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dimanche 18 octobre 2015

Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (première partie)




Chetul Sangye Dorje, un des formateurs tibétains de Sangharakshita, né en 1913, est donc âgé à présent de 102 ans et continue à parcourir le monde.



Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita (première partie)


Un visiteur, qui assisterait pour la première fois à une soirée Sangha du Centre bouddhiste Triratna de Paris, pourrait être surpris d’entendre pendant la puja, après la récitation des mantras du dhyani-bouddha Amitabha et du bodhisattva Avalokitésvara, ceux de la bodhisattva tibétaine Tara : « Om tare tuttare ture Svaha » et de Padmasambhava, le fondateur du bouddhisme tibétain : « Om ah hum vajra guru padma siddhi hum ». En réalité, Sangharakshita, le fondateur de Triratna, après avoir été moine bouddhiste hinayana (theravada), a reçu plusieurs initiations tibétaines.

Cet article pour des raisons de commodité de lecture sur Internet sera divisé en deux parties.

C’est en 1950, alors qu’il a vingt-cinq ans, que Sangharakshita prend véritablement contact avec le bouddhisme Vajrayana (tibétain ou véhicule du diamant). Il vit alors en Inde et a été ordonné par le passé dans le hinayana (petit véhicule). Il crée à cette époque un journal mensuel qui s’appelle Stepping Stones (Pierres de gué) et plusieurs de ses contributeurs sont des bouddhistes tibétains : Alexandra David-Neel, Lama Govinda, etc. Sangharakshita se lie plus spécifiquement d’amitié avec Lama Govinda : tous les deux partagent le désir de découvrir le bouddhisme dans son ensemble (les trois mouvements principaux : hinayana, mahayana, Vajrayana) et ils sont déçus par l’attitude étriquée de certaines écoles, notamment dans le hinayana. Ils cherchent à promouvoir l’unité du bouddhisme et voient comme critère d’efficacité, dans un enseignant ou un mouvement, l’aptitude à promouvoir la croissance spirituelle des individus avec l’Eveil comme horizon. Lama Govinda, par ses grandes connaissances, sera en fait déterminant dans la compréhension plus claire que Sangharakshita aura progressivement du Vajrayana.

En 1956, Sangharakshita franchit une étape déterminante dans sa connaissance du bouddhisme tibétain. Il demande l’initiation tantrique (tibétaine), qui marquera un nouveau départ dans sa vie intérieure. Sur ce point, c’est Lama Govinda qui l’a aidé à voir clair, en lui présentant la dimension philosophique de la méditation du Vajrayana. Il s’agit entre autres d’arriver à découvrir son guru intérieur ou à défaut d’en trouver un qui soit extérieur. En effet, dans l’initiation tantrique, le maître met le disciple en lien avec la forme idéalisée d’un bouddha ou d’un bodhisattva, l’idéalisation s’appuyant sur un aspect particulier de la conscience éveillée, sagesse ou compassion. Suite à cela, le disciple, par un effort de visualisation, contemple cette forme archétypale durant sa méditation, cherchant à renforcer en lui l’aspect de la conscience éveillée qu’elle incarne. C’est là sans doute un moyen pour dépasser l’effort purement personnel en cherchant à se laisser guider par une force externe.

Durant le printemps 1957, Sangharakshita se rend auprès d’un lama tibétain qui lui semble apte à lui fournir cette connaissance, le lama Chetul Sangye Dorje. Ce dernier lui donne l’initiation à la Tara verte, une bodhisattva féminine qui personnifie la compassion. Sangharakshita pratiquera quotidiennement la méditation de la Tara verte durant les années qui suivent. Il y trouvera la force plus élevée et décentrée qu’il recherchait.

Mais Chetul Sangye Dorje n’est pas le seul grand lama tibétain à marquer l’itinéraire spirituel de Sangharakshita. En effet, de plus en plus attiré par la richesse, la ferveur et le haut niveau intellectuel de la spiritualité tibétaine, il se met toujours davantage à l’école de ses représentants, lesquels sont souvent des tulkus, des incarnations reconnues des précédents grands lamas. Déterminante est alors la rencontre avec Dhardo Rimpoche. Cet homme réservé, dont la confiance ne pourra être conquise qu’au fil des années, devient son plus proche ami spirituel et son plus grand maître. Leur première rencontre a lieu en 1954 par l’intermédiaire d’un ami commun qui, ayant écrit un article en anglais sur le bouddhisme tibétain, inspiré par l’enseignement de Dhardo Rimpoche, avait demandé à Sangharakshita d’en corriger la grammaire et le style. Ce sera l’occasion pour le futur créateur de Triratna de connaître et d’apprécier la profondeur et la pensée de Rimpoche et son approche non sectaire du Dharma. Celui-ci appartient à l’école Gelugpa, quoiqu’étant lui-même la réincarnation d’un tulku de la tradition Nyingmapa, la plus ancienne du bouddhisme tibétain.

Ayant des fonctions importantes dans le gouvernement tibétain, Dhardo Rimpoche est alors un conseiller proche du Dalai-Lama. Lorsqu’a lieu la rencontre avec Sangharakshita, il est abbé du monastère de Ladakhi à Bodh-Gaya et, parallèlement, il dirige à Kalimpong un Centre d’études tibétaines (le Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute). Un véritable sentiment d’amitié et de respect mutuel naît entre Sangharakshita et Dhardo Rimpoche. Ce qui impressionne Sangharakshita chez celui-ci, c’est à la fois sa grande érudition et son incroyable compassion, incarnant parfaitement l’idéal du bodhisattva. Plus que ça, il a l’impression que le Rimpoche est un bodhisattva vivant : quelqu’un qui vit l’existence spirituelle non pas seulement pour son propre soi mais pour le bien de tous les êtres vivants. Et il n’aura désormais plus qu’une aspiration : suivre son exemple.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans un prochain article, j'aborderai les autres initiations de Sangharakshita au bouddhisme tibétain.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.



dimanche 30 août 2015

Compte rendu détaillé du livre « La réincarnation » d’André Couture (troisième partie) (modèle africain et modèle hindou)



Un autre exemple de livre très complet sur le sujet par Jean-Louis Siémons

Je présente aujourdh'hui les deux premières théories de réincarnations recensées par André Couture ; l'étude se fera dans un ordre presque chronologique, le modèle hindou étant sans doute le plus ancien  de tous :

1) Le modèle africain

On emploie le terme « réincarnation » pour désigner une série de croyances difficiles à définir avec précision existant dans certaines tribus d’Afrique noire. Pour elles, la mort devrait conduire l’être humain auprès de ses ancêtres. Il arrive cependant que l’on pense que la mort est d’abord suivie d’échanges réels ou symboliques avec un nouveau-né du même clan ou de la même famille. Il ne s’agit pas de transactions liées à la qualité des actions posées pendant la vie du défunt. Le processus peut se poursuivre pendant quelques existences et est suivi de la transformation du défunt en ancêtre. Voir à ce sujet un très bon article sur le culte des ancêtres en Afrique.

2) Le modèle hindou

Pour la religion hindouiste, il faut à tout prix se libérer de la renaissance continuelle dans un nouveau corps après chaque mort de l’individu. Tout acte (karman), dépendant d’un coefficient quelconque de passion (désir, colère, attachement), laisse des traces, positives ou négatives, qui s’emmagasinent dans le mental. Qui fait le bien renaît dans des corps d’êtres appelés à jouir pendant un certain temps de plaisirs même divins ; qui fait le mal se retrouve momentanément dans des corps d’êtres néfastes ou inférieurs. Mais au-delà du psychisme et de sa charge de mérites et de démérites, il y a présence d’un principe spirituel (atman, purusha), étincelle d’absolu immergée dans la matière, qui ne peut ni diminuer ni s’accroître par des actions mauvaises ou bonnes. D’après la tradition philosophique hindoue, les mérites ne s’accumulent pas dans l’atman, mais bien dans le mental qui appartient au niveau subtil du vivant. C’est parce qu’il est alourdi de traces inconscientes ou de constructions psychiques diverses suscitées par le désir que l’être vivant est voué à transmigrer éternellement dans de nouvelles matrices. Ce monde du samsara est comparé à une jungle, à un océan ou encore à la roue de la noria. C’est un monde d’errance indéfinie qu’il faudra définitivement quitter pour accéder à la libération. La liberté spirituelle n’est pas donnée à l’avance : elle se conquiert grâce à des disciplines (yogas) qui varient selon les maîtres spirituels.

La plupart des spécialistes pensent que la première idée de la transmigration vient de l’Inde. On y trouve dès le VIII ème siècle avant Jésus-Christ une conception de la pluralité des existences liée à une théorie de l’action (karman) et du désir qui pousse à agir dans le texte intitulé Brihadaranyaka Upanishad d’un des quatre Vedas, le Yajur-Veda blanc. Il y est question de l’enseignement que le saint Yajnavalkya y dispense à sa femme Maitreyi au sujet du Soi. L’œuvre explique l’identité totale du Brahman (l’Absolu immuable et éternel, la Réalité suprême et non dualiste) et de l’Atman (le Soi). Cette conception sera celle du « Vedanta », un des six systèmes (Darshanas) de l’hindouisme. En voici un extrait : « Celui qui s’attache à un but va avec l’acte (karman) qu’il pose au but auquel son esprit s’est attaché. Quand il est arrivé au terme de son acte (karman), quoiqu’il ait pu faire ici-bas, de ce monde qu’il a atteint, il revient à ce monde-ci pour continuer à agir. » Ce texte s’accompagne toujours d’un commentaire du philosophe Shankara (788-820). Celui-ci enseigne que la réalité immuable est recouverte dans la pensée par la vision d’un monde sensible fait d’illusion, (en sanskrit namarupa ou maya ) composé de noms et de formes et en perpétuelle mutation. L’exemple le plus connu cité par Shankara est celui du cordage que l’on prend pour un serpent dans l’obscurité. L’homme dans son ignorance passe son temps à superposer au cordage (Brahman) l’image du serpent (le monde sensible). La peur, les battements de cœur sont déclenchées par ce serpent qui n’a jamais existé et ne mourra jamais puisqu’il ne vit que dans notre imagination.

Un autre texte, La Bhagavad-Gita (Chant du Bienheureux), sixième livre de l’épopée Le Mahabharata, rédigée entre le V ème siècle avant J.-C. et le II ème siècle de notre ère, considéré comme l’Evangile des Hindous, explique d’une manière déterminante certains points sur la réincarnation. Une de ses idées dont je vous ai déjà parlé est que la cause des renaissances est l’attachement aux actes, bons ou mauvais.

Nous verrons dans un prochain article deux citations du Bhagavad-Gita commentées par Sri Srimad A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada sur la transmigration (chapitres II, 22 et II 13) et par la suite d’autres textes comme Les lois de Manu et Le Markandeya-Purana.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.