vendredi 3 novembre 2017

Cabale et astrologie (troisième partie).



Un des livres en question.


Cet article est la suite de celui-ci.

Voici un passage du Midrash Rabba, consacré au Livre d’Esther pour la fête de Pourim (sorts) qui accorde une place importante à l’astrologie. Ce passage est extrait du deuxième Livre, chapitre XI :

« Puis iI se mit à examiner les signes du Zodiaque. Dans le signe du Bélier, il trouva le mérite de la Pâque comme il est dit : Que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle, un agneau par maison (Exode XII, 3).

Dans le signe du Taureau, il trouva le mérite de Joseph qui fit appelé bœuf comme il est dit : Son premier castré, qu'il est majestueux (Deutéronome XXXIII, 17) et aussi le mérite de l'offrande comme il est dit « Lorsqu'un bœuf ou un mouton ou un bouc est présenté, etc. » (Lévitique 30, 27).

Aux Gémeaux apparut le mérite de Peretz et Zérach qui furent appelés jumeaux comme il est dit : Regarde, il y a des jumeaux en elles (Genèse XXXVIII, 27). En Lion, on trouva le mérite de Daniel de la Tribu de Yehoudah  qui est désignée par le lion comme il est dit : Yehoudah est un jeune lion  (Genèse XLIX, 9). En Vierge, il y eut le mérite de Hananiah, Mishaël et Azariah qui étaient semblables à une jeune femme qui n'a pas connu d'homme sinon son époux. Aussi, ils ne changèrent point leur Dieu et restèrent fidèles à leur judaïsme. La Balance, c'est Job qui dit : Ah ! Si seulement on pesait mon chagrin en mettant en même temps mon malheur dans la balance ! (Job VI, 2).

Le Scorpion, c'est Ézéchiel : Tu demeureras au milieu des scorpions (Ézéchiel 11, 6). Le Sagittaire, c'est Joseph, comme il est dit : mais son arc est tendu fermement (Genèse XLIX, 24). Le Capricorne est Jacob, comme il est dit : Et elle mit les peaux des chevreaux sur ses mains (Genèse XXVII, 16). Le Verseau, c'est Moïse comme il est dit : Et en plus il a fait jaillir l'eau pour nous (Exode X, 19). En arrivant au Signe des Poissons, qui brille au mois d'Adar, Haman ne lui trouva pas de mérite et il se réjouit et dit : Adar n'a pas de mérite et son signe non plus ; Moïse leur maître est mort. Il ignorait toutefois que le 1er Adar, Moïse était né. 11 dit : Tout comme les poissons avalent et nous-mêmes nous avons avalé, à présent c'est vous qui serez avalés. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

La magie, un monde à plusieurs dimensions (deuxième partie).



Sefer Yetzirah (Livre de la Formation), version de Virya.


Cet article est la suite de celui-ci.

L'Arbre de Vie

L'Arbre de Vie est un schéma qui représente l'Homme Universel, le macrocosme, aussi bien que l'être humain, considéré comme microcosme.

L'Arbre de Vie est composé de dix sphères nommées Sephiroth (sephirah au singulier). Ces sphères sont connectées entre elles par vingt-deux lignes nommées « sentiers », qui représentent les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Les dix sephiroth et les vingt-deux sentiers sont réunis sous le nom de « trente-deux sentiers de la sagesse ».

Les sephiroth

Le mot Sephirah n'existe pas dans l'Ancien Testament. Tout au plus trouve-t-on dans Psaumes LXI, 15 le mot Sphoroth dont le singulier est Sephirah ou Sforah. Le sens du mot est « nombre, énumération, dénombrement ». Ultérieurement, Sephirah signifie « décompte » dans le traité NIdda 73a, et « écriture, enregistrement » dans Gittin 21b et Succah 24b. Les sens de livre, récit, et nombre coexistent. Au début de l'ère chrétienne, l'hébreu pouvait employer deux mots comme synonymes de nombre : Mispar et Sephirah.

Il faut attendre le Sefer Yetzirah (Livre de la Formation) pour voir mentionnées les sephiroth comme partie Intégrante d'un système spirituel élaboré. Le Sefer Yetzirah se présente sous la forme d'un petit livre, écrit vers les III ème - IV ème siècles après J. C., d'auteur inconnu. Il existe en trois versions dites : courte, longue, et de Saadia Gaon. Elles diffèrent à la fois par la taille des textes et par l'ordre de leur présentation. Il fut publié pour la première fois à Mantoue en 1562, mais il existe deux versions manuscrites plus anciennes datant toutes les deux du X ème siècle.

Ainsi que son nom l'indique, ce livre propose une théorie de la formation de l'univers. Il enseigne que ce dernier fut formé par trente-deux voies de sagesse : les dix sephiroth et les vingt-deux lettres de l'alphabet hébreu. Les dix sephiroth semblent être des nombres, tandis que les vingt-deux lettres signifient la puissance de l'écrit.

Si les textes sur lesquels repose la Qabale juive ne sont guère prolixes en schémas, apparurent très vite des figures qui se voulaient autant d'illustrations des processus métaphysiques que ces documents décrivaient. Ainsi, les dix sephiroth ont été représentées sous forme de diagrammes. Le plus largement utilisé est aujourd'hui l'Arbre de Vie (apparu sous sa forme actuelle au XIV ème siècle), sur lequel sont structurés les enseignements magiques contemporains.

Les sephiroth sont différents niveaux de manifestation de la Lumière incréée. Elles sont des réceptacles, dans lesquels la Lumière-Sans-Limite se densifie toujours un peu plus. La sephirah agit comme un voile coloré, qui atténue la lumière et lui donne sa couleur. Ces dix étapes successives permettent à l'homme de percevoir le reflet d'une Lumière qui l'éblouirait (ou le consumerait), s'il la contemplait telle qu'elle émane de sa source.

Les sephiroth sont surnommées « émanations numériques »' et représentent les formes abstraites des nombres un à dix. Chaque sephirah symbolise un attribut de Dieu et de l'homme qu'il fit à son image.

Lorsque la Lumière-Sans-Limite se condensa en un point, les dix sephiroth étaient potentiellement présentes dans ce point primordial. Un éclair  jaillit, développant les dix sephiroth selon l'ordre suivant :

1 Kether : la Couronne

2 Chokmah : la Sagesse

3 Binah : la Compréhension

4 Chesed : la Grâce

5 Geburah : la Force

6 Tiphereth : la Beauté

7 Netzach : la Victoire

8 Hod : la Gloire

9 Yesod : la Fondation

10 Malkuth : le Royaume

La Création s'effectue par l'action de puissances représentées graphiquement par les lettres de l'alphabet hébreu. Chaque lettre est chargée de force, étant la cristallisation visible d'une énergie qui la sous-tend. De même, en Inde, la mise en action de ces puissances s'appuie sur un jeu de formules sanscrites : les mantras pour les sons et les yantras pour les graphismes. « Par les noms et les images, toutes les puissances sont éveillées et ré-éveillées» rappelle le rituel de Néophyte de la Golden Dawn.

Les trois piliers

Les dix sephiroth sont réparties en trois colonnes ou piliers. La colonne de droite est le Pilier de la Clémence, celui de gauche le Pilier de la Sévérité. Le pilier central, dit « Piller du Milieu », est le facteur d'équilibre qui mêle et unit le Pilier de la Clémence et celui de la Sévérité.

Les Piliers de la Clémence et de la Sévérité sont les prototypes des deux colonnes Jakin et Boaz qui se trouvaient à l'entrée du Temple de Salomon et qui se trouvent toujours à l'entrée des temples maçonniques. L'un blanc, l'autre noir, ces deux Piliers représentent toutes les paires d'opposés. Par le Pilier du Milieu, la Qabale met l'accent sur une voie médiane, sur la nécessité d'emprunter « la voie de l'invariable milieu ». De même, le franc-maçon doit se situer « entre les colonnes ».

Les quatre Mondes

Selon la Qabale, avant que soit créé l'univers présent, «certains mondes primordiaux» furent formés. Mystérieusement désignés par l’Ecriture (Gen. XXX VI, 31-39) comme les « Rois qui ont régné dans le pays d'Edom », ils ne purent subsister.

Au commencement de notre monde actuel, les dix premières sephiroth émanées de la Lumière incréée étaient si puissantes que l'homme ne pouvait rien en percevoir. Voilant toujours plus leur éclat, ces sephiroth initiales émanèrent leur reflet. Le processus dut être répété quatre fois afin que la lumière soit suffisamment atténuée et diffuse pour être distinctement perçue par l'homme. De là proviennent les cinq Mondes des Qabalistes (l'Homme Universel et les quatre reflets).

Le premier monde qui émana de la Lumière Infinie sous forme du Point Primordial fut celui de l'Homme Universel (Adam Kadmon). Le monde suivant qui émana de l'Adam Kadmon fut celui de l'Emanation (Atziluth), également composé de dix sephiroth, mais d'une lumière atténuée.

Puis vinrent les sephiroth qui firent le monde de la Création (Briah), celles du monde de la Formation (Yetzirah) et celles du monde de l'Action (Assiah).

Dans chacun des cinq mondes, les dix sephiroth sont divisées en trois triades composées des neuf premières sephiroth, et de la dernière sephirah, Malkuth.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Cabale et astrologie (deuxième partie).


Le guide des égarés de Maïmonide.


ASTROLOGIE - ITSTAGNINOUTH - En hébreu, l'astrologie porte plusieurs noms : « Visionnaire dans les étoiles », « Sage des astres ».


Planètes et Sefiroth

Les kabbalistes du Moyen-âge ont tenté de concilier la symbolique de l'émanation séfirotique et la symbolique astrologique, mais ce n'était pas facile. Toutefois le Rambam (Maïmonide), avait préparé le terrain dans son Guide des égarés qui a inspiré de nombreux kabbalistes. À cette époque on ne parle pas encore de Sefiroth mais d’« intelligences » : « Si les philosophes modernes ont dit que les intelligences sont au nombre de dix, c'est qu'ils ont compté les globes ayant des astres et la sphère environnante, bien que quelques-uns de ces globes contiennent plusieurs sphères. Or, ils ont compté neuf globes : la sphère qui environne tout, celle des étoiles fixes, et la sphère des sept planètes" (Guide des égarés). On trouve plus loin une hiérarchisation des astres : « Tous les anciens rangeaient Vénus et Mercure au-dessus du soleil, et à cause de cela, ils comptaient les sphères au nombre de cinq : celle de la Lune, qui indubitablement, est près de nous, celle du Soleil, qui est nécessairement au-dessus d'elle, celle des cinq autres planètes, celle des étoiles fixes, et enfin la sphère qui environne le tout, et dans laquelle il n'y a pas d'étoiles ».

Le Rambam reconnaissait l'influence des astres et citait pour cela les paroles du Beréshith rabba  : « Il n'y a pas jusqu'à la moindre plante ici-bas qui n'ait au firmament son mazal (étoile ou astre), qui la frappe et lui ordonne de croître, ainsi qu'il est dit (Job 38 : 33) : « Connais-tu les lois du ciel, ou sais-tu indiquer sa domination (son influence) sur la terre ? ».

À l'époque où les astrologues ne travaillaient qu'avec sept planètes le système des dix sefiroth suffisait, mais la découverte de planètes supplémentaires peut nous encourager à repousser la lumière des Sefiroth encore plus loin.

Voici la synthèse des correspondances planétaires avec les Sefiroth, telle qu'on la retrouve le plus souvent dans la Kabbale moyenâgeuse et principalement d'après Ibn Waqar :

1.            Kether. Point de départ de l'épanchement, symbolise la Sphère non étoilée qui environne le tout. Elle est la manifestation de l'En-Sof dans la troisième série, c'est-à-dire l'infini de notre univers.

2.            Chomah : Moins absolue que Kether, renferme les trente-deux sentiers, représente la sphère étoilée ou, éventuellement, la sphère des fixes. On peut aussi tout simplement y attribuer le zodiaque.

3             Binah : A ce stade est le point de départ des forces d'impureté, principe conférant l'intelligence, la racine de la loi révélée. Correspond à Saturne.

4.            Chesed : La miséricorde, l'activité bienfaisante. Correspond à Jupiter.

5.            Gueburah : La rigueur implacable, appelée aussi « Grand feu » et considérée comme la cause du mal dans le monde. Correspond à Mars.

6.            Tiphereth : Mélange tempéré de miséricorde et de rigueur, reçoit le flux des Sefiroth supérieures et transmet la lumière aux Sefiroth inférieures, appelée pour cela « grande lumière ». Correspond au Soleil.

7.            Netzach: Miséricorde plus faible que Chesed. Correspond à Vénus.

8.            Hod : Rigueur plus faible que Gueburah, mélange des forces du bien et du mal sans action énergique vers les unes ou les autres. Correspond à Mercure.

9.            Yesod : Reflète et temporise la lumière de synthèse de Tifereth. Correspond à la Lune.

10.          Malkuth : Sefirah uniquement réceptrice, sans identité propre. Elle transmet en bien comme en mal le flux émanant des Sefiroth supérieures et particulièrement de Tiphereth. Correspond à la Terre.

Voilà .C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


jeudi 2 novembre 2017

La magie, un monde à plusieurs dimensions (première partie).



L'Arbre de Vie de la Qabale.


Cet article est la suite de celui-ci.

Bien  que souvent considérée comme « surnaturelle », la magie s'appuie sur un jeu de lois parfaitement définies. Alors qu'elle a été remplacée dans la conscience populaire par les hypothèses rationalistes du siècle des lumières et de la science moderne, la vision de l'univers qui réside au cœur de l'hermétisme occidental exerce une fascination puissante pour une raison simple : elle fonctionne.

Au centre de cette vision du monde est la notion de plusieurs plans (ou mondes) de conscience invisibles qui s'étendent bien au-delà tout en interpénétrant largement le nôtre. Ces plans toujours plus subtils sont les lieux (ou les fréquences, pour utiliser un langage radiophonique) de différents niveaux de conscience. Dans chaque plan résident des hiérarchies d'entités ou d'énergies parmi lesquelles les dieux (ou les attributs de Dieu), les archanges, les anges, les forces planétaires, les âmes (incarnées et désincarnées). Par un entraînement et une discipline adéquats, le magicien peut entrer en contact avec ces plans, interagir avec ses habitants, acquérir un savoir et une sagesse, exercer un pouvoir, ou revenir pour raconter son aventure.

Cette conception de mondes intérieurs et extérieurs (ou supérieurs et Inférieurs) doit beaucoup à Platon, bien qu'on en retrouve le principe dans les exposés philosophiques du pseudo-Denys, les anciens écrits hermétiques, les sages soufis tels qu'Ibn Arabi et Ibn'Sina, le poète Dante, et divers qabalistes. On peut établir des parallèles éloquents avec la cosmologie des traditions orientales du tantrisme et du yoga.

Dans cette vision du monde, les planètes et les étoiles qui sont au-dessus de nous représentent le Macrocosme (le Grand Monde) alors que chaque être humain est un Microcosme (le Petit Monde). L'axiome hermétique provenant de la Table d'Emeraude « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, afin que s'accomplisse le miracle de l'unité. » illustre ce principe.

Une géographie spirituelle

Les diverses forces à l’œuvre dans les mondes intérieurs ne sont pas un magma chaotique d'entités, d'énergies, de qualités imprévisibles ; elles ont un rythme, une raison d'être qui a été systématisée sous la forme de quelques diagrammes-clefs. Par l'étude et la pratique, le magicien intériorise ces diagrammes jusqu'à ce que leurs hypothèses et leurs symboles deviennent une seconde nature.

Le plus simple de ces schémas est celui des quatre Éléments : Air, Feu, Eau, Terre. Le magicien se place dans un cercle magique sur lequel se répartissent les quatre directions de l'espace. A chaque direction est associé un Élément, un archange, une arme magique, un domaine d'étude. En s'enracinant dans cette structure, le magicien établit un lien avec le plan physique avant de se concentrer sur d'autres plans.

Toujours en rapport avec les Éléments, une vision plus complète tient compte de celui dont jaillissent les quatre autres : l'Éther des philosophies antiques, la quintessence (cinquième essence) des alchimistes, l'Akasha du tantrisme, la rose qui fleurit au centre des quatre branches de la croix. Le pentagramme en est une image possible.

Un troisième schéma fondamental en magie est l'Arbre de Vie de la Qabale. Tel qu'il était utilisé par les qabalistes hébreux, l'Arbre représentait à l'origine dix aspects ou qualités de Dieu allant du plus abstrait jusqu'au plus accessible. Reprises au cours des siècles par la tradition magique occidentale, les dix sphères de cet Arbre en sont venues à représenter différents grades et niveaux de conscience accessibles au magicien par l'invocation ou la visualisation rituelles. Leur sont associés des symboles, des anges, des noms divins, des couleurs, etc.

En magie, le travail sur les sentiers consiste à opérer (rites, visualisations) sur les liens qui relient les sphères les unes aux autres. En évoquant en soi les qualités associées à ces sentiers, en communiquant avec les formes d'intelligence qui les habitent, en observant les effets subtils ou les événements significatifs qui surgissent dans la vie quotidienne à la suite d'un tel travail.

La magie n'a rien à voir avec le satanisme ou les messes noires. Ses caricatures n'ont pas plus de rapports avec elle que la gourde en plastique en forme de Sainte Vierge n'en a avec les hauteurs mystiques de Saint Jean de la Croix. Comme le souligne Robert Ambelain : « Le kabbaliste qui brûle son encens devant le Pentacle où flamboie le divin Tétragramme n'est pas un être différent du prêtre catholique en adoration devant l'ostensoir ou du lama devant l'image de la déité protectrice. Son état d'âme est celui de tous les mystiques, et il a droit au même respect que le moine de Solesmes ou de Saint-Wandrille. ».


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Cabale et astrologie (première partie).




Un livre de référence sur le sujet.


ASTROLOGIE - ITSTAGNINOUTH (en hébreu). Il est donné dans cette langue à l''astrologie plusieurs noms : « Visionnaire dans les étoiles », « Sage des astres ».

Dans son ouvrage Meshiv dévarim nekohim (Le livre de la réponse adéquate), le kabbaliste de Gérone, Jacob ben Shéshéth a écrit au sujet de l'astrologie : « L'Écriture (Ps. 103 ; 21) appelle les constellations « Serviteurs de Dieu » et «  Exécuteurs de sa volonté » ; c'est pour t'enseigner que les événements qui arrivent au monde par les astres ne sont issus que de la Volonté du Saint, béni soit-il. Les Hakméi ha-kokavim (astrologues) avouent que Dieu neutralise la force des astres et l’expliquent par la comparaison suivante : Un Roi peut annuler la puissance d'une province, car il gouverne tout et la province n'est qu'un fragment. Cette loi est valable pour toute l'astrologie, le gouvernant annule le fragment, ainsi le Saint, béni soit-il, est le gouvernant et le Roi de l'univers, il peut donc neutraliser les puissances astrales. Les docteurs de la Loi disent : « Les enfants, la longévité et l'existence ne dépendent pas du mérite, mais de l'astre ». Il faut le comprendre ainsi : Tous les événements qui arrivent au Juste par la vertu des astres, celui-ci peut  les annuler par son mérite personnel, sans même accroître la prière, juste par l'intention de son cœur. Il ne faut ni prière ni supplication, mais la seule intention du cœur. 

En revanche, s'il s'agit d'une des trois choses énumérées plus haut, il est nécessaire de supplier et de multiplier les prières. Pour ces trois cas, la prière fut profitable à Rachel stérile (Gen. 30 : 22), Dieu l'exauça et la rendit féconde. Ezéchias (menacé de mourir prématurément) fut aussi exaucé par sa prière (2 Rois 20 : 5) : J'ai entendu ta prière et vu tes larmes. Élie et Élisée ressuscitaient les morts et obtenaient la nourriture par leurs prières. C'est pourquoi les Sages ont dit que ces choses ne dépendaient pas du mérite, mais de l'astre... Pourquoi les  astres sont appelés les exécuteurs de sa Volonté alors que les anges sont les exécuteurs de sa parole ? Ceci parce que la force ne passe dans les anges qu'au moment de l'exécution.

Le traité Arbéy Pessahim dit que le Saint, béni soit-il, fit un pacte avec le prince du feu par lequel cet ange devait sauver Hananyah, Mishaél et Azaryah de la fournaise. Mais au moment d'agir le prince de la grêle demanda de le faire, car selon le cours logique des choses c'est l'eau qui éteint le feu. Effectivement, si l'ange du feu avait été chargé de la mission dès le pacte, celui de la grêle n'aurait pu intervenir au moment de l'exécution... Les anges ne recevant leur mission qu'au moment de l’exécution, ceci fait d’eux des « exécuteurs de la parole », ainsi pour eux l’ordre reçu et l’exécution sont simultanés (c'est pourquoi on ne prie pas un ange, il lui faut un ordre de plus haut). Les astres font la Volonté, car tout ce qui découle de leur puissance est soumis à leur joug depuis les six jours du Beréshith (Genèse).

Les Rabbins enseignent à propos de : « parce que quelqu'un serait tombé » (Deut. 22 :8), que celui-ci était destiné à tomber depuis les six jours de la création. Le pouvoir est remis aux astres, jusqu'à ce que le temps arrive de passer à l'acte. C'est pourquoi les astres sont les « exécuteurs de sa Volonté »— car Dieu leur a donné leur fonction depuis la création  du monde et ils exécutent au moment où cela passe de la puissance à l'acte. Ce n'est pas d'eux que dépend l'exécution, car ils sont comme des esclaves servant leur maître. L'Écriture les nomme « exécuteurs de sa Volonté », car ils ont la fonction bitoul ha-koah (annihilation du potentiel) pour montrer que ce passage du potentiel à l'acte n'est pas un changement de la Volonté divine, car dès le Beréshith il a voulu qu'il en soit ainsi. L'étudiant comprendra peut-être difficilement comment tout fut remis aux astres durant les six jours de la création. Voici une explication brève, mais précise sur ce point. Celui qui connaît l'astrologie sait que la connaissance des astres dépend de divers paramètres comme les distances respectives des 7 planètes, l'ascendant, la façon dont les astres se regardent, leur occultation les uns par rapport aux autres, la position par rapport à la sphère des fixes et d'autres.

Mais ces paramètres changent en permanence, le point de degré qui monte est valable pour un seul instant (...) La pensée n'est pas apte à réaliser l'action et l'influence d'un moment donné sur les créatures, c'est pourquoi les astrologues ne peuvent formuler avec certitude (...) Lorsque le Saint, béni soit-il, fixa la sphère de rotation des mazaloth (constellations) et qu'il les rythma et lorsqu'il fixa l'orbite des planètes, il était déjà possible de calculer l'ascendant mille ou deux mille ans plus tard. De même qu'il serait possible de calculer la position des planètes, comme on sait calculer à quel moment ou quelle partie de l’heure naît la nouvelle lune. Ce qui naît à chaque moment est prévu par Dieu, c'est évident. Jérémie crie cette vérité : « C'est toi qui as fait les cieux et la terre par ta grande force, en déployant ta puissance, rien n'est caché pour toi » (Jér. 32 : 17) (...). Ce verset de Jérémie se comprend ainsi : C'est toi qui as fait les cieux dont la rotation n'a pas de fin et qui évoluent pour accomplir la mission que tu leur donnes, tu as fait la terre, tout ce qui est sous les autres sphères, (la terre) est prête à recevoir la puissance des sphères et des astres auxquels tu as donné la force" (Meshiv dévarim nekohim, chapitre IV, Livre de la réponse adéquate).


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Le parcours ésotérique de la Golden Dawn (deuxième partie).



Un CD d'Israel Regardie avec la pratique de la « Conversation avec le Saint Ange Gardien ».


Cette article est la suite de celui-ci.

A quoi sert l’ésotérisme ?

L’ésotérisme postule qu'au-delà du mental (lequel comprend toutes les couches du conscient, de l'inconscient, etc.) existe en chacun de nous une parcelle du divin qui, seule, peut être dite immortelle. Nommée « Saint Ange Gardien » par la Golden Dawn, une première étape consiste à établir le lien entre notre conscience (le Moi) et cette parcelle divine (le Soi), opération nommée « Conversation avec le Saint Ange Gardien ».

Cette étape franchie, l'adepte travaillera à confier la direction de sa vie au Soi qui réside en lui, le Moi n'ayant alors plus lieu d'être. L’évanouissement du Moi se produit lors du « franchissement de l'abîme ». Dégagé de ses conditionnements, l'être reçoit (ou comprend) sa destinée, assume sa vraie fonction dans ce monde, collaborant à l'œuvre des dieux pour qu'il soit conforme à l'ordre et aux plans qu'ils ont élaborés. Nous sommes là dans la théurgie proprement dite.

Une telle union avec le divin ne peut être atteinte par la simple croyance dans une doctrine ou des spéculations intellectuelles. Les divers rites, techniques, armes ésotériques, etc... sont autant d'outils dont l'objectif est la restauration, la réparation, l'élévation de la conscience afin qu'elle devienne un véhicule adapté à la Lumière divine. Lorsque le corps et la personnalité sont purifiés, libérés de névroses handicapantes, le Soi peut être invoqué. Si ces outils n'ont plus lieu d'être lorsque le but est atteint, l'homme appartenant pour partie au monde matériel ne saurait se passer de moyens également matériels qui constituent autant de leviers pour dépasser cet état, de moyens pour induire les transformations qui s'opèrent en lui.

Supposons un immeuble de dix étages. Comment en atteindre le sommet ? Certainement pas en ignorant le fait évident qu'au moins 60 mètres nous en séparent. C'est pourtant l'attitude simpliste de la « mystique de la vole intérieure ». Dieu, affirme-t-on dans certains cercles, est un état de conscience infinie auquel nous devons nous unir. Jusque-là, chacun est d'accord. Mais, en pratique, il nous serait proposé de gagner le sommet en ignorant les escaliers qui nous séparent de notre objectif : Dieu. C'est comme si nous tentions de sauter du sol au sommet du bâtiment.

L’ésotérisme adopte une attitude plus réaliste et pragmatique, plus conforme au bon sens. Pour gagner le sommet, nous devons soit monter par les escaliers prévus à cet effet, soit utiliser l'ascenseur. L’homme est une créature complexe dont les facultés, au cours de millions d'années, se sont développées et transformées pour répondre à des besoins et instincts (faim, peur, sexualité, survie, etc.) qu'il est dangereux d'ignorer.

En aspirant à l'union divine, nous devons nous assurer que notre méthode, quelle qu'elle soit, prend ces facultés en considération et les transmute jusqu'à ce qu'elles puissent participer à l'expérience. L'évolution (ou l'adaptation) de tous les constituants de l'être humain s'y avère nécessaire, pas seulement celle de quelques-uns d'entre eux, laissant les autres sous-développés ou fixés à un état infantile. En outre, ces facultés doivent être entraînées pour faire face à l'énorme tension imposée par un tel objectif. Faire fi de toutes ces considérations suscitera les catastrophes si fréquemment rencontrées dans les cercles occultes ou mystiques.

Contrairement à une idée reçue qui ne se vérifie pas dans la pratique, la voie ésotérique vaut la voie mystique, parce que proposant une « technologie » permettant de franchir de manière systématique et méthodique les diverses étapes qui conduisent de l'initiation à l'adeptat (sauf pour quelques êtres d'exception prédisposés de naissance dont un événement de l'existence suffit à faire éclore un état inhérent à leur personne, mais dont ils n'avaient pas conscience). Pour les autres, les Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola, l'hésychasme de l'orthodoxie, l'ascèse monastique confirment, malgré les allégations officielles selon lesquelles la foi est la clef du christianisme, que les techniques sont un prérequis de tout développement intérieur.

D'où la « supériorité » (d'un point de vue pratique) d'un Jamblique sur un Plotin, d'un Martinès de Pasqually sur un Louis-Claude de Saint-Martin. Les écoles de tantrisme hindou et bouddhiste suivent une démarche analogue.

Comme l'expérience ésotérique ne peut être éprouvée par le chercheur sceptique qui se situe en observateur extérieur, un esprit sensé peut être tenté de balayer l'ensemble du sujet d'un revers de main, notre ésotériste pouvant être catalogué comme schizophrène. Au moins deux facteurs me poussent à recommander au lecteur de ce blog de retenir son jugement tant qu'il n'a pas approfondi la question.

1) La conception du monde et l'univers symbolique de l’ésotérisme sont fondamentalement identiques à nos traditions spirituelles occidentales : l’hermétisme, l’alchimie, la franc-maçonnerie traditionnelle, la théosophie, le rosicruclanisme. Alors que les détails et le vocabulaire peuvent différer d'un système à l'autre, les enseignements y sont similaires. SI le lecteur est familiarisé avec l'un de ces courants et s'il lui accorde quelque valeur, il trouvera tout autant de valeur à une étude plus poussée de l’ésotérisme.

2) Nous avons beaucoup appris au cours des dernières décades sur les religions orientales. Il apparaît avec évidence que la même vision du monde, y compris celle des divers plans de conscience, de l'existence de cinq éléments et d'enseignants désincarnés... se retrouve dans l'hindouisme et le bouddhisme tantriques.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Sod et Pardès dans la Qabale.



Un ouvrage sur le Pardès.




Cet article est la suite de celui-ci.

Il est dit dans la notice sur le qabaliste Isaac Luria dans le Dictionnaire encyclopédique de la Kabbale de Virya (Georges Lahy) :
« Il demeura longtemps isolé dans une petite maison le long du Nil, où il médita. C'est là que le Prophète Élie lui apparut et lui enseigna les secrets de la Torah appelés Sod ou Kabbale. »


Le Sod.

Qu’est-ce donc que le « Sod » ? C’est le quatrième niveau de lecture du Pardès (le domaine réservé de la connaissance ésotérique kabbalistique). « Sod » signifie « secret » et désigne l’herméneutique. C’est le niveau ésotérique concernant la théosophie, la métaphysique et la révélation des choses surnaturelles secrètes et mystérieuses. C’est en référence au Sod que la tradition ésotérique dit que la Torah possède soixante-dix niveaux de lecture. En effet, la valeur numérique de Sod est égale à 70 (60 +6 +4 = 70).

Le Pardès.

Ce mot signifie « verger » et doit se rapprocher de « paradis », dont il comporte les mêmes consonnes. Dans la mystique, le Pardès est le domaine réservé de la connaissance ésotérique, qu'il symbolise avec ses quatre lettres (en hébreu). En effet, chacune des lettres du mot Pardès, servent d'initiales aux noms des quatre niveaux d'études et de décodage de la Torah. P est l'initiale de Pshat, le sens littéral, R de remez, le sens allégorique, D initie le mot drash, l'interprétation, et enfin, S est l'initiale de sod, le secret, niveau de l'herméneutique.

La section Haguigah (14b) du Talmud rapporte l'aventure des quatre rabbins qui décidèrent ensemble de pénétrer dans le Verger (Pardès) de la connaissance mystique :

« Ils furent quatre à entrer dans le Pardès : ben Azaï, ben Zoma, ben Abouya et Aqiva hen Yosseph... Ben Azaï regarda et mourut... Ben Zoma regarda et perdit la raison... Ben Abouya devint hérétique. Seul, Rabbi Aqiva entra et ressortit en paix... Aqiva précisa : Quand vous arriverez aux résidences de marbre étincelant, ne dites pas Mayim ! Mayim ! ». 

Ce texte signifie qu'avant d'atteindre le Sod une préparation graduée est nécessaire. Il faut savoir que, pour pénétrer le Sod, tous les problèmes psychologiques de la nature humaine doivent être réglés définitivement. 

On peut considérer Pshat et Remez comme une psychothérapie, Drash étant une sorte de psychanalyse ésotérique. Aqiva put pénétrer le Sod du Pardès parce qu'il était Sage, il avait réalisé les soixante-dix degrés de la spéculation mystique, nombre qui est aussi la valeur numérique du Sod (60 +6 +4 = 70). 

Sur le terme Pardés, Hayim Vital dit : « Le sens de l'Écriture est littéral, analogique et mystique ; celui-là sera obligé de se réincarner tant qu'il n'aura pas accompli toute cette tâche. »  Ainsi, le Pardès ne représente pas uniquement des niveaux d'études, mais également des niveaux de conscience, c'est le chemin qui mène vers la réalisation de la nature divine.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !