vendredi 15 février 2019

Compte rendu du spectacle de mentalisme de Franck Lamy « Ne pensez pas… » du vendredi 15 février 2019 au théâtre Pixel, meilleur spectacle de mentalisme de l’année 2019 ?




L’affiche du spectacle de Franck Lamy.


Je suis allé aujourd’hui voir le spectacle de mentalisme de Franck Lamy  « Ne pensez pas… » au théâtre Pixel et je l’ai trouvé remarquable.

Pris dans mon enthousiasme, j’allais tomber dans l’erreur de lui décerner le prix du meilleur spectacle de mentalisme de l’année 2019, prix que j’attribue depuis plusieurs années (une fois, j’avais choisi Giorgio pour « Mental expert 2 », une autre fois, ce fut Gilles Rollini pour son show « Hasard ou coïncidence ? » ).

Mais en revenant chez moi et en regardant mon calendrier, je me suis aperçu que l’on était au mois de février et qu'il reste encore 10 mois pour pouvoir déclarer haut et fort et de manière objective qu’un spectacle de mentalisme est le meilleur de l’année.

Cependant, revenons au commencement de l’article. Je n’ai pas trouvé ce spectacle de mentalisme remarquable, un des meilleurs auxquels j’ai assisté, sans raison. Je décrirai 5 points que je trouve objectifs pour expliquer les motifs de mon enthousiasme. Je tiens à préciser que je n’étais pas venu seul au spectacle et que j’étais accompagné d’un ami mentaliste et qu’il a eu à peu près le même ressenti que moi sur l’ensemble du show de Franck Lamy.

1) Le spectacle est très intelligent.

Franck Lamy arrive tout en décontraction, sympathique, presque les mains dans les poches, sans avoir l’air de toucher à rien et, tout à coup, successivement, il se passe les phénomènes les plus étranges : télépathies, prémonitions, coïncidences inexpliquées, etc., qui laissent les spectateurs complètement décontenancés et perplexes. C’est ce que personnellement j’appelle « l’attitude Derren Brown » : celui qui est sans doute le plus grand mentaliste mondial arrive sur scène en déclarant avec une lueur bien étudiée dans le regard : « Bonjour et bienvenue. Si vous ne me connaissez pas, mon nom est Derren Brown, et je suis... une sorte de magicien. Puis-je me joindre à vous pour quelques minutes ? ».

2) Le spectacle est très drôle.

C’est vrai, j’ai un peu de partialité, mes maîtres à penser en magie ont toujours été Juan Tamariz, le prince espagnol de la magie comique, et Garcimore, un des prestidigitateurs français les plus drôles. Pour moi, l’humour dans un spectacle (et dans la vie) est quelque chose de déterminant et d’essentiel. Ce n’est pas par hasard si j’ai attribué les deux précédents prix du meilleur spectacle de mentalisme de l’année à Giorgio et à Gilles Rollini qui sont des mentalistes maniant l’humour à la perfection. Il paraît (je ne sais pas si c’est vrai mais c’est quand même très beau) qu’Albert Einstein avait l’habitude de dire que son intelligence était due à son humour d’enfant.

3) Le spectacle est très original.

Vu le nombre de mentalistes qui tournent actuellement en France, il est difficile de créer de l’originalité dans un spectacle de ce genre. Franck Lamy y réussit. Il revisite des tours qui sont des classiques : le test des chaises, le test des livres, etc., et y apporte chaque fois une astuce de son cru, une présentation différente inventée par lui qui produisent un effet d’originalité auprès des spectateurs (et même des mentalistes !).

4) Le public participe activement et est conquis par le spectacle.

Pour la plupart de ses tours, Franck Lamy demande à des spectateurs de monter sur la scène. Ils peuvent toucher aux objets magiques (comme Saint-Thomas en son temps) et ils en sont d’autant plus étonnés. Je suis de ceux qui pensent que, sans un accueil chaleureux du public, un magicien n’est rien. Un prestidigitateur peut être excellent techniquement, si le public n’est pas conquis, pour moi son spectacle ne tiendra pas dans la durée.

5) Même si l’on se place du point de vue du technicien en prestidigitation, Franck Lamy a une diction et une rythmique presque parfaites.

Cela signifie tout simplement qu’il est très professionnel, que son spectacle est très travaillé magiquement parlant, et que  cela s’’entend et se voit.

In fine, je sens que peut-être certains esprits chagrins vont dire que je ne suis pas objectif, que je suis peut-être même dans le dithyrambe. Je déclare deux choses pour me défendre !!!

1) Je ne connaissais pas Franck Lamy avant de venir à son spectacle et, depuis 49 ans que j’assiste à des spectacles de magie, j’en ai vu bien d’autres.

2) Je vous rappelle ce qu’a déclaré Sacha Guitry à un jeune auteur venu le voir, enthousiaste, en criant : « Maître, maître, j’ai enfin réussi, j’ai écrit un livre totalement objectif. ». Le maître a simplement répondu : « Si votre livre est totalement objectif, dans ce cas-là, ne le signez pas ». Je signe donc mon article sans aucune hésitation…

Le seul résultat que j’espère avoir pu modestement atteindre en ayant rédigé ce texte, c’est que vous accouriez pour assister au spectacle de mentalisme de Franck Lamy « Ne pensez pas… » (vendredi 1er, 15, 29 mars et vendredi 12 avril à 19 h 30), cela si vous aimez à la fois l’humour et le mystère et que vous êtes fasciné par les prodiges de l’esprit humain.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.







Un spectateur sur la scène de Franck Lamy.





mardi 12 février 2019

Compte rendu de « La part d'ombre du chercheur de lumière » de Debbie Ford (septième partie, « Une vie digne d’être vécue, suite »).




Debbie Ford.


Beaucoup de chercheurs ont travaillé sur la partie de notre esprit qu’on peut appeler part d’ombre. Jean-Louis Bernard dans Les archives de l’insolite décrit l’ombre comme un moi caricatural, anarchique et brouillon, un mime, un domestique peu fidèle. Chez la majorité, l’ombre est inconsistante, mal centrée, un peu folle. C’est Debbie Ford qui a pour moi (bien que son livre La part d’ombre du chercheur de lumière soit difficile d’abord) le mieux abordé ce sujet important.


Cet article est la suite de celui-ci.

Une vie digne d’être vécue (suite)

Nous dépensons des milliards par année pour modifier notre corps, améliorer notre santé et nos relations personnelles, et pourtant la majorité d'entre nous demeurent insatisfaits à un niveau ou un autre de leur existence. Nous sommes constamment en état de manque à l'égard de quelque chose qui semble hors d'atteinte. À la source de cet état de manque, de ce sentiment de rêves inaccomplis, il y a la prétention   que nous sommes en route vers quelque chose, alors qu'en fait nous sommes bloqués dans le trafic. Comment pouvez-vous prétendre avoir un vrai désir, un but authentique, sans un plan pour le réaliser ? Sans l'engagement personnel d'accomplir tout ce qui est nécessaire pour l'atteindre, jamais votre objectif ne se concrétisera. Les psychologues appellent cela de la pensée magique. Nous nous mentons à nous-mêmes en pensant qu'un jour nous réaliserons nos rêves sans jamais prendre de mesures effectives. Certains passent leur temps à méditer sur leurs désirs. D'autres en parlent à leurs amis, ou s'adressent à des gurus ou se mettent à fréquenter les églises. Certaines personnes gaspillent leur argent en consultant des voyants ou des diseuses de bonne aventure. Et plusieurs vivent par procuration dans les films ou la télévision, pendant que leurs rêves restent en dormance.

Tout cela, ce ne sont que des manières d'éviter de faire face à la vérité. La prière sans action, ce n'est pas de la prière, c'est de la rêverie. Comment Dieu peut-il nous aider si nous ne nous aidons pas nous-mêmes ? J'ai déjà entendu une histoire à propos d'un homme extrêmement croyant. Il confiait souvent à ses amis que sa vie instable se replacerait d'elle-même, parce que Dieu prendrait soin de lui. Un jour, une énorme tempête entraîna une grosse inondation dans la ville où il habitait. Alors que les gens rassemblaient leurs effets pour s'enfuir, lui restait à la maison, sans bouger, persuadé que Dieu viendrait l'aider. L'eau commençait à s'infiltrer par les portes et les soupiraux. Un camion de pompiers passa par là, et des sauveteurs lui crièrent : « Venez, vous ne pouvez pas rester ici ! » « Non, leur répondit-il, Dieu viendra prendre soin de moi ! »

L'eau monta bientôt à hauteur de taille et les rues se transformèrent en rivières. Une embarcation de la garde côtière s'approcha de la maison de l'homme en question. L'équipage lui cria : « Venez vite nous rejoindre à la nage ! » « Non, répliqua-t-il, Dieu viendra prendre soin de moi. » La pluie continua à se déverser jusqu'à ce que toute sa maison soit inondée. Un hélicoptère survola l'endroit, et le pilote aperçut l'homme sur le toit, en train de prier. Abaissant l'échelle, le pilote lui dit, par haut-parleur : « Vous, en bas, attrapez l'échelle, on va vous conduire à l'abri ! » Encore une fois, il proclama avec conviction : « Dieu prendra soin de moi ! » Finalement, l'homme se noya. Arrivé aux portes du paradis, il ne s'était jamais senti aussi trahi : « Mon Dieu, dit-il, j'ai mis ma foi en Toi, et je T'ai prié pour que Tu me sauves. Tu m'avais dit que Tu prendrais toujours soin de moi et, là, quand j'ai vraiment eu besoin de Toi, Tu n'étais pas là. » « Qu'est-ce que tu veux dire, lui répliqua Dieu, je t'ai envoyé un camion de pompiers, un bateau et un hélicoptère. Qu'est-ce que tu veux de plus ? »

Il n'y a rien de mauvais dans la foi, ni dans la prière. Mais, à un certain moment, c'est à vous qu'il revient de passer à l'action. Prenez l'engagement personnel d'obtenir ce que vous voulez dans la vie et, ensuite, dressez un plan pour y arriver. Tout est là, qui vous attend, mais il ne faut pas croire que cela va vous tomber tout seul dans les bras. Si vous voulez savoir jusqu'à quel point vous êtes sérieux dans votre intention de changer votre vie, demandez-vous si vous avez un plan d'action. Si la réponse est négative, retournez voir si l'engagement que vous avez pris pour atteindre votre but est authentique. Un plan d'action doit être consigné par écrit. S'il est seulement dans votre esprit, il tiendra plus du rêve que du plan. Les plans échafaudés dans la tête finissent par se perdre ou s'oublier, ou être supplantés par la vie quotidienne. Dites-vous que vous avez plus de chance de réaliser vos objectifs si vous les avez transcrits sur papier et que vous les gardez à portée de main.

Sans un plan, nos désirs viennent nous tourmenter et nous laissent un sentiment de vide. Gandhi a déclaré un jour : « Je n'ai pas l'ombre d'un doute que n'importe quel être humain peut réaliser ce que j'ai fait, à condition qu'il investisse le même effort et cultive la même espérance et la même foi. Qu'est-ce que vaut la foi si elle ne se traduit pas en action ? » La plupart des souffrances que j'observe chez les gens proviennent du fait qu'ils n'ont pas réalisé leurs rêves. Ils passent leurs journées à penser qu'ils ne sont pas avec la bonne personne, ou qu'ils n'ont pas le travail qui leur convient ; et, quand je leur demande comment ils vont planifier leur action pour changer ces aspects de leur vie, ils me regardent comme si je voulais les faire marcher. Ils croient que, lorsqu'ils se seront finalement « repris en main », ils vont aisément concrétiser leurs désirs. Remettez en question ce genre de croyances.

Il est relativement facile de dresser un plan d'action. La partie la plus difficile de la démarche consiste à savoir prendre le temps nécessaire pour l'exécuter. Je vous suggère de prendre un objectif sur lequel vous travaillez — celui qui vous semble le plus à votre portée. Divisez-le ensuite en quatre volets. Un plan quotidien, un plan hebdomadaire, un plan mensuel et un plan annuel. Posez-vous alors les questions suivantes : « Qu'est-ce que je peux faire sur une base quotidienne pour réaliser mon but ? Qu'est-ce que je peux faire sur une base hebdomadaire pour réaliser mon but ? Qu'est-ce que je peux faire sur une base mensuelle pour réaliser mon but ? Qu'est-ce que je peux faire sur une base annuelle pour réaliser mon but ? » Faites un calendrier de différents projets qui vont vous rapprocher du résultat souhaité. Lorsque vous avez achevé votre plan, vous êtes alors en route pour réaliser vraiment vos rêves.


La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons. Amitiés à tous.


mardi 5 février 2019

Compte rendu de « Les terres et les voies tantriques » de Guéshé Kelsang Gyatso (première partie, introduction).



  
Le livre étudié

  

Ghéshé Kelsang Gyatso, maître de méditation kadampa, présente avec une grande clarté toutes les étapes des quatre classes de tantras, donnant une explication complète des étapes de génération et d’accomplissement.


Cet article est la suite de celui-ci.


Introduction.

Bouddha a révélé deux voies afin que les êtres vivants puissent atteindre la grande libération, ou pleine illumination : la voie commune et la voie non commune. Ici, « voie » se rapporte à une voie intérieure, ou réalisation spirituelle, qui nous mène à la libération de la souffrance, ou paix intérieure permanente.

La voie non commune est la voie vajrayana. Voie vajrayana, voie tantrique et voie du mantra secret sont synonymes. Une explication détaillée en est donnée dans ce livre. Bouddha a révélé la voie commune dans ses enseignements du soutra. Les vingt et une voies spirituelles, depuis la réalisation de la pratique de s'en remettre à un guide spirituel jusqu'à la réalisation de la vue supérieure, constituent les étapes de la voie commune. Elles portent le nom de « Lamrim », ou « Étapes de la voie ». L'entraînement à ces voies communes est le fondement de la pratique de la voie vajrayana. La voie vajrayana est semblable à un véhicule qui nous mène directement jusqu'à notre destination finale, et les voies communes sont semblables à la route sur laquelle roule ce véhicule. Par conséquent, pour extraire toute l'essence de cette précieuse vie humaine en atteignant la pleine illumination, il nous faut d'abord nous entraîner aux voies communes du Lamrim, puis aux voies non communes du vajrayana.

Djé Tsongkhapa a écrit un texte du Lamrim très condensé décrivant les pratiques de toutes les voies communes, habituellement appelé La Prière des étapes de la voie. Ce texte est semblable à un texte racine du Lamrim. Il ne nécessite pas de commentaire séparé, car si nous étudions une présentation
complète du Lamrim, comme celle qui se trouve dans La Voie joyeuse ou dans Le Nouveau Manuel de méditation, nous allons naturellement comprendre toute la signification de ce texte racine.

Pour pratiquer les voies vajrayanas expliquées dans ce livre, il est nécessaire de recevoir une transmission de pouvoir du tantra du yoga suprême, telle que la transmission de pouvoir de Hérouka ou de Vajrayogini, et de s'entraîner au Lamrim, les étapes de la voie. Il est également utile de mémoriser La Prière des étapes de la voie et de la réciter mentalement ou verbalement tous les jours en se concentrant sur son sens. Ensuite, chaque fois que nous souhaitons lire ce livre, il est important de commencer par réciter ce texte racine. Nous visualisons d'abord les êtres saints de la façon suivante :

Bouddha Shakyamouni en personne se trouve dans l'espace devant moi, entouré par tous les bouddhas et les bodhisattvas, comme la pleine lune entourée d'étoiles.

Puis nous récitons la prière :

LA PRIÈRE DES ÉTAPES DE LA VOIE

La voie commence par une grande confiance
En mon bienveillant enseignant, source de tout bien,
Ô bénis-moi pour comprendre cela,
Que je le suive avec grande dévotion.

Cette vie humaine avec toutes ses libertés
Est vraiment rare et si riche de sens
Ô bénis-moi pour le comprendre
Que jour et nuit j'en saisisse l'essence.

Mon corps, tout comme une bulle d'eau,
Perd sa vigueur et meurt si vite,
Après la mort viennent les effets du karma,
Tout comme l'ombre suit le corps.

Bénis-moi, que par cette certitude
Et ce souvenir je sois très prudent,
Que toujours j'évite les actions néfastes
Et accumule la vertu en abondance.

Les plaisirs du samsara sont trompeurs,
 Au lieu de satisfaire, ils nous tourmentent,
Ô bénis-moi, que je m'efforce sincèrement
D'atteindre la félicité de la parfaite liberté.

Ô bénis-moi, que de cette pensée pure
Naissent la vigilance et la plus grande prudence,
Que je garde ainsi comme pratique essentielle
 La racine de la doctrine, la pratimoksha.

Exactement comme moi toutes mes mères bienveillantes
Se noient dans l'océan du samsara
Ô bénis-moi, que je m'entraîne à la bodhitchitta,
Pour que bientôt je puisse les libérer.

Mais je ne peux pas devenir un bouddha,
Sans pratiquer les trois éthiques,
Aussi bénis-moi pour que j'aie la force
D'observer les vœux du bodhisattva.

En pacifiant mes distractions
Et par l'analyse des significations parfaites,
Bénis-moi pour vite atteindre l'union
De la vue supérieure et du calme stable.

Quand je serai un récipient purifié
Grâce aux voies communes, bénis-moi que j'entre
Dans le véhicule suprême, le vajrayana,
La pratique essentielle de la bonne fortune.

Les deux accomplissements dépendent
De mes vœux sacrés et de mes engagements,
Bénis-moi pour bien comprendre cela
Que je les observe au prix de ma vie.

Par la pratique constante en quatre séances,
Comme l'expliquèrent les enseignants saints,
Ô bénis-moi pour accomplir les deux étapes
Qui sont l'essence des tantras.

Puissent tous ceux qui me guident sur la bonne voie
Et tous mes compagnons jouir d'une longue vie,
Bénis-moi pour pacifier complètement
Tous les obstacles externes et internes.

Puissé-je toujours trouver des enseignants parfaits
Et me réjouir dans le saint dharma,
Accomplir toutes les terres et les voies rapidement
Et atteindre l'état de Vajradhara.

Il est souvent dit que la voie du tantra est supérieure à celle du soutra. Mais, pour comprendre cela, il est nécessaire de faire une étude précise du soutra et du tantra, faute de quoi, cette affirmation restera vide de sens. De plus, si nous n'étudions pas convenablement les deux, le soutra et le tantra, nous aurons des difficultés à comprendre comment pratiquer l'union du soutra et du tantra, et le danger sera alors grand soit de rejeter la pratique du tantra, soit de négliger celle du soutra.

Les enseignements du tantra, ou mantra secret comme ils sont appelés parfois, sont les enseignements les plus rares et les plus précieux de Bouddha. C'est uniquement en suivant la voie du mantra secret que nous pouvons atteindre l'illumination, ou bouddhéité. Pourquoi ne pouvons-nous pas atteindre la pleine illumination en pratiquant seulement les voies du soutra ? Il y a deux raisons principales à cela. Premièrement, pour atteindre la bouddhéité, il est nécessaire d'accomplir le corps de vérité et le corps de forme d'un bouddha. Bien que les enseignements du soutra nous présentent une explication générale de la manière dont ces deux corps sont accomplis en dépendance des étapes de la voie de la sagesse et de la méthode, ils ne donnent pas d'explication précise sur les véritables causes substantielles directes de ces deux corps. La claire lumière de signification est la cause substantielle directe du corps de vérité et le corps illusoire est la cause substantielle directe du corps de forme. Ceux-ci ne sont expliqués que dans le mantra secret.

La deuxième raison pour laquelle les voies du soutra ne peuvent pas nous mener à la pleine illumination est que les enseignements du soufra ne présentent pas de méthodes pour vaincre les obstructions très subtiles à l'omniscience — les apparences dualistes subtiles associées aux esprits de la vision de blancheur, du rouge grandissant et du noir de l'accomplissement imminent. Ces trois esprits deviennent manifestes lorsque nos vents intérieurs se dissolvent à l'intérieur du canal central au cours du sommeil, au cours du processus de la mort ou au cours de la méditation de l'étape d'accomplissement. Bien que ces esprits soient des esprits subtils, ce sont néanmoins des esprits contaminés, parce que leurs objets, l'apparence de l'espace pénétré de lumière blanche, l'apparence de l'espace pénétré de lumière rouge et l'apparence de l'espace pénétré d'obscurité paraissent exister de façon intrinsèque. Ces apparences d'existence intrinsèque sont des apparences dualistes subtiles et des obstructions très subtiles à l'omniscience. Étant donné que les enseignements du soufra n'expliquent pas comment reconnaître les esprits subtils de la vision de blancheur, du rouge grandissant et du noir de l'accomplissement imminent, les bodhisattvas du soutra ne sont pas capables de reconnaître les apparences dualistes subtiles qui y sont associées, et encore moins de les abandonner. En général, l'apparence dualiste se produit lorsque l'objet et son existence intrinsèque apparaissent en même temps à l'esprit. Tous les esprits des êtres vivants, à l'exception de la perception exaltée de l'équilibre méditatif des êtres supérieurs, perçoivent cette apparence dualiste.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Pause dans le blog avec Osho (vingt deuxième partie) (Le livre des secrets, « Le monde des Tantras ».



  
Osho

  
Osho au départ ne s’appelait pas Osho. Il est né sous le nom de Rajneesh Chandra Mohan Jain. Puis il s’est fait connaître dans les années 70 et 80 en se présentant comme Bhagwan Shree Rajneesh. Il publie en 1974 The book of secrets (Le livre des secrets), un livre au titre mystérieux mais au contenu passionnant. Osho est pour moi un des écrivains qui a le mieux parlé de la spiritualité et de la méditation. Il était mystique mais ne croyait à aucun dieu. Il a fait scandale avec la révélation de sa grande fortune personnelle (il possédait plusieurs voitures de luxe). Il y a plusieurs ouvrages de lui que j’ai beaucoup aimés (par exemple Être en pleine conscience, une présence à la vie et Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect).


Cet article est la suite de celui-ci.

Le monde des Tantras

D'abord, quelques mots d'introduction. En premier lieu, le monde de « Vigyana Bhairava Tantra » n'est pas intellectuel ; il n'est pas philosophique. La doctrine n'y a pas sa place. Il se préoccupe de méthodes, de techniques — et non de principes. Le mot « tantra » signifie technique ; la méthode, la voie. Il ne relève en aucun cas du domaine de la philosophie, notez-le bien. Il ne se préoccupe pas de problèmes ni de questions intellectuelles. Il ne s'inquiète pas du « pourquoi » des choses, mais du « comment » — non de la Vérité mais de la manière de l'atteindre.

« Tantra » veut dire technique. Ainsi, ce traité est un traité scientifique. L'objet de la science, ce n'est pas le pourquoi » mais le « comment ». C'est ce qui constitue la différence fondamentale entre la philosophie et la science. La philosophie demande « pourquoi existons-nous ? » La science, elle, pose la question, « comment ? ». C'est la méthode, la technique, qui importe. La théorie devient inutile. L'expérience, seule, compte.

Le tantrisme est science, il n'est pas philosophie. Il est facile de comprendre la philosophie parce qu'elle ne fait appel qu'à l'intellect. Si on est capable de comprendre un langage, si on est capable de comprendre un concept, on est capable de comprendre la philosophie. Cette dernière n'exige de vous ni changement ni transformation. Tel que vous êtes, vous pouvez comprendre la philosophie — mais pas le tantrisme.

Il faudra que vous subissiez un changement, ou plutôt une mutation. Si vous n'êtes pas différent, vous ne pourrez pas comprendre les tantras, parce que ce ne sont pas des propositions intellectuelles. C'est une expérience. Si vous n'êtes pas réceptif, prêt, vulnérable à l'expérience, les tantras ne vous pénétreront pas.
La philosophie s'adresse au mental. Elle n'exige que votre tête et non pas la totalité de votre être. Le tantrisme exige votre être dans sa totalité. C'est un défi plus profond. Il faut s'y plonger corps et âme. Il ne se contente pas de demi-mesures. Il faut une approche différente, une attitude différente, une pensée différente pour le recevoir. C'est ainsi que Devi pose « apparemment » des questions philosophiques. Les tantras débutent par les questions de Devi. Et toutes les questions peuvent être qualifiées de philosophiques.

En fait, toute question peut se poser de deux manières : sur le plan philosophique ou bien totalement, sur le plan intellectuel ou bien existentiel. Par exemple, quand on vous demande, « qu'est-ce que  l'amour ? », on peut poser la question intellectuellement, discuter, proposer des théories, prendre parti pour une hypothèse particulière. On peut créer un système, une doctrine — sans pour cela avoir connu une seule fois l'amour.

Pour créer une doctrine, l'expérience n'est pas indispensable. Au contraire, moins on en sait, et moins on hésite à proposer un système. Seul l'aveugle peut aisément définir ce qu'est la lumière. Quand on ne sait pas, on avance hardiment. L'ignorance est toujours hardie ; la connaissance hésite. Et plus on sait, plus on sent le sol se dérober sous ses pas. Plus on sait, plus on sent à quel point on est ignorant. Ainsi ceux qui atteignent la véritable sagesse deviennent ignorants. Ils deviennent aussi simples que des enfants, aussi simples que des simples d'esprit.

Moins on en sait, mieux c'est. Parler philosophie, se montrer dogmatique, doctrinaire, voilà qui est facile. Définir un problème intellectuellement, c'est très facile. Mais poser un problème sur le plan existentiel — non pas seulement le penser, mais le vivre, en sortir, lui permettre de vous transformer — voilà qui est difficile. C'est-à-dire que pour savoir ce qu'est l'amour, il faut aimer. C'est dangereux, parce que vous n’en sortirez pas intact. L'expérience change l'être. Au moment où vous rencontrez l'amour, vous devenez une personne différente. Et lorsque vous sortez de cette expérience, vous êtes incapable de reconnaître votre ancien visage. Il ne vous appartient plus. Il s'est produit une discontinuité. Il y a maintenant un fossé. L'ancienne personne est morte, une nouvelle est née. C'est ce qu'on appelle une renaissance — on naît une seconde fois.

Les tantras sont non philosophiques et  existentiels. Ainsi Devi pose des questions philosophiques, mais Shiva n'y répond pas de cette manière. ll vaut mieux que vous le sachiez dès le début, parce que vous risquez d'être dérouté : Shiva ne répond pas à une seule question. A toutes les questions que Devi pose, Shiva ne donne aucune réponse. Et en même temps, il y répond ! , seul, lui, y répond, et personne d'autre — mais sur un mode différent. Quand Devi demande, « quelle est ta réalité, Seigneur ? », il ne répond pas. Au contraire, il propose une technique. Et si Devi applique cette technique, elle saura. Ainsi la réponse „se fait par ricochet ; elle n'est pas directe. Il ne répond pas « voilà qui je suis ». Il donne une technique. Pratiquez-la et vous saurez.

Pour le tantrisme, faire c’est connaître et il n'existe pas d'autre connaissance. Si vous ne faites pas, si vous ne changez pas, si vous n'adoptez pas une perspective différente, si vous n'essayez pas de vous mouvoir dans une autre dimension que celle de l'intellect, vous n'obtiendrez pas de réponse. On peut toujours donner des réponses, mais elles sont toutes mensongères. Toutes les philosophies sont mensongères. On pose une question, le philosophe y répond. Soit elle vous satisfait, soit elle ne vous satisfait pas. Si elle vous satisfait, vous devenez un disciple de cette philosophie. Mais vous restez le même. Si elle ne vous satisfait pas, vous poursuivez vos recherches pour trouver une autre philosophie. Mais vous restez le même. Vous n'êtes pas touché, vous n'êtes pas changé.

Ainsi que vous soyez hindou, musulman, chrétien ou jaïn cela ne fait aucune différence. La véritable personne, derrière la façade de l'hindou, du musulman ou du chrétien, est la même. Seuls les mots diffèrent ou les habits. L'homme, qu'il se rende à l'église, au temple  le ou à la mosquée, est le même. Seuls les visages diffèrent et ces visages sont faux, des masques. Derrière le masque, on trouve le même homme, la même colère, la même agression, la même violence, la même avidité, la même luxure — tout est pareil. La sexualité du musulman est-elle différente de celle de l'hindou ? La violence chrétienne est-elle différente de la violence hindoue ? C'est la même ! La réalité reste la même. Seuls, les habits diffèrent.

Le tantrisme ne se préoccupe pas de vos habits : il se préoccupe de vous. Quand vous posez une question, cela montre où vous en êtes de votre cheminement. Cela montre aussi que, où que vous soyez, vous ne voyez pas. Un aveugle demande, « qu'est-ce que la lumière ? » La philosophie tentera de répondre ce qu'est la lumière. Le tantrisme sait une chose : si un homme demande « qu'est-ce que la lumière ? », cela montre simplement qu'il est aveugle. Le tantrisme commence par opérer sur l'homme, par le changer, pour qu’il puisse voir. Le tantrisme ne dira pas ce qu'est la lumière. Il vous dira comment atteindre la connaissance, comment faire pour voir, comment parvenir à la vue. Quand la vue est là, Ia réponse est donnée. Les tantras ne vous donneront pas la réponse ; ils vous donneront une technique atteindre la réponse.

Et cette réponse ne sera pas d'ordre intellectuel. Quand on parle de lumière à un aveugle, c'est intellectuel. Quand l'aveugle devient capable de voir par lui-même, c'est existentiel. Voilà ce que je veux dire quand je déclare que le tantrisme est existentiel. Ainsi, Shiva ne répond pas aux questions de Devi et pourtant, il y répond — voilà le premier point.
  

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


jeudi 31 janvier 2019

Compte rendu de « La part d'ombre du chercheur de lumière » de Debbie Ford (sixième partie, « John, auteur-compositeur-interprète »).




Debbie Ford.

Beaucoup de chercheurs ont travaillé sur la partie de notre esprit qu’on peut appeler part d’ombre. Jean-Louis Bernard dans Les archives de l’insolite décrit l’ombre comme un moi caricatural, anarchique et brouillon, un mime, un domestique peu fidèle. Chez la majorité, l’ombre est inconsistante, mal centrée, un peu folle. C’est Debbie Ford qui a pour moi (bien que son livre La part d’ombre du chercheur de lumière soit difficile d’abord) le mieux abordé ce sujet important.


Cet article est la suite de celui-ci.  

John, auteur-compositeur-interprète

Debbie Ford nous raconte le cas de son ami John pour nous montrer à quel point, par de mauvais raisonnements, on peut gâcher une vocation et rater une carrière.

Mon ami John est un auteur-compositeur-interprète de 36 ans, doué d'un talent musical extraordinaire. Lorsque je lui ai parlé pour la première fois de ses dons musicaux, il ne m'écoutait même pas. « S'il te plaît, arrête, disait-il, je ne veux pas penser à cela. » Cela a pris beaucoup de temps avant que John n'admette qu'il avait fantasmé sur le fait de gagner un Grammy et d'avoir un auditoire se comptant par millions. Après quelque temps, cependant, chaque fois qu'il parlait de sa musique et de ses rêves, son visage entier s'éclairait. Quand il interprétait ses chansons, sa passion irradiait du plus profond de lui-même. Il apparaissait tellement clair que sa musique constituait son vrai désir, issu du cœur. À mesure qu'il s'en apercevait, il n'avait plus qu'à le manifester.

Un soir que j'étais assise avec John, nous nous sommes mis à examiner les engagements intérieurs sous-jacents qui l'empêchaient de devenir un chanteur et auteur-compositeur renommé. Nous avons pris une feuille, et avons rédigé au recto son engagement à devenir un auteur-compositeur-interprète célèbre ; au verso, nous avons détaillé les croyances qui lui interdisaient de réaliser son rêve. Voilà à peu près ce que cela donnait :

ENGAGEMENTS SOUS-JACENTS :

Moi, John Palmer, je ne peux le faire parce que je n'ai pas le talent suffisant.
Ce n'est pas un objectif réaliste.
Pour un bon Italien, ce n’est pas convenable.
Je n'ai pas suffisamment étudié quand je prenais des leçons de piano.
J'ai passé les cinq dernières années à essayer quelque chose de semblable et cela n'a rien donné. Alors, pourquoi ça marcherait maintenant ?
Je n'ai pas assez de maturité pour faire face à cela.
Je n'ai pas de temps à perdre avec des fantasmes. Je dois me trouver un vrai travail.

Toutes ces prises de position et ces croyances avaient empêché John de pouvoir sérieusement envisager de faire de sa musique une carrière. En tant que simple témoin, je ne comprenais pas comment John ne pouvait se rendre compte de son talent, de la même manière que je le percevais. Mais, lorsque nous avons donné la parole à chacune de ses peurs, il devint aisé de voir pourquoi il n'avait jamais poursuivi une carrière dans le domaine de la musique. Inconsciemment, les engagements intérieurs de John étaient davantage orientés sur les obstacles que sur la découverte du bien-fondé de sa vision.

Il nous faut débusquer toutes les croyances qui nous empêchent d'atteindre nos rêves. Je les appelle des engagements sous-jacents, parce que ce sont des pactes que nous avons contractés avec nous-mêmes pour ne pas réaliser nos vrais objectifs. Que vous décidiez de poursuivre vos rêves ou non, il est primordial de questionner vos motivations tout autant que les obstacles rencontrés sur la voie de vos vrais désirs. 

Si l'on ne se pose pas de questions, on continuera de sous-estimer sa vie. Que votre objectif soit de maigrir, de gagner plus d'argent, ou d'améliorer vos relations personnelles, il vous faut faire une introspection et découvrir vos croyances et engagements sous-jacents. Vous n'avez pas à les supprimer. Vous devez leur permettre d'exister, afin de pouvoir retenir ceux qui vous donnent de la force et laisser tomber les autres.

Faites une pause maintenant et prenez une feuille. Décrivez un objectif que vous n'avez pas été capable de rencontrer. Énumérez toutes vos croyances et engagements intérieurs reliés à cet objectif. Écrivez rapidement, sans essayer de trop penser, en laissant simplement couler ce qui vient. Puis, mettez-vous à questionner chacune de ces prises de position. Est-ce que cette croyance relève du domaine du fait tangible ou du jugement ? C'est une question d'une importance capitale. Lorsque nous avons repassé la liste de John, voilà ce que cela donnait :

ENGAGEMENTS SOUS-JACENTS :

Jugement : Moi, John Palmer, je ne peux le faire parce que je n'ai pas le talent suffisant.
Jugement : Ce n'est pas un objectif réaliste.
Jugement : Pour un bon Italien, ce n'est pas convenable.
Jugement : Je n'ai pas suffisamment étudié quand je prenais des leçons de piano.
Jugement : J'ai passé les cinq dernières années à essayer quelque chose de semblable et cela n'a rien donné. Alors, pourquoi ça marcherait maintenant ?
Jugement : Je n'ai pas assez de maturité pour faire face à cela.
Jugement : Je n'ai pas de temps à perdre avec des fantasmes. Je dois me trouver un vrai travail.

Tout, d'après John, relevait d'un jugement, le sien propre, ou celui d'un ami ou d'un membre de sa famille. Et c'étaient ces jugements qui dirigeaient sa vie. Malheureusement, nous sommes tous pour la plupart dans la même situation. Nous permettons à nos croyances intérieures de contrôler notre vie. Il est intéressant de découvrir que nos amis ou notre famille se trouvent habituellement à reproduire les mêmes prises de position que nous avons adoptées.

Ils viennent nous convaincre - ou c'est nous qui venons les convaincre - que ces jugements sont fondés. J'assistais récemment à une fête en compagnie de plusieurs amis de John et, lorsque j'ai abordé le sujet de sa carrière musicale, trois personnes différentes m'ont répété, presque mot pour mot, les mêmes arguments selon lesquels cela ne pouvait pas marcher pour lui. Est-ce que John avait pris chez ses amis ses jugements limitatifs, ou bien avait-il amené ceux-ci à partager ses propres jugements ? D'une façon ou d'une autre, John ne se trouvait pas engagé sur la voie de ses vrais désirs.

La décision de transformer votre vie est sérieuse. J'ai découvert, après des années de travail avec les gens, que beaucoup aiment parler de changement, tout en refusant de lâcher prise à l'égard d'attitudes qui les tiennent prisonniers de schémas négatifs. Demandez-vous si votre quête de paix, de bonheur et d'intégralité relève purement du théâtre, ou si vous êtes vraiment décidé à prendre le contrôle et à façonner vous-même vos expériences. Personne ici-bas ne peut vous sauver. Vous-même, cependant, pouvez le faire. En vous, et en vous seul, résident le pouvoir, les réponses et la capacité de transformer votre vie.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons. Amitiés.