pas dépasser une demi-heure : 3 fois dix minutes me paraît la formule idéale.

Attention ! pas d'exagération, vous auriez des troubles.

Il faut que cette respiration soit rythmique, c'est-à-dire sans heurts.

L'inspiration et l'expiration doivent avoir la même durée; par exemple au début de l'entraînement : inspiration : 8 secondes; rétention de l'air dans les poumons : 2 secondes, expiration : 8 secondes. Par la suite, vous pourrez allonger cette durée.

Les effets de la respiration profonde sont prodigieux : ils développent la capacité d'attention, ils donnent de l'intuition, ils augmentent la mémoire, ils sont l'antidote de la timidité, de l'impressionnabilité, ils affermissent la volonté et fortifient étonnamment l'organisme.

Voilà qui vous étonne ? Laissez-moi vous rappeler que prana commande toute notre activité psycho-physiologique; en respirant d'une manière complète, vous augmentez votre provision de prana, d'où progression sur toute la ligne. »



Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


jeudi 28 février 2019

Compte rendu de l’article « Zazen » dans le « Dictionnaire de la sagesse orientale ».



 Le livre en question.


Cet article est la suite de celui-ci. 

Zazen : za : « être assis », zen [en] «méditation ». Pratique méditative enseignée par le zen comme la voie la plus directe pour parvenir à l'Illumination (Kenshô, Satori). Le Zazen n'est toutefois pas tout à fait une méditation au sens habituel du terme, supposant, au moins dans un premier temps, de fixer son esprit sur un « objet de méditation » (par exemple un mandala ou la représentation iconographique d'un bodhisattva), ou de concentrer sa réflexion sur une qualité abstraite (comme le caractère éphémère des choses ou la compassion). Le but du Zazen est de libérer l'esprit du carcan des idées, des images, des visions et des objets, si sacrés et sublimes soient-ils.

Les aides à l'exercice du Zazen que sont par exemple les kôan ne constituent pas de véritables objets de méditation, car ils reposent par essence sur le paradoxe, c'est-à-dire, comme l'indique la traduction littérale du mot grec, ce qui se trouve « au-delà (grec : para) de la pensée (grec : dokein) », « au-delà du concevable ».

Dans sa forme la plus pure, le Zazen permet de demeurer dans un état qui ne se fixe sur aucun objet et ne s'attache à aucun contenu (Shikantaza). Pratiqué pendant une assez longue période avec persévérance et don total de soi, le Zazen transporte l'esprit de l'homme « assis » dans un état de lucidité nue et parfaite qui, par une brusque révélation, peut permettre d'accéder à l'Illumination de sa Vraie Nature ou nature de bouddha (Busshô), identique à l'essence de l'univers dans son entier.

Comme l'indique la particule « zen » ou « recueillement », le Zazen ou « recueillement assis » constitue l'alpha et l'oméga du zen. Pas de zen sans Zazen. Les kôan, comme celui où un grand maître du zen indique à ses élèves que « ce n'est pas en restant assis (Zazen) que l'on devient un bouddha », donnèrent parfois lieu à des interprétations erronées. Ces maitres ne voulaient pas dire qu'ils considéraient la pratique du Zazen comme inutile puisque tout homme est depuis toujours un bouddha. L'idée, essentielle pour le bouddhisme et le zen, que toute créature possède dès l'origine une nature de bouddha n'empêche pas le zen d'opérer une distinction très nette entre celui qui se contente de croire par un acte de foi à la vérité du dogme et celui qui en a fait lui-même l'expérience immédiate, dans son sens le plus profond. C'est cette expérience que l'on appelle « éveil » (Illumination) et à laquelle l'exercice du Zazen permet d'aboutir.

Comme le démontra le premier patriarche du ch'an (Bodhidharma) en restant neuf ans assis en pleine méditation au monastère de Shao-lin, le Zazen est bien la pratique centrale du zen. Tous les maîtres du zen le célèbrent, à l'image de Dôgen, comme le « passage qui permet de parvenir à la Délivrance parfaite ». Dans son Zazen-wasan, l'« Hymne au Zazen », le grand maître du zen Hakuin Zenji chante :

« Le Zazen tel que l'enseigne le Mahâyâna :
Aucune louange ne saurait en épuiser les mérites.
Les six Pâramitâ, la pratique de l'aumône, le respect des commandements,
toutes les bonnes actions énumérées en divers lieux,
Tout vient du Zazen.
Les mérites d'un seul Zazen suffisent à effacer
Les fautes innombrables accumulées dans le passé. »


La suite donc sur le bouddhisme zen au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.

mardi 26 février 2019

Hommage à James Hodges, association Magie, Histoire et Collections, soirée du 25 février 2019.



Un ouvrage de James Hodges.


Suite au décès de James Hodges le 3 février, les collectionneurs de magie de l’association Magie, Histoire et Collections ont décidé de lui consacrer leur soirée du mois de février pour lui rendre hommage.

James Hodges était, comme il l’affirmait lui-même, « un touche-à-tout » en magie, mais un touche-à-tout de génie, comme le fut naguère l’écrivain Jean Cocteau. Il était dessinateur, illustrateur, affichiste, constructeur d’objets de magie et d’automates, ventriloque-marionnettiste, illusionniste, dompteur, clown, et… bien d’autres choses encore, en un mot un « créateur ».

La soirée-hommage a été animée par Jean-Luc Muller (Mandrake), réalisateur de plusieurs documentaires sur la magie, auteur, musicien, qui a tourné en 2008 un film sur James Hodges à la Maison de la Magie à Blois, à l’occasion des 80 ans de celui-ci.

Cette soirée a été tellement riche en interventions et en informations qu’il m’est complètement  impossible d’en résumer la teneur dans un seul article de ce blog. Je ne donnerai que quelques pistes sur une œuvre et un créateur immenses, un monument de la magie.

Le prestidigitateur Jean Merlin a d'abord raconté l’aventure incroyable de la revue magique Mad Magic avec comme dessinateur exclusif James Hodges.

Georges Proust, le créateur de l’Académie de magie à Paris, a précisé que James Hodges avait dessiné 1300 explications de tours de magie pour son musée, soit 5000 pages de dessins.

On peut estimer que James Hodges a écrit à peu près 70 livres de magie et 50 brochures sur le sujet (depuis les différents tomes des Grandes illusions, Illusions théâtrales, L’œil optique, Des trucs pour épater les nanas (deux volumes) jusqu’à Les trucages du corps, Les entresorts - Tome 1, en 2009 et L’alu et moi en 2016, un de ses derniers ouvrages).

Mais il a aussi illustré des boîtes de magie pour Gérard Majax (pour lequel il également travaillé et tourné à la télévision) et confectionné des dizaines de jeux de cartes différents (le jeu de Madame Soleil, le jeu des Saints Patrons, un jeu de tarot, un jeu sur le football, un jeu des chansons à boire, le  jeu des familles Thierry La Fronde pour Grimaud, etc.).

James Hodges a même réalisé l’affiche d’un film pseudo érotique Eve et les bonnes pommes de Claude Sendron en 1965.

Les bandes dessinées érotiques dessinées par James Hodges pour les périodiques « Petits Formats Adultes », magazines « Sexovid » et « Erotik Story », ont aussi été évoquées et montrées.

Il a été question de son expérience dans l’hebdomadaire Le Hérisson des années 90 avec des dessins de pin-ups et des explications en BD de tours de magie.

Sur ce sujet à consulter absolument les passionnants articles de bdzoom.com sur James Hodges :
Et une bibliographie sur le site « bedetheque »

1) Étaient donc présents pour rendre hommage à James Hodges (d’avance pardon à ceux que ceux que j’oublie, vous étiez trop nombreux !).

D’abord les invitées d’honneur : la femme de James Hodges, Liliane, deux de ses filles, Vanina et Maïlys.

a) Ceux que j’appellerais les « Prestidigitateurs institutionnels » : Gérard Majax, Gaétan Bloom, Jean-Merlin, Pierre Switon, Georges Proust, le fondateur de l’Académie de magie à Paris.

b) Les prestidigitateurs Claude Abacus (Claude Litolff), Roger Roka, Alain Florimond-Filaos, Patrick Rivet, Gilles Mageux, Valérie, la spécialiste du « Quick Change ».

c) Le mentaliste Gilles Rollini, le mnémotechnicien, prestidigitateur, peintre illustrateur, Richard Martens, le théoricien et historien de la magie Thibault Rioult (auteur d’une thèse de doctorat sur la magie de la Renaissance).

d) Les collectionneurs et prestidigitateurs, Jean-Claude Piveteau, Georges Naudet, Claude Aribeau, François Voignier.

2) Interventions sur James Hodges

a) Jean-Merlin

b) Gérard Majax

c) Gaétan Bloom

d) Georges Proust

e) Patrick Rivet

f) Le collectionneur et magicien Jean-Claude Piveteau

g) Le collectionneur et magicien Georges Naudet


3) Renseignements complémentaires sur James Hodges

a) Wikipédia

b) Le site très détaillé et très complet créé par sa fille Vanina


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 25 février 2019

Vie, œuvres et idées de Maître Dôgen (1200-1253), le fondateur du zen Soto au Japon.




Maître Dôgen. 

Disciple de plusieurs maîtres chinois et maître de Ejo, il implanta le zen Soto au Japon et fonda le temple Eiheiji. Son œuvre maîtresse est le Shobogenzo (Le Trésor de l'œil de la Vraie Loi). Ses principales autres œuvres sont : le Eihei koroku (Extensive Record de Dōgen), le Eihei shingi (Règles de pureté Eihei) dont le premier chapitre est le Tenzo kyokun (Les instructions au cuisinier), le Fukanzazengi (Pour la diffusion universelle des principes du zazen), le Gakudojojinshu (Conseils pour étudier le chemin), le Shobogenzo zuimonki (Trésor du véritable œil du dharma: récit des choses entendues), ainsi que les poèmes du Sansho doei (Versets sur le chemin de Sansho).


Quelques précisions sur ses œuvres principales,



        Le Fukanzazengi, « Recommandations générales sur les règles du zazen », écrit dès 1227, où il rectifie certaines idées selon lui erronées sur la méditation, et qui est devenu l'objet d'une récitation quotidienne lors des méditations du soir dans les monastères.

        Le Gakudojinshu, « Recueil des points à observer dans l'étude de la voie », écrit en 1234 pour guider ses étudiants le long de la voie.

        Et surtout son chef-d’œuvre, le volumineux et difficile Shôbôgenzô, « Le Trésor de l'œil du vrai Dharma » qui est en fait une compilation de ses écrits et de ses sermons pendant les vingt dernières années de sa vie, auquel on peut adjoindre le Shôbôgenzô zuimonki, série d'enseignements oraux de Dôgen recueillis et mis en forme par son disciple Ejô.

 

Biographie :



Eihei Dôgen fut, semble-t-il, orphelin de père à deux ans et de mère à sept ans. Adopté par un oncle, il s'enfuit à douze ans chez un autre de ses oncles vivant au pied du mont Hiei. En 1213, il entre au monastère du Hieizan, puis séjourne peut-être au monastère de Miidera de l'école Tendai à tendance ésotérique (Mikkyô).

Selon l'interprétation traditionnelle, son questionnement — « Pourquoi, si notre nature essentielle est la bodhi, pourquoi tous les bouddhas doivent-ils lutter durement avant d’atteindre le plein Éveil ? » - le mène au Kennin-ji fondé par Eisai (Yôsai), monastère tendai où ce dernier a introduit le courant Rinzai. Eisai étant mort en 1215, Dôgen suit les enseignements d'un de ses disciples, Myôzen (1184-1225), pendant neuf ans. 

En 1223, il l'accompagne en Chine, séjourne un temps au monastère Tiantongsi sous la direction de Musai Zenji, puis poursuit sa quête avant de revenir en ce même monastère, où il devient en 1225 le disciple du nouvel abbé, Tiantong Rujing (1163-1228), un maître de l'école Caodông. Dôgen connaît un profond Éveil et reçoit la transmission. De retour au Japon en 1227, il s'installe d'abord au Kennin-ji, à Kyôto, avant de déménager en 1230 dans un temple désaffecté, l'Anyôin. En 1234, il rencontre Ejô, son principal disciple, qui lui succédera plus tard.

Vers 1237, il fonde le temple de Kôshô-ji, non loin de Kyôto, où il va enseigner durant dix ans. C'est le premier monastère zen au Japon. L'afflux des auditeurs diversement motivés, la proximité du Hieizan hostile au Zen, le décidèrent sans doute à se retirer dans un ermitage de montagne à Echizen. Bientôt, grâce aux dons et à la protection d'Hatano Yoshishige, le représentant du shôgun à Kyôto, l'ermitage se transforma en un grand monastère, 1 'Eihei-ji, devenu depuis le siège de l'école Soto. En 1253, Dôgen Zenji remet à Ejô ses fonctions d'abbé de l'Eihei-ji et meurt quelques semaines plus tard à Kyôto.



L’enseignement de Dôgen repose essentiellement sur trois points principaux :

1.- La pratique sans but ni objet (mushotoku)
2.- L’abandon du corps et de l’esprit (shin jin datsu raku)
3.- La pratique est elle-même satori (shu sho ichi nyo)


Maître Deshimaru a synthétisé sept principes du zen selon Maître Dôgen. Voici ses commentaires :

1) Zazen et satori (illumination) sont unité.
Shu sho ichi nyo

Shu (la pratique de zazen), c’est retourner à l’origine. Le corps et l’esprit retrouvent leur condition normale. Le vrai sens est s’éveiller, remarquer, prendre conscience, comprendre la vérité. Lorsque l’esprit est clair, Sho, le satori (illumination), peut jaillir à partir de pensées mauvaises ou bonnes. Je répète toujours que, durant zazen, il faut aller de pensée en non-pensée, de non-pensée en pensée. Telle est la conscience hishiryo (L’au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée. Penser sans penser, sentir sans sentir. La conscience hishiryo apparaît quand la conscience personnelle suit l’ordre cosmique.)
Zazen lui-même est pratique-réalisation.
Shu, la pratique de zazen, touche non seulement votre propre personne mais aussi les autres. Faire zazen pour les autres. Durant zazen, vous devenez unité avec vos voisins. Tel est le véritable bouddhisme Mahayana. Zazen lui-même est Bouddha.
Pour Dôgen, la culture ou pratique (« shu ») ne mène pas à l'Éveil et l’Eveil n'est pas le couronnement de la pratique. En pratiquant on est éveillé et, dans l'Éveil, il n'y a que pratique. Ce principe servira par la suite de justification au caractère ritualiste du Zen Soto. L'important, selon lui, était la méditation assise, ou zazen, en tant que voie immédiate : « Vénérer les statues ou les reliques [du Bouddha] assure aux hommes et aux dieux leur part de bonheur [...], mais c'est une erreur de penser que l’on obtient l'Éveil par ces moyens. Un pratiquant bouddhiste suit les enseignements de manière à parvenir immédiatement à l'état de bouddha et, pour y parvenir, il lui suffit de se conformer aux enseignements, de pratiquer zazen. La méditation assise est, à ce jour, dans les monastères, la pratique réelle conforme aux enseignements. Rappelez-vous-en » (Shôbôgenzô zuimonki).


2) Tous les êtres et Bouddha sont unité.
Sho butsu ichi nyo

Sho, tous les êtres vivants, toutes les existences vivantes.
Le kanji sho signifie vivant ; butsu : Bouddha ; ichi nyo : sont unité. Les êtres sensibles et Bouddha sont identiques, nous-mêmes et Bouddha sommes semblables.
La religion de Dôgen diffère du bouddhisme et de toutes les religions, selon lesquelles Dieu et nous sommes complètement différents, séparés et en dualité.
Les êtres sensibles et Bouddha sont unité.
Qui fait zazen ? Bien sûr, c’est moi. Qui êtes-vous ? À la fin, il n’y a pas de noumène. Toutes les existences sont sans noumène. Elles deviennent ku (vide). Ku, ici et maintenant, devient les phénomènes. C’est mujo (l’impermanence), tout change sans cesse. L’on devient parfois Bouddha, parfois un ivrogne, un obsédé sexuel, un fou, un prisonnier. On est tour à tour stupide et intelligent.
Dans la philosophie et la religion européennes, le dualisme règne pour l’éternité. Dieu et le démon ne peuvent être en unité. Dans le bouddhisme, Bouddha et le démon peuvent être amis et être en unité.

3.- Zazen est la plus grande vérité.
Shoden no buppo
Shoden, la vraie transmission. Le vrai bouddhisme est seulement zazen.
Le vrai bouddhisme transmis passe par la pratique de zazen, sinon ce n'est que de l'imagination. Tous les maîtres de la transmission l'ont certifié. Shoden no buppo est le monde de la vérité. On sépare souvent le monde de la vérité et celui des phénomènes. Mais :
Shiki soku ze ku,
Ku soku ze shiki.
Les phénomènes sont la vacuité,
La vacuité est les phénomènes.
Le Zen existe seulement de Bouddha en Bouddha, de Patriarche en Patriarche, à travers zazen. Le corps et l'esprit sont unité et reliés à tout le cosmos. Il n'y a pas de séparation. Tout le cosmos est le véritable corps-esprit. Il faut le comprendre à partir du corps, à travers zazen.
Qu'est-ce qu'étudier la Voie, le Zen ? Faire zazen, shikantaza, au-delà de la conscience personnelle. Lorsqu'on pratique zazen, à ce moment-là, le corps-esprit devient le cosmos lui-même, et vice versa. Telle est la véritable essence du Zen, le véritable shoden no buppo, l’essence du zen, l’essence des religions.

4.- Le samadhi de zazen.
Jijuyu zanmai

Jijuyu veut dire accepter, recevoir par soi-même ; zanmai (le samadhi). Le samadhi est reçu par soi-même, seul. On peut seul en recueillir la joie. Les autres ne peuvent pas le comprendre. Le samadhi du zen, c’est hishiryo (L’au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée. Penser sans penser, sentir sans sentir. La conscience hishiryo apparaît quand la conscience personnelle suit l’ordre cosmique). C’est un point très important par rapport aux autres religions où cette notion n’existe pas. Hishiryo est le vrai samadhi, l’authentique joie. Si l’on fait zazen, à ce moment-là, on peut atteindre le vrai kaku soku.
Qu’est-ce que kaku soku ? (c’est le maître Keizan Jôkin qui a inventé cette expression.) Parfois, il est difficile de donner une traduction juste. Maître Kodo Sawaki parlait souvent de kaku soku. Kaku est très important. Kaku, l’intuition. Soku, toucher. Comprendre par le toucher, le sentir, l’être.
Je dis toujours, si vous pratiquez zazen, votre zazen lui-même est Dieu ou Bouddha. Inutile de penser : « Je dois me connecter avec le cosmos. » Durant zazen, ce lien s’établit automatiquement à travers le corps et l’esprit, même si des pensées personnelles apparaissent. En faisant zazen, vous pouvez devenir jijuyu zanmai. En vous rasant, en revêtant le kesa (robe des moines et des nonnes composée de plusieurs bandes de tissu rectangulaires. Drapé sur l’épaule gauche, le kesa se porte sur le kolomo noir) et le kolomo (nom donné au vêtement du moine et de la nonne zen. Il s'agit d'un kimono à manches longues, le plus souvent en coton), en pratiquant zazen, vous suivez le véritable Dharma et devenez jijuyu zanmai.
Jijuyu zanmai. Abandonner l’ego, suivre l’ordre cosmique. Ainsi, la vie prend une valeur véritable. Si l’ego et le cosmos sont en harmonie, on ne tombe pas malade et le corps devient fort comme celui d’un lion ou d’un tigre. Les gens qui attrapent froid sont comme des grenouilles. Elles n’ont pas assez de force sous le nombril. Je remarque que durant zazen, chacun de vous est très malin. Vos postures se développent. Vous devenez des saints. Mais en sortant du dojo, on revient vite à la condition anormale et on tombe dans le monde des phénomènes, du social, du vulgaire. Si la direction de l’esprit est erronée, même si vous continuez zazen jusqu’à votre mort, ce n’est pas efficace.

5.- L’enseignement et la pratique sont unité.
Kyo gyo sho itto

Kyo gyo sho itto. Kyo, enseignement ; gyo, pratique ; sho (comme dans shu sho), satori, sagesse, compréhension ; itto (analogue à ichi nyo), unité. Enseignement, pratique, satori n’existent pas séparément et ne sont qu’une seule et même chose.
Dans les religions, on retrouve presque toujours cette notion de trinité. Le christianisme s’appuie sur la Bible, le bouddhisme sur les sutras. La Bible et les sutras sont kyo. Mais l’essentiel est la pratique, gyo. La littérature, les romans sont uniquement faits pour être lus. Si on devait les réaliser, cela deviendrait démoniaque. Tandis que si on suit la Bible ou les sutras, on ne commet pas d’erreur et on peut devenir une personne sainte. Sho, le satori, apparaît.
Kyo gyo sho itto, pratique, sagesse, satori ne sont pas séparés. Il n’y a pas d’intervalle entre kyo, gyo et sho, pas de différence. Il n’y a pas de satori, sho, sans kyo gyo. Il n’y a pas de kyo, gyo, sans sho. Ils sont unité. Sans cette unité, il n’y a pas de religion. Malheureusement, les religions les séparent souvent.

6.- Au-delà de Bouddha.
Butsu kojo no homon

Bien que Bouddha soit l’idéal de notre démarche dans la vie quotidienne, il ne faut pas y être trop attaché. Il faut être au-delà de Bouddha. Trop d’attachement fait qu’on le sépare de soi et ainsi devient-il un objet extérieur. Nous devons devenir Bouddha lui-même qui existe dans notre corps et notre esprit.
Dans presque toutes les religions, Dieu ou Bouddha est un objet de foi auquel les gens sont trop attachés. Une telle attitude dénote un esprit erroné. Dans la conscience et le cerveau se crée alors un dualisme entre soi et l’objet de la foi. L’unité est rompue. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas respecter Bouddha, mais il ne faut pas en dépendre. Agir avec un esprit mushotoku, sans but ni profit, est l’attitude la plus exacte.
Ici et maintenant, nous devons trouver Dieu ou Bouddha en nous-mêmes, devenir Bouddha. La statue de Bouddha, même placée dans le dojo, n’est qu’une sculpture. N’y soyez pas trop attachés. Lorsque je rentre dans le dojo et que je fais sanpai (suite de trois prosternations devant Bouddha en total abandon du corps et de l’esprit), je m’incline certes devant la statue de Bouddha, mais surtout pour vous qui êtes devenus des bouddhas vivants. Par les sanpai, une unité se crée entre tous les disciples et la force cosmique. Lorsque le disciple étale son zagu (pièce d’étoffe que l’on déplie devant soi pour faire sanpai. Grâce au zagu le kesa ne touche pas le sol.) et qu’il touche celui du maître, c’est le symbole de i shin den shin (d’esprit à esprit, de mon cœur à ton cœur), de la communication parfaite, de l’unité entre maître et disciple.
Butsu kojo no homon, au-delà de Bouddha est la porte du Dharma. Il ne faut pas être limité par Dieu ou Bouddha ni par les sutras, la Bible ou les préceptes. La vraie liberté existe dans notre esprit, au-delà de Dieu ou de Bouddha. Telle est la vraie religion.

7.- Corps et esprit sont unité.
Shin jin ichi nyo

C’est un point très important. Le corps et l’esprit ne sont pas séparés, contrairement à ce qu’avait dit Descartes, influençant la médecine jusqu’à nos jours. Les médecins n’étudient que le corps, mais la plupart des maladies proviennent de l’esprit. Les docteurs l’ignorent et n’étudient que les organes.
La pratique de zazen est semblable à l’image du cheval de course : « Pas d’homme sur la selle pendant la course. Sous la selle, pas de cheval. » C’est un koan. Il n’y a pas de cheval sous cette selle. Il n’y a pas non plus de cavalier. Le jockey, le cavalier comprend qu’il doit diriger le cheval avec les rênes et les pieds. Il doit aussi comprendre l’esprit du cheval. La selle, c’est zazen. En pratiquant zazen, on peut réaliser la conscience hishiryo (l’au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée. Penser sans penser, sentir sans sentir. La conscience hishiryo apparaît quand la conscience personnelle suit l’ordre cosmique). Hi signifie au-delà. Il est semblable à ku, l’infini. Dans le zen Soto, l’ultime secret est shin jin ichi nyo. Le corps et l’esprit sont unité, ichi nyo.

Dôgen s'est élevé contre la théorie de mappô selon laquelle on ne peut plus guère pratiquer par soi-même, la prière et la foi dans la force des bouddhas étant le seul recours des êtres. Il est au contraire possible, selon lui, de raviver le « vrai Dharma » (JAP. shôbô) en cette ère de mappô, d'où le  titre qu'il donnera d'ailleurs à son œuvre principale, « Trésor de l'œil du vrai Dharma » (JAP. Shôbôgenzo). Par ailleurs, Dôgen insista sur la nécessité de la bodhicitta et de la discipline morale dans la pratique. Il préconisa la prise des dix grands préceptes tirés du Brahmâjâlasutra comme étant « parfaits et com-plets ». Il instaura aussi l'usage des règles de comportement communautaire fixées à la suite de Baizhang, justifiant le travail quotidien des moines et le maintien de la chasteté dans les monastères.

Contrairement aux tenants du Chan chinois qui déclarent le Chan ineffable, il souligne l'importance des mots et du langage dans la transmission. S'il préconise shikantaza, « juste s'asseoir », Dôgen n'en néglige pas pour autant l'importance  de l'étude : «Écouter le Dharma touche et transforme l'esprit comme la conscience. Le zazen, quant à lui, unifie la pratique et la réalisation. C'est ainsi qu'on entre dans la voie du Bouddha » (Gakudojinshu).

Quelques références :

1) Un article en ligne d’Erik Pigani sur le site du journal « Psychologies »

2) Un article dans un petit livret joint au journal « Psychologies » n°394, février 2019, « 10 maîtres de vie indispensables, tome II », « Maître Dôgen, le fondateur du zen » par Erik Pigani.

3) Histoire du zen Soto par l’Association Zen Internationale

4) Les sept principes de Dôgen commentés par Maître Deshimaru

5) Des réponses de maître Dôgen

6) Un livre sur maître Dôgen de Jacques Brosse


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.



dimanche 24 février 2019

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " par Jorge Luis Borges et Alicia Jurado (1976) (septième partie : le bouddhisme zen, troisième sous-partie).




Ikebana.



Cet article est la suite de celui-ci
  
Le Zen a influé et continue d'influer sur la vie quotidienne des communautés qui le professent. Les divers arts — l'architecture, la poésie, le dessin, la peinture, la calligraphie — témoignent de cette influence. Omettre délibérément et s'en tenir à suggérer en sont les caractéristiques essentielles ; rappelons-nous les dessins laconiques et les brèves strophes des tanka et des haïkus. Voici quelques exemples de ces derniers :

Plus fugace que l'éclat d'une feuille emportée par le vent, cette chose, la vie.

L'épouse sans enfants, avec quelle tendresse ne touche-t-elle pas les poupées du magasin?

Prunier sur la berge : l'eau emporte-t-elle vraiment tes fleurs reflétées ?

Sur les marches du temple, je tends vers la lune d'automne mon vrai visage.

De même, le difficile apprentissage dans l'art du maniement de l'épée et de l'arc n'est pas non plus une fin en soi, mais un exercice spirituel : le maître décoche la flèche dans l'obscurité et atteint le cœur de la cible, mais cela est moins important que la discipline mentale qui a précédé l'exploit.

L'ikebana, dont le sens littéral est l'immersion de plantes vivantes dans l'eau, coïncide avec l'introduction du bouddhisme ; cette pratique fut, à l'origine, rituelle et monastique, et elle se généralisa par la suite. Il n'y a pas de maison japonaise où l'on ne dispose des fleurs ou des branches dans le tokonoma, niche murale qui tient lieu de sanctuaire et qu'on montre toujours aux hôtes de passage. La pratique de l'ikebana exige une grande concentration d'esprit, non seulement au moment du choix des fleurs, mais encore dans la disposition des éléments qui le composent, et qui doit suivre le schéma, toujours asymétrique, formé par les trois lignes qui symbolisent le ciel, la terre et l'homme. La réussite esthétique vient par surcroît ; ce qui est fondamental, c'est le sentiment religieux de celui qui a créé et de celui qui contemple l'œuvre. Il est fréquent qu'on s'incline devant la composition, avant et après l'avoir admirée.

Les jardins du Japon sont célèbres ; beaucoup sont conçus comme des tableaux, ils ne sont habituellement pas très grands et l'on cherche dans leur composition à imiter la nature, en évitant la symétrie et les couleurs vives. L'eau, si elle fait défaut, est simulée par du sable; les rochers et les arbustes aux formes harmonieuses y abondent. Le plus célèbre des jardins de ce type est celui de Ryoan-Ji, à Kyoto; il mesure trente mètres de long sur dix de large et comporte quinze rochers, des grands et des petits, disposés en cinq groupes diversement ordonnés et asymétriquement distribués. Il date du début du XVI ème siècle et on le considère comme la quintessence de l'art zen.

Caractéristique du Zen est aussi la cérémonie du thé, qui se déroule dans des pavillons destinés à cette fin ou dans des demeures familiales. Le caractère religieux de ce rite se reconnaît à la digne lenteur de l'officiant, à la parcimonie des propos échangés, à l'attitude respectueuse des commensaux, à la beauté et à la propreté des objets utilisés. Dans le Zen, l'exécution des actes les plus ordinaires peut être accompagnée d'un sentiment religieux et doit rendre notre vie plus belle.

  
La suite donc sur le bouddhisme zen une prochaine fois comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.


Compte rendu du livre « Le Moi, la Faim et l’Agressivité » de Fritz Perls (première partie).





Le livre en question.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois précis et très bien conçu sur les thèmes de base de la Gestalt-thérapie. Il s’agit de  « Le Moi, la Faim et l’Agressivité »  de Fritz Perls (il y décrit pour la première fois les fondements de sa théorie gestaltiste).

Cet article est la suite de celui-ci.  


Introduction

Pour le lecteur d'aujourd'hui, Le Moi, la Faim et l'Agressivité constitue en quelque sorte la transition entre 1a psychanalyse orthodoxe et la « Gestalt ». Mais quantité d'idées exprimées dans cet ouvrage sont encore — plus de vingt ans après sa première édition — ignorées de la psychiatrie moderne.

Si l'on accepte désormais les concepts de la réalité hic et nunc de l'organisme considéré comme un tout et de la prédominance absolue du besoin le plus urgent, en revanche l'on comprend encore assez difficilement ce que signifie l'agressivité en tant que force biologique, la relation entre agressivité et assimilation, la nature symbolique du Moi, l'attitude phobique dans la névrose et l'unité organisme-environnement.

La dernière décennie a vu reconnaître la théorie de la conscience, mise en pratique par les trainings sensitifs et les groupes de training. On a également accepté la validité de l'expression spontanée non verbale (mouvements des mains et des yeux, postures, voix, etc.). Dans le contexte thérapeutique, on passe peu à peu de la pratique du divan, phobique (encore que prétendue objective), à la rencontre entre un thérapeute humain et un autre humain, qui n'est plus un « cas ».

C'est là un début prometteur, mais il reste encore beaucoup à faire. La majorité des thérapeutes et de leurs patients ne s'est pas encore rendu compte qu'il faut probablement renoncer aux thérapies individuelles et aux thérapies de longue durée, Bien sûr, on voit se développer les groupes et les ateliers, mais souvent davantage pour des raisons de facilité économique que d'efficacité. Il faudrait cependant que la séance individuelle constitue plutôt l'exception que la règle. Sans doute ces quelques phrases paraissent-elles aussi hérétiques que la proposition que j'ai émise voici quelque temps : s'occuper du comportement dans l'abstrait et en dehors des référents de temps et d'espace actuels constitue une perte de temps pure et simple. Depuis les gigantesques découvertes de Freud, la psychanalyse a fait des progrès considérables. Citons notamment : l'accent mis par Sullivan sur le respect de soi (ou l'amour-propre) ; le concept des jeux de Berne; celui de Roger sur le feed-back et plus particulièrement la mise à jour par Reich de la psychologie des résistances. Le passage de la symptomatique à la caractérologie, puis à la thérapie existen­tielle, et enfin à la psychologie humaniste, est des plus prometteurs.

Depuis l'époque où je rédigeais le manuscrit de la Gestalt-thérapie, j'ai formulé de nouvelles idées. J'ai surtout réussi à briser le sentiment d'impasse et de statu quo auquel se heurte en général la thérapie. Sans projet approprié, le thérapeute est perdu d'avance. Rien n'empêchera le patient de contrebalancer les efforts du praticien, ni l'emploi des meilleures techniques, pas plus que le recours aux concepts les plus ingénieux, Dès lors, la thérapie se fige et rien ne peut vraiment aller à son terme.
Le Moi, la Faim et l'Agressivité faciliteront les choses dans la perspective que j'ai évoquée. Et, ne l'oublions pas, toute perspective se fonde sur des polarités et l'attraction d'un centre, d'où l'importance du premier chapitre malgré sa difficulté de lecture. Ici, comme dans le reste du livre, une part importante du matériel historique est aujourd'hui démodée, mais la signification de l'agression mal placée demeure aussi valable qu'autrefois. Le transfert de l'agression, de la destruction des villes et des êtres à l'assimilation et à la croissance... puisse-t-il se réaliser... Mais c'est bien improbable.


Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.