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jeudi 16 mars 2017

Alexandre Dumas, un auteur à part passionné de mentalisme : chiromancie, hypnose, magnétisme, prestidigitation, art du pickpocket, voyance (première partie).





Alexandre Dumas.

Il y a eu dans la Revue de la Prestidigitation n° 613 de mai 2016 un passionnant article de Fanch Guillemin dans la partie « Le coin des collectionneurs » qui s’intitulait « Alexandre Dumas et la magie ». Fanch avait la gentillesse de me citer deux fois dans son article, d’abord au sujet de l’abbé Faria qui est un personnage du Comte de Monte-Cristo de Dumas et qui est en fait le premier hypnotiseur recensé historiquement (voir mon article sur l’hypnose dans la Revue de la Prestidigitation n° 611 consacrée à l’Ordre Européen des Mentalistes), ensuite au sujet du voyant Alexis, très connu au dix-neuvième siècle, et sur lequel Dumas a écrit deux "lettres magnétiques" dont la première est parue le 13 septembre 1847 dans Le Journal des débats.

Alexandre Dumas, outre sa relation avec Alexis, était ami d’Adolphe Desbarolles, un des grands spécialistes de chiromancie (voyance dans la main) du dix-neuvième siècle, l’auteur de plusieurs livres sur le sujet dont notamment Chiromancie nouvelle : Les Mystères de la main révélés et expliqués (1859) (voir sur Gallica, une synthèse des travaux de Desbarolles).

Pierre Taillefer a raconté également que Dumas rencontra à Naples, le brillant prestidigitateur Faure-Nicolay et l’engagea dans son théâtre à Paris.

Les phénomènes magnétiques, hypnotiques et la prestidigitation sont évoqués dans 4 livres de Dumas : 

1) Joseph Balsamo.
2) Les mille et un fantômes.
3) Le docteur mystérieux et sa suite La fille du marquis.
4) Le Comte de Monte-Cristo.

1) Le roman Joseph Balsamo et le voyant Alexis.

Alexis Didier (1825-1866) avait commencé sa carrière comme artiste dramatique mais, de 1840 à 1861, il connaît des transes somnambuliques où il développe des dons de voyance, sous l’influence de son magnétiseur Marcillet. Sa clairvoyance époustoufle le prestidigitateur Robert-Houdin, qui ne parvient jamais à y découvrir ni fraude ni trucage. Dumas, dans Le Journal des débats du 13 septembre 1847, raconte qu’Alexis le clairvoyant (qu'il a magnétisé lui-même) le convertit totalement aux phénomènes « surnaturels » par son pouvoir de deviner les cartes à jouer, de voir à travers les objets, les murs, les parois de boîtes fermées, de lire les pensées. 

Au milieu de 1847, Dumas a publié en feuilleton la moitié de Joseph Balsamo. Interrompue depuis un an, sa parution reprend dans la Presse le 3 septembre. C’est à ce moment-là qu’il donne pour l’inauguration de son château de Monte-Cristo une sorte de feu d’artifices mondano-littéraire dont une des vedettes est le voyant Alexis. Dans la première « Lettre magnétique » donnée le 13 septembre 1847 au Journal des débats, Dumas avoue à ses lecteurs n’avoir jamais assisté à une séance de magnétisme pour écrire le début de Joseph Balsamo mais assure avoir presque tout lu avant sur le sujet. En effet, les scènes de clairvoyance qui constituent les temps forts du roman font irrésistiblement penser à certains hauts faits magnétiques d’Alexis. Pendant la séance avec Alexis au château de Monte-Cristo, Dumas s’implique, essaie de remplacer Marcillet absent et de magnétiser Alexis à son insu : le somnambule s’effondre brutalement, les yeux révulsés, et souffle à l’oreille de Dumas complètement affolé : « Ne me faites jamais une chose pareille sans me prévenir, vous me tueriez ».

 Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mercredi 15 mars 2017

Compte rendu de « La dynamique mentale» de Christian H. Godefroy, Suite de l’Histoire de l’hypnose 8 (quatrième partie).




Hector Durville (1849-1923).


Je me suis rendu compte en relisant mon blog que mon histoire de l’hypnose était trop succincte et que notamment elle ne parlait pas du déclin de l’hypnose au début du vingtième siècle. Celui qui a le mieux décrit cette période, avec John Bastardi Daumont dans Les secrets d’un mentaliste, tome 2, est Christian Godefroy dans son livre La dynamique mentale.

Après les mauvaises expériences du docteur Charcot et de l’école dite de la Salpêtrière à la fin du dix-neuvième siècle, l’hypnose subit un déclin médical jusque vers les années 50 du vigtième siècle.

Le docteur Freud commence sa pratique par l’hypnose mais finalement l’abandonne au profit de la psychanalyse qui se déroule en état de veille. Emile Coué, continuateur de l’école de Nancy (dont nous avons parlé dans cet article), nie l’état hypnotique et provoque des guérisons physiques à l’aide de suggestions à l’état de veille.

Cependant, un total autodidacte, Hector Durville (c’est lui qui se fit enfermer dans une cage aux lions et réussit à les endormir) parvient à faire reconnaître officiellement son « cours public de magnétisme ». Il reprend le flambeau et crée de nouvelles études sur l’hypnose. Elles seront poursuivies par ses élèves, Paul-Clément Jagot, le colonel de Rochas, et par ses fils Gaston et Henri Durville.

Entre 1920 et 1950, nombre de scientifiques français n’hésitent pas à nier l’existence même du phénomène hypnotique. « L’hypnose, c’est la simulation du sommeil somnambulique par des sujets parfaitement éveillés. Il ne reste chez l’hypnotiseur que l’alternative d’être le complice ou la dupe de son sujet. »

Malgré toutes ces critiques, deux méthodes psychologiques très célèbres sont créées au cours du  vingtième siècle à partir de l’observation des phénomènes hypnotiques, le training autogène du docteur allemand Johannes Heinrich Schultz, et la sophrologie du médecin neuropsychiatre colombien Alfonso Caycedo.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 13 mars 2017

Compte rendu de « La dynamique mentale» de Christian H. Godefroy, Suite de l’Histoire de l’hypnose 7 (troisième partie).




Un livre d'un médecin qui parle de l'histoire de l'hypnose.

Je me suis rendu compte en relisant mon blog que mon histoire de l’hypnose était trop succincte et que notamment elle ne parlait pas du neurologue du dix-neuvième siècle, Jean-Martin Charcot, qui a créé ce qu’on appelle l’école de la Salpêtrière. Celui qui a le mieux décrit cette période, avec John Bastardi Daumont dans Les secrets d’un mentaliste, tome 2, est Christian Godefroy dans son livre La dynamique mentale.

L’école de la Salpêtrière.

En 1878, un neurologue alors au faîte de la gloire, le docteur Charcot, s’intéressa à l’hypnose. Celui qu’on appelait le « César de la Salpêtrière » organisa dans cet hôpital des expériences qui devaient être à la source d’une nouvelle psychologie « renforcée par des études pathologiques ». Il fit, en fait, de nombreuses erreurs. Il laissait le soin d’hypnotiser les sujets à ses chefs de clinique, à ses internes, et venait ensuite pontifier devant un public aussi nombreux que néophyte.

Néanmoins, son étude de l’hystérie, ses essais de guérison par la suggestion en font un précurseur de la psychologie moderne.

Grisé par son succès, il fit des expériences sur le magnétisme et la métallothérapie. Une sommité médicale spécialiste de l’hypnose, le docteur Bernheim, montra que ces expériences étaient erronées et que les résultats obtenus provenaient en fait de la suggestion. Charcot devait douter, vers la fin de sa vie, du bien-fondé de ses travaux, mais la mort l’emporta avant qu’il ne les reprenne sur d’autres bases.

Des manifestations surprenantes chez les personnes magnétisées.

Le marquis de Puységur (1751-1825) montre que certains sujets magnétisés possèdent des facultés de clairvoyance étonnantes, notamment celle du « diagnostic psychique ». L’académie de médecine confie alors la rédaction d’un rapport à une commission officielle présidée par un scientifique célèbre, le docteur Husson, pour réétudier le magnétisme animal.

Le 28 juin 1831, après six ans de travail, Husson peut enfin lire les conclusions de sa commission. Devant l’assemblée de l’Académie réunie au grand complet, la conclusion générale affirme que le magnétisme animal et tous ses phénomènes sont réels et utiles pour la médecine et qu’on devrait encourager les recherches dans ce domaine. Malgré les précautions oratoires, c’est le scandale. Mais l’assemblée ne peut pas se révolter ouvertement contre ses pairs, et rejeter un rapport qu’ils ont contresigné. Le rapport Husson est alors enterré à la sauvette, sa diffusion n’est pas autorisée ce qui le condamne à dormir dans les tiroirs de l'Académie.

Une nouvelle enquête est ensuite confiée au docteur Dubois, un adversaire acharné du magnétisme, qui nie tout en bloc, y compris l’existence d’un état de somnambulisme provoqué.

Le rapport de Husson manquait-il de sérieux ? Ce n’est pas l’avis de la commission désignée en 1953 par la British Medical Association afin d’examiner l’hypnose. Elle s’inspira beaucoup du rapport de Husson, allant même jusqu’à dire que « les conclusions de ce rapport sont d’une prévoyance remarquable et sont, en majeure partie, encore applicables aujourd’hui. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Compte rendu de « La dynamique mentale» de Christian H. Godefroy, Suite de l’Histoire de l’hypnose 6 (deuxième partie).





Le docteur Liébeault.

Je me suis rendu compte en relisant mon blog que mon histoire de l’hypnose était trop succincte et que notamment elle ne parlait pas assez du phénomène Mesmer au dix-huitième siècle (pas le Messmer actuel) et de ses continuateurs. Celui qui a le mieux décrit cette période, avec John Bastardi Daumont dans Les secrets d’un mentaliste, tome 2, est Christian Godefroy dans son livre La dynamique mentale.

L’homme qui a créé véritablement ce qu’on appelle l’hypnose est le chirurgien anglais James Braid qui fait cette découverte vers 1840. Il était allé assister à la représentation du magnétiseur Charles La Fontaine qui produisait des « effets » et soignait des malades. Venu dénoncer l’imposture, le sceptique Braid, qui ne croyait pas au fluide ni à la transe, remarqua pourtant l’impossibilité dans laquelle étaient les sujets d’ouvrir les yeux. Il avait cru discerner que le magnétiseur, en faisant des passes, regardait fixement dans les yeux la personne à influencer. Braid émit donc l’hypothèse que, si le sommeil était réel, l’œil en était peut-être la cause, mais non comme source de magnétisme : comme objet brillant.

Rentré chez lui, il vérifia son hypothèse. Il pria sa bonne de regarder fixement la lame de sa lancette. Elle s’endormit rapidement. Ravi et enthousiaste, Braid réveilla sa femme et fit la même expérience. Il obtint le même résultat.

Braid pensait que le fatigue nerveuse qu’entraînait une concentration soutenue provoquait le sommeil, d’où le nom qu’il donna au phénomène : hypnose ou hypnotisme du grec « hypnos », le dieu du sommeil. Il publia ses recherches (Neuro-hypnology, 1843) mais elles tombèrent dans l’oubli.

L’école de Nancy.

En 1859, un médecin des environs de Nancy, le docteur Liébeault, décide, à la suite d’une communication sur une opération réalisée sous hypnose, de reprendre les travaux de Braid. Il obtient rapidement des résultats. Sa méthode évolue peu à peu vers la suggestion verbale. Tout en gardant la concentration oculaire préconisée par Braid, il suggère les symptômes du sommeil : paupières lourdes, membres engourdis, fléchissement des sens. Un jour, il guérit ainsi la malade d’un de ses collègues, une sommité médicale, le docteur Bernheim. Ce dernier va le voir et doit se rendre à l’évidence : l’hypnose existe. Il va faire connaître Liébeault au monde médical.

Si Liébeault, tout en utilisant la suggestion, croit aussi un peu au magnétisme, Bernheim, lui réfute les théories fluidiques. Ils seront tous les deux dépassés par un nouveau venu dans ce domaine, le neurologue Jean-Martin Charcot qui réalisera de nombreuses expériences d’hypnose à l’hôpital de la Salpêtrière.

Voilà. C’est tout pour le moment. Si vous voulez en savoir plus sur l’hypnose, écoutez l’émission que j‘ai enregistrée sur BTLV, la radio-télévision Internet de l’inexpliqué ou achetez mon livre Introduction au mentalisme, à l’hypnose et à la mnémotechnie sur le site Virtual Magie.

Amitiés à tous.