mercredi 9 mars 2016

Les 5 obstacles à la méditation et ses 4 formes premières (dhyâna) selon les textes bouddhistes




Le bouddha Shahyamuni a découvert le Dharma (enseignement) en méditant


Sur ce sujet des 5 obstacles à la méditation et de ses 4 stades, j’ai utilisé trois sources principales, le monumental Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme de Philippe Cornu, Le Dictionnaire de la sagesse orientale publié chez Robert Laffont, et Vision et Transformation de Sangharakshita que vous pouvez vous procurer au Centre Bouddhiste Tiratna de Paris.

Il y a traditionnellement dans le bouddhisme 5 obstacles à la méditation (nivaranas)
1)      Le désir
2)      La méchanceté
3)      La raideur ou la mollesse
4)      L’agitation et le remords
5)    Le doute (pour le bouddhisme, le doute équivaut à un refus de comprendre. Il a l’incertitude pour caractéristique, l’hésitation pour nature, l’indécision pour manifestation. Tout le problème vient de ce que l’on attache une attention erronée à ses doutes.)

Il est indispensable de surmonter ces cinq obstacles pour ensuite franchir les 4 étapes de la méditation, dhyânas (dites de la Sphère de pure corporéité ou du monde de la forme)
1)      Le premier stade se caractérise par l’abolition des désirs et des éléments malsains (Akushala) ; on l’atteint par la pensée (vitarka) et la réflexion (Vichara) ; à ce stade règnent la joie (priti) de la compréhension de la doctrine et le bien-être (sukkha).
2)      Le deuxième stade se caractérise par l’apaisement de la pensée et de la réflexion, un état de calme intérieur et une concentration aiguë de l’esprit sur un objet de méditation précis. On baigne toujours dans la joie et le bien-être.
3)      Au troisième stade, la joie disparaît,  remplacée par une absence totale de sentiments ou équanimité (Upeksha : ce mot désigne un esprit qui ne connaît ni joie, ni souffrance) : on est éveillé, conscient et l’on ressent du bien-être.
4)      Au quatrième stade ne subsistent plus que l’équanimité (Upeksha) et l’acuité d’esprit.  

  Dans ce contexte, on entend Upeksha comme impartialité, l'intention de bienveillance étant égale envers un proche à celle envers un inconnu ou même envers quelqu'un de malveillant à notre égard. Elle nous permet d'être avec ce qui existe sans être perdu ou désespéré, sans prendre les choses personnellement ; c'est l'acceptation totale de ce qui est.  

Mais ce n'est pas être indifférent ou passif. C'est une attitude liée à la compréhension, à l'ouverture et à la clarté. Nous pouvons aussi bien sûr agir. C'est simplement ne pas vouloir changer ou contrôler les choses selon nos souhaits. C'est accepter les choses simplement comme elles ont été jusqu'à présent. Nous passons beaucoup de temps à résister, à lutter, à rejeter, à ne pas accepter les situations et les gens. Pourtant, tout est impermanent. 

Nous ne désirons que ce qui est plaisant, agréable et bénéfique, et cela génère en nous beaucoup d'anxiété et de souffrance. Si nous permettons aux choses d'être ce qu'elles sont, si nous les acceptons, nous ressentons alors une grande paix. Avec l'équanimité, chaque instant est parfait, notre cœur s'ouvre à ce qui est plaisant, tout comme à ce qui est déplaisant. Nous sommes tolérants vis-à-vis de ce qui est désagréable. 

Par la pratique, l'équanimité se développe et nous devenons capables de lâcher prise, d'accepter et de voir les choses telles qu'elles sont réellement. La sagesse et la compréhension émergent tout naturellement. Nous ne pouvons pas faire surgir ces qualités, ces facteurs d'illumination par notre volonté. Ils ne se développent que grâce à la pratique, à une motivation et une intention sincères, au désir d'être présent, avec patience. Quand ces qualités sont pleinement développées, l'esprit devient lumineux et clair, plein de joie, de paix et de liberté. Nous pouvons enfin vivre harmonieusement et heureux.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries américaines contemporaines. Amicales salutations.








mercredi 2 mars 2016

Méditation et sagesse






 Tout dans notre vie est impermanence





Malheureusement, beaucoup de personnes qui s’essayent à la méditation se découragent et abandonnent. Malgré leurs efforts, elles ont l’impression d’être envahies par les pensées errantes. Erik Sablé nous explique dans son livre Les 7 clés de la méditation que la première clé, début indispensable dans cette pratique, est celle de la sagesse. Moi-même, si je n’avais pas eu les enseignements du centre bouddhiste Triratna de Paris, ce que l’on appelle le Dharma, je n’aurais pas continué. Pour le bouddhisme, la sagesse (prajna) est une pratique, non une morale, elle est une réflexion qui nous donne peu à peu un regard plus juste sur la vie.

Il y a une dialectique entre méditation et sagesse. La pratique de la méditation et la sagesse croissent l’une et l’autre parallèlement, l’une grâce à l’autre, l’une par l’autre. Le développement de la sagesse permet une meilleure pratique de la méditation et la méditation accroît le détachement.

Qu’est-ce qu’une pratique de sagesse ? C’est une réflexion ou plutôt une prise de conscience qui nous permet d’avoir une certaine distance avec notre existence, de ne plus être autant absorbés par nos problèmes, nos ambitions, nos désirs.

Dans le bouddhisme, la pratique de la sagesse consiste à méditer sur l’impermanence universelle. Au premier abord, cette vision de l’impermanence n’est pas évidente. Car elle est voilée, cachée. L’homme est trop impliqué, trop identifié au courant du devenir pour en prendre conscience. L’impermanence se voile derrière les multiples divertissements, les préoccupations, car, mis à part de rares moments où nous sommes confrontés à la mort d’un proche ou à notre propre mort, nous nous vivons comme éternels. Le travail du méditant consiste à « réaliser » cette mort inéluctable, à vivre cette impermanence.

D’un autre côté, nous attendons toujours le bonheur d’un quelconque arrangement futur, de la satisfaction d’une ambition ou d’un désir. Nous ne sommes plus dans le présent. La méditation de la sagesse amène le réflexe de « se tirer en arrière », de trouver un élément stable qui échappe à ce flux, ce mouvement, cette mort universelle. Nous nous tournons vers « cela » qui veille au fond de nous, la Présence demeurant stable au cœur de l’océan du devenir. Dans ce refuge réside la paix à laquelle nous aspirons secrètement derrière chacun de nos désirs, chacune de nos actions. La prise du refuge dans « l’être qui demeure », le « Soi » est la seconde phase de la méditation sur l’impermanence. Elle doit être vécue le plus intensément possible.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.
Amitiés à tous.