dimanche 10 mai 2020

Compte rendu du livre de Frances A. Yates « La lumière des Rose-Croix » (première partie).


Le livre en question.

 

En  octobre 2016, j’avais été très intéressé par la conférence de Philippe Marlin sur l’ésotériste John Dee pour l’association « L’œil du sphinx » : « Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee ».  

http://jeanfrancoisgerault.blogspot.com/2016/10/compte-rendu-de-la-conference-de.html

En 2019, j’avais rédigé un compte rendu d’un livre sur la Rose-croix : http://jeanfrancoisgerault.blogspot.com/2019/09/histoire-theories-et-pratiques-de-la.html

J’ai noté en 2020 dans un autre article que Philippe Marlin avait de bonnes connaissances sur l’AMORC, (Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis), un mouvement rose-croix : http://jeanfrancoisgerault.blogspot.com/2020/03/compte-rendu-de-louvrage-philippe.html

Les deux sujets se réunissent dans un livre de l’historienne Frances A. Yates « La lumière des Rose-Croix » dans le chapitre « John Dee et l’origine de Christian Rosencreutz ». Voici son analyse :

Le mot rosicrucien est dérivé du nom de Christian Rosencreutz ou « Rose Croix ». Les prétendus Manifestes rosicruciens sont deux brefs pamphlets ou tracts, d'abord publiés à Kassel en 1614 et 1615, dont les titres ont été abrégés en Fama et Confessio. Le héros de ces Manifestes est un certain « Père C.R.C. » ou Christian Rosencreutz, qui est censé être le fondateur d'un Ordre ou d'une Fraternité qui se ranime et à laquelle les Manifestes invitent le public à se joindre ; les Manifestes suscitèrent une grande excitation et, en 1616, une troisième publication laissa une impression accrue de mystère. C'était un roman de chevalerie bizarre dont le titre allemand signifie : Les Noces chymiques de Christian Rosencreutz. Le héros de ces Noces chymiques paraît également lié à un certain Ordre qui utilise comme symbole une croix rouge et des roses.

L'auteur des Noces chymiques est certainement Johann Valentin Andreae. Les Manifestes sont sans aucun doute liés aux Noces Chymiques, bien que n'étant probablement pas l'œuvre d'Andreae, mais celle d'une ou plusieurs personnes inconnues.

Qui était ce Christian Rosencreutz que l'on voit apparaître pour la première fois dans ces publications ?

Les mystifications et les légendes forgées autour de ce personnage et de cet Ordre sont innombrables. Nous allons essayer de nous frayer une route à travers tout cela, par un itinéraire absolument nouveau. Mais commençons d'abord par la question la plus facile : « Qui était Johann Valentin Andreae ? »

Né en 1586, Johann Valentin Andreae était natif du Würtemberg, l'Etat luthérien frontalier du Palatinat. Son grand-père était un théologien luthérien éminent, quelquefois surnommé « le Luther du Würtemberg ».

La situation religieuse contemporaine était la principale préoccupation de son petit-fils, Johann Valentin, qui était également un pasteur luthérien animé d'un intérêt libéral pour le calvinisme. En dépit de désastres sans fin, Johann Valentin nourrit toute sa vie l'espoir d'une solution à long terme de la situation religieuse. Toutes ses activités — tant de pasteur luthérien fervent, intéressé par les problèmes sociaux, que de propagateur de fantaisies rosicruciennes — restaient tournées vers cet espoir. Andreae était un écrivain de talent, dont l'imagination avait été influencée par les comédiens ambulants anglais. En ce qui concerne les premières années de sa vie et les influences qu'il a subies, nous possédons des informations authentiques puisqu'il a écrit son autobiographie. Cette dernière nous apprend qu'en 1601, à l'âge de quinze ans, sa mère, veuve, l'envoya à Tübingen continuer ses études à la fameuse université du Würtemberg. Tandis qu'il étudiait à Tübingen, il fit ses premiers essais de jeune auteur vers 1602 ou 1603. Ces essais comprenaient deux comédies sur les thèmes d' « Esther » et de « Hyacinthe » qu'il écrivit, dit-il, « à l'imitation des acteurs anglais », et un ouvrage intitulé Les Noces chymiques qu'il décrit, sans indulgence, comme un ludibrium, une fiction ou une plaisanterie de piètre valeur.

A en juger par le texte d'Andreae parvenu jusqu'à nous, c'est-à-dire l'œuvre publiée en 1616 et dont Christian Rosencreutz est le héros, la première version du sujet devait être une étude de symbolisme alchimique utilisant le thème du mariage comme symbole du processus alchimique. Cet essai ne pouvait pas être identique à la publication de 1616 qui contient des références aux Manifestes rosicruciens de 1614 et 1615, à l'Electeur palatin, à sa cour de Heidelberg, à son mariage avec la fille de Jacques I er. La première version des Noces chymiques, qui a disparu, avait dû être remise à jour pour la publication de 1616. Néanmoins, cette version perdue a probablement fourni la base de la seconde version.

Nous pouvons assez bien deviner quels événements et influences ont inspiré les premières œuvres d'Andreae à l'époque où il étudiait à Tübingen.

Le duc de Würtemberg régnant était Frédéric I er, alchimiste, occultiste, anglophile enthousiaste dont la passion dominante avait été de s'allier avec Elisabeth Ière et d’obtenir l’Ordre de la Jarretière. Il était allé plusieurs fois en Angleterre dans ce but et semble avoir été un personnage très éminent. La reine l'appelait par son nom de famille « mon cousin Mumpellgart » et l'on s'est souvent posé la question de savoir si certaines allusions énigmatiques de Shakespeare dans Les Joyeuses Commères de Windsor, comme celle à des chevaux loués à l'« Auberge de la Jarretière » par les serviteurs d'un duc allemand, concernaient Frédéric de Wurtemberg.

En 1597, la reine lui octroya son admission à l'Ordre, mais la véritable cérémonie d'investiture ne devait avoir lieu qu'en novembre 1609 lorsque la Jarretière lui fut remise dans sa propre capitale de Stuttgart par une ambassade spéciale de Jacques I er.

 

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 

 

 

 


mercredi 6 mai 2020

Compte rendu du livre « Rompre avec soi-même pour se créer à nouveau » de Joe Dispenza (deuxième partie).


 


Le livre en question.

 

 

La grandeur consiste à maintenir son rêve indépendant de l’environnement

Avant d’examiner les façons possibles de penser plus grand que l’environnement, et donc de rompre avec l’habitude d’être soi-même, je tiens à vous rappeler une chose.

Il est possible de penser plus grand que notre réalité présente. Les livres d’histoire regorgent de noms de femmes et d’hommes qui l’ont fait – Martin Luther King, William Wallace, Marie Curie, Gandhi, Thomas Edison ou Jeanne d’Arc. Chacun de ces individus entretenait dans son esprit le concept d’une réalité future qui existait potentiellement dans le champ quantique. Cette vision était vivante dans un monde intérieur de possibilités existant au-delà des sens et, avec le temps, chacun de ces individus a fait de ces idées une réalité.

Comme points communs, ils avaient tous un rêve, une vision ou un objectif plus grands qu’eux-mêmes. Ils croyaient tous à une destinée future qui était tellement réelle dans leur esprit qu’ils se sont mis à vivre comme si leur rêve se réalisait déjà. Ils ne pouvaient pas le voir ni l’entendre, ni le goûter, le sentir ou le palper, mais ils en étaient tellement possédés qu’ils agissaient avant le temps d’une façon correspondant à cette réalité potentielle avant qu’elle se soit produite. Autrement dit, ils se comportaient comme si leur vision était déjà devenue réalité.

Par exemple, le diktat impérialiste qui plaçait l’Inde sous la loi coloniale au début du dix-neuvième siècle démoralisait les Indiens. Malgré cela, Gandhi croyait à une réalité qui n’était pas encore présente dans la vie de son peuple. Il soutenait sans réserve les idées d’égalité, de liberté et de non-violence avec une conviction inextinguible.

Même si Gandhi désirait la liberté pour tous, la réalité tyrannique de la domination britannique, à cette époque, en était très éloignée. Les croyances classiques s’opposaient à ses espoirs et ses aspirations. Bien que l’expérience de la liberté ne fût pas une réalité lorsqu’il s’engagea à changer l’Inde, il ne laissa pas l’évidente adversité extérieure ébranler son idéal.

Pendant longtemps, le feedback qu’il recevait du monde extérieur ne lui indiquait nullement qu’il faisait avancer les choses. Pourtant, il n’a pas laissé souvent les conditions de son environnement déterminer son état d’être. Il croyait à un futur qu’il ne pouvait pas voir encore ni percevoir par ses sens, mais qui était tellement vivant dans son esprit qu’il ne pouvait pas vivre autrement. Il embrassait une nouvelle vie future tandis qu’il vivait physiquement sa vie présente. Il comprenait que sa manière de penser, d’agir et de ressentir modifierait les conditions de son environnement. Ses efforts ont fini par faire changer sa réalité.

Quand le comportement d’un individu correspond à ses intentions, quand ses actions correspondent à ses pensées, quand son esprit et son corps travaillent de concert, quand ses paroles et ses actes concordent, cet individu possède un pouvoir immense.

 

 Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 


mardi 5 mai 2020

Compte rendu du livre « Rompre avec soi-même pour se créer à nouveau » de Joe Dispenza (première partie).






Joe Dispenza.





Comment se forme l’habitude d’être soi-même

Cette habitude neuronale a pour effet que les deux réalités de l’esprit et du monde extérieur semblent presque inséparables. Par exemple, si vous ne pouvez plus cesser de penser à vos problèmes, votre esprit et votre vie fusionneront. Le monde objectif se colorera des perceptions de votre esprit subjectif et la réalité s’y conformera sans cesse. Vous serez perdu dans l’illusion du rêve.

On pourrait appeler cela une ornière et nous y tombons tous, mais le problème est encore plus profond : ce ne sont pas seulement nos actions qui deviennent répétitives, mais aussi nos attitudes et nos sentiments. Nous avons formé l’habitude d’être nous-mêmes en devenant, en un sens, les esclaves de notre environnement. Notre pensée est devenue tributaire des conditions de notre existence. Ainsi, en tant qu’observateurs quantiques, nous créons un état d’esprit qui réaffirme ces circonstances dans notre réalité. Nous ne faisons que réagir à notre monde extérieur connu et qui ne change pas.

De façon très réelle, nous sommes devenus un effet des circonstances extérieures à nous-mêmes. Nous nous sommes permis d’abandonner le contrôle de notre destinée. Contrairement au personnage incarné par Bill Murray dans le film Un jour sans fin, nous ne luttons même pas contre l’incessante monotonie de notre vie. Pire, nous ne sommes pas les victimes d’une force mystérieuse et invisible qui nous aurait placés dans cette boucle répétitive, mais plutôt les créateurs de cette boucle.

Heureusement, comme nous avons créé nous-mêmes cette boucle, nous pouvons y mettre fin.

Le modèle quantique de la réalité nous apprend que pour changer notre vie, nous devons fondamentalement changer notre manière de penser, d’agir et de ressentir. Nous devons modifier notre état d’être. Comme notre manière de penser, de ressentir et d’agir constitue essentiellement notre personnalité, c’est notre personnalité qui crée notre réalité personnelle. Dès lors, pour créer une nouvelle réalité personnelle, une nouvelle vie, nous devons créer une nouvelle personnalité. Nous devons devenir quelqu’un d’autre.

Changer, c’est penser et agir plus grand que nos circonstances présentes et notre environnement.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 4 mai 2020

La fin du roman "La peste" (1947) d'Albert Camus, le témoignage du docteur Rieux, un témoignage d'actualité par un médecin humaniste.




Albert Camus.



Fin du roman "La peste" d'Albert Camus. A vous de trouver les analogies avec l'épidémie actuelle de coronavirus.


"Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation. Cottard, Tarrou, ceux et celles que Rieux avait aimés et perdus, tous, morts ou coupables, étaient oubliés. Le vieux avait raison, les hommes étaient toujours les mêmes. Mais c'était leur force et leur innocence et c'est ici que, par-dessus toute douleur, Rieux sentait qu'il les rejoignait. Au milieu des cris qui redoublaient de force et de durée, qui se répercutaient longuement jusqu'au pied de la terrasse, à mesure que les gerbes multicolores s'élevaient plus nombreuses dans le ciel, le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s'achève ici, pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l'injustice et de la violence qui leur avaient été faites, et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

Mais il savait cependant que cette chronique ne pouvait pas être celle de la victoire définitive. Elle ne pouvait être que le témoignage de ce qu'il avait fallu accomplir et que, sans doute, devraient accomplir encore, contre la terreur et son arme inlassable, malgré leurs déchirements personnels, tous les hommes qui, ne pouvant être des saints et refusant d'admettre les fléaux, s'efforcent cependant d’être des médecins.

Écoutant, en effet, les cris d'allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu'on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu'il peut rester pendant des dizaines d'années endormi dans les meubles et le linge, qu'il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l'enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse."

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !

dimanche 3 mai 2020

"Les Animaux malades de la peste" de La Fontaine, des analogies avec la situation actuelle provoquée par l'épidémie de coronavirus ?





Jean de La Fontaine.



Les Animaux malades de la peste est la première fable du livre VII situé dans le deuxième recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1678. Cette fable me semble présenter des analogies avec la situation actuelle provoquée par l'épidémie de coronavirus : " Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. " je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi. " , "Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. " 


Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! Quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."


Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !

jeudi 30 avril 2020

Le film de Luis Buñuel, "L’ange exterminateur" (1962), prédiction de ce que nous vivons avec le COVID-19 ?






L'ange exterminateur



Ma femme Wanda Torres m’a donné à lire un article d’un critique de cinéma portoricain, Manuel Martínez Maldonado   :  

Le film de Luis Buñuel, L’ange exterminateur, (1962), lui semble une prédiction de ce que nous vivons avec le COVID-19, avec un ange qui décide de nos vies et qui s'amuse à faire le mal.

« Aux premières minutes d'une soirée mondaine donnée à la sortie de l'opéra par monsieur et madame De Nobile, un couple bourgeois, les domestiques s'en vont l'un après l'autre, sans raison apparente. Seul reste le majordome, Julio. Victimes d'une étrange maladie de la volonté, les invités, quant à eux, ne peuvent pas quitter les lieux ; ils finissent par s'endormir là où le sommeil les saisit. La réception s'étire ainsi sur quatre jours et quatre nuits, dans une promiscuité de plus en plus révoltante. A l'extérieur, la police, les badauds et les domestiques, victimes du même sortilège, ne peuvent pas entrer. L'un des invités, Russell, meurt d'une crise cardiaque. Deux autres, Eduardo et Beatriz, font l'amour dans un cagibi avant de se suicider... La seule solution devient alors de contraindre l'hôte, jugé responsable, au suicide, selon le mécanisme du bouc émissaire. Ce plan funeste échoue de peu grâce à la levée de la malédiction, une des invités ayant l'idée de reproduire un certain moment de la nuit initiale, permettant aux invités de sortir et d'aller à la rencontre des secours qui, de leur côté, n'avaient pas été en mesure de franchir le portail de la maison.

Le film est en quelque sorte circulaire : à la fin, les notables se réunissent dans la cathédrale pour une messe d'action de grâce. Mais à l'issue de la cérémonie, le même mécanisme semble recommencer. On voit alors des moutons gravir l'escalier vers le porche de l'église ; ils entrent dans l'église, et les portes se ferment. À l'extérieur, une émeute éclate. »

Il y a une référence voulue par Buñuel au texte de l’Apocalypse (9,11) et à son ange de l’abîme, Abaddon.

Le nom Abaddon provient d’un mot hébreu signifiant « destruction » ou « abîme ». Le nom grec correspondant est Apollyon (le destructeur).

Ce nom est utilisé comme nom propre pour désigner l'ange exterminateur de l'abîme dans l'Apocalypse de saint Jean ou, dans les Psaumes, le royaume des morts.

Pour voir le film en version originale, cliquez sur ce lien.

Si vous désirez une version sous-titrée, ce sera payant .

C’est tout pour le moment. Amitiés à tous ! 

mardi 28 avril 2020

Pause dans le blog avec un compte rendu de l’ouvrage «Méditer pour agir» du psychothérapeute Lawrence LeShan (cinquième partie).




  
La Bhagavad-Gita.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, j’ai écrit sur un sujet totalement différent : la méditation (en plus abordée par un psychologue).

Lawrence LeShan est un des premiers psychologues à avoir pensé qu’il y avait des facteurs psychiques dans l’origine du cancer dans son livre « Vous pouvez lutter pour votre vie ». « Méditer pour agir » est le premier ouvrage que j’ai lu sur la méditation. Son titre m’avait fasciné : la méditation n’était pas quelque chose d’égoïste, de nombriliste. Elle pouvait aboutir à ce qui semble son contraire, l’action.

Voici un extrait du livre :

« La voie de la méditation n'est pas un chemin facile. Le premier choc de la surprise vient lorsque nous réalisons combien notre esprit est réellement indiscipliné, comment il refuse d'obéir aux injonctions de notre volonté. Après avoir essayé, pendant quinze minutes, de compter seulement nos expirations, sans penser à rien d'autre, nous réalisons que si notre corps refusait si peu que ce soit de coopérer avec notre volonté, comme le fait notre esprit, nous ne sortirions pas vivants d'un passage clouté. Nous trouvons notre pensée occupée à toutes sortes d'autres choses que le simple objet que nous venons de décider de considérer. Sainte Thérèse d'Avila compara un jour l'esprit de l'homme à « un cheval indompté qui va partout sauf là où on lui demande d'aller ».

Platon aussi examina ce problème. Il comparait l'esprit de l'homme à un navire où l'équipage s'est mutiné et a enfermé le capitaine et le pilote. Les matelots ont le sentiment d'une intégrale liberté et dirigent le vaisseau selon leurs humeurs du moment. Un premier marin prend la barre durant une courte période, puis un autre, et le voilier suit une route erratique et hasardeuse, dès lors que les matelots ne sont pas capables de se mettre d'accord sur un cap, et que, même s'ils s'en donnaient un, ils ne sauraient le tenir. La tâche d'un être humain, écrit Platon, est de mater la mutinerie, et de relâcher capitaine et pilote de telle sorte qu'ils aient la liberté de choisir un cap et de gouverner (travailler) de façon consistante et cohérente en sa direction. La véritable liberté n'apparaît que lorsque l'on est libéré des caprices du moment.

On trouve une analogie curieusement similaire dans la Bhagavad-Gita, long poème portant une sérieuse attention à la méditation et au mysticisme, écrit en Inde entre le V°ème et le II ème siècle avant notre ère.

« De même que le vent détourne un navire
de sa course sur les eaux,
de même les vents changeants des sens
font dériver l'esprit de l'homme
et détournent de leur course ses meilleurs jugements.
Lorsqu'un homme peut immobiliser ses sens,
je l'appelle illuminé. »

Réduire la mutinerie dont parle Platon exige un travail long, rigoureux, consistant. Les matelots emploient de multiples stratagèmes pour tourner la discipline. Alors que nous travaillons sérieusement la méditation, il se peut que nous nous trouvions en train de somnoler, de nous ennuyer, de penser à toutes sortes d'autres choses, de résoudre un vieux problème, ou Dieu sait quoi encore, puisque le « cheval indompté » de sainte Thérèse fait tout ce qui est en son pouvoir pour se dérober à la discipline de notre esprit. Cela peut aller jusqu'à la sensation d'être inondé par une intense lumière blanche, et l'étrange sentiment que l'on a atteint l'« illumination » et découvert la vérité ultime de toutes choses. Thomas Merton, qui s'y connaissait en méditation, écrivait, à propos de ce type d'expérience, et de l'attitude qu'elle implique :

« Certaines personnes se persuadent que la vie mystique doit ressembler à un opéra wagnérien. Des événements extraordinaires surviennent sans cesse. Le tonnerre et les éclairs annoncent chaque nouveau mouvement de l'esprit. Les cieux s'ouvrent, et l'âme s'échappe du corps dans l'éclat splendide d'une lumière surnaturelle. C'est à ce moment qu'intervient le face à face avec Dieu, au milieu d'un immense tourbillon d'anges en train de voler, de chanter, et de sonner de la trompette. Alors prend place un éloquent échange de vues entre l'âme et Dieu, sous la forme d'un duo d'opéra qui ne dure pas moins de sept heures, car sept est un nombre mystique. Tout cela est ponctué par des tremblements de terre, des éclipses du soleil et de la lune, et l'explosion de bombes surnaturelles. Enfin, après un bref avant-goût musical de la fin du monde et du Jugement dernier, l'âme réintègre le corps en une pirouette gracieuse, et le mystique, lorsqu'il revient à lui, se découvre entouré par un cercle attentif et fervent de coreligionnaires, parmi lesquels un ou deux prennent subrepticement des notes en vue du procès de canonisation. »

Merton examine ici un cliché culturel majeur concernant la pratique de la méditation et le développement intérieur. Il s'agit de la croyance selon laquelle tout ce qui survient le fait de façon soudaine, et qu'il convient d'écarter, pour en essayer une autre, une discipline de méditation qui ne produirait pas de tels effets. Ce type de croyance donne les « athlètes spirituels » si répandus aujourd'hui parmi les gens intéressés par la méditation. Ils expriment leur manque de discipline en passant, de façon répétée, d'une méthode à une autre, selon l'inspiration du moment, et ils croient réduire la mutinerie dans leur vaisseau intérieur alors même qu'ils en encouragent la victoire. Pour en revenir à notre comparaison avec la gymnastique, on ne s'attend pas à ce qu'un travail continu avec les haltères n'ait aucun effet sur le corps jusqu'au jour où, d'un seul coup, les muscles sortent, le ventre rentre, et on a l'air de Tarzan ou de Raquel Welch. On prévoit plutôt que le processus de changement dans la direction souhaitée sera long, lent, et généralement imperceptible. Il en est de même dans la méditation.

L'une des raisons que l'on donne à ce manque de discipline et à cette dérive d'une mode à l'autre est la relation que donnent les livres sur le Zen de la façon dont sont couronnés les efforts des étudiants qui ont suffisamment travaillé la technique des koans. Soudain, dit-on, ils comprennent le koan, dans la sueur et le tremblement. Le maître leur annonce alors qu'ils ont trouvé la réponse, et résolu le problème posé par ce type particulier de méditation, pour l'avoir suffisamment pratiqué. De cela, le lecteur souvent (et parfois l'étudiant du Zen) donne l'interprétation suivante : ils ont « atteint l'illumination ». Et l'on referme le livre avec un profond soupir d'envie et d'espoir. Mais, si, au lieu de refermer le livre, on tourne la page, on remarquera que l'étudiant reçoit alors un nouveau koan sur lequel travailler, et qu'il continue à pratiquer la méditation. On ne parle plus d'« illumination », le travail continue.

Le cardinal Newman écrivit qu'il n'y a pas réellement de conversion soudaine, mais que parfois, à l'issue d'un long travail, on réalise soudainement ce que l'on est déjà (en bouddhisme, c’est la doctrine du Tathagatagarbha, l’Eveil originel) (pour les gnostiques, des étincelles ou graines de l'Être divin (éons) sont emprisonnées dans les corps humains. Réveillé par la connaissance (gnose), l'élément divin de l'humanité peut retourner vers ce qui est sa place normale, le royaume céleste transcendant).  »

.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !