dimanche 1 mars 2026

La conscience de Victor Hugo (deuxième partie)


« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’oeil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l’on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l’aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet oeil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours ! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfants de Seth ;
Et l’on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des noeuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer ;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d’entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L’oeil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit :  » Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.


mardi 26 août 2025

La conscience de Victor Hugo (première partie),



Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.

mercredi 20 août 2025

De qui sont ces vers libres ? (concours du mercredi 20 aout 2025).

 




O fortes étoiles sublimes

Et quel fruit entr'aperçu dans le noir abîme !

Je ne mourrai pas,

Je ne mourrai pas mais je suis immortel.

Car tout meurt mais, je crois, comme une lumière plus pure

Et comme ils font mort de la mort,

De son extermination je fais mon immortalité.

Ironie, le même titre de poème pour un grand et un petit poète.

 


José Maria de Heredia





Soleil couchant par José Maria de Heredia


Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.


Soleil couchant par Jean-François Gérault


Le soleil se couche au lointain 

Et j'aperçois d'étranges ombres

Ce sont celles des grands sapins

Qui dorment dans la forêt sombre.


Pauvre soleil, tu vas mourir.

Déjà s'éteint ta lumière.

Je te vois déjà t'assoupir,

Ressembler à un pauvre hère.


Et en cette nuit fatidique,

Tu veux mourir, mourir sans peur.

C'est un spectacle  magnifique 

Que ton agonie en couleurs


La mer immense semble éteindre 

Ce grand et beau brasier ardent.

En voyant ta mort, à te craindre

Nous apprendrons, nous tes enfants.


dimanche 13 octobre 2024

Extrait de mon livre sur Roger Zelazny, "Roger Zelazny, le mythologue de la science-fiction américaine".


 

Réception critique

 

 

1) Des débuts prometteurs

 

Zelazny publie sa première nouvelle dans Amazing, Le Mystère de la passion, en août 1962. Deux ans plus tard, une de ses nouvelles Une rose pour l’ecclésiaste est nominée pour le prix Hugo. L’année 1965 est l’année des premiers honneurs ; il est nominé au prix Nebula pour sa nouvelle Les Autos sauvages et gagne le Nebula, catégorie novelette, pour Les Portes de son visage, les lampes de sa bouche et catégorie novella pour Le Façonneur. Il lui faut cependant attendre 1966 et la sortie de ses deux premiers romans Le Maître des rêves et Toi l’immortel pour que paraisse sur lui un article dans un fanzine, Cosign, écrit par Mike Ashley. Celui-ci proclame Zelazny « plus grand talent de la décennie » et résume sa carrière d’écrivain. Huit autres articles paraissent la même année. Trois sont particulièrement importants : un de John Bangsund, un autre d’Algis Budrys, le dernier de Ted White. John Bangsound est le plus enthousiaste des trois et affirme dans l’Australian Science Fiction Review que Toi l’immortel est une « superbe création ». Cette année-là, Toi l’immortel gagne le prix Hugo, catégorie roman, et trois nouvelles de Zelazny sont nominées pour différents prix.

En 1967, à nouveau un article d’Algis Budrys dans Galaxy encense Zelazny pour son recueil de nouvelles Une rose pour l’Ecclésiaste. Il affirme que Zelazny est au début de son apogée et le compare aux plus grands auteurs. Egalement, l’introduction de Theodore Sturgeon à ce recueil est particulièrement importante ; Zelazny y est adoubé par un de ses pairs, un auteur qu’il révère particulièrement et qui a été une de ses sources d’inspiration. Le préfacier présente avec humour tout le bien qu’il pense de Zelazny :

« Les authentiques poètes en prose, ce n’est pas cela qui manque mais, bien souvent, quand on fait appel pour les jauger aux critères du rythme et de la structure, que de déboires ! Par ailleurs, nous avons indiscutablement eu de grands conteurs dont les récits sont solidement architecturés, construits à chaux et à sable, efficaces de la première à la dernière ligne. Seulement, et plus souvent qu'a leur tour, leur style est une sorte de magma indigeste péniblement agencé. Bien rare, hélas, sont ceux que j’appellerai des «experts ès personnages», des écrivains possédant le don particulier de créer des héros mémorables, plus réels, en quelque sorte, que des modèles bien photographiés... des êtres vivants qui changent comme change tout ce qui est vivant, pas simplement pendant qu’on lit le livre, mais qui changent aussi dans le souvenir du lecteur à mesure que celui-ci vit et change, qu'il devient capable d'ajouter un peu de lui-même a ce que l'auteur lui a apporté. Mais, là encore, les « experts ès personnages» ont tendance à faire du don précieux qui est le leur une obsession (et à susciter de petites chapelles de fanatiques qui en font autant) et à traiter par-dessus la jambe la construction de l’œuvre et son contenu. Une comparaison me vient à l'esprit: une pièce de théâtre bénéficiant d'une distribution admirable, adroitement montée, mais dont on aurait omis d'écrire le scénario.

Peut-être pensez-vous que je m'apprête à dire que Zelazny nous prodigue tous ces trésors et évite toutes ces chausse-trapes, que rien, chez lui, ne manque à I'appel la substance et la construction, la fin et les moyens, la texture, la cadence et le rythmeEh bien, vous avez tout à fait raison. »

C’est aussi la période où Harlan Ellison publie Dangereuses visions, un recueil à la gloire de la nouvelle science-fiction. Bien sûr, Zelazny est de la partie et lui fournit sa nouvelle Auto-da-fe. Dans son introduction, l’enthousiaste Harlan Ellison affirme que Zelazny est la réincarnation de Geoffrey Chaucer.

Mais des critiques se font jour également comme celle de Richard Delap dans le fanzine Yandro qui considère le roman Seigneur de lumière comme un « inepte fouillis ». Alexis A. Gilliland, dans The WSFA Journal, écrit au sujet d’Une rose pour l’Ecclésiaste que Zelazny est devenu plus compliqué, à la limite d’une écriture compréhensible.

Toutefois, malgré ces quelques égratignures, l’accueil pour Seigneur de lumière et Une rose pour l’ecclésiaste est dans l’ensemble très favorable et consacre Zelazny comme un des nouveaux grands auteurs de science-fiction.

 

2) Un auteur majeur

 

Par la suite, les articles sur Zelazny sont si nombreux qu’il est impossible de tous les citer. Mentionnons quand même en 1968 un article de Brian Stableford, un des grands de la science-fiction dans le fanzine Speculation mais aussi une étude de 11 pages par une autre vedette du genre, Samuel R. Delany, « Faust and Archimedes » qui fait le parallèle entre Zelazny et un autre auteur Thomas. M Disch. Il compare Zelazny aux meilleurs écrivains de littérature générale et le relie au symbolisme, à ce qu’il appelle le « symbolisme intensif ». La caractéristique de ce mouvement est « d’intensifier la perception immédiate de l’existence grâce à une langue vive et concentrée ». Il considère les premiers romans de Zelazny comme « les plus élégants exemples de symbolisme intensif dans la prose américaine ».

De même, il est impossible à partir de ce moment de citer toutes les nominations de Zelazny à différents prix puisqu’il sera nominé tous les ans pour le Hugo et le Nebula jusqu’à sa mort en 1994 (à l’exception de cinq années 1970, 1978, 1989, 1991, 1992), soit presque trente ans de nominations presque constantes. Citons les prix les plus importants qu’il reçut par la suite : prix Hugo, catégorie roman pour Seigneur de lumière en 1968, prix Nebula, catégorie novella, en 1975, et prix Hugo, catégorie novella, en 1976 pour Le Retour du bourreau, prix Hugo, catégorie novella, en 1982 pour Les licornes sont contagieuses, prix Hugo, catégorie novella, en 1986 pour Twenty-four views of Mont Fuji, by Hokusaï, prix Hugo, catégorie novelette en 1987 pour Permafrost.

Si l’on fait un décompte rapide, on s’aperçoit que Zelazny a gagné six fois un prix Hugo, trois fois un prix Nebula, qu’il a été nominé treize fois pour un Hugo et seize fois pour un Nebula.

L’étape suivante dans la consécration de Zelazny fut le mémoire de maîtrise de Thomas Frances Monteleone à l’Université de Maryland en 1973 « Science Fiction as Literature : Selected Stories and Novels of Roger Zelazny » . Le titre est signifiant : la science-fiction de Zelazny est considérée comme de la littérature. Elle est consacrée par l’Université.

Thomas Frances Monteleone a utilisé les commentaires de Zelazny sur son œuvre et sur ses buts enregistrés au magnétophone. Il rappelle la théorie du critique Northrup Frye selon laquelle la science-fiction peut former une nouvelle mythologie parce qu’elle est une littérature qui utilise encore le mythique.

Monteleone considère que l’immortalité est le thème majeur de Zelazny. Il trouve dans son œuvre un grand appétit de vie et une confiance totale en l’homme pour venir à bout des difficultés de l’existence.

Par la suite paraîtront trois ouvrages sur la vie et l’œuvre de Zelazny : un livre de son ami Carl Yoke en 1979, Roger Zelazny, un livre de Theodore Krulik en 1986, Roger Zelazny, une étude réalisée par sa dernière compagne Jane Lindskold, parue en 1993 deux ans avant sa mort.

L’œuvre de Zelazny a donné lieu également à quatre ouvrages bibliographiques, un de Joseph Sanders en 1981, un de Daniel Levack en 1983, un autre de Phil Stephenson-Payne en 1991, un dernier de Christopher Stephens en 1993.

 

3)  Une réception française enthousiaste

Une rose pour l'Ecclésiaste paraît en France dans le mensuel Fiction n° 151 en juin 1966, soit trois ans après sa sortie aux Etats-Unis. Suivent en décembre de la même année dans la même revue En cet instant de la tempête et en mai 1967, Les Portes de son visage, les lampes de sa bouche.

Mais la reconnaissance française lui vient véritablement avec son roman L’Ile des morts publié en 1971 dans Galaxie-bis et mis en valeur par la remarquable traduction d’Alain Dorémieux. Un article du Monde de Jacques Goimard résume l’impression générale :

«[…] Zelazny rénove de façon fort habile le mythe homérique du héros accompagné et protégé par les dieux, si habile même que nous ne savons jamais si ces dieux existent ou non, ce qui suffirait, pour les puristes à faire de L'Ile des morts un roman fantastique. C'est une épopée pourtant, et de la plus haute volée : l'auteur a beau suggérer que ces dieux sont fantasmatiques, il ne les en prend pas moins au sérieux, et son duel final, qui dure trente pages, est digne de Hugo par l'intensité dramatique et visionnaire.

Un tel mélange de sublime et de subtil situe Zelazny comme un poète plutôt que comme un romancier. De fait, l'ultime vision de son héros dans le pays des morts, au terme de sa quête, est typiquement mallarméenne : seules ses œuvres lui apparaissent au fond de la nuit. Et sa prédilection pour les descriptions insolites et splendides, son style précieux et flamboyant (admirablement rendu par un traducteur digne de ce nom - Alain Dorémieux) achève de faire de lui ce que fut Sturgeon pour la génération précédente : un Pur écrivain n'existant que par les mots. »

L’Ile des morts gagne en 1972 le prix Apollo, l’équivalent français du prix Hugo, qui a été créé cette année-là. Zelazny est interviewé dans les deux grandes revues de science-fiction de l’époque Fiction et Galaxie, par Patrick Duvic dans Fiction n° 227, par P. Noël dans Galaxie, n° 96.

En 1973, après Royaumes d'ombre et de lumière, paraît Toi l'immortel dans la mythique collection « Présence du futur » qui donne lieu à un autre article enthousiaste du critique du Monde, Jacques Goimard. Il désigne Zelazny comme « un maître de la poésie et de l'insolite, le plus important sans doute en science-fiction depuis Bradbury ».

Une nouvelle étape de la reconnaissance de Roger Zelazny en France a été la parution sur son œuvre d’un Livre d’or de la science-fiction en décembre 1983. C’est Marcel Thaon, un psychanalyste spécialiste de science-fiction, qui préface l’anthologie, remarquable panorama des meilleures nouvelles de Zelazny. Pour la première fois, une bibliographie exhaustive de l’œuvre de Zelazny y est réalisée en français.

La critique et le lectorat français seront toujours fidèles à Zelazny jusqu’à son décès en 1995. Une nouvelle bibliographie française a été réalisée sur son œuvre en 2001 à l’occasion de la sortie de Lord Démon, un roman qu’il avait écrit en collaboration avec Jane Lindskold. Le fanzine Présences d’esprit a sorti en 2002 un très bon numéro spécial sur sa vie et son œuvre.

 

 

 

 

mercredi 4 octobre 2023

"La vraie vie d'un magicien" par Adrien Wild, meilleur spectacle de magie et de mentalisme de l'année 2023.

 



Il  est beau, il est dynamique, il est sympathique. Qui plus est, il est un excellent  technicien et praticien de la magie. Que peut-on dire de plus ? Ah si, à son spectacle, ce lundi 2 octobre  2023,il y avait tout le gratin de la prestidigitation et du show-biz, qui a admiré sa superbe performance, comme Claude Gilson de l'Ordre Européen des Mentalistes , Max du magasin de magie Magic Dream, Sophie Darel, etc., etc., etc.   

Adrien Wild sait tout effectuer en magie, de grandes illusions comme la lévitation, du mentalisme, en prédisant les pensées des spectateurs, des tours de cordes, d'anneaux (et j'en oublie).

Mon plaisir a été très intense car il m'a semblé, par moment, voir ressuscités les spectacles du grand John Nevil Maskelyne  et de l'Egyptian Hall .

Alors, comme l'écrivait Victor Hugo,

"Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai "

pour voir la prochaine représentation de "La vraie vie d'un magicien" d'Adrien Wild.