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mercredi 26 octobre 2016

Compte rendu de la conférence de Philippe Marlin du 22 octobre 2016 pour l’association « L’œil du sphinx » : «Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee» (quatrième et dernière partie)



Jorge Luis Borges, à la fois admirateur et détracteur de Gustav Meyrink


Samedi L’œil du sphinx fêtait ses 27 ans (et moi mes 16 ans d’adhésion). Cette association s’est d’abord dédiée à l’écrivain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, puis au fantastique en général et enfin à l’ésotérisme. L’évocation par Philippe Marlin dans sa conférence « Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee » des dialogues de John Dee, le mage du seizième siècle, avec les anges m’a beaucoup intéressé. J’en étais resté à mes références borgésiennes à Emmanuel Swedenborg, l’illuminé du dix-huitième siècle qui conversait avec les anges (je vous donne l’adresse du premier article sur le sujet). Voici les objets que Philippe Marlin a vus en exposition et qui servaient à la communication avec les anges. Je développerai ensuite quelques réflexions sur la postérité littéraire de John Dee.

Les objets utilisés par John Dee :

Il y en a 3 essentiellement :

1) Un miroir magique, le Speculum (un objet de culte aztèque fait d’obsidienne dont la forme est semblable à celle d’un miroir à main, rapporté en Europe en 1520).

2) Le Sceau de Dieu : je pense qu’il s’agit de celui qui était utilisé pour soutenir la boule de cristal (Sigillum Dei Aemeth, un grand disque de cire vierge comportant divers Noms de Dieu ou d’anges). Je vais poser la question à Philippe Marlin.

3) Une boule de cristal de 6 cm de diamètre.


La postérité littéraire de John Dee :

Mais bien sûr ce qui me passionne le plus, c’est la postérité littéraire de John Dee. Je ne pourrai pas toute vous la citer, il y en a 2 pages dans Wikipédia. Je retiendrai simplement son traitement par trois auteurs de littérature fantastique, Lovecraft, Jean Ray et Jorge Luis Borges.

1) Dans la nouvelle L’abomination de Dunwich (1929) de Lovecraft, c’est John Dee qui est à l’origine de la traduction en anglais du livre maudit le Necronomicon.

2) Jean Ray, dans une de ses aventures d’Harry Dickson, Le studio rouge, évoque John Dee et surtout son miroir, « pierre noire au moyen duquel John Dee évoquait les esprits ».

3) Ce qui m’a le plus amusé, c’est que Jorge Luis Borges, sur lequel j’ai écrit un livre, a détesté le roman de Gustav Meyrink L’ange à la fenêtre d’Occident inspiré par la vie de John Dee. Je le laisse parler (Pléiade, tome 1, p. 999, « Chroniques publiées dans la revue « El Hogar » ») : « Ce roman, plus ou moins théosophique est moins beau que son titre. » Borges a beaucoup admiré le livre de Meyrink, Le Golem. Il considère que les romans postérieurs sont « moins bien venus » : « On y devinait que Meyrink avait été « illuminé » par la sagesse orientale et l’on sait que de telles visitations ont toujours un résultat funeste. Il s’identifia peu à peu avec le plus naïf de ses lecteurs. Ses livres devinrent des actes de foi, et même de propagande. L’Ange à la fenêtre d’Occident est la chronique d’obscurs miracles, à peine rachetée, çà et là, par une bonne ambiance poétique. »  Ces propos paraissent étranges, dans la bouche de Borges, qui a été très crédule sur beaucoup de questions : j’ai déjà parlé de Swedenborg, mais il y a aussi le bouddhisme légendaire, l’histoire des anges, les spéculations des gnostiques, etc.

Voilà. C’est tout pour le moment. Je ne sais pas de quoi je parlerai dans le prochain numéro (si finalement, du livre de Robert Greene et 50 cent). Amitiés à tous.

mardi 25 octobre 2016

Compte rendu de la conférence de Philippe Marlin du 22 octobre 2016 pour l’association « L’œil du sphinx » : «Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee» (troisième partie)



 L'abbé Trithème

Samedi L’œil du sphinx fêtait ses 27 ans (et moi mes 16 ans d’adhésion). Cette association s’est d’abord dédiée à l’écrivain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, puis au fantastique en général et enfin à l’ésotérisme. L’évocation par Philippe Marlin dans sa conférence « Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee » des dialogues de John Dee, le mage du seizième siècle, avec les anges m’a beaucoup intéressé. J’en étais resté à mes références borgésiennes à Emmanuel Swedenborg, l’illuminé du dix-huitième siècle qui conversait avec les anges. Voici la suite de la biographie de John Dee mais aussi ce que contenait sa bibliothèque.

En 1589, le médium Edward Kelley, qui était le locuteur de John Dee dans ses dialogues avec les anges, apprend à celui-ci que l’ange Uriel a ordonné qu’ils partagent leurs femmes. Le magicien, fortement troublé, met un terme à ses expérimentations et revient en Angleterre où il ne reverra plus jamais Kelley. En disgrâce, il meurt dans la misère en 1608 à 80 ans.

La bibliothèque de John Dee :

En 1842, un catalogue est réalisé de cette bibliothèque : elle comprend 3000 livres et 100 manuscrits, ce qui, pour l’époque, est énorme. Mais que contient-elle ? Beaucoup d’œuvres de magie et d’occultisme dont je vais vous donner un échantillon.

1) Les écrits de l’abbé Trithème (1462-1516).

J’ai entendu parler de lui, bien sûr pour la première fois, dans Les livres maudits de Jacques Bergier (chapitre 4 : « Le secret de l’abbé Trithème »). 

Dee possède de cet auteur La stéganographie en 3 tomes (procédé permettant d’hypnotiser les gens à distance, magie angélique dans le tome 3, etc.), La polygraphie (traité sur les écritures secrètes), mais apparemment, il n’a pas un ouvrage capital  de Trithème Des causes secondes de 1508 où est présenté un schéma mystique de l’histoire du monde.

2) L’ouvrage La Philosophie occulte d’Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim (1486-1535) paru en 1510, qui porte sur la magie.
 
3) Les écrits de Guillaume Postel (1510-1581).

a) De originibus seu de hebraicae lingua, 1538 (Dans cet essai de philologie comparée, il fait descendre toutes les langues de l’hébreu.) 
b)  De orbis terrae concordia, 1544 (Tentative d’unification politique et religieuse du monde)
c) Le livre de la concorde entre le Coran et les Evangiles, 1553

4) La Voarchadumia contra alchemiam ars distincta ab Archemia et Sophia du prêtre vénitien Giovanni Agostino Panteo  (un ouvrage publié en 1519 qui fait la relation entre l’alchimie et la kabbale).

Voilà. C’est tout pour le moment.  La suite avec les objets magiques de John Dee au prochain numéro. Amitiés à tous.

Compte rendu de la conférence de Philippe Marlin du 22 octobre 2016 pour l’association « L’œil du sphinx » : «Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee» (deuxième partie)




John Dee

Samedi L’œil du sphinx fêtait ses 27 ans (et moi mes 16 ans d’adhésion). Cette association s’est d’abord dédiée à l’écrivain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, puis au fantastique en général et enfin à l’ésotérisme. L’évocation par Philippe Marlin dans sa conférence « Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee » des dialogues de John Dee, le mage du seizième siècle,  avec les anges m’a beaucoup intéressé. J’en étais resté à mes références borgésiennes à Emmanuel Swedenborg, l’illuminé du dix-huitième siècle qui conversait avec les anges. 

Philippe Marlin nous parle de la vie de John Dee. Il est né en 1527 à Londres. A la fin des années 1540, il a voyagé en Europe, donné des cours sur le mathématicien Euclide à Paris (à une époque où l’on pensait que les mathématiques étaient une science occulte ! ). Il est devenu un ami intime du cartographe Gerardus Mercator et a rapporté  en Angleterre une importante quantité d’instruments mathématiques et astronomiques.

En 1558, il devient le conseiller personnel de la reine Elisabeth en science et astrologie. Il écrit en 1564 une œuvre hermétique le Monas Hieroglyphica (La Monade hiéroglyphique), une interprétation du monde selon la kabbale.

Insatisfait de ce qu’il a appris dans les livres, Dee essaye de 1581 à 1589 d’entrer en contact avec les anges (dont Michaël, Gabriel, Raphaël, Uriel), grâce à des invocations, pour obtenir des connaissances sur l’avenir, la fin des temps, le nom et les fonctions des anges. Les premières tentatives sont des échecs mais en 1582, il est très impressionné par le médium Edward Kelley qui était en réalité un faussaire mais qui devint un locuteur dans ses relations avec les anges (Dee se contentait de transcrire les séances).

Des conversations avec les anges avec ce médium sortirent un alphabet, l’alphabet « énochien » et une langue et une écriture occultes. A l’époque Dee appelle ce système la « magie angélique ». Les manuscrits où ont été retranscrites les séances ont été conservés. Le début forme le Mysteriosum Libri Quinque (Five Books of Mystical Exercises of Dr John Dee. An Angelic Revelation of Kabbalistic Magic and other Mysteries Occult and Divine revealed to Dr John Dee and Edward Kelley A.D. 1581-1583, Cinq livres des mystères collectés par Elias Ashmole). Le restant des séances à partir de 1583 a été publié par Méric Casaubon en 1659 A True and Faithful Relation or What Passed for many Yeers Between Dr John Dee … and Some Spirits

Voilà. C’est tout pour le moment.  La suite de la vie de John Dee au prochain numéro. Amitiés à tous.