samedi 11 juillet 2015

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " (1976) (première partie)


Jorge Luis Borges, un amateur de métaphysique et de religions





Cela peut paraître bizarre de consacrer une série d’articles sur ce blog à Borges et ses relations avec le Bouddhisme. Quelles compétences l’écrivain argentin aurait-il de plus que les autres ? En fait, j’en reviens toujours au même principe : Borges fait son bouddhisme, crée son bouddhisme et c’est incroyablement intéressant. Pourquoi ? Parce qu’il est poète et trouve une étonnante poésie dans les textes écrits sur le Bouddha, sa vie et sa prédication, parce qu’il est métaphysicien et que le Bouddha a élaboré une métaphysique hyper-originale pour notre pensée occidentale (et en même temps qui peut se comparer à des théories divergentes de notre société comme celle des gnostiques), parce qu’il est très imaginatif comme les auteurs des récits bouddhistes eux-mêmes (qui créent des mythes à foison, des anecdotes, des ramifications sans cesse pour détailler, développer, étayer le fil principal de leur narration).

Comme je vous l’ai déjà dit, j’ai consacré en 2003 une biographie thématique à Borges et j’écrivais déjà à l’époque que ce qui me fascine chez lui, c’est qu’il s’est intéressé et a été connaisseur d’un nombre incroyable de religions (je ne vais pas citer toutes les références, il y en a trop). D’abord l’Islam avec « Le teinturier masqué Hakim de Merv » et « Le Zahir ». Ensuite le Judaïsme sous l’angle de la Kabbale (« La Kabbale » dans Sept nuits, « Une défense de la Kabbale » dans Discussion). Mais c’est aussi un passionné des gnostiques avec par exemple « Une défense du fallacieux Basilide » (je parle longuement de sa passion pour ces hérétiques dans mon livre). Il connaît naturellement très bien les textes chrétiens, sa mère étant une catholique pratiquante et sa grand-mère paternelle presbytérienne, et les cite (titres de plusieurs poèmes : « Genèse, IV, 8 », « Genèse, IX, 13 », « Ecclésiaste, I, 9 », « Matthieu, XXVII, 9 », etc.) ; il a même publié un article curieux sur un sujet pointu « Histoire des anges ». Mais la seule religion sur laquelle il ait écrit un livre entier, c’est le bouddhisme. Il a été rédigé avec Alicia Jurado, une grande femme de lettres argentine, auteur entre autres de la première biographie de Borges, qui s’est occupée ici principalement de la partie documentation et qui, l’écrivain argentin étant aveugle depuis déjà pas mal de temps, a été en quelque sorte ses yeux. Notons en passant que l’on s’aperçoit en lisant Qu’est-ce que le bouddhisme ? que Borges se passionnait aussi pour l’hindouisme dont il cite les idées de manière précise à plusieurs reprises.

L’autre intérêt du livre de Borges est d’être une sorte de petit compendium, de « Que sais-je ? » très brillant. N’étant affilié à aucune école, l’écrivain argentin parle de tous les bouddhismes : le Petit Véhicule, le Grand Véhicule, Le lamaisme, Le bouddhisme tantrique, le bouddhisme zen. Les thématiques et les idées principales de cette philosophie (ou religion) sont évoquées avec clarté et poésie : la cosmologie bouddhiste, la métempsycose, la Roue de la Loi, le problème du Nirvana, l’éthique bouddhiste. Comme nous l’avons déjà dit, l’écrivain argentin se délecte de la prodigieuse imagination et de la grande subtilité orientale des rédacteurs des textes bouddhistes, surtout dans la partie « Le Bouddha légendaire » qui est un régal littéraire.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La prochaine fois, nous entrons dans le cœur du livre de Borges. Ce sera notre professeur dans le monde fascinant et étonnant du bouddhisme. Amicales salutations.

mercredi 8 juillet 2015

Compte rendu de l’interview d'un grand mnémotechnicien, Jean-Claude Arrestier, alias Atomix






"La Rhétorique à Hérennius" considère la mémoire comme une des cinq parties de la rhétorique (avec l'invention, la disposition, l'élocution et l'action).



Chers amis,

J’interromps le temps d’un article mes considérations personnelles sur le bouddhisme et je reviens à la mémoire. J’ai pour vous interviewé un des plus grands mnémotechniciens de notre époque, Jean-Claude Arrestier, alias Atomix. Voici une synthèse de cette entrevue.


A) Biographie.

 Jean-Claude Arrestier est un expert de la mémoire, comme Benoît Rosemont, (qu’il connaît depuis ses débuts et dont il a vu quatre fois le spectacle), comme le défunt Charles Barbier (qu’il a bien connu : celui-ci lui souhaitait son anniversaire chaque année où qu’il soit dans le monde et il a réalisé avec lui deux spectacles), comme Tréborix autrefois, comme Harry Lorayne aux Etats-Unis, etc.

Jean-Claude Arrestier me raconte qu’il a commencé les expériences de mnémotechnie à dix-sept ans. Quand il est sorti de l’armée, il est rentré dans un laboratoire d’électricité à Clichy. Il avait jugé à l’époque qu’il était indispensable de dépenser trois pour cent de son salaire pour améliorer ses connaissances professionnelles. Il a passé un certificat d’électronique appliquée au domaine atomique et a participé à la mise au point des essais nucléaires français dans le Pacifique.

Jean-Claude Arrestier a eu des missions scientifiques durant toute sa vie dans de nombreux pays étrangers, l’URSS, l’Arabie Saoudite (où il faisait de la collecte de renseignements), le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, le Cameroun, le Nigéria, etc. Il a travaillé pour l’entreprise TRT (Télécommunications Radioélectriques et téléphoniques) comme ingénieur puis directeur de la formation, ensuite pour la firme UNIMECS, dans un premier temps comme directeur de la division Technologies Internationales, et finalement comme Directeur Général.

Il a animé des stages à Rambouillet pendant des années pour TRT (Télécommunications radioélectriques et téléphoniques) sur la motivation et la mémoire (5000 personnes, 900 ingénieurs). Jean-Claude Arrestier a réalisé de nombreuses démonstrations de mémoire devant de vastes publics en Italie et en Yougoslavie. Il pratique beaucoup d’expériences de mnémotechnie durant la journée. Il met en œuvre ce qu’il appelle la synesthésie (travail conjoint sur plusieurs sens, sur plusieurs pensées) : par exemple, en même temps qu’il apprend par cœur des plaques minéralogiques rencontrées dans la rue, il mémorise plusieurs poèmes. Quand ses collaborateurs lui ont offert pour son départ de l’entreprise TRT Le livre du ça du psychanalyste Georg Groddeck, il a promis de l’apprendre par cœur avec la ponctuation en un mois et il l’a fait, démonstration à l’appui.

Il a été embauché pour apprendre à des gens dans un supermarché à faire une liste de commissions complexes de 50 courses. Sa méthode est entre autres basée sur les couleurs.
Il me dit en aparté que la marine de guerre allemande lui a proposé d’acheter son cerveau quand il serait décédé.

En résumé, on peut lire sur la couverture d’un de ses livres la présentation suivante de ses activités passées : « L’auteur a participé aux premiers essais nucléaires français dans le Pacifique. Il a travaillé sur des systèmes industriels comportant ces technologies en France comme à l’étranger. Sur un travail de précurseur avec le docteur Brown, il a mis au point des cours qu’il dispense actuellement. Il a enseigné l’électromécanique, l’électronique et les microprocesseurs à plusieurs milliers de personnes. Ce livre est un des résultats de son expérience professionnelle et pédagogique. Il a écrit plusieurs recueils et ouvrages sur la robotique, la maintenance et le dépannage de systèmes électroniques. Conseiller technique pour les Entreprises en réalisation et maintenance, il est expert en techniques avancées. (Bertrand Lombardi, Directeur de l’Institut International de Science et Technologie).

Depuis les années 70, Jean-Claude Arrestier a publié plusieurs livres : Logique combinatoire et séquentielle : algèbre de Boole (1974), Introduction to the electrophotographic process (1980) et Matériaux à mémoire de forme (1995).

Atomix a fait dans sa vie 23 tours du monde. Il espère repartir une nouvelle fois en novembre de cette année.

B) Il réalise devant moi plusieurs de ses tours de mémoire prodigieuse et de calcul mental hors normes.

1)   Je choisis un dessin parmi 100 qu’il propose et qui ont un nombre et une couleur différents. Il suffit du nombre à Atomix pour décrire le dessin et la couleur ou alors de la description du dessin pour retrouver le nombre. Il prévoit dans l’avenir de faire l’expérience avec mille figures.

2)  Tour des drapeaux. Atomix a 10 cartes avec 140 drapeaux. Je choisis un drapeau, le drapeau de l’Arabie Saoudite. Atomix le découvre, me dit que ce pays est à la neuvième place sur la carte, en donne les détails géographiques (nombre d’habitants, situation géographique, etc.).

3) Tour sur les pays.
Je donne au hasard la lettre Z à Atomix. Il me décrit les deux pays au monde dont le nom commence par Z, le Zaïre et la Zambie. Je lui soumets le Vatican. Il me répond que c’est le seul pays au monde qui commence par un V, il dit le nombre d’habitants, etc.

4) Tour des dés
Il donne en une seconde le total de six dés lancés par moi ou sortis d’un sac.

5) Tour des grains de riz.
Jean-Claude Arrestier compose une sorte de carré magique avec des grains de riz. Le total des grains de riz distribués sur quatre colonnes est de dix. Atomix me propose de changer de place un des grains de riz. Il les déplace à nouveau et le total fait toujours dix !

6) Tours mathématiques
Il retrouve après plusieurs multiplications le nombre que j’ai originellement donné. Il réalise plusieurs prouesses en calcul mental.

7) Calendrier perpétuel
Il trouve quel jour sera le 14 juillet 2015, le 1 janvier 2016, le 22 avril 2016, jour de mon anniversaire, etc.

8) Un tour avec un agenda nommé « Institut International JCA, recherches parapsychologiques ». Jean-Claude Arrestier me fait mélanger un jeu. Je choisis une date au hasard, dans le cas présent, ma date de naissance, le 22/04/1961. Il me fait prendre d’abord 4 cartes dans le paquet (mois de naissance) puis 21 (jour naissance – 1), la carte suivante est le valet de cœur. Dans son agenda, sous la date du 22/04, je peux voir un valet de cœur.

9) Jean-Claude Arrestier me tend une petite affiche avec 63 dessins. J’en choisis une sans lui dire, en l’occurrence la carte bleue. Il me fait passer plusieurs planches de dessins et je dois lui dire si mon dessin s’y trouve ou ne s’y trouve pas. Finalement, il me révèle le dessin que j’ai choisi.

10) Atomix me tend dix cartons de couleur verte et blanche avec sur chacun dix villes. Il me demande d‘en choisir une (je prends « Barcelona »). Après plusieurs éliminations de cartons, il est en mesure de me dire quelle ville a été l’objet de ma préférence.

11) Prévision de mon signe zodiacal.
Atomix me donne quatre cartes avec les signes du Zodiaque.
Je pense à mon signe (en astrologie indienne, c’est le bélier). Après plusieurs passages, Atomix le devine.

12) Il me présente un jeu de 52 images. Je choisis la vingt-sixième carte qui représente un escabeau. Je lui dis le nombre 26 et il me répond que c’est un escabeau.

13) Continuant avec le nombre 26, il me fait aligner trois fois le nombre, ce qui donne 262626 et me demande de le diviser par 78. A l’avance, il a écrit sur un papier que le résultat sera 3367.

14) Jean-Claude Arrestier me fait choisir dans un jeu des chiffres. Je prends le 6 et le 3
Il me fait multiplier 6 par 20. Le résultat est 12 auquel il me demande d’ajouter 2, ce qui donne 14. Il me demande de multiplier 14 par 5, ce qui fait 70 auquel il me demande d’enlever 7. Le résultat est final est 63, donc mes deux chiffres de départ 6 et 3.

15) Atomix me fait poser une pièce sur une case d’un tableau qui en comporte 160 avec des numéros différents. Il devine tout de suite le nombre qui a été caché par la pièce.

16) Jean-Claude Arrestier me donne un jeu de cartes avec des images. Je lui tends un petit paquet qu’il soupèse et il devine le nombre de cartes qu’il comporte.

C) Bibliographie .

ARRESTIER, Jean-Claude, Les faisceaux hertziens, Télécommunications radioélectriques et téléphoniques. 

ARRESTIER, Jean-Claude, Logique combinatoire et séquentielle : algèbre de Boole, 1974.

ARRESTIER, Jean-Claude, Introduction to the electrophotographic process, 1980.

ARRESTIER, Jean-Claude, Initiation aux microprocesseurs Sym, International Institute of science and technology, 1982.

ARRESTIER, Jean-Claude, Matériaux à mémoire de forme, 1995.


Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. La prochaine fois, ce sera, je pense, un article sur Borges et le bouddhisme. Amicales salutations.

mardi 7 juillet 2015

Fête du Dharma, Centre Bouddhiste Triratna de Paris, 5 juillet 2015, deuxième partie


Logo de la Communauté Bouddhiste Triratna
Représentation des Trois Joyaux (Triratna en Sanskrit) : Le Bouddha, le Dharma et la Sangha


Je me rends compte que cette partie est plus technique, plus rituelle ! Ne vous affolez pas, cela fait partie de la pratique, qui, par moments, doit être guidée.


7) Récitation du mantra du Bouddha Sakyamuni

Le voici :
« Om muni muni maha muni Sakyamuni Svaha. »
Pendant la récitation du mantra, la plupart des participants se prosternent à plusieurs reprises devant l’autel du Bouddha et allument un bâton d’encens.

8) Lecture par Marie-Françoise d’un autre passage du Sutra du Lotus.

9) Puja (cérémonie) : lecture commune de la puja en sept parties

a) Adoration
Evocation d’une adoration matérielle par la fumée de l’encens, les bougies et les fleurs sur l’autel.

b) Salutation
Sorte de salutation métaphysique et respectueuse à tous les Bouddhas dans les mille millions de mondes.

c) Aller en refuge
C’est s’engager véritablement, le plus intensément possible dans les trois refuges : le Bouddha, le Dharma, la Sangha.

d) Refuges et préceptes

* Refuges
Les trois phrases suivantes sont prononcées en pali : Buddham saranam gacchami (Dans le Bouddha, je vais en refuge), Dhammam saranam gacchami (Dans le Dharma, je vais en refuge), Sangham Saranam gacchami (Dans la Sangha, je vais en refuge). Puis les participants les répètent rituellement une deuxième et une troisième fois.

* Préceptes
Sont énoncés ensuite les cinq préceptes du laïc :
- S’abstenir de prendre la vie.
- S’abstenir de prendre ce qui ne nous appartient pas.
- S’abstenir de méconduite sexuelle.
- S’abstenir de paroles fausses.
- S’abstenir de prendre des intoxicants.

e) Confession des fautes
Ce n’est pas une confession classique ! Les participants reconnaissent seulement avoir fait du mal dans leur quotidien, soit par ignorance, soit par bêtise, et promettent d’essayer de ne pas recommencer.

f) Réjouissance du mérite
La réjouissance du mérite est un peu un pendant positif à la confession des fautes. Les participants se réjouissent du bien fait par tous les êtres, des personnes qui obtiennent le repos, des êtres qui sont libérés de la ronde des renaissances. Ils se félicitent de l’existence passée, présente et future des Bouddhas et des bodhisattvas. Ils célèbrent l’apparition de la volonté d’Eveil, de l’enseignement bouddhiste qui apporte la joie à tous les êtres. (Qui a pu dire que le bouddhisme était négatif ?)

g) Supplication
C’est une supplication pour que les bouddhas fassent briller la lampe du Dharma pour ceux qui errent dans la souffrance de l’illusion. Il leur est demandé de rester dans notre monde pour des âges sans fin afin que la vie du monde ne s’obscurcisse pas.

10) Récitation des mantras aux différents bodhisattvas et aux Bouddhas, mantra du sutra du cœur (perfection de la sagesse).

a) Padmasambhava : fondateur du Vajrayāna, le bouddhisme tibétain, il est considéré par ce peuple comme un second bouddha.

b) Avalokitesvara : une des plus célèbres Bodhisattva du Grand véhicule, incarne la compassion ultime.

c) Manjusri : le bodhisattva de la sagesse.

d) Vajrapani : il est l’un des huit grands bodhisattvas du vajrayāna. Il y est considéré comme une émanation d’Akshobhya, l’un des cinq bouddhas de méditation.

e) Tara : c’est une femme bodhisattva très populaire aussi bien auprès des laïcs que des moines dans le bouddhisme  vajrayāna.

f) Amithaba : Il est un bouddha du bouddhisme mahayana et vajrayana. Il règne sur la « Terre pure Occidentale de la Béatitude ». Cette terre pure est un lieu de refuge en dehors des transmigrations et il suffit d’invoquer en mourant le nom du Bouddha Amithaba pour y accéder.

g) Mantra du sutra du cœur (perfection de la sagesse).

Pour avoir plus de précisions sur les Bouddhas et les Boddhisattvas, je vous conseille un excellent livre très bien illustré, très érudit et très complet de Louis Frédéric au titre paradoxal Les Dieux du bouddhisme.

La journée de la Fête du Dharma, qui a été bien remplie, s’achève à 19 heures.


Voilà. C’est fini. La suite au prochain numéro. Amicales salutations !

Fête du Dharma, centre Bouddhiste Triratna de Paris, 5 juillet 2015 (première partie)



Le Centre Bouddhiste Triratna, 25 rue Condorcet, dans le neuvième arrondissement de Paris



Je voulais dire en introduction que ces articles sur le bouddhisme n’ont pour but aucun prosélytisme mais que je transmets seulement ce que j’ai vu, vécu ou lu à titre informatif pour des personnes qui n’auraient pas le temps de suivre un enseignement bouddhiste à cause de leur travail, du fait de la garde de leurs enfants ou alors tout simplement pour ceux qui sont éloignés d’un centre. De plus, je le répète, il s’agit de « mon » bouddhisme et vous pouvez y choisir ce qui vous plaît et rejeter ce qui vous déplaît. Sur ce problème de la conversion, le Dalaï-Lama a déclaré à maintes reprises qu’il ne voulait absolument pas tomber dans le piège du prosélytisme parce que, pour certaines raisons, ce n’était pas dans la nature du bouddhisme : voir le très bon article de la revue  Psychologies sur le sujet : http://www.psychologies.com/Culture/Spiritualites/Religions/Articles-et-dossiers/Religion-leur-conversion-est-une-seconde-naissance/7Le-dalai-lama

Ce qui est bizarre, c’est que j’étais parti pour écrire un tout autre article que celui-ci, un compte rendu du livre de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, Qu’est-ce que le bouddhisme ?, auteur dont j’ai écrit une biographie thématique, mais, après diverses tergiversations dues à toute une foule de raisons, je suis allé à la Fête du Dharma du Centre Bouddhiste Triratna de Paris que j’ai trouvée à la fois d’une grande beauté, très intéressante et bien structurée (bravo aux organisateurs !). Je me suis donc dit : pourquoi ne pas transmettre à d’autres le bonheur que j’ai eu d’assister à cette journée ? Voici le résultat de mon écoute, nullement parfaite et naturellement très subjective, de ce que j’ai retenu (avec forcément des lacunes), mais que j’ai essayé de décrire pour vous de la manière la plus exhaustive et précise possible.
De nouveau, pour des raisons de commodités de lecture sur Internet, je diviserai l’article en deux parties.

La fête du Dharma a eu lieu au Centre Bouddhiste Triratna de Paris de 14 h à 19 h. Rappelons que le Dharma (enseignement du Bouddha, des Bodhisattvas et des maîtres spirituels du bouddhisme) est l’un des trois joyaux du bouddhisme avec la Sangha (communauté des disciples) et le Bouddha historique Sakyamuni. Cette fête commence donc comme les soirées Sangha par une salutation aux Trois Joyaux (voir pour le détail de cette pratique sur le site du centre Bouddhiste de Paris : http://www.centrebouddhisteparis.org/Bouddhisme/Presentation-rituel/developper_emotions.html)

Plan détaillé de la journée

1) Méditation Metta Bhâvanâ menée par Ujumani
Vous en trouverez la définition dans cet article de mon blog : http://jeanfrancoisgerault.blogspot.fr/2015_07_03_archive.html :

2) Présentation du sutra du Lotus par Ujumani
C’est un des plus grands Sutras du Mahayana. Il a été écrit entre les années 0 et 150 après Jésus-Christ, puis traduit en chinois par les moines Huisi et Huiven, patriarches de l’école bouddhiste Tiantai.
Il a fait l’objet d’un livre entier de Sangharakshita : The Drama of Cosmic Enlightenment - Parables, myths, and symbols of the White Lotus Sutra [L'Éveil cosmique, drame - Paraboles, mythes et symboles du Sutra du Lotus], 1993.
Il sert de livre unique pour la secte d’inspiration bouddhiste Soka Gakkai et la branche bouddhiste japonaise Nichiren.

3) Lecture d’un passage du Sutra du Lotus par Ujumani (chapitre 5, parabole des herbes médicinales).

4) Commentaire du passage par Vassika
Le paradoxe de ce livre pour Vassika est qu’il est tenu comme le livre unique par deux écoles bouddhistes. Le sutra se présente pour eux comme une manifestation du plus haut degré d’enseignement bouddhiste, l’ekayana ou « véhicule unique », dans lequel les autres (hīnayāna, mahāyāna) sont anéantis.
Mais le réel message de ce sutra est de signifier aussi de manière très claire que le bouddhisme peut être enseigné de différentes façons (Vassika cite comme moyens possibles les représentations en images, l’étude, la méditation, le fait de s’engager dans le monde et d’agir de façon bouddhiste, le fait de se retirer du monde, etc.) et à tout un chacun.
Le dharma est selon ce sutra comme un grand nuage duquel la pluie tombe sur le monde : elle tombe de la même façon à chaque endroit et avec le même goût. Chaque homme est comme une plante qui reçoit cette pluie, qu’il soit croyant ou incroyant, bon ou mauvais, développé spirituellement ou pas. Chacun est différent des autres mais reçoit la même pluie. Dans le monde, les êtres humains sont comme plusieurs sortes de plantes : les plantes médicinales, les petits arbres, les grands arbres. Ces plantes croissent et se transforment toutes de façon dissemblable : cette humidité, cette pluie, les individus, tels des végétaux, la ressentent en eux, chacun différemment, mais chacun physiquement, pas d’une façon intellectuelle. Le Bouddha nous demande de ressentir le dharma en nous-même, pas seulement de le penser. Après, nous croîtrons tous de façon différente, donnant des individus disparates mais intéressants et originaux. C’est une métaphore très éloignée de celle du Noble sentier octuple, qui est un chemin que l’on doit suivre, où le dharma est divisé en huit étapes. Ici le dharma, le nuage apportant la pluie, provoque une sensation qui nous imprègne, nous perturbe, voire nous bouleverse. On peut penser qu’en Inde après la saison sèche, la mousson pouvait avoir cette énorme valeur, et, comme le dharma dans la première métaphore, être une grande aide à se développer et un immense ressourcement.

5) Échanges en petit groupes sur trois thèmes
a) Quel est pour vous le goût du dharma ?
b) De quelles façons avez-vous grandi grâce au dharma ?
c) Est-ce que vous ressentez le dharma en vous-même en dehors de son appréhension intellectuelle ?

6) Compte rendu du mois d’action Bouddhiste, BAM 2015, pour sauver la planète.
La première réunion a eu lieu le samedi 6 juin avec Camille, Patricia, Marie-Françoise, Vassika, Frédéric, Ujumani (excusez-moi si j’oublie quelques personnes !). Il s’agissait de s’engager à effectuer différentes actions pour le mois d’action Bouddhiste dont le thème est principalement : Que faire pour sauver la planète ? (https://thebuddhistcentre.com/BAM/bam-paris-french). Un exemple : quelle action peut-on engager contre la progressive montée des eaux de la mer ?
Des résolutions ont été prises pour ce mois d’action bouddhiste par chacun des participants à la réunion. En voici des exemples :

a) Manger végétalien (non-violence envers les êtres vivants).

b) Prendre des douches froides (économie d’énergie).

c) Choisir un fournisseur d’électricité écologique.

d) Essayer d’utiliser le moins de pétrole possible.

e) Ne pas jeter les sacs en plastique, ne pas en demander dans les magasins (les commerçants ont l’habitude de vous en donner car des personnes, qui ne sont pas intéressés par l’écologie, les réclament de manière insistante). Cela entraîne un gâchis de matières premières naturelles, de la pollution par le plastique et l’assassinat des animaux qui s’étranglent en mangeant les sacs.

f) Parler des problèmes de la planète à ses amis, autour de soi : cas très grave des Maldives qui seront totalement submergées par la mer à la fin du siècle. Cependant, la réaction des gens dénote du découragement et non une volonté d’action : en quoi puis-je intervenir moi, pauvre individu, face à l’immensité du phénomène ? disent-ils .
Lors du compte rendu, chacun fait un bilan de ce qu’il a réussi à réaliser mais aussi des tentatives qui ont été infructueuses.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amicales salutations.

lundi 6 juillet 2015

Etude détaillée du Noble Sentier Octuple proposé par le Bouddha (deuxième partie)


Rappelons-nous pour atténuer le caractère sérieux de cet article que le Bouddha est presque toujours représenté souriant !


La suite donc avec la discipline mentale :

4) L’Effort juste

L’effort juste est une volonté énergique de réaliser ces quatre actions :

a) Faire obstacle à l’apparition des états mentaux mauvais ou malsains.

b) Se débarrasser des états néfastes existant déjà chez l’être humain en général.

c) Faire apparaître des états mentaux bons et sains qui n’existent pas encore.

d) Développer et amener au plus haut point de perfection possible les états mentaux positifs qui sont déjà présents.

5) L’Attention juste
Pour le Bouddha, l’attention juste a été la source de l’Eveil. Dans le Satipatthana Sutta, sutta sur la pratique de l’attention, qu’il a prononcé juste après le sermon de Bénarès, il parle de quatre types d’attentions justes permettant de réaliser la voie bouddhiste :

a) Attention juste sur les activités du corps
La pratique de la concentration sur la respiration est un des exercices bien connus concernant le corps (que nous réalisons au Centre bouddhiste Triratna) et qui est effectué en vue du développement mental. Toute sa vie, le Bouddha a donné une très grande importance à cette pratique.

b) Attention juste sur les sensations et les émotions
L’attention aux sensations et émotions, qu’elles soient agréables, désagréables ou neutres, nous permet de les vivre pleinement afin de pouvoir les analyser de la façon la plus constructive possible. Il faut voir distinctement à quel moment elles arrivent, à quel moment elles disparaissent, en être hyper-conscient dans l’instant présent, pour mieux les gérer par la suite (cette méditation est devenue très à la mode ; elle est même utilisée par des psychiatres comme Christophe André qui a écrit un très beau livre sur le sujet ou Christine Mirabel-Sarron, sous la forme soit de la MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction), soit de la MBCTD (Mindfulness-Based Cognitive Therapy for Depression)).

c) Attention juste sur les activités de l’esprit
On doit se rendre compte si l’esprit est animé par l’avidité ou pas, par l’impulsivité ou non, s’il se laisse tromper par l’illusion. Attentif ainsi aux mouvements de l’esprit, on discernera la manière dont ceux-ci apparaissent ou disparaissent et on pourra réguler les activités de l’esprit.

d) Attention juste sur les idées, pensées et conceptions
Elle concerne en fait toutes nos pensées et c’est un domaine très vaste qui inclut même les pensées qui concernent les « Quatre Nobles Vérités ». Cette attention permet de ne pas s’attacher forcément aux pensées agréables ni de se détacher excessivement de celles qui ne le sont pas.

6) La concentration juste
Il y a à nouveau quatre étapes (!):

a) La première est celle pendant laquelle nous chassons de notre esprit toutes les émotions négatives que nous avons subies dans la journée comme l’avidité, la haine, le doute. Sont conservées les sentiments de joie, de bonheur ainsi qu’une certaine activité mentale.

b) Dans la deuxième, nous laissons tomber l’ensemble des ruminations mentales, tout ce qui est de l’ordre de la conscience personnelle qui n’arrête pas de penser. Nous ne sommes plus en train de réfléchir, de cogiter, de méditer (au sens traditionnel du terme) ; nous laissons passer les pensées comme des nuages filant dans le ciel : nous les percevons sans nous y attacher.

c) A la troisième étape, nous pouvons rencontrer un état de relative sérénité, de calme, qui déclenche une joie d’être dans la pratique. Cette joie, le Bouddha disait qu’il faut aussi la laisser passer : si nous nous accrochons à la joie de la pratique, alors ce sera une pratique qui va rester limitée à cela, c’est-à-dire que nous allons être tout le temps en train de rechercher cette joie de la pratique.

d) Finalement, nous aboutissons à un état d’équanimité, c’est-à-dire de grand calme intérieur, de sérénité, qui n’est perturbé ni par les émotions négatives de colère, de haine, de jalousie, d’impatience, ni par la joie ou le bonheur auxquels nous risquons de nous attacher et qui risquent de nous limiter.

Et finalement les deux étapes de la sagesse :

7) La pensée juste
La pensée juste prône les idées de renoncement, de détachement non-égoïste, les pensées d’amour et de non-violence étendues à tous les êtres. Il est intéressant de remarquer que cette pratique fait partie du groupe « Sagesse ». Cela montre clairement qu’une sagesse véritable doit être pourvue de ces qualités déterminantes et que toutes les pensées de désir égoïste, de malveillance, de haine, de cruauté sont le résultat d’un « manque de sagesse » dans toutes les sphères de la vie, individuelle, sociale ou politique.

8) La compréhension juste
Elle consiste à comprendre les choses telles qu’elles sont. Cela signifie donc appréhender l’existence à la manière du Bouddha, c’est-à-dire avec ses souffrances et leurs causes, mais aussi avec la résolution possible de ces souffrances par la compréhension de la méthode, de la voie pour y parvenir.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Amicales salutations.


dimanche 5 juillet 2015

Etude détaillée du Noble Sentier Octuple proposé par le Bouddha (première partie)


Une représentation circulaire du Noble Sentier Octuple : à noter que les huit pratiques représentées chaque fois par une flèche mènent toutes au nibbana (qui est le terme pali pour le mot sanskrit Nirvana).



D’abord, je voulais dire à tous mes amis mentalistes qui ne s’intéressent pas ou peu au bouddhisme que je vais encore consacrer quelques articles à ce sujet. Qu’ils n’hésitent pas à m’envoyer un email pour se désinscrire pendant la période où je traiterai cette thématique, je les réinscrirai quand je reviendrai à ce qui les concerne directement.

Pour bien comprendre le bouddhisme, il faut détailler les huit points du noble sentier octuple qui est la quatrième noble vérité que le Bouddha exposa dans son premier sermon à Sarnath près de Bénarès (« mise en route de la Roue de la Loi »: Dhammacakkappavattana Sutta in Samyutta Nikāya qui fait partie du Sutta Pitaka, lui-même deuxième recueil du Tripitaka, l’ensemble des textes canoniques de ce qu’on appelle « le petit véhicule », le bouddhisme theravada) (c’est compliqué, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas besoin de retenir ces références pour suivre la voie bouddhiste !). De nombreux érudits ont écrit à ce sujet mais je préfère citer deux livres très simples et cependant très complets qui ont pour thématique essentielle le noble sentier octuple : L’enseignement du Bouddha d’après les textes les plus anciens de Walpola Rahula et Vision et transformation de Sangharakshita, le fondateur de la Communauté Bouddhiste Triratna.

Attention, pour une lecture, plus agréable sur Internet, je vais publier cet article en deux fois. Ce texte est la première partie.

Les commentateurs ont classé de plusieurs façons, suivant diverses thématiques, le noble sentier octuple mais celle que je préfère est celle-ci :

A) Conduite éthique
1) Parole juste
2) Action juste
3) Moyens d’existence justes
B) Discipline mentale
4) Effort juste
5) Attention juste
6) Concentration juste
C) Sagesse
7) Pensée juste
8) Compréhension juste

Je voudrais préciser certains points au sujet de ce noble Sentier Octuple. Je pense que, depuis des milliers d’années, personne n’a réussi à en réaliser les huit aspects de manière adéquate, à part bien sûr le Bouddha et les Bodhisattvas. L’ensemble pour moi est un modèle qu’il faut essayer de réaliser mais qu’on n’atteint jamais vraiment, parfaitement et totalement.

J’aurai par rapport à toute religion, même si elle est passionnante comme le bouddhisme et l’hindouisme, l’attitude d’un des plus grands psychothérapeutes du vingtième siècle, Fritz Perls, créateur de la Gestalt-Thérapie, auteur entre autres de Le moi, la faim, l’agressivité. Il écrivait que les idées sont comme les aliments, il faut les goûter. Cette idée a mauvais goût pour moi, donc je ne la prends pas ; cette idée me paraît délicieuse, je la garde et je l’adjoins à ma conception du monde et de mon Salut. Il peut en être ainsi pour les préceptes du noble sentier octuple : je tenterai de pratiquer ceux qui me parlent, me plaisent, ont le meilleur goût pour moi. Peut-être, dans le futur, pourrai-je réaliser d’autres pratiques de ce sentier : il faut cueillir le fruit quand il est mûr. 

Ma professeure de Yoga, Malati, développe un principe similaire : chacun fait son Yoga, dit-elle, c’est-à-dire que chaque personne réalise les postures qu’elle est capable de faire ou celles qui lui plaisent particulièrement, évitant celles qui lui font mal, celles où elle n’est pas à l’aise ou celles tout simplement qu’elle ne comprend pas, qu’instinctivement elle n’aime pas. Cette conception n’empêche pas le fait de tenter le maximum sur chaque posture, de réaliser le plus de postures possibles, de penser que l’on va progresser, mais la séance de Yoga se fait alors sans culpabilité, sans contraintes asphyxiantes pour l’esprit et le corps. Je vais peut-être choquer certaines personnes mais il en est de même selon moi pour le bouddhisme : je pense que chacun doit faire son bouddhisme, prenant dans le noble Sentier Octuple les éléments qu’il peut réaliser ici et maintenant et ce n’est déjà pas si mal que ça : l’élève bouddhiste, même s’il progresse à son rythme qui peut être lent, comprend et réalise petit à petit de plus en plus de concepts, d’attitudes de vie et de méditations.

Voici maintenant détaillées les huit prescriptions du noble sentier octuple.

1) La Parole juste.

Elle se décline sur quatre modalités différentes :
a) L’abstention du mensonge.
b) L’arrêt de la médisance, de la calomnie et de toutes paroles susceptibles de causer la haine, la désunion, la disharmonie entre individus ou groupes de personnes.
c) Le non-emploi de tout langage dur, brutal, impoli ou injurieux.
d) L’élimination des bavardages oiseux, futiles, vains et sots.
En résumé, on doit employer des mots amicaux et bienveillants, agréables et doux, qui aient du sens et qui soient utiles. Il ne faut jamais parler négligemment mais au moment et au lieu convenables. Si l’on n’a rien d’utile à dire, il vaut mieux tout simplement garder le silence !

2) L’Action juste.

Elle vise à promouvoir une conduite morale honorable et pacifique. Nous sommes exhortés à nous abstenir de détruire la vie, du vol, de transactions malhonnêtes et à aider les autres à mener une vie honorable et pacifique.

3) Les Moyens d’existence justes

Cela signifie qu’on devra s’abstenir de gagner sa vie dans une profession nuisible aux autres, comme le commerce des armes ou la mise à mort des animaux, et que l’on doit vivre d’une profession qui ne puisse pas nuire aux autres. Il est donc clair que le bouddhisme s’oppose fermement à toute forme de guerre puisqu’il pose comme principe que le commerce d’armes ou d’instruments meurtriers est un moyen d’existence mauvais et injuste.



Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Amicales salutations.

vendredi 3 juillet 2015

Yoga et méditation


Posture de Yoga et méditation




Chers amis,

J’ai choisi de parler dans cet article d’une des voies du Noble Sentier Octuple bouddhiste, la concentration juste (ou méditation). N’oublions pas que c’est ainsi, en méditant, que le Bouddha a atteint l’Eveil sous un figuier. Je détaillerai les deux méditations que l’on nous propose alternativement chaque mercredi aux soirées Sangha du Centre Bouddhiste Triratna de Paris : la concentration sur le souffle ou le Metta-bhavana, méditation de la compassion.

Cependant, je suis persuadé qu’une bonne méditation ne peut pas se réaliser si notre corps est crispé, encore tendu par les soucis quotidiens. Souvenons-nous des huit étapes du Raja-Yoga : avant d’atteindre Dhyâna, la méditation, la septième étape, il faut passer par les étapes d’Asana, la posture, de Pranayama, la discipline du souffle, qui se pratiquent toutes deux dans le Yoga, et de Dharana, la concentration que vous pouvez étudier par vous-même. Tara Michaël explique ces techniques d’une façon lumineuse dans son livre Clefs pour le Yoga et la plupart de mes analyses sont inspirées par elle.

La posture de Yoga doit répondre à deux exigences, être à la fois stable et agréable. Quand l’entraînement dans la posture permet au pratiquant du Yoga de la garder fermement, tout en se sentant à l’aise, le but est atteint. La posture met fin à l’agitation corporelle et rassemble les énergies éparses. Il y a aussi dans le Yoga un type de postures dites « méditatives ». Ce sont souvent des postures assises comme la position du lotus ou la position du héros.

L’asana devient parfait par la pratique de la détente en profondeur et la méditation sur l’espace infini. Toute sensation douloureuse s’efface et le corps est comme dissout, ce qui va favoriser la méditation.

Lorsque l’étape de l’asana est acquise, vient alors celle de la discipline du souffle (pranayama). En réalité, elle est plus qu’un contrôle du souffle : elle est la régulation de l’énergie vitale (prana) au moyen de celui-ci. Prana désigne les courants d’énergie qui animent le corps. Le mouvement respiratoire n’est que l’un d’eux, mais le plus évident, et en corrélation étroite avec tous les autres. Par la régulation du souffle respiratoire, on obtient la maîtrise sur les différents « souffles vitaux » ou courants d’énergie subtils.

De plus, on a constaté une relation intime existant entre la respiration et les états psychiques. La respiration d’un homme en souffrance est irrégulière, arythmique, changeante, superficielle. Il faut la réguler. Voici ce qui est écrit dans le Hathayogapradipika (II, 2), un des principaux traités sur le Yoga :
« Lorsque le souffle est agité, l’esprit est agité,
Lorsque le souffle est immobile, le yogi atteint la fixité.»
Grâce à cette corrélation étroite, la maîtrise du souffle conduit directement et immédiatement à la maîtrise de l’esprit.

In fine, le pranayama est considéré comme la plus haute forme d’ascèse, purifiant de toutes les souillures : « Par le pranayama, le réseau opaque qui recouvre la luminosité intrinsèque de l’esprit (citta) est graduellement dissout, et l’esprit devient apte à la concentration » (Yoga sutras de Patañjali II, 52, 53).

La concentration (dharana) est la fixité de l’activité mentale sur un lieu circonscrit. Elle est l’étape préalable à la méditation (dhyana). On peut se focaliser sur la région du cœur, sur le haut du front, sur la pointe du nez, etc. Lorsque l’attention est parfaitement centrée et immobile, la concentration est atteinte.

Dans la méditation, l’étape suivante, le problème est de prolonger la fixité de l’attention, sans être constamment perturbé par les perpétuelles distractions de l’esprit (pensées, images, sensations, sentiments, etc.), pendant un temps assez long qui peut aller d’un quart d’heure à plusieurs heures. Au Centre Bouddhiste Triratna, nous utilisons deux types de méditations : la concentration sur le souffle et le Metta Bhavana, méditation de la compassion. Pour tout type de renseignement sur ce sujet, consultez les pages Internet de L’esprit indompté entièrement consacrées à la méditation bouddhiste.

1) Concentration sur le souffle.
Elle comporte quatre étapes :

a) Compter le souffle.
Commencez à compter en pensée après chaque expiration :
Inspiration, expiration- comptez 1
Inspiration, expiration- comptez 2
Inspiration, expiration- comptez 3
Inspiration, expiration- comptez 4
Inspiration, expiration- comptez 5
Inspiration, expiration- comptez 6
Inspiration, expiration- comptez 7
Inspiration, expiration- comptez 8
Inspiration, expiration- comptez 9
Inspiration, expiration- comptez 10
Quand vous êtes arrivé à 10, revenez à 1 et comptez à nouveau. Recommencez pendant au moins 5 minutes.

b) Compter avant chaque inspiration.
La pratique est la même, pendant le même temps, mais on compte avant chaque inspiration (1, 2, 3, etc.).

c) Cesser de compter et suivre simplement la respiration qui va et vient.

d) Enlever son attention de la respiration pour se concentrer sur ce que l’on ressent là où le souffle passe dans les narines.

L’ensemble de l’exercice dure un peu plus d’un quart d’heure.

2) Méditation de la compassion : Metta Bhavana.
Cette méditation nous propose de développer notre compassion envers quatre personnes : soi-même, un ami, une personne neutre, une personne difficile. Premier truc personnel : je choisis toujours les mêmes personnes comme ami, personne neutre, personne difficile. Cela m’évite de me disperser, je suis concentré dès le début de la méditation et je ne laisse pas mon esprit errer dans des recherches inutiles.

a) Soi-même.
Pour beaucoup de gens en Occident, c’est la partie la plus difficile parce que notre société et notre religion nous ont appris à ne pas nous aimer (selon le cas, c’est considéré soit comme de la prétention, soit comme de l’inconscience face aux nombreux péchés que l’on prétend que nous commettons).
J’étais complètement bloqué et je n’y arrivais pas : je ne pouvais pas avoir de la compassion pour moi-même. J’ai lu alors les conseils de L’esprit indompté qui m’a donné de nombreuses pistes auxquelles je n’avais pas pensé. Il faut réfléchir à tous les gens qui vous ont aimé, il y en a certainement beaucoup. Cela vous remontera le moral et vous fera progresser dans votre auto-estime : vous aurez plus de compassion pour vous-même car vous comprendrez que, si tant de gens vous ont aimé, c’est que vous êtes une personne digne d’amour et de cette même compassion.
Il faut recenser aussi tout ce que vous avez accompli de bon et de bien dans votre vie. Vous trouverez certainement de nombreux exemples. Et du même coup, vous aurez plus de compassion pour vos malheurs, vos défauts et vos imperfections.

b) Un ami.
Personnellement, je n’ai pas de problème dans cette partie de la méditation. Je pense simplement que cet ami a beaucoup plus de problèmes que moi et qu’il les supporte avec patience et douceur. J’ai à la fois de l’admiration pour son attitude et de la compassion pour sa condition.

c) Une personne neutre.
Pour moi, les personnes neutres n’existent pas. Je ressens toujours quelque chose en bien ou en mal envers quelqu’un. J’ai choisi banalement la caissière de mon supermarché parce que je ne la connais pas et j’imagine sa vie, pensant avec compassion aux éventuelles difficultés qu’elle est susceptible de rencontrer.

d) Une personne difficile.
C’est la partie que je rate toujours dans cette méditation. Je choisis inlassablement la même personne que je déteste à chaque fois avec une égale et très forte violence.
Je revis puissamment les scènes où cette personne a été mauvaise avec moi. Je n’arrive à lui trouver aucune circonstance atténuante : j’ai beau m’imaginer qu’elle a eu une enfance malheureuse, qu’elle a été battue par ses parents, rien ne vient apaiser ma haine. Désolé, je ne peux donc pas vous conseiller, consultez encore une fois la page Internet de l’Esprit indompté qui vous donnera diverses explications.

L’ensemble de cette méditation dure au moins vingt minutes mais peut s’allonger pendant beaucoup plus de temps. Vous pouvez étendre votre compassion à toutes les personnes de votre groupe, puis, graduellement, au monde entier qui connaît une grande souffrance.

A noter que les deux méditations sont complémentaires : l’une porte sur votre corps, l’autre sur des personnes. La première apaise et concentre, la seconde fait plus jouer votre imaginaire.

Si au début, vous ne parvenez pas à méditer plus de dix minutes par semaine, encore en étant constamment perturbé par toutes sortes de pensées qui envahissent votre esprit, c’est normal. J’étais comme vous lorsque j’ai commencé et, à présent, j’arrive à tenir une méditation de plus de 20 minutes chaque jour. Tout est question de pratique, de persévérance, d’habitude. Essayez d’abord d’allonger votre séance pour qu’elle dure un quart d’heure. Pratiquez ensuite au moins deux fois par semaine pendant des mois. Et quand vous vous sentirez prêt, lancez-vous dans une méditation quotidienne.

En ce qui concerne le Yoga, étape à mon avis nécessaire avant la méditation, ma professeure, Malati, donne des cours tout cet été le vendredi à huit heures du matin à l’hôtel Mandarin Oriental, 251 rue Saint-Honoré, dans le premier arrondissement de Paris.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Amicales salutations.