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dimanche 10 janvier 2021

Compte rendu de l’interprétation du thème astral du Dalaï-Lama par Vincent Godbout, co-créateur du logiciel d’astrologie Mastro.

  


La force du bouddhisme.

 

Sa Sainteté le Dalaï-Lama a engagé hier, 10 janvier 2021, une conversation sur Facebook au sujet de la crise causée par les conséquences du changement climatique avec Greta Thunberg, militante écologiste, William Moomaw (auteur principal des rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, GIEC,  et co-lauréat du prix Nobel de la paix 2007) et Susan Natali (scientifique arctique renommée) depuis sa résidence à Dharamsala en Inde. La conversation a été animée par Diana Chapman Walsh, présidente émérite du Wellesley College et organisée par le Mind & Life Institute.

J’avais lu il y a de cela de nombreuses années la remarquable interview qu’il avait accordée en février 1994 à l’écrivain français, spécialiste des spiritualités, Jean-Claude Carrière, qui s’intitule « La force du bouddhisme » et ma pensée de l’époque en avait été influencée

C’est donc avec un grand intérêt et beaucoup de curiosité que j’ai visionné l’interprétation du thème astral du Dalaï-Lama par Vincent Godbout effectuée grâce à son logiciel d’astrologie Mastro.

Le Dalaï-Lama, dans son ciel de naissance, a la lune en vierge et celle-ci fait un sextile à Jupiter. Dans le résultat de recherche rapide du logiciel Mastro,  le premier mot qui apparaît est « empathie », ce qui paraît convenir parfaitement au Dalaï-Lama, qui en tant que bouddhiste pratique évidemment quotidiennement l’empathie, par exemple dans la méditation de la compassion (metta-bhavana, voir l’article du blog  sur ce sujet ).

 Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.

 

mardi 28 avril 2020

Pause dans le blog avec un compte rendu de l’ouvrage «Méditer pour agir» du psychothérapeute Lawrence LeShan (cinquième partie).




  
La Bhagavad-Gita.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, j’ai écrit sur un sujet totalement différent : la méditation (en plus abordée par un psychologue).

Lawrence LeShan est un des premiers psychologues à avoir pensé qu’il y avait des facteurs psychiques dans l’origine du cancer dans son livre « Vous pouvez lutter pour votre vie ». « Méditer pour agir » est le premier ouvrage que j’ai lu sur la méditation. Son titre m’avait fasciné : la méditation n’était pas quelque chose d’égoïste, de nombriliste. Elle pouvait aboutir à ce qui semble son contraire, l’action.

Voici un extrait du livre :

« La voie de la méditation n'est pas un chemin facile. Le premier choc de la surprise vient lorsque nous réalisons combien notre esprit est réellement indiscipliné, comment il refuse d'obéir aux injonctions de notre volonté. Après avoir essayé, pendant quinze minutes, de compter seulement nos expirations, sans penser à rien d'autre, nous réalisons que si notre corps refusait si peu que ce soit de coopérer avec notre volonté, comme le fait notre esprit, nous ne sortirions pas vivants d'un passage clouté. Nous trouvons notre pensée occupée à toutes sortes d'autres choses que le simple objet que nous venons de décider de considérer. Sainte Thérèse d'Avila compara un jour l'esprit de l'homme à « un cheval indompté qui va partout sauf là où on lui demande d'aller ».

Platon aussi examina ce problème. Il comparait l'esprit de l'homme à un navire où l'équipage s'est mutiné et a enfermé le capitaine et le pilote. Les matelots ont le sentiment d'une intégrale liberté et dirigent le vaisseau selon leurs humeurs du moment. Un premier marin prend la barre durant une courte période, puis un autre, et le voilier suit une route erratique et hasardeuse, dès lors que les matelots ne sont pas capables de se mettre d'accord sur un cap, et que, même s'ils s'en donnaient un, ils ne sauraient le tenir. La tâche d'un être humain, écrit Platon, est de mater la mutinerie, et de relâcher capitaine et pilote de telle sorte qu'ils aient la liberté de choisir un cap et de gouverner (travailler) de façon consistante et cohérente en sa direction. La véritable liberté n'apparaît que lorsque l'on est libéré des caprices du moment.

On trouve une analogie curieusement similaire dans la Bhagavad-Gita, long poème portant une sérieuse attention à la méditation et au mysticisme, écrit en Inde entre le V°ème et le II ème siècle avant notre ère.

« De même que le vent détourne un navire
de sa course sur les eaux,
de même les vents changeants des sens
font dériver l'esprit de l'homme
et détournent de leur course ses meilleurs jugements.
Lorsqu'un homme peut immobiliser ses sens,
je l'appelle illuminé. »

Réduire la mutinerie dont parle Platon exige un travail long, rigoureux, consistant. Les matelots emploient de multiples stratagèmes pour tourner la discipline. Alors que nous travaillons sérieusement la méditation, il se peut que nous nous trouvions en train de somnoler, de nous ennuyer, de penser à toutes sortes d'autres choses, de résoudre un vieux problème, ou Dieu sait quoi encore, puisque le « cheval indompté » de sainte Thérèse fait tout ce qui est en son pouvoir pour se dérober à la discipline de notre esprit. Cela peut aller jusqu'à la sensation d'être inondé par une intense lumière blanche, et l'étrange sentiment que l'on a atteint l'« illumination » et découvert la vérité ultime de toutes choses. Thomas Merton, qui s'y connaissait en méditation, écrivait, à propos de ce type d'expérience, et de l'attitude qu'elle implique :

« Certaines personnes se persuadent que la vie mystique doit ressembler à un opéra wagnérien. Des événements extraordinaires surviennent sans cesse. Le tonnerre et les éclairs annoncent chaque nouveau mouvement de l'esprit. Les cieux s'ouvrent, et l'âme s'échappe du corps dans l'éclat splendide d'une lumière surnaturelle. C'est à ce moment qu'intervient le face à face avec Dieu, au milieu d'un immense tourbillon d'anges en train de voler, de chanter, et de sonner de la trompette. Alors prend place un éloquent échange de vues entre l'âme et Dieu, sous la forme d'un duo d'opéra qui ne dure pas moins de sept heures, car sept est un nombre mystique. Tout cela est ponctué par des tremblements de terre, des éclipses du soleil et de la lune, et l'explosion de bombes surnaturelles. Enfin, après un bref avant-goût musical de la fin du monde et du Jugement dernier, l'âme réintègre le corps en une pirouette gracieuse, et le mystique, lorsqu'il revient à lui, se découvre entouré par un cercle attentif et fervent de coreligionnaires, parmi lesquels un ou deux prennent subrepticement des notes en vue du procès de canonisation. »

Merton examine ici un cliché culturel majeur concernant la pratique de la méditation et le développement intérieur. Il s'agit de la croyance selon laquelle tout ce qui survient le fait de façon soudaine, et qu'il convient d'écarter, pour en essayer une autre, une discipline de méditation qui ne produirait pas de tels effets. Ce type de croyance donne les « athlètes spirituels » si répandus aujourd'hui parmi les gens intéressés par la méditation. Ils expriment leur manque de discipline en passant, de façon répétée, d'une méthode à une autre, selon l'inspiration du moment, et ils croient réduire la mutinerie dans leur vaisseau intérieur alors même qu'ils en encouragent la victoire. Pour en revenir à notre comparaison avec la gymnastique, on ne s'attend pas à ce qu'un travail continu avec les haltères n'ait aucun effet sur le corps jusqu'au jour où, d'un seul coup, les muscles sortent, le ventre rentre, et on a l'air de Tarzan ou de Raquel Welch. On prévoit plutôt que le processus de changement dans la direction souhaitée sera long, lent, et généralement imperceptible. Il en est de même dans la méditation.

L'une des raisons que l'on donne à ce manque de discipline et à cette dérive d'une mode à l'autre est la relation que donnent les livres sur le Zen de la façon dont sont couronnés les efforts des étudiants qui ont suffisamment travaillé la technique des koans. Soudain, dit-on, ils comprennent le koan, dans la sueur et le tremblement. Le maître leur annonce alors qu'ils ont trouvé la réponse, et résolu le problème posé par ce type particulier de méditation, pour l'avoir suffisamment pratiqué. De cela, le lecteur souvent (et parfois l'étudiant du Zen) donne l'interprétation suivante : ils ont « atteint l'illumination ». Et l'on referme le livre avec un profond soupir d'envie et d'espoir. Mais, si, au lieu de refermer le livre, on tourne la page, on remarquera que l'étudiant reçoit alors un nouveau koan sur lequel travailler, et qu'il continue à pratiquer la méditation. On ne parle plus d'« illumination », le travail continue.

Le cardinal Newman écrivit qu'il n'y a pas réellement de conversion soudaine, mais que parfois, à l'issue d'un long travail, on réalise soudainement ce que l'on est déjà (en bouddhisme, c’est la doctrine du Tathagatagarbha, l’Eveil originel) (pour les gnostiques, des étincelles ou graines de l'Être divin (éons) sont emprisonnées dans les corps humains. Réveillé par la connaissance (gnose), l'élément divin de l'humanité peut retourner vers ce qui est sa place normale, le royaume céleste transcendant).  »

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Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !



vendredi 30 août 2019

Le temps ne vous fera pas oublier, il vous fera mûrir et comprendre.




Sans commentaire.


Ce texte est une traduction d’un article du site « Rincon del Tibet »  

Avec le temps, j'ai appris la différence subtile entre prendre la main de quelqu'un et enchaîner une âme.

Avec le temps, j'ai appris que l'amour ne signifie pas compter sur quelqu'un et que la compagnie ne signifie pas la sécurité. Avec le temps, j'ai commencé à comprendre que les baisers ne sont pas des contrats, ni des cadeaux prometteurs.

Avec le temps, j'ai appris que le fait d'être avec quelqu'un parce que cela vous offre un avenir prometteur signifie que tôt ou tard vous voudrez revenir à votre passé. 

Avec le temps, vous vous rendez compte que le fait de se marier simplement parce que « c'est urgent » est un avertissement clair que votre mariage sera un échec. 

Avec le temps, j'ai compris que seul celui qui peut t'aimer avec tes défauts, sans essayer de te changer, peut te donner tout le bonheur que tu désires.

Avec le temps, vous réalisez que si vous êtes à côté de cette personne juste pour accompagner votre solitude, vous finirez inévitablement par ne plus vouloir la revoir.

Avec le temps, vous réalisez que les vrais amis valent beaucoup plus que n'importe quelle somme d'argent.

Avec le temps, j'ai compris que les vrais amis se comptent sur les doigts et que celui qui ne se battra pas pour eux tôt ou tard ne sera entouré que de fausses amitiés.

Avec le temps, j'ai appris que les mots prononcés dans un moment de colère peuvent continuer à blesser celui que vous avez blessé, tout au long de votre vie.

Avec le temps, j'ai appris que s'excuser, tout le monde le pratique, mais pardonner ne concerne que les grandes âmes.

Avec le temps, j'ai compris que si vous avez gravement blessé un ami, l'amitié ne sera probablement plus jamais la même.

Avec le temps, vous réalisez que même si vous êtes heureux avec vos amis, vous pleurerez un jour pour ceux que vous avez laissé partir.

Avec le temps, vous réalisez que chaque expérience vécue avec chaque personne est irremplaçable.

Avec le temps, vous réalisez que celui qui humilie ou méprise un être humain subira tôt ou tard les mêmes humiliations ou le même mépris multiplié par deux.

Avec le temps, j'ai appris à construire toutes mes routes aujourd’hui, car le terrain de demain est trop incertain pour faire des plans.

Avec le temps, j'ai compris que précipiter les choses ou les forcer à se produire les empêcherait d'être comme on les attend.

Avec le temps, vous réalisez que la meilleure chose n'était pas vraiment l'avenir, mais le moment où vous vivez.

« Mais malheureusement ... nous ne comprenons cela qu'avec le temps. »
Jorge Luis Borges

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

jeudi 22 août 2019

J'aime ma manière d’être : je n'ai pas besoin de plaire à tout le monde.



Sans commentaire.


Cet article est une traduction d'un texte du site "Rincon del Tibet".


"Ma manière d'être est authentique et je n'ai pas besoin de simuler ce que je ne suis pas pour plaire à tout le monde. Je pratique la valeur de la dignité personnelle depuis longtemps, je ne suis l'esclave de personne et je n'ai pas besoin de l'approbation d'autres personnes pour être heureux.

Il est essentiel que nous parvenions à cette conclusion le plus tôt possible dans notre cycle de vie. 
C'est un aspect que chaque adolescent devrait assumer et que chaque personne devrait pratiquer pour atteindre un équilibre intérieur et un bien-être émotionnel adéquats.

Je ne suis pas ce que vous espérez, acceptez-moi pour ce qui me définit, pour ma manière d'être, pour ma manière de vous rendre heureux : construisons un monde où ni vous ni moi ne nous efforcerons de cesser d'être « vous et moi ».

Nous savons qu'il n'est pas toujours facile d'agir de la sorte. À l'intérieur, nous avons le sentiment que si nous ne plaisons pas à tout le monde, nous ne serons pas acceptés. Cependant, la vie ne se construit pas avec le besoin de plaire : il est suffisant de savoir se respecter soi-même.

On ressent le besoin de plaire à la famille de notre conjoint, de s’entendre avec ses amis, de s’intégrer à tous ses collègues et aux personnes qui font partie de ses cercles sociaux. Cependant, la première chose que chaque personne devrait garder à l'esprit, c'est qu'il est impossible de plaire à tout le monde. Chaque personne est unique, nous avons tous notre manière d’être, de voir le monde, de vivre.

Si vous ne m'aimez pas, au moins, acceptez-moi, respectez-moi. Très probablement, il y a un aspect de moi qui nous unit ; très probablement, malgré nos différences, nous pouvons nous enrichir d'une certaine manière. Et si cela ne se produit pas, il n’arrivera rien non plus. L'essentiel est que nous nous acceptions nous-mêmes : l'amour de soi est une relation qui doit durer toute une vie.

Vous êtes un cadeau pour vous-même et personne ne peut vous dire le contraire. Vous seul savez ce que vous avez vécu, ce que vous avez surmonté ; votre manière d’être est la fenêtre qui vous permet de voir le monde avec toute son intensité, dans la liberté et l’intégrité.

Je suis comme je suis, je ne prétends pas être une version de quiconque ni une marionnette guidée par des fils étrangers : j'ai une voix et un cœur et je sais ce que je mérite dans cette vie pour être heureux.

Notre manière d'être ne se définit pas simplement en disant que nous sommes extravertis, timides ou introvertis. C'est un amalgame de nuances où sont inscrits des expériences vitales, des pensées et des apprentissages. Ce sont des échecs et des blessures mais ce sont aussi des triomphes et des chemins parcourus avec bonheur.

Le malheur nous donne des enseignements et le bonheur nous guide ; chaque expérience construit notre manière d’être, où se trouvent également des styles éducatifs intégrés, des valeurs que nous assumons ou que nous abandonnons, et l’essence de chaque personne qui traverse notre vie.

Votre manière d'être est l'énergie qui vous pousse et qui doit poser des barrières contre ce que vous ne voulez pas dans votre vie, ce qui ne vous définit pas.

Les personnes qui essaient de plaire à tout le monde recherchent avant tout l’approbation. C'est à ce moment qu'ils se sentent intégrés, mais si nous nous limitons à demander l'approbation au jour le jour, nous cesserons d'être nous-mêmes.

Le psychologue et écrivain Wayne Dyer avait l'habitude de dire que 50% des personnes que nous rencontrons chaque jour seront probablement en désaccord avec nos opinions. Si, dans certaines occasions, vous rencontrez quelqu'un qui n'aime pas ce que vous dites ou ce que vous faites, ne vous inquiétez pas : il y 50 % d’autres personnes qui vous soutiendront.

Quand nous sommes enfants, nous sommes sensibilisés à la nécessité d’aimer tout le monde : il faut sourire, serrer la main, s’asseoir correctement, ne pas faire ceci, ne pas faire cela... Nous passons une bonne partie de notre vie à « chercher l’approbation », jusqu’au jour où, tout è coup, nous réalisons que plaire à tout le monde est impossible.

Essayer de faire plaisir à tout le monde va vous rendre malheureux.

Le bouddhisme nous le dit depuis l'Antiquité : si vous essayez de plaire à tout le monde, vous ne trouverez que de la souffrance et du malheur. Cela ne vaut pas la peine, il n’est pas nécessaire d’aimer celui qui a un cœur égoïste, qui ne vous reconnaît pas, qui manque de noblesse, et qui ne correspond tout simplement pas à votre manière de comprendre le monde.

Je fais partie de tout ce que j'ai rencontré sur mon chemin, ma manière d'être est mon essence et mon identité. Il m'a fallu beaucoup de temps pour arriver là où je suis et je ne peux pas me permettre de me montrer comme une chose que je ne suis pas, seulement pour vous rendre heureux.

Si nous y réfléchissons, rien ne pourrait nous apporter plus de stress et de souffrance émotionnelle que d’essayer de plaire à tout le monde. Cependant, nous savons aussi que « ne pas plaire » peut nous causer plus d’une critique et d’un reproche.

Comprenez que les critiques qu’on vous adresse sont davantage liées à celui qui les envoie qu’à leur destinataire. Ils ne vous définissent pas ; parfois ce n’est rien de plus que le reflet de la frustration de ceux qui vous critiquent.

Il n’est pas sain de vivre sa vie suspendu à l’opinion des autres, ni sous le joug de la recherche de leur approbation : vous deviendrez un esclave du monde au lieu d’être le propriétaire de votre cœur.

La vie est diversité et les gens ont tellement de nuances qu’il vaut la peine d’être unique, d’être authentique et de toujours préserver une dignité suffisante. Aimez-vous pour ce que vous êtes, aimez-vous pour qui vous êtes."

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !



dimanche 3 mars 2019

Dix enseignements de Bouddha (traduction d’un article du site « Rincon del Tibet »).



Dix enseignements de Bouddha. 


Ce texte est une traduction d’un article du site « Rincon del Tibet »

Il est la suite de celui-ci.

Qu'est-ce qui peut vous aider à changer votre vie pour le meilleur et à vous débarrasser de ce qui est en trop ?

Bouddha Gautama était un maître spirituel et le fondateur du bouddhisme dans l'Inde ancienne. Ses enseignements ont été compilés par ses disciples.

Nous vous proposons de prêter attention à ces enseignements qui, bien qu’ils ne vous obligent à rien, peuvent changer votre vie de la meilleure façon possible.

1. Partir de peu est normal

Une cruche se remplit petit à petit, goutte à goutte. Un homme sage se remplit progressivement de bien.
Ralph Waldo Emerson a déclaré que « chaque enseignant était au moins une fois un apprenti ». Nous avons tous commencé à partir de peu, ne l'oubliez pas. Si vous êtes organisé et patient, vous réussirez. Personne ne reçoit rien de bon du jour au lendemain. Béni soit celui qui est prêt à commencer à partir de peu et qui travaille avec constance jusqu'à ce que sa cruche se remplisse.

2. Les pensées sont de la matière

 « Tout ce que nous sommes provient de nos pensées. Avec nos pensées, nous construisons le monde. Parlez ou agissez avec un esprit pur et le bonheur vous suivra, inséparable comme votre ombre. »
Bouddha a dit : « Tout est dans l'esprit. Nous devenons ce que nous pensons ». Pour vivre correctement, vous devez remplir votre esprit de « bonnes » pensées. Les mauvaises pensées vous détruisent. Votre façon de penser définit vos actions, vos actions définissent vos résultats. Si vous changez votre façon de penser, vous changerez aussi votre vie. Bouddha a dit ; « Les actes erronés dépendent de l'esprit. Si votre façon de penser change, y aura-t-il encore des actes erronés ? ».

3. Pardonner

« La haine n'est pas apaisée par la haine, mais par l’amour. »
Lorsque vous libérez ceux que vous mettez en prison du fait de votre manque de pardon, vous vous libérez vous-même. Il n'est pas possible de faire du mal à quelqu'un sans se faire aussi du mal à soi-même. Apprenez à pardonner le plus vite que vous pourrez. Bouddha a déclaré : « Il n'y a pas de feu dans le monde plus fort que la passion, pas de requin plus féroce que la haine, pas d'ouragan plus dévastateur que la cupidité. ».

4. Les actions sont importantes

« Si vous devez faire quelque chose, faites-le de tout cœur. »
Pour grandir, il faut travailler tous les jours. Le proverbe dit : «  Dieu donne à manger un vermisseau à chaque oiseau, mais il ne le jette pas dans son nid ». Si vous vous êtes engagé à réaliser quelque chose, faites-le de tout votre cœur.

5. Essayez de comprendre l'autre

« Répondez toujours avec bienveillance ; ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de rendre ce monde meilleur. Répondez avec gentillesse ou ne répondez pas. Si vous répondez par le mal au mal, il y aura plus de mal encore. »
Stephen Covey a déclaré: « Essayez d'abord de comprendre, et seulement après essayez d'être compris. » C'est facile à dire mais difficile à faire : vous devez utiliser toute votre énergie pour comprendre le point de vue de l'autre. Lorsque vous vous sentez en colère, essayez d’oublier votre colère. Écoutez les autres et essayez de comprendre leur point de vue et vous recevrez de la tranquillité en retour. Concentrez-vous sur le fait d'être heureux plutôt que d'avoir raison.

6. Contrôlez votre propre esprit

 « Maîtrise tes paroles, maîtrise tes pensées, ne fais de mal à personne. Suivez ces indications fidèlement et vous avancerez sur le chemin des sages. » 
La plus grande victoire est celle qui s'obtient sur soi-même. Pour l’emporter sur vous-même, vous devez contrôler votre esprit. Vous devez contrôler vos pensées, vous ne devez pas les laisser errer comme les vagues de la mer. Vous pouvez penser : « Je ne peux pas contrôler mes pensées, les pensées apparaissent par elles-mêmes. » Il y a une réponse à cela : vous ne pouvez pas empêcher un oiseau de voler au-dessus de vous, mais vous pouvez certainement l’empêcher de faire un nid sur votre tête.

7. Vivre en harmonie

«La victoire génère le ressentiment qui cède le pas à la haine car le vaincu est malheureux. La plus grande victoire est celle qui s'obtient sur soi-même ».
Ne cherchez pas à l'extérieur ce qui ne peut être que dans votre cœur. Très souvent, nous avons tendance à nous perdre en regardant à l'extérieur, pour ne pas voir la vérité à l'intérieur. L’harmonie n'est pas dans un nouvel emploi, une nouvelle voiture ou un nouveau mariage. L'harmonie est déjà à l’intérieur de nous.

8. Soyez reconnaissant

«La santé est le plus beau des cadeaux, la joie est la plus grande des richesses ».
Il y a toujours quelque chose pour lequel il vaut la peine de remercier. Tout le monde n’a pas été capable de se réveiller aujourd’hui, et hier soir, une personne s’est endormie pour la dernière fois.

9. Soyez fidèle à ce que vous savez

« Tout comme le vent ne secoue pas l’énorme rocher, la flatterie ou le reproche ne remuent pas non plus le sage. »
Nous savons beaucoup de choses mais nous n’agissons  pas toujours en fonction de ce que nous savons. Si vous endurez la défaite, cela ne se produit sûrement pas parce que vous ne saviez pas comment agir ; cela s’est produit parce que vous n'avez pas fait ce que vous saviez qu’il fallait faire. Soyez donc fidèle à vous-même et à ce que vous savez.

10. Partagez votre bonheur

« Des milliers de bougies peuvent être allumées avec une seule bougie et la durée de vie de la bougie ne sera pas raccourcie. Le bonheur ne diminue jamais lorsqu'il est partagé. »
Le bonheur non seulement ne diminue pas mais, au contraire, il grandit quand on le partage. Alors ne le cachez pas aux personnes que vous connaissez, rendez ceux qui vous entourent plus heureux.

Et enfin:

«N'acceptez pas ce que je dis simplement à cause du respect que vous avez pour moi. De même que l'or est mis à l'épreuve du feu, mettez mes mots à l'épreuve du feu de votre expérience spirituelle »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !

jeudi 28 février 2019

Compte rendu de l’article « Zazen » dans le « Dictionnaire de la sagesse orientale ».



 Le livre en question.


Cet article est la suite de celui-ci. 

Zazen : za : « être assis », zen [en] «méditation ». Pratique méditative enseignée par le zen comme la voie la plus directe pour parvenir à l'Illumination (Kenshô, Satori). Le Zazen n'est toutefois pas tout à fait une méditation au sens habituel du terme, supposant, au moins dans un premier temps, de fixer son esprit sur un « objet de méditation » (par exemple un mandala ou la représentation iconographique d'un bodhisattva), ou de concentrer sa réflexion sur une qualité abstraite (comme le caractère éphémère des choses ou la compassion). Le but du Zazen est de libérer l'esprit du carcan des idées, des images, des visions et des objets, si sacrés et sublimes soient-ils.

Les aides à l'exercice du Zazen que sont par exemple les kôan ne constituent pas de véritables objets de méditation, car ils reposent par essence sur le paradoxe, c'est-à-dire, comme l'indique la traduction littérale du mot grec, ce qui se trouve « au-delà (grec : para) de la pensée (grec : dokein) », « au-delà du concevable ».

Dans sa forme la plus pure, le Zazen permet de demeurer dans un état qui ne se fixe sur aucun objet et ne s'attache à aucun contenu (Shikantaza). Pratiqué pendant une assez longue période avec persévérance et don total de soi, le Zazen transporte l'esprit de l'homme « assis » dans un état de lucidité nue et parfaite qui, par une brusque révélation, peut permettre d'accéder à l'Illumination de sa Vraie Nature ou nature de bouddha (Busshô), identique à l'essence de l'univers dans son entier.

Comme l'indique la particule « zen » ou « recueillement », le Zazen ou « recueillement assis » constitue l'alpha et l'oméga du zen. Pas de zen sans Zazen. Les kôan, comme celui où un grand maître du zen indique à ses élèves que « ce n'est pas en restant assis (Zazen) que l'on devient un bouddha », donnèrent parfois lieu à des interprétations erronées. Ces maitres ne voulaient pas dire qu'ils considéraient la pratique du Zazen comme inutile puisque tout homme est depuis toujours un bouddha. L'idée, essentielle pour le bouddhisme et le zen, que toute créature possède dès l'origine une nature de bouddha n'empêche pas le zen d'opérer une distinction très nette entre celui qui se contente de croire par un acte de foi à la vérité du dogme et celui qui en a fait lui-même l'expérience immédiate, dans son sens le plus profond. C'est cette expérience que l'on appelle « éveil » (Illumination) et à laquelle l'exercice du Zazen permet d'aboutir.

Comme le démontra le premier patriarche du ch'an (Bodhidharma) en restant neuf ans assis en pleine méditation au monastère de Shao-lin, le Zazen est bien la pratique centrale du zen. Tous les maîtres du zen le célèbrent, à l'image de Dôgen, comme le « passage qui permet de parvenir à la Délivrance parfaite ». Dans son Zazen-wasan, l'« Hymne au Zazen », le grand maître du zen Hakuin Zenji chante :

« Le Zazen tel que l'enseigne le Mahâyâna :
Aucune louange ne saurait en épuiser les mérites.
Les six Pâramitâ, la pratique de l'aumône, le respect des commandements,
toutes les bonnes actions énumérées en divers lieux,
Tout vient du Zazen.
Les mérites d'un seul Zazen suffisent à effacer
Les fautes innombrables accumulées dans le passé. »


La suite donc sur le bouddhisme zen au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.

lundi 25 février 2019

Vie, œuvres et idées de Maître Dôgen (1200-1253), le fondateur du zen Soto au Japon.




Maître Dôgen. 

Disciple de plusieurs maîtres chinois et maître de Ejo, il implanta le zen Soto au Japon et fonda le temple Eiheiji. Son œuvre maîtresse est le Shobogenzo (Le Trésor de l'œil de la Vraie Loi). Ses principales autres œuvres sont : le Eihei koroku (Extensive Record de Dōgen), le Eihei shingi (Règles de pureté Eihei) dont le premier chapitre est le Tenzo kyokun (Les instructions au cuisinier), le Fukanzazengi (Pour la diffusion universelle des principes du zazen), le Gakudojojinshu (Conseils pour étudier le chemin), le Shobogenzo zuimonki (Trésor du véritable œil du dharma: récit des choses entendues), ainsi que les poèmes du Sansho doei (Versets sur le chemin de Sansho).


Quelques précisions sur ses œuvres principales,



        Le Fukanzazengi, « Recommandations générales sur les règles du zazen », écrit dès 1227, où il rectifie certaines idées selon lui erronées sur la méditation, et qui est devenu l'objet d'une récitation quotidienne lors des méditations du soir dans les monastères.

        Le Gakudojinshu, « Recueil des points à observer dans l'étude de la voie », écrit en 1234 pour guider ses étudiants le long de la voie.

        Et surtout son chef-d’œuvre, le volumineux et difficile Shôbôgenzô, « Le Trésor de l'œil du vrai Dharma » qui est en fait une compilation de ses écrits et de ses sermons pendant les vingt dernières années de sa vie, auquel on peut adjoindre le Shôbôgenzô zuimonki, série d'enseignements oraux de Dôgen recueillis et mis en forme par son disciple Ejô.

 

Biographie :



Eihei Dôgen fut, semble-t-il, orphelin de père à deux ans et de mère à sept ans. Adopté par un oncle, il s'enfuit à douze ans chez un autre de ses oncles vivant au pied du mont Hiei. En 1213, il entre au monastère du Hieizan, puis séjourne peut-être au monastère de Miidera de l'école Tendai à tendance ésotérique (Mikkyô).

Selon l'interprétation traditionnelle, son questionnement — « Pourquoi, si notre nature essentielle est la bodhi, pourquoi tous les bouddhas doivent-ils lutter durement avant d’atteindre le plein Éveil ? » - le mène au Kennin-ji fondé par Eisai (Yôsai), monastère tendai où ce dernier a introduit le courant Rinzai. Eisai étant mort en 1215, Dôgen suit les enseignements d'un de ses disciples, Myôzen (1184-1225), pendant neuf ans. 

En 1223, il l'accompagne en Chine, séjourne un temps au monastère Tiantongsi sous la direction de Musai Zenji, puis poursuit sa quête avant de revenir en ce même monastère, où il devient en 1225 le disciple du nouvel abbé, Tiantong Rujing (1163-1228), un maître de l'école Caodông. Dôgen connaît un profond Éveil et reçoit la transmission. De retour au Japon en 1227, il s'installe d'abord au Kennin-ji, à Kyôto, avant de déménager en 1230 dans un temple désaffecté, l'Anyôin. En 1234, il rencontre Ejô, son principal disciple, qui lui succédera plus tard.

Vers 1237, il fonde le temple de Kôshô-ji, non loin de Kyôto, où il va enseigner durant dix ans. C'est le premier monastère zen au Japon. L'afflux des auditeurs diversement motivés, la proximité du Hieizan hostile au Zen, le décidèrent sans doute à se retirer dans un ermitage de montagne à Echizen. Bientôt, grâce aux dons et à la protection d'Hatano Yoshishige, le représentant du shôgun à Kyôto, l'ermitage se transforma en un grand monastère, 1 'Eihei-ji, devenu depuis le siège de l'école Soto. En 1253, Dôgen Zenji remet à Ejô ses fonctions d'abbé de l'Eihei-ji et meurt quelques semaines plus tard à Kyôto.



L’enseignement de Dôgen repose essentiellement sur trois points principaux :

1.- La pratique sans but ni objet (mushotoku)
2.- L’abandon du corps et de l’esprit (shin jin datsu raku)
3.- La pratique est elle-même satori (shu sho ichi nyo)


Maître Deshimaru a synthétisé sept principes du zen selon Maître Dôgen. Voici ses commentaires :

1) Zazen et satori (illumination) sont unité.
Shu sho ichi nyo

Shu (la pratique de zazen), c’est retourner à l’origine. Le corps et l’esprit retrouvent leur condition normale. Le vrai sens est s’éveiller, remarquer, prendre conscience, comprendre la vérité. Lorsque l’esprit est clair, Sho, le satori (illumination), peut jaillir à partir de pensées mauvaises ou bonnes. Je répète toujours que, durant zazen, il faut aller de pensée en non-pensée, de non-pensée en pensée. Telle est la conscience hishiryo (L’au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée. Penser sans penser, sentir sans sentir. La conscience hishiryo apparaît quand la conscience personnelle suit l’ordre cosmique.)
Zazen lui-même est pratique-réalisation.
Shu, la pratique de zazen, touche non seulement votre propre personne mais aussi les autres. Faire zazen pour les autres. Durant zazen, vous devenez unité avec vos voisins. Tel est le véritable bouddhisme Mahayana. Zazen lui-même est Bouddha.
Pour Dôgen, la culture ou pratique (« shu ») ne mène pas à l'Éveil et l’Eveil n'est pas le couronnement de la pratique. En pratiquant on est éveillé et, dans l'Éveil, il n'y a que pratique. Ce principe servira par la suite de justification au caractère ritualiste du Zen Soto. L'important, selon lui, était la méditation assise, ou zazen, en tant que voie immédiate : « Vénérer les statues ou les reliques [du Bouddha] assure aux hommes et aux dieux leur part de bonheur [...], mais c'est une erreur de penser que l’on obtient l'Éveil par ces moyens. Un pratiquant bouddhiste suit les enseignements de manière à parvenir immédiatement à l'état de bouddha et, pour y parvenir, il lui suffit de se conformer aux enseignements, de pratiquer zazen. La méditation assise est, à ce jour, dans les monastères, la pratique réelle conforme aux enseignements. Rappelez-vous-en » (Shôbôgenzô zuimonki).


2) Tous les êtres et Bouddha sont unité.
Sho butsu ichi nyo

Sho, tous les êtres vivants, toutes les existences vivantes.
Le kanji sho signifie vivant ; butsu : Bouddha ; ichi nyo : sont unité. Les êtres sensibles et Bouddha sont identiques, nous-mêmes et Bouddha sommes semblables.
La religion de Dôgen diffère du bouddhisme et de toutes les religions, selon lesquelles Dieu et nous sommes complètement différents, séparés et en dualité.
Les êtres sensibles et Bouddha sont unité.
Qui fait zazen ? Bien sûr, c’est moi. Qui êtes-vous ? À la fin, il n’y a pas de noumène. Toutes les existences sont sans noumène. Elles deviennent ku (vide). Ku, ici et maintenant, devient les phénomènes. C’est mujo (l’impermanence), tout change sans cesse. L’on devient parfois Bouddha, parfois un ivrogne, un obsédé sexuel, un fou, un prisonnier. On est tour à tour stupide et intelligent.
Dans la philosophie et la religion européennes, le dualisme règne pour l’éternité. Dieu et le démon ne peuvent être en unité. Dans le bouddhisme, Bouddha et le démon peuvent être amis et être en unité.

3.- Zazen est la plus grande vérité.
Shoden no buppo
Shoden, la vraie transmission. Le vrai bouddhisme est seulement zazen.
Le vrai bouddhisme transmis passe par la pratique de zazen, sinon ce n'est que de l'imagination. Tous les maîtres de la transmission l'ont certifié. Shoden no buppo est le monde de la vérité. On sépare souvent le monde de la vérité et celui des phénomènes. Mais :
Shiki soku ze ku,
Ku soku ze shiki.
Les phénomènes sont la vacuité,
La vacuité est les phénomènes.
Le Zen existe seulement de Bouddha en Bouddha, de Patriarche en Patriarche, à travers zazen. Le corps et l'esprit sont unité et reliés à tout le cosmos. Il n'y a pas de séparation. Tout le cosmos est le véritable corps-esprit. Il faut le comprendre à partir du corps, à travers zazen.
Qu'est-ce qu'étudier la Voie, le Zen ? Faire zazen, shikantaza, au-delà de la conscience personnelle. Lorsqu'on pratique zazen, à ce moment-là, le corps-esprit devient le cosmos lui-même, et vice versa. Telle est la véritable essence du Zen, le véritable shoden no buppo, l’essence du zen, l’essence des religions.

4.- Le samadhi de zazen.
Jijuyu zanmai

Jijuyu veut dire accepter, recevoir par soi-même ; zanmai (le samadhi). Le samadhi est reçu par soi-même, seul. On peut seul en recueillir la joie. Les autres ne peuvent pas le comprendre. Le samadhi du zen, c’est hishiryo (L’au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée. Penser sans penser, sentir sans sentir. La conscience hishiryo apparaît quand la conscience personnelle suit l’ordre cosmique). C’est un point très important par rapport aux autres religions où cette notion n’existe pas. Hishiryo est le vrai samadhi, l’authentique joie. Si l’on fait zazen, à ce moment-là, on peut atteindre le vrai kaku soku.
Qu’est-ce que kaku soku ? (c’est le maître Keizan Jôkin qui a inventé cette expression.) Parfois, il est difficile de donner une traduction juste. Maître Kodo Sawaki parlait souvent de kaku soku. Kaku est très important. Kaku, l’intuition. Soku, toucher. Comprendre par le toucher, le sentir, l’être.
Je dis toujours, si vous pratiquez zazen, votre zazen lui-même est Dieu ou Bouddha. Inutile de penser : « Je dois me connecter avec le cosmos. » Durant zazen, ce lien s’établit automatiquement à travers le corps et l’esprit, même si des pensées personnelles apparaissent. En faisant zazen, vous pouvez devenir jijuyu zanmai. En vous rasant, en revêtant le kesa (robe des moines et des nonnes composée de plusieurs bandes de tissu rectangulaires. Drapé sur l’épaule gauche, le kesa se porte sur le kolomo noir) et le kolomo (nom donné au vêtement du moine et de la nonne zen. Il s'agit d'un kimono à manches longues, le plus souvent en coton), en pratiquant zazen, vous suivez le véritable Dharma et devenez jijuyu zanmai.
Jijuyu zanmai. Abandonner l’ego, suivre l’ordre cosmique. Ainsi, la vie prend une valeur véritable. Si l’ego et le cosmos sont en harmonie, on ne tombe pas malade et le corps devient fort comme celui d’un lion ou d’un tigre. Les gens qui attrapent froid sont comme des grenouilles. Elles n’ont pas assez de force sous le nombril. Je remarque que durant zazen, chacun de vous est très malin. Vos postures se développent. Vous devenez des saints. Mais en sortant du dojo, on revient vite à la condition anormale et on tombe dans le monde des phénomènes, du social, du vulgaire. Si la direction de l’esprit est erronée, même si vous continuez zazen jusqu’à votre mort, ce n’est pas efficace.

5.- L’enseignement et la pratique sont unité.
Kyo gyo sho itto

Kyo gyo sho itto. Kyo, enseignement ; gyo, pratique ; sho (comme dans shu sho), satori, sagesse, compréhension ; itto (analogue à ichi nyo), unité. Enseignement, pratique, satori n’existent pas séparément et ne sont qu’une seule et même chose.
Dans les religions, on retrouve presque toujours cette notion de trinité. Le christianisme s’appuie sur la Bible, le bouddhisme sur les sutras. La Bible et les sutras sont kyo. Mais l’essentiel est la pratique, gyo. La littérature, les romans sont uniquement faits pour être lus. Si on devait les réaliser, cela deviendrait démoniaque. Tandis que si on suit la Bible ou les sutras, on ne commet pas d’erreur et on peut devenir une personne sainte. Sho, le satori, apparaît.
Kyo gyo sho itto, pratique, sagesse, satori ne sont pas séparés. Il n’y a pas d’intervalle entre kyo, gyo et sho, pas de différence. Il n’y a pas de satori, sho, sans kyo gyo. Il n’y a pas de kyo, gyo, sans sho. Ils sont unité. Sans cette unité, il n’y a pas de religion. Malheureusement, les religions les séparent souvent.

6.- Au-delà de Bouddha.
Butsu kojo no homon

Bien que Bouddha soit l’idéal de notre démarche dans la vie quotidienne, il ne faut pas y être trop attaché. Il faut être au-delà de Bouddha. Trop d’attachement fait qu’on le sépare de soi et ainsi devient-il un objet extérieur. Nous devons devenir Bouddha lui-même qui existe dans notre corps et notre esprit.
Dans presque toutes les religions, Dieu ou Bouddha est un objet de foi auquel les gens sont trop attachés. Une telle attitude dénote un esprit erroné. Dans la conscience et le cerveau se crée alors un dualisme entre soi et l’objet de la foi. L’unité est rompue. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas respecter Bouddha, mais il ne faut pas en dépendre. Agir avec un esprit mushotoku, sans but ni profit, est l’attitude la plus exacte.
Ici et maintenant, nous devons trouver Dieu ou Bouddha en nous-mêmes, devenir Bouddha. La statue de Bouddha, même placée dans le dojo, n’est qu’une sculpture. N’y soyez pas trop attachés. Lorsque je rentre dans le dojo et que je fais sanpai (suite de trois prosternations devant Bouddha en total abandon du corps et de l’esprit), je m’incline certes devant la statue de Bouddha, mais surtout pour vous qui êtes devenus des bouddhas vivants. Par les sanpai, une unité se crée entre tous les disciples et la force cosmique. Lorsque le disciple étale son zagu (pièce d’étoffe que l’on déplie devant soi pour faire sanpai. Grâce au zagu le kesa ne touche pas le sol.) et qu’il touche celui du maître, c’est le symbole de i shin den shin (d’esprit à esprit, de mon cœur à ton cœur), de la communication parfaite, de l’unité entre maître et disciple.
Butsu kojo no homon, au-delà de Bouddha est la porte du Dharma. Il ne faut pas être limité par Dieu ou Bouddha ni par les sutras, la Bible ou les préceptes. La vraie liberté existe dans notre esprit, au-delà de Dieu ou de Bouddha. Telle est la vraie religion.

7.- Corps et esprit sont unité.
Shin jin ichi nyo

C’est un point très important. Le corps et l’esprit ne sont pas séparés, contrairement à ce qu’avait dit Descartes, influençant la médecine jusqu’à nos jours. Les médecins n’étudient que le corps, mais la plupart des maladies proviennent de l’esprit. Les docteurs l’ignorent et n’étudient que les organes.
La pratique de zazen est semblable à l’image du cheval de course : « Pas d’homme sur la selle pendant la course. Sous la selle, pas de cheval. » C’est un koan. Il n’y a pas de cheval sous cette selle. Il n’y a pas non plus de cavalier. Le jockey, le cavalier comprend qu’il doit diriger le cheval avec les rênes et les pieds. Il doit aussi comprendre l’esprit du cheval. La selle, c’est zazen. En pratiquant zazen, on peut réaliser la conscience hishiryo (l’au-delà de la pensée, penser du tréfonds de la non-pensée. Penser sans penser, sentir sans sentir. La conscience hishiryo apparaît quand la conscience personnelle suit l’ordre cosmique). Hi signifie au-delà. Il est semblable à ku, l’infini. Dans le zen Soto, l’ultime secret est shin jin ichi nyo. Le corps et l’esprit sont unité, ichi nyo.

Dôgen s'est élevé contre la théorie de mappô selon laquelle on ne peut plus guère pratiquer par soi-même, la prière et la foi dans la force des bouddhas étant le seul recours des êtres. Il est au contraire possible, selon lui, de raviver le « vrai Dharma » (JAP. shôbô) en cette ère de mappô, d'où le  titre qu'il donnera d'ailleurs à son œuvre principale, « Trésor de l'œil du vrai Dharma » (JAP. Shôbôgenzo). Par ailleurs, Dôgen insista sur la nécessité de la bodhicitta et de la discipline morale dans la pratique. Il préconisa la prise des dix grands préceptes tirés du Brahmâjâlasutra comme étant « parfaits et com-plets ». Il instaura aussi l'usage des règles de comportement communautaire fixées à la suite de Baizhang, justifiant le travail quotidien des moines et le maintien de la chasteté dans les monastères.

Contrairement aux tenants du Chan chinois qui déclarent le Chan ineffable, il souligne l'importance des mots et du langage dans la transmission. S'il préconise shikantaza, « juste s'asseoir », Dôgen n'en néglige pas pour autant l'importance  de l'étude : «Écouter le Dharma touche et transforme l'esprit comme la conscience. Le zazen, quant à lui, unifie la pratique et la réalisation. C'est ainsi qu'on entre dans la voie du Bouddha » (Gakudojinshu).

Quelques références :

1) Un article en ligne d’Erik Pigani sur le site du journal « Psychologies »

2) Un article dans un petit livret joint au journal « Psychologies » n°394, février 2019, « 10 maîtres de vie indispensables, tome II », « Maître Dôgen, le fondateur du zen » par Erik Pigani.

3) Histoire du zen Soto par l’Association Zen Internationale

4) Les sept principes de Dôgen commentés par Maître Deshimaru

5) Des réponses de maître Dôgen

6) Un livre sur maître Dôgen de Jacques Brosse


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.



dimanche 24 février 2019

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " par Jorge Luis Borges et Alicia Jurado (1976) (septième partie : le bouddhisme zen, troisième sous-partie).




Ikebana.



Cet article est la suite de celui-ci
  
Le Zen a influé et continue d'influer sur la vie quotidienne des communautés qui le professent. Les divers arts — l'architecture, la poésie, le dessin, la peinture, la calligraphie — témoignent de cette influence. Omettre délibérément et s'en tenir à suggérer en sont les caractéristiques essentielles ; rappelons-nous les dessins laconiques et les brèves strophes des tanka et des haïkus. Voici quelques exemples de ces derniers :

Plus fugace que l'éclat d'une feuille emportée par le vent, cette chose, la vie.

L'épouse sans enfants, avec quelle tendresse ne touche-t-elle pas les poupées du magasin?

Prunier sur la berge : l'eau emporte-t-elle vraiment tes fleurs reflétées ?

Sur les marches du temple, je tends vers la lune d'automne mon vrai visage.

De même, le difficile apprentissage dans l'art du maniement de l'épée et de l'arc n'est pas non plus une fin en soi, mais un exercice spirituel : le maître décoche la flèche dans l'obscurité et atteint le cœur de la cible, mais cela est moins important que la discipline mentale qui a précédé l'exploit.

L'ikebana, dont le sens littéral est l'immersion de plantes vivantes dans l'eau, coïncide avec l'introduction du bouddhisme ; cette pratique fut, à l'origine, rituelle et monastique, et elle se généralisa par la suite. Il n'y a pas de maison japonaise où l'on ne dispose des fleurs ou des branches dans le tokonoma, niche murale qui tient lieu de sanctuaire et qu'on montre toujours aux hôtes de passage. La pratique de l'ikebana exige une grande concentration d'esprit, non seulement au moment du choix des fleurs, mais encore dans la disposition des éléments qui le composent, et qui doit suivre le schéma, toujours asymétrique, formé par les trois lignes qui symbolisent le ciel, la terre et l'homme. La réussite esthétique vient par surcroît ; ce qui est fondamental, c'est le sentiment religieux de celui qui a créé et de celui qui contemple l'œuvre. Il est fréquent qu'on s'incline devant la composition, avant et après l'avoir admirée.

Les jardins du Japon sont célèbres ; beaucoup sont conçus comme des tableaux, ils ne sont habituellement pas très grands et l'on cherche dans leur composition à imiter la nature, en évitant la symétrie et les couleurs vives. L'eau, si elle fait défaut, est simulée par du sable; les rochers et les arbustes aux formes harmonieuses y abondent. Le plus célèbre des jardins de ce type est celui de Ryoan-Ji, à Kyoto; il mesure trente mètres de long sur dix de large et comporte quinze rochers, des grands et des petits, disposés en cinq groupes diversement ordonnés et asymétriquement distribués. Il date du début du XVI ème siècle et on le considère comme la quintessence de l'art zen.

Caractéristique du Zen est aussi la cérémonie du thé, qui se déroule dans des pavillons destinés à cette fin ou dans des demeures familiales. Le caractère religieux de ce rite se reconnaît à la digne lenteur de l'officiant, à la parcimonie des propos échangés, à l'attitude respectueuse des commensaux, à la beauté et à la propreté des objets utilisés. Dans le Zen, l'exécution des actes les plus ordinaires peut être accompagnée d'un sentiment religieux et doit rendre notre vie plus belle.

  
La suite donc sur le bouddhisme zen une prochaine fois comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.


samedi 23 février 2019

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " par Jorge Luis Borges et Alicia Jurado (1976) (sixième partie : le bouddhisme zen, deuxième sous-partie).




Un moine zen.


Cet article est la suite de celui-ci


Pour provoquer le satori certains maîtres remplacent le koan par des moyens plus violents. A une demande de son disciple au sujet du voyage de Bodhidharma, Ma-Tsu l'envoie au sol d'un coup de pied. Le néophyte se met à rire et s'écrie : « Innombrables sont les vérités enseignées par les Bouddhas. Il n'y en a plus une seule maintenant que je ne comprenne avec toutes les autres. » D'autres maîtres avaient recours au cri, à la gifle ou à diverses autres formes de violence physique. Il y a des exemples moins excessifs. Te-Shan, avant sa révélation, avait choisi pour maître Ch'ung-Hsin. Il alla loger dans son monastère ; un soir qu'il méditait assis, Ch'ung-Hsin lui demanda : « Pourquoi n'entres-tu pas? » Te-Shan répondit : « Il fait sombre. » Le maître revint avec une bougie allumée et quand le disciple voulut la prendre, il la souffla ; Te-Shan comprit immédiatement la Vérité.

Si on compare la mystique chrétienne ou islamique à celle du bouddhisme, on notera entre elles les affinités suivantes : a) le mépris des schémas rationnels lorsqu'ils ne sont que des moyens ; personne ne pense que les nombreux volumes de la Somme Théologique puissent être l'équivalent de l'expérience de la Vérité; b) la perception intuitive, différente de celle que peuvent fournir les sens ; c) la connaissance absolue, qui nous donne une certitude complète, que l'exercice de la logique ne peut réfuter ; celui qui la possède peut se passer de prémisses et de conclusions. Une fois maître de la vérité, le mystique s'aperçoit que l'opposition des contraires se fond d'une certaine façon dans une réalité supérieure; il est donc aussi au-delà des valeurs de la morale courante. Quand saint Augustin écrivit : « Aime et fais ce qu'il te plaît », peut-être voulut-il dire que l'homme qui est parvenu à l'amour divin est incapable de mal agir ; d) l'annihilation du Moi. Notre vie passée est absorbée dans le grand Tout; la paix et le soulagement en sont la récompense immédiate ; e) la vision du multiple univers transformé en une unité ; f) une sensation de félicité complète.

Si nous considérons maintenant les traits qui les différencient, nous voyons que le bouddhisme se passe de toute relation personnelle avec un dieu, car c'est une doctrine essentiellement athée où il n'y a ni croyant ni déité. A l'inverse de ce qui marque le judaïsme et ses dérivations, le christianisme et l'islamisme, on note également l'absence de ces concepts pathétiques de faute, de repentir et de pardon. On n'atteint pas le satori par l'adoration, la crainte, la foi, l'amour de Dieu ou la pénitence ; il s'agit ici d'une discipline qui ne vise que la paix et élimine les émotions. Le maître Te-Shan ne pria jamais, ne demanda jamais le pardon de ses fautes, ne vénéra jamais l'image du Bouddha, ne lut jamais les écritures et ne brûla jamais d'encens. De tels actes étaient, à son avis, d'inutiles formalités; seule l'intéressait l'incessante et l'intense quête mystique.

Tai-Hui compare le satori à un incendie sur le point de nous consumer, ou bien à une épée nue qui peut nous tuer. L'univers entier est un koan vivant et menaçant que nous devons résoudre et dont la solution implique celle de tous les autres. Inversement, chacune des parties contient le tout (c'est ce qui se passe avec les nombres transcendants étudiés par Cantor, dont chaque série a le même nombre que le total) ; il suffit d'en comprendre une pour comprendre l'univers.

La compréhension intellectuelle de la doctrine du Bouddha n'est pas importante ; l'essentiel est une illumination intime, qui semble correspondre à l'extase. Souvenons-nous de la parabole hindoue du voyageur qui parcourt en été un désert et qui, croisant un autre voyageur, lui dit qu'il est mort de fatigue et de soif, et qu'il est à la recherche d'une source. L'autre lui indique le chemin. Cette indication n'apaisera pas sa soif et ne soulagera pas sa fatigue ; il faut pour cela que le voyageur parvienne lui-même à la source. Le désert est la naissance et la mort; le premier voyageur est tout être vivant; le second est le Bouddha; la source est le Nirvana. Comme tous les mystiques, le bouddhiste met en doute la valeur du langage et des raisonnements. Rappelons la parabole de la flèche, exposée par Gautama lui-même ; le Zen a repris cette tradition et fait passer le satori avant les rites, l'érudition et la discussion philosophique. Le satori est donc le principe et la fin du Zen; on l'a comparé à une fleur qui s'ouvre et s'épanouit d'un seul coup.



La suite donc sur le bouddhisme zen une prochaine fois comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.