lundi 30 mars 2015

Améliorer sa mémoire, compte rendu de lecture et pratique, jour 1




Une vidéo d'Harry Lorayne, sans doute le plus grand mnémotechnicien américain du vingtième siècle.


Jour 1

Sur la mémoire et la mnémotechnie,
compte rendu du livre
de Benoît Rosemont


Nous entrons, avec cet article, dans la partie véritablement pratique sur la mémoire, où sont donnés les conseils pour bien retenir et bien restituer dans la vie quotidienne.
Seront traités aujourd’hui les chapitres suivants de l’ouvrage de Benoît Rosemont :
Préface : « A quoi va vous servir ce livre ? »
Chapitres 1 et 2 : « Fini la mémoire qui flanche ! » et « La mnémotechnie est-elle dépassée ? ».

Dans sa préface, Benoît Rosemont nous explique que sa méthode est simplement un outil pour améliorer la mémoire, tant dans son aspect à court terme que dans son utilisation à long terme, et ce grâce à certaines techniques.
Il affirme que les résultats peuvent être quasi immédiats, si nous acceptons de briser certaines barrières que nous nous imposons tous naturellement. Trois points sont déterminants :

Il faut accepter de jouer avec son imagination,
il faut consacrer un peu de temps chaque jour aux exercices,
il faut y croire.

Dans le chapitre 1, « Fini la mémoire qui flanche », Benoît Rosemont recense les maladies qui font perdre la mémoire. La plus répandue est sans doute la dépression qui touche des millions de français. Elle s’accompagne souvent d’une difficulté à se souvenir d’événements récents, due au fait que l’état de la personne l’empêche de se concentrer sur l’information à mémoriser. Il s’agit plus souvent d’un défaut d’attention que d’un véritable oubli.

L’auteur nous dit, et c’est déterminant, que l’on peut apprendre à tout âge, qu’il n’est jamais trop tard pour commencer. Avec le vieillissement, c’est juste la vitesse d’apprentissage qui diminue, mais absolument pas la capacité à mémoriser (c’est un peu comme les sportifs qui perdent de la force et de la rapidité avec l’âge mais qui gardent intactes leurs qualités d’endurance, s’ils continuent à s’entraîner). En fait, pour tout un chacun, la mémoire est comme un muscle qui s’avachit, devient peu performant, si l’on ne s’en sert pas. Moins on l’utilise, moins elle est performante ! Benoît Rosemont propose comme petit exercice quotidien de se passer de son répertoire électronique téléphonique et de composer de tête directement les numéros. Si le numéro est bon, le téléphone affiche automatiquement le nom de la personne lorsqu’il le compose. Cela nous permet de contrôler. Si il est faux, on regarde dans la mémoire de l’appareil et la fois d’après, on réessaye la même expérience.

Benoît Rosemont nous apprend qu’il a fait des exercices mnémotechniques tous les jours pendant quinze ans, qu’il a même découvert de nouveaux principes, avant de présenter en 2011 son spectacle entièrement basé sur la mémoire, J’ai oublié un truc… mais ça va revenir, une heure consacrée à l’aspect divertissant de la mnémotechnie et destinée à encourager ceux qui le souhaitent à s’engager dans le voyage au pays de la mémoire.

Dans le chapitre 2, « La mnémotechnie est-elle dépassée ? » Benoît Rosemont nous propose une histoire des procédés de mémorisation qui datent d’il y a plus de 2500 ans. Pour le détail, rapportez-vous à son livre ou à celui de Vincent Delourmel. Il faudrait des pages et des pages pour citer tous les auteurs qui ont créé des procédés mnémotechniques. La première méthode dont on a connaissance est celle des lieux. Le principe en a été exposé par l’écrivain romain Quintilien. Il consiste à d’abord mémoriser une série de lieux familiers dans un ordre déterminé. Puis, si l’on désire se souvenir par exemple d’une liste, il faut associer successivement en pensée chaque mot de sa liste (souvent sous la forme d’une image) aux lieux de la série qu’on a choisie. C’est ainsi que les orateurs de l’Antiquité mémorisaient leurs discours, parfois très longs. C’est comme ça que procèdent encore actuellement des gagnants du Championnat du monde de la mémoire, comme par exemple Dominic O’Brien ou Ben Pridmore. L’immense succès initial de la méthode en Grèce et à Rome a été dû à quelque chose auquel on ne songe pas toujours : en fait, à l’époque, beaucoup de gens ne savaient pas lire. La mémoire compensait la lecture. L’imprimerie n’existait pas et la mnémotechnie permettait d’emporter avec soi de véritables bibliothèques virtuelles.

Par la suite, d’autres méthodes ont été créées que le psychologue Alain Lieury a détaillées dans ses différents livres, et notamment dans Mais où est donc ma mémoire ? D’une manière générale, si l’on vous donne à mémoriser une liste d’informations, quelle qu’elle soit (chiffres, lettres, etc.), vous n’en retiendrez en moyenne que sept. Cela s’appelle « l’empan mnésique » ou moyenne du nombre d’informations que l’on est capable de retenir en une fois. Ce phénomène est lié au fonctionnement naturel de la mémoire, à la manière dont notre cerveau stocke ce qu’il reçoit.
Mais, avec la mnémotechnie, ces limites naturelles peuvent être repoussées. Un exemple : actuellement, alors que nous ne connaissons, pour la plupart de nous, que les chiffres 3,14 du nombre Pi, un mnémotechnicien a réussi à en réciter cinquante mille décimales.

Attention, cette série d’articles sur la mémoire va être interrompue la prochaine fois par un billet d’actualité. Je vais parler d’un spectacle (formidable) que je suis allé voir vendredi dernier, celui de Jean-Michel le magicien (mais qui est aussi mentaliste !).




mercredi 25 mars 2015

Améliorer sa mémoire, comptes rendus de deux livres déterminants


Présentation du spectacle de mnémotechnie de Benoît Rosemont





J’avais dit dans mon dernier article que mon prochain texte porterait sur le bouddhisme. En fait, après diverses réflexions, je vais reporter ce sujet à une prochaine fois. Je désire traiter à présent de la mémoire car plusieurs personnes autour de moi se plaignent de mal retenir. Et pourtant, il y a des méthodes, enseignées par des prestidigitateurs ou des spécialistes du développement personnel, qui améliorent beaucoup les capacités de mémorisation. Vincent Delourmel, un prestidigitateur mnémoniste, a publié la sienne en 2012 et Benoît Rosemont, un autre prestidigitateur spécialiste de la mémoire, après avoir fait sur celle-ci un spectacle entier, J’ai oublié un truc… mais ça va revenir, a sorti son livre Mémento de la mémoire, Améliorez votre mémoire au quotidien ! en 2013. Ces deux ouvrages sont excellents : une bonne histoire des procédés mnémotechniques, des méthodes très pratiques que chacun peut exploiter immédiatement, des effets possibles de « Mémoire prodigieuse » en mentalisme. Je vais détailler leurs idées durant plusieurs articles de ce blog afin que chacun puisse faire son choix.

Un lecteur très attentif aura remarqué que ce problème de la mémoire est présent dans plusieurs des articles de mon blog. Je parle déjà du livre de Vincent Delourmel dans « Quatre livres et moi » puis, dans les articles sur Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte, je commente le chapitre « Faire confiance à l’inconscient » qui aborde la mémoire exceptionnelle de Milton Erickson. Celui-ci se souvient dans l’histoire « Neige légère » de la neige qui est tombée le 12 novembre 1912, peu avant quatre heures de l’après-midi, alors qu’il était assis sur la troisième chaise du troisième rang dans sa salle de classe au village de Lowell (Wisconsin) (Erickson avait alors 11 ans). D’une manière générale, les personnes que j’hypnotise ont une mémoire parfaite de leur enfance et peuvent se souvenir d’une scène heureuse, par exemple, quand ils avaient trois ans ! L’hypnose a cette capacité extraordinaire de faire revenir une immense partie du passé à l’esprit d’une manière très précise et très vivante.

Quelques mots sur la façon dont j’ai découvert les procédés mnémotechniques et sur la fluctuation de ma mémoire au cours de ma vie. Quand j’étais jeune, j’avais une très bonne mémoire. Je me souviens, en 1975, alors que j’avais quatorze ans et que j’étais en seconde littéraire, j’apprenais avec délice des dizaines de citations, de poèmes, par cœur, sans problème. Plus tard, à la faculté de droit en 1978, je révisais mes cours, des centaines et des centaines de pages, quinze jours avant l’examen en les écrivant. On m’a dit que c’est ce qui s’appelle une mémoire procédurale ou mémoire de travail.

C’est pendant ces années de faculté que je rencontrais et achetais dans une librairie ma première méthode de mnémotechnie. Elle avait un nom un peu ronflant Un secret magnifique pour retenir toutes les dates et était écrite par un certain Adrien Bullas. Ce livre, je ne le savais alors pas, datait de 1956. Il était publié par un petit éditeur, Edouard Aubanel, spécialisé à l’époque dans un domaine un peu honteux, « la culture humaine », que maintenant on appelle le développement personnel. C’est dans cette méthode que j’appris ma première table de rappel dont je parlerai par la suite.


Je me rends compte que, toute ma vie, j’ai acheté des ouvrages sur la mémoire. Mais, du fait que j'étais trop réfugié dans la théorie, il y a eu une période de mon existence, autour de l'année 2005, où j'ai complètement perdu la mémoire. Je n’avais plus aucune motivation depuis longtemps, je n’essayais plus de rien mémoriser, et, en conséquence, j'avais des difficultés de manière générale pour retenir et restituer. J’ai compris alors que ce que disaient les livres était tout à fait exact. La mémoire est comme un muscle : si on ne s’en sert pas, on la perd. Il faut s'entraîner tous les jours. J'ai regagné ma mémoire aujourd'hui à force d’efforts quotidiens et en suivant des méthodes. C’est pour que vous fassiez de même, si vous avez des problèmes de mémorisation ou de restitution, que je vais écrire sur le sujet une série d’articles dans ce blog. Donc à la prochaine fois pour le début du compte rendu de Mémento de la mémoire, améliorez votre mémoire au quotidien de Benoît Rosemont.

jeudi 19 mars 2015

Milton H.Erickson et l'hypnose, jour 11, renseignements divers : formations proposées et bibliographie




Jour 11


Renseignements sur l’hypnose ericksonienne


Je vais essayer de vous donner ici les divers renseignements que j’ai pu glaner au cours des années sur l’hypnose ericksonienne.


Formations 

IFHE, Institut Français d’hypnose humaniste et ericksonienne :
J’y ai suivi pendant une semaine le cours de technicien en hypnose ericksonienne. Je n’ai pas du tout aimé. Trop de baratin loin, très loin de l’hypnose. Olivier Lockert, qui a écrit un ou deux bons livres, se prend pour une star, écarquille les yeux et ne répond jamais aux questions des participants.
Il est donné aussi dans cet institut des formations en programmation neuro-linguistique. Personnellement, je le déconseille (et en plus, c’est cher !).

Arche :
L’Arche est tout le contraire de l’IFHE : c'est une formation intelligente, accueillante et bonne vulgarisatrice de l’hypnose ericksonienne.
En plus des stages pour devenir hypnothérapeute, elle propose :

1) Des soirées « auto-hypnose » avec Virgile Lemarie, un très bon formateur (15 euros la soirée, c’est mieux !) qui a son site personnel, « Hypnoconseil ».

2) Des soirées « Cabinets publics » de démonstration d’hypnose ericksonienne animées par Kévin Finel, le directeur de l’Arche (8 euros l’entrée) .

3) Un stage sur l’hypnose de rue, très à la mode actuellement, depuis le livre de Jean-Emmanuel Combe, La voix de l'inconscient.

Formations Antoine Garnier :
Je n’ai personnellement pas testé cette formation mais elle me semble très intéressante (excellent descriptif sur l’hypnose en général dans le site).

Ecole Française d’hypnose :
Là non plus, je n’ai pas testé. Cette école, qui semble valable, propose des formations en hypnose classique, hypnose ericksonienne et programmation neuro-linguistique.



Bibliographie succincte :

Il y a beaucoup de bons livres sur l’hypnose ericksonienne, outre Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte. J’en ai sélectionné quatre de manière partiale, ceux qui me plaisent le plus et un que je n’apprécie pas :

L’autre livre de référence sur Erickson. Il est le complément indispensable du livre de Sidney Rosen et est orienté sur la stratégie d’Erickson en thérapie et sur son analyse des cycles de la vie humaine.

MALAREWICZ, Jacques-Antoine, GODIN, Jean, Milton H. Erickson, de l’hypnose clinique à la psychothérapie stratégique, Les Editions ESF, 1986.
Le premier bon livre français sur Milton Erickson.

LOCKERT, Olivier, Hypnose, Evolution humaine, Qualité de vie, Santé, Editions IFHE, 2001
Le premier livre d’Olivier Lockert sur l’hypnose ericksonienne et la programmation neuro-linguistique. Beaucoup d’autres ont suivi après (trop ! Par la suite, Olivier Lockert reprend et délaye ses premières idées.)

LOCKERT, Olivier, Hypnose humaniste, voie de guérison et d’éveil, IFHE éditions, 2006
Dans ce nouveau livre, Olivier Lockert crée le concept d’hypnose humaniste. C’est en fait de l’hypnose ericksonienne avec une pincée de philosophie, un peu d’images Kirlian, de Street Therapy, etc. Pas très original. « Rien de nouveau sous le soleil », peut-on dire de ce livre à la limite de la prétention.


Il y a eu dans le journal Psychologies, un très bon article sur l’hypnose ericksonienne que l’on peut consulter sur Internet:
et un autre sur l’hypnose en général :

On peut aussi aller sur le site de l’IFHE qui donne une revue de presse très complète. 

Il ne faut pas oublier la thèse de médecine remarquable de Claude Virot, disponible sur Internet :


Pour un résumé très concis, vous pouvez vous référer aussi à Wikipédia qui donne de bonnes informations. 

Voilà. Cette série d'articles sur l'hypnose ericksonienne est finie. Merci à ceux qui m'ont lu. Merci à mes relecteurs-correcteurs, Brigitte Aufort, ma sœur, et Wanda, ma femme.

La prochaine fois, comme cela avait été annoncé dans le premier article de ce blog, je traiterai un sujet totalement différent, celui du bouddhisme, que nous avons approfondi avec ma femme depuis deux ans, en prenant des cours au centre bouddhiste Triratna de Paris. Pour ceux que ce sujet n'intéresse pas (et je le comprends très bien), n'hésitez pas à décrocher et à revenir par la suite quand je parlerai de mentalisme et d'hypnose.

Milton H.Erickson, jour 10, "Enseignement des valeurs et de l'auto-discipline"



Ecole française d'hypnose : un cours sur Milton H.Erickson



Jour 10


par Sidney Rosen
Chapitre 13


Pour terminer, je m’abstiendrai de commenter le dernier chapitre, le chapitre 13 ! (porte-bonheur ou porte-malheur) qui s’intitule « Enseignement des valeurs et de l’auto-discipline ». Je n’approuve aucune des idées qui y sont développées : enseignement d’une discipline stricte d’une façon quelque peu sadique (pas loin de la façon victorienne, Erickson y donne même une fessée), valorisation des valeurs familiales américaines, etc. Notre psychiatre y montre son mauvais côté qui est le lot de tous les génies, de tous les grands hommes : chez lui, c’est une adoption un peu stupide des valeurs capitalistes et  de celles de la réussite dans la civilisation américaine (American Way of Life) et dans notre civilisation occidentale. 

Que faut-il en penser et faut-il se désolidariser d’Erickson pour cela ?  Je ne le crois pas, les personnalités les plus géniales ont toutes eu leur talon d’Achille : Einstein était hyper-misogyne et se comportait mal avec sa femme, il est allé voir son fils interné dans un asile psychiatrique une fois en quinze ans, Gandhi et Kennedy étaient obsédés par le sexe, etc. Même, au contraire, je conseille de les prendre pour modèles malgré leurs défauts : on peut, comme on l’a déjà dit, goûter, prendre ce qui est excellent chez quelqu’un, et rejeter ce qui a pour nous mauvais goût, ce que nous n’approuvons pas chez cette personne. Cette théorie et cette pratique de l’admiration-imitation est connue et employée depuis l’antiquité et a été reprise à travers l’histoire des hommes pour le plus grand bien de ceux qui l’ont pratiquée : Alexandre avait comme modèle Achille, Platon Socrate bien sûr, Montaigne imitait et admirait les Anciens ainsi que beaucoup d’auteurs de son époque, à son tour Voltaire a admiré Montaigne. On trouve beaucoup de lignées semblables dans l’histoire de la littérature ou de la philosophie : Baudelaire a admiré Edgar Poe, Mallarmé admirait ce même Baudelaire, Valéry s’est entièrement inspiré de Mallarmé, etc. Au vingtième siècle, Sartre nous dit qu’il veut être à la fois Spinoza et Stendhal ! Là aussi la liste peut être longue. Je pense, et c’est mon intime conviction, qu’il faut se laisser le droit d’admirer, d’imiter, et personnellement j’admire à la folie Milton Erickson, tout en sachant qu’aussi bien en hypnose qu’en écriture, je ne lui arrive pas à la cheville. Mais nous sommes tous différents, nous avons une place inégalitaire, parfois injuste, dans l’échelle des différents savoirs, des différentes capacités et des différents métiers, et il faut se résigner à être soi-même, une chose toute petite, mais aussi pleine de possibilités, tout en essayant maladroitement d’approcher des meilleurs (même si ce n’est pas évident à vivre tous les jours).

Voilà ! C'est tout pour aujourd'hui. La suite au prochain numéro. Le chapitre 13 étant le chapitre de clôture de Ma voix t'accompagnera, Milton H.Erickson raconte, la prochaine fois, je ferai une synthèse au sujet des différentes sources d'information sur l'hypnose ericksonienne : instituts de formation, livres, thèse, journal Psychologies, revue de presse sur le site de l'IFHE, site Wikipedia.
Portez-vous bien !

mercredi 18 mars 2015

Milton H.Erickson et l'hypnose, jour 9, "Manipuler et regarder toujours l'avenir"




Olivier Lockert, qui parle dans ce film, est un hypnothérapeute ericksonien français. Il lit un texte traduit de l'anglais de Richard Bandler. Celui-ci est un des créateurs d'une méthode psychologique très connue et très appréciée, la programmation neuro-linguistique, qui s'inspire en partie des schémas hypnotiques d'Erickson (vous pouvez consulter par exemple ce livre pour découvrir la PNL : Un cerveau pour changer : la programmation neuro-linguistique.)


Jour 9


Compte rendu de lecture
par Sidney Rosen
Chapitre 12




Dans le chapitre 12 « Manipuler et regarder toujours l’avenir », Sidney Rosen montre que différentes techniques sont employées par Erickson pour maintenir et développer l’intérêt et la motivation du patient : les défis, la stimulation de la curiosité, les tactiques de diversion et l’humour. Notre hypnothérapeute assume entièrement le fait qu’il manipule son patient, mais c’est une manipulation « bienveillante », pour le secourir, le sortir de son état. Quand Erickson utilise l’humour au moyen de différentes blagues, l’aspect de celles-ci est, non pas hostile, mais surprenant. Dans la thérapie ericksonienne, le patient est souvent surpris à la fois par ce qu’on lui prescrit, et par ses propres réactions. Tout comme le lecteur ressent un soulagement en écoutant la chute de l’histoire après la tension du suspense, le patient est soulagé d’entendre une prescription claire et nette.

« L’orientation vers l’avenir » est comprise dans ce chapitre parce qu’elle semble en rapport avec les « projets » et la « manipulation » dans la sens ericksonien du terme. Pour Erickson et Sidney Rosen, le meilleur antidote contre la dépression ou les idées obsédantes est une attitude positive face à l’avenir – ceci est vrai lorsqu’on anticipe l’amusement que produira la chute d’une plaisanterie tout comme lorsqu’on espère qu’avec le temps, on s’épanouira.

L’anecdote « Déraillement » est un bon exemple de tactique de diversion utilisée par Erickson ou ses disciples. Ainsi, un de ses anciens étudiants lui écrit, en lui disant : « J’ai eu un patient paranoïde. Tout ce qui l’intéressait, c’était de discuter de ses idées à lui. J’ai essayé d’attirer son attention, sans résultat. Et puis, j’ai pensé à l’imprévu, alors j’ai dit : « Non, moi non plus, je n’aime pas le foie. » Le patient s’est arrêté, a hoché la tête, et a dit : « En général, j’aime bien le poulet. » Et puis il a commencé à parler de ses vrais problèmes. L’inattendu peut toujours faire dérailler un convoi de pensées, un trait de comportement et on devrait l’utiliser plus souvent. »

Erickson rajoute : « Je crois que les thérapeutes devraient avoir en réserve à tout moment, des remarques inattendues. Alors, quand les patients s’installent et racontent tout un laïus hors de propos, il faut les faire sortir de la voie dans laquelle ils ont engagé la conversation, les faire dévier par une remarque inconnue. Par exemple « Je sais à quoi vous pensez. Moi aussi, j’aime les trains.  »

Erickson a toujours été convaincu que c’était lui et non le patient qui contrôlait la thérapie. Karen Horney, une psychiatre éricksonienne a écrit : « Les patients font une thérapie, non pas pour soigner leur névrose, mais pour s’améliorer eux-mêmes. Si les patients pouvaient déterminer ce qui se passe dans une séance de thérapie, presque tous feraient inconsciemment tout leur possible pour empêcher un réel changement thérapeutique. C’est pourquoi lorsque l’un d’eux se trouve engagé sur une voie sans issue, il est important que le thérapeute sache l’aiguiller sur une voie plus fructueuse. »
On pense aussi à l’anecdote du début de cette série d'articles, celle du Vieux Joe. La stratégie de diversion d’Erickson est énorme. Son patient, atteint d’un cancer, ne s’attend certes pas à que son thérapeute lui parle d’un plant de tomates. Mais cela a fonctionné dans ce cas-la et cela continue à fonctionner pour d’autres malades et d’autres thérapeutes.

Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. La suite au prochain numéro. Je me rends compte, c'est un peu le principe la diversion, que finalement, il y aura onze articles au lieu de neuf sur le recueil d'histoires Ma voix t'accompagnera, Milton H.Erickson raconte. Le prochain portera sur le chapitre 13, « Enseignement des valeurs et de l’auto-discipline » et celui d'après sera une synthèse sur les différents instituts qui enseignent l'hypnose ericksonienne en France et sur les livres qu'il est possible de lire pour compléter ses connaissances sur Erickson.

Miton H.Erickson, jour 8, traitement des patients psychotiques







Enfin une vidéo sur Erickson en français. Merci Antoine Garnier.



Jour 8



Compte rendu de lecture
 par Sidney Rosen :
Chapitre 11: traitement des patients psychotiques



Dans le chapitre 11 de Ma voix t’accompagnera, Milton H.Erickson raconte, on apprend qu’Erickson a même réussi à guérir des patients psychotiques, donc très gravement atteints. C’est d’ailleurs dans un hôpital psychiatrique, où il avait souvent ce genre de cas, qu’il a fait ses premières armes. On peut donc penser que c’est là qu’il a créé la plupart de ses principes psychologiques, en se confrontant à des patients en très grande détresse mentale, la pratique dans un cabinet avec des patients dits « névrosés » étant de ce fait plus facile. Sidney Rosen commente le fait que deux postulats d’Erickson sont particulièrement adaptés aux patients psychotiques : « Parlez au patient dans son propre langage » et « Epousez la façon de penser du patient ». En effet, les psychotiques sont complètement perdus dans leur monde et seul un expert en observation et en communication comme Erickson peut avoir la possibilité de les atteindre. 

L’anecdote la plus drôle du chapitre est bien entendu celle des Deux Jésus-Christ. Deux malades mentaux qui se prennent tous les deux pour le Fils de Dieu sont forcés par Erickson à se côtoyer sur le même banc. Au bout d’un certain temps, l’un d’eux, John, déclare à celui-ci : « Je dis la même chose que cet espèce de cinglé. Il est cinglé et je dis comme lui. Cela veut dire que moi aussi je suis fou ; et je ne veux pas être fou. » Notre psychiatre lui répond : « Eh bien, je ne pense pas que vous soyez Jésus-Christ, et, vous ne voulez pas être fou. Je vais vous faire travailler à la bibliothèque de l’hôpital. » Il y travaille quelques jours et vient voir Erickson, en lui disant : « Il se passe quelque chose de terrible : dans chaque livre, il y a mon nom sur toutes les pages. » Il ouvre un livre pour lui montrer que c’est écrit JOHN THORNTON ; il trouve son nom sur toutes les pages. Erickson reconnaît le fait et lui montre que l’on peut aussi lire sur chaque page MILTON ERICKSON. Ils découvrent ainsi ensemble des noms dans les livres : Dr Hugues Carmichael, Jim Glitton et Dave Shakow. En fait, ils arrivent à trouver tous les noms qu’ils pensent.
Finalement John conclut : « Ces lettres n’appartiennent pas à un nom ; elles appartiennent au monde !
– C’est vrai. »
John a continué à travailler à la bibliothèque. Il est rentré chez lui six mois plus tard, libéré de ses identifications psychologiques.

Tout d’abord avant tout commentaire technique, une remarque littéraire. Cette histoire fait penser à certaines nouvelles de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges (j’ai par le passé écrit sa biographie thématique) et notamment à La Bibliothèque de Babel du recueil "Fictions" : les hommes vivent dans une bibliothèque immense, d’une taille indéfinie où l’on trouve, semble-t-il, tous les livres possibles y compris des livres qui ne signifient rien. Les habitants de la bibliothèque y cherchent le livre des livres qui donnerait un sens à tout cela.

Sidney Rosen nous explique qu’Erickson utilise pour ce cas la méthode du reflet. En premier lieu, il s’arrange pour que le délire de son patient soit reflété par un autre malade qui souffre de la même folie. Dans un deuxième temps, c’est Erickson lui-même qui reflète le comportement du malade en trouvant son nom à lui sur les pages. Quand un thérapeute prend le parti d’assommer un malade avec ses propres hallucinations, quand il rejoint celui-ci dans son délire, le patient se met alors à assumer le rôle du thérapeute, en essayant de lui démontrer que le mode de pensée dans lequel ils sont tous les deux plongés est, en fait, délirant.
Voilà. C’est fini pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro avec le chapitre 12 : « Manipuler et regarder toujours l’avenir ».

mardi 17 mars 2015

Milton H.Erickson, jour 7, "Retrouver l’œil innocent" et "Observer : noter les différences"



Jour 7


Compte rendu de lecture
par Sidney Rosen :
Chapitres 9 et 10

Je me suis senti très personnellement concerné par le chapitre 9 « Retrouver l’œil innocent » car je pratique la prestidigitation et le mentalisme en amateur et l’anecdote marquante de ce chapitre est celle intitulée « Tours de passe-passe ». L’idée majeure de cette partie est le fait qu’il faut regarder les choses avec un œil neuf. Rosen cite Rajneesh (alias Osho) à ce sujet : « Regardez une personne d’une grande beauté ou un objet ordinaire, comme si c’était la première fois ». Erickson soulignait souvent le fait que nous perdons l’habitude de regarder les objets familiers, les amis ou la famille : « On dit que rien n’est nouveau sous le soleil. En fait, rien n’est vieux sous le soleil. Seuls les yeux deviennent vieux, habitués aux choses, ce qui fait que rien n’est nouveau. Les enfants, poursuivait-il, avec leurs yeux innocents peuvent pénétrer le monde intérieur d’une personne. » Dans « Tours de passe-passe » Erickson révèle qu’il s’est fait tromper et même très facilement embobiner par un magicien, sans doute grâce à une misdirection. Le magicien a sorti un lapin d’un carton sans qu’il ne s’aperçoive de rien, sans que jamais il ne puisse le voir faire. A l’extrême fin du tour, le prestidigitateur lui a montré un chapeau : le lapin s’y trouvait. Erickson n’a pas compris d’où il pouvait venir mais un de ses enfants, assis assez loin sur le côté de la pièce, s’est écrié : « Vous avez sorti ça de votre poche. » En prestidigitation, Erickson vous le dit, méfiez-vous du regard neuf des enfants. 

Le sujet de la magie, de la prestidigitation, est encore abordé dans le chapitre suivant, le numéro dix, « Observer : noter les différences ». Dans l’histoire « Tour de cartes », un des sujets d’hypnose d’Erickson lui dit « Je n’aime pas faire ce tour parce qu’il me donne une migraine terrible, mais je crois qu’il faut que vous le connaissiez. Achetez un jeu de cartes dans un magasin, ouvrez-le, sortez-en les jokers et les cartes supplémentaires. Battez bien le paquet, six fois, puis coupez et rebattez-le. Distribuez les cartes, une par une, face visible puis retournez-les. Ramassez-les, battez-les une fois encore et distribuez-les face non visible. » Erickson nous dit que l’étudiant put annoncer les cartes dans le bon ordre avant de les retourner. De plus, il lui révéla le truc. Il lui montra que dans les jeux qu’on achète, il y a sur le dos des cartes des lignes entrecroisées et des petits carrés qui ne sont pas découpés très régulièrement. Il lui expliqua : « Il suffit que je me souvienne qu’il manque un petit bout carré ici, un autre là, et encore un autre là. Je dois me souvenir de cinquante-deux cartes. Cela me donne toujours une migraine épouvantable. Il faut un entraînement long et difficile pour arriver à ça ! ». L’étudiant avait appris ce tour lorsqu’il faisait ses études, pour gagner de l’argent.
La conclusion d’Erickson est valable pour nous tous et à tous moments : « C’est très surprenant, ce que les gens sont capables de faire. Mais ils ne savent pas ce dont ils sont capables. » Voilà ! Presque toute la philosophie de celui qui fut un des plus grands hypnothérapeutes du vingtième siècle est résumée dans ces deux sentences. Lui-même fut frappé, par deux fois dans sa vie, de crises de poliomyélite et ne s’arrêta jamais (grâce à l’auto-hypnose et à d’autres techniques) d’être actif, d’enseigner, de guérir, de s’occuper de sa famille, et de plein d’autres choses encore. ! Certains de ses disciples racontent même cette anecdote (est-elle vraie ?) : il devait se donner, semble-t-il chaque matin, une demi-heure de coups dans le plexus solaire pour que la douleur énorme que cela engendrait lui fasse oublier durant la journée les autres souffrances qui taraudaient son corps.

Voilà. C’est fini pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro avec la guérison de patients psychotiques.