vendredi 10 mai 2019

Compte rendu du livre « Le Moi, la Faim et l’Agressivité » de Fritz Perls (quatrième partie, les dangers de l’application de la loi de cause à effet).

  

Un autre  ouvrage sur la Gestalt-thérapie.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois précis et très bien conçu sur les thèmes de base de la Gestalt-thérapie. Il s’agit de  « Le Moi, la Faim et l’Agressivité »  de Fritz Perls (il y décrit pour la première fois les fondements de sa théorie gestaltiste).

Cet article est la suite de celui-ci.

J'ai l'intention, dans cet ouvrage, d'employer au maximum la pensée différentielle. J'essaierai, d'autre part, d'âtre aussi prudent que possible en ce qui concerne l'application de la loi de cause à effet. Non seulement les récentes découvertes scientifiques ont fait peser un sérieux doute sur la valeur universelle de cette loi, prétendument seule capable d'expliquer les événements, mais encore la recherche au hasard, quasi obsessionnelle, des « causes » est devenue une sorte de traquenard plutôt qu'une aide efficace, aussi bien dans les sciences que dans notre vie quotidienne. 

Bien des gens acceptent comme réponses satisfaisantes à leur « pourquoi » :
         La rationalisation (il l'a tué parce que son honneur le lui commandait) ;
         La justification (il a tué l'autre parce que celui-ci l'avait offensé);
         La conformité (il a été exécuté parce que la loi a prévu la peine de mort pour son crime);
         L'excuse (il l'a tué involontairement parce qu'il a pressé sur la détente);
         L'identité. (il est arrivé en retard au bureau parce qu'il a manqué son bus);
         L'intention (il est allé en ville parce qu'il voulait y faire des courses);

Il vaut mieux, et les résultats sont excellents, renoncer aux explications causales des événements et se borner à les décrire — demander « comment ? » au lieu de « pourquoi » ?. La science moderne réalise chaque jour davantage combien l'on peut répondre à toutes les questions pertinentes par une description précise et détaillée.

Une explication causale, en outre, ne peut s'appliquer qu'à certaines facettes des événements. En réalité, il s'agit d'une surdétermination (Freud) ou d'une coïncidence — la convergence vers l'événement d'un grand nombre de causes plus ou moins significatives.
Un homme a été tué par une tuile tombée du toit d'une maison quelle est la cause de sa mort ?
Les causes en sont innombrables. L'instant où il est passé à cet endroit dangereux; la tempête qui s'abattait sur le toit; la négligence du couvreur; la hauteur de la maison; le matériau dont est faite la tuile; l'épaisseur du crâne  de la victime; le fait qu'il n'ait pas vu la tuile tombez, etc., ad infinitum.

En psychanalyse (mon propre champ d'observation), on a souvent tendance à pousser un Eurêka ! quand on croit avoir trouvé la « cause et l'on est souvent déçu de ne pas remarquer le changement espéré chez le patient.


  
Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


mardi 30 avril 2019

Compte rendu du livre « The Berglas Effects, traduction française » de Richard Kaufman et David Berglas.






Le livre en question.


Je viens de lire l’ouvrage « The Berglas Effects, traduction française » de Richard Kaufman et David Berglas publié par le magasin de prestidigitation Magic Dream (et traduit par Richard Vollmer) et j’ai été très impressionné par ce livre. Il est « hénaurme », comme écrivait Flaubert, à la fois par sa taille (451 pages) et par son contenu (nombreuses révélations jamais décrites dans un livre de magie en français, bien entendu centrées sur les méthodes de Berglas pour réaliser la fameuse « carte au nombre »). 

Ces méthodes respectent 4 critères : 1) Les cartes sont en vue de tous avant que la routine ne démarre. 2) Un spectateur nomme n’importe quelle carte. La personne peut librement citer la première carte qui lui passe par l’esprit. Aucune restriction et pas de forçage. 3) Un autre spectateur dit n’importe quel chiffre ou nombre compris entre 1 et 52. Le choix est libre. Pas de restriction non plus. 4) Une troisième personne est invitée à compter les cartes jusqu’au nombre choisi et à la retourner : c’est la carte nommée par le premier spectateur. En plus de l’ouvrage vraiment très détaillé et de façon fort claire (beaucoup d’illustrations) sont fournis 3 DVD d’explications.

Ma lecture de ce livre confirme une intuition qui est pour moi déjà ancienne : la magie de Berglas est le chaînon manquant entre celle des grands cartomanes du vingtième siècle et celle des mentalistes d’aujourd’hui.

Ce livre peut être lu par l’ensemble des prestidigitateurs et des mentalistes, à l’exception toutefois des débutants complets. Même si vous n’utilisez pas les trucs révélés, ils enrichiront vos connaissances en magie et vous permettront de réaliser d’autres effets.

Comme d’habitude, pour que vous puissiez vous faire votre jugement par vous-même, j’en donne la table des matières.


Table des matières
  
1) POUR COMMENCER

2) PENSEZ A UNE CARTE
L’éventail à grande visibilité - Pensez à une carte avec un éventail – Pensez à une carte avec un étalement – Pensez à une carte en les distribuant.

3) LA CARTE AU NOMBRE
La carte au nombre avec pensez à une carte – La carte au nombre avec nommez une carte – La carte au nombre avec un étalement – Le mélange en mains – Ici ou là.

4) PETITS OUTILS ET TOURS DE SOCIETE
Une distribution singulière – La coupe naturelle sur les cartes repères – Forçage classique faces en haut et faces en bas – La levée double selon l’auteur – La carte à l’œil verticale – L’empalmage – Les échanges secrets de jeux – Le détournement d’attention – Au doigt et à l’œil – Vous êtes assis dessus ! – La carte camouflée dans l’étui – La carte loooongue – Trois cartes choisies voyagent dans la poche d’un spectateur - Cardcertina – Le système des paris à chances égales de Berglas – Une donne de poker dans le style de Berglas.

5) L’EQUIVOQUE OU CHOIX DU MAGICIEN
Commençons par la fin.

6) CARTOGRAPHIE MENTALE POUR MAGICIENS

7) LE JEU EN CHAPELET
Comment créer son propre chapelet – Le chapelet, mode d’emploi – Le pont – Où est la magie dans ce chapelet – Les jeux invisibles lancés dans le public – Improviser avec un jeu en chapelet – Les spectateurs mettent le jeu en chapelet – Pensez à une carte et nommez une carte et un jeu en chapelet.

8) L’EFFET BERGLAS
La présentation de l’effet Berglas.

9) LE NUMERO : LES EFFETS BERGLAS
L’effet Berglas ou la carte au nombre – Effet de mémoire prodigieuse avec échange de jeux.


Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


mardi 2 avril 2019

Compte rendu du livre « Le Moi, la Faim et l’Agressivité » de Fritz Perls (troisième partie, la signification de l'insomnie).



  
Un autre  ouvrage sur la Gestalt-thérapie.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois précis et très bien conçu sur les thèmes de base de la Gestalt-thérapie. Il s’agit de  « Le Moi, la Faim et l’Agressivité »  de Fritz Perls (il y décrit pour la première fois les fondements de sa théorie gestaltiste).

Cet article est la suite de celui-ci.

La signification de l'insomnie

  
On a enfin réalisé que le phénomène déplaisant de « l'insomnie » ne pouvait se soigner par médicaments, relaxation, silence, rideaux sombres ou « comptage des moutons». Ces « remèdes » provoquent une sorte d'état inconscient proche du sommeil, encore que contraire au but de celui-ci : procurer repos et fraîcheur. On ne devrait pas parler d'insomnie lorsqu'il s'agit de quelques nuits blanches occasionnelles, et il ne faut absolument pas prendre ce phénomène pour un symptôme névrotique. Il vaudrait mieux, selon moi, réserver ce -terme « d'insomnie » à une perturbation du sommeil répartie sur un grand nombre de nuits, et le terme « d'insomnie chronique » à cette même perturbation sur une assez longue période. Seule doit être traitée l'insomnie véritable, et je me propose, vu l'incompétence des prescriptions mentionnées ci-dessus, d'aborder ce pro-brème sous un angle différent.

Lorsque des bactéries ont envahi l'organisme, le taux des leucocytes, leurs ennemis, s’accroît. Lorsqu'on absorbe trop d'alcool, on vomit. Croyez-vous que ces leucocytes ou ce vomissement soient une maladie et qu'il faille les supprimer ? Bien sûr que non; vous allez chercher à découvrir ce qu'ils signifient, et la réponse est toute trouvée il s'agit d'une autodéfense organique Dans la plupart des cas, l'insomnie n'est pas une maladie, mais un symptôme d'une politique sanitaire organique. généralisée au service de l’holisme. Tous les « trucs », les somnifères, les boules Quiès, le livre de chevet, etc. ne sont que des méthodes de suppression, contraires aux besoins de l'organisme.

Pour beaucoup de gens, apprendre que l'insomnie n'est pas un symptôme pathologique mais un symptôme curatif, produit le même effet que lorsqu'on leur a enseigné que c'était la Terre et non le Soleil qui se mouvait. Avant de prouver l'exactitude de mon affirmation paradoxale, je voudrais dire quelques mots sur le repos. Vous conviendrez avec moi qu'il est la visée du sommeil et que les médicaments provoquent plus une sorte de paralysie qu'ils n'apportent ce repos. Voilà pourquoi on recherche des médicaments sans effets secondaires de migraines et de vertiges. La recherche du repos n'est qu'une expression de la tendance générale qu’a notre organisme à retrouver son équilibre par l'élimination d'une influence perturbatrice ou la conclusion d'une. situation incomplète. Combien de temps nous passionne une grille de mots croisés ? Jusqu'au moment précis où le problème est résolu, Ce n'est plus ensuite qu'un bout de. papier bon à jeter.

Un représentant de commerce, gaillard insouciant, visite une petite ville. Le propriétaire de l'hôtel lui demande de faire le moins de bruit possible à cause de l'extrême nervosité de l'occupant de la chambre voisine, Il promet, maie rentre. le soir légèrement gris en chantant. Il commence à se déshabiller et lance une chaussure contre le mur. Il se souvient alors subitement de sa promesse et se met calmement au lit. Comme il est en train de s'assoupir, une voix coléreuse s'élève de l’autre côté du mur : « Et l'autre chaussure, quand est-ce qu'elle arrive ? »

Nous nous mettons souvent au lit avec des situations incomplètes, inachevées, et, dans des centaines de cas, il est plus important pour l'organisme de compléter la situation que de dormir. La plupart du temps, nous n'avons pas conscience de ce besoin organiciste. Nous sentons uniquement que quelque chose perturbe notre sommeil, et nous pestons devant cet élément .perturbateur, Nous réorientons notre contrariété de la situation incomplète sur les aboiements du chien, les bruits de la circulation, la rigidité de l'oreiller, nous en faisons des responsables alors qu'ils ne sont que des boucs émissaires. La circulation n'est pas plus bruyante que pendant les nuits où nous sommes prêts à dormir.

Comme je l'ai déjà dit, les possibilités de situations incomplètes sont innombrables. L'élément perturbateur peut être un moustique et la situation ne s'achèvera que lorsque vous aurez tué l'insecte et vous serez débarrassé de la peur d'être piqué. Peut-être quelqu'un vous a-t-il blessé et votre esprit ne cesse-tell d'échafauder des fantasmes de vengeance. Peut-être devez-vous demain affronter un examen ou une entrevue importante et êtes-vous en train d'anticiper la situation difficile au lieu de vous accorder du repos. Un désir sexuel non gratifié, une sensation de faim, un sentiment de culpabilité, un désir de réconciliation, l'envie de sortir d'une situation délicate, toutes ces situations incomplètes vont indisposer votre sommeil.

Le proverbe dit : « Une bonne conscience est un doux oreiller. » Souvenez-vous de l'exemple classique de l'insomnie : Lady Macbeth, Elle cherche à se persuader que la situation du meurtre est bien terminée « Je vous le répète, Banqua est enterré, il ne peut sortir de sa tombe. Ce qui est fait ne peut être défait, » Mais son auto-suggestion demeure vaine « Qu'est cela ? Ces mains ne seront-elles jamais propres ? Tous les parfums de l'Arabie ne sauraient purifier cette petite main. »

J'ai traité autrefois un fonctionnaire à la conscience très stricte. Cet homme devait chaque jour traiter un certain nombre de problèmes et son ambition le faisait s'atteler à trop de dossiers à la fois. Les problèmes irrésolus l'accompagnaient au lit, il ne se reposait donc qu'insuffisamment et entamait épuisé la journée du lendemain, de moins en moins capable d'affronter les taches quotidiennes, .Un cercle vicieux s'enclenchait qui aboutissait au bout de quelques mois à une dépression nerveuse qui l'obligeait à interrompre toute activité, Son état ne s'améliora que lorsqu'il eut compris qu'il devait limiter les problèmes et terminer les situations avant d'aller se coucher.

On pourrait objecter à mon approche que, premièrement, l'insomnie est particulièrement déplaisante et que l'organisme a besoin de repos, que nous ne pouvons nous permettre de gaspiller cette phase nocturne précieuse; et, deuxièmement, que mes théories n'embrassent que le côté psychologique.

Commençons par la dernière objection. Je prétends que la cause physique de l'insomnie (maladie, souffrance) tombe dans la même catégorie que la cause psychologique (par exemple la contrariété). Une maladie est toujours une situation incomplète qui ne se termine que par la guérison ou la mort. Dans les cas d'urgence cependant, lorsque l'élément perturbateur est la souffrance associée à une maladie, on peut provisoirement éliminer cette perturbation par un antalgique ( mais aucune drogue n'élimine définitivement la souffrance). Quant à la première objection — le caractère déplaisant de l'insomnie — on peut en disposer aisément par une approche appropriée. Dès que le patient a compris sa signification, il est à même de se reconditionner, d'orienter ses énergies dans les voies biologiques adéquates et de transformer ce désagrément en une expérience gratifiante et constructive.

Si nous voulons guérir l'insomnie, nous devons affronter une situation paradoxale il nous faut renoncer à vouloir dormir. Le sommeil ne survient que lorsque le Moi se dissout; la volition est une fonction du Moi et tant que nous répétons « je veux dormir », notre Moi continue de fonctionner. .Il est très difficile d'admettre que, bien que nous soyons consciemment parfaitement convaincus de vouloir dormir et que nous soyons contrarie de ne pouvoir y parvenir, notre organisme, lui, ne veut pas dormir, attelé qu'il est à des problèmes plus importants que le sommeil.

Lorsque s'ajoute à notre envie de dormir la contrariété de ne pouvoir y parvenir, on voit s'instaurer une situation totalement déséquilibrée; cette excitation empêche de plus en plus d'obtenir le sommeil et cette contrariété sans décharge crée une situation incomplète additionnelle. En vous tournant et en vous retournant violemment dans votre lit, vous pourriez tout au moins décharger et exprimer l'excitation ! Mais non ! Vous vous forcez à une immobilité extrême et guettez (ce qui est une activité consciente) les premiers signes d'endormissement, alors que, simultanément, vous bouillez d'énervement. Résultat vous brûlez bien plus d'énergie que si vous vous leviez et accomplissiez n'importe quelle tâche. On est souvent plus exténué parce qu'on a désespérément tenté de dormir que parce qu'on manque de sommeil.

Au lieu de vous emporter contre l'élément perturbateur (que ce soit le chien qui aboie ou les pensées et images liées à la situation incomplète), apprenez à vous y intéresser. Ne leur résistez pas, mais octroyez-leur toute votre attention, Écoutez les bruits de votre environnement, regardez les images que vous avez à l'esprit, et vous percevrez bientôt les signes avant-coureurs de l'endormissement,
Vous allez voir surgir bien souvent un souvenir oublié ou la solution d'un problème, satisfaction dont la récompense sera un sommeil paisible.

Il existe des situations qui ne peuvent se compléter, ni cette nuit-là, ni jamais. C'est déjà une aide considérable que de réaliser ce fait dans le cas d'un problème insoluble. Et on peut parfois terminer la situation en se résignant à l'inévitable, en acceptant qu'on ne peut rien y faire.

J'ai lu l'autre jour une définition selon laquelle l'insomnie serait un défaut de sommeil issu des contrariétés. Cela est exact en ce qui concerne le caractère obsessionnel, mais l'insomnie affecte tout aussi bien d'autres types, et tout particulièrement le neurasthénique. Nous savons tous qu'une contrariété nous maintient éveillés et que les inquiets ont rarement un sommeil paisible. Aucun mystère à cela, puisque l'inquiet se caractérise Par son incapacité généralisée â terminer les situations, à entrer en action.

C'est une idée fausse de croire que fermer les yeux amène le sommeil. C'est le contraire qui est exact : le sommeil amène la fermeture des yeux, A preuve la difficulté qu'on a à garder les -yeux ouverts devant une lecture ennuyeuse, particulièrement quand il fait très chaud ou qu'il est tard dans la nuit. Ceux qui se plaignent d'insomnie sont alors bien souvent les premiers à tomber endormis.

Le rêve est un compromis entre le sommeil et la situation incomplète. Chez celui qui mouille son lit, on trouvera toujours le complément au besoin d'uriner sous forme du rêve de se trouver dans des toilettes. Il ne faut donc pas prendre à n'importe quel prix la défense du sommeil, puisqu'en cas d'énurésie la guérison est justement entravée par le refus de l'enfant d'interrompre son sommeil. Un peu d'insomnie éviterait ici bien des souffrances aux parents et à l'enfant !


  
Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


Compte rendu du livre « Le Moi, la Faim et l’Agressivité » de Fritz Perls (deuxième partie).







Un autre livre sur la Gestalt-thérapie..


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois précis et très bien conçu sur les thèmes de base de la Gestalt-thérapie. Il s’agit de  « Le Moi, la Faim et l’Agressivité »  de Fritz Perls (il y décrit pour la première fois les fondements de sa théorie gestaltiste).

Cet article est la suite de celui-ci

But de cet ouvrage

La psychanalyse résulte essentiellement de l'observation des faits de la vie mentale: c'est pour cette raison que sa superstructure demeure incomplète et sujette à des modifications constantes.
Sigmund Freud


Cet ouvrage se propose d'étudier quelques-unes des réactions psychologiques et psychopathologiques de l'homme dans son environnement.

Il s'articule autour de la théorie selon laquelle l'organisme lutte pour maintenir son équilibre, continuellement troublé par ses besoins et retrouvé par leur élimination ou leur satisfaction.

Les difficultés qui opposent l'individu à la société se traduiront soit par la délinquance, soit par la névrose. Cette dernière se manifeste par diverses formes de refus, et notamment le refus du contact.
Les relations entre l'individu et la société d'une part, et les divers groupes sociaux de l'autre, demeurent incompréhensibles si on ne tient pas compte du problème de l'agression.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, aucun mot n'a été plus employé que celui d'« agressivité ». Quantité d'ouvrages publiés condamnent, certes, ce phénomène, mais proposent en outre de lui trouver un remède. Cela posé, personne n'a suffisamment explicité l'analyse ou le sens même de l'agressivité. Rauschning, lui-même, n'arrive guère à dépasser le fondement biologique du phénomène. Et, par ailleurs, les solutions proposées relèvent toutes des mêmes vieux « trucs », aussi répressifs qu'inefficaces, l'idéalisme et la religion.

Nous n'avons rien appris sur la dynamique de l'agressivité, Et cela malgré l'avertissement de Freud les énergies réprimées, ou refoulées, loin de disparaître, deviennent encore plus dangereuses et plus efficaces si elles agissent hors du champ de la conscience.
Lorsque je nie suis intéressé à la nature de l'agressivité, je me suis peu à peu, et de plus en plus, aperçu que l'agressivité n'était pas une énergie en soi, mais qu'il s'agissait seulement d'une fonction.

Si, grâce à l'usage de nouveaux outils intellectuels, l'holisme (conception du champ) et la sémantique (signification du sens), nous avons considérablement amélioré notre approche théorique, je crains fort de ne pouvoir offrir de remède pratique à l'agression collective.

Au lieu d'étudier la névrose et l'agression d'un point de vue purement psychologique, nous le faisons par le biais de l’holisme et de la sémantique, ce qui révèle au passage un certain nombre de « trous » dans la méthode psychologique la plus fouillée, à savoir la psychanalyse.

Cette dernière met l'accent sur l’inconscient et l'instinct sexuel, sur le passé et la causalité, sur les associations, le transfert et les refoulements, mais elle sous-estime, et néglige parfois, l'importance du Moi, de la faim en tant qu'instinct, de l'instant, du vouloir immédiat, de la concentration, des réactions spontanées et de la réflexion.

Une fois ces a trous » comblés, et après avoir examiné des concepts psychanalytiques aussi douteux que ceux de libido, instinct de mort, etc., nous élargirons dans la deuxième partie notre nouveau concept, en l'étendant à l'assimilation mentale et au caractère paranoïde.

La troisième partie se propose de fournir des conseils détaillés pour une technique thérapeutique élaborée à partir de cette nouvelle approche théorique. Étant donné que l'« évitement » est censé être le symptôme central de tous les troubles nerveux, j'ai substitué à la méthode des associations libres l'antidote « évitement-concentration ».


Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


vendredi 8 mars 2019

Compte rendu du livre « La thérapie adaptative » de Michel Lamy (douzième partie), (L’importance de la pause et de la circulation de l’énergie).




Un  livre de psychologie.

Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois formidablement bien écrit, original et passionnant. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « La thérapie adaptative »  de Michel Lamy. L’auteur y décrit une méthode pour progresser dans différents domaines de la vie, non pas en imitant les autres mais en devenant la meilleure version de soi-même.

Cet article est la suite de celui-ci . 

L’importance de la pause et de la circulation de l’énergie

A un moment, votre projet littéraire va vous paraître trop énorme. Vous allez être dépassé par la masse de mots que vous avez écrits. Il faudra à ce moment-là savoir lâcher prise et abandonner votre ordinateur quelque temps. A ce moment-là, il ne faudra jamais, au grand jamais, vous baser sur ce que réalisent les autres ou sur ce qu’ils prétendent réaliser. Si je suis Michel Lamy, il me faut écrire comme écrit Michel Lamy, me reposer comme Michel Lamy. Je ne dois pas imiter Flaubert ou Stendhal. Je dois être moi. Le fait de vouloir être quelqu’un d’autre vous exposera à poursuivre des buts impossibles et vous épuisera sans obtenir de résultats. Vous ne pouvez pas être Flaubert, vous êtes vous-même. Vous pouvez vous inspirer de certains éléments de la vie de Balzac mais il est certain que vous ne pourrez sans doute pas boire du café toute la journée ainsi qu'il le pratiquait, de même vous ne pourrez mettre cinq ans pour écrire un roman comme Flaubert.

Un des moyens pour se reposer est de faire des exercices d’énergétique, de circulation. Dans l’univers, tout circule, nous-mêmes retournerons à la terre. L’eau circule, l’air circule, il y a une circulation dans notre corps, d’abord celle du sang, ensuite celle de l’air, puis celle du bol alimentaire. Et enfin celle des idées. C’est pourquoi écrire un ouvrage sur ses idées est une chose salutaire et je vous encourage à la réaliser. Constamment, des idées nous arrivent qui ne ressortent pas de nous à moins que nous ayons un journal intime ou alors que nous ayons une excellente communication avec l’extérieur.

C’est pourquoi en vertu du principe selon lequel ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur, nous conseillons tous les exercices qui favorisent l’élimination et la circulation. L’acupuncture est une bonne thérapeutique pour faire circuler les énergies qui sont à l’intérieur de notre corps et nous l’avons pratiquée. Il en est de même du yoga. Il faut beaucoup respirer, éliminer les déchets à l’intérieur de soi-même comme à l’extérieur. Il faut parler et écouter pour éliminer les déchets intérieurs, se laver, laver sa maison pour éliminer les déchets extérieurs. Il faut aussi beaucoup jeter. Jeter des livres qui nous encombrent peut être un acte salutaire. De toute façon, jeter nous permettra de trouver. Pour trouver, il y a deux solutions, supprimer ou ranger. Combien de choses avons-nous chez nous qui ne nous servent à rien et ne nous serviront jamais à rien ? Combien de choses avons-nous pareillement dans la tête qui ne nous servent à rien et de même ne nous serviront jamais à rien ? 

Effectuez un exercice : jetez des livres, des CD,  des vêtements, des chaussures, de la vaisselle. Vous ne vous en trouverez que mieux. De même pour vos idées, jetez-les sur le papier et après rangez-les. Si le fait de jeter vous choque, vendez ou donnez. Et une fois que vous avez jeté, n’hésitez pas à vous racheter une chose nouvelle. L’énergie aura circulé. D’une façon générale, de même que vous jetez, n’hésitez pas à dépenser. Nous revenons ici au principe déjà évoqué de la nécessité de dépenser pour obtenir une chose nouvelle.

En fait dites-vous que tout est une notion d’équilibre : les choses rentrées en nous doivent en sortir.

Mais il y a, me direz-vous, des choses impossibles à jeter : les encyclopédies, les meubles. Ces choses-là, gardez les comme l’armature, comme votre corps, comme vos os. Énergie et stabilité, vous posséderez les deux.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


mardi 5 mars 2019

Compte rendu de « La part d'ombre du chercheur de lumière » de Debbie Ford (dixième partie, « Recouvrer sa part d’ombre », exercice).



   
Debbie Ford.


Beaucoup de chercheurs ont travaillé sur la partie de notre esprit qu’on peut appeler part d’ombre. Jean-Louis Bernard dans Les archives de l’insolite décrit l’ombre comme un moi caricatural, anarchique et brouillon, un mime, un domestique peu fidèle. Chez la majorité, l’ombre est inconsistante, mal centrée, un peu folle. C’est Debbie Ford qui a pour moi (bien que son livre La part d’ombre du chercheur de lumière soit difficile d’abord) le mieux abordé ce sujet important.


Cet article est la suite de celui-ci.

Recouvrer sa part d’ombre (exercice)

Faites cet exercice lorsque vous êtes très relaxé, après une promenade ou un bain. Puisque vous allez à la rencontre de vos voix intérieures, vous devez avoir l'esprit aussi tranquille que possible. D'autres moments favorables se situent tôt le matin ou avant d'aller se coucher. Faites jouer une musique douce et allumez une chandelle d'aromathérapie pour vous aider à créer une atmosphère de détente. Fermez les yeux et observez le mouvement de votre respiration. Prenez de longues et profondes inspirations, retenez le souffle pendant au moins cinq secondes, et expirez lentement. Répétez cet exercice de respiration quatre ou cinq fois, jusqu'à ce que votre esprit soit tranquillisé.

Imaginez maintenant que vous montez dans un grand autobus jaune. Prenez un siège vers le milieu de l'autobus. Vous ressentez l'excitation de faire une randonnée désirée depuis longtemps. Imaginez-vous parcourir la route par une belle journée lumineuse. Vous êtes tranquille dans vos pensées, lorsque quelqu'un vient vous tapoter l'épaule.

Vous levez les yeux et cette personne vous adresse ainsi la parole : « Salut, je suis l'une de vos sous-personnalités et tous les autres passagers ici sont également vos sous-personnalités. Pourquoi ne pas aller voir qui est dans l'autobus ? » Vous vous levez de votre siège et déambulez dans tout l'autobus pour observer toutes les différentes personnes assises à leur siège...

Vous faites la rencontre de toutes sortes de gens — des grands, des petits, des ados ainsi que des personnes âgées. Il peut y avoir des personnages de cirque, des animaux et des itinérants. C'est un rassemblement de personnes de toute race, couleur et religion qui sont avec vous. Quelques-unes d'entre elles font des signes pour capter votre attention, d'autres sont tranquillement cachées dans leur coin. Continuez à marcher dans l'allée, en prenant le temps de bien visualiser toutes les personnalités présentes dans l'autobus. Le chauffeur vous donne alors la permission d'aller vous promener dans un petit parc adjacent, avec l'une de vos personnalités mineures. Choisissez soigneusement quelle est celle qui va se lever et vous prendre par la main pour vous accompagner dans le parc.

Asseyez-vous près de cette personne et demandez-lui son nom. Cherchez à savoir le défaut qu'elle représente, ainsi que le qualificatif qui lui conviendra. Par exemple, s'il s'agit de quelqu'un d'agressif, vous pouvez l'appeler Alfred Agressif, ou Anne Agressive. Si vous n'avez pas entendu de nom de sa part, donnez-lui-en un. Prenez tout le temps nécessaire. Observez ses vêtements, ainsi que son apparence. Est-ce que cette personne dégage une odeur précise ? Remarquez son humeur et son langage corporel particulier. Prenez de nouveau une profonde respiration et posez-lui la question : « Quel cadeau avez-vous pour moi ? » « Que vous faut-il pour être réunifiée ? » ou « Qu'est-ce qu'il vous faut pour être intégrée dans mon psychisme ? ».

Après avoir entendu chacune des réponses, demandez à cette personne si elle a autre chose à vous communiquer. Lorsque vous avez fini, assurez-vous de la remercier comme il se doit, et de la raccompagner à l'autobus. Puis, ouvrez les yeux et transcrivez le message reçu de votre personnalité mineure. Prenez ensuite votre journal pour y relater, pendant au moins dix minutes, votre expérience.
Ne vous en faites pas si vous n'obtenez pas toutes les réponses voulues de votre sous-personnalité. Cela prend du temps et de la pratique pour recevoir la totalité de leurs messages. Notez une date dans votre agenda pour planifier une autre séance. Comme il s'agit d'un exercice qui demande de votre part un abandon à l'égard de vous-même, assurez-vous d'avoir la tranquillité nécessaire pour son bon déroulement.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons. Amitiés à tous.

lundi 4 mars 2019

Compte rendu de « La part d'ombre du chercheur de lumière » de Debbie Ford (neuvième partie, « Recouvrer sa part d’ombre »).



  
Un autre ouvrage de Debbie Ford.


Beaucoup de chercheurs ont travaillé sur la partie de notre esprit qu’on peut appeler part d’ombre. Jean-Louis Bernard dans Les archives de l’insolite décrit l’ombre comme un moi caricatural, anarchique et brouillon, un mime, un domestique peu fidèle. Chez la majorité, l’ombre est inconsistante, mal centrée, un peu folle. C’est Debbie Ford qui a pour moi (bien que son livre La part d’ombre du chercheur de lumière soit difficile d’abord) le mieux abordé ce sujet important.


Cet article est la suite de celui-ci.

Recouvrer sa part d’ombre

Nous aspirons généralement tous à connaître la paix de l'esprit. C'est une quête s'étendant sur la vie entière, une tâche qui n'exige rien de moins que de recouvrer la totalité de notre être. Partir à la découverte des cadeaux que même nos défauts les plus détestables nous réservent constitue une démarche créatrice qui requiert seulement une attitude composée des éléments suivants : un désir réel d'écouter et d'apprendre, une volonté de se débarrasser des croyances et des préjugés irrationnels et l'aspiration à se sentir mieux. Votre moi authentique ne juge pas. C'est seulement l'ego, dominé par la peur, qui se sert des jugements comme d'une armure - protection qui, ironiquement, fait obstacle à la réalisation de soi.

Nous devons nous préparer à accueillir et aimer tout ce que nous avons redouté et fui. Ainsi que l'affirme Un cours en miracles : « Mes plaintes font écran à la lumière du monde. »

Pour aller au-delà de l'ego et de ses défenses, il vous faut acquérir du calme ainsi que du courage, et être à l'écoute de votre voix intérieure. Derrière le masque social que l'on porte, se cachent des milliers de visages. Chaque visage possède sa personnalité propre. Chaque personnalité est dotée de traits caractéristiques. En entretenant un dialogue intérieur avec ces personnalités mineures - ou sous-personnalités - vous transformerez vos préjugés et jugements égoïstes en cadeaux inestimables. A mesure que vous accueillez en vous les messages émis par chaque aspect de votre ombre, vous recouvrez le pouvoir que vous avez octroyé à d'autres, et vous tissez un lien de confiance avec votre moi authentique. Lorsque vous les laissez émerger à votre conscience, les voix de vos aspects occultés vous rétabliront dans l'équilibre et l'harmonie de vos rythmes naturels. Ainsi vous sera restituée votre capacité à résoudre vos propres problèmes et à percevoir la direction de votre mission de vie. Ces messages vous guideront vers la découverte de l'amour authentique et de la compassion.

Avant de pouvoir communiquer avec mes personnalités mineures, je devais m'en remettre aux autres pour m'aider à découvrir ce qui ne fonctionnait pas en moi. J'allais d'un thérapeute à un autre. Je consultais tout ce que la ville comptait de médiums, voyantes et astrologues pour obtenir les réponses que j'anticipais. S'il m'arrivait d'éprouver un malaise intérieur, ou de me sentir agressive, triste, ou même exaltée, je devais prendre le téléphone ou donner de l'argent à quelqu'un pour qu'on me dise de quoi il retournait. Quelle pitoyable façon de vivre ! Si leurs propos correspondaient à ce que je voulais entendre, je trouvais ces personnes particulièrement brillantes. Dans le cas contraire, j'allais en consulter d'autres, à tour de rôle, jusqu'à ce que j'obtienne la réponse espérée.

Je savais qu'il y avait une autre façon de vivre. Pourquoi Dieu nous aurait-il créés ainsi, que nous ne sachions comment nous comprendre nous-mêmes ; qu'il nous faille payer une autre personne pour se faire expliquer des choses sur nous ? J'ai pris maintenant conscience que nous sommes en fait équipés d'une façon remarquable pour nous guérir nous-mêmes et redevenir des êtres unifiés. Quelquefois, cependant, nous pouvons avoir besoin d'un peu d'aide. Le fait de s'entretenir avec ses personnalités mineures constitue un excellent exercice pour accélérer le processus.

Nous pouvons utiliser l'étude de nos sous-personnalités comme un outil pour nous aider à recouvrer les parties égarées de nous-mêmes. Il nous faut en premier lieu les identifier, leur attribuer un nom, pour être capable par la suite de s'en dégager. Le fait de les nommer crée une distance effective. Roberto Assagioli, le concepteur de la psychosynthèse, exprime ce phénomène en ces termes : « Nous sommes sous l'emprise de tous les éléments auxquels notre moi se trouve identifié. Nous pouvons maîtriser et contrôler tous les éléments dont nous pouvons nous différencier. » Si je prends l'un de ces aspects que je déteste en moi, par exemple la plaignarde, et que je la baptise alors du nom de « Paula la plaignarde », ce travers m'apparaît tout à coup beaucoup moins menaçant. D'une drôle de façon, dès que je donne un nom à ces aspects de moi-même, j'éprouve de la sympathie pour eux. Je suis en mesure de prendre du recul, et je peux les considérer de façon objective. Ce procédé sert à relâcher progressivement l'emprise que ces comportements exercent sur votre vie.

La première fois que j'ai expérimenté le concept des personnalités mineures, ce fut lors d'un cours de psychologie transpersonnelle, à l'université John F. Kennedy d'Orinda, en Californie. Chaque semaine, nous faisions l'étude et l'expérience pratique d'une méthode différente de guérison des émotions. La semaine portant sur la psychosynthèse a transformé ma vie. C'est là que j'ai amorcé un dialogue avec différents aspects de moi-même - ce que nous appelions les « sous-personnalités » -, et que j'ai commencé à découvrir qui elles étaient et ce qu'il leur fallait pour réintégrer la totalité de l'être. Le but était évidemment de trouver les cadeaux qu'elles recélaient. En recevant ce cadeau, c'est une partie reniée de moi-même que je me trouvais à accepter.

Suzanne, notre professeure, dirigeait en premier lieu une visualisation qui nous entraînait dans une randonnée imaginaire en autobus. Elle nous demandait de voir en notre esprit un autobus rempli de passagers. Le mien était rempli de personnes de genres très différents. Certaines étaient âgées, d'autres, jeunes. Il y avait une grande diversité dans leurs vêtements, et cela pouvait aller de la minijupe aux pantalons à pattes d'éléphant. Je voyais toutes sortes de filles, des grosses, des maigres, des brunes, des rousses, certaines avec des poitrines plantureuses, d'autres, inexistantes. Il y avait des gens de tout acabit, de forme et de taille aussi variées que je pouvais imaginer, des grands, des petits, des personnages de cirque, des gens de toute couleur et nationalité. Il y avait des putains et des saintes. C'était un grand autobus, bondé de personnes dont, pour la plupart, je n'avais pas l'intention de faire la connaissance. Ma première pensée fut la suivante : « Oh non, tu peux faire mieux que ça. » Suzanne nous informa que nous devions faire la connaissance de toutes les personnes présentes dans notre autobus, autant celles qui nous attiraient, que celles qui nous répugnaient.

Chacun de ces passagers représentait un aspect de moi-même qui détenait pour moi un cadeau particulier. Ils étaient tous là, chacun offrant quelque chose d'unique, à condition que j'aille les rencontrer et prêter l'oreille à leur leçon de sagesse. Nous devions descendre de l'autobus, accompagnés d'une de nos sous-personnalités. Et c'était Grosse Bertha Grande Gueule qui était là, devant moi, et me tendait la main. C'était la première personnalité mineure qui voulait avoir une conversation avec moi. En voyant son visage, je me suis mise à penser : « Il n'est pas question que je me balade avec cette femme. Je vais aller en trouver une autre. » Bertha faisait à peu près un mètre cinquante et devait peser au moins cent kilos. Elle était dans la soixantaine, et représentait, en termes d'apparence, mon pire cauchemar. Elle avait des cheveux gris clairsemés, décoiffés, qui lui tombaient dans la figure. Elle empestait le fixatif et la cigarette. Elle portait une robe hawaïenne, de style muumuu, beige à gros pois orange. Autour de ses épaules, un chandail de polyester beige était retenu par une vieille broche rouillée. Ses grosses jambes étaient recouvertes de bas déchirés. Elle portait des chaussures de plastique déformées.

Je regardais de tous côtés pour trouver quelqu'un qui me permettrait de m'échapper de Grosse Bertha. Personne ne se présenta. Bertha parut ennuyée, et finit par me saisir la main pour m'entraîner hors de l'autobus. Nous sommes allées nous asseoir sur un banc non loin, et Bertha commença à parler. Elle me dit qu'elle était l'une de mes sous-personnalités et que je devais apprendre à vivre avec elle. Elle ajouta qu'elle n'allait pas s'en aller et que, si je consentais à ouvrir mon esprit obtus, je verrais qu'elle avait beaucoup à offrir. Suzanne me guida de façon à ce que je demande à Grosse Bertha ce qu'elle avait à m'apprendre. Grosse Bertha me dit que je ne devrais pas juger les gens d'après leur apparence. Elle dit qu'elle pouvait tout à fait percer mon personnage spirituel factice. Je voulus protester, mais je me suis rendu compte tout à coup que j'avais eu tellement de préjugés contre Grosse Bertha lorsque je l'avais aperçue, que je ne voulais même pas discuter avec elle dans l'intimité de mon propre esprit.

Grosse Bertha continua à me dire que je ne pourrais pas progresser sur le chemin de mon développement spirituel si je n'arrivais pas à résoudre ce problème. Elle me rappela que j'avais toujours jugé les gens que je considérais gros et que seules faisaient partie de ma vie les personnes dont l'apparence extérieure me convenait. Dans mon for intérieur, je savais que Bertha avait raison. Je faisais semblant d'être évoluée spirituellement et prétendais ne pas me laisser influencer par les apparences et les signes extérieurs, mais je me dupais moi-même. J'avais cru en avoir fini avec ce problème depuis plusieurs années, alors que j'avais fait un certain travail là-dessus. Mais, là, il y avait Grosse Bertha qui me disait de me réveiller : il restait encore beaucoup à faire. Suzanne nous fit demander à nos sous-personnalités quels étaient leurs cadeaux. Grosse Bertha me répondit que le sien représentait l'unité de l'être. Si je pensais vraiment être une partie de cet univers holographique, je devais l'accepter, elle, que cela me plaise ou non. Toutes les personnes que je rencontrais, me dit-elle, je devais les regarder dans les yeux, avec amour et compassion, afin de me voir moi-même, intégralement. Et elle ajouta que notre rencontre allait être l'une des plus marquantes de ma vie. Elle avait raison.

Grosse Bertha Grande Gueule était une création de mon psychisme, fondée sur un aspect de moi-même que je ne pouvais pas accepter. Par l'entremise de cette visualisation guidée, elle fut capable de s'exprimer et de m'enseigner de grandes leçons. C'est une expérience qui m'a pris des mois à assimiler pleinement. Tout en elle était si réel, si entier, si naturel. Comment cette personne pouvait-elle faire partie de mon subconscient ? D'où pouvait-elle venir ? Comment se faisait-il qu'elle possède toute cette sagesse ? Je n'arrêtais pas de me poser ces questions. Même si j'avais eu tant de résistances à accepter Bertha, j'en redemandais encore.

Lentement, je parvins à rassembler mon courage pour aller jusqu'à l'arrière de l'autobus afin de rencontrer d'autres personnes. Je me dirigeai à l'aide de la visualisation, et me posai la question de savoir quelle sous-personnalité viendrait à ma rencontre. Lors de ce premier face-à-face seule avec ce groupe inquiétant, c'est Alice Agressive qui se manifesta. Elle était frêle et petite, avec des cheveux rouge vif dressés en l'air, broussailleux et crêpés. Ses premiers mots ont été ceux-ci : « Même si je suis petite, je suis coriace. Alors n'essaye pas de me chercher ! » Alice me dit qu'elle en avait marre que je m'efforce de me débarrasser d'elle. Elle me déclara qu'elle était probablement la meilleure amie que j'aie jamais eue. Ma colère était là pour me guider et m'avertir et, lorsque j'étais en danger, Alice criait à tue-tête après moi. Étant donné que j'avais toujours ignoré ses avertissements, il fallait, pour capter mon attention, qu'elle fasse des scènes et crie après tous ceux qui m'entouraient. Elle me révéla que son cadeau représentait ma forte intuition, qui me conduirait toujours vers des relations saines. Elle ajouta que la raison pour laquelle je n'avais que rarement eu l'expérience de relations saines, c'était que je passais trop de temps à parler, plutôt que d'écouter mes voix intérieures.

C'était difficile d'accueillir Alice Agressive à bras ouverts, étant donné que j'avais toujours cru que j'exprimais ma colère de façon inappropriée. J'avais essayé depuis des années de me débarrasser de mon agressivité. Mais Alice n'avait nul besoin de disparaître ; ce qu'elle voulait, c'était être acceptée et aimée. Elle désirait que j'écoute mon cœur plutôt que ma tête. Dès que j'ai perçu Alice comme une alliée, elle a commencé à s'apaiser. De saines et cohérentes manifestations de colère ont alors pris la place de mes explosions incontrôlables.

Celles dont je fis ensuite la rencontre étaient Greta Goinfre, qui ne pouvait s'empêcher de manger un gâteau au chocolat au complet, et Carmen Canaille, qui avait l'habitude de porter des jupes ultracourtes et de tenir des propos orduriers. Tout en se dandinant sur elle-même, Greta Goinfre me dit qu'elle était une grande amie de Grosse Bertha Grande Gueule. Son cadeau était la compassion et le lien intérieur avec tous les autres êtres humains. Elle me conseilla aussi de ralentir et de m'accorder davantage d'attention. D'après elle, j'étais complètement inconsciente du fait que je courais tout le temps dans tous les sens. Je suis effectivement un bourreau de travail, et Greta est celle qui panique et engloutit la nourriture afin de se sentir ancrée dans la réalité. Carmen Canaille, de son côté, apporta le cadeau de la grâce. Ce qu'elle voulait, c'est que je me traite de façon royale et que je me comporte de manière digne. Lorsque je ne le faisais pas, elle explosait et faisait des scènes pour se rendre intéressante et devenir le centre de l'attention. À mesure que j'explorais leur côté positif, et que je les accueillais en moi-même, tous ces aspects négatifs ont cessé de diriger ma vie. Ils se sont révélés de grands instructeurs de ma psyché. À partir du moment où j'ai donné suite à leur demande de recevoir de l'affection de ma part, ou à leur simple conseil de ralentir, ils sont devenus partie intégrante de ma conscience, et ont enrichi mon estime de moi-même et mon sentiment de complétude. Une fois que j'eus accueilli ces défauts, il n'a plus été nécessaire pour moi d'engloutir un litre de crème glacée, ou de porter des jupes ultracourtes. En devenant mes amis, ils ont cessé de faire irruption dans ma vie de façon déplacée.



La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons. Amitiés à tous.