jeudi 22 octobre 2020

Aperçus sur l'écrivain de science-fiction américain Roger Zelazny (huitième partie, bibliographie 1).

 


C'est dans cette anthologie qu'a été publiée la nouvelle de Roger Zelazny "Nuit sans lune à Byzance".

 

 En ces temps troublés, pour échapper à la morosité ambiante, j'ai décidé de publier des textes que j'avais rédigés sur celui qui est pour moi le plus grand des auteurs de science-fiction (à égalité avec Philip K. Dick), Roger Zelazny.

Après avoir narré sa biographie, j’en viens maintenant à sa bibliographie (quelque peu commentée), essentielle avant d’entreprendre l’analyse des thèmes de notre auteur. Elle comprend bizarrement 365 entrées comme les jours de l’année. Certains textes n’ont jamais été traduits en français.

  

Bibliographie commentée (première partie)

 

  1.      1953. Conditionnal benefits (première partie d'une nouvelle dont la deuxième partie n'est jamais parue. Zelazny n'en avait pas de copie)

In Thurban I, n°3, août-septembre 1953, p. 6-8.

Pas de résumé

 

2.      1954. And the darkness is harsh (nouvelle)

In Eucuyo, The Euclid High School literary magazine, 1954, p. 33. — In And the darkness is harsh, 1994.

Pas de résumé

 

3.      1954. Diet (poème)

In Eucuyo, The Euclid High School literary magazine, 1954, p. 34. — In Young America Sings, Publication of the National High School Poetry Association, 1954. — In And the darkness is harsh, 1994.

 

4.      1954. Mr Fuller's revolt (nouvelle)

In Eucuyo, 1954, p. 7-8. — In Literary Cavalcad, The National Scholastic high school magazine, Vol. 7, N° 1, octobre 1954, p 29-30. (sous le nom Mister Fuller Revolt, première nouvelle vendue par Zelazny, 25 dollars).

Pas de résumé

 

5.      1955. Slush, slush, slush (poème)

In Eucuyo, 1955, p. 10.

 

6.      1955. Youth eternal (nouvelle)

In Eucuyo, 1955, p. 20-21.

Pas de résumé

 

7.      1958. The man without a shadow (poème)

In Skyline, Western Reserve University literary magazine, avril 1958, p. 21-23. — In Amra, n° 34, mai 1965, p. 12-13. — In Poems, 1974. — In When Pussywillows Last in the Catyard Bloomed, novembre 1980.

Le Western Reserve University literary magazine était le journal de l'Université de Cleveland.

 

8.      1958. The outward sign (nouvelle)

In Skyline, Western Reserve University literary magazine, avril 1958. 

Pas de résumé.

 

9.      1959. Decade plus one of roses (poème)

In Skyline, Western Reserve University literary magazine, avril 1959. — In When Pussywillows Last in the Catyard Bloomed, novembre 1980.

 

10.  1959. Tryptich (poème)

In Skyline, Western Reserve University literary magazine, avril 1959. — In To Spin is Miracle Cat, 1981.

 

11.  1959. Brahman Trimurti, a modern hymn to the Trinity (poème)

In Polemic, Vol. 4, n° 1, printemps. — In Nyarlathotep, n° 3, juillet 1966. — In Poems Discon II, 1974. — In When Pussywillows Last in the Catyard Bloomed, novembre 1980.

 

12.  1960. Come, let us pace the sky-inspiring wave (poème)

In Polemic, Vol. 5, avril 1960.

 

13.  1962. Le mystère de la Passion (nouvelle)

Passion play in Amazing, vol. 36, n° 8, août 1962. — In The Last Defender of Camelot, 1980. — Le Mystère de la Passion. Traduction : Jean Bailhache. In Le Livre d'Or de Roger Zelazny, Presses Pocket, 1985.

C’est le premier texte de Zelazny vendu à une revue professionnelle (Amazing). Introduction de Roger Zelazny écrite pour Unearth.

C’est la fête de la Résurrection au Mans dans un monde peuplé de machines. Le personnage central, un robot, va accomplir une authentique action originaire, avoir un accident avec une voiture reconstituée, semblable à celui qu'avait eu le pilote Von Tripps. Puis ils iront au Creuset et serviront à la construction de nouvelles machines. .

 

14.  1962. Horseman ! (nouvelle)

In Fantastic-Stories of imagination, vol.11, n° 8, août 11, 1962. — In The Last Defender of Camelot, 1980.

Un cavalier aux pouvoirs magiques tente de rejoindre ses trois compagnons. Ce sont en réalité les quatre cavaliers de l'apocalypse. Quand ils se rejoignent, la fin du monde est proche.

 

15.  1962. The teachers rode a wheel of fire (nouvelle)

In Fantastic-Stories of imagination, vol.11, n°10, octobre 1962. 

Un anthropoïde poilu reçoit la visite d’extraterrestres qui tentent sans succès de lui apprendre un langage et à se servir d’un outil. Ils s’en vont et leur vaisseau spatial circulaire inspire à l’anthropoïde l’invention de la roue.

 

16.  1962. Nuit sans lune à Byzance (nouvelle)

Moonless in Byzantium, in Amazing, vol. 36, n° 12, décembre 1962. — Nuit sans lune à Byzance. Traduction : Henry-Luc Planchat. In La Frontière avenir, anthologie de la science-fiction américaine d'aujourd'hui. Seghers, "Constellation", 1975.

Un homme est accusé dans une civilisation de robots d’écrire des poèmes sur les murs des cabinets et de les signer « William Butler Yeats ». Il est condamné à mort.

 

17.  1962. Two traditions and Cyril Tourneur: an examination of morality and humor comedy conventions in "The Revenger’s Tragedy" (thèse)

M.A. thesis, Columbia University. 

 

18.  1963. On the Road to Splenoba (nouvelle) (titre original : Clementowicz and the Commissar)

In Fantastic-Stories of imagination, vol.12, n° 1, Janvier 1963. 

 

19.  1963. Final Dining (nouvelle)

In Fantastic-Stories of imagination, vol.12, n° 2, Février 1963. 

Un artiste peint un portrait de Judas durant la Cène. A cause d’un pigment extraterrestre, le dessin devient vivant et persuade l’artiste d'épouser une riche héritière. Puis il tue le peintre.

 

  Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mercredi 21 octobre 2020

Aperçus sur l'écrivain de science-fiction américain Roger Zelazny (septième partie).

 



Un roman difficile basé sur l'oeuvre d'Edgar Poe.

 

 

En ces temps troublés, pour échapper à la morosité ambiante, j'ai décidé de publier des textes que j'avais rédigés sur celui qui est pour moi le plus grand des auteurs de science-fiction (à égalité avec Philip K. Dick), Roger Zelazny.

 

 La fin de l’histoire

 

Entre 1983 et 1990 le rythme d'écriture de Roger Zelazny se ralentit tandis qu'il concentre ses énergies sur le programme de lecture qu'il avait quelques années avant. En 1984 il ne publie que trois œuvres courtes — tous pour des anthologies. En 1985 il remet en marche la série Ambre, qui avait été dormante depuis la publication des Cours du chaos en 1978, choquant certains des fans de la série en remplaçant le narrateur Corwin par son fils Merlin.

En 1987, il est devenu l'un des auteurs fondateurs de la série des mondes partagés Wild Cards de George R. Martin, apportant sa contribution aux deux premières collections, Wild Cards et Aces High et au « roman mosaïque » Down and Dirty.

Cependant, il ne faut pas écarter les œuvres de Zelazny des années 80 en les considérant comme plus légères que les précédentes ; dans le même temps, il publie aussi 24 Views of Mount Fuji by  Hokusai et Permafrost qui gagnèrent toutes deux un Hugo.

Un autre changement dans les habitudes d’écriture de Zelazny à cette époque fut l'importance croissante donnée à la collaboration avec d'autres auteurs. Il avait précédemment collaboré avec Philip K. Dick pour Deus Irae et avec Fred Saberhagen pour Coils, mais à la fin des années 1980 il s’engagea dans de nombreuses collaborations. Deux de ces collaborations ont été éditées en 1990, Le Trône noir, encore avec Fred Saberhagen, et Le Masque de Loki, avec Thomas T. Thomas. Apportez-moi la tête du prince Charmant avec Robert Sheckley, a été édité en 1991. Une autre collaboration avec Thomas, Flare, a été publiée en 1992. Il y eut d'autres collaborations avec Sheckley A Faust, Faust et demi en 1993 et  Le démon de la farce paru en 1995.

Du côté de la vie privée, vers la fin des années 80, Roger Zelazny commença une relation épistolaire avec une jeune étudiante, Jane Lindskold, à qui il prodigua, par courrier, conseils et encouragements, celle-ci souhaitant devenir écrivain. En 1989, il la rencontra pour la première fois, puis il noua une relation de plus en plus étroite avec elle jusqu’à lui proposer à la fin de 1993 de venir vivre avec lui à Santa Fé.

Mais début 1994, malgré une certaine réticence pour les visites médicales, il se soumit à un check-up qui mit en évidence la présence d’une tumeur maligne au niveau du colon. Par malheur, le développement de la lésion la rendait inopérable et ne laissait comme possibilité que la chimiothérapie. Roger Zelazny s’y engagea donc au moment où Jane le rejoignait. Il travaillèrent côte à côte et publièrent deux livres ensemble.

Jane Lindskold écrivit par la suite qu’en dépit de sa maladie, cette période fut l’une des plus belles de sa vie. Il ne baissa jamais les bras devant l’épreuve, voyageant, découvrant les jeux de rôles, éditant de nombreuses anthologies.

Malgré tous ses efforts, Roger Zelazny dut finalement s’avouer vaincu devant le cancer qui l’emporta, à 58 ans, le 14 juin à l’hôpital St Vincent de Santa Fé en présence de sa famille.

Zelazny avait exprimé le souhait que sa mort soit l’occasion d’une réunion d’amis plutôt que d’un service religieux ; ses cendres furent dispersées dans les montagnes autour de Santa Fé.

 


Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 

lundi 19 octobre 2020

Aperçus sur l'écrivain de science-fiction américain Roger Zelazny (sixième partie).

 



"Aujourd'hui nous changeons de visage", je dois le dire, j'ai été incapable de véritablement
 comprendre ce roman de Zelazny, tellement il est compliqué.


 

 

 

En ces temps troublés, pour échapper à la morosité ambiante, j'ai décidé de publier des textes que j'avais rédigés sur celui qui est pour moi le plus grand des auteurs de science-fiction (à égalité avec Philip K. Dick), Roger Zelazny.

 

2) Un auteur comblé (suite)

Les Neuf princes d’Ambre sont édités en 1970 bien qu’écrits autour de l’année 1967 : sa suite, Les Fusils d’Avalon, qui a été éditée en 1972, avait été abandonnée non finie en 1969. Certains livres sont ensuite écrits sous la pression d’exigences alimentaires et en pâtissent fortement. Il en est ainsi du Sérum de la déesse bleue, édité en 1973, que Zelazny lui-même considérait comme son livre le plus faible :

« Je l'ai écrit le mois après que j'aie stoppé le travail pour le gouvernement pour écrire à plein temps. J'ai senti la pression de produire pendant cette première année et j’ai écrit ce livre extrêmement rapidement, pour l'argent. Cela m'a pris environ une année pour trouver un équilibre dans mes sujets (si tant est que je le possède aujourd’hui). » (Lettre à Jane Lindskold, 17 août 1989) .

En dépit de cette appréhension, Zelazny continue à expérimenter avec la forme, la structure et la langue, appliquant certaines des techniques qu'il avait employées pour des fictions plus courtes à de plus longs travaux. Les deux romans Aujourd'hui nous choisissons de visage et La Pierre des étoiles montrent son désir continu de développer ses capacités en tant qu'auteur. Aujourd'hui nous changeons de visage a été édité sous une forme remaniée qui ne reflète pas sa structure originale beaucoup plus novatrice :

« Ce livre n'a pas été édité de la manière que je l'ai écrite. Ce qui est la deuxième partie dans le livre était vraiment mon introduction. Ce qui est partie I était vraiment la partie II, le retour en arrière qui devient indiqué quand cette goupille particulière est tirée. Mon éditeur m'a dit que je demandais trop au lecteur avec ma structure originale. J'étais plus jeune et j’avais besoin d’argent et je ne pouvais pas se permettre de discuter. Je préfère la manière dont je l’avais écrite. (Lettre à Jane Lindskold, 11 février 1989)

La Pierre des étoiles a également évolué autour d'une expérience sur la structure narrative. Zelazny remarque:

« Une fois que j’eus trouvé mon histoire, je me suis précipité, en utilisant le procédé du suspense — retour en arrière tellement fréquemment et de manière tellement prévisible que la pratique a intentionnellement parodié le dispositif lui-même. »

Une autre manière dont La Pierre des étoiles est expérimentale est que c'était la première tentative de Zelazny d’œuvre humoristique longue. Son sens de l'humour actif s'était toujours rendu évident par les calembours et les jeux de mots même dans ses travaux plus sérieux, mais il n'avait jamais essayé un roman entièrement humoristique. Peut-être le fait qu'il ait atteint ce but est la raison pour laquelle le roman est souvent classifié en tant que fiction  pour adolescents alors que Zelazny l'a écrit pour des adultes.

En 1975, Zelazny s'est senti véritablement la capacité de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille et a décidé de quitter Baltimore. Après une visite à des amis dans le secteur, Zelazny déménage à Santa Fé, Nouveau-Mexique. Santa Fé disposait du mélange de qualités rurales et urbaines que Zelazny cherchait. Zelazny explique :

« La ville a satisfait presque tous nos besoins. Nous étions fatigués de grands centres urbains, mais nous en voulions les agréments — tels que de bons restaurants, librairies, théâtre. Le climat, la qualité pittoresque et la proximité du désert et du ski ont aidé. Le mélange triculturel rendait l'endroit très intéressant. L'absence de l'industrie lourde était agréable. C’était un bon endroit pour écrire et élever des enfants »

Le milieu des années 70 est une période occupée pour Zelazny professionnellement aussi bien que personnellement. Entre 1975 et 1982 rarement une année a passé sans qu’au moins un de ses romans soit édité. Plusieurs œuvres moins importantes ont été aussi éditées. Rien qu’en 1976 il publie cinq romans, y compris Deus Irae, écrit en collaboration avec Philip K. Dick, et L’Homme qui n’existait pas, un recueil de trois histoires comportant le même protagoniste. Le recueil inclut la novella gagnante du Hugo et du Nebula Le retour du bourreau.

 

 Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 

Aperçus sur l'écrivain de science-fiction américain Roger Zelazny (cinquième partie).

 



Le roman de Zelazny que je préfère, "Seigneur de lumière". 

 

  

En ces temps troublés, pour échapper à la morosité ambiante, j'ai décidé de publier des textes que j'avais rédigés sur celui qui est pour moi le plus grand des auteurs de science-fiction (à égalité avec Philip K. Dick), Roger Zelazny.

 

2) Un auteur comblé

Après 1969, Roger Zelazny s'installe dans sa nouvelle vie, plus stable et tranquille. Il lui naît deux fils et une fille : Devin, en 1971, Jonathan Trent en 1976, puis Shannon en 1979. En 1975, la famille déménage à Santa-Fe au Nouveau Mexique. Les lectures de notre auteur s'infléchissent quelque peu vers la physique et les mathématiques, dans le temps où il introduit de plus en plus d'éléments directement scientifiques dans ses textes. II s'intéresse aussi à la médecine à l'occasion de problèmes de santé qui l'amènent à réfléchir à son corps. En 1977, il vient en France avec sa famille, invité par Philippe Hupp au festival de science-fiction de Metz, mais sa présence est tout à fait éclipsée par celle de Philip K. Dick qui s'est enfin décidé au même moment à sortir des U.S.A. Un événement que le public de Metz ne manque pas, qui n'a d'yeux que pour Dick. Nous n'avons ainsi pas su vraiment profiter de la présence de Zelazny qui se retirait facilement au sein de son groupe familial et ne faisait rien pour être remarqué, à l'inverse d'Harlan Ellison, présent lui aussi.

De la carrière de Zelazny après 1969, nous retiendrons quelques œuvres marquantes : Le Maître des ombres, Aujourd'hui, nous changeons de visage, Repères sur la route et surtout le cycle des Princes d’Ambre. En dehors de ces œuvres, deux points sont à noter : l'accès de l'auteur aux marchés de prestige, avec la parution de quelques textes dans le Saturday Evening Post ; le retour d'un de ses romans à la faveur de la critique avec L'Œil du chat. Le Maître des ombres est un texte inspiré de Jack Vance — le héros se nomme Jack des ombres — et qui rappelle Cugel l'astucieux en plus glauque. II raconte l'histoire d'une planète immobile, coupée en deux entre la terre du soleil toujours au zénith, où la science règne en maître, et la face nocturne du monde livrée à la sorcellerie. De l'une à l'autre erre Jack des ombres, qui tire sa force de la rencontre entre 1a lumière et l'obscurité des objets. Ce sera lui qui permettra au globe de se remettre en mouvement pour rétablir l'harmonie des éléments en opposition. Roger Zelazny se souvient de ce roman comme un de ses plus agréables à écrire, car — contrairement à ses habitudes — il avait soigneusement préparé le plan de l'action et les personnages prenaient de l'autonomie au fil des pages : mouvement et structure associés. « Quand on arrive à un certain point de la ligne narrative, si on continue de suivre complètement cette ligne, l'histoire perd toute vie et devient quelque chose de mort. Il faut donc s'en éloigner ; et la raison qui y pousse, c'est qu'à ce moment tes personnages semblent prendre une vie propre, et qu'ils deviennent alors un peu plus grands que nature... » (In Patrice Duvic, 1971). Les vingt dernières pages du livre sont même écrites d'un trait. Le seul reproche esthétique que l'on puisse faire au Maître des ombres une fois acceptées ses prémisses d'heroic fantasy — réside dans la dernière partie hâtive d'un livre relativement court. Roger Zelazny le sait, qui écrit : « Je  pense aujourd'hui que j'aurais dû télescoper un peu l'action du premier tiers pour étoffer la fin. Cela aurait produit une impression générale plus forte » (in: R. Geis, 1973).

Aujourd'hui, nous changeons de visage échappe aux difficultés de construction qui atteignent les livres précités. Extrêmement bien charpenté, dédié à Philip K. Dick, au thème van vogtien, il conte l'aventure d'un des nombreux immortels de Roger Zelazny. Cette fois, il s'agit d'un homme transformé en circuit homéostatique autorégulateur. A chaque nœud important du temps existe quelqu’un dont les actes sont intimement prévus à l'avance : il prendra des décisions, mettra en jeu des forces qui amèneront une inflexion dans l'histoire de l'humanité. A côté de lui rôde un double obscur de lui-même, un clone négatif, chargé de contrebalancer les effets de sa monomanie. Ensemble, ils forment sans le savoir un système conflictuel et oscillant, mais en équilibre actif, qui guide l'Homme. Zelazny est ici très à l'aise dans une intrigue extrêmement complexe qui développe un de ses thèmes favoris : la toute-puissance d'un personnage contrecarrée par un adversaire qui se révèle être un double maléfique. Le procédé a été employé par G.K. Chesterton dans Un nommé Jeudi (1908), en science-fiction par A. E. Van Vogt dans A la poursuite des Slans (1940). Toute la subtilité de Zelazny réside en ce que le maléfique n'est que l'expression d'un point de vue opposé sur le monde et qu'il soit quelquefois nécessaire que le « mal » triomphe pour que le corps social survive.

  

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 


dimanche 18 octobre 2020

Aperçus sur l'écrivain de science-fiction américain Roger Zelazny (quatrième partie).

 


Le deuxième texte que j'ai lu de Roger Zelazny, en fait le troisième tome du cycle des "Neuf princes d'ambre". Ne faites pas comme moi, c'est incompréhensible si vous n'avez pas lu les deux premiers volumes.

 

 

En ces temps troublés, pour échapper à la morosité ambiante, j'ai décidé de publier des textes que j'avais rédigés sur celui qui est pour moi le plus grand des auteurs de science-fiction (à égalité avec Philip K. Dick), Roger Zelazny.

 

Biographie : de la Sécurité sociale à la science-fiction lyrique (suite)

 

Les années 1960 sont un moment de haute productivité pour Zelazny. Leurs nominations à des prix étaient si fréquentes que ses propres œuvres se concurrencèrent pour le Hugo dans la catégorie novelette en 1966 (En cet instant de la tempête et Le temps d’un souffle, je m’attarde) et 1967 (Cette montagne mortelle et Clés pour décembre). En 1968, son roman Seigneur de lumière gagne le Hugo.

Cette notoriété dans les années 60 fait que Zelazny est regroupé avec Harlan Ellison, Samuel R. Delany, Thomas Disch, et Norman Spinrad, entre autres, en tant qu'auteur américain de « nouvelle vague ». Le terme est inventé par l’éditeur Judith Merril et rapidement adopté par d'autres :

« Nous étions mis dans le même groupe, en dépit de nos différences, parce que, d’une manière similaire, nous représentions une réaction à la SF [la science-fiction] des années 40 et 50 qui, tout en comportant quelques idées subtiles et des histoires colorées, ne s’était pas particulièrement fait remarquer par la qualité de son écriture.... Plusieurs d’entre nous ont commencé à apporter un matériau qui était déjà ancien dans la littérature générale mais qui était nouveau en SF à peu près au même moment — le flux de conscience, l’impressionnisme, les audaces stylistiques, une plus grande insistance sur la caractérisation... La plupart d'entre nous ont refusé l’idée qu’il y ait eu un mouvement qu’on aurait pu appeler « nouvelle vague », parce qu'il n'y avait aucun plan préétabli ou de manifeste global, bon nombre d'entre nous ne nous connaissions même pas à cette période et nous sommes tous suffisamment individualistes pour détester être classés. » (Lettre à Jane Lindskold, 4 février 1990)

L'auteur de « nouvelle vague » que Zelazny a le mieux connu est Harlan Ellison mais leur rencontre initiale fut plus due à ce que tous les deux avaient grandi en Ohio qu’à leur mode d’écriture. Leur première rencontre a lieu en 1955 à la convention de science-fiction mondiale à Cleveland en Ohio. Présentés par Gail Gianasi, une connaissance mutuelle, en tant que « deux personnes qui vont être des auteurs célèbres de sf un jour » (Lettre à Jane Lindskold, 4 février 1990), ils ne se revoient que 11 ans plus tard, quand tous deux ont reçu un Hugo à la convention mondiale en 1966, de nouveau à Cleveland. Leur amitié se poursuit au fil des années, prolongée professionnellement par une nouvelle en collaboration, Viens à moi, non dans la blancheur de l’hiver et une contribution de Zelazny à un des recueils Dangereuses visions d'Ellison.

Un autre des auteurs de nouvelle vague avec qui Zelazny se lie d’amitié est Samuel R. Delany. Dans son article « Faust et Archimède, » Delany rappelle sa découverte d’une des nouvelles de Zelazny :

«  Quelques mois avant que je sois allé pour la première fois en Europe, un jeune étudiante en musique vint frapper à ma porte, en agitant un exemplaire de The Magazine of Fantasy and Science Fiction avec une expression absolument hantée : « Avez-vous lu ceci, Chip? Avez-vous lu ceci ? Qui est-il ? Savez-vous quelque chose au sujet de lui ? Qu’est-ce qu’il a écrit avant ? »

Les portes de son visage. Les lampes de sa bouche était précédé par un des textes de présentation les moins instructifs de F& SF. Je l'ai lu ; j’ai apporté cet exemplaire en Europe. Je l'ai donnée à une demi-douzaine de personnes à lire. »

Zelazny et Delany se sont ensuite rencontrés et sont devenus des amis. Zelazny dit avoir trouvé grâce à Delany un éditeur sympathique pour publier son roman expérimental Royaumes d’ombre et de lumière ; la dédicace du roman, « A Chip Delany, juste parce que » atteste de cette reconnaissance. Le roman de Delany We in Some Strange Power's Employ, Move on a Rigorous Line contient un personnage qui se présente lui-même comme suit : « « Je m’appelle Roger… » suivi de quelque chose de polonais et d’imprononçable qui commence par un Z et finit par un Y ». Sachant qu'un rapport pourrait être établi entre ce personnage (une personne plutôt désagréable) et Zelazny, Delany a téléphoné à Zelazny. Zelazny se rappelle que Delany lui lut des passages de l’œuvre juste terminée « pour voir si je n’étais pas de quelque façon offensé. Je l'ai assuré que c’était juste le contraire. » (Lettre à Jane Lindskold, 7 avril 1990).

En 1969, après avoir démissionné de l'administration de sécurité sociale pour écrire à plein temps, il passe de l’écriture de nouvelles à celle de romans. Il en publie trois dans la même année : Royaumes d’ombre et de lumière, Les culbuteurs de l’enfer et L’Ile des morts. Dans l'introduction de son recueil Le dernier défenseur de Camelot, Zelazny explique la raison de ce changement :

« J'avais commencé en écrivant des nouvelles, et j'ai toujours plaisir à écrire des histoires courtes bien que je ne le fasse plus comme il y a quelques années. La raison est principalement économique. J’ai commencé à écrire à plein temps vers la fin des années 60, et c'est un fait que les romans rapportent plus aux créateurs qui doivent subvenir aux nécessités de l'existence. Cela peut paraître froid et cynique, à part que j’aime aussi écrire des romans ».

La préférence artistique de Zelazny, cependant, demeure pour des travaux plus courts :

«  Préférence ? Histoires courtes (j’y inclus les novelettes et les novellas). Vous dites que tout que vous voulez dire et puis vous vous arrêtez, [avec] aucun souci à cause de la longueur. Aucun mouvement gaspillé.... C'est une forme très pure comparée au roman, et je l'aime ; mais personne ne peut vivre en écrivant seulement des nouvelles. » (Lettre à Jane Lindskold, 27 mars 1990)

De manière intéressante, même après qu’une part de son énergie se soit dépensée dans des romans, la majorité de ses dernières récompenses ont continué à se trouver dans les catégories plus courtes de fiction. Unicorn variation et Permafrost ont gagné des Hugo en 1982 et 1987 dans la catégorie novelette ; 24 Views of Mount Fuji by Hokusai a gagné un Hugo dans la catégorie novella en 1986. Cette transition dans l'écriture à plein temps n’a pas été pour Zelazny facile ou indolore. Sa chronologie de publication suggère qu'il a alors simplement commencé à produire un roman ou plus dans une année sans effort. Les faits sont quelque peu différents.

  

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

 

samedi 17 octobre 2020

Aperçus sur l'écrivain de science-fiction américain Roger Zelazny (troisième partie).

 


Le premier recueil de nouvelles que j'ai lu de Roger Zelazny

 

  

En ces temps troublés, pour échapper à la morosité ambiante, j'ai décidé de publier des textes que j'avais rédigés sur celui qui est pour moi le plus grand des auteurs de science-fiction (à égalité avec Philip K. Dick), Roger Zelazny.

 

Biographie : de la Sécurité sociale à la science-fiction lyrique (suite)

 

 

 D’abord, il reçoit de nombreuses lettres de rejet pour ses nouvelles, jusqu'à ce qu'en mars 1962 arrive un mot de Cele Goldsmith annonçant qu'elle prenait Le mystère de la Passion.

Roger Zelazny vient de rencontrer celle qui va l'imposer au public par une politique intensive de publication. Cele Goldsmith dirige à cette époque la plus ancienne revue de science-fiction au monde, Amazing, l'ancêtre créé en 1926 par Hugo Gernsback qui a sombré au fil des ans dans le populaire racoleur de très bas étage. II est heureux pour Zelazny qu'Amazing, après une longue période de publication de pseudo science-fiction, soit entrée dans une période de rénovation avec l'arrivée de Cele Goldsmith au poste de rédacteur en chef. Elle réussit à s'imposer en décidant de vieux auteurs endormis à écrire pour elle (Fritz Leiber reprend son cycle de Lankhmar, Robert F. Young, Edmond Hamilton, Daniel Galouye reviennent aux récits courts) et surtout impose de nouvelles vedettes : Harlan Ellison, Thomas Disch, Keith Laumer. Elle voit sans doute en Roger Zelazny son meilleur poulain et lui fait occuper quelques temps (1962‑1965) dans la revue la meilleure position : celle de l'auteur maison dont on présente chaque mois un texte dans l'une ou l'autre des revues du groupe d'édition — Amazing ou Fantastic. Et la force de travail de notre auteur se révèle telle que même deux débouchés mensuels ne lui suffisent pas. Goldsmith trouve donc un pseudonyme à Zelazny, Harrison Denmark, et publie les récits deux par deux.

Le travail de Zelazny à la sécurité sociale dure jusqu'en 1969, quand il démissionne pour écrire à plein temps. Il trouve quand même le moyen d'employer cette expérience pour emmagasiner des ressources pour son écriture : « J'ai regardé les mains et les gestes des personnes, comment ils se comportaient. J'ai étudié leurs visages, me suis interrogé sur leur habillement, leurs bijoux, leurs cicatrices. J'ai écouté leurs mensonges et leur ai demandé ce qu'ils pensaient être la vérité. » Il devint également expert permanent en matière de coutumes chinoises de mariage.

Par ailleurs, le protagoniste sans nom des histoires rassemblées dans L’homme qui n’existait pas doit beaucoup à une conversation sur les enregistrements centralisés d’identité que Zelazny eut avec Bill Spangler, avec qui il travailla au bureau de sécurité sociale de Baltimore. Dans Lewis Briggs, le fonctionnaire de L’île des morts, Zelazny parodie les règles compliquées et les règlements de la bureaucratie du gouvernement. En 1963, Zelazny eut également un travail à temps partiel comme professeur à l'université de Fenn, maintenant Cleveland State, en tant qu'instructeur d’anglais pour les étudiants de première année. Mais il trouva rapidement que l'enseignement lui prenait trop de temps et d’énergie pour son écriture en plus de son travail à temps plein et arrêta après un semestre, refilant le poste à son ami, Ron Dobler, qui à l’époque était professeur de lycée ; maintenant, comme Carl Joke, il est devenu professeur d’anglais à l’université.

L'année 1964 est particulièrement difficile pour Zelazny. En automne, lui et sa fiancée, Sharon Steberl, ont un accident d'automobile à côté de Mansfield dans l’Ohio. Zelazny n'est pas été trop sévèrement touché mais Sharon est blessée assez sérieusement pour retarder leur mariage jusqu’à la fin de l’année. Le 25 novembre, le père de Zelazny meurt brutalement. Bien qu’ayant du mal à supporter ce choc, Zelazny se marie le 5 décembre. Le mariage ne fonctionne pas et il se sépare de son épouse à la fin de l'été 1965 ;  ils divorceront en 1966.

Après sa séparation de Sharon Steberl, Zelazny accepte une promotion comme spécialiste de contentieux social et revient à Baltimore. Une fois installé, il continue à écrire chaque soir. Ses histoires sont à présent régulièrement nominées pour différentes récompenses. En 1966, il gagne son premier Hugo pour Le Voyage infernal et ses premiers Nebulas pour Le Façonneur dans la catégorie nouvelle et pour Les portes de son visage, les lampes de sa bouche dans la catégorie novelette. Plus tard, dans la même année, il publie ses deux premiers romans, Toi l’immortel et Le Maître des rêves. Tous les deux sont des versions augmentées d’œuvres plus courtes qui ont reçu des prix ; Toi l’immortel avait été raccourci pour la publication en magazine et Zelazny allonge Le Façonneur sur une suggestion de l'auteur et éditeur Damon Knight. L'année 1966 est également marquée par un événement positif indépendant de son écriture : le 20 août, il épouse Judith Alene Callahan, avec qui il travaille à l'administration de sécurité sociale.

 

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.