Affichage des articles dont le libellé est misdirection. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est misdirection. Afficher tous les articles

dimanche 29 mars 2020

Les principes du détournement d'attention en prestidigitation.




 Détournement d'attention avec des cartes.

  

Cet article ne prétend pas être exhaustif sur le vaste sujet du « détournement d'attention ». Il ne s'agit que de réflexions basées sur une expérience personnelle.

Avez-vous jamais écouté les réflexions de spectateurs avant une séance de prestidigitation ? Une idée revient souvent dans l'esprit des profanes : « Pendant qu'il fait quelque chose avec une main, il faut surtout regarder l'autre main, c'est toujours comme ça que ça se passe.... », ou « S'il vous regarde ou vous pose une question, surtout ne quittez pas ses mains des yeux.... » . Sans réussir à le définir vraiment, ces personnes flairent l'une des techniques les plus efficaces de tout magicien : le détournement d'attention (les anglo-saxons parlent de "misdirection")

Tout d'abord, voici ma définition : Le détournement d'attention, c'est l'ensemble des techniques mises en œuvre pour cacher aux spectateurs, l'idée même qu'une action secrète s'est déroulée sous leurs yeux.

Dans cette définition, le terme « idée » est le centre du problème. En effet, l'important n'est pas de cacher une action secrète aux spectateurs, c'est surtout que les spectateurs n'aient même pas eu l'idée qu'une telle action puisse s'accomplir.
Il est tout à fait possible que les spectateurs n'aient pas vu que vous veniez de faire un saut de coupe, par contre ont-ils senti qu'il se passait quelque chose de pas tout à fait normal ? Si les spectateurs sentent ça, même sans savoir exactement ce qu'est ce quelque chose, l'illusion finale risque d'être gâchée.

Qu'est-ce qu'une action secrète ? Un comptage Elmsley, une levée double, un faux-mélange total, le faux dépôt d'une pièce ne sont pas des actions secrètes ; on pourrait plutôt les qualifier d'actions faussées car elles montrent quelque chose qui n'est pas la réalité.
Au contraire, une action secrète demeure (doit demeurer !) parfaitement invisible et inconnue du public. On peut ranger dans cette catégorie les lapping, changes, transferts, dépôt, saut de coupe, empalmages, utilisation d'un swami,  etc.

Les quelques règles qui suivent ne sont pas forcément universelles et immuables. Elles ne sont pas non plus exhaustives et certaines sont plus générales que d'autres.

 La technique
1ère règle : Pour bien cacher une action secrète, il est primordial de savoir l'exécuter parfaitement.

C'est une évidence, mais on peut quand même la rappeler. Savoir exécuter parfaitement et sans aucune hésitation une action secrète est nécessaire (mais loin d'être suffisant) pour un bon détournement d'attention. Attention ! Je ne dis pas que l'action doit être techniquement parfaite, mais que l'on doit la maîtriser sans aucune hésitation. Ceci au moins pour trois raisons : éviter les tâtonnements, faire face à toutes les conditions qui peuvent se présenter et enfin, avoir confiance en soi. Un bon détournement d'attention peut cacher un saut de coupe techniquement imparfait, mais il ne cachera pas un saut de coupe approximatif, voire maladroit.

 Moment fort – Moment faible
2ème règle : Profitez d'un moment faible pour effectuer une action secrète.

Lorsqu'un magicien effectue une routine, il y a toujours des moments forts et des moments faibles. Les moments forts sont ceux qui demandent une attention soutenue du public ou de l'artiste. Lorsque vous tendez un éventail de cartes à un spectateur pour qu'il choisisse une carte, ou lorsque vous coupez une corde en deux à l'aide d'une paire de ciseaux, il s'agit de moments forts : Il y a une action directe et importante sur les objets que vous manipulez et votre action est le centre de tous les regards.

Les moments faibles sont les moments où, du point de vue du public, rien d'important ne se passe vraiment : vous mélangez négligemment un jeu de cartes en discutant avec le public, vous rangez la paire de ciseaux dans votre poche à la fin d'une routine.

Les moments forts sont des moments de stress pour vous et votre public. Les moments faibles, sont des moments de détente et de respiration.

Effectuez un saut de coupe ou un empalmage pendant un moment fort et vous pouvez être sur que, même si personne n'a pas vu la manipulation secrète, certains ont senti qu'il s'est passé « quelque chose ». Une seconde après avoir fait rire votre public, au contraire, vous pouvez empalmer le jeu entier sans que personne ne s'en aperçoive…

 Le regard
3ème règle :  Regardez le public et non pas ce que vous faites lorsque vous faites une action secrète.
Le regard est une forme de communication non verbale très forte. Lorsque vous regardez dans une direction, le spectateur a tendance naturellement à suivre votre regard. Pour peu que tout votre corps se tourne vers cette direction, il sera quasiment impossible pour le public de regarder vers un autre endroit.

 La parole
4ème règle : Parlez au public en faisant une action secrète (Si possible, évitez les banalités)

La parole est une technique très puissante pour retenir l'attention du public. Lorsque vous parlez aux spectateurs, ils sont dans l'obligation de vous écouter. Donc une partie de leur attention est retenue par ce que vous dites. Pour peu que vous posiez une question à un membre du public, l'attention de l'assemblée va se tourner vers le spectateur en attendant sa réponse. C'est le moment idéal pour effectuer un coupable empalmage, par exemple. Dans ce cas précis, le geste secret est fait dans un moment fort pour le spectateur qui répond à la question, mais faible pour le magicien.
La question posée par le magicien peut aussi être tout à fait formelle et n'appelant pas de réponse de la part du public (exemple : en faisant un faro : « Savez-vous pourquoi on appelle ce mélange, un mélange « parfait' » ? »).
Personnellement j'ai toujours quelques questions prêtes qui peuvent me servir en diverses occasions.

 Le rire
5ème règle : Le rire est une  excellente couverture pour exécuter une action secrète

Si cela va avec votre personnalité, le rire que vous pouvez provoquer chez les spectateurs est l'un des moyens les plus efficaces pour détourner leur attention. En effet, ce n'est pas pour rien que l'on dit que le rire « détend l'atmosphère ». Il la détend tellement bien et il détend tellement bien les spectateurs, que les actions les plus secrètes resteront complètement invisibles si elles sont effectuées dans un éclat de rire. Le rire est LE moment faible par excellence. Pour voir comment le rire peut être utile, il suffit de regarder Juan Tamariz travailler.

 Les gestes
6ème règle : Montrez pour cacher.

Un proverbe chinois dit : « Montrez la lune du doigt à un idiot,  l'idiot regarde le doigt ». Heureusement, tout le monde n'est pas idiot et lorsque vous désignez de l'index droit une pièce qui est sensée se trouver dans votre poing gauche, les spectateurs ont le regard attiré vers la main désignée. Le simple fait de tendre la main vers un point de l'espace incite à suivre la direction montrée. La tentation est encore plus grande si les deux mains se tournent vers la même direction. Bien sûr si vous joignez la parole et le regard au geste, cette tentation devient une quasi obligation.
Les gestes ne servent pas qu'à désigner et peuvent faire partie intégrante d'une action. Pendant une chasse aux cigarettes ou aux pièces, vous pouvez montrer votre main droite vide, sous toutes les coutures, tout en prenant une « charge » avec la main gauche.
La main, le bras, ou même le corps, en mouvement attirent l'attention du spectateur. Un mouvement ample cachera aussi un mouvement plus petit. Par exemple, si vous faites un long ruban de cartes sur la table à l'aide de la main droite, la main gauche peut aller déposer dans la poche du pantalon et en toute tranquillité, une carte empalmée.
Cela va à l'encontre de pas mal d'idées reçues, mais je peux vous garantir que, paradoxalement, une carte empalmée sera moins visible si la main ne bouge pas, mais reste au repos, dans une position naturelle.

Pour travailler, je profite d'un maximum d'occasions (réunion de travail, repas, pause-café) pour empalmer une carte, une pièce, ou un petit objet quelconque et pour maintenir cet objet dans la main, le plus longtemps possible. Observez aussi la position naturelle des mains des personnes qui vous entourent. C'est très formateur.

 La respiration
7ème règle : Expirez en faisant une action secrète

Christian Chelman a une approche tout à fait intéressante de la respiration dans la présentation magique. Il explique (par exemple dans la vidéo Blitz & Overblitz ou dans son ouvrage Légendes Urbaines) que toute manipulation secrète doit être effectuée dans une expiration. La théorie qui sous-tend ceci est tirée des arts martiaux, mais aussi du yoga et de la sophrologie : l'inspiration crée un stress (étouffement) alors que l'expiration est synonyme de relâchement et de détente. Si vous faites une manipulation pendant une inspiration, vous ajoutez du stress au stress; si au contraire, vous la faites dans une période d'expiration, elle sera faite pendant que vous vous relâchez, et le public, inconsciemment le sait et se relâche aussi, ce qui amène un temps plus faible, donc propice à toutes sortes de choses…

 Le naturel
8ème règle : Soyez naturel!

« Soyez naturel! » était le conseil favori de Dai Vernon lorsqu'on lui demandait le secret de sa patte très particulière (La « Vernon touch »). Faites des gestes naturels, épurés, évitez les comportements, discours, mouvements qui sont forcés et artificiels. L'idéal est que toutes vos actions, et tous vos comportements aient l'air spontanés et motivés. Et cette spontanéité demande beaucoup de travail. Plus vous serez naturel et  moins les spectateurs seront sur leurs gardes et plus il seront facilement trompés.

 Les sons et les bruits
On ne compte plus le nombre de manipulations avec des pièces dans lequel le bruit (sonnant et trébuchant) renforce l'illusion que l'on veut créer. Dans une chasse au pièces, le dépôt « sonore » de la collecte dans un seau de métal participe très fortement à l'effet. Ces bruits indiquent aux spectateurs de manière quasi subliminale que la pièce est bien là où l'on s'attend qu'elle soit (détournement d'attention) et renforcera donc une possible surprise finale.

 Le toucher
Un des premiers tours que j'ai appris et celui où l'on place une allumette marquée dans un mouchoir et où un spectateur est prié de casser cette allumette en deux, à travers le mouchoir. Ce petit tour est d'une simplicité enfantine et pourtant, le spectateur est tellement persuadé qu'il a brisé une allumette (ce qui est vrai…) qu'il a un choc lorsqu'il déplie lui-même le mouchoir pour retrouver l'allumette… intacte. Les effets qui mettent en œuvre le toucher sont relativement rares et il y a certainement, là, des terres vierges à défricher…

 Les « erreurs » volontaires
Un excellent moyen de détourner l'attention est de faire « malencontreusement » tomber un objet par terre.  Il est impossible pour un spectateur de ne pas suivre du regard, ne serait-ce qu'un instant, une carte qui tombe sur le sol. Il s'agit là sans doute du détournement d'attention le plus sûr pour un numéro de scène ou de salon. L'action secrète peut se faire lors de la chute de l'objet, ou au contraire, lors du ramassage. Personnellement, j'utilise cette technique de temps en temps lorsque je fais du mentalisme avec une prédiction écrite (c'est fou comme le crayon peut m'échapper des mains...).
Pour persuader le public que les cartes sont bien mélangées, elles peuvent vous échapper des mains et tomber sur la table en vrac. Cela éloigne l'idée d'un contrôle quelconque sur le jeu et vous permet aussi de faire un mouvement secret.

 Le timing
Le timing correspond à deux choses : quand faire la passe secrète et avec quel rythme la faire.
Un peu trop tôt ou un peu trop tard et votre détournement d'attention n'est plus aussi efficace pour masquer une action secrète.
Trop rapide ou trop lent et votre empalmage risque de se sentir.
Un bon timing ne s'apprend que par l'expérience. Un magicien expérimenté arrive à « sentir » lorsqu'il peut passer sa manipulation secrète.
Il est bon de garder deux règles simples à l'esprit :

- Attendez le bon moment, ne vous précipitez pas.
- Travaillez la vitesse et la fluidité de vos mouvements secrets. Ni trop lent, ni trop rapide.

Si vous avez accès à la vidéo, il s'agit du moyen idéal de travailler et de corriger vos timings.

 Conclusion

Bien compris, bien utilisé, et bien travaillé, le détournement d'attention est sans doute l'une des armes les plus efficaces du magicien.
Les techniques présentées ici seront bien sûr d'autant plus fortes qu'elles seront utilisées les unes avec les autres (regard, parole, geste par exemple). 
Personnellement j'essaie de travailler mes détournements d'attention (gestes, paroles, questions, mimiques) aussi soigneusement que mes manipulations. 

Le détournement d'attention est une manipulation de l'esprit des spectateurs. Dans ce domaine il est intéressant de connaître les techniques de psychologie comme la PNL (programmation neuro-linguistique) et l'analyse transactionnelle (AT). 

La PNL permet d'apprendre comment « bien communiquer » c'est à dire communiquer « juste » et avec le même référentiel que vos interlocuteurs.
L'AT permet de comprendre la manière dont se passent les échanges entre les personnes (les « transactions »).
Ces techniques de psychologies trouvent des applications directes dans tous les arts du spectacle en général et particulièrement en magie.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.







vendredi 27 mars 2020

« La misdirection, votre meilleur outil » par le magicien Jarle Leirpoll.



Gary Kurtz.



Je pense sincèrement que la compréhension de la misdirection est la chose la plus importante qui soit, pour tout magicien. Si vous connaissez quelques secrets de la magie et quelques manipulations de base, vous pouvez tromper certains spectateurs systématiquement. Mais si vous comprenez parfaitement comment fonctionne la misdirection, alors vous pourrez véritablement mystifier tout le monde, tout le temps !


ATTITUDE

Une technique de base de la misdirection est l'attitude. Si vous traitez quelque chose comme n'ayant pas d'importance, et si vous prétendez que ce n'est pas important, les spectateurs porteront leur attention ailleurs.

Exemple :

Dans ma routine « La carte dans la tapette à souris », j'arme la tapette pendant que le spectateur mélange le jeu. Il n'est pas difficile d'attirer l'attention lorsque vous armez une tapette (Va t'il se blesser ?). Ainsi l'attention du spectateur qui mélange ne sera pas sur le jeu et il ne trouvera rien d'anormal. Donc, lorsque je donne le jeu au spectateur pour qu'il le mélange, je lui donne juste le jeu et passe à autre chose. Cela semble dire que je n'ai pas fait attention à ce jeu.

Ici, deux principes fonctionnent ensemble. Mon attitude est que le jeu n'est pas important alors que la tapette l'est. Et mon attention est focalisée sur la tapette, et cela attirera aussi l'attention des spectateurs.

ACTIF ET RELAXÉ

C'est l'une des techniques réellement exceptionnelle que j'ai pu trouver dans le livre de Gary Kurtz, « Leading With Your Head ». Si vous présentez un jeu de cartes, que vous l'étalez pour montrer qu' « il n'y a pas d'as supplémentaires » et que vous vous relaxez en le rassemblant, vous passez de l'état ACTIF à l'état RELAXÉ.

C'est à ce moment que vous devriez faire votre manipulation secrète. L'importance de faire la manipulation dans un état de relaxation a aussi été soulignée par Christian Chelman. Chelman nous dit de faire la manipulation dans une expiration. C'est fondamentalement la même chose. Lorsque vous expirez, vous vous relaxez, et l'attention de votre public est momentanément relâchée.

CHORÉGRAPHIE

Je crois aussi fermement à l'utilisation de la chorégraphie et du langage corporel pour couvrir les manipulations. Il n'y a rien qui puisse mieux cacher votre manipulation qu'un abri physique. Planifier soigneusement vos mouvements corporels vous permet d'utiliser ce type de couverture. Bien sûr, vous devez avoir des raisons logiques pour vos gestes, mais ces raisons ne sont pas vraiment compliquées à trouver.

Exemple :

Dans ma routine « Norvegian Travelers », j'ai besoin de prendre une brisure sous les deux cartes supérieures du jeu. Ceci est fait simplement en poussant les deux cartes supérieures avec le pouce et en les tirant ensuite vers l'arrière pendant que le petit doigt obtient la brisure. Simple, mais pas invisible… J'utilise mon corps comme couverture physique. J'ai le spectateur qui a signé les cartes à ma gauche, et je pivote mon corps vers la gauche lorsque je laisse tomber ma main avec le jeu. Ma main droite donne quelque chose à tenir au spectateur (c'est la raison pour laquelle je me tourne vers la gauche). Derrière ma jambe, personne ne peut voir la manipulation.

Il y a un chapitre entier sur la misdirection chorégraphique dans mon livre « Pocket Power » .

ILS REGARDENT OÙ VOUS REGARDEZ

C'est une autre règle de base de la misdirection. Beaucoup de magiciens la connaissent, mais tout le monde n'a pas saisi son vrai potentiel. Lorsque j'utilise mes poches pour échanger, abandonner ou voler, j'utilise ce principe, exclusivement.

Si vous voulez vraiment étudier la puissance de ce principe, jetez un œil sur le change « Double double croisement de regard » de Juan Tamariz. (Je l'explique dans mon livre et dans la vidéo « Pocket Power »). Lorsque vous essayez cela sur des gens, vous pouvez voir comment ils suivent votre regard pendant que vous faites votre manipulation sous le couvert naturel d'un simple regard.

PLUS D'INFORMATION SUR LA MISDIRECTION ?

Vous pourrez lire avec attention (sans jeu de mot) deux livres. Le premier est « Leading With Your Head » de Gary Kurtz. Ce livre est mon préféré. Je pense que c'est le meilleur livre de magie jamais écrit! J'ai lu tous les livres classiques sur la misdirection, mais je ne les ai pas tous saisis. J'ai lu ensuite « Leading With Your Head » et tout est devenu clair. Là où les autres livres vous expliquent « comment faire dans les temps faibles », Gary vous explique comment les créer. Quel différence ! C'est le seul livre que j'ai lu sept fois.


L'autre livre que je veux vous recommander est le mien (honte à moi !) Je pense que mon approche de la misdirection dans « Pocket Power » est originale. En tant que caméraman et éditeur de cinéma et de télévision, j'ai une compréhension approfondie sur les techniques utilisées par les metteurs en scène et les monteurs pour diriger votre attention sur l'écran.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.




jeudi 26 mars 2020

Vie et œuvre du magicien Tony Slydini.






Tony Slydini.


Tony Slydini (1901-1991) est né en Italie. Son vrai nom est Quintino Marucci. Slydini est le fils d'un magicien amateur qui l'a encouragé dès son plus jeune âge à persévérer dans la prestidigitation. C'est la psychologie de cet art qui a attiré le jeune Tony au début, ce qui permettra à Slydini de devenir un expert dans l'utilisation du détournement d'attention. Il a également été intéressé par la relation qui se crée entre le magicien et son public, ce qui l'amena à devenir un artiste de close-up.

Encore jeune, Slydini et sa famille ont quitté l'Italie pour l'Argentine. C'est là-bas que Slydini commence sérieusement la magie. « En Argentine, dit-il, j'ai créé ma propre magie. Il y avait plusieurs moyens pour y arriver. J'ai pris le plus direct. J'ai créé la magie ».

Slydini travaille quelque temps en Amérique du Sud dans un spectacle de music-hall, mais bientôt la crise arrive et le travail devient rare. En 1930, il déménage à New York, mais où le travail reste rare, particulièrement pour un jeune homme qui ne parle pas anglais. Finalement Slydini trouve du travail dans un musée de la 42ème avenue. A partir de là, il continue dans les carnavals et divers attractions.

Alors que Slydini rendait visite à sa sœur à Boston, il en profita pour chercher du travail. Par chance, il y rencontra un impresario qui lui trouva un travail rémunéré 15$ par jour pendant 3 jours. Tous ceux qui purent l'admirer pendant ces 3 jours ont remarqué son professionnalisme, et notamment un autre impresario qui lui offrit un autre travail. Il continua ainsi quelques temps ; Slydini travailla à Boston pendant 7 ans. Mais New York rappelait le désormais célèbre Slydini, et il y déménagea à nouveau.

Il est important de noter, qu'à cette époque, le close-up n'existait pas comme aujourd'hui. Le close-up n'était présenté qu'en première partie des spectacles de scène. Slydini ouvrit de nouvelles perspectives mais il était le seul à s'en rendre compte. C'est en 1945, à la nouvelle Orléans, qu'il prit pleinement conscience des nouveaux aspects de la magie qu'il explorait.

A ce moment, à la nouvelle Orléans, il y avait un congrès de magie où Slydini en profita pour montrer ce qu'il apportait de nouveau à la magie. « Personne ne reconnaissait l'art du close-up en tant que tel, dit-il, on ignorait que j'avais trouvé quelque chose d'aussi beau. Même les magiciens ne savaient pas ce que c'était. A la Nouvelle Orléans j'ai eu une standing ovation de 20 minutes. Les gens ont dit : "La magie de Slydini c'est autre chose." ».
   
Évidemment Slydini n'a pas inventé le close-up ; il existait depuis des siècles. Mais le style de close-up de Slydini était quelque chose de nouveau. Slydini était le premier à montrer le close-up comme un art à part entière et non comme une simple entrée en matière pour des grandes illusions.

La magie de Slydini était improvisée : au lieu de prévoir un enchaînement de tours, il laissait les spectateurs lui dicter son spectacle. Il disait, « je fais mieux un tour si j'aime ce tour, mais, si le public l'aime et que moi je ne l'aime pas, je le fais quand même pour eux. »

Mais pour Slydini, la magie c'est bien plus que des tours. « Il faut connaître tous les détails, car à chaque instant, il se passe quelque chose. Il faut comprendre chaque moment. Il faut savoir tenir son public, le distraire. Vous devez avoir conscience de la signification de tout ce que vous faites, des mouvements de votre corps, où regarder et comment vous asseoir ou vous tenir debout ».

C'était un homme d'un charme européen, d'un esprit vif, d'une indéniable habileté et subtilité. Slydini prenait beaucoup de plaisir à faire ses spectacles, autant devant des profanes que devant des magiciens. Il faisait ses spectacles avec beaucoup de précision, de grâce et d'intelligence et était capable de surprendre tous ses spectateurs aussi bien que de les distraire. Dick Cavett a demandé, un jour, à Dai Vernon qui pouvait encore le duper. Le Professeur répondit comme un regret, « personne », puis rajouta avec un sourire, « Si bien sûr, Tony ».

Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. Amitiés à tous.