mardi 10 septembre 2019

Les blessures personnelles sont souvent dues à des blessures collectives.



La guerre, une blessure collective.



Cet article est inspiré du livre « Savoir aimer en destemps difficiles, les trois combats » de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler. 
Il est la suite de celui-ci. 

Nos blessures personnelles sont consécutives à la violence qui nous a été infligée et qui a endommagé plus ou moins gravement notre puissance, notre autonomie, notre confiance en nous-mêmes et dans les autres. 

Ces blessures personnelles ont des répercussions dans la vie collective. En fonction de ce que nous avons vécu, nous avons développé des comportements destructifs qui nuisent à la fois à notre équilibre et à la vie de relation. C'est dans notre vie de couple, dans nos amitiés et nos inimitiés, dans la vie professionnelle, que notre violence va s'exprimer sous forme de maladies sociales — sociales parce qu'elles s'expriment en société, parce qu'elles sont collectives.

Entre l'individu et la société, il existe une interaction permanente. Ce sont nos blessures et nos stratégies de survie qui justifient notre violence, et cette violence contribue à créer un climat d'inimitié et de méfiance qui nous sépare trop souvent les uns des autres. Mais nous sommes également soumis aux grandes évolutions de la société telles qu'elles se manifestent dans notre vie quotidienne. 

Le monde change, et nous devons en permanence nous adapter à son évolution. Parfois, c'est facile, et nous y parvenons. Mais à d'autres moments, le changement que nous ne parvenons pas à maîtriser génère de nouvelles peurs et de nouvelles angoisses. « La crise » n'est pas toujours positive, même si elle recèle comme tout bouleversement ou toute situation difficile des possibilités d'évolution. On parle souvent de crise économique, mais on néglige de considérer d'autres fractures plus profondes, qui sont d'ailleurs à l'origine de la crise économique.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 9 septembre 2019

Compte rendu du livre « La thérapie adaptative » de Michel Lamy (quatorzième partie) (Comment réussir à poser des limites ?)



Poser ses limites.


Cet article est inspiré du livre « La thérapie adaptative » de Michel Lamy. Il est la suite de celui-ci.


Poser ses limites n’est pas forcément évident, surtout lorsque l’on manque d’estime de soi, mais c’est indispensable pour être heureux. Tout le monde doit savoir un minimum poser ses limites, parce que sinon on prend le risque de laisser les autres nous dicter notre vie. Surtout, ne pas poser ses limites implique que l’on ne se respecte pas. Or se respecter est très important : c’est une composante essentielle de l’estime de soi, socle de votre bien-être et de votre bonheur.

Poser vos limites, c’est vous respecter, mais aussi vous donner plus de chance d’être respecté par les autres. Ce n’est pas pour autant que c’est facile et qu’on veuille le faire, car poser ses limites, lorsque l’on n’en n’a pas l’habitude, représente un sacré challenge : on se demande comment les autres vont réagir et on peut avoir peur de leur réaction, se faire beaucoup de films dans la tête, surtout négatifs, alors que dans la grande majorité des cas, les pensées négatives dues à l’anticipation ne se transforment pas en réalité.

On peut aussi ne pas savoir comment dire non aux autres. Mais c’est une compétence, cela s’apprend. Poser vos limites fait partie des choses que vous devez effectuer pour entretenir et améliorer votre estime. Sans cela, vous allez continuer à vous faire marcher sur les pieds. Si vous ne savez pas poser vos limites, alors vous n’employez certainement pas vos précieuses ressources limitées de façon volontaire pour les autres mais de façon contrainte, comme si vous n’aviez pas le choix.

Alors qu’en réalité, on a souvent bien plus de choix qu’on ne le pense. Poser ses limites est vraiment important, pour soi et pour les autres. Pour vous-même parce que lorsque vous posez vos limites, vous vous donner l’opportunité de prendre soin de vous, de vous respecter et d’avoir une bonne estime de vous.

Poser vos limites équivaut à accorder de l’importance à votre bien-être et à votre bonheur. Or est-ce que vous êtes plus apte à être là pour les autres, à les aider, lorsque vous êtes heureux et au mieux de vos capacités ou lorsque vous êtes malheureux et complètement épuisé ?

C’est paradoxal, mais poser vos limites est important pour vous mais aussi pour votre entourage, même si au premier abord votre entourage vous fait part de son mécontentement envers le fait que vous ne lui dites pas « oui » à tout. Parce que lorsque vous posez vos limites, vous vous laissez de la capacité à être là pour vos proches, pour les personnes qui comptent pour vous, et cela aux moments où ils en ont le plus besoin.

Quand vous posez vos limites en disant « non » aux autres, en réalité vous vous dites « oui » à vous et vous dites « oui » au fait de vous donner un maximum de chance pour être apte à être là pour les autres aux moments cruciaux.

Oui, poser vos limites n’est pas facile. Oui, cela peut créer des tensions avec les autres. Ils peuvent être déçus et éprouver des émotions et pensées négatives parce que vous avez posé vos limites face à eux. Mais ils ont tout comme vous le choix de leur réaction.

De toute façon, vous ne pouvez pas plaire à tout le monde, satisfaire tout le monde, même si vous le souhaitez. Personne ne fait l’unanimité, même des figures comme Nelson Mandela, Martin Luther King ou mère Theresa. Rechercher à tout prix à plaire aux autres est une impasse qui vous éloigne de vous-même, alors que ce que vous devez faire dans la vie pour être heureux, c’est vous rapprocher de vous, vous atteindre.

Vouloir plaire à tout le monde, quitte à vous dénaturer, est un signe clair d’une trop faible estime de soi. Vous n’avez pas assez de vos précieuses ressources limitées pour ça : vos ressources limitées comme votre temps, vos capacités physiques et intellectuelles, votre attention, votre argent.

Poser vos limites implique que vous devez accepter le fait que les autres peuvent avoir des réactions négatives face à vos non, à vos refus. Ce n’est pas agréable de prendre en pleine figure les réactions négatives des autres. Et ils ont le droit d’être déçus : vous pouvez le comprendre, mais ce n’est pas pour autant que vous devez en être content ou céder.

Moi-même, quand quelqu’un pose ses limites face à moi, me dit non. Je ne suis pas forcément ravi parce que ça ne correspond pas aux plans que j’avais dans la tête. Mais ce n’est pas pour autant que je vais en vouloir à la personne parce que je sais que poser ses limites est important. Et si je m’autorise à poser mes limites, je dois autoriser les autres à poser les leurs et même souhaiter qu’ils le fassent pour leur propre bien.

Cela me donne aussi une occasion de comprendre comment se manifeste pour eux le respect parce que les signes de respects ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Mais ce n’est pas parce que vous posez vos limites et que vous acceptez que les autres le fassent que forcément les autres auront la même approche. Ils peuvent notamment souffrir d’une mauvaise estime, avoir un gros ego démesuré, être narcissique, ne pas supporter les limites, les contraintes.

Lorsque vous décidez de poser vos limites, gardez à l’esprit que les autres peuvent avoir des réactions négatives. Faites de votre mieux pour ne pas spéculer et ne pas tomber dans une spirale de négativité, mais gardez en tête que les autres peuvent mal prendre le fait que vous posiez vos limites.

Encore une fois : c’est leur problème s’ils ne le prennent pas bien. Lorsque vous posez vos limites, les autres peuvent employer les techniques des briseurs d’estime contre vous. Ils peuvent se mettre à vous critiquer, à vous juger, à vous dire des méchancetés peut-être. Ce n’est pas agréable mais ce n’est pas pour autant que vous devez céder face aux personnes difficiles.

Les autres peuvent aussi chercher à vous culpabiliser pour obtenir un « oui » de votre part à ce qu’ils attendent. Ils peuvent également vous comparer à quelqu’un d’autre qui cède à leurs demandes, soit parce que ses limites sont différentes des vôtres, soit parce qu’il ne sait pas les poser.

Le meilleur moyen de vous protéger face aux techniques des briseurs d’estime est évidemment de vous forger une bonne estime personnelle et de vous armer d’outils pour gérer les émotions et pensées négatives qui pourraient monter en vous dans ce type de situation. (Si votre estime est trop basse, vous pouvez employer les techniques des briseurs d’estime contre vous, attention !)

Poser vos limites est important parce que sinon, vous ne vivez pas, vous ne faites que survivre, vous ne faites que réagir aux autres, aux évènements et vous ne prenez pas la responsabilité de votre vie. Si vous ne posez pas vos limites, vous vous exposez au stress, à la dépression, au burn out, vous vous mettez en danger.

Et vous pouvez mettre en danger vos proches qui pâtiront du fait que vous ne savez pas dire « non » quand il le faut. Vous n’êtes pas Superman ou Wonder Woman, vous êtes humain, vos ressources sont limitées. Ce n’est pas parce qu’on vous dit qu’il faut faire ceci, dire oui ça, avoir cela que c’est forcément le cas. Tout le monde n’a pas les mêmes limites. Vous devez connaître les vôtres pour les appliquer. Vous devez apprendre à vous connaître, savoir ce qui est important pour vous, la direction que vous souhaitez donner à votre vie, ce qui est essentiel pour vous.

Pour poser vos limites, faites de votre mieux avec patience et persévérance.  Lorsque vous réalisez que vous n’avez pas su ou osé poser vos limites dans une situation ou avec certaines personnes, demandez-vous pourquoi. Voyez comment vous pourriez agir mieux la prochaine fois.

Ce n’est pas parce que vous allez vous mettre à poser vos limites que les autres ne vont plus vous accepter, plus vous aimer. Votre réaction différente les étonnera sans doute et il y a des chances qu’ils soient déçus. Mais s’ils tiennent à vous, si vous comptez pour eux, ils comprendront.

Et vous, parvenez-vous à poser vos limites ? Dans quelle situation (ou avec quelle personne) est-ce le plus difficile de poser vos limites ? Partagez votre expérience avec des proches.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Les dégâts psychologiques de l’autonomie blessée.



Un autre livre coécrit par Charles Rojzman.


Cet article est inspiré du livre « Savoir aimer en des temps difficiles, les trois combats » de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler. Il est la suite de celui-ci.  

L'autonomie et une relation apaisée avec toutes les figures d'autorité restent pour bon nombre d'entre nous un objectif lointain et difficilement accessible.

Au moment où l'enfant dans son développement commence à penser par lui-même, il commence à voir le monde à travers ses yeux à lui ; il commence à exprimer le monde avec ses mots, à travers sa perception. Il est en train d'explorer sa pensée propre. Il est un enfant. Sa pensée n'est pas parfaite, mais elle se cherche. Elle est un mélange d'intuition, de manque de connaissance, de tâtonnement, de paranoïa et de raisonnement logique. En plus de cela, il a des illusions. Il ne voit pas le monde à travers sa raison critique. Il expérimente sa vision du monde et de la réalité.

La manière dont on va réagir à ses peurs et à ses fantasmes d'enfant, à ses réflexions logiques, va être décisive.

Tout en respectant sa poésie, sa manière de voir le monde avec des illusions, ses parents et son entourage vont petit à petit l'aider à avoir une meilleure perception de la réalité, lui apprendre à accepter les limites du réel (par exemple, le fait que le père Noël n'existe pas). Le rôle de la frustration est fondamental pour l'autonomie et la découverte de la réalité.

Quand l'enfant essaie d'échafauder sa connaissance, il tente de raisonner. S'il ne peut le faire en ayant droit à l'erreur, si on ne l'aide pas à trier le juste du faux, si on ne l'aide pas à faire la part des choses entre l'approximatif et le correct, c'est-à-dire à se diriger à l'intérieur de lui et dans toute la complexité que constitue une pensée, il va développer des peurs : peur d'être humilié, abandonné, culpabilisé. Il va ensuite, soit être soumis à la pensée des autres sans la remettre en question avec sa pensée propre, soit être constamment en rébellion avec la pensée des autres, en réaction au fait que sa pensée n'a pas été entendue.

L'autonomie est un état qui vient à la suite d'un processus où l'enfant construit au fur et à mesure sa pensée propre.

Qu'est-ce qui l'empêche de réaliser ce processus favorable ? Qu'est-ce qui l'amène à ne pas être conscient du filtre qui trouble sa vision de la réalité ?

Qu'est-ce qui crée en lui une insécurité si profonde qu'elle l'empêche d'accepter la complexité, qu'elle suscite en lui un désir de contrôle ou le fait qu'il ne peut plus remettre en question ses certitudes ?

Lorsque l'enfant veut se distancier, se détacher des certitudes et des croyances de sa famille, de son milieu, et qu'il veut construire sa propre vision de la réalité, on lui fait sentir que sa recherche de la vérité représente une trahison des siens. Ainsi, il se trouve devant ce choix douloureux d'appartenir et de se soumettre, donc de renoncer à sa propre vision du monde ou de se rebeller et d'adopter les positions contraires à sa famille.

Ainsi, il ne saura plus quoi penser de la réalité, perdu entre la rébellion et la soumission. Dorénavant, c'est surtout avec ses émotions qu'il verra le monde.

C'est l'amour qu'il voudra conserver, ou au contraire rejeter, qui dictera ses prises de position, qu'il cherchera ensuite à rationaliser pour qu'elles aient un semblant de cohérence et d'objectivité.

Qu'engendre l'autonomie blessée ? Le doute permanent qu'on ne peut pas survivre sans l'assistance de quelqu'un de plus fort que soi. Dans un groupe, ils espèrent recevoir de nous l'assurance que tout se passera bien, sans heurts et sans anicroches. Leur manque d'autonomie se traduit par une soumission à l'autorité. Tant que tout se passe bien.

À condition que tout se passe bien. En fait, ils ne s'intéressent pas vraiment aux autres. Seul compte le cadre sécurisant, et ce cadre doit être donné par l'autorité : l'heure de début et de fin du travail en groupe, le respect des règles, la place exacte et équivalente donnée au temps de parole de chacun, l'assurance qu'il n'y aura pas de violence, que des règles permettront d'assurer la vie harmonieuse du groupe, qu'il n'y aura pas de dérapages verbaux, pas d'insultes.

Leur objectif, c'est le cadre. Leur rêve, c'est que tous se conforment et restent uniformes.

Nécessairement, ce cadre est détenu et assuré par l'autorité qui en est entièrement responsable. La blessure de l'autonomie ? Oui, ils ne peuvent exister sans ce cadre qui les définit, eux et les autres, et ils pensent d'ailleurs qu'ils n'ont aucun pouvoir pour changer ce cadre.

Mais quand l'autorité est défaillante, montre ses limites, fait des erreurs, alors ils seront en colère, ils vont se rebeller, s'insurger, et déclarer avec force et agressivité que l'autorité n'est pas compétente. Pour eux, c'est comme la sortie brutale du Paradis, de ce rêve où ils sont pris en charge, où ils se sentent bien, même s'il n'y a pas de vie réelle. Ce qu'ils désirent, c'est la sécurité.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

jeudi 5 septembre 2019

La puissance blessée dans un groupe.



Charles Rojzman.



Cet article est inspiré du livre « Savoir aimer en des temps difficiles, les trois combats » de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler. Il est la suite de celui-ci


On confond souvent le pouvoir et la puissance. Le pouvoir sur l'autre, la domination et la puissance... La puissance, c'est ce qui permet mon action en adaptation avec la réalité. Je suis puissant quand je peux agir sur le monde, imposer ma marque, montrer que j’existe et le prouver par mes actions. Sans cette puissance, je ne suis que le jouet des autres, leur victime parfois. Ballotté par la vie, au gré des vents qui me poussent ici ou là, je ne suis qu’une plume dérisoire, et on oublie vite que j'existe. J’oublie que j'existe.

Dans un groupe, cette blessure de la puissance s'exprime par un besoin frénétique de revanche, un manque d'empathie pour des gens qui ont du mal à parler, à communiquer, à se dévoiler. Face à eux et à leur fragilité, il y a un agacement, un rejet même. Le « blessé de la puissance » s'est fixé un objectif dont il ne veut à aucun prix se détourner. Personne ne doit se mettre en travers de son chemin. Ceux qui hésitent, les mous, les velléitaires, l'agacent, le gênent. Il ne composera pas avec eux. En réalité, c'est son propre sentiment d'impuissance qu'il ne veut pas voir et qu'il voit chez eux.

Face à l'autorité que nous représentons, nous les animateurs du groupe, il se mettra en compétition. Il ne voudra pas reconnaître l'autorité, cette autorité qui lui rappelle l'abus de pouvoir qui l'a blessé dans son enfance.

Adulte compétiteur, tout au fond de lui-même, il doute de ses capacités. Il doute de lui-même parce qu'il n'a pas été suffisamment valorisé, pas suffisamment vu. Il sent « qu'il doit en faire des tonnes », il est désormais sans limites, ou plutôt il ne veut pas avoir de limites. Il ignore aussi les limites des autres. Il doit en mettre « plein la vue» pour se donner l'impression qu'il existe et qu'il est important. Il se forgera une personnalité qui sera vue, y compris au détriment des autres. Lui seul doit exister, lui et son objectif. Il doit réparer, soigner cette puissance blessée.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Le manque d'amour de soi.



Un autre livre de Charles Rojzman.



Cet article est inspiré du livre « Savoir aimer en des temps difficiles, les trois combats » de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler. Il est la suite de celui-ci

Au fil des années, nous avons cherché à comprendre pourquoi les êtres humains n'arrivaient pas à s'entendre, à vivre et à travailler ensemble. En fin de compte, nous en sommes arrivés à la constatation que la cause principale de ces difficultés relationnelles si fréquentes et si pesantes, c'était le manque d'amour de soi.

L'amour de soi, ce n'est pas le contentement de soi. L'amour de soi ne s'exprime pas par l'arrogance, le sentiment de réussite, le succès, mais par une sérénité intérieure, une paix, un bonheur d'être vivant et actif.         

Cet amour de soi doit se conquérir, parce qu'il a été blessé. Blessé par les autres, blessés par la vie, blessé par ceux qui ont pour tâche de nous protéger et de nous éduquer.

Trois besoins fondamentaux vont marquer le développement relationnel de l'enfant : l'amour, la valorisation, la sécurité. La satisfaction de ces besoins représente un cadre général dans lequel l'enfant va grandir et découvrir progressivement le monde autour de lui. La manière dont les parents vont accompagner les premières expériences affectives et relationnelles de l'enfant va créer autant de potentiel que de talons d'Achille. Sans pouvoir en retrouver l'origine, certaines choses seront faciles à réaliser dans la vie d'adulte, comme l'agilité, la créativité, l'aisance générale, la capacité à surmonter les  défis, et d'autres seront moins faciles à mettre en pratique : parler devant un public, être bien dans son corps, surmonter les stress liés à l'inconnu, avoir confiance dans les autres ou en soi.

La puissance blessée

On confond souvent le pouvoir et la puissance. Le pouvoir sur l'autre, la domination et la puissance... La puissance, c'est ce qui permet mon action en adaptation avec la réalité. Je suis puissant quand je peux agir sur le monde, imposer ma marque, montrer que j’existe et le prouver par mes actions. Sans cette puissance, je ne suis que le jouet des autres, leur victime parfois. Ballotté par la vie, au gré des vents qui me poussent ici ou là, je ne suis qu’une plume dérisoire, et on oublie vite que j'existe. J’oublie que j'existe.

La puissance, c'est ce qui permet une action adaptée à la réalité. C'est un mouvement adapté à la réalité. Cette action rend possible le changement, la possibilité d'agir sur les événements, de sortir de situations difficiles, de créer du changement autour de soi, chez soi ou chez les autres, de créer un cadre pour changer.

Mais qu'est-ce qui fait qu'elle est absente ou si peu présente ?

L'environnement offre des possibilités d'action à l'enfant. Au moment où il passe à l'action, la manière dont réagissent l'environnement, ses parents, et l'école plus tard, va conditionner son développement. L'enfant expérimente la force, la voix, les mouvements. Cette expérimentation est nécessaire. Si l'enfant est confronté à des réactions violentes de son entourage, il va de plus en plus confondre la puissance avec le mal. Il va confondre le fait d'exprimer ses besoins, de mettre ses limites, ses préférences comme étant dangereuses pour son entourage. Il peut rendre sa mère triste, gêner son père, déstabiliser ses parents.

L'enfant va alors culpabiliser. Il y aura une confusion entre sa légitimité et le mal qu'il peut faire. Si l'enfant exprime sa puissance, il pourra être considéré comme méchant, inadapté. Il peut donc être humilié ou culpabilisé. C'est ce qui blesse la puissance.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mercredi 4 septembre 2019

L’amour existe et se manifeste quand il n’y a pas de peurs entre les êtres humains.




Sans commentaire.


Cet article est inspiré du livre « Savoir aimer en des temps difficiles, les trois combats » de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler. Il est la suite de celui-ci.

L'amour existe et se manifeste quand il n'y a pas de peurs entre les êtres humains. Au quotidien, des peurs séparent les parents de leurs enfants. Elles peuvent être très discrètes ou très présentes : peur de ne pas être de bons parents, peur que l'enfant tourne mal et qu'il ne parvienne pas à se réaliser, peur de ses silences et des mystères qui entourent certains de ses comportements, etc. L'amour permet à l'enfant de se sentir accepté tel qu'il est, et c'est cette confiance qui va lui permettre de s'ouvrir à la remise en question, aux critiques, et à exprimer ses désaccords ou ses prises de conscience sans avoir à craindre sans cesse de réveiller les peurs de ses parents. C'est cette acceptation qui va l'aider à s'améliorer, à apprendre et à évoluer. S'il n'en reçoit pas suffisamment, il va développer des peurs et de la haine de soi.

La famille est également inscrite dans une société plus large, prise dans une histoire. Ce contexte plus général influence la conscience des parents dans la relation qu'ils entretiennent avec leurs enfants, mais il détermine également la reconnaissance des violences ou de certaines formes de violences.

Dans le film Le Ruban blanc de Haneke, on voit bien comment l'éducation morale de toute une époque ne tient pas du tout compte de la sensibilité des enfants et comment cela les rend progressivement insensibles aux autres, menés par un besoin de vengeance. Un environnement qui n'assure pas suffisamment la satisfaction des besoins essentiels que sont l'amour, la valorisation narcissique et la sécurité, mais qui transmet au contraire des peurs, des angoisses, de la dépression, de la violence, et parfois même de la haine ne prédispose pas à l'amour de soi et des autres.

Il ne suffit pas de dire que nous avons été blessés et que ces blessures nous ont conduits à choisir des modes d'expression de nous-mêmes plus ou moins destructeurs, plus ou moins violents. Nous devons regarder en détail, et de façon plus concrète, ce qui a été blessé en nous. 

Tout être humain a besoin, pour conduire sa vie, du pouvoir d'agir, autrement dit de puissance et d'autonomie, pour ne pas être entièrement soumis aux désirs d'autres que  lui-même. Tout être humain a besoin de garder intacte sa confiance en soi, son amour de soi et une confiance dans les autres qui lui permettra d'avancer sans trop de peurs dans l'existence.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Nous sommes tous des êtres blessés.




Un autre livre sur les blessures psychiques.


Cet article est inspiré du livre « Savoir aimer en des temps difficiles, les trois combats » de Charles Rojzman et Nicole Rothenbühler. Il est la suite de celui-ci

Nous sommes tous des êtres blessés, même si nous ne sommes pas toujours conscients de ces blessures qui perturbent trop souvent notre vie relationnelle. De même, nous ne sommes pas conscients de notre violence qui n'est autre que la stratégie de survie que nous avons appris à développer pour panser nos blessures mal cicatrisées. 

Les maladies sociales représentent les différentes formes que prend notre violence lorsqu'elle s'exprime de manière collective : la dépression, l'absence de confiance en soi, la difficulté à réaliser une vie épanouie et créative parce qu'on ne s'aime pas et qu'on se juge en permanence, jusqu'à la dépression, larvée, chronique ou passagère. Égoïsme, égocentrisme, narcissisme nous amènent à manquer d'empathie envers les autres jusqu'à la sociopathie, la manipulation des autres, ou simplement l'indifférence à leurs besoins, et enfin ce sentiment d'être victime et jamais responsable qui nous empêche parfois d'agir et de changer. Allant jusqu'à la paranoïa.

Ces blessures nous ont été infligées, souvent involontairement, dans notre structure familiale, durant l'enfance. Parfois, nous le savons, nous le ressentons, et parfois, nous en avons perdu la mémoire et il nous reste comme un malaise, un sentiment d'inaccompli qui nous torture en secret, malgré nos réussites et nos accomplissements. 

Ces blessures nous sont également infligées dans notre vie d'adulte, au contact des autres, dans nos écoles, nos entreprises, notre vie sociale. De là découlent les insatisfactions dans notre vie quotidienne, nos rencontres, nos actes et nos décisions. Il s'agit de blessures dont nous n'avons pas conscience, qui ont laissé des traces, mais qui ne sont plus accessibles : le sentiment de solitude dans l'enfance, les années de boucs émissaires à l'école, l'humiliation vécue de ne pas être comme les autres.

Dans nos relations sociales, la plupart d'entre nous se retrouvent en contact avec des personnes très diverses, sans avoir vraiment choisi avec qui elles voulaient partager leur espace de vie. C'est précisément ce qui arrive à beaucoup de gens aujourd'hui, qui ne vivent plus dans leur environnement social de naissance et qui se retrouvent dans des quartiers, dans des rues, dans des équipes professionnelles qu'ils n'ont pas choisis.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.