vendredi 22 juin 2018

Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (dix-huitième partie).



Fritz Perls.



Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois formidablement bien écrit, original et passionnant. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci.

Voici le résumé de ce livre.

La plupart des médecins allemands étaient des constipés et portaient le masque de l'absolue respectabilité. Je suis sûr qu'ils désapprouvaient mes voyages. Moi, je le leur rendais bien. Ils appartenaient à la grande bourgeoisie prétentieuse, alors que mes amis et moi étions de ces Berlinois bohèmes dont le quartier général était le Café de l'Ouest, et plus tard le Romanische Café.

Un grand nombre de philosophes, d'écrivains, de peintres, de politiciens aux idées avancées et de parasites se rencontraient en cet endroit. Friedlander faisait bien entendu partie de la bande, encore que nous nous rencontrions le plus souvent chez un peintre ami. Friedlander gagnait sa vie en écrivant des histoires très drôles sous le nom de plume de Mynona (Anonym à l'envers). Son œuvre philosophique L'Indifférence créatrice eut sur moi un effet fantastique. Quant à sa personnalité, disons que c'était le premier homme que je vénérais, et devant qui je me sentais humble, me mettais à genoux. Il n'y avait plus place pour mon arrogance chronique.

Si je m'efforce de rationaliser et de faire le point sur ce qui m'attira vers Friedlander et sa philosophie, je suis pris dans un tourbillon de pensées, de sentiments et de souvenirs. La philosophie était un mot magique, quelque chose qu'il fallait comprendre pour comprendre soi-même et le monde, un antidote à ma confusion existentielle et à mon égarement. J'ai toujours su venir à bout des arguments les plus captieux. La question : « Combien d'anges peuvent danser sur la pointe d'une aiguille ? » était une supercherie facile, un mélange de choses réelles et de symboles. « Qu'est-ce qui vient en premier, l'œuf ou la poule ? » non seulement rejette l'image globale d'un processus ininterrompu, mais néglige spécifiquement le point de départ. Quelle poule ? Quel œuf ? Reich a été la victime typique de ce genre de confusion de pensée.

A l'école nous lisions Sophocle et Platon dans le texte. J'aimais le dramaturge, mais Platon, comme tant d'autres philosophes, proposait un idéal et exigeait des autres une conduite que lui-même n'observait pas. J'en eus assez de cette hypocrisie, comme de celle de mon père qui prêchait une chose et en vivait une autre.

Quant à Socrate, il me surpassait même en arrogance en disant : « Vous êtes tous des cons de penser que vous savez quelque chose ! Mais moi, Socrate, je ne suis pas con. Je sais que je ne sais pas ! Ce qui me donne le droit de vous torturer de questions et de vous montrer comme vous êtes cons. » A quel point peut-on glorifier l'intellect ?
L'enseignement courant en psychologie était formé d'un mélange de physiologie et des quatre catégories de l'esprit : la raison, les émotions, la volonté et la mémoire.

Je ne vais tout de même pas me mettre à énumérer les cent explications différentes qui étaient avancées comme représentation de la Vérité (de nouveau avec un grand V).

Dans ce tourbillon, Friedlander apporta une manière simple de s'orienter de prime abord. Tout ce qui est se différencie en contraires. Si vous êtes la proie d'une des forces opposées, vous voilà piégé, ou du moins en déséquilibre. Si vous vous tenez dans le néant du centre, au point zéro, vous êtes en équilibre et vous avez une perspective.

Plus tard, je me suis rendu compte que c'était là l'équivalent occidental de l'enseignement de Lao-Tseu.

Pour moi, l'orientation de l'indifférence créatrice est vraiment claire. Je n'ai rien à ajouter au premier chapitre de Le moi, la faim et l’agressivité.

Bon sang, ce que je suis coincé ! C'est la seule phrase qui me soit venue sous la plume en parlant de cette vieille merde ! Pouah, Fritz, tu n'as pas honte ? Voilà une heure, fin de séance pénible, trop de thérapie. Réussi finalement à extirper quelques griefs — fantômes noirs qui ont quitté la pièce comme des chauves-souris. Suis descendu à la résidence. Ils dansaient, j'étais gonflé à bloc, fini le cafard.

J'étais assis là, triste, insensible aux appels du regard, ouvrant les yeux moi-même, tristesse, lassitude, indifférence. Il me fallait parfois plusieurs jours pour surmonter une dépression. Cette fois j'y suis resté plongé, résistant au désir de tendre la main vers un semblant de réconfort. Aujourd'hui, ça ne m'a pris que vingt minutes. Je suis à nouveau moi-même, la plume court sur le papier. Il est près d'une heure. Les deux dernières nuits, j'ai écrit jusque vers trois heures du matin. J'ai écouté le Journal parlé d'une heure. Nous n'avons ni télévision ni modulation de fréquence, simplement la modulation d'amplitude qui s'affaiblit par moments. Le soir, un programme de musique classique, « American Airline », nous parvient assez bien. Nous n'avons pas de journaux non plus. Alors j'écoute si possible les informations d'une heure. Je me tiens au courant de l'actualité en lisant Newsweek. La grande émotion de la semaine : nous avons un reportage dans Life. Ça semble drôle, comme si nous devenions respectables. Et j'ai une mauvaise réputation à soutenir !

Arrête, Fritz ! Cesse de tempêter,
Cesse de délirer.
Sois écrivain ! Vide ton sac.
La poésie est bonne parfois, de même la contemplation
De ta mauvaise humeur
Et de ta joie.
Assieds-toi et dis-nous comment
Mieux qu'une âme ou que Dieu
Le néant créateur
Peut nous faire comprendre.
Ce chapitre, laisse-le dans la poubelle
Avec les autres ordures.
Prends quelques exemples, illustre-les.
Éclaire un peu les ténèbres.

Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire