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vendredi 27 mars 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Philippe Marlin, un enfant de Planète, Entretiens avec Claude Arz » (deuxième partie).



Philippe Marlin.

Cet article est la suite de celui-ci.

Avant d’être devenue une maison d’édition sous forme de SARL en l’an 2000, l’association de fantastique et d’ésotérisme « L’œil du sphinx » créée par Philippe Marlin a publié de nombreux fanzines dont voici la liste :
Le recensement donne le chiffre impressionnant de 62 volumes, le terme volume n'étant du reste pas galvaudé quand on sait qu'il s'agissait pour l'essentiel de « pavés » d'au moins 200 pages chacun. On y trouve :

·      22 exemplaires de Dragon & Microchips, qui fut notre fidèle vaisseau amiral durant de longues années, essentiellement consacré au fantastique et à la science-fiction. D&M a sorti sous son timbre plusieurs numéros spéciaux de légende, L'Encyclopédie des Mondes perdus, Le Bestiaire Fantastique (en deux tomes) et un Spécial Chambers réalisé par Christophe Thill.
·      17 exemplaires de Murmures d'Irem, notre zinotérique, qui a connu un beau succès et déclenché de joyeuses polémiques. Historiquement, en effet, Murmures provient du « démembrement » de D&M auquel on reprochait de cultiver le mélange des genres, voire - injure suprême - de vouloir recréer la Revue Planète. Les pourfendeurs de l'orthodoxie d'alors s'appelaient Jean-Pierre Queille, Alain Huet ou Gilles Dumay. Lequel Gilles, dont le stylo ne cessait d'exploser ­pour cause de trop plein d'encre - au début des années 1990, se précipita pour collaborer au premier numéro de cette publication sulfureuse.
·      4 exemplaires de Rôle'and'Rêve, notre fanzine dédié aux jeux de rôle. Souvenir de nos débuts avec Nicolas, les deux premiers numéros de D&M, réalisés plus qu'artisanalement, étant consacrés à cette discipline. Son dernier numéro fut Brain Salad de Willy Favre, qui obtint les faveurs du public rôliste.
À ces trois piliers de l'ODS sont venus s'ajouter de nombreux numéros spéciaux, prolongeant les thématiques abordées dans D &M :
·      8 exemplaires des Études du Dr Armitage, autre collection de légende qui vit la naissance des premiers numéros de L'Année de la Science-fiction et du Fantastique au Cinéma de Philippe Heurtel. Elle accueillit également les travaux de Claude Hermier (L'Archéologue du Merveilleux, Le retour de l'Archéologue du Merveilleux, La vengeance de l'Archéologue du Merveilleux, José Moselli), ou de Jacky Ferjault (L'Archéologue des salles obscures, l'Archéologue de la mer Egée).
·         6 exemplaires des Manuscrits d'Edward Derby, certainement parce que les pages de D&M n'étaient pas suffisantes pour accueillir toutes les fictions reçues. On y trouva les écrits lovecraftiens de Jean-Jacques Nguyen (Rêves d'Arkham, Rêves d'Innsmouth), une anthologie dédiée à l'hémoglobine la plus fraîche, Les Maîtres de Sang, et plusieurs round robin dont nous avons, un temps, été friands (Dark Sun, l'Affaire du Marlin Bleu). Une incursion dans le domaine de la poésie fantastique donnera lieu à la publication d'un recueil qualifié par Gilles Dumay de « nul à chier ».
·         Last but not least, 5 exemplaires du Bulletin de l'Université de Miskatonic, dédié, comme son nom l'indique, au Maître de Providence.
Mais ce torrent de publications ne s'arrête pas là.
Il faut encore citer la famille des « fanzines-coucou », publica­tions de certains de nos collaborateurs profitant de l'expédition de nos pavés pour se glisser dans l'enveloppe. On citera le fameux Aliens & Vampyres de Nicolas Ariton, ainsi que The Parisian Fancy God, Les Stances de Fungi et Sous les Cocotiers de Jacky Ferjault. On n'oubliera pas Mental Machine Poems de Gilles Dumay, qui vau­dra à son fougueux éditeur quelques démêlés avec la justice. Mais oui, il y a cela de nombreuses années (!), publier les poèmes por­nographiques d'Aleister Crowley pouvait... attenter aux bonnes mœurs. Et puis on accordera une mention gourmande à Marmite & Micro-ondes, le fanzine de fantastique culinaire de Philippe Heurtel.
Enfin, il y avait « Les Lettres ». L'ancêtre de Points de Vue, Images de l'ODS s'appelait alors Dragon's News, une petite feuille de chou qui faisait le lien entre les lecteurs, une publication très appréciée à une époque où Internet était encore balbutiant. Cette publication déclencha du reste dans les années 1995 une véritable« lettromania », de nombreux participants lançant leur publication, en général limitée à un seul numéro !
Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

vendredi 11 août 2017

Compte rendu de « Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (première partie).


Pic de la Mirandole, une des influences de Camillo.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. 
Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur. Il y a dans l’exposé de nombreuses citations, en particulier de cinq auteurs qui font partie comme Giulio Camillo de ce que l’on a appelé la Renaissance hermétique : Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, Campanella et John Dee. Ce courant tenta à l’époque de concilier la religion chrétienne et les sources antiques (néo-platoniciennes, pythagoriciennes et hermétiques) dans l’objectif implicite de justifier l’exercice de la magie. Un point commun entre ces auteurs est l’importance donnée à la mnémotechnie comme base de leur instruction spirituelle. C’est par la mémoire artificielle qu’on peut constituer cet espace intérieur dont les images opéreront dans nos vies comme des talismans.
 Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » commence ainsi : « Les plus anciens et les plus sages auteurs avaient toujours pour habitude de ne livrer dans leurs écrits les secrets divins que recouverts de voiles obscurs, afin de n'être compris que de ceux qui ont des oreilles pour entendre, comme dit le Christ (Matthieu 11, 15), c'est-à-dire de ceux que Dieu a élus pour comprendre ses très saints mystères. »
Commentaire : Ces auteurs sont les prisci theologi, c'est-à-dire les anciens sages dépositaires, selon la conception de la Renaissance, de la révélation essentielle et secrète de la philosophie et de la religion. Voici ce qu’en dit Marsile Ficin dans sa Théologie platonicienne : "Le premier, dit-on, fut Zoroastre, chef des Mages ; le second, Hermés Trismégiste, prince des prêtres égyptiens; à Hermès succéda Orphée; aux mystères d'Orphée fut initié Aglaophème; à Aglaophème succéda en théologie Pythagore, à Pythagore Platon qui renferma, développa, illustra dans ces écrits toute leur science. [...] Tous ces théologiens enveloppaient de fictions poétiques les mystères sacrés de la divinité, pour les empêcher de tomber dans le domaine du profane.
 « Mélissos, un philosophe grec, dit ainsi que les yeux des âmes vulgaires ne peuvent supporter les rayons divins. L'exemple de Moïse le confirme encore, car lorsqu'il descendit de la montagne sur laquelle il avait parlé à Dieu par l'intermédiaire de l'Ange, ce n'est que le visage caché par un voile qu'il pouvait être regardé par le peuple (Exode 34, 33-35). Et les Apôtres, ayant vu le Christ transfiguré, c'est-à-dire se détachant en quelque sorte de l'épaisseur de l'humanité pour aller vers la gloire de la divinité, n'eurent pas assez de force pour le regarder et s'évanouirent (Matthieu 17, 1-6).
Commentaire : Dans le texte de l'Exode, ce n'est pas aux hommes, mais à Dieu que Moïse cache son visage. Cette interprétation provient de la lecture de saint Paul (2 Corinthiens 3, 7), reprise par Pic de la Mirandole dans l’Heptaplus.
 Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés  à tous ! 

dimanche 23 juillet 2017

Résumé du contenu du blog de Jean-François Gérault sur le mentalisme, le développement personnel, l'hypnose et la mnémotechnie.



Une photographie du blog.

Ce blog a pour but d'initier au mentalisme, au développement personnel, à l'hypnose et à la mnémotechnie.

Les thèmes qui y sont abordés sont le cold reading, la double réalité, le cumberlandisme, les chair tests, les book tests, les bank nights, la télépathie, les ACAAN, le pliage Acidus Novus, les méthodes de développement personnel.

J'ai écrit un ouvrage spécifique pour les gens qui débutent dans ces domaines : Initiation au mentalisme, à l'hypnose et à la mnémotechnie.

J'ai deux pages Facebook consacrées à ces sujets dont une entièrement dévolue à mon livre : Initiation au mentalisme, à l'hypnose et à la mnémotechnie et l'autre intitulée Jean-François Gérault, mentaliste écrivain.

Je fais des soirées privées sur le thème de l'hypnose et du mentalisme. J'endors au moins cinq personnes par soirée. Je montre des expériences d'anesthésie, de régression dans le temps, d'oubli de chiffre au réveil.

J'écris des articles pour le site de prestidigitation de référence français Virtual Magie.

Mon blog est le seul où vous trouverez une initiation complète à ces 4 domaines : le mentalisme, l'hypnose, la mnémotechnie, le développement personnel.

Vous pouvez ensuite me contacter par Internet et prendre des cours avec moi.

Mon blog est très pédagogique et vous pourrez très rapidement pratiquer des expériences de mentalisme, d'hypnose ou de mnémotechnie.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

samedi 1 juillet 2017

Compte rendu de «Mémoire illimitée » de Kevin Horsley (quatrième partie), Ne croyez jamais un mensonge.


Joël Licciardi, seul français sélectionné au championnats du monde de mémoire en Chine en 2015.

Pour faire suite à mes trois articles sur la mnémotechnie sur le site Virtual Magie et à mon étude Introduction au mentalisme, à l'hypnose et à la mnémotechnie, je vais écrire un compte rendu croisé de deux livres qui sont pour moi les meilleurs des ouvrages actuels sur le sujet, Comment développer une mémoire extraordinaire de Dominic O’Brien et Mémoire illimitée de Kevin Horsley.

Aujourd’hui, je vais traiter de Mémoire illimitée de Kevin Horsley, et résumer son chapitre 3: « Ne croyez jamais un mensonge».

"L'esprit constitue la limite. Tant qu'il peut vous voir faire quelque chose, vous y arriverez, aussi longtemps que vous y croirez sans réserve."
 Arnold Schwarzeneger

Un jour, un poisson qui vivait dans un étang en rencontra un autre qui avait déjà vécu dans l'océan. Le premier ayant demandé au second : « Qu'est-ce que l'océan ? », ce dernier lui répondit : « C'est une vaste étendue d'eau des millions de fois plus grande que ton étang.» Le poisson qui vivait dans l'étang ne parla plus jamais à l'autre poisson parce qu'il le croyait menteur.

Quelle leçon pourrait bien nous enseigner cette histoire ?

Vos croyances touchant la capacité de votre concentration et de votre mémoire pourraient constituer votre version limitée de la vérité. Bon nombre de gens n'exploiteront jamais leur véritable potentiel, parce qu'ils ont déterminé de nourrir une vision limitée de ce qu'ils peuvent faire.

Et si vos croyances négatives touchant votre concentration, votre mémoire et votre potentiel s'avéraient totalement fausses ? Qui seriez-vous sans ces croyances ?

Selon Richard Bandler: «Les croyances ne concernent pas la vérité ; on doit tout simplement les croire. Ce sont elles qui guident notre comportement.» Nous défendons toujours nos croyances. Par conséquent, si vous croyez avoir une mauvaise mémoire, vous agirez et penserez toujours en accord avec cette croyance. Là où va l'attention, l'énergie se déverse.

Si vous désirez améliorer votre mémoire et votre concentration, vous devrez vous créer un système de croyances qui les soutiendra.

Imaginez une Terre A et une Terre B, deux planètes semblables en tous points, sinon qu'elles existent dans différentes dimensions.

Monsieur A vit sur la Terre 1 et Monsieur B sur la Terre 2.
Ils ont la même apparence, parlent la même langue, vivent dans un environnement identique et ont terminé les mêmes études. Ils ont même un cerveau et un système nerveux identiques. En fait, tout est identique, sinon une chose.

Monsieur A croit que sa mémoire est désastreuse, si bien qu'il affirme à qui veut l'entendre :
«Je n'arrive pas à me concentrer. Mon attention ressemble à un kangourou qui saute çà et là.»
«J'oublie constamment des choses.»
«J'éprouve beaucoup de difficultés à me souvenir des noms.»
« Ma mémoire se détériore chaque jour. »
«Ma mémoire est pleine.»
«Ma mémoire est semblable à une passoire.»
«Je suis idiot.»
«N'apprenez pas trop, sinon votre cerveau se remplira ! »
Il déteste apprendre et mémoriser ne l'intéresse pas, parce qu'il pense qu'il oubliera.

Monsieur B croit qu'il dispose d'une mémoire formidable, exceptionnelle. En fait, il dit toujours :
«Je choisis de concentrer mon attention, à la façon d'un rayon laser. »
«L'amélioration de la mémoire est importante.»
« Voyez à quel point je me souviens ! J'ai des centaines de millions de souvenirs entreposés dans mon esprit.»
« Ma mémoire s'améliore chaque jour. »
«Me rappeler les noms m'intéresse.»
«Je suis brillant.»
« Ma mémoire a la capacité d'emmagasiner et de se souvenir de quantités impressionnantes d'informations. D'ailleurs, c'est le seul contenant qui possède la propriété suivante : plus on y ajoute de choses, plus on peut en entreposer.»
Il aime apprendre et il veut se remémorer et cultiver son esprit.

Alors, selon vous, qui jouira de la meilleure mémoire ? Monsieur B, bien sûr !
Tout ce qui différencie ces deux hommes, ce sont leurs croyances. Lesquelles estimez-vous correctes ?

Elles le sont dans les deux cas, puisque seul notre raisonnement détermine ce qui est correct ou pas. Monsieur A et Monsieur B ont tous deux leurs croyances, qu'ils ancrent dans leur expérience de vie et leurs pensées. Monsieur A se concentre sur le négatif et sur la passivité de sa puissance ; il se prédispose à l'échec. Par contre, Monsieur B se concentre sur le positif et s'assume ; il se prédispose à la réussite. Ces deux hommes ont choisi leurs croyances personnelles. Les résultats qu'ils obtiendront ne seront pas déterminés par une influence externe. Nous sommes tous libres de choisir à quoi nous penserons et, au bout du compte, cela déterminera quelles seront nos croyances.

Une croyance, c'est un sentiment de certitude ; on devient ce que l'on croit.

Les croyances et les pensées négatives font obstacle à votre concentration et à votre mémoire. Si vous refusez d'assumer toute responsabilité et de changer les pensées dont vous vous nourrissez constamment, vous ne parviendrez pas à vous libérer de votre conditionnement négatif. Chacune de nos pensées est créatrice ; elle a le pouvoir de bâtir ou de détruire.

Les gens ont tendance à croire que leurs croyances sont parfaitement vraies, alors qu'elles ne le sont que pour eux. Le simple fait d'être incapable de bien faire une chose ne signifie pas qu'elle est impossible. Définissez les croyances qui vous limitent, puis posez-vous la question : « Et si elles étaient complètement fausses ? » Rappelez-vous que les limites de votre système de croyances vous empêcheront toujours de voir toute solution de rechange qui devrait être évidente.
Si vous choisissez de changer vos croyances, voici comment vous pouvez vous y prendre.

En premier lieu, 80 p. 100 de tout changement tiennent à son pourquoi et seulement 20 p. 100 à son comment. Assumez votre responsabilité. La chose est aussi simple que d'avoir un motif pour changer et de déterminer que vous voulez changer vos croyances.

En deuxième lieu, remettez en question vos croyances. Pour quelle raison avez-vous délaissé certaines des choses auxquelles vous avez déjà cru de tout cœur? Vous les avez remises en question. Si, il y a longtemps, un certain enseignant vous a dit que votre mémoire ressemblait à une passoire, cela ne veut pas dire que ses paroles doivent s'avérer vraies ou se matérialiser. À l'époque, vous étiez jeune, moins expérimenté et incapable de remettre son autorité en question. Avec l'âge, il est possible de réévaluer le jugement dont vous avez été l'objet. Posez-vous des questions telles que : « Que me coûtera cette croyance si je m'y accroche ? Suis-je contraint de m'y agripper ? Est-ce que je peux être entièrement certain qu'elle est la vérité ?»

En troisième lieu, créez une nouvelle croyance et réfléchissez à des expériences, à des recherches et à des pensées susceptibles de la confirmer. Lorsque vous changez vos croyances, vous vous accordez le droit de faire davantage l'expérience de votre potentiel et de vous créer de nouvelles possibilités.

En quatrième lieu, utilisez la nouvelle croyance souvent et assimilez-la à votre identité.

Vos croyances ne sont que les histoires à votre sujet que vous avez acceptées comme véridiques. Il vous suffit de décider de les changer.

Selon Spenser Lord : «Les croyances ne sont pas des tatouages ; elles sont comme des vêtements que l'on peut enfiler et enlever à sa guise.»

Donc, dans un prochain article, nous détaillerons les cinq croyances fondamentales que vous pouvez « revêtir» immédiatement.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

vendredi 30 juin 2017

Compte rendu de « Comment développer une mémoire extraordinaire » de Dominic O’Brien (septième partie), «La mémoire et la créativité».



Ed Cooke, un champion du monde de mémoire.

Pour faire suite à mes trois articles sur la mnémotechnie sur le site Virtual Magie et à mon étude Introduction au mentalisme, à l'hypnose et à la mnémotechnie, je vais écrire un compte rendu détaillé du livre qui est pour moi le meilleur des ouvrages actuels sur le sujet, Comment développer une mémoire extraordinaire de Dominic O’Brien, huit fois champion du monde de mémoire et qui était un élève à la fois lent et inattentif.

Dans le chapitre « La mémoire et la créativité », Dominic O‘Brien, vous fait faire des exercices pour développer votre créativité, qui sera un des qualités déterminantes dans votre mémorisation.

« Il peut paraître exagéré d’affirmer que mon expérience m’a permis de restructurer mon esprit mais, comme la mémoire est intimement liée à la créativité (et aux multiples aspects de la fonction cérébrale qui la touchent), cette déclaration n’est pas aberrante. D’abord, l’amélioration de la mémoire fait largement usage des ressources de l’imagination. Même au tout début de mon aventure au cœur des pouvoirs mnémoniques, alors que je tentais d’imiter le grand Creighton Carvello, je me suis rendu compte que la mémorisation d’une séquence aléatoire de données (de cartes, par exemple) requérait de les coder sous forme d’images. Ainsi, des éléments d’information aléatoires pouvaient, d’une certaine façon, s’imbriquer les uns dans les autres. Je sais maintenant que le processus mettant l’imagination à profit fait intervenir toute une panoplie de fonctions cérébrales, dont la logique et l’orientation spatiale.

Certaines personnes pensent qu’elles n’ont pas une imagination assez vive pour rendre possible le développement de leur mémoire. Si vous en faites partie, débarrassez-vous de cette pensée ! Ne vous arrive-t-il jamais, à votre bureau, de vous imaginer dans un paradis exotique, ou, si votre journée est particulièrement stressante, dans un lieu calme ? Si vous vous exercez un peu, vous pourrez vous construire un univers imaginaire truffé de détails. D’après moi, nous sommes tous dotés de pouvoirs formidables liés à l’imagination ; cependant, nous avons souvent appris qu’il fallait les réprimer. Je tiens à vous rassurer : il n’est jamais trop tard pour donner libre cours à son imagination.

J’en sais quelque chose. Souvenez-vous que, lorsque j’étais enfant, on me reprochait souvent d’être dans la lune. Mes enseignants ont tout fait pour réprimer mon imagination. Aujourd’hui, je sais que ce penchant pour la rêverie était le signe de mon pouvoir créatif. Évidemment, mes pensées étaient étranges et frivoles, mais je crois qu’elles permettaient à mon esprit d’exprimer son potentiel de créativité qui, j’en suis persuadé, est la raison pour laquelle je réussis si bien dans les concours de mémoire. Cette force est présente en chacun de nous. Il ne tient qu’à nous d’apprendre (ou de réapprendre) à la libérer.

Les pensées créatives me viennent plus rapidement et plus facilement aujourd’hui qu’auparavant. Si vous avez l’impression que vous n’êtes pas dans ce cas, faites les exercices et suivez les conseils de cet ouvrage. Ils vous aideront à tirer parti des différents aspects de votre imagination. Plus vous l’exercerez, plus vous penserez de manière créative et serez capable de générer des images et des idées dans toutes les sphères de votre vie. De surcroît, quand votre imagination sera plus vive, votre pouvoir mental (dont votre mémoire) sera plus fort. Vous réfléchirez plus vite et plus clairement, que ce soit pour décider quels vêtements vous allez porter, pour mémoriser un jeu de cartes ou pour préparer une conférence. L’essentiel est de libérer le rêveur qui est en vous.

 SCÉNARIO 1

Imaginez que vous tenez un ballon de football dans vos mains et qu’il a une odeur d’oranges fraîchement pressées. Prenez le temps d’associer ces deux idées dans votre esprit. Ensuite, imaginez que le ballon ait la texture de la gélatine, qu’il fasse tic-tac comme une horloge et qu’il ait le goût du chocolat. Ne vous pressez pas ; concentrez-vous sur cette image pendant au moins 5 minutes, afin de lui donner vie. Si votre esprit vagabonde, ramenez-le à la première sensation, c’est-à-dire le contact avec le ballon.

SCÉNARIO 2

Lorsque vous vous sentirez entièrement imprégné du premier scénario, passez à celui-ci : imaginez un éléphant jaune à pois roses, qui miaule comme un chat, qui a le goût du gingembre, qui a un toucher piquant et qui sent le café frais. Ici encore, passez au moins 5 minutes à donner vie à cette idée dans votre esprit.
Lorsque vous êtes prêt, tentez de vous souvenir des caractéristiques étranges du ballon de football et de l’éléphant. Plus votre visualisation aura été détaillée, plus il vous sera facile d’évoquer ces images. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

jeudi 29 juin 2017

Compte rendu de « Comment développer une mémoire extraordinaire » de Dominic O’Brien (quatrième partie).



Sébastien Martinez, premier français (417e mondial) au classement du championnat du monde de la mémoire.

Pour faire suite à mes trois articles sur la mnémotechnie sur le site de Virtual Magie et à mon étude Introduction au mentalisme, à l'hypnose et à la mnémotechnie, je vais écrire un compte rendu du livre qui est pour moi le meilleur des ouvrages actuels sur le sujet, Comment développer une mémoire extraordinaire de Dominic O’Brien, huit fois champion du monde de mémoire et qui était un élève à la fois lent et inattentif. Cet article est la suite de celui-ci.

Dans le chapitre « Comment utiliser cet ouvrage ? », Dominic O’Brien nous prévient que son livre n’est pas un recensement des différents systèmes de mnémotechnie mais qu’il est un exposé de ses réflexions sur le sujet et de sa méthode. Et c’est justement cela que nous recherchons : un témoignage authentique et efficace. 

Mais laissons parler l’auteur :
 « Contrairement à d’autres guides sur le développement de la mémoire, ce livre n’est pas une introduction exhaustive aux techniques de renforcement de la mémoire qui existent déjà. Il s’agit plutôt de l’histoire de mon parcours dans l’univers du pouvoir mental et de mes découvertes sur le fonctionnement du cerveau humain. Jusqu’à présent, j’ai remporté huit fois le championnat du monde de mémoire. J’y suis parvenu à force de persévérance, en m’appuyant sur l’apprentissage par essais et erreurs (j’essaye, je me trompe, j’en tire les leçons qu’il faut). Ainsi, j’ai découvert des techniques qui m’ont permis d’acquérir une mémoire parfaite (ou quasiment parfaite !) et, aujourd’hui, je veux partager avec vous ces méthodes que je sais très efficaces.

Afin de tirer profit de ce livre, résistez à la tentation de le survoler et de consulter des pages au hasard car chaque chapitre s’appuie sur les précédents. Par conséquent, certaines techniques ou certains détails pourraient vous échapper si vous ne lisez pas l’information de manière chronologique. Cet ouvrage propose différentes façons de mettre ces techniques en application, que ce soit dans une optique professionnelle ou simplement dans le contexte de la vie quotidienne. Il contient également des conseils visant à vous assurer que votre corps est en aussi bonne santé que votre esprit car c’est un aspect important du développement de la mémoire.

Vous vous demandez peut-être combien de temps il vous faudra pour que ces méthodes portent leurs fruits. Il n’y a pas de réponse à cette question. Certaines techniques peuvent être efficaces instantanément, d’autres exiger des exercices plus réguliers. Quoi qu’il en soit, il est important de ne pas abandonner. Une règle d’or : attendez de bien maîtriser chaque étape avant de passer à la technique suivante ou à un nouveau défi. Par exemple, il est inutile d’essayer de mémoriser les cartes d’un jeu complet si vous n’avez pas réussi à en mémoriser seulement une vingtaine. Si vous allez trop vite, vous risquez d’être frustré et d’abandonner avant la fin.

Il est absolument nécessaire d’effectuer les exercices. Par exemple, vous pouvez chaque jour consacrer un certain temps à la mémorisation de cartes ou de chiffres. 

Par-dessus tout, gardez l’esprit ouvert ; lisez le texte et réalisez les exercices avec une attitude positive. En effet, je suis persuadé que la réussite passe par la confiance en soi. »


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.

Compte rendu de « Comment développer une mémoire extraordinaire » de Dominic O’Brien (troisième partie).



Dominic O'Brien.

Pour faire suite à mes trois articles sur la mnémotechnie sur le site de Virtual Magie et à mon livre Introduction au mentalisme, à l'hypnose et à la mnémotechnie, je vais écrire un compte rendu du livre qui est pour moi le meilleur des ouvrages actuels sur le sujet, Comment développer une mémoire extraordinaire de Dominic O’Brien, huit fois champion du monde de mémoire et qui était un élève à la fois lent et inattentif. L’auteur ne s’y contente pas de raconter son parcours mais il donne aussi sans détour la méthode qui lui a permis de parvenir à ces résultats hors normes (J’avais déjà abordé son système dans deux précédents articles).

L’avant-propos est très parlant et peut rassurer ceux qui ont eu des difficultés scolaires et pensent à cause de cela ne jamais pouvoir développer une bonne mémoire :

« Quand j’étais enfant, on a diagnostiqué que je souffrais de dyslexie et on m’a dit, par l’intermédiaire de mon enseignant, que je ne ferais jamais rien de bon. En fait, durant mes années d’école, on ne fondait pas de grands espoirs sur moi. Personne ne croyait que mon nom apparaîtrait un jour dans le Guinness des records pour mes exploits intellectuels, ou que je deviendrais le champion du monde de mémoire, et ce, huit fois de suite ! Voici quelques commentaires peu élogieux tirés de mes bulletins scolaires lorsque j’avais 10 ans :

« Il a tendance à rêvasser pendant les cours de mathématiques, de sorte qu’il perd le fil de ses pensées.»

« Dominic n’est pas très attentif. Il semble être plus dans la lune que sur Terre.
Il est terriblement lent et souvent incapable de répéter la question qui vient d’être posée. Il doit se concentrer davantage. »

« À moins que Dominic se prenne sérieusement en main et se mette au travail, il ne réussira à rien. Il est désespérément lent. »

Quoiqu’ils puissent paraître sévères, ces commentaires tracent un portrait assez fidèle de ma façon d’être à l’époque. J’avais l’impression que mon cerveau était constamment au repos. Mes enseignants, qui le savaient, étaient sans cesse en colère contre moi. L’un d’entre eux se comportait de façon odieuse : il me secouait en hurlant et m’humiliait devant mes camarades. J’imagine qu’il tentait ainsi de me sortir de ma torpeur apparente !

Il va sans dire que l’école est devenue pour moi une grande source de stress. En fait, j’étais terrifié à l’idée d’y aller. À 11 ans, je la détestais car toute ma confiance en moi y avait été piétinée. Je rêvais de tout lâcher à la première occasion et j’étais persuadé que ce jour-là serait le plus beau de ma vie.

Une quinzaine d’années plus tard, je mémorisais un jeu de cartes. Il m’est impossible de vous décrire ce que j’ai ressenti : non seulement j’avais accompli un exploit d’agilité mentale, mais j’avais également remporté une victoire symbolique. Je m’étais révolté contre les humiliations, la négativité et les lamentables bulletins de mon enfance. Tout à coup, j’ai compris que je n’étais peut-être pas condamné à rester un élève médiocre. Si je pouvais mémoriser un jeu de cartes, j’étais sûrement en mesure de réaliser autre chose. Fort de cette prouesse qui révélait ma capacité à acquérir une mémoire extraordinaire, j’ai lentement gagné de la confiance en moi, et une multitude de possibilités s’est déployée pour mon avenir.

Par la suite, mon « muscle de la mémoire », plutôt inerte hier, a fait l’objet d’un entraînement rigoureux. Sur une période de 25 ans, je l’ai soumis à un régime strict, et je dispose aujourd’hui d’un instrument musclé dont je suis extrêmement fier. Quel dommage que je n’aie pas découvert et pratiqué la mnémotechnie (l’art de la mémoire) à l’école !

Dans cet ouvrage, je veux vous montrer comment entraîner votre mémoire, non seulement pour accomplir des prouesses, mais également pour vous redonner confiance en vous. Lorsque vous sentirez le potentiel de votre mémoire, vous comprendrez qu’il en va de même avec d’autres aspects de votre mental, en partant de votre capacité à vous concentrer et à réagir rapidement (l’« intelligence fluide ») jusqu’à votre confiance en vous comme narrateur ou orateur, et votre faculté de vous sentir à l’aise en présence d’inconnus.


En vous entraînant comme je l’ai fait et en suivant les chemins que j’ai empruntés avant vous, je souhaite vous donner les bons outils pour acquérir des facultés mnémoniques extraordinaires. Et j’espère que vous vous amuserez autant que moi en les utilisant ! »

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

vendredi 2 juin 2017

Compte rendu de « Clavis universalis, arts de la mémoire, logique combinatoire et langue universelle de Lulle à Leibniz » de Paolo Rossi (deuxième partie).


Raymond Lulle.



Je me suis aperçu que j’avais parlé de la renaissance du lullisme dans mon précédent article sur « Clavis universalis » de Paolo Rossi et que je n’avais pas évoqué le mode de pensée de cet écrivain déterminant dans l’art de la mémoire  qui a eu une très grande influence sur les idées du Moyen Age (Naissance en 1232, mort en 1315). Excusez d’avance la complexité de ces explications qui ne sont pourtant qu’une parcelle de l’œuvre de ce penseur déterminant.

ART, LOGIQUE ET COSMOLOGIE DANS LA TRADITION LULLISTE

Dans les textes de Lulle, dans son Ars magna, l'Art se présente comme une «logique», qui est aussi et en même temps une «métaphysique» et qui cependant diffère de l'une et de l'autre, soit «par sa manière de considérer son objet», soit «en ce qui concerne les principes». Alors que la métaphysique considère les êtres extérieurs à l'âme «du point de vue de leur être», et que la logique les considère selon l'être qu'ils ont dans l'âme, l'Art, quant à lui, « science suprême entre toutes les sciences », considère les êtres selon l'une et l'autre manière. 

Contrairement à la logique qui traite des intentions secondes, l'Art traite des intentions premières; alors que la logique est «science instable et labile», l'Art est «permanent et stable» ; il lui est possible de découvrir la « vraie loi », alors que la logique ne le peut pas. Si l'on s'exerce un mois durant dans l'Art, on pourra non seulement retrouver les principes communs à toutes les sciences, mais également obtenir des résultats supérieurs à ceux qu'on atteint lorsqu'on se consacre toute une année à l'étude de la logique. A cet égard, la connaissance de la logique traditionnelle et celle des choses naturelles apparaissent comme d'utiles préalables à l'acquisition de l'Art.

L'Art de Lulle se présente donc comme étroitement lié à la connaissance des objets qui constituent le monde. A la différence de la logique dite formelle, il a affaire non seulement aux mots, mais aux choses, et s'intéresse non seulement à la structure des discours, mais à celle du monde. Une métaphysique exemplariste ou un symbolisme universel est au départ d'une technique qui prétend pouvoir parler, à la fois et en même temps, de logique et de métaphysique, et énoncer les règles qui sont à la base des discours et celles qui structurent le réel. Mais la décomposition des idées complexes en idées simples et irréductibles ; l'emploi de lettres et de symboles pour désigner les idées simples ; la mécanisation des combinaisons de notions effectuée au moyen des figures mobiles ; l'idée d'une langue artificielle et parfaite (supérieure à la langue naturelle et à celle des diverses sciences); l'identification de l'Art à une espèce de mécanisme conceptuel qui, une fois construit, est absolument indépendant de son créateur : ces caractères de l' ars combinatoria ont conduit d'insignes historiens, de Bäumker à Gilson, à rapprocher — d'une façon nullement erronée — la combinatoire de la logique formelle moderne. 

Toutefois, contrairement à d'autres historiens moins avisés, aussi bien Bäumker que Gilson ont considéré comme bien réelle l'influence exercée sur la pensée de Lulle par cet exemplarisme et par ce symbolisme que nous avons évoqués. Dieu et les dignités divines sont pour Lulle les archétypes de la réalité, et l'univers entier se présente comme un gigantesque ensemble de symboles qui renvoient, au-delà des apparences, à la structure de l’être divin : « Les similitudes de la nature divines sont gravées en toute créature en fonction des possibilités de réception de cette créature, et cela plus ou moins, selon que ces possibilités sont plus proches du degré supérieur où se trouve l’homme, de sorte que chaque créature porte plus ou moins en elle la marque de son Auteur ».


C’est fini pour le moment. Amitiés à tous.

mardi 30 mai 2017

Compte rendu de « La chambre de mémoire » de Lina Bolzoni (première partie).



Le livre en question.



Introduction.

Une riche tradition d'études — de Paolo Rossi à Frances Yates et à Mary Carruthers (Clavis Universalis de Paolo Rossi, 1960, L’art de la mémoire de Frances Yates, 1966, Le livre de la mémoire, la mémoire dans la culture médiévale de Mary Carruthers, 1990) — a redécouvert l'art de la mémoire et a montré le rôle qu'elle a joué durant des siècles dans le contexte culturel européen. Il s'agit d'une histoire de longue durée, faite d'un jeu fascinant de continuité, de variations et de différences. Le monde classique transmet au Moyen Âge les techniques auxquelles les orateurs avaient recours pour renforcer la mémoire. Fondées sur l'observation du fonctionnement naturel de l'esprit, elles utilisent trois éléments essentiels : les lieux (loci), l'ordre, les images (imagines agentes). Il s'agira, en effet, de fixer dans l'esprit un parcours précis de lieux ; dans chacun de ces lieux se placera une image qui, par le biais du jeu des associations, sera reliée aux choses dont il faut se souvenir. Au moment voulu, celui qui pratique l’art de la mémoire parcourra de nouveau et idéalement les « lieux » ; il y retrouvera les images ; celles-ci mettront en mouvement le jeu des associations et pourront restituer ainsi les souvenirs qui leur ont été confiés. Il y a une mémoire des choses, des concepts (memoria rerum) et une mémoire des mots (memoria verborum) ; on parle d'art de la mémoire, ou de mémoire artificielle, ou de mémoire locale (en référence justement aux «lieux »).

Ces techniques de base sont très anciennes ; le monde chrétien les hérite du monde païen et les transforme selon ses propres exigences, les chargeant d'un sens moral et dévotionnel ; au XVI' siècle l'art de la mémoire est à son apogée, faisant partie d'une recherche complexe qui vise à repenser l'encyclopédie, à s'emparer d'une clef universelle d'accès au savoir.

Cet ouvrage a l'intention de déplacer le niveau traditionnel de l'analyse : il s'intéresse aux pratiques liées à la mémoire, et non pas aux traités de l'art de la mémoire ; il cherche à reconstruire un niveau moyen de convictions et de techniques ; il ne s'occupe donc pas des grands théoriciens de la mémoire, de ceux qui, comme Giulio Camillo et Giordano Bruno, reprennent et renouvellent à la fois la tradition de manière créative. Si cet ouvrage part d'ailleurs du théâtre de Camillo, il entend ramener à la lumière un riche ensemble de pratiques, d'expériences et d'utilisations de la mémoire qui constitue aussi les prémisses de la recherche hardie de Bruno.

Tout cela se fonde sur deux convictions : la première est que les traités de l'art de la mémoire ne sont que la pointe d'un iceberg et que leurs préceptes — souvent arides et répétitifs —ne sont que la scénographie d'un spectacle qui se déroule sur plusieurs dimensions. Nous, nous les avons utilisés uniquement comme stimulus à reparcourir ces territoires où les techniques de la mémoire interagissent avec différentes expériences : avec la littérature, avec la traduction de mots en images et d'images en mots, avec l'expérimentation sur l'imaginaire.

La seconde conviction concerne les transformations qui accompagnent le développement de l'imprimerie. C'est grâce à la diffusion du livre que l’on peut parler de culture moyenne et qu’il se crée un ensemble diffus d’idées et de pratiques où, par exemple, les différentes théories médicales et philosophiques sur la mémoire cohabitent et, surtout, sont utilisées.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous


dimanche 28 mai 2017

Morris N. Young, un collectionneur hors normes, auteur de "Bibliography of memory".



Le livre de Morris N. Young.

Je me suis inspiré pour rédiger mes articles sur les livres de mnémotechnie en français de la gigantesque bibliographie de Morris N. Young (436 p.), Bibliography of memory, qui répertorie les ouvrages sur ce sujet (jusqu’à 1961) en langue anglaise, latin, français, espagnol, italien, allemand, portugais, russe, etc.

Courte biographie :

Morris N. Young était un enfant quand il a assisté à un spectacle d’Harry Houdini.

Cela a marqué le jeune homme, qui, à dix-sept ans, exécute des numéros spectaculaires. Il semble que Houdini lui-même, après avoir vu un de ses shows, l’ait invité à faire partie de l'Association des Magiciens américains.

Sa passion pour la magie l'a amené à recueillir une énorme quantité d'objets et de livres liés à ce sujet, en particulier tout ce qui touche à son idole Houdini (avec un autre collectionneur John J. McManus, en 1955, il fera don de toute sa collection à la Bibliothèque du Congrès pour former la collection spécialisée McManus-Young, une des plus complètes sur la magie).

En mnémotechnie, il a entrepris avec sa femme un projet colossal : créer la plus grande collection de documents sur le sujet jamais connue. Finalement, il réussit à recueillir 197 livres datant d’avant 1800, dont onze incunables,  plus de 2000 monographies, 2000 articles, 500 illustrations, etc. Sa bibliographie est le recensement de cette immense collection.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 22 mai 2017

Compte rendu de "L'art et la science de se souvenir de tout" de Joshua Foer (seizième partie).



 

 Le livre en anglais.

Récemment est paru en livre de poche L’art et la science de se souvenir de tout qui est en fait le même livre que l’ouvrage en grand format Aventures au cœur de la mémoire (tous les deux la traduction de Moonwalking with Einstein). 

Aventures au cœur de la mémoire est un livre référence dans le monde de la mémoire. Il y est question de l’histoire de la mémoire et de la mnémotechnie, de la naissance des Mémoriades, les Championnats du monde de mémoire, en 1991, mais surtout de la manière dont un journaliste indépendant, Joshua Foer, est devenu champion de mémoire des États-Unis en 2006 alors qu’il ne savait même pas ce qu’était une technique de mémorisation un an auparavant ! Cet article est la suite de celui-ci.

Joshua Foer décrit cette scène dans le chapitre 11 « Le championnat de mémorisation des Etats-Unis »: «  L'intitulé de l'épreuve, « Trois fautes et adieu la fête », était clair : les deux premiers concurrents qui auraient oublié trois informations seraient éliminés. Après nous avoir laissés tranquilles quelques minutes — pour que la courbe de l'oubli opère sa magie —, les cinq invités revinrent sur scène et se mirent à nous interroger. D'abord, nous dûmes citer le nom de la quatrième invitée, une jeune femme blonde qui portait une casquette de base-ball. Chester, premier de la rangée et premier à devoir répondre, le connaissait : Susan Lana Jones. Mais juste après, Maurice fut incapable de livrer sa date de naissance — et je me demandai s'il n'avait pas bluffé quand il avait affirmé avoir eu une bonne nuit de sommeil. Une faute pour Maurice. 

Moi, heureusement, je connaissais cette date de naissance que je récupérai dans le lavabo en marbre de mon palais moderniste : 10 décembre 1975. Ram connaissait son lieu de résidence : North Miami Beach, en Floride, code postal 33180. Mais Chester ne se souvenait pas de son numéro de téléphone. Une faute pour Chester. Et Maurice non plus. Deux fautes pour Maurice. Une caméra zooma sur mon visage. À mon tour d'énumérer les dix chiffres de ce numéro, plus le poste. Je regardai droit dans l'objectif pour dire : « Je n'ai même pas essayé de mémoriser son téléphone. » Ma stratégie avait consisté à me concentrer sur toutes les autres informations... en espérant que quelqu'un d'autre écoperait de ces chiffres. Josh : une faute.

Le jeu continua ainsi, jusqu'à ce que Maurice soit incapable d'évoquer un seul des trois passe-temps de la femme. À croire qu'il avait fait la sieste pendant que les invités nous lisaient leurs petits topos. Trois fautes pour Maurice. Il était éliminé.

Chester, Ram et moi restâmes à nos places et continuâmes de débiter pendant un moment les détails des biographies que nous avions mémorisées. Enfin, Chester dut réciter le téléphone professionnel de l'un des invités, avec le code régional et les trois chiffres de son poste. À ce moment-là, il avait déjà deux fautes à son ardoise.

Il grimaça et baissa les yeux. « Pourquoi c'est toujours moi qui tombe sur les numéros de téléphone ? marmonna-t-il. C'est dingue. »

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés  à tous.