Affichage des articles dont le libellé est magie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est magie. Afficher tous les articles

samedi 19 mars 2022

Compte rendu de "Strong Magic" de Darwin Ortiz (première partie)

 


Le livre en question.


Le livre "Strong Magic" de Darwin Ortiz, publié en langue française par le magasin de prestidigitation  Magic Dream, est pour moi un des meilleurs (peut-être le meilleur) qui ait été écrit sur la théorie de la prestidigitation

Assister à un numéro de close-up peut être une expérience tellement mémorable pour le spectateur qu'il s'en souviendra littéralement jusqu'à la fin de sa vie. Si vous pensez que cette idée est ridicule, considérez ceci : vous avez certainement déjà participé à une soirée ou les autres invités apprennent incidemment que vous êtes magicien ; aussitôt quelqu'un vous aborde pour vous dire : « Vous savez, un jour j'ai vu un magicien qui [s'ensuit alors une description vivace, bien qu'inexacte peut-être, d'un tour de magie]. Je ne l'oublierai jamais ! »

Je pense que la plupart d'entre nous ont vécu cette situation plus d'une fois. Souvent, le spectacle évoqué par la personne a eu lieu dix ou quinze ans auparavant, voire plus. Malgré cela, ii a fait une impression telle sur elle qu'il lui a suffi d'entendre le mot « magicien » pour que le souvenir resurgisse et qu'elle ait eu envie de vous en parler.

Chaque fois que je prends un jeu de cartes en main pour faire des tours, mon intention est de produire un tel effet sur les spectateurs que, quand on parlera de tours de cartes ou de tricheries aux cartes en leur présence, ou même chaque fois qu'ils verront simplement un jeu de cartes, ils ne pourront s'empêcher de penser à moi dorénavant. Et je sais que si je fais bien mon tra-vail, c'est exactement ce qui se passera.

Je pense que tous les magiciens qui font du close-up devraient se fixer cet objectif. Pour cela, il faut tout faire pour rendre sa magie aussi impressionnante que possible. De tous les principes de base sous-jacents à ce livre, le plus fondamental est le suivant : la première tâche du magicien est de divertir le public avec sa magie. Non seulement de divertir son public tout en faisant des tours, mais de le divertir avec ses tours. La source principale du divertissement doit être la magie elle-même.

Beaucoup de magiciens semblent hélas ne pas croire que la magie seule suffit à divertir les profanes. Ils pensent que, pour les captiver, ils doivent assaisonner leur spectacle de plaisanteries éculées qui feraient honte à un comique troupier. Ils croient que l'expression « magie commerciale » s'applique à une série de gags et de tours qui ne durent pas plus de dix secondes chacun et qui sont plus drôles que mystérieux, mais dont l'existence est justifiée par les rires des spectateurs (ceux qui ne lèvent pas les yeux au ciel). Le résultat est comparable à une rediffusion a la télé d'un épisode de la série inepte Shérif, fais-moi peur : ça fait passer le temps, mais sitôt vu, sitôt oublié !

samedi 19 décembre 2020

Un article dans la revue « Télérama » n° 3701, du 19 au 25 décembre (Sortir, ça nous manque tant ! Cinémas, Concerts, théâtres, réouverture en 2021…), « L’ADN de la culture » par Fabienne Pascaud.

 


La revue "Télérama".


L’ADN de la culture.

" C'est vrai qu'ils vont continuer à durement nous manquer ces films en salles, ces spectacles, ces concerts, ces expositions dans les musées dont la deuxième vague du coronavirus nous prive, contraintes sanitaires obligent. Des bouffées d'art essentielles. Des bonheurs collectifs partagés

Non seulement les créateurs et tous ceux qui travaillent avec eux vont être une fois de plus empêchés — voir ici l'amour dont ils témoignent pour le public et les salles —, mais nous manquerons également des enchantements comme des questionnements qu'ils ne cessent de nous offrir. L'art comme vital service public

Il est urgent de remettre de la culture vivante dans nos vies. Nous en avons aussi besoin pour dignement exister. 

Pardonnez-nous de n'avoir pu supprimer dans notre cahier critiques les films, les pièces de théâtre et les expositions que vous auriez pu voir dès le 16 décembre. Ces pages-là furent imprimées avant les annonces de Jean Castex. De quoi partager nos nostalgies. "

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 

mardi 21 avril 2020

Extrait de « Mario et le magicien » de l’écrivain allemand Thomas Mann.

  
Thomas Mann.


« Le cavaliere, réconforté, s'était allumé une nouvelle cigarette. On pouvait reprendre les essais arithmétiques. On trouva sans difficulté un jeune homme, assis dans les derniers rangs, qui se déclara prêt à écrire au tableau, les chiffres qu'on lui dicterait. Nous le connaissions aussi ; la soirée prenait un caractère un peu familier par tous les visages déjà vus qu'on y retrouvait. C'était l'employé de l'épicerie de la grand-rue ; plusieurs fois il nous avait servis fort correctement. Il maniait la craie avec une adresse commerciale tandis que Cipolla, descendu dans la salle, circulait dans les rangs du public de sa démarche d'infirme et recueillait des nombres à deux, trois ou quatre chiffres, comme on voulait ; il les prenait des lèvres des gens interrogés pour les crier au jeune épicier qui les alignait les uns sous les autres. Comme par un accord réciproque, tout était calculé pour distraire, amuser, entraîner dans des digressions oratoires. Il était inévitable que l'artiste s'adressât à des étrangers qui ne pouvaient s'y reconnaître parmi les chiffres en langue italienne ; Cipolla s'occupait d'eux longtemps, avec des allures ostensiblement chevaleresques, parmi la gaieté polie des indigènes, qu'il embarrassait d'ailleurs bientôt en les invitant à traduire les chiffres proposés en anglais et en français. Quelques personnes citèrent des nombres qui marquaient les grandes années de l'histoire de l'Italie. Cipolla reconnaissait aussitôt les dates et, tout en poursuivant le jeu, il y enchaînait des considérations patriotiques. « Zéro ! » dit quelqu'un ; le cavaliere eut l'air gravement offensé, ainsi qu’à chaque tentative qu'on Faisait pour se moquer de lui ; il répondit par-dessus l'épaule que c'était un nombre de moins de deux chiffres. « Zéro-Zéro ! » s'écria aussitôt un mauvais plaisant; il eut le succès d'hilarité dont peuvent être assurées, parmi des Méridionaux, les allusions à certaines choses naturelles. Seul le cavaliere garda dignement une attitude réprobatrice, bien qu'il eût lui-même suscité directement la plaisanterie équivoque. Cependant, avec un haussement d'épaules, il fit inscrire les deux zéros au procès-verbal.


Lorsqu'il y eut au tableau environ quinze nombres de longueurs diverses, Cipolla demanda qu'on en fit l'addition. Les calculateurs habiles pourraient y procéder de tête, mais il serait permis de s'aider du crayon et du carnet. Pendant qu'on travaillait, Cipolla, assis sur sa chaise à côté du tableau, fumait une cigarette en grimaçant, avec des gestes prétentieux et satisfaits d'infirme. La somme, qui donnait un nombre de cinq chiffres, fut vite prête. Quelqu'un la proclama, un autre la confirma, le résultat d'un troisième en différait un peu, celui d'un quatrième coïncidait avec les premiers. Cipolla se leva, épousseta sa jaquette où il était tombé de la cendre, souleva la feuille de papier à l'angle droit du tableau et montra ce qu'il y avait écrit. La somme exacte, qui approchait du million, était déjà là. Il l'avait inscrite d’avance.


Stupéfaction des spectateurs, longs applaudissements. Les enfants étaient subjugués. Ils voulaient savoir comment il avait fait. Nous leur expliquâmes que c'était un truc qu'on ne pouvait comprendre du premier coup, que l'homme n'était pas pour rien un magicien. Maintenant ils savaient ce que c'était, une soirée de prestidigitation ! »




Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !


lundi 20 avril 2020

« L'Encyclopédie et la magie blanche » (article de Fanch Guillemin paru dans le journal de prestidigitation «Magicus Magazine», N° 145, juillet – août 2006).







  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 160 (mars-avril 2009). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 160 dont j’ai extrait cet article «  L'encyclopédie et la magie blanche  »  écrit par Fanch Guillemin. 



« L'Encyclopédie et la magie blanche


« Gibecière : (Shibbeker, en allemand) Espèce de grande bourse ou de petit bissac ordinairement de cuir quelquefois couvert d'étoffe ; mais cette dernière sorte ne sert guère qu'aux bateleurs et joueurs de gobelets pour les tours d'adresse dont ils amusent le public. M. Eccar dérive ce mot, avec assez de vraisemblance, de l'allemand «shieben» : cacher, serrer ; et de «becher» : gobelet ...».
 D.J. L'Encyclopédie, Paris, Briasson, 1751-1772


Diderot et l'Encyclopédie

Denis Diderot (1713-1784) : philosophe des lumières, écrivain de talent, critique d'Art et de théâtre, réalisa, avec d'Alembert, cette œuvre monumentale que fut L'Encyclopédie : tableau synthétique des connaissances humaines à la veille de la Révolution.

La magie blanche devait y trouver sa place ; et nous avons déjà vu (Magicus n° 130) comment Diderot s'intéressa au «physicien» Comus (Lettres du 28 Juillet, 12 Août et 12 Sept. 1 762). J'ai également cité dans mon étude, L'Art du ventriloque, 2005, des passages tirés de son article de L'Encyclopédie sur ce sujet, ainsi que de son petit conte comique. Les Bijoux indiscrets, 1748.

Diderot s'entoura, pour son ouvrage gigantesque, des meilleurs spécialistes de l'époque, comme Berthoud pour l'horlogerie, AIlard pour la mécanique, de la Chapelle pour l'arithmétique et la géométrie, Le Monnier pour l'aimant et l'électricité, Roux pour la chimie, Schenau pour les miroirs, etc.

Mais son collaborateur le plus passionné et le plus efficace fut le chevalier de Jaucourt qui l'assista, du début à la fin de cette fabuleuse aventure, malgré les risques et les pressions diverses exercées sur lui par l'Eglise et la noblesse la plus réactionnaire.


Le Chevalier de Jaucourt

Louis, chevalier de Jaucourt (1704-1780) docteur en médecine et érudit, savant intègre et désintéressé, issu d'une famille de la haute aristocratie, s'engagea à fond dans cette tâche immense, faisant l'admiration de Voltaire, qui le définissait ainsi :

«Un homme, au-dessus des philosophes de l'Antiquité, en ce qu'il a préféré la vraie philosophie et le travail infatigable, à tous les avantages que pouvait lui procurer sa naissance ...». Dictionnaire de Diderot, Paris, Champion, 1999.
Diderot, de son côté, lui rendit homma
ge, en 1760 déclarant que jamais L'Encyclopédie n'eût pu parvenir à son terme sans sa participation.

Pour notre part, on peut noter que tous les articles consacrés à l'escamotage sont signés de son nom ou de ses initiales : D.J.

Cet aristocrate distingué ne jugea donc pas déchoir en expliquant ces « bagatelles » qu'il estimait d'ailleurs très utiles «pour apprendre aux hommes à chercher les causes de plusieurs choses qui leur paraissent fort surprenantes ...». Le scientifique Auguste Lumière en revendiquera aussi plus tard cette valeur pédagogique pour le développement de l'esprit critique.

Les tours de gobelets sont empruntés au chapitre rajouté par Montucla, vers 1720, aux Récréations mathématiques d'Ozanam. De Jaucourt, comme Carlo Antonio, en reprit les passes principales sans rien y apporter de neuf. Il faudra attendre Guyot, en 1769, pour l'explication d'une nouvelle routine qu'il attribuait à l'architecte allemand M. Kopp (l'extraordinaire manuscrit de J. Brière-Dumartherey, rédigé en 1732, n'ayant malheureusement jamais été publié) (cela a été réalisé depuis : https://academiedemagie.com/fr/nouveautes/3319-le-veritable-hocus-pocus-de-j-briere-dumartherey.html).

Mais, De Jaucourt révèle cependant, dans une autre partie plus personnelle, six tours de cartes nouveaux, non basés sur les mathématiques, et un tour d'escamotage avec des jetons dont l'explication et le boniment laissent à penser qu'il pouvait être, lui-même, un amateur averti.


Les mangeurs de feu

A partir du témoignage et d'un mémoire de M. Dodart à l'Académie des sciences, mentionnant également le bateleur M. Thoinard d'Orléans et une dame de la même ville, de Jaucourt consacre un chapitre aux mangeurs de feu comme le Sieur Richardson, anglais, qui étonna les Parisiens en 1677. (S.W. Clarke, dans Annals of conjuring, donne une autre relation antérieure, par Evelyn, des exploits de ce bateleur, à Savile House, le 8 Octobre 1672) : «Richardson faisoit rôtir une tranche de viande sur un charbon dans sa bouche, l'allumoit avec un soufflet, et l'enflammoit par un mélange de poix, de résine et de soufre ; ce qui produisoit le même frémissement que l'eau dans laquelle les forgerons éteignent le fer. Et bientôt après il avaloit ce charbon enflammé. Il ernpoignoit aussi un fer rouge dans sa main, etc.» (D.J. Article : Tours).

Cependant, contrairement à M. Dodart, de Jaucourt propose quelques explications plausibles : « Le charbon allumé m'étonne peu. Il n'est presque plus très chaud dès le moment qu'il est éteint : l'Anglais pouvait alors l'avaler. Le soufre ne rend pas le charbon plus ardent, il ne fait que le nourrir ; sa flamme brûle foiblement. Le soufflet de cet Anglois industrieux soufflait apparemment plus sur sa langue que sur le charbon. Le mélange de poix, de soufre et de résine n'est pas trop chaud pour une bouche calleuse et abreuvée de salive ; et néanmoins la petite tranche de viande se grilloit à merveille.

Le frémissement dans la bouche n'était pas l'effet d'une extrême chaleur mais de l’incompatibilité du soufre allumé avec la salive. Et cet Anglois devait présenter une conformation singulière d'organes fortifiée par l'habitude, l'adresse et le tour de main ...».


Trucs  divers et machines de  théâtre

L'Encyclopédie de Diderot présente aussi plusieurs planches d'appareils de physique, de mécanique ou d'optique, comme des vases truqués et des lanternes magiques. On y découvre des grands trucs les plus variés, allant de la volerie aux divers effets spéciaux habituels (On sait que Diderot était passionné de théâtre), Les magiciens perfectionneront, simplifieront et adapteront progressivement certaines de ces techniques pour leur spectacle de grande illusion.
Ainsi, L'Encyclopédie de Diderot est donc un ouvrage tout à fait digne, n'est-ii pas vrai ? de figurer dans la bibliographie de notre Art.

P.S. Ne pas confondre L'Encyclopédie de Diderot avec le Dictionnaire encyclopédique des amusements des sciences mathématiques et physique, rédigé par Lacombe, et publié par Panckouke, à Paris, en 1792 (Un vendeur, sans doute non averti, proposait, en 2005, ce dernier livre sur Internet, en l'attribuant à Diderot).


« Gibecière » est aussi le titre d'une nouvelle revue historique de très grand intérêt, éditée par William Kalush. Le n°1, hiver 2005, compte 137 pages in 8°, et m'a été aimablement communiqué par Volker Huber qui y a publié un remarquable article sur le « yawning mouth » (ou portefeuille à échanges) avec d'extraordinaires reproductions en couleur de peintures et de gravures représentant ce tour depuis le début du XVlème siècle. On y découvre d'autres études aussi passionnantes, par Stephen Minch, Vanni Bossi, Robert Jütte et Ricky Jay.

Site Internet du Conjuring Arts Research Center, www.gibeciere.com   »





Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


« Du « fakir » de Queneau à la « disparition » de Perec » (article de Fanch Guillemin paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 160, mars – avril 2009).






  
Georges Perec.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 160 (mars-avril 2009). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 160 dont j’ai extrait cet article « Du « fakir » de Queneau à la « disparition » de Perec »  écrit par Fanch Guillemin. 



« Du «fakir» de Queneau à la «disparition» de Pérec
«Les livres de Queneau sont des féeries ambiguës d'une apparente gratuité, avec leurs jeux funambulesques de fakirs, de montreurs de foire, de clowns et d'illusionnistes...» Albert Camus : Critique de Pierrot mon ami. N.R.F.

Le chiromancien

Raymond Queneau (1903-1976), de l'Académie Goncourt, est surtout connu pour son burlesque Zazie dans le métro, 1956. Humoriste aimant jouer du langage populaire, il s'intéressa au monde de la foire et aux Arts de l'Illusion grâce aux livres de Robert-Houdin et à celui de Robelly : Trucs et grands trucs, Brive, 1936. Il révéla d'ailleurs dans le Nouveau Fémina de 1954, le secret du joli tour de magie blanche : les anneaux de Möbius.

En juin 1940, replié vers le Sud de la France avec son régiment, devant l'avancée foudroyante des Allemands : «Les Huns piquant des deux arrivèrent à Troyes quatre à quatre ...». Queneau fit, avec talent, le chiromancien près de provinciales naïves, pour se divertir et améliorer son ordinaire.

Démobilisé à Paris, il publia en 1942, Pierrot mon ami, roman à succès s'inspirant des « détective novels» américains, et de ses nombreuses enquêtes dans l'univers du Luna-Park.


Le fakir Crouïa-Bey

«Dans tout l'Uni Park, il y avait cette rumeur de foule qui s'amuse et cette clameur de charlatans et tabarins qui rusent et ce grondement d'objets qui s'usent.

Le fakir Crouïa-Bey devait s'exhiber dans la baraque récemment occupée par l'Homme-Aquarium* et antérieurement par la Pithécantrhropesse et le prestidigitateur Turlupin ...

- Tu sais que ce fakir est fameux ! s'exclama Léonie.

- Sans ça je ne l'aurais pas engagé, fit Tortose. D'ailleurs, il ne faut pas que tu aies d'illusions, tu sais, les fakirs c'est rudement démodé ...

- Moi je trouve ça épatant ces types qui s'enfoncent des épingles longues comme ça dans le gosier. Ça donne une riche idée des capacités de l'homme. Moi je trouve.

- Peuh. Tous leurs trucs sont débinés maintenant. Dans les music-halls on n'en veut plus ... Et tiens, le voilà justement ton fakir ...

Et il dégote vraiment, Crouïa-Bey. Il a des yeux de braise, une barbe de sapeur, des .lèvres de corail : Ah qu'il est beau ! Ah qu'il est beau !

- Je parie, lui dit Léonie, que vous connaissez Hèle-Bey : c'est un fakir célèbre, natif de Rueil et prénommé Victor.

- Moi ? S'écria Crouïa-Bey, jamais de la vie, chère madame ! Hélem-Bey ? Un fumiste qui gâche le métier. Pour ma part, je n'ai jamais été en rapport qu'avec les vrais.

- Bah, dit Léonie, il y en a donc des vrais ? Où ça ?

- Ici même tout d'abord. Vous n'avez qu'à me regarder.

- Et de quel bled vous êtes, monsieur Crouïa-Bey

- De Tatahouine, dans le Sud Tunisien. Ah ! Tatahouine, agi ména, fiça l'arbiya, chouïa barka…

- Blague dans le coin fit Léonie, je parie que vous êtes de Bezons : je reconnais ça à votre accent. Vous ne seriez pas le frère de Jojo Mouilleminche qui chantait à l'Européen ?

- Ah bon ! Vous connaissez donc mon frère ... Mais c'est tout de même vrai que j'ai fait mon service militaire dans les zouaves en Algérie où j'ai été formé par un vrai fakir local ...

- Et vous faites aussi de la double-vue, monsieur Sidi Mouilleminche ?

- Non. Vous savez aussi bien que moi que la double-vue c'est du chiqué ... Moi, ce que je fais c'est du solide, du concret, du réel : les sabres, les épingles à chapeau, les planches à clous verre pilé, les charbons ardents. Je lèche une barre de fer chauffée à blanc ; et pas de trucage avec moi ...». Pierrot mon ami.


De Queneau à Pérec

Notre lunaire ami Pierrot est embauché par Crouïa-Bey comme assistant, puis au cirque Mamar, après l'incendie mystérieux de l'Uni-Park provoqué, selon une hypothèse extravagante, par un ventriloque psychopathe manipulant le cadavre truqué et monté roulettes, d'une vieille dame !!

De son côté, Georges Pérec (1936-1982), Prix Renaudot 1965 et Médicis 1978, virtuose de la jonglerie littéraire et concepteur de mots croisés, connaîtra la notoriété par son roman. La Disparition, dans lequel n'apparaît jamais la lettre «e», pourtant la plus utilisée habituellement.

Exemple : «Trois cardinaux, un rabbin, un animal franc-maçon sur son vingt-huit plus trois, un trio d'insignifiants politicards soumis au plaisir d'un trust anglo-saxon, ont fait savoir à la population par radio, puis par placards, qu’on risquait la mort par inanition ...».

Des profanes non avertis, et même un critique littéraire peu attentif, lurent ce livre sacs rendre compte que la lettre «e» n'y figure pas : l'intrigue policière masquant cette «disparition» par une magistrale «misdirectiion ». A l'inverse, dans Les Revenentes, Pérec s’amuse à n'utiliser que la voyelle «e», évitant tous les a, i, o, u, y.

Exemple : «Thérèse se dévêt prestement et se renverse. Le père Spencer enlève ses bretelles s'empresse de s'étendre près d'elle. Et le révérend pénètre lentement cette femelle rêveuse et entreprend de l'ensemencer, etc.».

A noter qu'un mentaliste français contemporain a conçu un double book test, dont un des volumes ne comporte pas la voyelle "e" et l'autre n'utilise que la voyelle "e" ! (Tandem).

Enfin, dans La vie mode d'emploi, livre dédié à Queneau, Perec met aussi en scène des magiciens :


Joy et Hiéronimus

«L'Américain déserteur Blunt Stanley et la voyante danoise Ingeborg Skifter décrochèrent un engagement miteux dans un cinéma : entre les documentaires et le grand film. Un rideau à paillettes recouvrait l'écran, et un haut-parleur annonçait Joy et Hiéronimus : les célèbres devins du Nouveau Monde. 

Leur premier numéro exploitait deux trucs classiques des magiciens de fête foraine : Blunt, en fakir, devinait diverses choses à partir de chiffres apparemment choisis au hasard. Quand à Ingeborg, elle éraflait avec une plume d'acier la gélatine d'une plaque photographique représentant Blunt; et une balafre sanglante identique apparaissait sur le corps de son partenaire ... 

Ils montèrent ensuite un numéro de fantasmagorie avec apparition de démons et de l'Illuminé Swedenborg par des jeux de miroirs, de fumée à base de charbon, soufre et salpêtre, et une mise en scène sonore, qui rencontra le succès en Asie, aux U.S.A., puis en Europe. Le réglage des lumières, le dosage des flammes, les effets de tonnerre, le déclenchement des pastilles de ferrocérium produisant à distance des étincelles, le maniement de la limaille de fer et des aimants, toutes ces techniques de trucages furent perfectionnées ...».

G. Perec : La vie mode d'emploi. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


samedi 18 avril 2020

A la suite de « Dai Vernon, The Professor » par Jean-Pierre Hornecker, « Vernon et Houdini » par Peter Duffie.






Le magicien et éditeur de magie, Jean-Pierre Hornecker.



Le magasin de prestidigitation « Marchand de trucs » nous a aimablement signalé sur Facebook que l’éditeur de magie Jean-Pierre Hornecker publiait gratuitement une biographie de Dai Vernon qui fut certainement un des plus grands prestidigitateurs du vingtième siècle.

Bravo à eux deux pour leur générosité en ce temps de crise où l’on a tous besoin de beaux exemples de solidarité.

J’apporte ma modeste pierre à l’édifice magique en publiant un article du prestidigitateur Peter Duffie sur les relations entre Dai Vernon et celui qui était sans doute l'un des plus grands magiciens de l’époque,  Harry Houdini.



« Vernon et Houdini



Dai Vernon a été sans aucun doute le prestidigitateur le plus influent du XXe siècle. Il était connu de tous, sous le nom affectueux du « Professeur », tout simplement. Mentionnez son nom à n'importe quel magicien, amateur ou professionnel, et vous obtiendrez immédiatement toute son attention. Il est presque impossible de prendre n'importe quel ouvrage sur l'art de la magie publié après 1920 sans y trouver le nom de Vernon à l'intérieur. Vernon est né dans l'Ontario, au Canada, le 11 juin 1894. Il est mort à l'âge de 98 ans à Hollywood, en Californie.


Vernon a amélioré des trucs connus et en a créé de nouveaux. Son esprit clinique est responsable de beaucoup de routines classiques adoptées par nombre de magiciens aujourd'hui. Il créa de nouveaux classiques et éleva l'art de la magie plus haut que la plupart de ses prédécesseurs. C'était cependant une personne modeste douée d'un charisme indescriptible. C'était un vrai gentleman, tout le monde l'appréciait et il le rendait bien. C'était rare, très rare, d'entendre Vernon médire sur quelqu'un. Même si cela était mérité, il trouvait toujours quelque chose de favorable à son égard. Il avait ce don unique de faire passer aux gens qui le côtoyaient  un enthousiasme renouvelé pour leur art. J'ai eu l'honneur de rencontrer « Le professeur» en deux occasions inoubliables. Les deux fois il nous a diverti avec sa magie et ses histoires sans fin sur les grands magiciens du passé.

Il y avait un seul magicien dont il parlait d’une manière négative, et c'était Harry Houdini.

En octobre 1965, le journaliste et magicien amateur Richard Buffum enregistra une série d'interviews avec Vernon. Le résultat fut 11 km de bande magnétique. Une transcription écrite de ces interviews apparurent dans le livre « The Vernon Chronicles - Dai Vernon a Magical Life », publié en 1992, et édité par Bruce Cervon et Keith Burns, deux amis proches de Vernon. Malheureusement « Le Professeur » nous quitta peu après la publication du livre. Une ère se finissait.

Pendant les interviews de Buffum, Vernon parla de plusieurs personnes, y compris de Harry Houdini. Si quelqu'un pouvait nous révéler quel était le « vrai » Harry Houdini, c'était bien Vernon. Vernon rencontra Houdini à maintes reprises et ainsi eut à connaître la personne qui se cachait derrière sa personnalité publique. Une fois, Houdini s'afficha comme « Le roi des Cartes ». Cela n'impressionna pas Vernon. Il déclara qu'Harry Houdini était un maître de l'évasion mais pas vraiment un magicien, et encore moins avec des cartes à jouer. Bien qu' Houdini s'afficha lui-même comme Roi des Cartes, selon Vernon, il avait quelques difficultés à mélanger un paquet sans les plier ou les déchirer.

En dépit des dires de Vernon, je dois reconnaître avoir vu un court métrage où Houdini exécutait sur scène quelques manipulations tape-à-l'œil (tel que étaler un jeu le long du bras, les lancer en l'air et les rattraper avec la même main, et d'autres mouvements élaborés) avec un jeu de cartes, et qu'il les exécutait plutôt bien. Ce à quoi Vernon faisait référence était sa manière de  manipuler les cartes en close-up. Les fioritures de scène (ainsi sont appelées ces types de manipulations) nécessitent moins de finesse parce que le public est beaucoup plus loin de ce qui se passe.


La veuve de Robert-Houdin


Le nom Houdini provient de celui de Robert-Houdin, le célèbre magicien français. Plus tard, selon Vernon, Houdini se vanta qu'il était trois fois plus célèbre que Robert-Houdin. Malheureusement, cela était vrai.

Voici l'histoire que Vernon nous raconta sur l'affront qu'infligea la veuve de Robert-Houdin à Harry Houdini. Houdini était en représentation à Paris et il décida de rendre visite à Madame Houdin. Cependant, il était près de minuit, mais cela ne découragea pas Houdini. Lorsqu'il arriva à la maison des Houdin, il s'aperçut que tout le monde dormait. Pour réveiller Madame Houdin, il commença à envoyer des pierres sur la fenêtre de la chambre.

Finalement elle ouvrit la fenêtre et dit :

« Qui est là, que voulez-vous ? »

« Je suis Harry Houdini. »

Elle regarda Houdini et lui dit, « Je suis désolée, mais je suis couchée pour la nuit » et après cela, elle claqua la fenêtre !


Un mégalomaniaque


D'autres histoires de Vernon à propos d'Houdini sont tout aussi amusantes et instructives. Un incident en particulier évoque le caractère d'Houdini. Frances Rockfeller King, un agent de change bien connu de New-York, partait en voyage de New-York en train. 

A ce moment-là, Harry Houdini écrivait régulièrement des articles pour le New York World. Il y avait un gentleman anglais de la haute société assis dans le train parcourant un journal. Alors que le train démarrait dans la gare, Mlle King remarqua un homme, dont la transpiration tombait goutte à goutte et avec le col relevé d'un côté, qui montait à bord. Cet homme était Harry Houdini, qui, selon Vernon, faisait peu de cas de son apparence et apparaissait toujours débraillé,  et ayant besoin de se raser. Houdini, l'arriviste, aperçu tMlle King, puis remarqua le gentleman en train de lire son journal. Sans prononcer un mot, il se dirigea vers lui et lui arracha le journal des mains. Puis il se dirigea vers Mlle King, et dit,

«  Mlle King, vous voyez, j'ai un article d'une page entière dans le journal. J'en ai un toute les semaines. »

Le gentleman, décontenancé par la conduite d'Houdini, se leva et dit, « Comment osez-vous, Monsieur, m'arracher des mains le journal ?  »

Houdini, pas le moins perturbé, répliqua : « Tout va bien, je suis Harry Houdini. »

A cela, le gentleman riposta, « Je me moque de qui vous êtes, vous n'êtes qu'un voyou ignorant !   »



Un homme populaire ?


Selon Vernon, Houdini avait peu d'amis parmi ses confrères magiciens parce qu'il marchait continuellement sur les pieds des autres. Relativement à cela, Vernon nous a dit : 

« Je suis particulièrement partial parce que je ne me suis jamais mis en avant et n'aime pas être mis en avant. Je déteste l'idée de prendre le dernier siège lorsqu'il y a dix personnes qui le voudrait. Houdini était comme cela au plus haut degré. »

Tout artiste professionnel a besoin de publicité. Toutefois, Houdini était complètement obsédé par cela. Selon Vernon, le premier objectif d'Houdini était de se mettre tout le temps en avant.

Houdini dit une fois à Vernon :

« Si vous voulez réussir dans ce travail, il faut avoir son nom dans le journal tous les jours. Peu importe ce que cela dit, il faut juste l'avoir dans le journal d'une manière ou d'une autre.  »

Vernon nous dit qu' Houdini vivait certainement pour cela. A New-York s'il y avait un incendie, un coup de couteau dans la rue, ou un meurtre, Houdini se précipitait immédiatement à la police et disait,

« Officier, je suis Houdini, puis-je vous aider ? Je pourrai témoigner, j'ai tout vu !  »

Selon Vernon, il faisait cela uniquement parce qu'un coup de couteau dans la rue sur Broadway pouvait faire sensation, et souvent les gros titres le jour suivant affichaient « Houdini a été le témoin d'un personne poignardée ».



« CE N'EST PAS AMUSANT ! »


Apparemment, Houdini n'avait pas un grand sens de l'humour. Vernon relate l'incident qui eut lieu un soir à la réunion de la Society of American Magicians (L’Association des Magiciens Américains). Il y avait un important groupe rassemblé, y compris Houdini. Houdini proposa de montrer aux autres membres un nouveau tour, pour lequel il avait besoin d'une grande feuille cartonnée. Quelqu'un lui dit qu'il y avait un placard de toiles de peintures dans la pièce à côté, il s'y rendit alors et ouvrit le placard. Alors qu'il fouillait à l'intérieur, un des magiciens s'approcha tranquillement, referma la porte et la verrouilla.

Houdini commença par secouer la porte puis la marteler de ses poings. Alors quelqu'un suggéra que cela devrait être facile pour le Grand Houdini. « Voyons si tu sors de là ! » crièrent-ils. Houdini rageait et était furieux et aurait probablement saccagé la pièce entièrement si quelqu'un n'avait ouvert la porte pour le relâcher.

Une fois, lorsque Houdini était dans une ville éloignée il découvrit qu'il y avait une petite prison dans celle-ci. Alors il défia le gardien, un monsieur âgé, le ridiculisant en clamant que ce serait pour lui une promenade que d'en sortir. Le gardien âgé accepta le défi d'Houdini et encouragea le Grand Houdini à s'évader de sa prison. Houdini entra dans l'unique cellule puis le geôlier claqua la porte et la verrouilla. Peu importe comment il essaya, mais il ne put sortir de la cellule ! Apparemment, le geôlier le garda quelques jours avant de finalement le libérer. Houdini n'était pas content. Le geôlier était sans aucun doute ravi.

Vernon considérait Theo Hardeen, le frère d'Houdini, comme un magicien plus sensationnel, mais Houdini avait la célébrité et donc les personnes disaient qu'il était le « grand » plutôt que son frère.

Selon Vernon, Houdini n'était, en aucun cas, un bon magicien. Il commença comme magicien de carnaval puis passa à l'évasion qui le rendit célèbre. Cependant, un fois devenu célèbre comme artiste de l'évasion, il revint à nouveau à la magie. Malheureusement, selon Vernon, il n'était pas très versé dans la magie et ne connaissait pas les bonnes façons de la présenter. Il était uniquement un publicitaire.

Houdini pouvait faire des choses étonnantes, mais, selon Vernon, ce n'était pas de la magie. Il pouvait retenir sa respiration plus longtemps que n'importe quel homme que Vernon connaissait. Il ne fumait ni ne buvait jamais, et mena une  vie sans scandale.  Béatrice la femme d'Houdini était le marraine de Ted, premier fils de Vernon. "

Nota Bene : Un très intéressant livre sur Houdini avait été publié justement par Jean-Pierre Hornecker aux Editions techniques du spectacle, "Houdini et sa légende" de Roland Lacourbe.


Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !

vendredi 17 avril 2020

Prestation du mentaliste Gibé au VM Live du 15 avril.





Un spectacle du mentaliste Gibé.


Selon moi, Gibé est un des mentalistes les plus intéressant actuellement car il possède à fond deux armes redoutables dans ce domaine : la psychologie (il est actuellement en doctorat de psychologie) et l’humour.

Son spectacle La Méthode Urbain qu’il a présenté du 21 au 23 avril 2014 à Valence me paraît être la démonstration même de ces deux qualités. En voici le teaser :

« Être riche et célèbre ? C'est de la technique. Marc-André Urbain, coach certifié, vous propose une formation accélérée pour devenir maître du monde.


En 5 leçons de mentalisme, vous saurez comment rejoindre le club des VIP. A vous Davos ! Le tout avec humour, bien sûr.


Théâtre, mentalisme, humour, magie ! Recette originale concoctée par les Décatalogués, compagnie basée à Bourg-les-Valence depuis 1995. »

Pour son VM Live , Gibé nous a effectué de redoutables démonstrations de ses capacités d’influence psychologique (notamment avec la routine qui s’appelait autrefois « Divination d’un objet parmi cinq »).

Pour ceux qui ne le savent pas, Gibé a 45 ans. Il est né en 1974. Ne le répétez pas, il s’appelle en réalité Jean-Baptiste Quenin-Blache et il est psychologue social. Ses grandes spécialités sont les biais cognitifs (voir mes articles dans le blog sur ce sujet) sur lesquels il tient des conférences et l’agnotologie,  la science de  comment et pourquoi « nous ne savons pas ce que nous ne savons pas », alors même qu'une connaissance fiable et attestée est disponible. Il s’en sert pour effectuer du mentalisme propless (sans appareils, totalement impromptu), parfois basé sur la PNL et l’hypnose ericksonienne.

Il nous a montré différents trucs de son métier, notamment comment il pratique le pré-show avec un masque Spfx (1500 euros le masque !), comment il imite l’accent italien (Mago mentalista) ou québécois (La méthode Urbain) pour entretenir plus d’ambiguïté et tromper les spectateurs, et nous  a parlé de son travail sur la maladie d’Alzheimer avec toute l’équipe du « Mystère d’Aloïs » autour de Stéphane Molitor, qui propose sur le sujet des conférences-spectacles avec l’aide de la magie.

Nous ne pouvons citer tous les spectacles de Gibé, y compris dans la rue qu'il affectionne particulièrement (Siméon Joly, Les éclectiques, etc.).

Bravo à lui !


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.






mercredi 15 avril 2020

Une routine de mentalisme par Eric Bertrand, coauteur de l'ouvrage « Douceurs Mentales 2 ».









Le mentaliste Eric Bertrand.





Selon moi, « Douceurs mentales 2 » de Fabien ARCOLE et Eric BERTRAND est un des meilleurs ouvrages écrits sur le mentalisme (techniques, tours et réflexions) par des mentalistes de langue française.

Voici un effet de mentalisme proposé par Eric Bertrand à la suite de sa prestation en live sur le site « Virtual Magie ». 



ARTISTE MENTAL


" Cette routine, très simple dans sa structure, constitue une démonstration élémentaire de pouvoir télépathique. Elle est pratiquement impromptue et peut être exécutée devant un participant unique, un petit groupe ou même sur scène. C’est le b.a.-ba du mentalisme.

Techniquement, elle repose sur deux changes de billets et un « peek », ce dernier étant particulièrement facile à réaliser secrètement, comme on le verra plus loin.


EFFET

Le mentaliste propose de réaliser une expérience de transmission de pensée faisant appel à la capacité artistique d’un membre de l’audience (ou du groupe, s’il s’agit d’une prestation impromptue devant un groupe d’amis par exemple).

Un volontaire se présente. Le mentaliste lui tend un morceau de papier pré plié en quatre et un stylo et lui explique : « Dans un instant, je vais vous demander de concevoir mentalement un dessin assez simple et de le dessiner sur ce morceau de papier. Le dessin peut être n’importe quoi. Quelque chose d’abstrait, ou au contraire de concret. Un simple symbole ou quelque chose de représentatif. Vraiment ce que vous voulez. Vous pouvez faire preuve de créativité, mais limitez-vous à quelque chose de simple s’il vous plaît. Vous avez quelque chose en tête ? Parfait. Retournez-vous, que je ne puisse rien voir de ce que vous dessinez, faites votre dessin puis repliez le papier et revenez vers moi. Merci. »

Pendant que le participant s’exécute (le dos tourné), le mentaliste explique : « Si je vous demande de dessiner quelque chose sur ce papier, c’est pour deux raisons. D’abord, cela vous oblige à vous concentrer sur ce que vous avez en tête, à focaliser vos pensées précisément sur la forme que vous dessinez. Ensuite, parce que ce papier nous servira de preuve en fin d’expérience, pour juger du degré de réussite de cette dernière. »

Pendant qu’il délivre cette courte explication, le mentaliste sort de sa poche un autre stylo doté d’un capuchon avec un clip. Il le tient en main gauche.

Quand le participant refait face au mentaliste, ce dernier s’empare du papier du volontaire et le coince très ouvertement sous le clip du stylo qu’il tient à la main. Il peut ensuite montrer l’ensemble « stylo + papier coincé sous le clip » à l’ensemble de l’audience, et ce, sous tous les angles. De toute évidence, le papier est toujours plié et l’information qu’il contient est parfaitement inaccessible.

Le mentaliste dépose le tout sur la table. Il explique : « Pour réussir cette petite expérience, je vais devoir m’appuyer sur la psychologie. Rassurez-vous, rien de bien compliqué. Je vais simplement vous demander de m’indiquer votre chiffre préféré, entre 1 et 9 ?

n  Le 6, répond le participant.
n  Et maintenant, votre couleur préférée ?
n  Le bleu. »

Le mentaliste se concentre quelques instants, puis annonce quelque chose du genre : « Très bien, merci. Voilà ce que vous allez faire. Je vais me retourner et placer mon dos face à vous. Vous allez vous approcher de moi, en restant dans mon dos et vous allez reproduire dans mon dos, sans le toucher, le dessin que vous avez en tête. J’insiste : vous ne devez pas toucher mon dos, mais imaginer qu’il s’agit d’un chevalet et que vous allez peindre un tableau dessus. Du bout de l’index, vous reproduisez votre dessin, en grande taille, sur la surface de mon dos, mais encore une fois, sans jamais toucher mon dos. Vous avez bien compris ? »

Le mentaliste se retourne et baisse la tête. Il demande au participant de commencer la reproduction de son dessin. Au bout de quelques secondes, il demande : « Vous avez terminé, je crois ? » Quand le volontaire confirme avoir terminé, le mentaliste lui demande : « Recommencez le dessin, s’il vous plaît. Je crois que j’ai l’idée générale, mais il me manque des détails, il me semble. »

Le volontaire s’exécute et le mentaliste le remercie. Ce dernier se retourne et fait de nouveau face à son audience. Il explique :

« Comme je vous le disais tout à l’heure, pour cette expérience je m’appuie sur des données d’ordre psychologique. Laissez-moi vous dire comment je vous perçois, sur la base de vos choix. Le 6, c’est le chiffre de l’Adulte et de l’Harmonie. Vous devez être quelqu’un d’assez équilibré, qui sait donner confiance à son entourage. Vous êtes probablement prêt à mettre de l’eau dans votre vin afin de préserver des conditions de vie harmonieuses autour de vous.  Et vous avez choisi le Bleu, la couleur de l’eau. Un choix qui dénote probablement une certaine intuition, une ouverture aux autres au plan émotionnel… Globalement, je pense donc que votre dessin doit être plutôt rond, avec de nombreuses lignes courbes. Un dessin plutôt sympathique, qui reflète votre nature cordiale. Je dirais… Probablement un chat, assez stylisé. Laissez-moi vérifier. »

Sur ce, le mentaliste reprend le stylo qui était resté visible sur la table à ses côtés. Il retire le papier du clip et l’ouvre. Il sourit. Il le tend à un spectateur et lui demande de vérifier ce que le volontaire a dessiné. Ce dernier confirme qu’il s’agit bien d’un chat !
  

MODUS OPERANDI

Comme indiqué en introduction, cette routine simple et directe repose sur l’utilisation de deux changes de papier et d’un peek.

Le premier change est effectué au moment de la récupération du papier rempli par le participant. Ce papier est changé contre un « dummy » (un papier vierge, plié de la même manière, que le mentaliste avait en sa possession dès le départ).

Le « Microphone switch » de Bob Cassidy est particulièrement pratique pour réaliser ce change. Ce change est explicité entre autres dans Black Box Cinema (vidéo de Bob Cassidy), dans The Natural Billet Switch de Richard Osterlind (que l’on trouve dans son fameux opuscule The Perfected Center Tear) ou bien encore dans la routine B2 de Philipp Gangelberger). Ce change particulier est justifié par le fait que l’on va coincer le billet du volontaire sous le clip du stylo. Tout est donc parfaitement naturel dans ce mouvement.

Le mentaliste avait le « dummy » dans sa poche gauche, accompagné du second stylo. Quand il sort le stylo de sa poche, en main gauche, il sort en réalité le « dummy », placé à l’empalmage des doigts gauches, et le stylo tenu le capuchon vers le haut. Evidemment, seul le stylo est visible. Le papier du volontaire est récupéré en main droite, le change a lieu dans le mouvement de placer le papier sous le clip. En réalité, c’est le « dummy » qui finit sous le clip et le billet contenant le dessin est secrètement conservé en main droite. La consultation des sources indiquées dans le paragraphe précédent devrait rendre tout ceci clair comme de l’eau de roche…

Comme le lecteur l’aura certainement compris, la lecture du papier – et donc la prise de connaissance du dessin – se fait pendant que le mentaliste a le dos tourné (ce qui est parfaitement justifié par la chorégraphie de l’effet). Les coudes bien conservés contre les côtés du corps, il est facile d’ouvrir le papier, de prendre connaissance du dessin, puis de replier le billet. C’est là l’affaire de quelques secondes seulement, et c’est parfaitement indétectable.

Quand le mentaliste refait face à l’audience, le papier du volontaire est de nouveau à l’empalmage des doigts droits et donc invisible.

On notera que ce n’est qu’à ce moment-là que le mentaliste délivre son court « cold reading ». Bien évidemment, comme il connaît alors le dessin, il est facile de produire un reading qui correspond, au moins partiellement, au style du dessin… Et donc d’apparaître particulièrement intuitif !

Le second change est effectué sous le prétexte de vérifier le dessin effectué par le participant. Plusieurs possibilités s’offrent au mentaliste. Par exemple :

Ø  Effectuer le change en faisant glisser le papier (« dummy ») conservé sous le clip. A la fin du mouvement, c’est le vrai papier (avec le dessin) qui est ouvert, puis rendu (ceci peut être vu comme une adaptation du CT Billet Switch de Christopher Taylor dans The Poor Mage’s Billet System) ;
Ø  Dégager le « dummy » du clip et effectuer le change dans l’action de tendre le papier à l’audience pour vérification. Là encore, il n’y a aucune difficulté (n’importe quel change, à une ou deux mains, pourra être utilisé).

Dans les deux cas, le « dummy » finit en main droite, empalmé, et il est déposé dans la poche avec le stylo. Ni vu, ni connu… Le mentaliste finit les mains vides et peut recevoir librement les applaudissements de l’audience.

Une routine simple et directe, avec un peu de « cold reading » pour justifier ou au moins vaguement expliquer la performance de l’artiste. Et rien de compliqué. Deux changes de base et une lecture secrète qui ne peut être repérée, puisqu’effectuée le dos tourné."

Cet article peut être considéré comme la suite de celui-ci de ce blog.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !