jeudi 9 avril 2020

Une troisième manipulation de cartes : le filage ou échange.



   

Un des livres où j'ai commencé à apprendre la magie des cartes.



Cet article est la suite de celui-ci.

Robert-Houdin a écrit dans  « Comment on devient sorcier, les secrets de la prestidigitation et de la magie » : « Je ne connais rien d’aussi surprenant que l’effet d’une carte bien filée ». Une très bonne définition en a été donnée par Camille Gaultier dans « La Prestidigitation sans appareils » : « Filer la carte, d’après la théorie classique, c’est échanger, à l’insu du spectateur, la carte que l’on tient, seule dans la main droite, avec la première carte du jeu conservé dans la main gauche. »

Je trouve que le filage d’une carte est bien expliqué, dans un livre pour les tricheurs et les cartomanes qui s’intitule « L’expert aux cartes » publié en 1902, sous le nom d’« échange ». Curieusement, on n’en connaît pas l’auteur qui l’a signé sous le pseudonyme de S.W. Erdnase (sans doute une anagramme d’Andrews). Ce qui est certain, c’est qu’il était certainement à la fois un tricheur et un magicien. Voici donc un extrait de cet ouvrage expliquant comment effectuer échange ou filage :

« Les échanges

Sous cet en-tête général, je vais décrire plusieurs des meilleures méthodes pour échanger secrètement une ou plusieurs cartes séparées du jeu, par d'autres qui sont dans le jeu ou tenues dans l'autre main.

1. L'échange du dessus

Tenir le jeu dans la main gauche, face vers le bas, le pouce posé sur le dessus. Tenir la carte à échanger dans la main droite entre le bout du pouce et celui de l'index, le pouce sur le dessus, l'index sur le dessous. Rapprocher les deux mains pendant un instant d'un geste souple, les deux mains se déplaçant dans la même direction, mais une main plus rapide que l'autre. Dès qu'elles se rencontrent, le pouce gauche pousse la carte du dessus un peu vers le côté, la main droite place sa carte sur le dessus, et coince la carte saillante entre les bouts de l'index et du majeur. Le pouce gauche retient la carte qui se trouve maintenant sur le dessus, et la glisse en position sur le jeu.

En théorie, il semblerait que cette action soit très facile à détecter. En pratique, si l'artifice est bien réalisé, il s'avère presque impossible à voir. Le mouvement général des deux mains ne s'arrête pas dès que l'échange est fini, mais continue jusqu'à ce qu'elles soient de nouveau un peu séparées. Le mouvement doit être naturel, sous un prétexte quelconque, comme celui de poser la carte sur la table, ou de la donner à quelqu'un. On peut aussi masquer l'action en tournant un peu le corps pour que les mains se rejoignent naturellement. Le mouvement peut se faire dans la direction que l'on souhaite, vers l'intérieur ou vers l'extérieur, vers le haut ou le bas, vers la gauche ou la droite, une main suivant ou dépassant l'autre, mais elles ne doivent pas s'immobiliser tant qu'elles ne sont pas de nouveau séparées. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


Pause dans le blog avec un compte rendu de l’ouvrage «Méditer pour agir» du psychothérapeute Lawrence LeShan (troisième partie).








Un autre ouvrage de Lawrence LeShan.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, j’ai écrit sur un sujet totalement différent : la méditation (en plus abordée par un psychologue).

Lawrence LeShan est un des premiers psychologues à avoir pensé qu’il y avait des facteurs psychiques dans l’origine du cancer dans son livre « Vous pouvez lutter pour votre vie ». « Méditer pour agir » est le premier ouvrage que j’ai lu sur la méditation. Son titre m’avait fasciné : la méditation n’était pas quelque chose d’égoïste, de nombriliste. Elle pouvait aboutir à ce qui semble son contraire, l’action.

Voici des extraits du début du livre :

« Une efficience accrue dans la vie quotidienne

Les idées reçues ne sont nulle part aussi fausses que dans le domaine du mysticisme. On considère souvent le mystique comme un être rêveur coupé de ce monde-ci. C'est là une notion bien étrange, un peu comme si l'on trouvait qu'un athlète bien exercé dans un gymnase manquait de coordination psychomotrice. Dans toute forme de méditation, une bonne part du travail consiste à apprendre à faire une chose à la fois. Si l'on pense à quelque chose, y penser, sans être distrait par autre chose ; si l'on danse, simplement danser, sans y penser. Il est hors de doute que ce genre d'exercice élève le degré d'efficience de nos actions plutôt qu'il ne le diminue.

Accorder et entraîner l'esprit comme un athlète accorde et entraîne son corps est l'un des principaux objectifs de toutes les formes de méditation. C'est l'une des raisons fondamentales pour lesquelles cette discipline est un facteur d'efficience dans la vie quotidienne.

Il y a encore d'autres raisons. L'une d'elles repose sur une théorie de la réorganisation thérapeutique de la structure personnelle. « Si nous regardons profondément des modes de vie comme le bouddhisme ou le taoïsme, le vedanta ou le yoga, écrit Alan Watts, nous ne trouvons ni la philosophie ni la religion telles qu'on les entend en Occident. Nous trouvons quelque chose qui ressemble beaucoup plus à une psychothérapie. » A cet égard, le mysticisme et la psychothérapie occidentale atteignent le même but en suivant différents chemins. Si, atteint d'une sévère attaque d'anxiété, je vais chercher secours chez un psychothérapeute, celui-ci tentera d'abord de m'aider en explorant le contenu du problème : ce dont il s'agit, et le sens symbolique que cela prend à différents niveaux de la personnalité. Il travaillera sur la base de la théorie selon laquelle, dès lors que le contenu est réorganisé, et les éléments troublants portés à la conscience, ma structure personnelle se réorganisera de même, de façon plus saine et positive.

Mais, si la même crise anxieuse m'envoie consulter un spécialiste de la méditation, celui-ci tentera au premier chef de m'aider à renforcer et réorganiser la structure de mon organisation personnelle et sa capacité de fonctionner. Il me prescrira divers exercices à pratiquer en vue de renforcer la structure d'ensemble de cette organisation. Il travaillera sur la base de la théorie selon laquelle, dès lors que ces exercices rendent la structure plus forte et plus cohérente, le contenu gisant à un niveau non mental (c'est-à-dire le matériau réprimé, qui cause les symptômes) se déplace vers des niveaux adaptés et sera correctement réorganisé.

Les deux théories sont valables, et les deux approches « marchent ». Toutes deux sont sous-jacentes, aussi, à la pratique artistique, et il y a une bonne dose de non-sens à l'œuvre dans les pratiques mystique et thérapeutique. Peut-être pouvons-nous, en dernier recours, souhaiter une synthèse de ces deux disciplines, combinant les meilleurs traits de chacune, et écartant le raisonnement matérialiste et la superstition qu'on peut encore y trouver de nos jours. Une telle synthèse conduirait certainement à une méthode beaucoup plus efficace, mais, malheureusement, il y a aujourd'hui fort peu de recherches dans cette direction. Quelques psychologues et psychiatres, comme Arthur Deikman, ont mené leurs expériences en ce sens et accompli un excellent travail. On en est au stade du tout début. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


mercredi 8 avril 2020

Pause dans le blog avec un compte rendu de l’ouvrage «Méditer pour agir» du psychothérapeute Lawrence LeShan (deuxième partie).








Lawrence LeShan.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, j’ai écrit sur un sujet totalement différent : la méditation (en plus abordée par un psychologue).
Lawrence LeShan est un des premiers psychologues à avoir pensé qu’il y avait des facteurs psychiques dans l’origine du cancer dans son livre « Vous pouvez lutter pour votre vie ». « Méditer pour agir » est le premier ouvrage que j’ai lu sur la méditation. Son titre m’avait fasciné : la méditation n’était pas quelque chose d’égoïste, de nombriliste. Elle pouvait aboutir à ce qui semble son contraire, l’action.
Voici des extraits du début du livre :
« Les techniques de méditation ont été originellement développées par des individus qualifiés, en règle générale, de « mystiques », et au sein d'écoles spécifiques d'entraînement mystique, ou de traditions, dans lesquelles se rassemblent les personnes qui souhaitent étudier et pratiquer ensemble ces techniques. On a longtemps gravement mal compris le terme « mystique » dans la culture occidentale. On y associait la notion d'une personne qui a des croyances incompréhensibles au reste des hommes, qui se retire du monde et se mêle peu des activités ordinaires, qui parle ou écrit en termes vides de sens. S'il est impossible de prouver qu'un tel individu est fou, celui-ci s'écarte tellement du sens commun qu'il n'est pas non plus possible de le considérer comme sain d'esprit. (Il est hors de doute que ce point de vue a commencé à se modifier dans notre pays durant les toutes dernières années, mais il y a longtemps prévalu tel que nous venons de l'exposer. Les développements récents de la culture occidentale affectent ce stéréotype.)
Il est bien sûr que nombre de personnes qui se qualifient elles-mêmes de mystiques s'accordent avec notre portrait. Toutefois, si nous examinons attentivement la plus grande masse de ceux qui se considèrent, ou sont considérés, comme mystiques, le tableau change curieusement. Nous voyons que les deux caractéristiques majeures des membres de ce groupe sont le haut niveau d'efficience de leurs actes (on a remarqué que les mystiques occidentaux étaient particulièrement doués pour les affaires), et la sérénité, l'harmonie dans les rapports humains, la paix et la joie qui emplissent leur vie. Bien plus, quelles que soient l'époque et la culture au sein desquelles ils vivent, ils apparaissent tout à fait d'accord sur les questions primordiales : nature de l'homme et de l'univers, normes éthiques, etc. Tous les mystiques, dit L.C. de Saint-Martin, « viennent du même pays et parlent le même langage ». Et voici ce qu'écrit à ce sujet le philosophe anglais C.D. Broad :
« L'occurrence de l'expérience mystique en tous lieux et temps, et les ressemblances entre les déclarations d'un si grand nombre de mystiques sur toute la surface de la planète, me semble des faits réellement significatifs. Cela suggère, de prime abord, que ces personnes entrent en contact avec un certain aspect de la réalité, et échouent, dans une large mesure, à en rendre compte en langage quotidien. Je dirais qu'il nous faut accepter cette apparente objectivité pour ce qu'elle est, à moins que, ou jusqu'à ce que nous puissions donner quelque explication raisonnablement satisfaisante à l'unanimité constatée. »
Evelyn Underhill, qui est à la fois une véritable mystique et une spécialiste de la littérature du mysticisme, écrit quant à elle :
« Les rameaux les plus hautement développés de la famille humaine ont en commun une caractéristique spécifique. Ils tendent à produire — sporadiquement, il est vrai, et en dépit des conditions extérieures défavorables — un type de personnalité curieux et bien défini ; un type qui refuse d'être satisfait par ce que les autres hommes nomment expérience, et qui est enclin, pour employer les termes de ses adversaires, à  « nier le monde en vue de trouver la réalité ». Nous avons besoin de tels êtres, en Orient et en Occident, et aujourd'hui autant que jadis. Quels que soient le lieu et l'époque dans lesquels surgissent les mystiques, leurs buts, leurs doctrines et leurs méthodes ne diffèrent pas substantiellement. Leurs expériences, dès lors, deviennent évidences, curieusement pourvues d'une cohérence et d'une logique propres, et, souvent, s'éclairent l'une l'autre. Il nous faut prendre en compte cette expérience si nous voulons jauger les énergies et les potentialités de l'esprit humain, ou spéculer raisonnablement sur les relations qu'il entretient avec l'univers inconnu qui s'étend au-delà des limites de nos sens. »
D'un point de vue historique et psychologique, le mysticisme est la recherche et l'expérience de la relation unissant l'individu à la totalité qui forme l'univers. Cette connaissance est comme la musique de fond de l'expérience quotidienne du mystique, ou bien il travaille de façon constante en vue de l'atteindre.
L'atteinte de cette connaissance rend capable de transcender les aspects pénibles et négatifs de la vie quotidienne, et de vivre dans la sérénité, la paix intérieure, la joie et la capacité d'amour qui sont tellement caractéristiques de l'existence mystique. Dans ce qu'il a de meilleur, le mysticisme emplit aussi la vie de saveur, d'ardeur et de ferveur, sans compter l'accroissement de l'efficience dans les affaires quotidiennes.
Pour le mystique, cette recherche de la connaissance de sa relation avec l'univers (et, en un sens profond, de l'union de soi et du Tout) est la recherche d'une connaissance perdue et d'un état qui est l'état naturel de l'homme. La racine du mot « mystique » signifie fermer. La recherche mystique consiste à s'entraîner à se fermer à tous les stimuli artificiels qui nous écartent ordinairement de la connaissance, de l'héritage perdu.
Les mystiques sont des individus longuement et durement exercés à la méditation, leur travail a changé leur perception de la réalité et leur capacité d'y participer. Une bonne part des conceptions spécifiques de la réalité forgées dans chaque mystique est colorée par la culture qui l'a porté, mais la façade des différences formelles cache de vastes et profondes zones d'identité.
Les mystiques de la planète entière, et toutes les écoles d'entraînement mystique (comme le Yoga, le Zen, l'Hésychasme, le Soufisme, le mysticisme hindou, juif ou chrétien, etc.), ont en commun de viser deux résultats principaux : une efficience accrue dans la vie quotidienne, et une vision de la réalité différente de la vision ordinaire. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


Pause dans le blog avec un compte rendu de l’ouvrage «Méditer pour agir» du psychothérapeute Lawrence LeShan.





Le livre en question.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, j’ai écrit sur un sujet totalement différent : la méditation (en plus abordée par un psychologue).

Lawrence LeShan est un des premiers psychologues à avoir pensé qu’il y avait des facteurs psychiques dans l’origine du cancer dans son livre « Vous pouvez lutter pour votre vie ». « Méditer pour agir » est le premier ouvrage que j’ai lu sur la méditation. Son titre m’avait fasciné : la méditation n’était pas quelque chose d’égoïste, de nombriliste. Elle pouvait aboutir à ce qui semble son contraire, l’action.

Voici des extraits du début du livre :

« Il y a quelques années, je m’étais rendu à une petite conférence de scientifiques qui, tous, pratiquaient quotidiennement la méditation. Vers la fin de la session de quatre jours, au cours de laquelle chacun d'entre eux avait expliqué plus ou moins longuement comment il méditait, j'entrepris de leur poser la question : pourquoi méditez-vous ? Diverses réponses furent données par différents membres du groupe, mais elles ne nous satisfirent pas, car elles ne répondaient pas réellement à la question.

Finalement quelqu'un dit : « C'est comme de rentrer chez soi. » Un silence s'ensuivit, et chacun hocha la tête en signe d'assentiment. De toute évidence, il n'y avait pas à pousser plus loin l'enquête.

Cette réponse à la question « Pourquoi méditons-nous ? » traverse toute la littérature consacrée à la méditation par ceux qui la pratiquent. Nous méditons pour trouver, recouvrer, revenir à quelque chose de nous-même que nous avons un jour détenu obscurément, inconsciemment, et que nous avons perdu sans savoir ce que c'était, ni où et quand s'effectua la perte. Nous pouvons parler d'accéder plus amplement à nos potentialités humaines, de nous rapprocher de nous-même et de la réalité, ou d'accroître notre capacité d'amour et d'enthousiasme. Il peut s'agir de connaître plus intimement le fait que nous sommes partie intégrante de l'univers, et que rien ne peut nous en aliéner ou nous en séparer, ou d'être mieux en mesure de voir la réalité et d'y fonctionner effectivement. Par l'entremise de la méditation, nous découvrons que tous ces objectifs sont porteurs du même sens. Le psychologue Max Westheimer se réfère à cet état perdu, que nous cherchons à retrouver lorsqu'il définit l'adulte comme « un enfant détérioré ».

Le but de la méditation n'est autre que notre pleine  « humanité », l'entière jouissance de ce qu'être humain signifie. La méditation est une discipline rigoureuse et difficile qui nous aide à nous diriger vers ce but. Ce n'est l'invention d'aucun homme particulier ni d'aucune école spécifique. De façon répétée, en beaucoup de lieux et d'époques différentes, des hommes, qui ont exploré sérieusement la condition humaine, sont parvenus à la conclusion que le potentiel d'être, de vie, de participation et d'expression dont disposent les êtres humains excède la faculté qu'ils ont d'en user. Ces chercheurs ont développé des méthodes d'entraînement pour aider autrui à réaliser ce potentiel, et toutes ces méthodes (les pratiques de méditation) ont beaucoup en commun. Elles se fondent toutes sur les mêmes intuitions, et posent les mêmes principes, qu'elles se soient développées dans l'Inde ancienne, les déserts de Syrie et de Jordanie entre le cinquième et le douzième siècle de nomme ère, le Japon de l'époque de Kamakura, les monastères de l'Europe médiévale, la Pologne et la Russie des XVIII ème et XIXe siècles, ou en d'autres lieux et temps.

Toutes ces pratiques demandent du travail. Il n'est point de route facile ni de voie royale vers le but que nous recherchons. Bien plus, il n'est point de terme à la quête ; il n'est point de position d'où l'on puisse s'écrier : « Maintenant je suis arrivé, je puis cesser de travailler. » Comme nous travaillons, nous nous trouvons davantage chez nous dans l'univers, plus à l'aise avec nous-même, mieux en mesure de nous appliquer effectivement à nos tâches, plus proches de nos congénères, moins inquiets et moins agressifs. Mais nous ne touchons aucun but. Comme à toute chose importante — l'amour, l'appréciation de la beauté, l'efficacité —, il n'est point de limite au potentiel du développement humain. Notre travail — dans la méditation — fait partie d'un processus ; nous cherchons à atteindre un but, le sachant à jamais inaccessible.

Un bon programme de méditation ressemble sur beaucoup de points à un bon programme de culture physique. Tous deux requièrent un travail rigoureux et répété. Le travail est souvent fondamentalement assez stupide dans son aspect formel. Qu'y a-t-il de plus frivole que soulever sans fin une paire d'haltères, sinon compter inlassablement ses respirations jusqu'au nombre de quatre, ce qui est un exercice de méditation ? Dans les deux cas, l'effet produit sur le sujet au travail importe davantage que le soulèvement du poids ou le dénombrement des souffles. Le sujet qui utilise ces programmes sait pertinemment qu'il n'existe pas un seul « bon » programme, valable pour tous. Il serait absurde de prescrire le même programme physique à deux individus différant notablement par la charpente, la condition physique générale, et la relation qu'entretient le développement de l'appareil respiratoire et circulatoire avec celui de l'appareil musculaire. Il est tout autant dénué de sens de prescrire le même programme de méditation à deux individus différant notablement par le développement des systèmes sensoriel, émotionnel et psychique, et leur interrelation. L'une des raisons pour lesquelles les écoles formelles de pratique de la méditation ont un tel pourcentage d'échecs parmi leurs étudiants — ceux qui tirent peu de chose des pratiques et qui ne tardent pas à abandonner complètement la méditation — est que la plupart d'entre elles ont tendance à croire qu'il n'existe qu'une seule façon juste de méditer pour  quiconque, et que, par une curieuse coïncidence, elles en sont détentrices.

Les programmes d'exercice physique et de méditation  ont tous deux pour premier objectif de  brancher et d’entraîner le sujet de telle sorte qu’il soit à même de se mettre en mouvement vers ses buts. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !



mardi 7 avril 2020

La deuxième manipulation de cartes que j'ai travaillée dans ma vie : le saut de coupe d’une main.



  

Un des livres où j'ai commencé à apprendre la magie des cartes.


Un peu de nostalgie. Je vous raconte la deuxième manipulation de cartes que j’ai apprise quand j’étais enfant (précisément à l’âge de 8 ans) : le saut de coupe d’une main. Robert-Houdin dit dans  « Comment on devient sorcier, les secrets de la prestidigitation et de la magie » : « La coupe d'une seule main sert rarement dans l'exécution des tours de cartes, et n'a généralement d'autre but que de montrer la dextérité des doigts. C'est pour cette raison que je l'ai placée dans le chapitre des principes brillants. ». Ce n’est pas du tout l’avis de Camille Gaultier dans son livre « La prestidigitation sans appareils », paru en 1914, qui affirme : « Nous ne partageons pas cette manière de voir. ». Le saut de coupe était expliqué dans un des premiers livres que j’ai ai acheté sur le sujet : « Manuel complet des sorciers, ou la magie blanche dévoilée » (J’ai appris par la suite que le livre était paru en 1833 ! Il faisait partie des manuels Roret. Les manuels Roret ont été publiés de 1822 à 1939. Riche de près de 400 titres, cette collection éditoriale constituait une encyclopédie des savoir-faire et des techniques professionnelles de l’époque).

Cependant, la première description d’un saut de coupe d’une seule main se trouvait déjà dans l’ouvrage d’Henri Decremps paru en 1785 « Testament de Jérôme Sharp, professeur de physique amusante ».

Je trouve que le saut de coupe d’une main est très bien expliqué dans un livre pour les tricheurs et les cartomanes qui s’intitule « L’expert aux cartes » publié en 1902. Curieusement, on n’en connaît pas l’auteur qui l’a signé sous le pseudonyme de S.W. Erdnase (sans doute une anagramme d’Andrews). Ce qui est certain, c’est qu’il était certainement à la fois un tricheur et un magicien. Voici donc un extrait de cet ouvrage expliquant comment effectuer un saut de coupe d’une main :

Le saut de coupe Erdnase : méthode à une main.

« La méthode suivante est le résultat d'efforts obstinés pour inventer un saut de coupe qui peut être utilisé avec la plus grande probabilité de succès à la table de jeu. Elle est de loin supérieure pour cet usage, parce que l'action se fait juste avant que la main droite ne saisisse le jeu, ce qui couvre naturellement l'action et la réalise en fait juste avant le moment où on l'attendra. Ce saut de coupe est extrêmement rapide et sans bruit, et les deux paquets se déplacent un minimum en changeant de position. Le problème vient du fait qu'il est très difficile à réaliser à la perfection. Il faut de nombreuses heures de travail pour acquérir l'habileté requise — mais il convient de se rappeler que si la manipulation des cartes était facile à réaliser, il n'y aurait aucun intérêt ni profit à le faire.

Tenir le jeu dans la main gauche, l'auriculaire sur le petit bord intérieur, l'index et le majeur sur le grand bord, le pouce en diagonale sur le dessus du jeu avec la première articulation appuyé contre le petit bord extérieur, et l'annulaire courbé contre le dessous du jeu. Le bout du majeur tient un break sur le côté afin de repérer la coupe ou séparer les deux paquets qu'il faut inverser.

 En serrant le paquet du dessous entre le majeur et la paume, et en tenant le paquet du dessus entre le pouce et l'auriculaire sur les petits bords, on découvre qu'il est possible de bouger les deux paquets de façon indépendante. Pour les inverser, tenir le paquet du dessus fermement en appuyant avec le pouce, ouvrir les deux paquets au break, et retirer le paquet du dessous avec le majeur et l'annulaire — le majeur tire vers le bas et l'annulaire appuie vers le haut, jusqu'à ce que le bord intérieur du paquet du dessous se libère du bord extérieur du paquet du dessus.

 Puis appuyer le paquet du dessous pour qu'il glisse vers le haut et sur le dessus. Quand on sort le paquet de dessous en le séparant du paquet de dessus, il faut le tourner un peu avec l'annulaire, afin que le coin près de l'auriculaire apparaisse en premier. L'auriculaire aide à l'inversement en appuyant vers le bas sur le paquet du dessus au moment où le paquet du dessous fait son apparition sur le côté.

Il est probable que les premières tentatives fassent croire à l'étudiant que c'est une manipulation impossible. La position très inhabituelle des doigts semble neutraliser toute possibilité de contrôle du jeu. Toutefois, il est incontestable que l'on puisse tenir les paquets avec la fermeté d'un étau pendant toute l'opération - ou même les tenir de façon très détendue — dans les deux cas, l'opération peut être réalisée soit très lentement, soit très vite.

La plus grande difficulté vient du fait qu'il faille retirer le paquet de dessous de telle façon qu'il ne s'échappe pas des doigts. Il ne doit surtout pas sauter en se séparant du paquet du dessus, mais doit glisser le long du paquet, monter, et se poser dessus en un seul mouvement continu.

Bien sûr, pendant la réalisation de ce saut de coupe à la table de jeu, il faut amener la main droite par-dessus le jeu juste au moment de l'action, et l'opération peut être grandement facilitée en permettant au paquet du dessous de rebondir légèrement contre la paume droite — mais l'opérateur compétent n'utilisera la main droite que pour couvrir, elle ne prendra aucune part dans l'action. Une main plus longue ou plus large pourra probablement faciliter l'opération, mais l'astuce peut être réalisée efficacement même avec une très petite main une fois que l'on aura appris le tour. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


lundi 6 avril 2020

« Les phénomènes paranormaux » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation «Magicus Magazine», N° 98, juillet – août 2018) (deuxième partie).




  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 98 (juillet-août 1998). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 98 dont j’ai extrait cet article consacré aux Phénomènes paranormaux écrit par l’ensemble de la rédaction. 


"Les phénomènes paranormaux (deuxième partie)

  
Les frères Isola, Emile et Vincent

Nés à Blida en Algérie, Emile (1860-1945) et Vincent (1862-1947), amuseront très jeunes les clients du bar tenu par leur père qui voyait en eux de futurs menuisiers. Les Frères Isola débutent en 1886 aux Folies Bergères dans un numéro de transmission de pensée après bien des échecs (« nous étions plein de bonne volonté mais nous manquions d'expérience et, l'émotion aidant, nous ratâmes tous nos tours avec un ensemble parfait »).

Début 1912 ils s'installent dans une salle du boulevard des Capucines qui deviendra le Théâtre Isola. Ils abandonnent le spectacle pour devenir des directeurs de salle : le Parisiana, l'Olympia, les Folies-Bergères, Mogador, etc. Les « Rois de Paris » seront pourtant ruinés et reprendront, à 74 et 76 ans, le chemin des planches. Vincent, d'allure aristocratique avec son monocle, présente des grandes illusions comme la Malle des Indes tandis que Emile, plus habile des doigts présente des tours de cartes et de foulards ainsi que la « Cabine Spirite » avec un spectateur. Le spectacle se concluait par des ombres chinoises. Mais, le clou du numéro, superbement baptisé « L'Océan de Lumière »  restera la divination du Bottin : retrouver un nom et numéro de téléphone simplement en désignant le numéro de page et la ligne.

Linda Cazzera (1890-?)

 Un sujet italien étrange en télékinésie, observé par le Dr H. Imoda.

En France en 1911 et 1912, Linda Cazzera donnera des séances de spritisme devant la Société Universelle d'Etudes Psychiques mais aussi devant de nombreux cercles privés parisiens. Des phénomènes douteux de télékinésie - en pleine obscurité ! ¬ seront observés par des spectateurs à qui on recommandait... de fermer les yeux au moment où l'on photographiait la matérialisation (et ce pour ne causer aucun mal au médium" ...).

« Son refus d'être examinée frisait l'hystérie » avouera un médecin sceptique. Le docteur Carpentier la surprendra en flagrant délit de supercherie.

Après la parution du livre du docteur Imoda, Linda Cazzera ne se livrera plus à aucune expérience, au moins devant des scientifiques ... Quelle sagesse !

Ludwig Kahn (1874-?)

D'origine israélite, cet étonnant « liseur d'écrits cachés » sera un calculateur prodige dès l'âge de trois ans ... Il émigre en Amérique où il gagne une fortune avec la divination. Il perd tout au jeu et retourne en Allemagne.

En 1908, les docteurs Haymann, psychiatre, et Neumann, généraliste, l'examinent après des démêlés avec la justice. Les médecins reconnaissent ses facultés à lire des inscriptions sur des papiers cachés.
Ses divinations de courses et de tiercé le conduiront devant les tribunaux. Un médecin portera même plainte car il aurait prédit la mort d'une de ses patientes âgées.

En 1925, il se rend à Paris et, sous la direction du docteur Osty, il donnera des séances à l'Institut Métapsychique International.

Margery (1886-1941)

Ce « médium » américain, de son vrai nom Mina Grandon, épousera un grand chirurgien de New-York et se fera appeler Margery dès 1923 lors d'une séance de spritisme donnée devant deux médecins, un ingénieur, un magistrat et le docteur Grandon, son mari. On observera des lévitations de tables, des voix directes, des empreintes digitales, des ectoplasmes, etc. Le frère décédé de madame Grandon, Walter, serait le « guide » de la soirée ...  D'ingénieux appareils permettent   d'enregistrer les phénomènes mais les photographies sont décevantes : Margery n'est pas sérieusement contrôlée et les ectoplasmes ressemblent à des placentas ... Les phénomènes sont diversement appréciés. Parmi les éléments favorables, trois arguments sont invoqués : l'honorabilité de madame Grandon (risible !), la valeur scientifique des expérimentations (il existe aussi des crétins parmi les scientifiques et la naïveté n'exclut pas l'intelligence), le rigueur des contrôles. Observée par Harry Houdini, le mage Margery sera largement controversé et fera l'objet de très nombreux livres ...

Définitions

Phénomènes paranormaux : "phénomènes inhabituels, physiques ou psychologiques, dus à des forces qui semblent intelligentes ou à de facultés inconnues de l'esprit " (Pr Charles Richet)

Télékinésie : du grec télé, au loin, et kinêsis, mouvement. Désigne les mouvements d'objets sans contact. Exemples : table tournante, coups frappés (poltergeist), attouchements spirites, écriture automatique, etc.

Psychokinésie : du grec psukhê, âme, et kinêsis, mouvement. Action de la pensée sur des systèmes physiques en évolution. Exemple : dés à jouer, billes, goutte d'eau, etc.

Phénomènes lumineux : apparitions de lueurs, éclairs, globes phosphorescents. Exemple : l'aura, fluide magnétique (?).

Ectoplasmie : ou matérialisation. Extériorisation du corps du médium d'une substance d'abord amorphe ou polymorphe. Représentations diverses : organes isolés, êtres humains, animaux, etc.

Photographie supranormale : obtention d'images "d'esprits" soit à l'aide d'appareil photographique, soit par impression directe sur des plaques.

Poltergeist : vient de deux mots allemands, esprit et bruyant. Les maisons "hantées" illustre parfaitement ce phénomène et les rapports de gendarmerie débordent ...

Le vocabulaire Rhinien (l'école de Rhine)

Clairvoyance : deviner des symboles en dehors de tout secours des sens connus jusqu'à présent.
Télépathie : communication directe de cerveau à cerveau
Précognition : faculté de deviner à l'avance des symboles ou des calculs.
Psychokinèse : faculté de mouvoir des objets à distance sans les toucher.


BIBLIOGRAPHIE DU PARANORMAL
(non exhaustive, bien entendu, car il existe des milliers d'ouvrages consacrés à ce
sujet. La plupart de ces ouvrages ont servi de source d'information pour traiter notre
dossier sur le paranormal)

Scientifiques

Quand l'irrationnel rejoint la science, Rémy Chauvin (Hachette, 1980)
La Parapsychologie, oui ou non ? Nouvelles éditions Rationalistes, 1980
Parapsychologie, science ou magie ? J.E. Alcock (Flammarion, 1989)
Le Poltergeist de Vailhauquès, Yves Lignon
Les phénomènes paranormaux, Yves Lignon (Milan, 1996)
Traité de métapsychique, Charles Richet
History of Modern american spiritualism, Emma Hardginge, 1847
Fotografie di fantasmi, Dr 'mode (Turin, 1912)
La fin du secret, Dr Binet-Sangle, 1922
Lumières et ombres du spiritualisme, Dunglas Home, 1860 et 1883
L'occultisme devant la science, Marcel Boll, 1944
Extrasensory perception, Stanley Krippner, 1977
Tout l'occultisme dévoilé, Robert Tocquet, 1952
Où en est la métaphysique, Paul Heuzé, 1926
Fakirs, fumistes et Cie, Paul Heuzé, 1926

Magiciens.

Mensonges et vérités de la Magie, Mystag, 1983
Magie Esotérique, Gérard Bakner, 1998
La Vérité sur le spiritisme et l'exploitation de la crédulité publique, Dicksonn, 1911
Médiums, fakirs et prestidigitateurs, Dicksonn, 1927
A Magician among the spirits, Harry Houdini,
Le Grand Bluff, Gérard Majax (Nathan, 1978)
Vérités et illusions de la parapsychologie, Ranky (Editions Dervy, 1996)
La sorcellerie amusante, Raynaldy, 1885

Spirites.

Cours pratique illustré d'hypnotisme et de magnétisme, Donato, 1912
Cours pratique de magie, Donato, 1913
Révélations sur ma vie surnaturelle, Daniel-Dunglas Home, 1863
Les phénomènes dits de matérialisation, Mme Bisson, 1909
The Davenport Brothers, 1868
A biography of The Davenport Brothers, Nichols, 1864

REVUES.
Nature, Science et Vie, Science et Avenir, La Recherche, etc.
Le Journal du magnétisme dirigé par Henri Durville (début 1900)
La Vie Mystérieuse créée par Donato, Rusnacke et Girod, fin 1800
La Revue Métaphysique Belge, vers 1920
Psychica, vers 1930
Enquêtes Z (édité actuellement par le Cercle Zététique qui n'a pas daigné répondre à
notre courrier).

Aller plus loin ...
Union Rationaliste.
Cercle Zététique


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.