dimanche 5 avril 2020

« Les phénomènes paranormaux » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation «Magicus Magazine», N° 98, juillet – août 2018) (première partie).



  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 98 (juillet-août 1998). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 98 dont j’ai extrait cet article consacré aux Phénomènes paranormaux écrit par l’ensemble de la rédaction. 


"Les phénomènes paranormaux (première partie)

Dès les premiers temps de l'humanité, existaient sorciers, magiciens et devins. Les dessins découverts dans les grottes préhistoriques en témoignent.

Plus tard, les Magiciens du Pharaon et Moïse s'opposèrent violemment en transformant des bâtons en serpents. Au IIème siècle, le philosophe Celse écrit « Contre les Magiciens », ouvrage introuvable mais mentionné par Lucien dans « Alexandre ou le faux prophète ». En fait, Celse expliquait les trucages frauduleux des mages ... L'Antiquité égyptienne et romaine ne comptent plus leurs mages, vrais ou faux, tandis que le Moyen-Age et la Renaissance brillent par leurs illuminés, sorciers et alchimistes, puisant dans la prestidigitation et la ventriloquie les ressorts techniques à leurs pseudo-sciences occultes. L'objectif - qui n'a d'ailleurs pas changé depuis - était de tirer quelques avantages matériels à un public naïf et crédule.

Vers 1550, Nostradamus escroquera Catherine de Médicis en utilisant des jeux de miroirs à apparitions. Cagliostro, sous Louis XV et Louis XVI, habile charlatan et ventriloque averti, arnaquera autant les têtes couronnées que certains scientifiques abusés.

Aujourd'hui, le paranormal a pignon sur rue et les sectes récupèrent les plus fragiles n'ayant pas trouvé de réponses métaphysiques dans les religions ou quelque autre idéologie. Est-il du rôle des illusionnistes de montrer du doigt des gens dont le talent repose, lui aussi, sur le pseudo-pouvoir de « guérir » ? Rêver devant un numéro de prestidigitation peut « guérir » quelqu'un d'angoissé ou de stressé. Les voyants, auxquels je ne crois pas une minute, n'ont-ils pas le "don" de réconforter même si c'est chèrement payé que de donner cinq cent balles à un type comme vous et moi qui va vous dire ce que vous sauriez déjà si vous n'étiez pas parasité  par les paramètres quotidiens de votre entourage professionnel et social ?

Et le tordeur de cuillère a tellement fait fort médiatiquement, que nos pauvres magiciens, crevant de jalousie, ont crié à l'escroquerie tout en agitant leur médiocre prose vendue sous la forme de livres aux titres très accrocheurs (autre escroquerie ? Tromperie sur la marchandise, diront les plus avertis !). Certains illusionnistes très sérieux avouent qu’Uri Geller était un magicien de grand talent.

Et les guérisseurs Philippins ? Un large débat sur le "pouvoir" de ces gens-là. "Guérir" une maladie psychosomatique par auto-suggestion n'a jamais fait de mal à personne. Et si c'est un cancer ! On a le droit de se suicider comme on peut, merde !...

Que les choses soient claires : quand on a affaire à un salaud qui prétend vous "guérir" alors qu'il va vous flinguer à petit feu (en vous ruinant ou en vous faisant oublier votre mal incurable) ce n'est plus du rôle des magiciens mais celui de la justice, éclairée par la compétence des médecins (du corps et de l'intérieur de la tête) : PRATIQUE ILLEGALE DE LA MEDECINE ! Point. Ou bien, allons-y franchement, que les illusionnistes aillent jusqu'au bout de leurs prétentions en accusant les "spirites" de pratique une  CONCURRENCE DELOYALE !

Car, au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit quand on constate que Uri Geller, par exemple, a fait fortune avec un service – même pas en argent ! - de petites cuillères et que certains magiciens - on a tous les noms en tête – rament comme des bêtes avec un klaxon sous le bras…

Donato
(1845-1900)

De son vrai nom Alfred-Edouard d'Hont, fils d'un riche industriel, honorera sa famille de brillantes études qui le mèneront au journalisme ("L'Etoile Belge"). Ses premiers articles porteront sur le magnétisme et l'hypnotisme. De là, il rencontrera le chanoine Mouls qui l'entraînera peu à peu sur les planches du spectacle. Donato et son sujet Mademoiselle Lucilie abusent de compères qui, peu à peu, les abandonnent vu la facilité de la supercherie : ils deviennent eux-aussi de "savants magnétiseurs" ... A tel point que nombre de leurs « élèves » prendront le nom de Donato, créant la confusion dans cet univers déjà trouble des médiums.

Après quelques incidents, les séances de spiritisme seront interdites en France et en Belgique. Le gardien de la paix hypnotisé tournant à cloche-pied autour de l'Obélisque en se proclamant « la reine des abeilles » aura dans doute conduit la gendarmerie a davantage de sévérité envers le paranormal.

Francesco Carancini
(né à Rome en 1863)

Ce personnage étrange sera étudié par des scientifiques italiens en 1908. On observera des lévitations d'objets, des phénomènes lumineux, des dématérialisations de matière ...
Des expériences de contrôle à Londres devant la Society for Psychical Research furent peu crédibles bien que dénuées de fraude flagrante. Il opérait presque dans l'obscurité et ne se prêtait guère à un contrôle sérieux ...

En 1912, en France, devant la Société Universelle d'Etudes Psychiques, on n'observera ni résultats probants ni fraudes mais le manège d'allers et venues des assistants sera pour le moins suspect ... Le Dr Paul Joire de Lille reconnaîtra à Carancini des talents ... de prestidigitateur !

Pickman (1857-1925)

A quatorze-ans, cet adolescent sale et mal vêtu logera sous les ponts. Il apprend à lire à trente ans et sera un des sujets de Donato.

Son aplomb et son calme troubleront quelques savants qui le prendront pour un vrai magnétiseur et voyant. Il sera un mystificateur de génie.

Dicksonn (1857-1939)
Le comte Paul-Alfred de St Gervais de Grand Breucq, né dans le Nord de la France, se fixera très jeune à Paris pour y suivre des études de droit. Un jour de fête scolaire il découvrira la prestidigitation. Seulement voilà : des parents nobles n'imaginent pas qu'un authentique comte se lance dans la carrière de saltimbanque ! Obligé par les liens du sang, il entrera dans les assurances sous la tutelle bienveillante de Gustave de Rothschild.

Un ami, le comte de Noé, caricaturiste sous le nom de Cham, sera son avocat auprès de ses parents, expliquant qu'il pouvait prendre un pseudonyme ...

Dicksonn, encore amateur, inventera la « Gangue Japonaise ». Séduit, le fils de Robert-Houdin achètera la grande illusion pour son théâtre. A la mort de ce dernier, Dicksonn s'associera avec sa veuve pour diriger le Théâtre jusqu'en 1886.

Après des tournées de 1894 à 1912 et un passage au Musée Grévin de 1915 à 1918, Dicksonn se consacrera à des conférences anti-spirites et se fâchera du coup autant avec les illusionnistes qu'avec les psychistes : les premiers l'accusent de débinage et les seconds le traite de vulgaire bateleur.

Bénévol (1865-1939)

Cet italien, naturalisé français en 1919, constatera que la prestidigitation rapporte peu alors que le pseudo-hypnotisme fonctionne à merveille ...

Distant et taciturne dans sa vie privée, il sera particulièrement exubérant sur scène et jouera autant sur le tableau de l'amusement que sur celui de l'arnaque !

Daniel-Dunglas HOME (1833-1886)

Illusionniste ou véritable médium anglais ? Sa tante se souvient que, bébé, son berceau était bercé seul et qu'à quatre ans il eut la vision de la mort de sa cousine et nomma les personnes autour du lit de la fillette effectivement décédée le jour de sa vision ...

Le critique incrédule notoire, Franck Podmore, écrira : « En D.D. Home se résume toute la question du spiritisme ». Contrairement à 99% de ses émules, Home ne fut jamais pris en flagrant délit de fraude, même si une rumeur sur l'épisode des Tuileries dira qu'au cours d'une séance en présence de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie, Home aurait frôlé de son pied nu le visage des assistants ... L'impératrice démentira ce bruit.

Le professeur Wells de l'Université de Harvard, Crookes, Mapes, Hare, les savants anglais Ashburner et Elliotson analysèrent « la variété, la qualité et l'abondance des phénomènes métapsychiques et métaphysiques de Home ».

D.D. Home opérait en pleine lumière et au milieu des assistants."

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.







samedi 4 avril 2020

« Petite histoire du close-up » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 209, janvier – février 2018).





  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 209 (janvier-février 2018). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 209 dont j’ai extrait cet article consacré à une Petite histoire du close-up écrite par l’ensemble de la rédaction. 


« Petite histoire du close-up. Magie de proximité, micromagie… Le close-up, des cours royales à l’événementiel…

 Prétendre que la magie de proximité, le close-up, a déboulé dans les années 1960 aux USA et dans les années 1970 en France est non seulement ridicule mais surtout totalement faux.
Tout comme le très à la mode mentalisme serait un art annexe découvert il y a une quinzaine d'an­nées. Déjà, à l'Antiquité, les devins endiablés de­vinaient que dans le petit coffret en os c'était bien une étoile qu'avait dessiné le malheureux qui se signait avant de fuir en courant...
Voyons d'un peu plus près (!) ce qu'il en est du close-up, terme anglo-saxon signifiant au cinéma et dans la photographie le « gros plan ». On a adopté ce terme bien que dans les années 70 on retrouvait le mot « micromagie » dans les catégo­ries de concours.
En 1420 des « joueurs de gobelets » seront vic­times de l'intégrisme catholique qui les fera condamner et tuer. Le Pape ne rigole pas avec la concurrence ! D'ailleurs, ces fripouilles et nigauds installaient leurs tables devant les églises autant que dans les foires et sur les places publiques. Magie de rue certes, mais magie de proximité as­surément. Notre futur « close-up » était déjà à la mode. Le tableau de Jérôme Bosch (1450-1516), L'Escamoteur, est un modèle universellement connu du joueur de gobelets.
Maître Gonin (vers 1713), ce coquin affabulateur, jouait des gobelets à quelques centimètres de ses spectateurs, sur le Pont Neuf, son lieu de prédilec­tion, mais acceptait volontiers contre monnaie sonnante et trébuchante quelques représentations privées à la Cour.
Il fera une promesse aux badauds : faire prochai­nement disparaître les tours de Notre-Dame, une sorte d'escamotage divin. Le public le lui réclamera sans ménagement et il n'aura d'autre argument que de prétendre que c'est l'archevêque de Paris qui s'y oppose farouchement...
Dans les accessoires produits des gibecières, nos assimilés sorciers - mais véritables prestidigita­teurs - ne se contenteront pas de gobelets. Pièces d'or, muscades, œufs, couteaux, mouchoirs, anneaux et autres fe­ront partie du répertoire de la magie de près. Sans oublier quelques illusions effrayantes,
graduant entre le sim­ple nez qui saigne abon­damment jusqu'à la tête tranchée et naturelle
ment restaurée...

François 1er sera particulièrement friand de séances de prestidigitation qu'il fera donner dans ses palais royaux. A la Cour d'Espagne, des illu­sionnistes se produiront régulièrement parmi les jongleurs, cracheurs de feu et montreurs d'ours. Les magiciens passaient-ils aux tables des grands seigneurs ? On peut le supposer même si les cartes n'étaient pas l'accessoire encore à la mode.
En 1931, on parle de « vest pocket magic » pour évoquer le close-up dans le fameux Linking Ring. C'est à Chicago que l'on commence à voir fleurir des « bars à close-up » avec une forme moins ra­coleuse, plus aboutie techniquement, et l'arrivée des cartes peu pratiquée au siècle précédent à l'exception de la magie de scène avec les fiori­tures et manipulations.
Matt Schulien (1890-1967), res­taurateur et magicien né à Chi­cago, opère durant cinquante ans aux tables de son restau­rant et celui d'un confrère avec des tours de cartes : carte au mur, carte sous la nappe mais ...4 aussi la pièce dans la bouteille.
Ses fils Charlie et Robert conti­nuent de distraire les clients avec du « close-up » dans le restaurant familial, jusqu'au décès prématuré de Charlie en 1998.
D'autres magiciens opèreront dans les bars : Doc Eason, Scotty York, JC Wagner.
La magie de proximité trou­vera sa place dans les bars aux USA mais aussi en France avec l'incontournable Mystag (1919­1988) et en Europe. Cet artiste, connu pour son combat obses­sionnel contre le paranormal, sera l'un des premiers Parisiens à imposer le close-up dans les cafés populaires. D'autres confrères, comme Samy Liardet, passeront dans des restaurants assez chics où il se taillera un beau succès avec ses cordes qu'il rangeait soigneusement dans les sacoches de sa mobylette garée discrètement dans la cour du res­taurant...
L'ami Gérard Kunian animera joyeusement et magiquement le Bœuf à L'Escamote dans les an­nées 1970 où il sera remplacé par Abdul Alafrez, Duraty, Gaétan Bloom et quelques autres... Le close-up commence à être à la mode en France et les premiers artistes qui deviendront des réfé­rences jusqu'à nos jours : Dominique Duvivier et Bernard Bilis, inspirés respectivement par Ernest Pancrazi et Jacques Tandeau, entre autres. Les frères ennemis (?) imposeront leur style teinté d'humour à une clientèle généralement huppée des restaurants chics de la capitale mais pas que... Un marché plus large, celui des grandes sociétés, offrira un espace à cet art de proximité lors de soi­rées prestigieuses : lancement de voiture et de produits, salons VIP, etc.
Autre référence et figure incontournable : l'ami Jean-Pierre Vallarino qui fera les beaux soirs de grands établissements monégasques, en bon voi­sin niçois. Il sera l'un des plus notables artistes du tapis vert avec ses inimitables chorégraphies de cartes et de pièces. Il crée une école de magie à Nice, ouvre une boutique et donne des cours à de nombreux magiciens parmi lesquels quelques étoiles filantes actuelles amnésiques... 
Jean-Jacques Sanvert (Champion du monde de cartomagie à la FISM 79), un temps en duo avec Bernard Bilis, mènera une très honorable carrière nationale et internationale tandis que Bébel, l'un des plus doués de sa génération, trouvera son bonheur et celui de son public, en s'installant dans le quartier St Michel, entouré du public qui le touche presque, diaboliquement doué avec des cartes qui racontent des histoires. Il reste l'un des magiciens de close-up les plus appréciés de ses confrères dans le monde entier, notamment lors des rencontres madrilènes à L'Escorial autour du grand maître Juan Tamariz.
Parmi les quadragénaires français signalons Sylvain Mirouf, Alexandra Duvivier, Boris Wild, Maurice Douda, David Stone et Mathieu Bich. On ne peut les citer tous ici et nous n'allons pas nous excuser d'oublier ceux qui vont se manifester fu­rieusement... Répétons que la liste n'est pas exhaustive.
David Stone, éternel adolescent à la mèche re­belle, maintiendra le cap avec son style roman­tique et bad boy. Il publiera un excellent ouvrage qui reste une référence en la matière (Close-up, les vrais secrets). Mathieu Bich, secret comme un Sébastien Clergue, crée et élabore des idées et produits à la mesure des plus grands magiciens de la planète. Lors de la récente émission de TF1, au milieu d'éloges et d'insultes, il interviendra fort intelligemment dans les réseaux sociaux pour rappeler la déontologie en matière de protection des droits dans la jungle magique.
Chez nos voisins de tous pays on doit signaler l'incontour­nable monument : Dai Vernon. Jusqu'à son lit de mort à l'hôpital, il tiendra en main un paquet de cartes et publiera nombre de notes et ouvrages indispen­sables aux spécialistes. Larry Jennings tiendra son rang très dignement, comme Derek Dingle, Edward Marlo, Jimmy Grippo, Michael Skinner, Alex Elmsley et quelques autres figures du close-up aux USA.
En Hollande, Fred Kaps, trois fois champion du monde (en scène !), sera redoutable derrière une table. Pour les pièces, l'américain David Roth est en tête de liste. Harry Lorayne, spécialiste du close-up, se fera remarquer par ses études por­tant sur la mémoire. Le réputé mentaliste Phil Goldstein ne démentira pas son double Max Maven dans le répertoire de la magie de proximité. Toujours côté USA, le très créatif Paul Harris et le faux-maladroit suédois Lennart Green...
En Espagne, l'universel Juan Tamariz, depuis les années 1970 où le monde magique le découvre dans les congrès, ajoutera à de redoutables tech­niques une dimension dramatique ou comique dans son jeu. Il reste l'un des cinq plus importants artistes dans le monde et apporte par ses écrits toute l'approche psychologique et « physique » de cet art exigeant.
Toujours côté ibérique, Pepe Carroll, un peu vite oublié, imposera un style tout à fait intéressant. L'imposant Ascanio, olympien, technicien hors pair, laissera son empreinte dans la cartomagie.
Leurs enfants spirituels, comme Miguel Angel Gea et Dani Daortiz, promettent un bel avenir à la micromagie. Ils sont les figures de pointes ac­tuelles et donnent des conférences très courues.
L'Argentin René Lavand, figure légendaire avec son bras unique, sera un grand parmi les grands du close-up. On ne peut oublier les regrettés Aldo Colombini et Daryl dans la contribution artistique et littéraire du close-up.

C'est une approche technique et artistique très particulière. Reste à savoir s'il s'agit de « direct » ou d'émissions enregistrées. Dans le premier cas mieux vaut pas se louper... Dans le second il est possible de recommencer.
Le réalisateur tient un rôle primordial car c'est lui qui place les caméras. Celle en « douche » est sou­vent la plus intéressante car elle peut cadrer un tapis et des mains. Tout ce qui s'y passe mais qui enlève l'aspect humain et artistique pour ne garder que le « gros plan » sur la prouesse technique.
Il est assez imprudent pour un magicien d'arri­ver avec un joli croquis pour placer les caméras à son goût. Généralement le réalisateur voit rouge... Car le professionnel de la télé c'est lui !
Un des premiers en Europe à imposer le close-up à la télévision - outre de véritables shows de scène - c'est le madrilène Juan Tamariz. Déjà dans les années 80, comme Paul Daniels en Angleterre, il déroutait les téléspectateurs avec des tours de cartes. Aux USA, Copperfield préfèrera les grandes illusions au close-up et invitera quelques spécialistes du genre dans ses émissions.
L'un des premiers à présenter du close-up à la télévision : Bernard Bilis dans « Coucou c'est nous» de Christophe Dechavanne au début des années 90. Puis peu après le sémillant Sylvain Mirouf ne démé­ritera pas chez Michel Drucker dans « Studio Gabriel ».
Actuellement, et depuis... plus de quinze ans, c'est l'incontournable et talentueux Bernard Bilis (Le Plus Grand Cabaret du Monde/France 2) qui est la figure télévisuelle de la magie de près en France et bien au-delà grâce à TV5.
Terminons pas le lieu incontournable en France pour applaudir du close-up : le Double Fond. Trente ans déjà que Dominique Duvivier fondais à Paris une véritable institution qui a vu passer les plus grands noms du close-up contemporain. Alexandra et Dominique Duvivier s'y produisent régulièrement, en solo ou duo, et apportent à ce lieu une ambiance très parisienne.


LES REVUES DE MAGIE, entièrement ou principalement consacrées au close-up 

EN FRANCE
Les trois n'existent plus mais ont eu leurs heures de gloire.
En tout premier Le Magicien (1937­1972) d'André Mayette qui sera ré­édité un temps par Dominique Duvivier au début des années 90. De très prestigieux contributeurs s'ajoutent à Dominique Duvivier qui livre pas mal de ses créations. L'infatigable Tran gère la mise en page des nombreuses pages de ce magazine peu avare en pagination...
Michel Balandras et Jean-Yves Prost publient à Lyon Arcane (1976­2014) qui propose principalement des traductions de routines extraites de la littérature anglaise ou des notes de conférences. Une référence en matière de close-up.
François Montmirel fonde Joker DeLuxe en 1993 et publie 40 numéros de la luxueuse revue Imagik princi­palement composée de routines de close-up sous la rédaction en chef de Daniel Rhod.

À L'ÉTRANGER
 La presse magique internationale, principalement en anglais, compte pléthore de maga­zines consacrés au close-up, la plupart ont cessé de paraî­tre et ont eu leurs  heures de gloire et quelques rares persistent dans le monde virtuel florissant...

Pabular (1974-1985) - Fred Robinson, Walt Lees et Stephen Tucker (revue anglaise).
 The Minotaur
(1988-2011) - Marvin J. Leventhal et Dan Harlan (revue américaine).

 Apocalypse (1978­1997) - Richard Kaufman et Harry Lorayne (revue américaine).

Magigram (1966­1995) - Ken de Courcy (revue an­glaise).

Spell-Binder (1981­1984) - Stephen Tucker (revue an­glaise).

Chicanery (1986­1988) - Stephen Tucker (revue an­glaise).

Pentagram (1946­1959) - Peter Warlock       (revue anglaise).

New Pentagram (1969-1989) - Peter Warlock (revue an­glaise).

Magical Arts Jour­nal (1986-1990) -Michael Ammar et Adam Fleischer (revue    américaine).

Club 71 (1970‑2007) - Geoff Maltby (revue an­glaise).

Blueprint (1974-1981 ?) - lan Baxter et Barry Govan (revue australienne).

Richard's Almanac (1982-1987) - Ri­chard Kaufman (revue américaine).

Pallbearer's Review (1965-1975) -Karl Fulves (revue américaine).

Chronicles (1978-1988) - Karl Fulves (revue américaine).

Arcane (1980-1995) - Jeff Busby (revue américaine).

Newtops (1961-1994) - Neil Foster (revue américaine).

Hierophant (1969-1980) -Jon Racherbaumer (revue américaine),

Kabbala (1971-1981) - Jon Racherbaumer (revue américaine).


  BIBLIOGRAPHIE
Quelques incontournables français :
 - La prestidigitation sans appareils (Camille Gaultier) - 1914
- Les « Very Best Of» traduits par Richard Vollmer (Editions Magix -Techniques du spectacle): Dai Vernon, Edward Marlo, Roy Walton, Simon Aronson, etc.
- Petite Anthologie des tours de cartes automa­tiques (Richard Vollmer - Editions Magix -Tech­niques du spectacle)
- Cours de cartomagie moderne de Roberto Giobbi
- La magie de Michael Stutzinger


Quelques incontournables américains :
- The Dai Vernon Book of Magic (Lewis Ganson ­1957)
-               The Magic of Slydini (Lewis Ganson - 1960)
-               Expert Card Technique (Hugard and Braue - 1940)
-               Encyclopedia of Card Tricks (Jean Hugard - 1937)
-                Expert at the Card Table (S. W. Erdnase - 1902)
-               Stewart James in Print : The First 50 Years (Hermetic Press - 1989)
- Strong Magic (Darwin Ortiz - Kaufman and
Greenberg - 1994)
- The Book of Wonder (Tommy Wonder - Hermetic Press - 1996)
- Greater Magic (Harlan Tarbell - 1938)
- The Fine Art of Magic (George Kaplan - 1948)
- Modem Coin Magic (J.B. Bobo - 1952)
- La magie de Matt Schulien par Philip Willmarth (1959) « 

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


vendredi 3 avril 2020

Aujourd'hui pas de magie, mais signature d'une pétition URGENTE POUR LA LIBERTÉ DE PRESCRIPTION DE LA CHLOROQUINE.




Covid-19 : une étude chinoise randomisée donne raison au professeur Raoult



Je n’ai pas l’habitude de mettre mes titres universitaires en avant, mais je suis professeur documentaliste, titulaire d’un CAPES de documentation, responsable d’un Centre de Documentation et d’Information. Je respecte donc constamment la déontologie de l’information et en conséquence la double-vérification des informations qui me parviennent par n’importe quel type de média.  Je vérifie toujours la qualité d’une information à au moins deux sources différentes, même si l’information est déjà attestée et cautionnée par une agence impeccable comme l’Agence France-Presse

J’ai reçu de nombreuses informations concordantes sur l’efficacité avérée du médicament chloroquine pour le traitement du covid-19, notamment prescrit par le professeur Raoult. Ces sources sont médicales et scientifiques  : le docteur Maurice Mendelsberg, chirurgien et urologue (voir sa vidéo), une amie, doyenne d’une faculté de sciences, qui connaît la qualité des travaux du professeur Raoult, et qui en outre côtoie des médecins chaque jour : ceux-ci lui assurent sans hésiter l'efficacité du traitement à la chloroquine. Mon propre médecin traitant m’a lui aussi assuré de l'action thérapeutique véritable de ce médicament sur le covid-19 et que, s'il était atteint par l'épidémie, il se l'administrerait à lui-même. Cerise sur le gâteau, récemment, une étude chinoise randomisée a donné raison au professeur Raoult

C’est pourquoi je relaie dans ce blog cette pétition initiée par un groupe de médecins généralistes.

« CHLOROQUINE : l’appel URGENT d’un groupe de médecins
Le 26 mars, le gouvernement a INTERDIT aux médecins de terrain de prescrire aux malades le médicament le plus prometteur contre le coronavirus.
Des médecins se révoltent et vous demandent d’agir vite – regardez cet appel et mobilisez-vous ! »

Ils vous demandent simplement de signer cette pétition URGENTE POUR LA LIBERTÉ DE PRESCRIPTION DE LA CHLOROQUINE, destinée à Monsieur le Président de la République, Emmanuel Macron   

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

« Tamariz à visage découvert » (article de Didier Puech paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 169, septembre – octobre 2010).




    
Le directeur de la publication de « Magicus Magazine » et rédacteur, Didier Puech.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de la publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 169 (septembre-octobre 2010). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré au grand prestidigitateur espagnol, Juan Tamariz, par Didier Puech.


"Généreux en tous points sauf pour le Temps. Là, il  n'y est pour rien : le monde entier le réclame.

Notre entretien entamé dans un restaurant madrilène en juin se terminera en octobre au Master Class de Mâcon. Sa com­pagne Consuelo, magicienne colombienne, s'ef­face sans ego, souriante, devant le monument. Le couple respire le bonheur, la simplicité et la complicité.

Juan Tamariz Martel Negron aurait-il du sang bleu dans les veines, avec un grand-oncle marquis De Vado del Maestre, fameux magicien d'An­dalousie au début du XXème ? « C'est un titre de noblesse que prenaient les magiciens de l'époque, sous Alphonse XII : roi de la magie, comte, prin­ce...» explique-t-il à Alain Denis, le très catalan secrétaire de la S.E.I. (Sociedad Espanola de Ilusionismo) à Barcelone.

Malgré de fortes attaches familiales à Sé­ville, Juan nait en 1942 à Madrid. Un père ingénieur dans l'armée et une mère professeur dans un collège. Trois frères, trois filles et un garçon nés de trois mères différentes.

UN CURÉ POUR DÉBUTER.

A six ans, il reçoit la traditionnelle boîte de magie. Mais la vraie révélation se fera à onze ans quand il découvre les huit volumes d'un livre signé d'un curé passionné de magie : « El Padre Ciuro, c'était le meilleur pour débuter ». Puis il découvre Jules Dhotel qui sera un vé­ritable professeur pour lui avec les huit vo­lumes de « La prestidigitation sans bagages ». Il s'entraîne tous les jours.
Autre moment fort de son enfance : le passa­ge du magicien Fu Manchu à Madrid. Il assiste aux sept représentations du magicien hollandais issu de la dynastie des Bam­berg.
A dix-sept ans il pousse la porte du Cercle des magi­ciens de Madrid et rencontre Juan Anton, élève d'Arturo de Ascanio. L'année sui­vante il trouve un engage­ment dans un cirque et re­fuse des offres dans les discothèques et cabarets qui ne correspondent pas à son univers. Il préfère le public « qui vient voir le magi­cien »...
Après un passage chez les jésuites, il entre à l'univer­sité pour suivre durant quatre ans des études scien­tifiques qu'il abandonne, un an avant le diplôme, pour étudier le cinéma et ap­prendre la mise en scène et la réalisation. Onze années universitaires avant de se faire virer pour des raisons  politiques : « un homme au pou­voir dont j'ai ou­blié le nom». Juan, âgé d'une vingtaine d'années, est en­gagé politique­ment dans des mouvements étu­diants. Il subit la dictature de Fran­co qui, rappelons-le, traquait de nombreux intellectuels et artistes. Juan réalise des documen­taires publicitaires assez neutres, assez alimen­taires, afin de ne pas finir en prison. Mais ce travail non créatif pour faire vendre des denti­frices ou des voitures ne l'intéresse plus. Mais il faut bien vivre. Avec sa femme infirmière, Maria Pura, il connaît des périodes un peu difficiles. Il vit en communauté avec une vingtaine de personnes parta­geant les mêmes repas et surtout les mêmes bou­teilles : « Le vin est très nourris­sant ! » déclare-t-il à Roberto Giobbi dans une interview.
Après la mort de Franco en 1975, l'Espagne retrouve la li­berté et les ar­tistes sortent d'une période noire de dictature. Après ses passages à la télévision, des téléspec­tateurs se plaignent de son aspect « irrespectueux, sans cravate ni veste », d'autres le traitent de « fou », mais de nombreux téléspectateurs sont amusés par ce magicien qui chante et hurle ! Il impose pe­tit à petit sa personnalité.
Juan constate qu'il n'existe pas de lieux pour faire de la magie et du close-up en Es­pagne. Il a envie de créer un lieu, une ren­contre, aidé de six amis madrilènes.
Il est engagé dans un congrès de magie à Buenos Aires. Le voyant arriver en jean « et surtout en voyant ma tronche ! » les organisa­teurs voulaient le renvoyer...

LA FISM A PARIS, 1973.

Il vient de remporter, deux ans auparavant, le 1 er prix de cartomagie à la FISM (Paris) avec sa « routine de Paris ». Son ami Ascanio récla­mera pour lui le Grand Prix et notera la « clai­re et évidente injustice qui démontre les failles de l'organisation de tels congrès » (source : re­vue Ilusionismo n° 305/juillet 1984). Les magi­ciens découvrent cet homme mal fagoté, cheve­lu, jouant de l'harmonica et mimant le violon à grand renfort de hurle­ments. Les plus coincés parmi les notables d'as­sociations magiques, dont quelques nostalgiques du franquisme, font la moue, une commissure au coin des lèvres face à cette image anarchique d'une magie sans redingote. On retiendra derrière cette fo­lie douce la qualité tech­nique d'un artiste hors normes.
Il sera ensuite invité dans de nombreux congrès magiques internationaux et fera rapidement partie des personnalités qui font autorité en matière de close-up et de cartomagie mais aussi d'histoire de l'art magique.

 L'ESCORIAL ELITISTE ?

Sa volonté de faire avancer l'art magique se concrétisera, en 1975, par des rencontres assez pointues : L'Escorial. On évoquera dès 1971 « L'Ecole madrilène de l'Escorial » initiée par Tamariz et la bande des six : Ascanio, Anton, Marré, Puchol, Camillo, Varela. L'Escorial devient un véritable laboratoire d'échanges et de recherches puis un symbole d'excellence envié par le monde entier. Les amé­ricains tentent de reprendre l'idée mais c'est un échec : trop contrôlé, très minuté, et la plupart ne veulent pas expliquer leurs routines...
A l'Escorial, les plus grosses pointures de la cartomagie et du close-up, depuis trente-cinq ans, se retrouvent à la Toussaint près de Madrid. On ne s'invite pas à l'Escorial : on est invité ! Environ trente magiciens participent, même si une année on en comptait soixante-dix ! Juan aime parler « d'école de la pensée avec des gens qui partagent leurs réflexions en travaillant dans une même direction ».
Juan Tamariz veut démentir l'aspect élitiste que je lui envoie brutalement au visage : « Elitiste ? Pas du tout. C'est ouvert mais on est limité en nombre de places. Au début les gens étaient contre nous ! Ce n'est pas élitiste du tout puisque nos travaux sont déposés à la Fondation March (équivalent de la Bibliothèque Nationale de Fran­ce) et tout le monde peut les consulter ». Un thè­me, comme par exemple « la magie des cartes chez Jacques Delord », et cela monopolise toute l'énergie du groupe durant trois jours ! «J'aime beaucoup Jacques Delord. Il a beaucoup parlé de l'émerveillement dans les yeux des spectateurs» souligne Juan. L'humanisme des deux hommes saute aux yeux. L'autre magicien qu'il cite sou­vent : Frakson. Un magicien espagnol qui ex­cella dans la magie des cigarettes et qui déga­geait un humanisme sans égal.
Depuis 1994, moins connu, il organise une ren­contre assez familiale (la magie est une grande fa­mille !) à Cadix, dans le sud de l'Espagne. Et l'affiche est belle. Tous sont là pour travailler et s'amuser, bien manger. Femmes et enfants, quand il y en a, vont à la plage toute la journée.
Les magiciens commencent leur rude journée à 16h30 qui se termine à 23h autour d'une bon­ne table «avec de délicieux petits poissons». Chacun présente une routine suivie de deux ou trois heures de discussion pendant plusieurs jours...
« Puis une journée on filme tout » dit-il heureux avant d'avouer tout en murmures : « La nuit on va dans le jardin et on fait travailler notre ima­ginaire en regardant la mer au loin. Parfois on croit voir l'Afrique ! ».
Juan aime beaucoup l'Amérique du Sud : « Oui je voyage beaucoup là-bas, c'est plus vivant... on par­le de la vie toute la nuit ! ». Et à part la magie il aime quoi notre ar­tiste ? « Les gens, la musique - tout le temps ! - la littérature, le foot­ball, le cinéma... ». Et pas la télé­vision ? « Je déteste ! ».

LA TELEVISION (1961-1993).

Dès 1961, il présente sur l'unique chaîne de télévision espagnole des tours pour les enfants. En 1970 il arrive à convaincre un directeur de chaîne de signer des émissions où il veut présenter du close-up. Dans son bureau, il demande à deux secrétaires de par­ticiper à une routine de canifs. Le directeur est sur le côté et voit toutes les astuces... Les vingt per­sonnes réunies et les deux secrétaires sont fas­cinées, rient. Le directeur qui a tout vu se croit plus malin et signe le contrat... Dès 1973 il est une véritable star de la télévision espagnole avec des séries mensuelles et hebdomadaires. On le reconnaît dans la rue. Il se prête au jeu des photos et des autographes mais n'aime pas ça. Il lui ar­rivera même d'arrêter quelque temps la télévi­sion pour se faire oublier. Rares sont les artistes qui ont besoin de « reconnaissance », au sens d'être vu et adulé du public.

Lors de ses «shows» télévisés où il a carte blanche en étant lié à la production, il invite les plus grands magiciens du monde : Lavand, Gaughan, Williamson, Weber, Ammar, etc. «René Lavand viendra dix fois et mon ami Gaëtan tren­te fois !». Outre le divertissement pur jus, Juan ne manque jamais l'occasion d'apporter une fenêtre sur l'histoire de l'art magique et des grands ma­giciens du passé comme Okito, Thurston, etc. L'histoire de la magie évoquant forcément magie blanche et magie noire, ce grand pays très ca­tholique qu'est l'Espagne n'appréciera pas tou­jours les évocations « diaboliques » liées à l'art magique...
En 2003, sa marionnette fait son apparition aux Guignols de l'info espagnols durant trois ans. Une consécration quand on sait que seules les vedettes des médias ont leur marionnette. Et sont brocardées sans ménagements. Lui est assez épar­gné : « Ils étaient très gentils avec moi et ne se moquaient pas de moi. J'avais toujours un rôle amusant, jamais d'attaques privées ! ». Quand le président Bush était dans l'actualité avec la guerre en Irak... Tamariz apparaissait avec sa ba­guette magique et réglait les problèmes !
En 2003 Juan dit « stop » à la télévision.
Au fond de lui, il n'aime pas la télévision. Voi­re pire. Son intention de départ était de mieux faire connaître l'art magique au grand public. La télévision étant un média incontournable. Esti­mant avoir fait le tour de la question et pour lais­ser la place à d'autres, après avoir ouvert la brèche, Juan annonce en 2003 qu'il arrête la télévision. Toute la presse est là. Il est très respecté des journalistes. Il demande à ce qu'on ne le dé­range pas et, surtout, que l'on ne porte pas at­teinte à sa vie privée. Considéré comme un « people » en Espagne, il a toujours été épargné par les photos de sa vie privée. Une seule fois, pour­tant, une photographe de presse l'attendait à la sortie de la clinique d'où il sortait avec son bébé dans les bras. «Ah non, là je ne suis pas d'ac­cord» dit le papa. Trop fière de son coup elle se moque de sa réaction quand les autres journa­listes interfèrent : «Non, pas question, tu le laisses tranquille !». Et il n'y aura pas de photo dans la presse de caniveau...
LA CARTOMAGIE VIENT D'EUROPE.
Le terrain de la cartomagie est occupé en gran­de partie par des magiciens, des livres, dvd, etc. venant des USA. Assez peu de magiciens espa­gnols ? «Mais la grande cartomagie vient d'Eu­rope, à l'origine. Au XIXème siècle, 60% ou plus des techniques en cartes viennent de livres en français comme les merveilleux livres de Ro­bert-Houdin... mais aussi de livres publiés en Espagne, en Italie et en Angleterre. L'Amérique vient longtemps après !». Même Dai Vernon l'avouera dans un congrès FISM, devant un Mi­chaël Ammar gêné car persuadé que tout ou presque vient du génie des américains. Tamariz, le coquin, en pleine discussion avec Ammar, a vu derrière lui le « professeur » (Vernon) : «On se demande quel est le pays qui a le plus apporté à la cartomagie au XIXème siècle. On peut le demander à n'importe qui au hasard ­- il se retourne vers Dai Vernon - Tenez, vous par exemple professor ?». Et la légende vivante de répondre : «La France, la France... bien sûr, à 100 %»... »

 PAS DE NOSTALGIE.
Juan aime l'histoire de la magie, les magiciens d'hier et d'aujourd'hui « mais pas de nostalgie, non pas du tout » répond-il avec clarté. Pour le taquiner je lui demande s'il trouve l'équivalent, aujourd'hui, de grands noms comme Fred Kaps, Channing Pollock, Dai Vernon, etc. « Tu vas voir » me dit-il en étalant sur la nappe un ruban de cartes à jouer. « Donne-moi des noms de grands réali­sateurs de cinéma des années 1970 ? ». Je m'exé­cute en citant près de dix noms. Lui, à chaque nom cité, pousse une carte hors du jeu. « Et main­tenant donne-moi des grands noms de réalisa­teurs de cinéma d'aujourd'hui ? ». J'en trouve trois ou quatre... Il remet les cartes qui dépas­sent dans le jeu, étale à nouveau un joli ruban de cartes et... POUSSE VERS LE HAUT TOUTES LES CARTES ! La démonstration est faite que moins de grands noms se détachent du lot mais que le niveau général est plus élevé. « Tu peux faire pareil pour la peinture, le théâtre... » dit-il en rangeant ses cartes dans la poche.
Est-ce une avancée pour l'art magique que d'avoir autant de magie sur internet ? «Je n'ai pas d'idée là-dessus... Ou plutôt : j'avais une  idée qui a totalement changé depuis un congrès à San Diego où 350 jeunes, la génération internet, étaient très intéressés par l'histoire de la magie... C'était formidable !».
Notre entretien se termine dans le hall de son hôtel à Mâcon. Il a suivi, de loin, pour des raisons d'horaires (on le sait, il vit la nuit), les Master Class initiées par Stephan Leyshon et Katell. Il donnera plusieurs conférences aussi intermi­nables que géniales ! Il n'est pourtant pas fan de l'esprit « Master Class », de maître à élève. Je lui explique que Jeff Mc Bride, ici, avait justement une attitude très respectueuse des « élèves », plus en suggérant qu'en imposant. Juan préfère les va­leurs de partage et d'échanges que de « celui qui sait et celui qui écoute le maître ». Il a une tech­nique redoutable, humainement formidable, quand quelqu'un lui demande d'être critiqué : « Attends, je vais te montrer ce que je fais et tu me donneras ton avis ». A partir de là, les deux sont sur un plan d'égalité.
Certains magiciens seront oubliés dans peu de temps, sans doute pas Juan Tamariz dont l'œuvre restera dans l'histoire de la magie : ses tech­niques, ses méthodes, sa personnalité, etc. Qu'ai­merait-il que l'on retienne de lui dans cinquante ans ? « La passion de la magie » répond-il sans hésiter. Et dans cent ans ? «La double passion !» dit-il en éclatant de rire et sans se prendre au sérieux. Plus que jamais."

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !