lundi 6 avril 2020

« Les phénomènes paranormaux » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation «Magicus Magazine», N° 98, juillet – août 2018) (deuxième partie).




  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 98 (juillet-août 1998). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 98 dont j’ai extrait cet article consacré aux Phénomènes paranormaux écrit par l’ensemble de la rédaction. 


"Les phénomènes paranormaux (deuxième partie)

  
Les frères Isola, Emile et Vincent

Nés à Blida en Algérie, Emile (1860-1945) et Vincent (1862-1947), amuseront très jeunes les clients du bar tenu par leur père qui voyait en eux de futurs menuisiers. Les Frères Isola débutent en 1886 aux Folies Bergères dans un numéro de transmission de pensée après bien des échecs (« nous étions plein de bonne volonté mais nous manquions d'expérience et, l'émotion aidant, nous ratâmes tous nos tours avec un ensemble parfait »).

Début 1912 ils s'installent dans une salle du boulevard des Capucines qui deviendra le Théâtre Isola. Ils abandonnent le spectacle pour devenir des directeurs de salle : le Parisiana, l'Olympia, les Folies-Bergères, Mogador, etc. Les « Rois de Paris » seront pourtant ruinés et reprendront, à 74 et 76 ans, le chemin des planches. Vincent, d'allure aristocratique avec son monocle, présente des grandes illusions comme la Malle des Indes tandis que Emile, plus habile des doigts présente des tours de cartes et de foulards ainsi que la « Cabine Spirite » avec un spectateur. Le spectacle se concluait par des ombres chinoises. Mais, le clou du numéro, superbement baptisé « L'Océan de Lumière »  restera la divination du Bottin : retrouver un nom et numéro de téléphone simplement en désignant le numéro de page et la ligne.

Linda Cazzera (1890-?)

 Un sujet italien étrange en télékinésie, observé par le Dr H. Imoda.

En France en 1911 et 1912, Linda Cazzera donnera des séances de spritisme devant la Société Universelle d'Etudes Psychiques mais aussi devant de nombreux cercles privés parisiens. Des phénomènes douteux de télékinésie - en pleine obscurité ! ¬ seront observés par des spectateurs à qui on recommandait... de fermer les yeux au moment où l'on photographiait la matérialisation (et ce pour ne causer aucun mal au médium" ...).

« Son refus d'être examinée frisait l'hystérie » avouera un médecin sceptique. Le docteur Carpentier la surprendra en flagrant délit de supercherie.

Après la parution du livre du docteur Imoda, Linda Cazzera ne se livrera plus à aucune expérience, au moins devant des scientifiques ... Quelle sagesse !

Ludwig Kahn (1874-?)

D'origine israélite, cet étonnant « liseur d'écrits cachés » sera un calculateur prodige dès l'âge de trois ans ... Il émigre en Amérique où il gagne une fortune avec la divination. Il perd tout au jeu et retourne en Allemagne.

En 1908, les docteurs Haymann, psychiatre, et Neumann, généraliste, l'examinent après des démêlés avec la justice. Les médecins reconnaissent ses facultés à lire des inscriptions sur des papiers cachés.
Ses divinations de courses et de tiercé le conduiront devant les tribunaux. Un médecin portera même plainte car il aurait prédit la mort d'une de ses patientes âgées.

En 1925, il se rend à Paris et, sous la direction du docteur Osty, il donnera des séances à l'Institut Métapsychique International.

Margery (1886-1941)

Ce « médium » américain, de son vrai nom Mina Grandon, épousera un grand chirurgien de New-York et se fera appeler Margery dès 1923 lors d'une séance de spritisme donnée devant deux médecins, un ingénieur, un magistrat et le docteur Grandon, son mari. On observera des lévitations de tables, des voix directes, des empreintes digitales, des ectoplasmes, etc. Le frère décédé de madame Grandon, Walter, serait le « guide » de la soirée ...  D'ingénieux appareils permettent   d'enregistrer les phénomènes mais les photographies sont décevantes : Margery n'est pas sérieusement contrôlée et les ectoplasmes ressemblent à des placentas ... Les phénomènes sont diversement appréciés. Parmi les éléments favorables, trois arguments sont invoqués : l'honorabilité de madame Grandon (risible !), la valeur scientifique des expérimentations (il existe aussi des crétins parmi les scientifiques et la naïveté n'exclut pas l'intelligence), le rigueur des contrôles. Observée par Harry Houdini, le mage Margery sera largement controversé et fera l'objet de très nombreux livres ...

Définitions

Phénomènes paranormaux : "phénomènes inhabituels, physiques ou psychologiques, dus à des forces qui semblent intelligentes ou à de facultés inconnues de l'esprit " (Pr Charles Richet)

Télékinésie : du grec télé, au loin, et kinêsis, mouvement. Désigne les mouvements d'objets sans contact. Exemples : table tournante, coups frappés (poltergeist), attouchements spirites, écriture automatique, etc.

Psychokinésie : du grec psukhê, âme, et kinêsis, mouvement. Action de la pensée sur des systèmes physiques en évolution. Exemple : dés à jouer, billes, goutte d'eau, etc.

Phénomènes lumineux : apparitions de lueurs, éclairs, globes phosphorescents. Exemple : l'aura, fluide magnétique (?).

Ectoplasmie : ou matérialisation. Extériorisation du corps du médium d'une substance d'abord amorphe ou polymorphe. Représentations diverses : organes isolés, êtres humains, animaux, etc.

Photographie supranormale : obtention d'images "d'esprits" soit à l'aide d'appareil photographique, soit par impression directe sur des plaques.

Poltergeist : vient de deux mots allemands, esprit et bruyant. Les maisons "hantées" illustre parfaitement ce phénomène et les rapports de gendarmerie débordent ...

Le vocabulaire Rhinien (l'école de Rhine)

Clairvoyance : deviner des symboles en dehors de tout secours des sens connus jusqu'à présent.
Télépathie : communication directe de cerveau à cerveau
Précognition : faculté de deviner à l'avance des symboles ou des calculs.
Psychokinèse : faculté de mouvoir des objets à distance sans les toucher.


BIBLIOGRAPHIE DU PARANORMAL
(non exhaustive, bien entendu, car il existe des milliers d'ouvrages consacrés à ce
sujet. La plupart de ces ouvrages ont servi de source d'information pour traiter notre
dossier sur le paranormal)

Scientifiques

Quand l'irrationnel rejoint la science, Rémy Chauvin (Hachette, 1980)
La Parapsychologie, oui ou non ? Nouvelles éditions Rationalistes, 1980
Parapsychologie, science ou magie ? J.E. Alcock (Flammarion, 1989)
Le Poltergeist de Vailhauquès, Yves Lignon
Les phénomènes paranormaux, Yves Lignon (Milan, 1996)
Traité de métapsychique, Charles Richet
History of Modern american spiritualism, Emma Hardginge, 1847
Fotografie di fantasmi, Dr 'mode (Turin, 1912)
La fin du secret, Dr Binet-Sangle, 1922
Lumières et ombres du spiritualisme, Dunglas Home, 1860 et 1883
L'occultisme devant la science, Marcel Boll, 1944
Extrasensory perception, Stanley Krippner, 1977
Tout l'occultisme dévoilé, Robert Tocquet, 1952
Où en est la métaphysique, Paul Heuzé, 1926
Fakirs, fumistes et Cie, Paul Heuzé, 1926

Magiciens.

Mensonges et vérités de la Magie, Mystag, 1983
Magie Esotérique, Gérard Bakner, 1998
La Vérité sur le spiritisme et l'exploitation de la crédulité publique, Dicksonn, 1911
Médiums, fakirs et prestidigitateurs, Dicksonn, 1927
A Magician among the spirits, Harry Houdini,
Le Grand Bluff, Gérard Majax (Nathan, 1978)
Vérités et illusions de la parapsychologie, Ranky (Editions Dervy, 1996)
La sorcellerie amusante, Raynaldy, 1885

Spirites.

Cours pratique illustré d'hypnotisme et de magnétisme, Donato, 1912
Cours pratique de magie, Donato, 1913
Révélations sur ma vie surnaturelle, Daniel-Dunglas Home, 1863
Les phénomènes dits de matérialisation, Mme Bisson, 1909
The Davenport Brothers, 1868
A biography of The Davenport Brothers, Nichols, 1864

REVUES.
Nature, Science et Vie, Science et Avenir, La Recherche, etc.
Le Journal du magnétisme dirigé par Henri Durville (début 1900)
La Vie Mystérieuse créée par Donato, Rusnacke et Girod, fin 1800
La Revue Métaphysique Belge, vers 1920
Psychica, vers 1930
Enquêtes Z (édité actuellement par le Cercle Zététique qui n'a pas daigné répondre à
notre courrier).

Aller plus loin ...
Union Rationaliste.
Cercle Zététique


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.


dimanche 5 avril 2020

« Les phénomènes paranormaux » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation «Magicus Magazine», N° 98, juillet – août 2018) (première partie).



  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 98 (juillet-août 1998). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 98 dont j’ai extrait cet article consacré aux Phénomènes paranormaux écrit par l’ensemble de la rédaction. 


"Les phénomènes paranormaux (première partie)

Dès les premiers temps de l'humanité, existaient sorciers, magiciens et devins. Les dessins découverts dans les grottes préhistoriques en témoignent.

Plus tard, les Magiciens du Pharaon et Moïse s'opposèrent violemment en transformant des bâtons en serpents. Au IIème siècle, le philosophe Celse écrit « Contre les Magiciens », ouvrage introuvable mais mentionné par Lucien dans « Alexandre ou le faux prophète ». En fait, Celse expliquait les trucages frauduleux des mages... L'Antiquité égyptienne et romaine ne comptent plus leurs mages, vrais ou faux, tandis que le Moyen-Age et la Renaissance brillent par leurs illuminés, sorciers et alchimistes, puisant dans la prestidigitation et la ventriloquie les ressorts techniques à leurs pseudo-sciences occultes. L'objectif - qui n'a d'ailleurs pas changé depuis - était de tirer quelques avantages matériels à un public naïf et crédule.

Vers 1550, Nostradamus escroquera Catherine de Médicis en utilisant des jeux de miroirs à apparitions. Cagliostro, sous Louis XV et Louis XVI, habile charlatan et ventriloque averti, arnaquera autant les têtes couronnées que certains scientifiques abusés.

Aujourd'hui, le paranormal a pignon sur rue et les sectes récupèrent les plus fragiles n'ayant pas trouvé de réponses métaphysiques dans les religions ou quelque autre idéologie. Est-il du rôle des illusionnistes de montrer du doigt des gens dont le talent repose, lui aussi, sur le pseudo-pouvoir de « guérir » ? Rêver devant un numéro de prestidigitation peut « guérir » quelqu'un d'angoissé ou de stressé. Les voyants, auxquels je ne crois pas une minute, n'ont-ils pas le "don" de réconforter même si c'est chèrement payé que de donner cinq cents balles à un type comme vous et moi qui va vous dire ce que vous sauriez déjà si vous n'étiez pas parasité  par les paramètres quotidiens de votre entourage professionnel et social ?

Et le tordeur de cuillère a tellement fait fort médiatiquement, que nos pauvres magiciens, crevant de jalousie, ont crié à l'escroquerie tout en agitant leur médiocre prose vendue sous la forme de livres aux titres très accrocheurs (autre escroquerie ? Tromperie sur la marchandise, diront les plus avertis !). Certains illusionnistes très sérieux avouent qu’Uri Geller était un magicien de grand talent.

Et les guérisseurs Philippins ? Un large débat sur le "pouvoir" de ces gens-là. "Guérir" une maladie psychosomatique par auto-suggestion n'a jamais fait de mal à personne. Et si c'est un cancer ! On a le droit de se suicider comme on peut, merde !...

Que les choses soient claires : quand on a affaire à un salaud qui prétend vous "guérir" alors qu'il va vous flinguer à petit feu (en vous ruinant ou en vous faisant oublier votre mal incurable) ce n'est plus du rôle des magiciens mais celui de la justice, éclairée par la compétence des médecins (du corps et de l'intérieur de la tête) : PRATIQUE ILLEGALE DE LA MEDECINE ! Point. Ou bien, allons-y franchement, que les illusionnistes aillent jusqu'au bout de leurs prétentions en accusant les "spirites" de pratiquer une  CONCURRENCE DELOYALE !

Car, au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit quand on constate que Uri Geller, par exemple, a fait fortune avec un service – même pas en argent ! - de petites cuillères et que certains magiciens - on a tous les noms en tête – rament comme des bêtes avec un klaxon sous le bras…

Donato
(1845-1900)

De son vrai nom Alfred-Edouard d'Hont, fils d'un riche industriel, honorera sa famille de brillantes études qui le mèneront au journalisme ("L'Etoile Belge"). Ses premiers articles porteront sur le magnétisme et l'hypnotisme. De là, il rencontrera le chanoine Mouls qui l'entraînera peu à peu sur les planches du spectacle. Donato et son sujet Mademoiselle Lucilie abusent de compères qui, peu à peu, les abandonnent vu la facilité de la supercherie : ils deviennent eux-aussi de "savants magnétiseurs" ... A tel point que nombre de leurs « élèves » prendront le nom de Donato, créant la confusion dans cet univers déjà trouble des médiums.

Après quelques incidents, les séances de spiritisme seront interdites en France et en Belgique. Le gardien de la paix hypnotisé tournant à cloche-pied autour de l'Obélisque en se proclamant « la reine des abeilles » aura dans doute conduit la gendarmerie a davantage de sévérité envers le paranormal.

Francesco Carancini
(né à Rome en 1863)

Ce personnage étrange sera étudié par des scientifiques italiens en 1908. On observera des lévitations d'objets, des phénomènes lumineux, des dématérialisations de matière ...
Des expériences de contrôle à Londres devant la Society for Psychical Research furent peu crédibles bien que dénuées de fraude flagrante. Il opérait presque dans l'obscurité et ne se prêtait guère à un contrôle sérieux ...

En 1912, en France, devant la Société Universelle d'Etudes Psychiques, on n'observera ni résultats probants ni fraudes mais le manège d'allers et venues des assistants sera pour le moins suspect ... Le Dr Paul Joire de Lille reconnaîtra à Carancini des talents ... de prestidigitateur !

Pickman (1857-1925)

A quatorze-ans, cet adolescent sale et mal vêtu logera sous les ponts. Il apprend à lire à trente ans et sera un des sujets de Donato.

Son aplomb et son calme troubleront quelques savants qui le prendront pour un vrai magnétiseur et voyant. Il sera un mystificateur de génie.

Dicksonn (1857-1939)

Le comte Paul-Alfred de St Gervais de Grand Breucq, né dans le Nord de la France, se fixera très jeune à Paris pour y suivre des études de droit. Un jour de fête scolaire il découvrira la prestidigitation. Seulement voilà : des parents nobles n'imaginent pas qu'un authentique comte se lance dans la carrière de saltimbanque ! Obligé par les liens du sang, il entrera dans les assurances sous la tutelle bienveillante de Gustave de Rothschild.

Un ami, le comte de Noé, caricaturiste sous le nom de Cham, sera son avocat auprès de ses parents, expliquant qu'il pouvait prendre un pseudonyme ...

Dicksonn, encore amateur, inventera la « Gangue Japonaise ». Séduit, le fils de Robert-Houdin achètera la grande illusion pour son théâtre. A la mort de ce dernier, Dicksonn s'associera avec sa veuve pour diriger le Théâtre jusqu'en 1886.

Après des tournées de 1894 à 1912 et un passage au Musée Grévin de 1915 à 1918, Dicksonn se consacrera à des conférences anti-spirites et se fâchera du coup autant avec les illusionnistes qu'avec les psychistes : les premiers l'accusent de débinage et les seconds le traite de vulgaire bateleur.

Bénévol (1865-1939)

Cet italien, naturalisé français en 1919, constatera que la prestidigitation rapporte peu alors que le pseudo-hypnotisme fonctionne à merveille ...

Distant et taciturne dans sa vie privée, il sera particulièrement exubérant sur scène et jouera autant sur le tableau de l'amusement que sur celui de l'arnaque !

Daniel-Dunglas HOME (1833-1886)

Illusionniste ou véritable médium anglais ? Sa tante se souvient que, bébé, son berceau était bercé seul et qu'à quatre ans il eut la vision de la mort de sa cousine et nomma les personnes autour du lit de la fillette effectivement décédée le jour de sa vision ...

Le critique incrédule notoire, Franck Podmore, écrira : « En D.D. Home se résume toute la question du spiritisme ». Contrairement à 99% de ses émules, Home ne fut jamais pris en flagrant délit de fraude, même si une rumeur sur l'épisode des Tuileries dira qu'au cours d'une séance en présence de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie, Home aurait frôlé de son pied nu le visage des assistants ... L'impératrice démentira ce bruit.

Le professeur Wells de l'Université de Harvard, Crookes, Mapes, Hare, les savants anglais Ashburner et Elliotson analysèrent « la variété, la qualité et l'abondance des phénomènes métapsychiques et métaphysiques de Home ».

D.D. Home opérait en pleine lumière et au milieu des assistants."

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.







samedi 4 avril 2020

« Petite histoire du close-up » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 209, janvier – février 2018).





  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 209 (janvier-février 2018). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 209 dont j’ai extrait cet article consacré à une Petite histoire du close-up écrite par l’ensemble de la rédaction. 


« Petite histoire du close-up. Magie de proximité, micromagie… Le close-up, des cours royales à l’événementiel…

 Prétendre que la magie de proximité, le close-up, a déboulé dans les années 1960 aux USA et dans les années 1970 en France est non seulement ridicule mais surtout totalement faux.
Tout comme le très à la mode mentalisme serait un art annexe découvert il y a une quinzaine d'an­nées. Déjà, à l'Antiquité, les devins endiablés de­vinaient que dans le petit coffret en os c'était bien une étoile qu'avait dessiné le malheureux qui se signait avant de fuir en courant...
Voyons d'un peu plus près (!) ce qu'il en est du close-up, terme anglo-saxon signifiant au cinéma et dans la photographie le « gros plan ». On a adopté ce terme bien que dans les années 70 on retrouvait le mot « micromagie » dans les catégo­ries de concours.
En 1420 des « joueurs de gobelets » seront vic­times de l'intégrisme catholique qui les fera condamner et tuer. Le Pape ne rigole pas avec la concurrence ! D'ailleurs, ces fripouilles et nigauds installaient leurs tables devant les églises autant que dans les foires et sur les places publiques. Magie de rue certes, mais magie de proximité as­surément. Notre futur « close-up » était déjà à la mode. Le tableau de Jérôme Bosch (1450-1516), L'Escamoteur, est un modèle universellement connu du joueur de gobelets.
Maître Gonin (vers 1713), ce coquin affabulateur, jouait des gobelets à quelques centimètres de ses spectateurs, sur le Pont Neuf, son lieu de prédilec­tion, mais acceptait volontiers contre monnaie sonnante et trébuchante quelques représentations privées à la Cour.
Il fera une promesse aux badauds : faire prochai­nement disparaître les tours de Notre-Dame, une sorte d'escamotage divin. Le public le lui réclamera sans ménagement et il n'aura d'autre argument que de prétendre que c'est l'archevêque de Paris qui s'y oppose farouchement...
Dans les accessoires produits des gibecières, nos assimilés sorciers - mais véritables prestidigita­teurs - ne se contenteront pas de gobelets. Pièces d'or, muscades, œufs, couteaux, mouchoirs, anneaux et autres fe­ront partie du répertoire de la magie de près. Sans oublier quelques illusions effrayantes,
graduant entre le sim­ple nez qui saigne abon­damment jusqu'à la tête tranchée et naturelle
ment restaurée...

François 1er sera particulièrement friand de séances de prestidigitation qu'il fera donner dans ses palais royaux. A la Cour d'Espagne, des illu­sionnistes se produiront régulièrement parmi les jongleurs, cracheurs de feu et montreurs d'ours. Les magiciens passaient-ils aux tables des grands seigneurs ? On peut le supposer même si les cartes n'étaient pas l'accessoire encore à la mode.
En 1931, on parle de « vest pocket magic » pour évoquer le close-up dans le fameux Linking Ring. C'est à Chicago que l'on commence à voir fleurir des « bars à close-up » avec une forme moins ra­coleuse, plus aboutie techniquement, et l'arrivée des cartes peu pratiquée au siècle précédent à l'exception de la magie de scène avec les fiori­tures et manipulations.
Matt Schulien (1890-1967), res­taurateur et magicien né à Chi­cago, opère durant cinquante ans aux tables de son restau­rant et celui d'un confrère avec des tours de cartes : carte au mur, carte sous la nappe mais ...4 aussi la pièce dans la bouteille.
Ses fils Charlie et Robert conti­nuent de distraire les clients avec du « close-up » dans le restaurant familial, jusqu'au décès prématuré de Charlie en 1998.
D'autres magiciens opèreront dans les bars : Doc Eason, Scotty York, JC Wagner.
La magie de proximité trou­vera sa place dans les bars aux USA mais aussi en France avec l'incontournable Mystag (1919­1988) et en Europe. Cet artiste, connu pour son combat obses­sionnel contre le paranormal, sera l'un des premiers Parisiens à imposer le close-up dans les cafés populaires. D'autres confrères, comme Samy Liardet, passeront dans des restaurants assez chics où il se taillera un beau succès avec ses cordes qu'il rangeait soigneusement dans les sacoches de sa mobylette garée discrètement dans la cour du res­taurant...
L'ami Gérard Kunian animera joyeusement et magiquement le Bœuf à L'Escamote dans les an­nées 1970 où il sera remplacé par Abdul Alafrez, Duraty, Gaétan Bloom et quelques autres... Le close-up commence à être à la mode en France et les premiers artistes qui deviendront des réfé­rences jusqu'à nos jours : Dominique Duvivier et Bernard Bilis, inspirés respectivement par Ernest Pancrazi et Jacques Tandeau, entre autres. Les frères ennemis (?) imposeront leur style teinté d'humour à une clientèle généralement huppée des restaurants chics de la capitale mais pas que... Un marché plus large, celui des grandes sociétés, offrira un espace à cet art de proximité lors de soi­rées prestigieuses : lancement de voiture et de produits, salons VIP, etc.
Autre référence et figure incontournable : l'ami Jean-Pierre Vallarino qui fera les beaux soirs de grands établissements monégasques, en bon voi­sin niçois. Il sera l'un des plus notables artistes du tapis vert avec ses inimitables chorégraphies de cartes et de pièces. Il crée une école de magie à Nice, ouvre une boutique et donne des cours à de nombreux magiciens parmi lesquels quelques étoiles filantes actuelles amnésiques... 
Jean-Jacques Sanvert (Champion du monde de cartomagie à la FISM 79), un temps en duo avec Bernard Bilis, mènera une très honorable carrière nationale et internationale tandis que Bébel, l'un des plus doués de sa génération, trouvera son bonheur et celui de son public, en s'installant dans le quartier St Michel, entouré du public qui le touche presque, diaboliquement doué avec des cartes qui racontent des histoires. Il reste l'un des magiciens de close-up les plus appréciés de ses confrères dans le monde entier, notamment lors des rencontres madrilènes à L'Escorial autour du grand maître Juan Tamariz.
Parmi les quadragénaires français signalons Sylvain Mirouf, Alexandra Duvivier, Boris Wild, Maurice Douda, David Stone et Mathieu Bich. On ne peut les citer tous ici et nous n'allons pas nous excuser d'oublier ceux qui vont se manifester fu­rieusement... Répétons que la liste n'est pas exhaustive.
David Stone, éternel adolescent à la mèche re­belle, maintiendra le cap avec son style roman­tique et bad boy. Il publiera un excellent ouvrage qui reste une référence en la matière (Close-up, les vrais secrets). Mathieu Bich, secret comme un Sébastien Clergue, crée et élabore des idées et produits à la mesure des plus grands magiciens de la planète. Lors de la récente émission de TF1, au milieu d'éloges et d'insultes, il interviendra fort intelligemment dans les réseaux sociaux pour rappeler la déontologie en matière de protection des droits dans la jungle magique.
Chez nos voisins de tous pays on doit signaler l'incontour­nable monument : Dai Vernon. Jusqu'à son lit de mort à l'hôpital, il tiendra en main un paquet de cartes et publiera nombre de notes et ouvrages indispen­sables aux spécialistes. Larry Jennings tiendra son rang très dignement, comme Derek Dingle, Edward Marlo, Jimmy Grippo, Michael Skinner, Alex Elmsley et quelques autres figures du close-up aux USA.
En Hollande, Fred Kaps, trois fois champion du monde (en scène !), sera redoutable derrière une table. Pour les pièces, l'américain David Roth est en tête de liste. Harry Lorayne, spécialiste du close-up, se fera remarquer par ses études por­tant sur la mémoire. Le réputé mentaliste Phil Goldstein ne démentira pas son double Max Maven dans le répertoire de la magie de proximité. Toujours côté USA, le très créatif Paul Harris et le faux-maladroit suédois Lennart Green...
En Espagne, l'universel Juan Tamariz, depuis les années 1970 où le monde magique le découvre dans les congrès, ajoutera à de redoutables tech­niques une dimension dramatique ou comique dans son jeu. Il reste l'un des cinq plus importants artistes dans le monde et apporte par ses écrits toute l'approche psychologique et « physique » de cet art exigeant.
Toujours côté ibérique, Pepe Carroll, un peu vite oublié, imposera un style tout à fait intéressant. L'imposant Ascanio, olympien, technicien hors pair, laissera son empreinte dans la cartomagie.
Leurs enfants spirituels, comme Miguel Angel Gea et Dani Daortiz, promettent un bel avenir à la micromagie. Ils sont les figures de pointes ac­tuelles et donnent des conférences très courues.
L'Argentin René Lavand, figure légendaire avec son bras unique, sera un grand parmi les grands du close-up. On ne peut oublier les regrettés Aldo Colombini et Daryl dans la contribution artistique et littéraire du close-up.

C'est une approche technique et artistique très particulière. Reste à savoir s'il s'agit de « direct » ou d'émissions enregistrées. Dans le premier cas mieux vaut pas se louper... Dans le second il est possible de recommencer.
Le réalisateur tient un rôle primordial car c'est lui qui place les caméras. Celle en « douche » est sou­vent la plus intéressante car elle peut cadrer un tapis et des mains. Tout ce qui s'y passe mais qui enlève l'aspect humain et artistique pour ne garder que le « gros plan » sur la prouesse technique.
Il est assez imprudent pour un magicien d'arri­ver avec un joli croquis pour placer les caméras à son goût. Généralement le réalisateur voit rouge... Car le professionnel de la télé c'est lui !
Un des premiers en Europe à imposer le close-up à la télévision - outre de véritables shows de scène - c'est le madrilène Juan Tamariz. Déjà dans les années 80, comme Paul Daniels en Angleterre, il déroutait les téléspectateurs avec des tours de cartes. Aux USA, Copperfield préfèrera les grandes illusions au close-up et invitera quelques spécialistes du genre dans ses émissions.
L'un des premiers à présenter du close-up à la télévision : Bernard Bilis dans « Coucou c'est nous» de Christophe Dechavanne au début des années 90. Puis peu après le sémillant Sylvain Mirouf ne démé­ritera pas chez Michel Drucker dans « Studio Gabriel ».
Actuellement, et depuis... plus de quinze ans, c'est l'incontournable et talentueux Bernard Bilis (Le Plus Grand Cabaret du Monde/France 2) qui est la figure télévisuelle de la magie de près en France et bien au-delà grâce à TV5.
Terminons pas le lieu incontournable en France pour applaudir du close-up : le Double Fond. Trente ans déjà que Dominique Duvivier fondais à Paris une véritable institution qui a vu passer les plus grands noms du close-up contemporain. Alexandra et Dominique Duvivier s'y produisent régulièrement, en solo ou duo, et apportent à ce lieu une ambiance très parisienne.


LES REVUES DE MAGIE, entièrement ou principalement consacrées au close-up 

EN FRANCE
Les trois n'existent plus mais ont eu leurs heures de gloire.
En tout premier Le Magicien (1937­1972) d'André Mayette qui sera ré­édité un temps par Dominique Duvivier au début des années 90. De très prestigieux contributeurs s'ajoutent à Dominique Duvivier qui livre pas mal de ses créations. L'infatigable Tran gère la mise en page des nombreuses pages de ce magazine peu avare en pagination...
Michel Balandras et Jean-Yves Prost publient à Lyon Arcane (1976­2014) qui propose principalement des traductions de routines extraites de la littérature anglaise ou des notes de conférences. Une référence en matière de close-up.
François Montmirel fonde Joker DeLuxe en 1993 et publie 40 numéros de la luxueuse revue Imagik princi­palement composée de routines de close-up sous la rédaction en chef de Daniel Rhod.

À L'ÉTRANGER
 La presse magique internationale, principalement en anglais, compte pléthore de maga­zines consacrés au close-up, la plupart ont cessé de paraî­tre et ont eu leurs  heures de gloire et quelques rares persistent dans le monde virtuel florissant...

Pabular (1974-1985) - Fred Robinson, Walt Lees et Stephen Tucker (revue anglaise).
 The Minotaur
(1988-2011) - Marvin J. Leventhal et Dan Harlan (revue américaine).

 Apocalypse (1978­1997) - Richard Kaufman et Harry Lorayne (revue américaine).

Magigram (1966­1995) - Ken de Courcy (revue an­glaise).

Spell-Binder (1981­1984) - Stephen Tucker (revue an­glaise).

Chicanery (1986­1988) - Stephen Tucker (revue an­glaise).

Pentagram (1946­1959) - Peter Warlock       (revue anglaise).

New Pentagram (1969-1989) - Peter Warlock (revue an­glaise).

Magical Arts Jour­nal (1986-1990) -Michael Ammar et Adam Fleischer (revue    américaine).

Club 71 (1970‑2007) - Geoff Maltby (revue an­glaise).

Blueprint (1974-1981 ?) - lan Baxter et Barry Govan (revue australienne).

Richard's Almanac (1982-1987) - Ri­chard Kaufman (revue américaine).

Pallbearer's Review (1965-1975) -Karl Fulves (revue américaine).

Chronicles (1978-1988) - Karl Fulves (revue américaine).

Arcane (1980-1995) - Jeff Busby (revue américaine).

Newtops (1961-1994) - Neil Foster (revue américaine).

Hierophant (1969-1980) -Jon Racherbaumer (revue américaine),

Kabbala (1971-1981) - Jon Racherbaumer (revue américaine).


  BIBLIOGRAPHIE
Quelques incontournables français :
 - La prestidigitation sans appareils (Camille Gaultier) - 1914
- Les « Very Best Of» traduits par Richard Vollmer (Editions Magix -Techniques du spectacle): Dai Vernon, Edward Marlo, Roy Walton, Simon Aronson, etc.
- Petite Anthologie des tours de cartes automa­tiques (Richard Vollmer - Editions Magix -Tech­niques du spectacle)
- Cours de cartomagie moderne de Roberto Giobbi
- La magie de Michael Stutzinger


Quelques incontournables américains :
- The Dai Vernon Book of Magic (Lewis Ganson ­1957)
-               The Magic of Slydini (Lewis Ganson - 1960)
-               Expert Card Technique (Hugard and Braue - 1940)
-               Encyclopedia of Card Tricks (Jean Hugard - 1937)
-                Expert at the Card Table (S. W. Erdnase - 1902)
-               Stewart James in Print : The First 50 Years (Hermetic Press - 1989)
- Strong Magic (Darwin Ortiz - Kaufman and
Greenberg - 1994)
- The Book of Wonder (Tommy Wonder - Hermetic Press - 1996)
- Greater Magic (Harlan Tarbell - 1938)
- The Fine Art of Magic (George Kaplan - 1948)
- Modem Coin Magic (J.B. Bobo - 1952)
- La magie de Matt Schulien par Philip Willmarth (1959) « 

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !