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samedi 28 mars 2020

Description d’un magicien et d’un de ses tours dans le célèbre ouvrage, « Émile ou De l’éducation » (1762) de Jean-Jacques Rousseau



Le livre dont est extrait ce passage.



Dans son livre, Émile ou De l’éducation (1762),  Jean-Jacques Rousseau décrit le tour d’un magicien, joueur de gobelets, auquel assiste un enfant, Emile, avec son professeur, et auquel il participe.

« Depuis longtemps nous nous étions aperçus, mon élève et moi, que l’ambre, le verre, la cire, divers corps frottés attiraient les pailles, et que d’autres ne les attiraient pas. Par hasard nous en trouvons un qui a une vertu plus singulière encore ; c’est d’attirer à quelque distance, et sans être frotté, la limaille et d’autres brins de fer. Combien de temps cette qualité nous amuse, sans que nous puissions y rien voir de plus ! Enfin nous trouvons qu’elle se communique au fer même, aimanté dans un certain sens. Un jour nous allons à la foire ; un joueur de gobelets attire avec un morceau de pain un canard de cire flottant sur un bassin d’eau. Fort surpris, nous ne disons pourtant pas : c’est un sorcier ; car nous ne savons ce que c’est qu’un sorcier. Sans cesse frappés d’effets dont nous ignorons les causes, nous ne nous pressons de juger de rien, et nous restons en repos dans notre ignorance jusqu’à ce que nous trouvions l’occasion d’en sortir.

De retour au logis, à force de parler du canard de la foire, nous allons nous mettre en tête de l’imiter : nous prenons une bonne aiguille bien aimantée, nous l’entourons de cire blanche, que nous façonnons de notre mieux en forme de canard, de sorte que l’aiguille traverse le corps et que la tête fasse le bec. Nous posons sur l’eau le canard, nous approchons du bec un anneau de clef, et nous voyons, avec une joie facile à comprendre, que notre canard suit la clef précisément comme celui de la foire suivait le morceau de pain. Observer dans quelle direction le canard s’arrête sur l’eau quand on l’y laisse en repos, c’est ce que nous pourrons faire une autre fois. Quant à présent, tout occupés de notre objet, nous n’en voulons pas davantage.

Dès le même soir nous retournons à la foire avec du pain préparé dans nos poches ; et, sitôt que le joueur de gobelets a fait son tour, mon petit docteur, qui se contenait à peine, lui dit que ce tour n’est pas difficile, et que lui-même en fera bien autant. Il est pris au mot : à l’instant, il tire de sa poche le pain où est caché le morceau de fer ; en approchant de la table, le cœur lui bat ; il présente le pain presque en tremblant ; le canard vient et le suit ; l’enfant s’écrie et tressaillit d’aise. Aux battements de mains, aux acclamations de l’assemblée la tête lui tourne, il est hors de lui. Le bateleur interdit vient pourtant l’embrasser, le féliciter, et le prie de l’honorer encore le lendemain de sa présence, ajoutant qu’il aura soin d’assembler plus de monde encore pour applaudir à son habileté. Mon petit naturaliste enorgueilli veut babiller, mais sur-le-champ je lui ferme la bouche, et l’emmène comblé d’éloges.

L’enfant, jusqu’au lendemain, compte les minutes avec une risible inquiétude. Il invite tout ce qu’il rencontre ; il voudrait que tout le genre humain fût témoin de sa gloire ; il attend l’heure avec peine, il la devance ; on vole au rendez-vous ; la salle est déjà pleine. En entrant, son jeune cœur s’épanouit. D’autres jeux doivent précéder ; le joueur de gobelets se surpasse et fait des choses surprenantes. L’enfant ne voit rien de tout cela ; il s’agite, il sue, il respire à peine ; il passe son temps à manier dans sa poche son morceau de pain d’une main tremblante d’impatience. Enfin son tour vient ; le maître l’annonce au public avec pompe. Il s’approche un peu honteux, il tire son pain... Nouvelle vicissitude des choses humaines ! Le canard, si privé la veille, est devenu sauvage aujourd’hui ; au lieu de présenter le bec, il tourne la queue et s’enfuit ; il évite le pain et la main qui le présente avec autant de soin qu’il les suivait auparavant. Après mille essais inutiles et toujours hués, l’enfant se plaint, dit qu’on le trompe, que c’est un autre canard qu’on a substitué au premier, et défie le joueur de gobelets d’attirer celui-ci.

Le joueur de gobelets, sans répondre, prend un morceau de pain, le présente au canard ; à l’instant le canard suit le pain, et vient à la main qui le retire. L’enfant prend le même morceau de pain ; mais loin de réussir mieux qu’auparavant, il voit le canard se moquer de lui et faire des pirouettes tout autour du bassin : il s’éloigne enfin tout confus, et n’ose plus s’exposer aux huées.

Alors le joueur de gobelets prend le morceau de pain que l’enfant avait apporté, et s’en sert avec autant de succès que du sien : il en tire le fer devant tout le monde, autre risée à nos dépens ; puis de ce pain ainsi vidé, il attire le canard comme auparavant. Il fait la même chose avec un autre morceau coupé devant tout le monde par une main tierce, il en fait autant avec son gant, avec le bout de son doigt ; enfin il s’éloigne au milieu de la chambre, et, du ton d’emphase propre à ces gens-là, déclarant que son canard n’obéira pas moins à sa voix qu’à son geste, il lui parle et le canard obéit ; il lui dit d’aller à droite et il va à droite, de revenir et il revient, de tourner et il tourne : le mouvement est aussi prompt que l’ordre. Les applaudissements redoublés sont autant d’affronts pour nous. Nous nous évadons sans être aperçus, et nous nous renfermons dans notre chambre, sans aller raconter nos succès à tout le monde comme nous l’avions projeté.

Le lendemain matin l’on frappe à notre porte ; j’ouvre : c’est l’homme aux gobelets. Il se plaint modestement de notre conduite. Que nous avait-il fait pour nous engager à vouloir décréditer ses jeux et lui ôter son gagne-pain ? Qu’y a-t-il donc de si merveilleux dans l’art d’attirer un canard de cire, pour acheter cet honneur aux dépens de la subsistance d’un honnête homme ? Ma foi, messieurs, si j’avais quelque autre talent pour vivre, je ne me glorifierais guère de celui-ci. Vous deviez croire qu’un homme qui a passé sa vie à s’exercer à cette chétive industrie en sait là-dessus plus que vous, qui ne vous en occupez que quelques moments. Si je ne vous ai pas d’abord montré mes coups de maître, c’est qu’il ne faut pas se presser d’étaler étourdiment ce qu’on sait ; j’ai toujours soin de conserver mes meilleurs tours pour l’occasion, et après celui-ci, j’en ai d’autres encore pour arrêter de jeunes indiscrets. Au reste, messieurs, je viens de bon cœur vous apprendre ce secret qui vous a tant embarrassés, vous priant de n’en pas abuser pour me nuire, et d’être plus retenus une autre fois.

Alors il nous montre sa machine, et nous voyons avec la dernière surprise qu’elle ne consiste qu’en un aimant fort et bien armé, qu’un enfant caché sous la table faisait mouvoir sans qu’on s’en aperçût.

L’homme replie sa machine ; et, après lui avoir fait nos remerciements et nos excuses, nous voulons lui faire un présent ; il le refuse. « Non, messieurs, je n’ai pas assez à me louer de vous pour accepter vos dons ; je vous laisse obligés à moi malgré vous ; c’est ma seule vengeance. Apprenez qu’il y a de la générosité dans tous les états ; je fais payer mes tours et non mes leçons. »

En sortant, il m’adresse à moi nommément et tout haut une réprimande. J’excuse volontiers, me dit-il, cet enfant ; il n’a péché que par ignorance. Mais vous, monsieur, qui deviez connaître sa faute, pourquoi la lui avoir laissé faire ? Puisque vous vivez ensemble, comme le plus âgé vous lui devez vos soins, vos conseil ; votre expérience est l’autorité qui doit le conduire. En se reprochant, étant grand, les torts de sa jeunesse, il vous reprochera sans doute ceux dont vous ne l’aurez pas averti.

Il part et nous laisse tous deux très confus. Je me blâme de ma molle facilité ; je promets à l’enfant de la sacrifier une autre fois à son intérêt, et de l’avertir de ses fautes avant qu’il en fasse ; car le temps approche où nos rapports vont changer, et où la sévérité du maître doit succéder à la complaisance du camarade ; ce changement doit s’amener par degrés ; il faut tout prévoir, et tout prévoir de fort loin.

Le lendemain nous retournons à la foire pour revoir le tour dont nous avons appris le secret. Nous abordons avec un profond respect notre bateleur Socrate ; à peine osons-nous lever les yeux sur lui : il nous comble d’honnêtetés, et nous place avec une distinction qui nous humilie encore. Il fait ses tours comme à l’ordinaire ; mais il s’amuse et se complaît longtemps à celui du canard, en nous regardant souvent d’un air assez fier. Nous savons tout, et nous ne soufflons pas. Si mon élève osait seulement ouvrir la bouche, ce serait un enfant à écraser. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

jeudi 20 juillet 2017

Pause dans le blog avec « La mémoire et Marcel Proust » (deuxième partie).


Le premier tome d'A la recherche du temps perdu.



L’étude de la mémoire de Marcel Proust est complètement différente de celle de la mnémotechnie, elle est basée sur la sensation et le souvenir. L’auteur ne parvient pas à se remémorer avec précision sa vie d’enfant mais c’est en mangeant une madeleine dans une tasse de thé (sens gustatif et olfactif), que sa mère lui propose, qu’il se souvient tout à coup de pans entiers de son passé et plus particulièrement de sa tante Léonie, qui a été la première personne à lui proposer ce curieux mélange de thé et de gâteau, quand il était enfant. Voici quelques extraits de la description de la tante Léonie dans le premier tome d’A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann par Marcel Proust.

« La cousine de mon  grand-père — ma grand-tante — chez qui nous habitions, était la mère de cette tante Léonie qui, depuis la mort de son mari, mon oncle Octave, n'avait plus voulu quitter, d'abord Combray, puis à Combray sa maison, puis sa chambre, puis son lit et ne «descendait » plus, toujours couchée dans un état incertain de chagrin, de débilité physique, de maladie, d'idée fixe et de dévotion. Son appartement particulier donnait sur la rue Saint-Jacques qui aboutissait beaucoup plus loin au Grand-Pré (par opposition au Petit-Pré, verdoyant au milieu de la ville, entre trois rues), et qui, unie, grisâtre, avec les trois hautes marches de grès presque devant chaque porte, semblait comme un défilé pratiqué par un tailleur d'images gothiques à même la pierre où il eût sculpté une crèche ou un calvaire. Ma tante n'habitait plus effectivement que deux chambres contiguës, restant l'après-midi dans l’une pendant qu'on aérait l’autre. […]

Dans la chambre voisine, j’entendais ma tante qui causait toute seule à mi-voix. Elle ne parlait jamais qu'assez bas parce qu’elle croyait avoir dans la tête quelque chose de cassé et de flottant qu’elle eût déplacé en parlant trop fort, mais elle ne restait jamais longtemps, même seule, sans dire quelque chose, parce qu'elle croyait que c'était salutaire pour sa gorge et qu'en empêchant le sang de s'y arrêter, cela rendrait moins fréquents les étouffements et les angoisses dont elle souffrait ; puis, dans l’inertie absolue où elle vivait, elle prêtait à ses moindre sensations une importance extraordinaire ; elle les douait d’une motilité qui lui rendait difficile de les garder pour elle, et à défaut de confident à qui les communiquer, elle se les annonçait à elle-même, en un perpétuel monologue qui était sa seule forme d'activité. Malheureusement, ayant pris l’habitude de penser tout haut, elle ne faisait pas toujours attention à ce qu'il n'y eût personne dans la chambre voisine, et je l'entendais souvent se dire à  elle-même : « Il faut que je me rappelle bien que je n'ai pas dormi» (car ne jamais dormir était sa grande prétention dont notre langage à tous gardait le respect et la trace : le matin Françoise ne venait pas « l'éveiller », mais « entrait » chez elle ; quand ma tante voulait faire un somme dans la journée, on disait qu'elle voulait « réfléchir » ou « reposer » ; et quand il lui arrivait de s'oublier en causant jusqu'à dire : « ce qui m'a réveillée» ou «j'ai rêvé que », elle rougissait et se reprenait au plus vite). »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mercredi 19 juillet 2017

Pause dans le blog avec « La mémoire et Marcel Proust » (première partie).


C'est incroyable, ce que peut provoquer une simple madeleine.



L’étude de la mémoire de Marcel Proust est complètement différente de celle de la mnémotechnie, elle est basée sur la sensation et le souvenir. L’auteur ne parvient pas à se remémorer avec précision sa vie d’enfant mais c’est en mangeant une madeleine dans une tasse de thé (sens gustatif et olfactif), que sa mère lui propose, qu’il se souvient tout à coup de pans entiers de son passé et plus particulièrement de sa tante Léonie, qui a été la première personne à lui proposer ce curieux mélange de thé et de gâteau, quand il était enfant. Ses relations avec cette tante Léonie sont remarquablement décrites dans le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust de Jean-Paul et Raphaël Enthoven dont je vais m’inspirer pour cet article.

Les deux auteurs parlent ainsi de tante Léonie :

« Pourquoi les souvenirs d'enfance du Narrateur font-ils une telle place à tante Léonie ? Pourquoi se passionne-t-il pour l'agonie, les discussions et les soliloques d'une personne qu'il n'aime pas particulièrement (tante Léonie n’est pas sa grand-mère, et la perspective de sa mort ne le touche pas autrement que comme l'ultime bizarrerie d'un personnage qu'il se contente de respecter sans effort) ?
Sans doute, parce que cette dame si pieuse, cette maniaque « toute confite en dévotion » avec qui il aurait juré n'avoir aucun point commun est aussi, d'abord, et même avant Bergotte, le premier écrivain qui croise la vie du jeune Marcel. Et il n'est pas absurde, à cet égard, de comparer tante Léonie à Marcel Proust lui-même dont l'oblomovisme (ou la vie de reclus recouvert de bouillottes et de pelisses) ressemble d'assez près à l'existence monotone de la vieille bigote.

Le fait est que tante Léonie, que tout effraie, qui ne sort pas de chez elle parce que la peur (plus que la maladie) la rive à la « pure matière » de son lit, la seule personne de la famille qui n'eût pu encore comprendre que lire, c'était autre chose que de passer son temps à « s'amuser », enseigne au Narrateur les rudiments de son art.

Car tante Léonie, tout à l'ennui qui la comble, transforme en événements, sans y assister, les péripéties minuscules de  son voisinage. C'est elle, ainsi, qui, des années avant Elstir, lui apprend à contempler une botte d’asperges avec le même intérêt que le plafond de la Sixtine ; elle qui lui donne le goût de deviner le temps qu'il fait sans quitter son lit (ni même ouvrir les yeux) ; elle dont le monologue perpétuel face au portrait de son mari invite son petit-neveu à rendre la vie aux fantômes par une addition de sang ; elle enfin dont l'inertie absolue détermine l'importance extraordinaire qu'un écrivain accorde à ses moindres sensations... Pas de doute, « madame Octave » (comme l'appelle Françoise) connaît la musique. Comment s’étonner dès lors, que la saveur d’une petite Madeleine (c’est-à-dire le premier temps de la mémoire involontaire) expédie illico le Narrateur dans la chambre de la grabataire ? »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 26 juin 2017

Le chapelet, compte rendu du livre « Chaos, l’apparence du hasard » de Martin Joyal, Vue d’ensemble des jeux mémorisés (2), (vingt-sixième partie).



Le livre de référence en français sur Simon Aronson où il détaille son chapelet.


Pour moi, un des livres qui décrit au mieux les possibilités des chapelets d’une façon analytique est l’ouvrage d’un prestidigitateur de langue anglaise Martin Joyal, Chaos, l’apparence du hasard paru en France en 2010 (il est sorti en anglais sous le titre The Six-Hour Memorized Deck en 1997).

D’abord pour distinguer les différents chapelets existants, l’auteur nous propose une terminologie précise. Il les divise en « arrangements » (traités dans le chapitre 2), « systèmes » (présentés dans le chapitre 3) et « jeux mémorisés » (dont le chapitre 4 donne une vue d’ensemble : neuf jeux vus en détail qui correspondent à ce que nous appelons les jeux apériodiques).

Vue d’ensemble des jeux mémorisés

Il y a moins de jeux arrangés mémorisés populaires que de systèmes.

Il n'y a pas de recette miracle pour mémoriser un jeu entier. Il est recommandé d'apprendre une petite série de cartes chaque jour, en répétant à voix haute la position et l'identité de chaque carte. Après des mois de travail, vous aurez mémorisé le jeu complet. Il y a, cependant, des méthodes pour rendre cette tâche plus facile, telle que celle développée par Claude Klingsor pour le chapelet Nikola dans Les secrets de la mnémotechnie et de la télépathie.

9 jeux arrangés mémorisés publiés dans la littérature cartomagique sont étudiés dans le livre de Martin Joyal mais je n’en détaillerai que 3, le chapelet Nikola, le chapelet Aronson et le chapelet Rix. Je ne traiterai donc pas :

Le chapelet Ireland ;

Le chapelet McCaffrey ;

Le chapelet Steele ;

Le chapelet Marlo ;

Le chapelet Skinner ;

Le chapelet Aldrich ;

A noter que le chapelet très connu, Mnemonica de Juan Tamariz, du fait qu’il est paru en 1997 après la sortie du livre de Martin Joyal, ne figure pas dans la liste des jeux mémorisés ainsi que le très récent livre Isis du français Isidore Buc où il décrit son remarquable chapelet.

Présentation du chapelet Nikola :

Le jeu mémorisé le plus populaire et le plus ancien est celui de Louis Nikola, publié en 1927 sous le nom de The Nikola Card System. Une copie partielle de ce document peut être trouvée dans Encyclopédie des tours de cartes (p. 408) de Hugard mais je préfère la description qu'en réalise Claude Klingsor dans Les secrets de la mnémotechnie et de la télépathie (p. 25 à 57). Nikola suggère une méthode de mémorisation basée sur des moyens mnémotechniques et fournit au lecteur une série de mots à apprendre.

Le montage des cartes ne montre pas d'ordre apparent, au moins au premier regard. Vous remarquerez que les positions qui sont des multiples de quatre correspondent aux cœurs. Cet arrangement permet des démonstrations de poker ou de bridge aussi bien que des effets d'épellation.

Nikola suggère un tour qui vous permet d'assembler le chapelet devant les spectateurs sans qu'ils ne s'en rendent compte. Ce tour, appelé « A Subtle Game », est l'amélioration d'une idée décrite en 1612 dans Thesouro de Prudentes de Sequeira, afin de ranger un jeu mélangé en ordre Si Stebbins pendant l'exécution du tour ("Un jeu subtil" en français dans l' Encyclopédie des tours de cartes).

Voici l'ordre du chapelet Nikola, à partir de la carte supérieure du jeu (qui est la carte n°1 du chapelet, le 6 de K), jusqu’à la carte inférieure (qui est la carte n°52 du chapelet, le 8 de C),

(DEBUT): 6K - 5T - RT - VC - 5P - 9K - 9P - DC - 3T – I0T - RP - AC 
4K - VK – RK- RC- 2K - DT - 9T - IOC - 8K - 2T - AT - 7C - 7T - 4P -
7P - 9C - 8P - 6P - 6T - 2C -AP - VP - 4T - 5C – I0P - AK - VT - 4C -
2P - 7K – DP - 3C - 3P - 8T – I0K - 6C - 5K - 3K - DK - 8C (FIN)


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 27 février 2017

Extrait de mon livre « Jean-Patrick Manchette, parcours d’une œuvre » (première partie).




Mon livre sur Manchette

Je viens de recevoir une lettre de mon éditeur Les Belles Lettres qui me détaille le montant de mes droits d'auteur pour mon livre Jean-Patrick Manchette, parcours d’une œuvre. Je trouve la somme qu'il me verse minable et scandaleuse. J'ai donc décidé de publier ce livre gratuitement sur Internet. 

Pour les magiciens qui sont aussi amateurs de romans policiers, c’est le moment d’en profiter !

Introduction

EFFERVESCENCE ÉDITORIALE ET HOMMAGES POSTHUMES

L’œuvre de Jean-Patrick Manchette, que la critique avait baptisé « le père du néo-polar », a fait l’objet d’une intense activité éditoriale ces dernières années, depuis sa mort prématurée à l’âge de 52 ans le 3 juin 1995. La Série Noire, qui avait déjà publié l’ensemble de ses romans noirs du vivant de l’auteur, a réédité en 1996 quatre de ceux-ci: L’Affaire N’Gustro, O dingos, ô châteaux!, Morgue pleine et Fatale. En 1997, elle a fait paraître un coffret « spécial Manchette » de trois livres qui comporte Nada, Le Petit Bleu de la côte ouest, La Position du tireur couché. Gallimard, dont dépend la Série Noire, réédite en outre dans sa collection « Folio policier » plusieurs romans de l’auteur. Les éditions Rivages, quant à elles, sous l’impulsion de François Guérif et du fils de l’écrivain, Doug Headline, ont fait paraître en 1996 dans un volume intitulé Chroniques l’ensemble de ses articles sur la littérature policière ainsi qu’un roman inachevé, La Princesse du sang. Puis vint en 1997 la publication de l’ensemble des chroniques sur le cinéma écrites pour Charlie Hebdo, Les Yeux de la momie, toujours aux Editions Rivages et en 1999 d’un volume réunissant des nouvelles, certaines inédites, la pièce Cache ta joie ! et le roman de science-fiction que l’auteur écrivit pour les enfants, Mélanie White. Le même éditeur annonce la prochaine parution d’un recueil de correspondances et peut-être du journal intime que Manchette avait tenu à partir de l’année 1963 !

Du côté des revues, l’activité n’est pas moins intense. En avril 1997, un hors série de Polar lui est consacré avec des interviews d’auteurs policiers, de cinéastes, des extraits d’un roman inédit, des articles critiques, une bibliographie, une filmographie. La célèbre publication créée par Sartre et Simone de Beauvoir, Les Temps modernes, prend pour thème de son numéro 595 le roman policier noir et l’intitule « Pas d’orchidées pour les T.M ». avec notamment une nouvelle de Jean-Hugues Oppel, L’imposition du cireur Touchet (Hommage à J.-P. Manchette), parodie transparente de La Position du tireur couché, dernier roman publié du vivant de l’auteur. Dans sa revue L’Œuf, Laurent Greusard propose en 1997 à la fois une interview de Patrick Raynal, le directeur de la Série Noire, sur sa perception de l’œuvre de Jean-Patrick Manchette et la retranscription d’un ancien entretien télévisuel avec l’auteur lui-même. De nombreux écrivains dédient un livre au défunt : Blocus solus de Bertrand Delcour, où il est question de Guy Debord et de l’Internationale Situationniste qui avaient tant influencé Manchette dans sa jeunesse, et La Crème du crime de Michel Lebrun et Claude Mesplède, superbe anthologie de nouvelles noires et policières françaises. Le Polar français, dossier constitué par Robert Deleuse pour une publication du Ministère des Affaires Etrangères, débute par ces mots : « A Jean-Patrick Manchette, in memoriam. » Le summum est atteint quand notre auteur vient s’insérer à l’intérieur d’un texte fictionnel comme référence culturelle dans la nouvelle policière de Jean-Hugues Oppel « Tout le monde sait où c’est, Alésia » parue dans le recueil Paris, rive glauque des éditions Autrement: « Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à cons — qui a dit ça ?
Un auteur de polars, Joseph se rappelle. Jean-Patrick Manchette. Il avait raison, ô combien ! Il faut toujours écouter les auteurs de romans noirs plutôt que les néophilosophes en chemise blanche.
Et se débrouiller pour ne pas faire partie des cons. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

samedi 28 janvier 2017

Extrait de mon livre "Jorge Luis Borges, une autre littérature" (cinquième partie).





Une autobiographie très lacunaire


Aujourd’hui, comme je suis très fatigué et que j’ai en plus plein de choses à faire, je vais me contenter de vous proposer un extrait (le cinquième) de mon livre Jorge Luis Borges, une autre littérature. Cet article fait suite à celui-ci.


Du poète d’avant-garde
à l’écrivain international



JEUNESSE DANS LE QUARTIER DÉFAVORISÉ DE PALERMO


Jorge Luis Borges naît le 24 août 1899, au 840 rue Tucumán, en plein cœur de l’actuel Buenos Aires. Il est le fils de Jorge Guillermo Borges et de Leonor Acevedo Haedo. Du côté de ses deux parents, il a des aïeux célèbres, en particulier des militaires qui se sont illustrés dans les luttes pour l’indépendance de l’Argentine. Son père est avocat, mais donne aussi des cours de psychologie en anglais à l’Ecole normale des langues modernes. En effet, la grand-mère paternelle, Fanny Haslam, est née dans le Staffordshire et s’exprime presque exclusivement dans cette langue, ce qui influencera très fortement son fils ainsi que son petit-fils. Le père de Borges sera, en 1924, le premier à adapter en espagnol, pour la revue Proa, les Rubaiyat d’Omar Khayyâm, un poète mystique persan, à partir du texte d’un érudit anglais, Edward Fitzgerald. Il sera aussi l’auteur d’un roman, El caudillo, de nouvelles et de poèmes. En 1901, deux événements importants surviennent dans la vie de Jorge : sa famille déménage vers le quartier de Palermo, alors considéré comme faisant partie de la banlieue pauvre de Buenos Aires, dans une grande maison située au 2135 de la rue Serrano, et il lui naît le 4 mars une petite sœur, Leonor Fanny, que tout le monde appellera Norah. Ce quartier sera très présent dans l’œuvre de Borges, notamment dans son essai sur l’écrivain Evaristo Carriego et dans deux poèmes, Le Retour (Ferveur de Buenos Aires) et Elégie des portails (Cuaderno San Martin).

Borges apprend naturellement à lire en anglais : il raconte, dans son Essai d’autobiographie, que le premier roman qu’il eut entre les mains fut Huckleberry Finn. Puis il découvre des auteurs comme le capitaine Marryat, Wells, Poe, Stevenson, Dickens, Carroll, Cervantes. Il se passionne pour Les Mille et Une nuits dans la traduction de Burton, mais doit les dévorer en cachette car ce livre est considéré comme obscène. Il lit en espagnol les romans d’Eduardo Guttiérez, qui mettent en scène des mauvais garçons (les desperados), comme Juan Moreira, mais aussi son livre Siluetas militares, où est décrite la mort glorieuse du colonel Borges, un de ses ancêtres. Il déclare à son père sa vocation d’écrivain dès l’âge de six ans et, en 1906, rédige son premier texte recensé, La visera fatal (La Visière fatale), en espagnol archaïque à la manière de Cervantès ! Il compose en anglais un petit traité sur la mythologie grecque, plagié d’après l’auteur lui-même sur le Dictionnaire classique de John Lemprière. Puis en 1908, il traduit de l’anglais à l’espagnol la nouvelle d’Oscar Wilde Le Prince heureux. Elle est publiée dans un journal de Buenos Aires, El Pais. Leur premier prénom étant identique, tout le monde croit qu’il s’agit d’une traduction réalisée par son père. A treize ans, Borges écrit également un petit récit, El rey de la selva (Le Roi de la forêt).

Il lui faut aussi la même année rentrer contre son gré à l’école primaire. Il en gardera un souvenir amer toute sa vie, du fait des mauvais traitements infligés par ses camarades, qui le considéraient comme un «intellectuel» et qu’il percevait comme des «voyous ». Les vacances se passent en revanche dans le bonheur et les jeux enfantins avec sa sœur Norah, chaque mois de février à Adrogué, à vingt kilomètres au sud de Buenos Aires. Le nom de cette petite cité reviendra souvent par la suite dans l’œuvre de l’écrivain.

Après avoir terminé son école primaire, Borges intègre le collège Manuel Belgrano. Ces désagréables années d’études s’interrompent lorsque la famille doit partir le plus rapidement possible pour la Suisse. En effet, le père de Borges, pourtant encore jeune (quarante et un ans),connaît d’énormes problèmes de vue du fait d’une maladie héréditaire, au point de ne plus pouvoir lire les documents qu’il doit signer. Il préfère prendre sa retraite et se rendre dans ce pays pour consulter un ophtalmologue de renommée internationale.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.