lundi 23 juillet 2018

Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (quarantième partie).





Laura Perls.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois passionnant, précis et instructif sur la création de la Gestalt-thérapie. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans »  de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci. 

Voici le résumé de ce livre.

Un neurologue se plaisait à moi de sa mauvaise mémoire. Je découvris qu’il «était incapable de se souvenir des éléments relatifs à une période de trois ans. Cette période correspondait à celle d'un mariage malheureux.

Et voici le point décisif : ce n'était pas le refoulement qui était cause de l'amnésie, mais les moyens par lesquels cet homme concrétisait sa phobie de ce souvenir pénible. Et, pour y parvenir, il lui fallait tout effacer de ces trois années. Or, Freud serait d'accord avec moi qu'il n'est pas suffisant d'être rétabli, bien qu'il ait soutenu aussi que l'intégration prenait soin d'elle-même. Dans le cas présent, il dirait que le patient doit « vivre entièrement » sa situation.

Bien sûr, tant que le patient bloque ses souvenirs, il maintient la Gestalt incomplète. S'il accepte d'aller jusqu'au bout de la souffrance que lui causent son malheur et son désespoir, il parviendra à la clore. Il composera avec ses ressentiments et restaurera sa mémoire, y compris toutes les expériences qui ne sont pas directement en rapport avec son mariage malheureux.

Lore a, comme Goethe, une mémoire visuelle très vive. Les gens de ce type n'ont qu'à fermer les yeux et à regarder leurs images qui racontent l'histoire avec une exactitude photographique. Je peux obtenir cette précision avec la psilocybine, une drogue psychédélique extraite d'un champignon.

La plupart des gens ont cette sorte de mémoire juste avant de s'endormir. Je l'ai seulement après des promenades en voiture ou des expériences du même genre. La plus grande partie de ma mémoire visuelle est dans le brouillard, et mes hallucinations hypnagogiques (les images qui se présentent juste avant le sommeil) sont encore essentiellement de nature schizophrénique. Elles sont en langage codé, comme les rêves, et disparaissent dès que j'essaie de les capter avec mon intellect en éveil. Je soupçonne que ce brouillard et le fait de fumer ne sont pas étrangers l'un à l'autre. Hormis des spéculations oiseuses, je n'ai encore rien fait à ce sujet jusqu'à présent, mais je sais que ce problème, je le résoudrai aussi. Déjà, depuis que j'ai commencé ce livre, il s'est produit trois choses.

Premièrement, l'ennui initial qui a été ma première raison d'écrire s'est transformé en intérêt. Ensuite, je vois plus de choses et mieux. Une bonne part de mon intérêt qui allait au système moteur, comme la masturbation ou l'agression, va maintenant au système sensoriel. Je me contente de plus en plus, à présent, de regarder et d'écouter.

Enfin, j'ai remarqué depuis quelques mois des moments de fatigue accrue. En tant que thérapeute, j'avais l'habitude de me retirer dans un demi-sommeil — rarement dans un sommeil complet — chaque fois qu'un client m'assourdissait de sa voix hypnotique, ou n'était pas en contact avec moi. Depuis peu, je me retire moins, je reste davantage à mi-chemin, et même maintenant je reste en contact avec ma fatigue et avec le monde, les deux intégrés dans une attention bien plus aiguë qu'auparavant.

En ce qui concerne les déficiences de mémoire de ma puberté, en fait, elles n'ont jamais existé. J'ai fait à ce moment-là les mêmes erreurs que je fis si souvent plus tard. Je m'accusais, alors que j'aurais dû m'en prendre à quelqu'un d'autre. J'avais une mauvaise mémoire pour retenir les dates d'histoire et les mots latins. Les deux étaient des choses détachées de leur contexte, étranges, peu familières. Autrement dit, ma mauvaise mémoire était en réalité une bonne chose. Apprendre ces mots, etc., n'aurait été qu'exercice et répétition : quelque chose d'artificiel. J'ai déjà montré que dans un contexte significatif je n'ai pas de difficultés à intégrer quelque chose d'intéressant. J'ai donné comme exemple la façon dont j'ai appris l'anglais. Mon vocabulaire n'est pas énorme, mais il est adéquat et précis.

Ma situation à Los Angeles n'était pas difficile du tout. J'y avais été en 1950. Il y avait déjà un certain intérêt pour mes méthodes dans les milieux professionnels, et Jim Simkin avait été le premier à s'installer comme Gestalt-thérapeute en Californie.

L'intérêt que porte Jim à la Gestalt-thérapie date de ses années d'université. Il avait suivi sa formation à New York avec Laura (Lore a américanisé son nom) et moi. Depuis, sa formation terminée et nos rencontres ayant lieu beaucoup plus dans un contexte social et confraternel, nombre de difficultés avaient surgi. Il était collet monté, constipé, trop précis, avec un fort penchant pour un cercle restreint d'intimes. Jim et sa femme Ann sont très fortement marqués par la tradition juive et n'ont pas rompu avec le judaïsme. Je sais que Jim respectait mon génie naturel et méprisait ma mollesse et mon insouciance. Les années passant, il devint beaucoup plus spontané et ouvert, et mit son exactitude au service de son style spécifique, qui lui réussissait en Gestalt-thérapie. Nous devînmes finalement de bons amis, dans une confiance réciproque.

Je pris plus d'intérêt à mon travail, mais je ne me sentais pas accepté. Même les professionnels qui travaillaient à mes côtés avec succès veillaient à se démarquer de la Gestalt-thérapie et de ce vieux cinglé de Fritz Perls.

Dans un de mes groupes, il y avait un type qui s'intéressait à toutes sortes de choses « loufoques » — le massage, le yoga, la thérapie, la conscience sensorielle de Charlotte Selver. Son nom est Bernie Gunther. C'est un bon entrepreneur d'esprit peu créatif, mais capable de faire une synthèse et de tirer un bon parti de ce qu'il puise à différentes sources. Bernie, comme Bill Schutz, arrive à plaire aux gens. A mon avis, il fera son chemin.

Il organisa pour moi quelques conférences à Los Angeles. Je fus étonné d'y voir accourir une telle foule. Je ne m'étais pas rendu compte que la Gestalt-thérapie avait commencé à prendre racine.

A Noël 1963, il me proposa de participer à un séminaire organisé à Esalen, un endroit situé en Californie centrale.

Et voilà la cible Esalen touchée dans le mille par la flèche Fritz Perls. Un paysage comparable à Eilat ; dans l'équipe, des gens aussi merveilleux que ceux de Kyoto. L'occasion d'enseigner. Le bohémien trouva un havre et bientôt une maison.

Il trouva aussi autre chose : un répit pour son cœur souffrant.

L'homme moderne vit et évolue entre les pôles extrêmes du concret et de l'abstrait.
Nous entendons habituellement par concret ces choses, faits et processus qui sont en principe accessibles à chacun, qui appartiennent à l'Umwelt — à l'environnement de tout un chacun —, monde personnel, zone de ce qui est autre, zone extérieure.

Si nous avons deux ou plusieurs personnes ensemble, alors leurs mondes personnels, pour une large part, coïncideront ; l'Umwelt devient un Mitwelt — un monde commun, un environnement partagé. A l'a surface, ces personnes s'occupent des mêmes faits et des mêmes choses, et les identifient.

Dès que nous regardons plus en profondeur, nous reconnaissons l'erreur de cette grossière simplification, parce que nombre de choses et de faits ont, pour chacun de nous, des significations différentes, significations qui dépendent de nos intérêts spécifiques et de nos besoins, pour compléter la situation inachevée du déséquilibre de chacun.

Prenons comme exemple le cas du journal du dimanche, attendu avec impatience par toute la famille. Sans la diversité des intérêts, ce serait la mêlée générale pour s'emparer du journal. Comme les choses se présentent, le père prendra la première partie, la mère les pages féminines, la fille sophistiquée la section littéraire, le grand frère les pages consacrées aux sports, le pauvre d'esprit les bandes dessinées, et le politicien la section consacrée à la politique internationale.
Ce n'est pas un exemple d'abstraction. Le journal a été concrètement mis en pièces et partagé entre les membres de la famille.

Maintenant, regardons les petites annonces. Est-ce que quelqu’un, à part le correcteur, a jamais lu les petites annonces en entier ? McLuhan dit que toutes les annonces sont de bonnes nouvelles : vous allez avec espoir vers une situation qui vous promet un accomplissement. Cette fois, les membres de la famille laissent intacte cette section et n'en tirent que ce qui a de l'intérêt. Vous avez le choix. Vous pouvez découper l'annonce qui vous intéresse ; en ce cas, vous soustrayez, le journal a diminué. Ou alors, vous pouvez abstraire en recopiant l’annonce et laisser le journal intact.

Si vous copiez l’annonce, cette copie appartient encore à la zone extérieure ; si vous vous la rappelez, cela appartient à la zone intermédiaire, et si vous êtes heureux de ce que vous venez de trouver, elle rejoint même la zone du Moi.


Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


dimanche 22 juillet 2018

Nouvelles précisions sur la Gestalt-thérapie (seizième partie) (Orientation du Moi, troisième partie, chapitre 2, Contact avec l’environnement, expérience 2).




Un autre livre sur la Gestalt-thérapie

Des amis m’ont demandé d’apporter des approfondissements sur la gestalt-thérapie, la psychothérapie que je préfère actuellement. J’ai déjà abordé ce sujet à plusieurs reprises dans ce blog. En voici quelques exemples :


Cet article est la suite de celui-ci. 

Le livre de référence sur le sujet est Gestalt-thérapienouveauté, excitation et développement de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline.

L’ouvrage est divisé en deux parties distinctes. La première partie porte sur l’orientation du moi et se subdivise en 4 chapitres. Le chapitre 1 définit l’aspect scientifique de la gestalt thérapie. Le chapitre 2 présente différentes expériences visant à développer ou à accroître chez l’individu sa capacité à entrer en contact avec son environnement. Les chapitres 3 et 4 présentent les différentes techniques de prise de conscience intégrée du soi. La deuxième partie de l’ouvrage porte sur la manipulation du moi. On y retrouve également 4 chapitres qui traitent globalement de 3 types de mécanismes névrotiques à l’origine des troubles psychologiques vécus par les individus. Ces mécanismes sont : la rétroflexion, l’introjection et la projection.

Je vais, pour que vous compreniez bien la démarche de la Gestalt, aborder le thème de la première partie, l’orientation du moi et plus particulièrement son chapitre 2 « Contact avec l’environnement ».

Première partie, Orientation du Moi. Chapitre 2, Contact avec l’environnement.

EXPÉRIENCE 2 : Sentir les forces opposées

Freud a fait une observation importante quand il a dit que, lorsque nous trouvons des gens qui se tiennent sur la tête, il nous faut automatiquement les remettre sur leurs pieds. Prenez, par exemple, l'erreur extrêmement commune de prendre le « besoin d'être aimé » pour l'« amour ». Le névrosé affirme qu'il est plein d'amour et de gentillesse, mais il semble que ce qu'il fait pour l'être aimé provient principalement de la crainte d'être rejeté. De même, nous allons voir quelquefois « nos chers amis » avec des sentiments de dégoût et d'hostilité. Vous avez peut-être remarqué (chez les autres) que toutes les surcompensations sont le contraire de la tendance originale. La modestie maladive (obsession) recouvre une certaine avarice et la suffisance cache un manque de sûreté de soi.

Imaginez ce que serait la situation si vous ne vous étiez pas levé ce matin. Que se passerait-il dans certains cas si, pour une fois, vous disiez « non » au lieu de « oui ». Si vous étiez dix centimètres plus grand ? Ou si vous aviez dix kilos de moins ? Si vous étiez un homme au lieu d'une femme, ou vice versa ?

Tout crédit est un débit, un transfert de quelque chose. Les livres de comptes de la nature sont à double entrée. Toute addition est, quelque part, une soustraction. La nourriture que nous tirons du sol appauvrit la terre, et en négligeant cette contradiction évidente, l'homme a laissé derrière lui des terres dévastées et improductives. Alors, pensez à quelque chose que vous avez acquis et considérez qu'il a été perdu pour quelqu’un d'autre. Et si vous ne l'aviez pas ? Et s'il s'agit de quelque chose que vous n'avez pas obtenu, qu'en serait-il si vous l'aviez ?

Les réactions à cette expérience peuvent se classer en gros en deux catégories. Pour la majorité, c'est un soulagement vis-à-vis de la première expérience sur la réalité et une occasion d'« utiliser son imagination ». Pour d'autres, c'est « un exercice stupide qui ne fait qu'embrouiller les choses alors qu'on sait que ce n'est jamais comme ça », ou une interruption indésirable de la politique éprouvée et vraie de « ne pas réveiller le chat qui dort ». Par exemple :

« . .. De toute façon, j'ai passé trop d'années avec des opinions indéfinies et dénuées de passion ; tout ce que je peux dire, c'est que je me sentais comme une âme perdue. Avec l'expérience, j'ai commencé à avoir mes propres opinions, fondées sur l'empirisme et, pour la première fois, j'ai commencé à sentir que ma vie prenait un sens. En d'autres termes, je suis devenu « bourré de préjugés ». Très bien Je pense que cela vaut mieux que de se sentir une amibe. Il me semble plus important de considérer l'exactitude des décisions que prend un individu plutôt que d'exiger un état chronique d'analyse. Qu'est-ce qui est exact ? Évidemment, ce qui est considéré comme éminemment intelligent par la société, un consensus d'opinions. La société possède-t-elle le monopole de la vérité ? Probablement que non, mais on ne peut pas se séparer trop radicalement du consensus. Après tout, malgré le manque de fonds et le surpeuplement des hôpitaux, il n'existe pas tellement de comportements bizarres qu'on peut adopter sans se retrouver enfermé. »

Pouvons-nous nous aventurer à deviner les prémisses qui sous-tendent un tel raisonnement ? Dans le meilleur des cas, cela implique qu'il vaut mieux s'aligner soigneusement sur un comportement conventionnel si on ne veut pas finir dans un hôpital psychiatrique. C'est vrai, un comportement bizarre peut mener à l'internement — et la pensée est une forme de comportement. Mais est-ce raisonnable de voir ce qu'on vous a demandé de faire dans cette expérience comme un exercice dangereux pouvant vous mener au bord du gouffre ? Peut-être pouvons-nous avancer que cet homme se sent obligé d'évoquer des épouvantails assez terrifiants pour se forcer à marcher droit ?

Certaines personnes se compliquent la tâche en essayant de trouver l'opposé exact d'une chose dans tous les détails. Par exemple :

« Je suis en train de taper à la machine. Quel est le contraire ? Maintenant, je suis bloqué. Quel est le contraire de taper à la machine ? Ne pas taper ? Mais ce n'est qu'une négation, vide de sens. J'essaie alors différentes situations qui peuvent être opposées au fait de taper à la machine. Mais je n'en trouve aucune qui soit satisfaisante. Est-ce que faire du canoé est le contraire de taper à la machine ? Est-ce conduire un orchestre ? En vérité, ce n'est pas taper à la machine, mais ce ne sont pas non plus des actions contraires. »

Quand il s'agit d'activités ou de structures extrêmement différenciées, il n'y a aucune raison de supposer qu'en regardant autour de soi, on va trouver une autre activité ou structure qui sera exactement le contraire. Mais pour en rester à l'exemple de taper à la machine, que faites-vous dans ce cas '? Vous mettez des mots sur du papier. Quel est le contraire ? Les enlever, c'est-à-dire les effacer. Ou encore, que tapez-vous ? Peut-être une lettre pour accepter un travail. Quel est le contraire ? Une lettre de démission. Ou, pour changer le contexte, le contraire de taper à la machine, c'est avoir quelqu'un qui tape pour vous. Que la validité des contraires dépende d'un contexte approprié est un sujet sur lequel nous reviendrons plus tard.
Pour certains, c'est le sommet de l'absurdité de supposer que l'altération de la position ou de l'ordre des lettres dans une ligne de mots puisse poser un problème. Examinez plutôt le cas suivant :

« En renversant certains détails comme le « p » et le « q », par exemple, j'ai découvert que cela m'inquiétait. J'ai eu la même réaction que lorsque je vois quelqu'un ouvrir une boîte de conserve ou un paquet de cigarettes à l'envers. Pour moi, les choses doivent être précisément comme elles devraient être. C'est-à-dire chacune à leur place. Quand je me couche le soir, je ne peux pas m'endormir si je sais qu'un tiroir est ouvert ou que la porte du placard n'est pas fermée. C'est quelque chose qui n'est pas correct, quelque chose qui ne doit pas être. »

Un autre étudiant a eu des difficultés encore plus grandes en essayant de renverser les lettres :

« Quand je renverse les lettres, je deviens nerveux. Mon cœur bat plus vite, mes yeux larmoient. Comme j'étais en train de regarder les mots d'une page en essayant d'imaginer de quoi ils auraient l'air s'ils étaient inversés, j'ai pensé que c'était peut-être l'effort de concentration qui me faisait mal aux yeux. Alors j'ai essayé de les écrire à l'envers puis de les regarder — mais après cela, mes yeux pleuraient tellement que je ne pouvais même plus voir ! C'est incroyable ! Que nous faites-vous avec ces expériences ? »

Il arrive que l'on interprète si mal le « pré-engagement créateur » qu'on le prenne pour un état d'indécision chronique, plutôt qu'une phase d'orientation vers diverses possibilités et réalités, ou même, après avoir essayé sans succès un plan d'action, un retour au point zéro pour se réorienter vers d'autres possibilités. Un étudiant écrit : « L'attitude qui consiste à voir les deux côtés d'une chose conduit finalement à s'éloigner de la réalité. » Peut-être veut-il faire allusion à l'attitude qui consiste à opposer deux arguments pour éviter de prendre une décision. Si c'est le cas, nous sommes d'accord avec lui pour dire que cela implique « un éloignement de la réalité ». Mais nous dirons que c'est le besoin de s'éloigner de la réalité qui donne naissance à ce stratagème, plutôt que le contraire.

En essayant de renverser une situation importante de sa vie, un étudiant écrit ce qui suit :

«          La situation réelle est la suivante ; ma fiancée doit bientôt revenir d'Europe après y avoir passé près de neuf mois. Quand elle sera là, nous allons nous marier. J'ai vraiment le sentiment d'en mourir d'envie.
«          Si j'essaie d'imaginer des « désirs et inclinations » opposés, j'arrive à quelque chose de ce genre : je n'ai pas envie qu'elle revienne, je ne l'aime pas. Je préfère sortir avec des tas de filles pendant encore quelques années. Maintenant que j'ai écrit cela, je vois qu'il y a un peu de vrai dans ce que je viens de dire.
·           Ce qui m'amène à critiquer ce que vous avez dit sur les nombres qui algébriquement tendent vers zéro puis augmentent à nouveau, négativement cette fois. C'est une façon rudement compliquée de dire quelque chose sans importance. De plus, c'est faux, parce que la vérité d'une situation s'étend sur toute la gamme. Ce n'est jamais totalement positif ou totalement négatif et, dans ce cas, ce que vous dites est trompeur. Encore une fois, peut-être seulement pour moi. »

Nous pouvons utiliser l'extrait ci-dessus pour illustrer certains points. Le premier paragraphe expose la position officielle du jeune homme en ce qui concerne son futur mariage — dans ce cas, totalement enthousiaste. Puis, dans le processus même d'exprimer la situation opposée, il a reconnu qu'il possédait aussi des sentiments contradictoires, là où auparavant il n'en soupçonnait aucun. En lisant un peu entre les lignes, on peut en déduire qu'il nous en a voulu de l'avoir mené à cette vision inattendue, car il a attaqué aussitôt certaines de nos déclarations. Finalement, ayant exprimé correctement son agression — c'est-à-dire directement, à ceux qui l'ont éveillée en lui —, il peut à la fin, l'atmosphère étant dégagée, reconnaître que peut-être ses objections sont extrêmement personnelles.

Un autre étudiant, qui allait être père, a remarqué, en se livrant à cette expérience, que le petit « crédit » qui allait arriver pouvait aussi occasionner certains débits :

« Ma femme et moi pensons créer une famille et je suis ravi à l'idée d'avoir un enfant. En essayant de me figurer une situation où je ne pourrais supporter cette perspective, j'ai réfléchi — et j'ai été surpris de voir avec quelle rapidité ces idées se sont présentées à moi ! — la perte de la liberté, les ennuis au milieu de la nuit, les frais médicaux et tous les autres inconvénients possibles que la venue de l'enfant pouvait entraîner. J'ai compris, à ce moment-là, la vérité de votre déclaration : Il n'y a pas de crédit sans débit. »

  
Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

Aime-toi tellement que, quand quelqu'un te traite mal, tu t’en rendes compte tout de suite (traduction d’un article du site « Rincon del Tibet »).




Une image du site "Rincon del Tibet"


Aime-toi tellement que quand quelqu'un te traite mal, tu t’en rendes compte tout de suite

Cet article est une traduction d'un texte du site Rincon del Tibet.

Il est la suite de celui-ci.   

Parfois, notre amour-propre peut être si dispersé qu'il n'est pas capable de nous protéger des situations qui nous affectent, qui passent souvent inaperçues et qui nous infériorisent.

Nous sommes les seuls capables de veiller sur notre bien-être et si nous ne sommes pas suffisamment concentrés ou si nous avons des schémas de gestion de notre esprit déformés, nous pourrions être exposés à n'importe quel type d'abus sans même nous en rendre compte ou pire encore sans les mériter.

Nous plaçons habituellement des draps apaisants sur les actions négatives que nous recevons des personnes que nous apprécions, nous avons tendance à les justifier, à les laisser prospérer au fil du temps, augmentant généralement le nombre des actes reçus qui nous nuisent.

Lorsque notre estime de nous est bien implantée, nous avons beaucoup plus de ressources pour définir les limites du respect, pour réaliser que nous sommes victimes d’actes qui nous nuisent et il nous est facile de prendre les mesures nécessaires pour changer les scénarios que nous vivons.

Si nous ne sommes pas au clair sur ce que nous méritons, n'importe qui peut venir nous influencer avec ce qu’il pense, sans que nous ayons beaucoup de possibilités d'actions à son égard. Nous avons tous un aimant qui attire dans notre vie ce qui est en rapport avec nos croyances : si intérieurement nous ne parvenons pas à nous réconcilier avec nous-mêmes et nous sommes les premiers à nous manquer de respect, cela se percevra à l’extérieur de nous et cela va attirer des gens qui vont nous faire sentir exactement comment nous méritons de ressentir notre personnalité.

Comme ce qui est à l'intérieur est identique à ce qui est à l'extérieur, nous sommes donc mal traités. Avant de regarder à la loupe qui nous maltraite, nous devons prendre un miroir et observer, étudier ce que nous faisons pour nous respecter et quelle image nous projetons dans notre vie. Tous les problèmes qui ont à voir avec les personnes qui se chargent de refléter ce que nous avons à l'intérieur sont résolus lorsque nous faisons la paix avec nous-mêmes.
  
Au moment où nous abandonnons les idées qui nous nuisent, quand nous travaillons sur ce qui nous blesse, quand nous guérissons, il devient impossible pour nous d'attirer ceux qui nous font du mal. Ce n'est que lorsque nous nous aimons et nous acceptons tels que nous sommes que nous pouvons voir le monde différemment et, par conséquent, le monde nous verra différemment lui aussi.

Traitez-vous comme vous aimeriez être traité, aimez comme vous prétendez pouvoir être aimé et surtout respectez-vous comme vous voudriez que les autres le fassent. Personne ne mérite d'être maltraité par qui que ce soit, nous ne venons pas ici pour ça, mais précisément au contraire, pour aimer, et cette attitude commence et finit en nous-mêmes.

 Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !

Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (trente-neuvième partie).




Sigmund Freud.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois passionnant, précis et instructif sur la création de la Gestalt-thérapie. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans »  de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci.


Voici le résumé de ce livre.

Dans son Paracelse, Arthur Schnitzler dit : « Nous ne cessons pas de jouer, mais seuls les sages le savent. » Et comme c'est vrai ! Nous avons souvent à jouer des rôles, délibérément, par exemple, pour nous montrer exprès sous notre meilleur jour. Mais ces rôles que nous jouons sous la contrainte, les manipulations, qui remplacent l'honnête expression de soi, peuvent et doivent être surmontés si vous voulez devenir adulte.

Les pôles extrêmes, dans ce domaine des rôles, sont la vocation et le faux-semblant.

Dans le premier cas, vous utilisez le rôle comme un véhicule pour faire passer ce qu'il y a d'essentiel en vous. Vous êtes soutenu par votre talent, par vos sentiments véritables et par votre sensibilité. Vous êtes du type N (nourrissant).

Dans le faux-semblant, l'engagement personnel vous fait défaut. Vous feignez une émotion inexistante, il vous manque de l'assurance concernant votre compétence, vous n'êtes que du toc.

Du point de vue du psychiatre, les rôles les plus importants et intéressants sont ceux qui sont introjectés. Freud ne fait pas de différence entre l'introjection et l'imitation délibérée qui est un procédé d'apprentissage.

Une introjection est un dybbouk. Une sorte de « démon » possède le patient et existe à travers lui. Le dybbouk, comme tout introject véritable, est un corps étranger dans celui du patient. Au lieu d'être dans la zone extérieure, comme une personne que l'on peut rencontrer, il occupe une large part de la zone intermédiaire. Le patient, au lieu d'être régi par lui-même, d'être en accord avec la dominante image/arrière-plan, est contrôlé par les besoins et les exigences de son dybbouk, et ne peut revenir à lui que lorsque le démon a été exorcisé.

J'ai rencontré un cas extrême de dybbouk il y a environ dix ans, à San Francisco, pendant un congrès de l'Association des psychologues américains. L'un des participants au séminaire avait le visage d'un mort, couleur de cire. On aurait dit un cas d'encéphalite, mais sans les symptômes de lésion du noyau rouge. Son comportement et son odeur m'évoquaient l'atmosphère créée par un cadavre. J'ai l'habitude de me fier à mes intuitions, si bizarres qu'elles puissent être, et je lui posai des questions sur une personne chère qu'il avait perdue. Et, à vrai dire, il s'agissait d'une mort subite : il n'avait pas eu le temps d' « enfanter » de son deuil — pour utiliser un excellent terme de Freud — ni larmes « d'adieu », ni séparation, ni enterrement. Cette personne continuait son existence, non pas, comme c'est si souvent le cas, en termes de caractère, de particularités et de façons de penser, mais en tant que cadavre.

Je lui fis rencontrer son dybbouk, mobiliser sa peine, et dire adieu à la personne aimée. Nous ne pouvions, bien entendu, achever le « travail » de deuil, parvenir à une conclusion complète, traiter le symptôme à fond en une seule séance, mais il était déjà devenu un peu plus vivant, sinon vraiment ressuscité. Ses joues avaient perdu un peu de leur teint cireux pour recouvrer encore les couleurs de la santé, et sa démarche était devenue plus souple, bien qu'il ne fût pas encore prêt à danser.

Parmi les psychologues qui assistaient à ce congrès se trouvait Wilson van Dusen, un existentialiste. Il me suggéra de venir sur la côte Ouest pour travailler à l'hôpital d'Etat de Mendocino. J'accueillis cette idée avec joie. Je voulais quitter Miami. Marty repoussait l'idée de m'épouser. J'étais trop vieux. Elle ne voulait pas renoncer à la sécurité de son mariage et mettre en péril la pseudo-sécurité de ses enfants.

Je pris un appartement à San Francisco. Deux de mes « parasites » m'avaient suivi, sans cela je n'aurais pas eu une grosse clientèle. J'accomplissais mon service à l'hôpital et ne détestais pas faire deux cents kilomètres en voiture à travers les belles forêts de séquoias. C'est là que je me pris d'amitié pour Paul, un psychiatre qui adorait vivre à la ferme et élever des enfants ; je crois qu'il en a onze à présent. Nous avons fait un bon nombre de parties d'échecs passionnantes.

Au départ, je me sentais proche de Wilson. Nous nous respections. J'aimais bien ses enfants, étais souvent invité chez lui où je passais la nuit. Parfois il m'emmenait promener sur le siège arrière de sa moto. Dans ma jeunesse, j'avais eu deux motos, mais le siège arrière, à mon âge — j'avais alors environ soixante-cinq ans —, c'était autre chose. Au début, j'avais peur et restais crispé, mais bientôt je pus me décontracter et profiter de ces balades. Un jour, je ne sais plus à quelle occasion, sa femme me lança quelque chose et cassa mon bracelet-montre.

Pendant que je travaillais à cet hôpital, je fis l'expérience du L.S.D. J'en prenais assez souvent, sans me rendre compte de mon évolution, paranoïde et irritable. De toute façon, Wilson et moi devînmes de plus en plus étrangers l'un à l'autre, et je partis bientôt pour Los Angeles. Je l'ai revu récemment, et au bout de quelques jours la glace a fondu, nous avons eu des relations bonnes et chaleureuses.

Entre autres choses, Wilson a découvert que le schizophrène a des « trous » dans sa personnalité. Dans sa communication à ce sujet, il signale que la psychiatrie et la théorie existentielles manquent d'une technique thérapeutique appropriée et que mon approche du problème comble ce vide. Plus tard, j'ai poursuivi son idée des « trous » et découvert que la même chose s'appliquait aux névrosés. Un névrosé n'a pas d'yeux, beaucoup n'ont pas d'oreilles, d'autres n'ont pas de cœur, ou de mémoire, ou de jambes pour se tenir debout. La plupart des personnes névrosées n'ont pas de centre.

En fait, cette théorie découle de la notion bornée de Freud selon laquelle le névrosé n'a pas de mémoire, mais, à la place, une amnésie totale ou partielle. Freud accuse cette amnésie d'être la cause non seulement du développement incomplet du patient, mais encore de son « cinéma » (acting out).

Wilson et moi prétendons qu'il y a bien d'autres « trous » responsables du développement inachevé d'un malade. Une personne peut avoir bonne mémoire, mais pas de confiance en soi, ou d'âme, ou d'oreilles, etc. On peut faire disparaître ces trous non pas en les comblant par « surcompensation », mais en transformant le vide stérile en vide fertile. La capacité de réaliser cela dépend, encore une fois, de la compréhension du néant. Le vide stérile est ressenti en tant que néant, le vide fertile comme quelque chose qui émerge.

Dans ma jeunesse, Freud avait été pour moi un sauveur tout trouvé. J'avais la conviction d'avoir endommagé ma mémoire en me masturbant, et le système de Freud était centré à la fois sur le sexe et la mémoire. J'étais également convaincu que je ne pouvais guérir que par la psychanalyse.

Nous appelions charlatan une personne qui promettait la guérison sans livrer la marchandise. Freud était un savant sincère, un écrivain brillant, et il avait découvert maints secrets de « l'esprit ». Aucun d'entre nous, à part peut-être Freud lui-même, ne s'était rendu compte qu'il était prématuré d'appliquer la psychanalyse au traitement ; aucun de nous n'avait vu la psychanalyse dans son véritable contexte et pour ce qu'elle était alors : un sujet de recherche.

Aujourd'hui, on passe des années et on dépense des millions à vérifier l'innocuité et l'efficacité de tous les médicaments qui apparaissent sur le marché. Cela n'a pas été fait très souvent en matière de psychanalyse, malgré l'absence de test ou la répugnance des analystes à laisser tester leur méthode. Le gouvernement est très strict au sujet des médicaments ; les différents États sont très stricts au sujet des permis qu'ils délivrent aux praticiens de la psychothérapie ; cependant, la psychanalyse, sous toutes les formes et toutes les dénominations, échappe complètement au contrôle officiel en vertu d'une clause ancestrale qui ne figure dans aucun code.


Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


samedi 21 juillet 2018

« Engagement et détachement » dans « Méditer jour après jour » de Christophe André (neuvième partie).






 Le voyageur au-dessus de la mer de nuages par Caspar David Friedrich.


Cet article est la suite de celui-ci.

Engagement et détachement.

La pleine conscience nous aide à nous engager dans les actions qui nous importent. Puis elle nous aide à nous détacher de l'asservissement au résultat de ces actions.

C'est la différence que faisait la langue grecque entre télos et skopos, entre la fin et le but. Lorsqu'un archer s entraîne à tirer, le télos, c'est de bien tirer ; le skopos, c'est d'atteindre la cible. Ce qui est à ma portée et qui dépend de moi, c'est le télos. Le skopos dépend aussi d'autres facteurs : un souffle de vent qui va déporter la flèche, un bruit soudain qui va me faire bouger au dernier moment.

De même, la pratique de la pleine conscience exige de moi que, régulièrement, je reste assis en silence, les yeux fermés, et que je me consacre à accueillir et à observer mon expérience. Par contre, je dois accepter que le résultat de mon assise puisse varier considérablement selon les jours. Seule certitude : plus souvent et plus longtemps je me serai assis, plus souvent j'atteindrai ma cible.

Cette façon de s'engager dans l'action, en pleine conscience, nous permet, au travers de la vie de tous les jours, une confrontation à l'absolu. Engagement puis détachement comme une lente et patiente marche d'approche d'un absolu qui nous dépasse. Mais la séquence engagement puis détachement n'est pas facile.

Au début, lorsqu'on travaille sur le détachement, on fait semblant. On n'est pas vraiment détaché. On veut juste se préserver de la souffrance, appeler le détachement au secours pour ne pas souffrir des échecs, des abandons, des tourments du quotidien. Mais être détaché face aux succès, aux célébrations, aux glorioles, ça nous intéresse moins ! On ruse alors, on simule. Fausse modestie et fausse indifférence, fausse distance ; alors qu’en dedans on se pourlèche, on se boursoufle en cachette. Mais si on s'astreint, si on pratique régulièrement, si après chaque succès on s’assoit et on laisse décanter au lieu de s'exciter dans l'autocélébration, si après chaque échec on fait de même, au lieu de s'énerver dans l'autoflagellation, peu à peu il se passera de drôles de choses en nous. On sera moins secoué par l'écume des actes On percevra qu'il y a plus intéressant au-delà. Ça commencera à ressembler au sommet de la montagne (voir tableau en début de page).
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Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.