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jeudi 4 février 2021

Une figure déterminante de l’ésotérisme français, Jean-Louis Bernard (dixième partie) : la constellation du lion.

 


 Les Archives de l'insolite.

 

 Jean-Louis Bernard dans ses Archives de l’insolite fait souvent référence à la constellation du lionCet article est la suite de celui-ci. 

 

 1) Lion

La constellation du ciel boréal, reine du Zodiaque (après l’étoile polaire) au point d'être qualifiée de « cœur du ciel » dans le Popol Vuh, bible des Mayas. Les Tibétains partagent cette manière de voir comme le firent les anciens Chimou des Andes, prédécesseurs des Incas. Le totémisme du lion ou du puma ou du jaguar et celui du chat (celui-ci chez les Chimou et les Egyptiens) en dérivaient. Dans l'hermétisme et la Gnose, le cœur de l'Homme ou Christ cosmique était au Lion.

 

 2) Lion vert

Symbole de l'alchimie repris à l'Egypte et spécialement à l'hermétisme ; en rapport avec le rayon vert et la déesse Sekhmit. C'est l'arcane de la vie biologique, donc la clef des métamorphoses essentielles et des mutations en tous règnes de la nature, en particulier de la transmutation du plomb — l'opération la plus célèbre de l'alchimie.

 

 3) Rayon vert

La quintessence de la vie biologique concentrée en rayon qui exalte les cellules saines et cancérise celles qui sont malsaines ; = l'arme par excellence des dieux — leur « laser » ; = le « pouvoir phosphoros » des traditions grecques. Il contrecarrera les radiations diverses manipulées par les savants, celles-ci s'exerçant en dehors de l'équilibre naturel. De source cosmique, ce rayon, vert en essence mais qui rougit en s'animalisant au niveau de l'ensemble cœur-poumons, passait pour émaner de la constellation du Lion, dite « cœur du ciel » — chez les anciens Mexicains et Egyptiens et chez les Tibétains. Il semble que l'art de la pyramide (dont l'indicatif est le Sphinx, allusion au Lion zodiacal) ait été en rapport avec un processus de captation du rayon vert, au bénéfice de la collectivité, en vue de retarder pour celle-ci le déclin biologique. Force mutante, il fut un arcane de l’alchimie (= le « Lion vert ») et celui de mutations ayant touché les végétaux (blé, riz, maïs), les animaux (le chat, création égyptienne) et certaines ethnies (l'Egypte produisit un type humain supérieur). Toutefois, l'homme isolé ne saurait capter le rayon vert et se l'assimiler que s'il jouit d'un plein éveil du chakra du cœur. Inversement, le rayon vert, arme d'apocalypse, précipita la dégénérescence d'humanités périmées, les déformant parfois en monstres.

 

4) Chakra du cœur

Sensible au sommet du cœur, côté main droite, parfois sur l'ensemble de l'organe, il commande le bloc cœur-poumons. A l'inverse des chakram inferieurs, il a une portée déjà cosmique (spirituelle), reliant l'être au « cœur du ciel ». A son niveau, le sang s'alchimise, s'imprégnant plus ou moins de cette radiation verte qui rougit en s'animalisant (voir rayon vert). Mais le chakra du cœur, avec les centres d'acupuncture voisins et l'ensemble glandulaire, se place au carrefour d'un mouvement d'horlogerie bien plus vaste ! L'absorption de prana (électricité solaire) s'opère à son niveau, en liaison avec le complexe glandulaire de la racine du nez et de la gorge. En sanscrit, « prana » = souffle de vie ; son expression égyptienne est le hiéroglyphe de la croix ansée. Toutefois, le pratiquant du yoga qui désire absorber intensivement prana, se concentrera plutôt sur le point « hara», un aimant lui aussi pour prana et qui est au niveau du second chakra. Le chakra du cœur commande de même l'insolite mouvement de l'introversion érotique, ainsi qu'en témoigne l'expérience du tantrisme. On en déduit prudemment qu'il gouverne à sa façon toute la sexualité. La croyance égyptienne localisait aussi en ce chakra du cœur l'intelligence intuitive, dite « du cœur », et y voyait le siège du moi — le cœur étant compris comme le point d'impact du rayon de l'esprit, touchant l'instinct.

  

  Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.

 

jeudi 28 janvier 2021

Une figure déterminante de l’ésotérisme français, Jean-Louis Bernard (neuvième partie) : la science astrologique.

 

 



 Une conférence de Jean-Louis Bernard.

 

 

Jean-Louis Bernard dans ses Archives de l’insolite fait souvent référence à la science astrologique en lui donnant une origine ésotérique. Cet article est la suite de celui-ci. 

 

 

1) Astrologie

 

 Science traditionnelle qui veut déterminer la nature et le destin de l’individu en fonction de la marche des astres et planètes du Zodiaque. Elle est la contrepartie de la géomancie qui, négligeant le ciel, explique l'individu en fonction de son contexte terre à terre. L'astrologie connut une grande vogue en Mésopotamie, dès les origines, et on y crut aux horoscopes. En Egypte, des prêtres observaient le ciel, la nuit, en haut des pylônes du temple, mais seulement pour régler les cérémonies sur la vie céleste. L'astrologue le plus étrange fut, en Occident, Nostradamus.

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 2) Zodiaque

 

D'un terme grec = être vivant. Dans la conception antique, le Zodiaque = une entité, il était le corps de I' Osiris cosmique ou céleste ; plus tard, celui du Christ cosmique. C'est la ronde que le soleil parcourt illusoirement en un an. Les plus fameux zodiaques sont ceux de Dendéra (au Musée du Louvre), d'Esneh (tous deux égyptiens mais d'époque grecque), de Palmyre (Syrie) et ceux du Mexique. Les symboles illustrant chacun des douze signes sont assez universels, au moins dans la forme. Les Anciens pensaient que, lors des différentes genèses et mutations, toutes influencées par l'une ou plusieurs constellations, celles-ci avaient influé sur la morphologie des hommes et animaux alors apparus. Les Égyptiens et les Mexicains ajoutaient à nos douze signes des hiéroglyphes énigmatiques dont certains sont tout de même déchiffrables : le Crocodile par exemple (Egypte). II s'y trouvait aussi des signes de « mort spirituelle », inversion logique des « signes de vie » (les constellations). A ce propos, se pose aux modernes astrologues le problème de Lilith, identifiée à une « lune noire ».

 

 

3) Osiris cosmique

 

Osiris cosmique ou céleste, = le Zodiaque compris comme une entité, chaque constellation étant l'un de ses organes. Osiris avait été sa projection en tant qu'homme parfait, divinisé. En d’autres temples, l'Osiris cosmique = Ammon (avec deux m), l'Homme cosmique, archétype de l'homme terrestre, puis le Christ cosmique.

 

4) Christ cosmique

 

L’arcane suprême de la Gnose qui fut, par rapport au christianisme primitif, ce que la Cabbale juive fut par rapport au judaïsme officiel : une connaissance ésotérique. La notion de Christ cosmique transposa celle, égyptienne, de I'Am'man ou Ammon : l'Homme céleste ou cosmique, archétype de l'homme terrestre, « crucifié » a la croisée du Zodiaque dont il est l'esprit — cette croisée étant au signe du Lion, « cœur du ciel » (dans la croyance antique). Ce signe était l'arcane de toutes les religions qui sacralisaient le sang, car elles affirmaient que le sang humain en tirait sa quintessence : religions de Cybèle, de Mithra, christianisme primitif. En dérivent : le mythe du Graal (la coupe d'émeraude contenant le sang du Christ cosmique), le symbole du cœur de Jésus perce d'une flèche et, par projection dans l'histoire, la geste de l'homme-dieu crucifié que la mentalité populaire ne tarda pas à prendre à la lettre, comme aussi le mythe du Graal popularisé (devenu le contenant du sang de Jésus crucifié). En Egypte, l'homme-dieu, support du Christ cosmique, prenait le titre de « kher'cheta ».

 

 Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.

 

dimanche 10 mai 2020

Compte rendu du livre de Frances A. Yates « La lumière des Rose-Croix ».


Le livre en question.

 

En  octobre 2016, j’avais été très intéressé par la conférence de Philippe Marlin sur l’ésotériste John Dee pour l’association « L’œil du sphinx » : « Retour sur l’exposition sur la bibliothèque perdue de John Dee ».  

http://jeanfrancoisgerault.blogspot.com/2016/10/compte-rendu-de-la-conference-de.html

En 2019, j’avais rédigé un compte rendu d’un livre sur la Rose-croix : http://jeanfrancoisgerault.blogspot.com/2019/09/histoire-theories-et-pratiques-de-la.html

J’ai noté en 2020 dans un autre article que Philippe Marlin avait de bonnes connaissances sur l’AMORC, (Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis), un mouvement rose-croix : http://jeanfrancoisgerault.blogspot.com/2020/03/compte-rendu-de-louvrage-philippe.html

Les deux sujets se réunissent dans un livre de l’historienne Frances A. Yates « La lumière des Rose-Croix » dans le chapitre « John Dee et l’origine de Christian Rosencreutz ». Voici son analyse :

Le mot rosicrucien est dérivé du nom de Christian Rosencreutz ou « Rose Croix ». Les prétendus Manifestes rosicruciens sont deux brefs pamphlets ou tracts, d'abord publiés à Kassel en 1614 et 1615, dont les titres ont été abrégés en Fama et Confessio. Le héros de ces Manifestes est un certain « Père C.R.C. » ou Christian Rosencreutz, qui est censé être le fondateur d'un Ordre ou d'une Fraternité qui se ranime et à laquelle les Manifestes invitent le public à se joindre ; les Manifestes suscitèrent une grande excitation et, en 1616, une troisième publication laissa une impression accrue de mystère. C'était un roman de chevalerie bizarre dont le titre allemand signifie : Les Noces chymiques de Christian Rosencreutz. Le héros de ces Noces chymiques paraît également lié à un certain Ordre qui utilise comme symbole une croix rouge et des roses.

L'auteur des Noces chymiques est certainement Johann Valentin Andreae. Les Manifestes sont sans aucun doute liés aux Noces Chymiques, bien que n'étant probablement pas l'œuvre d'Andreae, mais celle d'une ou plusieurs personnes inconnues.

Qui était ce Christian Rosencreutz que l'on voit apparaître pour la première fois dans ces publications ?

Les mystifications et les légendes forgées autour de ce personnage et de cet Ordre sont innombrables. Nous allons essayer de nous frayer une route à travers tout cela, par un itinéraire absolument nouveau. Mais commençons d'abord par la question la plus facile : « Qui était Johann Valentin Andreae ? »

Né en 1586, Johann Valentin Andreae était natif du Würtemberg, l'Etat luthérien frontalier du Palatinat. Son grand-père était un théologien luthérien éminent, quelquefois surnommé « le Luther du Würtemberg ».

La situation religieuse contemporaine était la principale préoccupation de son petit-fils, Johann Valentin, qui était également un pasteur luthérien animé d'un intérêt libéral pour le calvinisme. En dépit de désastres sans fin, Johann Valentin nourrit toute sa vie l'espoir d'une solution à long terme de la situation religieuse. Toutes ses activités — tant de pasteur luthérien fervent, intéressé par les problèmes sociaux, que de propagateur de fantaisies rosicruciennes — restaient tournées vers cet espoir. Andreae était un écrivain de talent, dont l'imagination avait été influencée par les comédiens ambulants anglais. En ce qui concerne les premières années de sa vie et les influences qu'il a subies, nous possédons des informations authentiques puisqu'il a écrit son autobiographie. Cette dernière nous apprend qu'en 1601, à l'âge de quinze ans, sa mère, veuve, l'envoya à Tübingen continuer ses études à la fameuse université du Würtemberg. Tandis qu'il étudiait à Tübingen, il fit ses premiers essais de jeune auteur vers 1602 ou 1603. Ces essais comprenaient deux comédies sur les thèmes d' « Esther » et de « Hyacinthe » qu'il écrivit, dit-il, « à l'imitation des acteurs anglais », et un ouvrage intitulé Les Noces chymiques qu'il décrit, sans indulgence, comme un ludibrium, une fiction ou une plaisanterie de piètre valeur.

A en juger par le texte d'Andreae parvenu jusqu'à nous, c'est-à-dire l'œuvre publiée en 1616 et dont Christian Rosencreutz est le héros, la première version du sujet devait être une étude de symbolisme alchimique utilisant le thème du mariage comme symbole du processus alchimique. Cet essai ne pouvait pas être identique à la publication de 1616 qui contient des références aux Manifestes rosicruciens de 1614 et 1615, à l'Electeur palatin, à sa cour de Heidelberg, à son mariage avec la fille de Jacques I er. La première version des Noces chymiques, qui a disparu, avait dû être remise à jour pour la publication de 1616. Néanmoins, cette version perdue a probablement fourni la base de la seconde version.

Nous pouvons assez bien deviner quels événements et influences ont inspiré les premières œuvres d'Andreae à l'époque où il étudiait à Tübingen.

Le duc de Würtemberg régnant était Frédéric I er, alchimiste, occultiste, anglophile enthousiaste dont la passion dominante avait été de s'allier avec Elisabeth Ière et d’obtenir l’Ordre de la Jarretière. Il était allé plusieurs fois en Angleterre dans ce but et semble avoir été un personnage très éminent. La reine l'appelait par son nom de famille « mon cousin Mumpellgart » et l'on s'est souvent posé la question de savoir si certaines allusions énigmatiques de Shakespeare dans Les Joyeuses Commères de Windsor, comme celle à des chevaux loués à l'« Auberge de la Jarretière » par les serviteurs d'un duc allemand, concernaient Frédéric de Wurtemberg.

En 1597, la reine lui octroya son admission à l'Ordre, mais la véritable cérémonie d'investiture ne devait avoir lieu qu'en novembre 1609 lorsque la Jarretière lui fut remise dans sa propre capitale de Stuttgart par une ambassade spéciale de Jacques I er.

 

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 

 

 

 


dimanche 26 avril 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 » (quatrième partie) (Planète, Bergier et le dieu du futur).






  

Jacques Bergier.



C’est un livre que j’ai trouvé passionnant et instructif : Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 aux éditions de l’Œil du Sphinx .

J’ai rencontré Philippe Marlin en l’an 1999. Il avait créé déjà depuis l’année 1989 l’association l’Œil du sphinx consacrée entre autres à l’écrivain américain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, et moi je venais de traduire deux romans d’un épigone allemand de cet auteur, Wolfgang Hohlbein, intitulés Le mage de Salem  et L’héritage de la nuit. J’ai donc adhéré à son association.

C’était l’époque des publications d’amateurs (fanzines), et toute une série de titres sortirent des presses d’origine de l’association : Dragon & Microchips (Science-Fiction, Fantastique), Murmures d’Irem  (Ésotérisme),  Rôle’ and’ Rêve  (Jeu de Rôle). Le succès rencontré (62 volumes publiés) amena les fondateurs en 2000 à doubler l’association d’une véritable structure commerciale, sous forme de SARL, Les Editions de l’Œil du Sphinx. L’entreprise multiplie désormais les incursions dans de nombreux domaines, mystères de l’histoire, fortéanisme et cryptozoologie, ufologie et parapsychologie tout en continuant à rendre hommage à H.P. Lovecraft.

Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 est la transcription des 8 conférences que Philippe Marlin a données aux Rencontres de Berder organisées depuis juin 2008, au départ sur l’Ile de Berder dans le Morbihan. Les Rencontres de Berder ont été créées après la disparition de l’écrivain ésotériste Jean-Charles Pichon (qui était aussi dramaturge, poète, scénariste, philosophe, et mathématicien), laissant une œuvre considérable sur l’histoire de notre temps, à la fois métaphysique et philosophique. Elles sont organisées par l’association des Portes de Thélème (label «  Le Collège des Temps »). .

Ces rencontres réunissent autour de conférences, des universitaires, des musiciens, des physiciens, des poètes, des peintres, des éditeurs, des scientifiques et des créateurs ; ils confrontent leur vision de l’avenir de notre société, voire de notre civilisation, quels que soient leurs appartenances ou leurs parcours.


Voici un extrait d’une des conférences de Philippe Marlin, Planète, Bergier et le dieu du futur :
  

« PICHON, BERGIER & PLANÈTE


J’ai découvert Jean-Charles Pichon par la revue Planète, et cette première session de Berder sur Seine a été pour moi le prétexte de faire un peu «d’archéologie» dans ma collection et de me remettre en mémoire ce que j’avais découvert exactement.

Mais revoyons ensemble le contexte.

C’est en 1960 qu’explose, dans le paysage éditorial français, une véritable «bombe», Le Matin des Magiciens, sous les signatures conjointes de Louis Pauwels et de Jacques Bergier. Le thème central de ce livre repose sur l’idée qu’une quantité de connaissances scientifiques et techniques, dont certaines proviennent de civilisations extraterrestres, ont été tenues secrètes pendant les grandes périodes de l’histoire, et que l’homme est appelé à devenir un surhomme. Pour les auteurs, le fantastique n’est pas «l’apparition de l’impossible» mais «une manifestation des lois naturelles» quand elles ne sont pas filtrées par le voile du sommeil intellectuel, par les habitudes, les préjugés, les conformismes ». Le succès sera considérable, provoquant dans un pays que d’aucuns considèrent comme cartésien un engouement considérable pour l’imaginaire, l’irrationnel et l’étrange.

Ce succès inattendu sera transformé astucieusement par les auteurs en une vaste entreprise éditoriale, au sommet de laquelle il faut évidemment placer une revue devenue légendaire, Planète. Reprenant et poursuivant les thèmes de l’ouvrage fondateur, cette publication bimestrielle vivra 10 ans (1961¬1971) et fera des petites sœurs dans de nombreux pays. Pour l’anecdote, le premier numéro, tiré à 5000 exemplaires, sera vendu à 100000 ! Aux côtés de la revue prospérerons de nombreuses publications comme L’Encyclopédie Planète, Présence Planète, les anthologies (littéraires) Planète, les Chefs-d’œuvre Spirituels de l’Humanité et même une petite revue d’érotisme, Plexus. Les animateurs multiplieront les conférences sous le label Ateliers Planète et iront même jusqu’à créer des vacances Planète dans certains villages du Club Méditerranée.

Je suis évidemment tombé dans cette soupe enivrante, très sérieusement critiquée à l’époque par les différents courants rationalistes. Et il est vrai que le message délivré avait ses faiblesses, usant volontiers de raccourcis douteux, d’amalgames suspects et de suppositions fantaisistes. Mais c’était pour nous, «les enfants de Planète », un courant d’air frais particulièrement vivifiant dans le contexte culturel sclérosé des années soixante. Qu’en ai-je retenu?

           que la science et la tradition n’étaient pas contradictoires et que certaines vérités fondamentales pouvaient avoir été pressenties dans des textes très anciens. Les avancées de la physique quantique en sont en bon exemple et nous y reviendrons en détail dans Berder en Limousin 2016.

           la découverte du fortéanisme, qui est devenu ma démarche intellectuelle favorite: tout sujet, même le plus bizarre, est susceptible de faire l’objet d’une étude critique mais ouverte, dénonçant les affabulations et les mystifications, mais aussi sachant rester modeste face à ce que la raison et la science ne peuvent aujourd’hui expliquer. Ce néologisme vient de Charles Fort (1874-1932), un américain qui consacra sa vie à rechercher dans la littérature scientifique et journalistique des bibliothèques de New York et de Londres tous les faits anomaliques que la science de son époque rejetait ou ignorait, et ce dans tous les domaines. Il en résulta quatre livres: The Book of the Damned (1919), New Lands (1923), Lo! (1931) et Wild Talents (1932). C’est Jacques Bergier qui le fit connaître en France.

           toujours grâce à Jacques Bergier, la découverte de toute une belle brochette d’écrivains de l’Imaginaire parmi lesquels bien sûr Lovecraft. Dès le numéro 1 de la revue, il nous parlait déjà de ce grand génie venu d’ailleurs. Le sujet est vaste, et je l’ai déjà traité notamment dans Berder 2014, mais il faut insister une fois de plus sur l’apport considérable de Bergier à ce type de littérature (cf. Admirations). Je ne peux m’empêcher de citer ici le Rêveur de Providence (in L’appel de Cthulhu) qui raisonne particulièrement dans le cadre de nos travaux:

           ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c’est l’incapacité de l’esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l’infini, et nous n’avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu’à présent; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons; alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres. Mais revenons à Jean-Charles Pichon et à mes travaux d’archéologie dans la revue Planète. Et à ma grande surprise (la mémoire joue des tours!), il y a en fait peu de choses:

           pas d’articles de l’auteur,
           deux chroniques de lecture, une non signée, l’autre de la plume de Jacques Bergier,
           deux annonces de parution, les Éditions Planète ayant édité dans la collection «Présence Planète»


Le Dieu du Futur et Celui qui naît. Ouvrages que j’ai bien dans ma bibliothèque, sans doute commandés suite à cette accroche qui m’avait «alléchée» : vers la religion du troisième millénaire... Les Éditions Planète ont en effet publié deux ouvrages de Jean-Charles Pichon, Le Dieu du Futur en 1966, et Celui qui naît en 1967, après la publication de Nostradamus et le Secret du Temps aux Productions de Paris en 1959, et de Saint-Néron en 1962, Le Temps du Verseau en 1962, Les cycles du retour éternel (2 volumes, Le Royaume et les Prophètes, Les Jours et les Nuits du Cosmos) en 1963, L’Homme et les Dieux en 1965, chez Robert Laffont.

 La première chronique de Planète montre l’intérêt de Bergier/Pauwels pour le travail de J.-C. Pichon: Planète no 15 (mars/avril 1964).
Chronique (non signée) des deux tomes de Les Cycles du Retour éternel (Le Royaume et les Prophètes; Les Jours et les Nuits du Cosmos) chez Robert Laffont (1963).
« Le Mythe de l’éternel retour.
Une tentative d’explication par l’astrologie ».

Elle sera relayée par une seconde chronique: Planète no 24 (septembre/octobre 1965).
Chronique de Jacques Bergier sur:
           L’Homme et les Dieux (Robert Laffont 1965 et 1969, puis Maisonneuve 1986),
           Les Témoins de l’Apocalypse (Robert Laffont, 1964)

« H. P. Lovecraft disait: “Le combat contre le temps est la seule entreprise digne d’un écrivain.” C’est un combat gigantesque contre le temps que notre ami Jean-Charles Pichon entreprend dans son plus récent ouvrage, L’Homme et les Dieux paru chez Robert Laffont. En prenant la flèche du temps à l’envers, en examinant l’histoire dans le sens de : avenir-passé, il découvre des structures que les historiens rationalistes ne pouvaient découvrir. Il y découvre une année cosmique longue de 2150, plus ou moins 72 années et correspondant plus ou moins à l’épanouissement et à la mort d’un dieu. Ainsi, la vie des hommes lui apparaît comme une spirale montante et non pas comme une constante dégradation dans le sens entropique du temps.

Les dieux se succèdent: dieu de la création, dieux jumeaux, dieu d’amour, dieu du savoir, dieu de justice. Suivant que l’humanité se sent soutenue par les dieux ou abandonnée, la population croit ou, au contraire, la Terre se dépeuple. À l’époque où les dieux abandonnent les hommes, le matérialisme prospère: empire de Kalinga, Grecs, XIXe et XXe siècles de notre ère. Par contre, dans les périodes où les dieux sont en train de s’épanouir et de penser aux hommes, les grandes renaissances se produisent et l’on danse de joie en même temps que l’amour, les arts et les religions s’épanouissent.

La réponse du physicien

C’est une construction immense, basée sur un prodigieux travail. Il sera très curieux de savoir qu’elle sera là-dessus la réaction des spécialistes de l’histoire et des théologiens; Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est qu’une description du temps de l’avenir vers le passé paraît parfaitement admissible au physicien à condition qu’il ne s’agisse pas de microparticules. Pour les micro-particules, la réversibilité du temps exige, pour avoir un sens physique, des conditions spéciales et l’application de transformations mathématiques complexes. Mais pour des systèmes macroscopiques, ce qui est certainement le cas pour une planète habitée, on peut raisonner aussi bien en termes de potentiels avancés que de potentiels retardés.

Des idées hardies

Sur le plan psychologique, les conceptions de Pichon déconcertent à première vue. Il faut s’y habituer comme à tout concept nouveau. Mais le travail d’adaptation en vaut très largement la peine. On arrive à une vision englobant à la fois le passé et l’avenir, à un enrichissement de nos idées. Les prêtres de toutes les religions apparaissent désormais comme gardiens de la science du temps. La notion de transcendance prend un aspect tout à fait nouveau. 

Certes, les notions nouvelles introduites par Pichon sont complexes et délicates à manier. Sa journée cosmique varie en durée suivant la période des grands cycles où elle est insérée. De même le jour et la nuit varient en durée relative suivant les saisons. Évidemment les idées de Pichon sont discutables et il ne prétend d’ailleurs pas apporter ou révéler une vérité immuable, éternelle, mais sa tentative est courageuse et mérite d’être suivie. Il est bon d’ailleurs de lire en même temps ou plutôt après avoir lu son livre, un livre d’anticipation qu’il a récemment publié chez le même éditeur et qui s’appelle Les témoins de l’Apocalypse. Il y décrit le déclin de notre civilisation matérialiste actuelle, la venue des faux prophètes et les signes avant-coureurs de l’apparition du dieu nouveau.

Ces témoins de l’Apocalypse sont quatre. Ils vivent dans notre avenir à des intervalles d’un siècle à peu près. Le manuscrit nous est renvoyé parce que les hommes de ces derniers jours ont appris à envoyer des objets à travers le temps, en partant d’ailleurs des idées de Jean-Charon.

L’Apocalypse de Pichon s’ouvre d’abord par le mal atomique: le point de saturation des retombées radioactives étant atteint, les hommes meurent en grand nombre. Bien entendu, ils ne veulent pas en accepter la responsabilité et ils rejettent la culpabilité sur des extraterrestres imaginaires et hostiles. Le prophète qui a annoncé la catastrophe est accusé d’avoir été en rapport avec les extraterrestres et exécuté.

Puis l’Apocalypse prend d’autres formes, jusqu’à ce que l’humanité change. La vision de Pichon est beaucoup plus sombre que celle de la plupart des auteurs de science-fiction comme Efremov ou Asimov. Nous sommes loin des empires galactiques et des explorations spatiales. L’humanité doit expier elle-même, et résoudre ses problèmes elle-même, on est toujours seul. C’est une vision sur laquelle personnellement je ne suis pas d’accord du tout et je préfère l’avenir d’Efremov ou celle d’Asimov.

Mais la vision de Pichon ne manque pas de grandeur ni de cohérence. C’est un des avenirs possibles, l’avenir d’ailleurs vers lequel nous allons de manière inéluctable si les explosions atomiques en plein air continuent. L’ensemble des deux livres, L’homme et les dieux et Les témoins de l’Apocalypse donne en tout cas une matière à méditation.» Jacques Bergier.

Puis, Bergier et Pauwels sautent le pas et annoncent la publication aux Éditions Planète de Le Dieu du Futur et Celui qui naît (no 30, septembre/octobre 1966 et no 32, janvier/février 1967).

Ces deux ouvrages scellent la rencontre de Pichon et de Bergier. Ils décrivent très précisément la mécanique élaborée par Jean-Charles et offrent une clé ésotérique de sa théorie.

Ils complètent L’Homme et les Dieux et prophétisent la forme du dieu à venir, la religion et la civilisation qui en naîtra, après celle des Poissons, en appliquant tout simplement les méthodes dictées par les cycles. Pauwels et Bergier ne pouvaient qu’être intéressés par le travail qu’accomplissait Jean-Charles Pichon. Après avoir publié Le Matin des Magiciens en 1960, ils entreprenaient un ensemble de publications dont seul le premier tome L’Homme éternel a vu le jour (Gallimard, 1970). Ce premier volume reprendra (sans citer l’auteur) une page de L’Homme et les Dieux. La revue Planète disparut juste après cette publication.

Force est de constater que l’approche de Pauwels et de Bergier recoupait celle de Jean-Charles Pichon (d’où les emprunts), dans la mesure où ils poussaient chacun leurs recherches du côté de l’histoire des civilisations, des lointaines civilisations passées, et des futures évolutions de l’homme pour tenter de mettre en évidence un lien dans cet étonnant mouvement du temps et des rythmes qui le structure.

« Si l’inconscient pouvait être personnifié... Ce serait un rêveur de rêves séculaires et, grâce à son expérience démesurée, un oracle aux pronostics incomparables. » C. G. Jung;

Jean-Charles Pichon a suspendu une brillante carrière romanesque pour se lancer à la découverte du plus difficile et du plus riche de ces domaines inconnus: l’héritage commun de traditions, de mythes, de secrets initiatiques, de clés accumulé par toutes les civilisations depuis des millénaires, cet inconscient collectif dont Jung disait qu’il connaît « le rythme du devenir, de l’accomplissement et de la décadence.»

Dix ans de travail acharné, une culture écrasante, une rare conjonction de rigueur et de talent qui rend passionnante cette aventure de l’esprit se concentrent dans ce grand livre. Grâce à une méthode nouvelle d’analyse, il dégage une structure du passé qui intègre l’histoire universelle. Surtout, il introduit à une possibilité radicalement originale de «pronostic» sur l’ère où l’humanité vient d’entrer. »

  

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.




  



vendredi 24 avril 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 » (troisième partie) (Brève présentation d’un néo-berderien).






  
Les éditions de l’œil du sphinx.



C’est un livre que j’ai trouvé passionnant et instructif : Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 aux éditions de l’Œil du Sphinx .

J’ai rencontré Philippe Marlin en l’an 1999. Il avait créé déjà depuis l’année 1989 l’association l’Œil du sphinx consacrée entre autres à l’écrivain américain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, et moi je venais de traduire deux romans d’un épigone allemand de cet auteur, Wolfgang Hohlbein, intitulés Le mage de Salem  et L’héritage de la nuit. J’ai donc adhéré à son association.

C’était l’époque des publications d’amateurs (fanzines), et toute une série de titres sortirent des presses d’origine de l’association : Dragon & Microchips (Science-Fiction, Fantastique), Murmures d’Irem  (Ésotérisme),  Rôle’ and’ Rêve  (Jeu de Rôle). Le succès rencontré (62 volumes publiés) amena les fondateurs en 2000 à doubler l’association d’une véritable structure commerciale, sous forme de SARL, Les Editions de l’Œil du Sphinx. L’entreprise multiplie désormais les incursions dans de nombreux domaines, mystères de l’histoire, fortéanisme et cryptozoologie, ufologie et parapsychologie tout en continuant à rendre hommage à H.P. Lovecraft.

Conférences de Philippe Marlin aux rencontres de Berder de 2014 à 2018 est la transcription des 8 conférences que Philippe Marlin a données aux Rencontres de Berder organisées depuis juin 2008, au départ sur l’Ile de Berder dans le Morbihan. Les Rencontres de Berder ont été créées après la disparition de l’écrivain ésotériste Jean-Charles Pichon (qui était aussi dramaturge, poète, scénariste, philosophe, et mathématicien), laissant une œuvre considérable sur l’histoire de notre temps, à la fois métaphysique et philosophique. Elles sont organisées par l’association des Portes de Thélème (label «  Le Collège des Temps »). .

Ces rencontres réunissent autour de conférences, des universitaires, des musiciens, des physiciens, des poètes, des peintres, des éditeurs, des scientifiques et des créateurs ; ils confrontent leur vision de l’avenir de notre société, voire de notre civilisation, quels que soient leurs appartenances ou leurs parcours.


Voici un extrait d’une des conférences de Philippe Marlin, Brève présentation d’un néo-berderien :



« L’ŒIL DU SPHINX ET LES TERRES DE L’AILLEURS

Notre association travaille sur les "Terres de l’Ailleurs" d’une double façon. Elle cherche à explorer le domaine des parasciences (ufologie, parapsychologie, cryptozoologie, histoire mystérieuse, mythes et légendes, ésotérisme) dans un esprit fortéen, c’est-à-dire sans croyance béate, mais sans scepticisme exacerbé. 

Elle a aussi pour but la promotion des littératures de l’Imaginaire (Science-Fiction, Fantastique...) et, de façon corollaire, de toutes les formes d’art se rapportant à ce genre. Dans sa démarche, l’association cherche tout particulièrement à encourager les nouveaux créateurs et à leur offrir de premiers débouchés. Elle cherche également à ressusciter des auteurs talentueux injustement oubliés ou des littératures méconnues. Pour ce faire, elle anime diverses publications. Elle organise parallèlement des colloques, conférences, voyages, rencontres avec le monde de l’édition.

L’ODS a pris le statut d’association en 1995; mais elle existe de fait depuis 1989, soit depuis 25 ans. Nous avions du reste fêté dignement, en octobre 2009 à Paris, le « passage de la double décade », un anniversaire important dans la mesure où il a témoigné, au travers de la durée, de la solidité de notre démarche.


L’ODS est en fait un bouillon de culture regroupant tous les passionnés des Terres de l’Ailleurs qui cherchent à faire partager leur sensibilité; les anciens (le plus âgé qui n’est autre que Claude Seignolle, décédé en 2019) épaulent les plus jeunes, les talents se complètent (écriture, dessin, photo et nouvelles technologies), les frontières se dissolvent (fantastique, science-fiction, poésie, jeu de rôle, ufologie, sciences, ésotérisme...), les nationalités se mélangent (français, belges, suisses, américains, canadiens, australiens, roumains, anglais...) et les projets explosent... 

Nous sommes aujourd’hui, pour être précis, une bonne centaine de membres actifs.

Nous organisons de surcroît des rencontres régulières et de nombreux événements : participation à des conventions, visite de sites inspirés (Gisors et les Templiers, les Carpates et Dracula, le Providence de Lovecraft, Cracovie et la Kabbale, Prague et le Golem, le Loch Ness et son monstre, Rennes-le-Château et l’abbé Saunière, etc.), réception d’un écrivain (Philippe Curval, Jean Robin...), participation à un atelier d’alchimie, soirées cinéma ou vidéo, etc. Nous intervenons régulièrement à la radio (Radio Libertaire, Radio Enghien, France Culture, Ici & Maintenant, Bob...) sur de nombreux thèmes ayant trait à nos auteurs favoris (Lovecraft, Bergier, Limat, Moselli...) ou à nos sites de prédilection (Glozel et les écritures, Rennes-le-Château, Stenay et les Mérovingiens...).



L’ODS, UNE MAISON D’ÉDITION

Nous fonctionnions, à l’origine, par le biais de publications dites de « small press», avec des tirages de l’ordre de 200 exemplaires qui s’organisaient autour de nombreuses séries dont les deux majeures étaient:

           Dragon & Microchips (fantastique, SF).

           Murmures d’Irem (mythes et légendes, tradition et ésotérisme).

Nous avons créé, il y a 15 ans maintenant, une structure parallèle, Les Éditions de L’œil du Sphinx, une SARL au capital de 15245 €. L’idée était ici de réunir suffisamment de capitaux pour assurer un débouché de qualité aux meilleurs de nos talents. 

Nous travaillons à notre rythme, celui d’amateurs éclairés. Nous avons ainsi publié plus de 200 ouvrages, de la poésie (Fantasmique et Faërie de notre benjamine Julie Proust Tanguy), des anthologies de nouvelles (Science-Fiction, Fantastique décadent, lovecratiana), une étude sur la magie (L’Art Obscur de Jean-Luc Colnot), de nombreuses études sur les grands maîtres de l’Imaginaire (Bergier, Seignolle, Verne, Limat, Lovecraft & Jean Ray, Robert Howard, Clark Ashton Smith, Sherlock Holmes, Moselli, Richard Bessière). Une collection, "Serpent Rouge", est dédiée aux mystères de Rennes-le-Château. Une autre, "la Bibliothèque Heuvelmansienne", est consacrée aux travaux de père de la cryptozoologie. De nombreuses revues complètent notre catalogue : La Gazette Fortéenne (étude des phénomènes étranges), Historia Occultae (ésotérisme et occultisme), Wendigo (littérature fantastique).

La dernière pièce à l’édifice, qui explique en grande partie ma présence à votre honorable assemblée, sera début 2014 la reprise de la marque Édite, suite à la liquidation de cette dernière maison d’édition. Je connais depuis longtemps Jean-Christophe Pichon, qui était sur un chemin parallèle au nôtre. Nous avons décidé de conjuguer nos talents, et l’ODS conservera un certain nombre de titres de sa société, tout en poursuivant divers projets qui étaient en cours. D’ores et déjà (juin 2014), nous avons publié 6 ouvrages sous nos deux logos, dont Le petit métaphysicien illustré de Jean-Charles Pichon.

Après cette présentation un peu bavarde, je voudrais vous parler de quelques-unes de mes passions. Je choisirai aujourd’hui un écrivain, une discipline et un lieu.



UN EVEILLEUR, JACQUES BERGIER


Comment rendre compte d’une personnalité aussi complexe que celle de Jacques Bergier, le corédacteur du Matin des Magiciens? Car s’il n’est pas une légende, ainsi qu’il le précisait lui-même par le titre de ses mémoires, il n’en reste pas moins une personnalité improbable, ayant jonglé entre la résistance et l’espionnage, les camps de concentration et l’ésotérisme du IIIe Reich, les civilisations disparues et la recherche scientifique, l’Alchimie et la physique nucléaire, la Science-Fiction et le Fortéanisme... Le tout sur fond d’une étourdissante boulimie intellectuelle.

Il est difficile de dresser « l’héritage Bergier », tant est foisonnant son éclectisme créatif. Chacun peut en fait y trouver sa part, en fonction de ses propres centres d’intérêt.

Je retiendrai pour ce qui me concerne sa contribution significative à la diffusion des grands auteurs de l’Imaginaire. Avec bien sûr Lovecraft, « ce grand génie venu d’ailleurs », qu’il a contribué à faire connaître au public français par le biais d’un article de légende paru dans le premier numéro de Planète. Mais je citerai également, avec une certaine tendresse toute personnelle, son ouvrage Admirations, paru pour la première fois en 1970 chez Christian Bourgois. Un ouvrage qui n’avait à l’époque guère été remarqué, alors qu’il présentait aux lecteurs un certain nombre d’écrivains de «l’Ailleurs» alors totalement méconnus (John Buchan, Abraham Merritt, Arthur Machen, Robert E. Howard...). Il en était plus particulièrement pour moi de Tolkien, dont le Lord of the Rings était présenté comme un texte écrit dans un contexte totalement non humain. Je travaillais à Dunkerque à l’époque et je me suis précipité à la gare des ferries pour traverser le Chanel et acquérir cet ouvrage mystérieux. Lorsque j’ai demandé, trente ans plus tard, à Christian Bourgois les droits pour republier à l’Œil du Sphinx cet ouvrage oublié de Bergier, il m’a dit: « Je vous les donne bien volontiers, Bergier m’a fait suffisamment gagner ma vie... ». Et de fait, c’est Christian Bourgois qui éditera la version française de l’œuvre maîtresse de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux !

Autre pièce maîtresse à verser à l’actif de cet héritage, l’apport incontestable de Jacques Bergier au Fortéanisme. Il n’est pas inutile de rappeler ici que c’est grâce à Jacques Bergier que fut publié pour la première fois en France l’ouvrage fondateur de Charles Fort, Le Livre des Damnés (1955). Le Fortéanisme, pour reprendre la définition de Jean-Luc Rivera, Directeur de La Gazette Fortéenne, «englobe un grand nombre de domaines différents qui vont de l’ufologie à la cryptozoologie, en passant par la parapsychologie, l’occultisme, les conspirations, le folklore, la mythologie, les sciences et cosmologies alternatives, les théories archéologiques sur les civilisations disparues ou inconnues, etc. La liste est sans fin, car les centres d’intérêt des fortéens sont aussi variés que divers. Leur caractéristique principale est de ne pas être enfermés dans un domaine particulier et d’être ouverts à toutes les idées, y compris les plus excentriques.» Une définition qui se fait l’écho de la bibliographie de notre sympathique «savant fou», où on retrouve les pouvoirs inconnus de l’homme, les extraterrestres dans l’histoire, les livres maudits ou les maîtres secrets du temps.

Jacques Bergier a su nous faire rêver et a suscité derrière lui toute une génération de chercheurs parallèles qui ont poursuivi ses impertinences scientifiques dans des collections de légende qu’il a fortement marquées de son empreinte (J’Ai Lu l’Aventure Mystérieuse, les Chemins de l’Impossible, etc.). »


  
Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.