mardi 5 février 2019

Compte rendu de « Les terres et les voies tantriques » de Guéshé Kelsang Gyatso (première partie, introduction).



  
Le livre étudié

  

Ghéshé Kelsang Gyatso, maître de méditation kadampa, présente avec une grande clarté toutes les étapes des quatre classes de tantras, donnant une explication complète des étapes de génération et d’accomplissement.


Cet article est la suite de celui-ci.


Introduction.

Bouddha a révélé deux voies afin que les êtres vivants puissent atteindre la grande libération, ou pleine illumination : la voie commune et la voie non commune. Ici, « voie » se rapporte à une voie intérieure, ou réalisation spirituelle, qui nous mène à la libération de la souffrance, ou paix intérieure permanente.

La voie non commune est la voie vajrayana. Voie vajrayana, voie tantrique et voie du mantra secret sont synonymes. Une explication détaillée en est donnée dans ce livre. Bouddha a révélé la voie commune dans ses enseignements du soutra. Les vingt et une voies spirituelles, depuis la réalisation de la pratique de s'en remettre à un guide spirituel jusqu'à la réalisation de la vue supérieure, constituent les étapes de la voie commune. Elles portent le nom de « Lamrim », ou « Étapes de la voie ». L'entraînement à ces voies communes est le fondement de la pratique de la voie vajrayana. La voie vajrayana est semblable à un véhicule qui nous mène directement jusqu'à notre destination finale, et les voies communes sont semblables à la route sur laquelle roule ce véhicule. Par conséquent, pour extraire toute l'essence de cette précieuse vie humaine en atteignant la pleine illumination, il nous faut d'abord nous entraîner aux voies communes du Lamrim, puis aux voies non communes du vajrayana.

Djé Tsongkhapa a écrit un texte du Lamrim très condensé décrivant les pratiques de toutes les voies communes, habituellement appelé La Prière des étapes de la voie. Ce texte est semblable à un texte racine du Lamrim. Il ne nécessite pas de commentaire séparé, car si nous étudions une présentation
complète du Lamrim, comme celle qui se trouve dans La Voie joyeuse ou dans Le Nouveau Manuel de méditation, nous allons naturellement comprendre toute la signification de ce texte racine.

Pour pratiquer les voies vajrayanas expliquées dans ce livre, il est nécessaire de recevoir une transmission de pouvoir du tantra du yoga suprême, telle que la transmission de pouvoir de Hérouka ou de Vajrayogini, et de s'entraîner au Lamrim, les étapes de la voie. Il est également utile de mémoriser La Prière des étapes de la voie et de la réciter mentalement ou verbalement tous les jours en se concentrant sur son sens. Ensuite, chaque fois que nous souhaitons lire ce livre, il est important de commencer par réciter ce texte racine. Nous visualisons d'abord les êtres saints de la façon suivante :

Bouddha Shakyamouni en personne se trouve dans l'espace devant moi, entouré par tous les bouddhas et les bodhisattvas, comme la pleine lune entourée d'étoiles.

Puis nous récitons la prière :

LA PRIÈRE DES ÉTAPES DE LA VOIE

La voie commence par une grande confiance
En mon bienveillant enseignant, source de tout bien,
Ô bénis-moi pour comprendre cela,
Que je le suive avec grande dévotion.

Cette vie humaine avec toutes ses libertés
Est vraiment rare et si riche de sens
Ô bénis-moi pour le comprendre
Que jour et nuit j'en saisisse l'essence.

Mon corps, tout comme une bulle d'eau,
Perd sa vigueur et meurt si vite,
Après la mort viennent les effets du karma,
Tout comme l'ombre suit le corps.

Bénis-moi, que par cette certitude
Et ce souvenir je sois très prudent,
Que toujours j'évite les actions néfastes
Et accumule la vertu en abondance.

Les plaisirs du samsara sont trompeurs,
 Au lieu de satisfaire, ils nous tourmentent,
Ô bénis-moi, que je m'efforce sincèrement
D'atteindre la félicité de la parfaite liberté.

Ô bénis-moi, que de cette pensée pure
Naissent la vigilance et la plus grande prudence,
Que je garde ainsi comme pratique essentielle
 La racine de la doctrine, la pratimoksha.

Exactement comme moi toutes mes mères bienveillantes
Se noient dans l'océan du samsara
Ô bénis-moi, que je m'entraîne à la bodhitchitta,
Pour que bientôt je puisse les libérer.

Mais je ne peux pas devenir un bouddha,
Sans pratiquer les trois éthiques,
Aussi bénis-moi pour que j'aie la force
D'observer les vœux du bodhisattva.

En pacifiant mes distractions
Et par l'analyse des significations parfaites,
Bénis-moi pour vite atteindre l'union
De la vue supérieure et du calme stable.

Quand je serai un récipient purifié
Grâce aux voies communes, bénis-moi que j'entre
Dans le véhicule suprême, le vajrayana,
La pratique essentielle de la bonne fortune.

Les deux accomplissements dépendent
De mes vœux sacrés et de mes engagements,
Bénis-moi pour bien comprendre cela
Que je les observe au prix de ma vie.

Par la pratique constante en quatre séances,
Comme l'expliquèrent les enseignants saints,
Ô bénis-moi pour accomplir les deux étapes
Qui sont l'essence des tantras.

Puissent tous ceux qui me guident sur la bonne voie
Et tous mes compagnons jouir d'une longue vie,
Bénis-moi pour pacifier complètement
Tous les obstacles externes et internes.

Puissé-je toujours trouver des enseignants parfaits
Et me réjouir dans le saint dharma,
Accomplir toutes les terres et les voies rapidement
Et atteindre l'état de Vajradhara.

Il est souvent dit que la voie du tantra est supérieure à celle du soutra. Mais, pour comprendre cela, il est nécessaire de faire une étude précise du soutra et du tantra, faute de quoi, cette affirmation restera vide de sens. De plus, si nous n'étudions pas convenablement les deux, le soutra et le tantra, nous aurons des difficultés à comprendre comment pratiquer l'union du soutra et du tantra, et le danger sera alors grand soit de rejeter la pratique du tantra, soit de négliger celle du soutra.

Les enseignements du tantra, ou mantra secret comme ils sont appelés parfois, sont les enseignements les plus rares et les plus précieux de Bouddha. C'est uniquement en suivant la voie du mantra secret que nous pouvons atteindre l'illumination, ou bouddhéité. Pourquoi ne pouvons-nous pas atteindre la pleine illumination en pratiquant seulement les voies du soutra ? Il y a deux raisons principales à cela. Premièrement, pour atteindre la bouddhéité, il est nécessaire d'accomplir le corps de vérité et le corps de forme d'un bouddha. Bien que les enseignements du soutra nous présentent une explication générale de la manière dont ces deux corps sont accomplis en dépendance des étapes de la voie de la sagesse et de la méthode, ils ne donnent pas d'explication précise sur les véritables causes substantielles directes de ces deux corps. La claire lumière de signification est la cause substantielle directe du corps de vérité et le corps illusoire est la cause substantielle directe du corps de forme. Ceux-ci ne sont expliqués que dans le mantra secret.

La deuxième raison pour laquelle les voies du soutra ne peuvent pas nous mener à la pleine illumination est que les enseignements du soufra ne présentent pas de méthodes pour vaincre les obstructions très subtiles à l'omniscience — les apparences dualistes subtiles associées aux esprits de la vision de blancheur, du rouge grandissant et du noir de l'accomplissement imminent. Ces trois esprits deviennent manifestes lorsque nos vents intérieurs se dissolvent à l'intérieur du canal central au cours du sommeil, au cours du processus de la mort ou au cours de la méditation de l'étape d'accomplissement. Bien que ces esprits soient des esprits subtils, ce sont néanmoins des esprits contaminés, parce que leurs objets, l'apparence de l'espace pénétré de lumière blanche, l'apparence de l'espace pénétré de lumière rouge et l'apparence de l'espace pénétré d'obscurité paraissent exister de façon intrinsèque. Ces apparences d'existence intrinsèque sont des apparences dualistes subtiles et des obstructions très subtiles à l'omniscience. Étant donné que les enseignements du soufra n'expliquent pas comment reconnaître les esprits subtils de la vision de blancheur, du rouge grandissant et du noir de l'accomplissement imminent, les bodhisattvas du soutra ne sont pas capables de reconnaître les apparences dualistes subtiles qui y sont associées, et encore moins de les abandonner. En général, l'apparence dualiste se produit lorsque l'objet et son existence intrinsèque apparaissent en même temps à l'esprit. Tous les esprits des êtres vivants, à l'exception de la perception exaltée de l'équilibre méditatif des êtres supérieurs, perçoivent cette apparence dualiste.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Pause dans le blog avec Osho (vingt deuxième partie) (Le livre des secrets, « Le monde des Tantras ».



  
Osho

  
Osho au départ ne s’appelait pas Osho. Il est né sous le nom de Rajneesh Chandra Mohan Jain. Puis il s’est fait connaître dans les années 70 et 80 en se présentant comme Bhagwan Shree Rajneesh. Il publie en 1974 The book of secrets (Le livre des secrets), un livre au titre mystérieux mais au contenu passionnant. Osho est pour moi un des écrivains qui a le mieux parlé de la spiritualité et de la méditation. Il était mystique mais ne croyait à aucun dieu. Il a fait scandale avec la révélation de sa grande fortune personnelle (il possédait plusieurs voitures de luxe). Il y a plusieurs ouvrages de lui que j’ai beaucoup aimés (par exemple Être en pleine conscience, une présence à la vie et Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect).


Cet article est la suite de celui-ci.

Le monde des Tantras

D'abord, quelques mots d'introduction. En premier lieu, le monde de « Vigyana Bhairava Tantra » n'est pas intellectuel ; il n'est pas philosophique. La doctrine n'y a pas sa place. Il se préoccupe de méthodes, de techniques — et non de principes. Le mot « tantra » signifie technique ; la méthode, la voie. Il ne relève en aucun cas du domaine de la philosophie, notez-le bien. Il ne se préoccupe pas de problèmes ni de questions intellectuelles. Il ne s'inquiète pas du « pourquoi » des choses, mais du « comment » — non de la Vérité mais de la manière de l'atteindre.

« Tantra » veut dire technique. Ainsi, ce traité est un traité scientifique. L'objet de la science, ce n'est pas le pourquoi » mais le « comment ». C'est ce qui constitue la différence fondamentale entre la philosophie et la science. La philosophie demande « pourquoi existons-nous ? » La science, elle, pose la question, « comment ? ». C'est la méthode, la technique, qui importe. La théorie devient inutile. L'expérience, seule, compte.

Le tantrisme est science, il n'est pas philosophie. Il est facile de comprendre la philosophie parce qu'elle ne fait appel qu'à l'intellect. Si on est capable de comprendre un langage, si on est capable de comprendre un concept, on est capable de comprendre la philosophie. Cette dernière n'exige de vous ni changement ni transformation. Tel que vous êtes, vous pouvez comprendre la philosophie — mais pas le tantrisme.

Il faudra que vous subissiez un changement, ou plutôt une mutation. Si vous n'êtes pas différent, vous ne pourrez pas comprendre les tantras, parce que ce ne sont pas des propositions intellectuelles. C'est une expérience. Si vous n'êtes pas réceptif, prêt, vulnérable à l'expérience, les tantras ne vous pénétreront pas.
La philosophie s'adresse au mental. Elle n'exige que votre tête et non pas la totalité de votre être. Le tantrisme exige votre être dans sa totalité. C'est un défi plus profond. Il faut s'y plonger corps et âme. Il ne se contente pas de demi-mesures. Il faut une approche différente, une attitude différente, une pensée différente pour le recevoir. C'est ainsi que Devi pose « apparemment » des questions philosophiques. Les tantras débutent par les questions de Devi. Et toutes les questions peuvent être qualifiées de philosophiques.

En fait, toute question peut se poser de deux manières : sur le plan philosophique ou bien totalement, sur le plan intellectuel ou bien existentiel. Par exemple, quand on vous demande, « qu'est-ce que  l'amour ? », on peut poser la question intellectuellement, discuter, proposer des théories, prendre parti pour une hypothèse particulière. On peut créer un système, une doctrine — sans pour cela avoir connu une seule fois l'amour.

Pour créer une doctrine, l'expérience n'est pas indispensable. Au contraire, moins on en sait, et moins on hésite à proposer un système. Seul l'aveugle peut aisément définir ce qu'est la lumière. Quand on ne sait pas, on avance hardiment. L'ignorance est toujours hardie ; la connaissance hésite. Et plus on sait, plus on sent le sol se dérober sous ses pas. Plus on sait, plus on sent à quel point on est ignorant. Ainsi ceux qui atteignent la véritable sagesse deviennent ignorants. Ils deviennent aussi simples que des enfants, aussi simples que des simples d'esprit.

Moins on en sait, mieux c'est. Parler philosophie, se montrer dogmatique, doctrinaire, voilà qui est facile. Définir un problème intellectuellement, c'est très facile. Mais poser un problème sur le plan existentiel — non pas seulement le penser, mais le vivre, en sortir, lui permettre de vous transformer — voilà qui est difficile. C'est-à-dire que pour savoir ce qu'est l'amour, il faut aimer. C'est dangereux, parce que vous n’en sortirez pas intact. L'expérience change l'être. Au moment où vous rencontrez l'amour, vous devenez une personne différente. Et lorsque vous sortez de cette expérience, vous êtes incapable de reconnaître votre ancien visage. Il ne vous appartient plus. Il s'est produit une discontinuité. Il y a maintenant un fossé. L'ancienne personne est morte, une nouvelle est née. C'est ce qu'on appelle une renaissance — on naît une seconde fois.

Les tantras sont non philosophiques et  existentiels. Ainsi Devi pose des questions philosophiques, mais Shiva n'y répond pas de cette manière. ll vaut mieux que vous le sachiez dès le début, parce que vous risquez d'être dérouté : Shiva ne répond pas à une seule question. A toutes les questions que Devi pose, Shiva ne donne aucune réponse. Et en même temps, il y répond ! , seul, lui, y répond, et personne d'autre — mais sur un mode différent. Quand Devi demande, « quelle est ta réalité, Seigneur ? », il ne répond pas. Au contraire, il propose une technique. Et si Devi applique cette technique, elle saura. Ainsi la réponse „se fait par ricochet ; elle n'est pas directe. Il ne répond pas « voilà qui je suis ». Il donne une technique. Pratiquez-la et vous saurez.

Pour le tantrisme, faire c’est connaître et il n'existe pas d'autre connaissance. Si vous ne faites pas, si vous ne changez pas, si vous n'adoptez pas une perspective différente, si vous n'essayez pas de vous mouvoir dans une autre dimension que celle de l'intellect, vous n'obtiendrez pas de réponse. On peut toujours donner des réponses, mais elles sont toutes mensongères. Toutes les philosophies sont mensongères. On pose une question, le philosophe y répond. Soit elle vous satisfait, soit elle ne vous satisfait pas. Si elle vous satisfait, vous devenez un disciple de cette philosophie. Mais vous restez le même. Si elle ne vous satisfait pas, vous poursuivez vos recherches pour trouver une autre philosophie. Mais vous restez le même. Vous n'êtes pas touché, vous n'êtes pas changé.

Ainsi que vous soyez hindou, musulman, chrétien ou jaïn cela ne fait aucune différence. La véritable personne, derrière la façade de l'hindou, du musulman ou du chrétien, est la même. Seuls les mots diffèrent ou les habits. L'homme, qu'il se rende à l'église, au temple  le ou à la mosquée, est le même. Seuls les visages diffèrent et ces visages sont faux, des masques. Derrière le masque, on trouve le même homme, la même colère, la même agression, la même violence, la même avidité, la même luxure — tout est pareil. La sexualité du musulman est-elle différente de celle de l'hindou ? La violence chrétienne est-elle différente de la violence hindoue ? C'est la même ! La réalité reste la même. Seuls, les habits diffèrent.

Le tantrisme ne se préoccupe pas de vos habits : il se préoccupe de vous. Quand vous posez une question, cela montre où vous en êtes de votre cheminement. Cela montre aussi que, où que vous soyez, vous ne voyez pas. Un aveugle demande, « qu'est-ce que la lumière ? » La philosophie tentera de répondre ce qu'est la lumière. Le tantrisme sait une chose : si un homme demande « qu'est-ce que la lumière ? », cela montre simplement qu'il est aveugle. Le tantrisme commence par opérer sur l'homme, par le changer, pour qu’il puisse voir. Le tantrisme ne dira pas ce qu'est la lumière. Il vous dira comment atteindre la connaissance, comment faire pour voir, comment parvenir à la vue. Quand la vue est là, Ia réponse est donnée. Les tantras ne vous donneront pas la réponse ; ils vous donneront une technique atteindre la réponse.

Et cette réponse ne sera pas d'ordre intellectuel. Quand on parle de lumière à un aveugle, c'est intellectuel. Quand l'aveugle devient capable de voir par lui-même, c'est existentiel. Voilà ce que je veux dire quand je déclare que le tantrisme est existentiel. Ainsi, Shiva ne répond pas aux questions de Devi et pourtant, il y répond — voilà le premier point.
  

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.