jeudi 22 octobre 2015

Le bouddhisme tibétain, pourquoi il me passionne.







Je me suis interrogé un long moment (c’était pendant une méditation) sur les raisons pour lesquelles le bouddhisme tibétain me fascinait autant.

J’écrirai cet article comme d’habitude, à la façon des religions orientales, en effectuant une liste chiffrée de mes motifs d’attachement. 
Il y en a trois : 1) le bouddhisme tibétain comporte différents aspects ésotériques (cachés à la pensée dominante) et j’ai toujours aimé profondément l’ésotérisme, 2) Il n’hésite pas à mettre en avant les pouvoirs surnaturels de l’homme, 3) Il a accepté dans ses saints, dans ses Éveillés, des fous divins, des êtres délirants, irrationnels, en dehors des normes communes, comme par exemple Drupak Kunley, le yogi tantrique du quinzième siècle,
 ,
1) Les aspects ésotériques

On peut en discerner quatre : la transmission de maître à disciple, la symbolique sexuelle cachée, la pratique d’exercices secrets, la doctrine des termas.

a) La transmission de maître à disciple

Je le dis d’emblée, je n’aime pas du tout la théorie de transmission  unique de maître à disciple et elle me paraît à la fois élitiste, anti-démocratique et contraire à la doctrine même du bouddha. Celui-ci, à partir du moment où il a décidé de transmettre sa pensée (ce qui n’était pas forcément évident), s’est engagé à divulguer le maximum de ses connaissances. S’il ne répondait pas à certaines questions de ses disciples, c’est qu’en fait il ne connaissait pas les réponses.

Cependant, comme les Évangiles, les discours du Bouddha comportent plusieurs niveaux de sens pour atteindre différents types de personnes. Si Jésus et Bouddha (ou le psychiatre Milton Erickson au vingtième siècle) utilisent par exemple des paraboles, c’est pour pouvoir communiquer avec la partie non instruite de la population qui ne percevrait pas un discours abstrait. Leurs paroles peuvent aussi comporter un niveau symbolique, qui dépasse le sens premier du texte et ne peut être compris que par des personnes très attentives ou très travailleuses (qui relisent de nombreuses fois la parabole). En plus quelques lamas, particulièrement intéressés par l’argent, n’hésitent pas à vous faire croire que, si vous pratiquez sans « guru », vous deviendrez fou ou je ne sais quel autre mensonge stupide. Certaines religions ont voulu aussi nous persuader autrefois que, si nous ne passions pas par leurs prêtres, nous n’atteindrions pas le « Paradis ». Dans l’histoire spirituelle, les Gnostiques, qui trouvaient Dieu par la Connaissance (Gnose), ont prouvé l’inanité de ces théories, là aussi destinées à emmagasiner un maximum d’espèces sonnantes et trébuchantes.

Le but de ce blog, qui est gratuit, sans obligation, et ouvert au dialogue est de justement refuser ces pratiques et de véhiculer le maximum de connaissances. « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger », comme écrivait l’auteur latin Térence dans l’ Heautontimoroumenos. Ce n’est pas une prétention, c’est seulement le droit de chaque individu. Les bouddhistes ne pratiquent pas le prosélytisme mais, en revanche, ils sont très heureux de partager ce qu’ils ont appris avec tous.

Les grands maîtres tibétains actuels ont eux aussi bien compris cela. Aujourd’hui, ils transmettent leur doctrine dans des conférences ouvertes à tout un chacun. Cela n’empêche pas ensuite les disciples d’approfondir leur compréhension des pratiques et des textes par des questions directes à ces maîtres spirituels.

b) La symbolique sexuelle cachée.

De nombreuses traditions religieuses ou mystiques comportent une symbolique sexuelle plus ou moins cachée : hindouisme, taoïsme, gnosticisme, etc. C’est le septième des principes de Toth-Hermès en ésotérisme, « la loi du genre » : « Il y a un genre dans toutes les choses ; tout a ces principes, masculin et féminin ; le genre se manifeste à tous les niveaux. »

Le bouddhisme tibétain a intégré la tradition Vajrayana (véhicule du diamant). Or, selon l’historien des religions Mircea Eliade, ce nom « implique déjà un symbolisme sexuel (vajra est aussi le surnom du phallus) ». Ce langage secret domine la structure significative de la plupart des tantras (textes tibétains) et cela à plusieurs niveaux. Chaque concept bouddhique est toujours ouvert à une double lecture, spirituelle ou sexuelle. Ainsi la bodhicitta, « pensée de l’Eveil ou aspiration à l’Illumination » est le nom secret du sperme au niveau sexuel, et la Prajna, la « Sagesse intuitive », la « Femme-Gnose », désigne en même temps la partenaire concrète ou imaginée d’un acte sexuel rituel. L’abolition de la dualité entre le principe masculin (la méthode, Upaya) et le principe féminin (sagesse, Prajna), grâce à une union soit sexuelle, soit mystique, est le but suprême et parfois secret du bouddhisme tibétain.

Tous les tantras renferment donc deux exégèses possibles : l’une dont le référent est un rituel secret, aboutissant en général à une relation sexuelle, dont la finalité est d’obtenir l’Eveil, et l’autre dont le référent est métaphysique.

Dans l’iconographie, la copulation entre deux divinités est largement représentée dans le bouddhisme tibétain, sous le nom de Yab-Yum (qui signifie « père-mère »). Elles sont toujours en position d’union du lotus et symbolisent, comme je le mentionnais, la rencontre non-duelle des deux principes, le masculin (la méthode, les moyens adaptés, upaya) et le féminin (la sagesse, prajna).

Upaya désigne également, toujours dans une symbolique sexuelle, l’action de l’Absolu dans le monde phénoménal. Il est, lui, le principe de multiplicité, se manifeste sous la forme de la compassion (Karuna) et constitue le pole opposé au symbole de l’Un et de l’Universel, Prajna, la Sagesse.

Ainsi, chacun des dhyani-bouddhas que j’ai étudiés précédemment possède sa parèdre qui est sa conjointe divine. Celle d’Amitabha, par exemple, a pour nom Pandaravasini en sanskrit et Go Karmo en tibétain.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La prochaine fois, j’aborderai la pratique d’exercices secrets, la doctrine des termas, les pouvoirs surnaturels, les fous divins dans le bouddhisme tibétain. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.


Amitiés à tous.

Le bouddhisme tibétain, son développement en France, ses techniques d’initiation





Sogyal rinpoche, un grand maître tibétain, enseigne en France et y a fondé à Paris en 1981 un centre bouddhiste Rigpa



J’avais l’intention de rédiger un article sur les 37 conditions de l’Illumination (ce n’était déjà pas évident !) et je me suis rendu compte (comme d’habitude) que j’avais parlé des initiations de Sangharakshita au bouddhisme tibétain sans vraiment en détailler les mouvements et rendre compte de leurs représentations en France. Pour moi, ce bouddhisme est peu à peu devenu tellement complexe qu’il nécessite des explications claires et précises (je pense qu’il me faudra de nombreux articles de ce blog pour parvenir à seulement l’aborder).

Le bouddhisme tibétain a comme base les méthodes du Vajrayana. Elles sont établies dans ce pays au VIII ° siècle par Padmasambhava, surnommé le « deuxième bouddha ». Sa mission particulière à l'époque  consistait alors à dompter les démons locaux, en fait dans la pratique  à éradiquer la religion du pays, le Bön ! Il avait une méthode bizarre qui allait de l’utilisation de divers instruments du culte comme le Phurbu (un poignard que l’on plante dans le cœur d’une poupée) jusqu’à la pratique des techniques de méditation du Dzogchen (qui sera la doctrine principale de l’école tibétaine nyingmapa). Celles-ci ont été mises par la suite sur le papier et résumées par l’érudit Longchenpa (1308-1364), auteur des Sept trésors ou de La liberté naturelle de l’esprit, traduction par Philippe Cornu. Cette première vague d’expansion de la doctrine bouddhique à travers le Tibet prit fin vers le milieu du IX° siècle.

Après une ère de persécutions pour des raisons politiques, le bouddhisme connut dans ce pays une forme de renaissance au XI ° siècle. C’est à cette époque que naquirent notamment les écoles Kagyupa et Sakyapa. Une grande partie des Ecritures bouddhiques fut traduite en tibétain. A la fin du XIV ° siècle apparut l’école Gelugpa, la quatrième des grandes écoles du bouddhisme tibétain. 

Puis au XIX ° siècle a finalement été créé le mouvement Rimé, qui a entrepris de faire la synthèse des quatre grandes doctrines, inspiré au départ par Jamyang Khyentse Wangpo (1820-1892).

Chacune des grandes obédiences, mais aussi le mouvement Rimé, se caractérise par une manière particulière d’opérer la synthèse entre la théorie philosophique et l’application pratique à la méditation.

Pour l’instant, je mettrai en exergue pour la qualité de leur enseignement en France trois lamas de grande influence :

1) Un des plus grands maîtres existants du nyingmapa, Namkhai Norbu Rinpoche, enseigne régulièrement la doctrine du dzogchen dans des séminaires.

2) Dans la même lignée nyingmapa est aussi très présent Sogyal Rinpoche. Il a fondé en 1981 à Paris un centre Rigpa et a écrit en 1993 Le livre tibétain de la vie et de la mort, qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde.

3) Enseigne également dans notre pays un troisième lama, Dagpo rinmpotche, de l’école Gelugpa. Né en 1932, il a fondé les instituts Ganden Ling et Guépèle.

Le Dalaï-lama, très connu en France et dans le monde entier, est de l’école Gelugpa. A lire absolument son long entretien avec l’écrivain français Jean-Claude Carrière, La force du bouddhisme.

Aujourd'hui, les monastères bouddhistes tibétains se répartissent dans différents départements de l’Hexagone. Ils sont répertoriés par Philippe Cornu dans son très bon livre, Guide du bouddhisme tibétain.

A présent, venons-en à ce qui nous intrigue tous : quels sont donc les véritables pratiques des grands lamas tibétains ? Elles sont longtemps restées très secrètes du fait que la transmission s’opère presque uniquement de maître à élève, mais on peut en mettre en exergue deux : les six yogas ou « doctrines de Naropa » (naro chödrug) et la pratique de la  méditation du  Mahamudra. Dans cet article, nous allons nous contenter de rédiger une liste claire des «six doctrines de Naropa». Pour la petite histoire, elles furent enseignées à celui-ci par son maître Tilopa. Naropa transmit ensuite ce savoir au traducteur Marpa qui l’introduisit au Tibet au XI ° siècle.

Les six yogas correspondent à peu près toujours aux exercices suivants :

1) La production de la chaleur interne (Tumo)
2) L’expérience que notre propre corps est une illusion (Gyulu)
3) L’état de rêve (Milam)
4) La perception de la « Lumière claire » (Osel)
5) La théorie de l’état intermédiaire (Bardo)
6) La pratique de la transmission de pensée (Phowa)

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.

Amitiés à tous.

mardi 20 octobre 2015

Mantras, mudras et énergies des cinq dhyani-bouddhas dans le bouddhisme vajrayana



 
Le bhumisparsamudra, mudra du dhyani-bouddha Akshobya, la prise de la Terre à témoin à la manière du bouddha Shakymuni avant son Eveil. 



Comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, dans la méditation vajrayana, on demande d’abord au pratiquant de visualiser un des dhyani-bouddha comme une réalité spirituelle. En même temps, le mantra de ce bouddha est récité et le geste symbolique de la main qui lui est associé (mudra) est effectué.

1) Les mantras.
Le mot mantra vient du sanskrit « man » qui signifie « esprit » et « tra » protéger. Le mantra est donc une formule sacrée qui protège l’esprit du méditant.

Il y a plusieurs catégories de mantras mais on peut en privilégier deux :

a) Les syllabes-germes (bijamantras) : Elles constituent le fondement et le noyau de tous les mantras. Comme leur nom l’indique, elles « donnent naissance ». Elles sont donc utilisées pour engendrer les différents éléments d’une visualisation. Les plus célèbres sont les « trois graines », les syllabes secrètes OM, AH et HUM, qui sont respectivement l’essence du corps, de la parole et de l’esprit de tous les bouddhas. Les cinq dhyani-bouddhas sont chacun liés à une syllabe-germe : HRI pour Amitabha, AH pour Amoghasiddhi, HUM pour Aksobhya, TRAM pour Ratnasambhava et OM pour Vairocana.

b) Les mantras des déités : Ils sont considérés comme les déités elles-mêmes sous forme de sons et, du fait qu’ils représentent des êtres éveillés, contiennent leurs énergies (exemple : le mantra d’Amitabha est « Om amideva hrih» et représente l’énergie d’Amitabha, celle de l’amour universel qui parvient à apaiser notre avidité).


2) les mudras.

C’est un terme sanskrit qui désigne un geste symbolique de la main que font les dhyani-bouddhas et que répète le pratiquant en méditation. Il y a dix mudras universels bouddhistes. Un très beau site aborde en détail ce sujet.


3) Les cinq dhyani-bouddhas, leurs mantras, leurs mudras, leurs énergies.

a) Amitabha est rayonnant de la couleur rubis de la compassion. Il est le bouddha de la lumière infinie, le bouddha de la « Terre pure ».
Il met les mains sous le nombril, l’une sous l’autre, dans le mudra de la méditation (dhyanamudra).
Amitabha représente comme émotion négative l’avidité qu’il transforme par son énergie, la sagesse de l’amour universel.
Il ne voit pas seulement l’unité ou la diversité de la réalité mais il perçoit les deux à la fois.
Son mantra est : « Om Amideva Hrih ».

b) Amoghasiddhi est vert sombre. Il est le bouddha de l’action qui a la capacité de tout accomplir sans entrave, dont le succès est infaillible. Il tient dans sa main gauche un double vajra (instrument rituel), symbole de puissance, qui représente la possibilité de tout transformer.
Sa main droite est levée paume en avant à la hauteur de sa poitrine dans le mudra du sans-peur (Abhayamudra).
Il représente comme émotion négative la jalousie qu’il transforme par son énergie, la détermination de mener les choses à bien.
L’Esprit éveillé aide naturellement et spontanément tous les êtres vivants et désire leur bien-être. Pour cela, il conçoit de nombreux « moyens habiles ».
Son mantra est : « Om Amoghasiddhi ah hum ».

c) Akhshobya est bleu foncé, de la couleur du ciel de minuit. Il est l’inébranlable, l’immuable. Sa main gauche tient un vajra doté de cinq pointes acérées (qui incarne l’indestructibilité de la conscience nue).
Sa main droite effectue le mudra dans lequel la terre est prise à témoin, main pointée vers le sol (Bhumisparsamudra). C’est une référence à la vie du bouddha Shakyamuni lorsqu’assis sous l’arbre de la Boddhi, il s’apprêtait à atteindre l’Eveil. Une des dernières ruses de Mara, le démon, fut de lui dire que personne n’était témoin des mérites lui permettant d’obtenir l’Illumination. Le Bouddha toucha alors le sol de la main droite et Vasundhara, la déesse de la terre, apparut pour attester de son état d’accomplissement.
Il représente comme émotion négative la colère-haine qu’il transforme par son énergie, l’acceptation tranquille du mauvais comme du bon.
Comme un miroir reflète tous les objets, la sagesse de cet Eveillé reflète tout mais ne s’attache à rien.
Son mantra est : « Om vajra Aksobhya hum ».

d) Ratnasambhava est d’un jaune doré. Il est celui qui est né du Joyau et qui produit des Joyaux. Il a dans la main gauche justement un joyau (le Chintamani, une pierre magique qui accomplit les souhaits). Sa générosité est sans limites. Il a la main droite largement ouverte vers le bas (varadramudra) et effectue le don suprême des trois joyaux : le bouddha, le dharma, la sangha.
Il a comme émotion négative l’orgueil qu’il transforme par son énergie, la conscience de l’identité fondamentale des êtres.
Tout comme les rayons du soleil tombent sur les toits d’or des palais ou sur une bouse de vache, l’Esprit éveillé brille avec amour et compassion sur tout et tous sans aucune distinction.
Son mantra est : « Om Ratnasambhava tram ».

e) Vairocana a un corps blanc et brillant. Il est « l’illuminateur », celui qui diffuse rayonnement et lumière. Sa couleur blanche inclut toutes les couleurs, elle est celle de l’absolu. Son mudra est celui du Dharmacakra. C’est celui du sermon de Bénarès du Bouddha Shakyamuni, de la proclamation initiale des Quatre Nobles Vérités, de la mise en route de de la Roue de la Loi. Les deux mains sont devant le corps au niveau de la taille, la paume droite tournée vers l'extérieur, la gauche vers l'intérieur, pouce et index joints formant deux cercles tangents, la main droite à la verticale, la gauche à l'horizontale
Il a comme émotion négative l’ignorance qu’il transforme par son énergie, la conscience de la vacuité.
Il est la Sagesse de base, celle des quatre autres dhyani-bouddhas en étant un aspect particulier. Il contemple le Cosmos, il contemple la réalité. Mais, pour lui, tout n’est que vacuité : « La forme n’est que vacuité, la vacuité n’est que forme. » (comme il est écrit dans le Sutra du cœur).
Son mantra est : « Om Vairocana hum ».

Vous pourrez trouver un excellent résumé, très complet, des attributs des cinq dhyani-bouddhas sur ce site (l’auteur a puisé à de nombreuses sources qu’il cite en introduction.) Une de mes inspirations pour écrire cet article a été le cours de Danielle du Centre bouddhiste Triratna.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.

Amitiés à tous.









Le Vajrayana (Véhicule du diamant)

Le mandala des cinq bouddhas, un des supports de l'initiation Vajrayana



Je me suis rendu compte que j’avais parlé des différentes initiations de Sangharakshita au Vajrayana mais que je n’avais pas présenté cette branche du bouddhisme. Ce sera le sujet de cet article. Le Vajrayana commença dans le milieu du premier millénaire, principalement dans le nord-est et le nord-ouest de l’Inde. De l’Inde et de l’Asie centrale, celui-ci gagna progressivement le Tibet. Né du besoin d’étendre la pensée bouddhique à d’anciennes pratiques « magiques », il se caractérise par l’importance accordée à l’exécution des rites, considérée comme une sorte de méthode psychologique. A l’origine, le Vajrayana était constitué de petits groupes rassemblés autour d’un maître. Il fallut attendre un stade relativement tardif dans l’évolution du mouvement pour constater l’apparition de textes (Tantras) fixant la doctrine du Vajrayana. Une de ses caractéristiques est par exemple l’utilisation de syllabes sacrées ou mantras.

Les théories du Vajrayana constituent une tradition ésotérique alliant des éléments de yoga et d’anciennes religions à la pensée bouddhique originale. Les influences en provenance du nord-ouest de l’Inde eurent un effet décisif, car elles introduisirent une puissante symbolique de la lumière ; les influences du nord-est imposèrent leur culte de la sexualité qui marqua profondément l’iconographie.

De tradition strictement orale à ses débuts, cette école commença à élaborer des systèmes de pensée cohérents entre le VI ° et le X ° siècle. Les ouvrages les plus importants sont le Guhyasamaja-Tantra et le Kalachakra-Tantra. Outre l’ensemble complexe des Tantras, les chants spirituels ou poèmes chantés des Mahasiddhas (ascètes possédant une connaissance parfaite des tantras) contribuèrent également à la transmission de la doctrine Vajrayana.

Au moment de son introduction au Tibet, la tradition Vajrayana avait déjà réussi à s’imposer au sein du bouddhisme. Le préalable indispensable à une bonne maîtrise des méthodes du Vajrayana dans le bouddhisme tibétain est la compréhension de la théorie de la Prajnaparamita (perfection de la sagesse). La sagesse (prajna) est un concept central du Mahayana, puis du Vajrayana ; elle désigne une conception du monde intuitive et immédiate et non un principe abstrait et soumis à l’intellect. L’instant décisif est celui de la compréhension et de la prise de conscience de la Vacuité (Shunyata) qui est la Vraie Nature du monde. Prajna est l’une des « Perfections » (Paramitas) réalisées par les bodhisattvas au cours de leur cheminement (Bhumi). Donc, ne vous inquiétez pas, si vous ne la possédez pas tout de suite, cela vient après bien des années de pratique et de méditation !

L’initiation, par un maître reconnu, à la forme de méditation enseignée par les différents textes (Sadhanas) est indispensable. Ces ouvrages décrivent en détail les divinités présentées comme réalité spirituelle (voir au sujet de celles-ci l’article de mon blog sur les dhyani-bouddhas) et retracent tout le processus psychique allant de la visualisation concrète de ces bouddhas à l’extinction totale de la pensée. 

Il faut comprendre que, pour le bouddhiste du Vajrayana, la visualisation d’une divinité n’a rien d’un acte magique, ni d’une supplication adressée à une entité extérieure. Il s’agit de l’identification du fidèle avec un certain principe d’énergie dont la présence lui paraît évidente (par exemple le dhyani-bouddha Amitabha représente l’énergie de l'amour universel et parvient grâce à celui-ci à transformer notre avidité). Parmi les moyens enseignés au cours de cette initiation ayant pour but la sublimation de l’individu dans sa totalité, on trouve la récitation des mantras, la contemplation des mandalas (par exemple le mandala des cinq bouddhas) et l’exécution de certains gestes rituels appelés mudras.

Peu à peu, en rédigeant cet article, j'ai pris conscience qu’il fallait, pour compléter cette courte initiation au Vajrayana et à ses méthodes, que je vous parle du cours remarquable que j’ai suivi avec Danielle, une des membres du centre bouddhiste Triratna, où elle a détaillé les mantras, les mudras et les énergies des cinq dhyani-bouddhas. Vous pourrez ainsi effectuer votre pratique personnelle de la méditation Vajrayana.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.

Amitiés.

lundi 19 octobre 2015

Les riddhis ou pouvoirs surnaturels dans le Vajrayana




Cela peut paraître incroyable mais le fait de voler dans les airs (lévitation) est le sixième riddhi



C’est une question qui est rarement abordée dans les livres sur le bouddhisme, celle des pouvoirs surnaturels ou parapsychologiques que l’on peut obtenir en exerçant certaines pratiques de cette religion. Ils sont appelés les riddhis (pouvoirs supranormaux) et naissent notamment d’une réalisation intensive des quatre étapes de la méditation (Dhyana). 

Le premier stade de la méditation se caractérise par l’abolition des désirs et des éléments malsains et est atteint par la pensée et la réflexion (différenciation analytique, étude approfondie des problèmes matériels ou psychiques). Le second stade est manifesté par l’apaisement de la pensée et de la réflexion, un état de calme intérieur et une concentration aiguë de l’esprit sur un objet de méditation précis. On baigne alors dans la joie. Au troisième stade, la joie disparaît, remplacée par une absence totale de sentiments ou impassibilité (Upeksha) : on est éveillé, conscient et l’on ressent du bien-être. Au quatrième stade ne subsistent plus que l’impassibilité et l’acuité d’esprit.

Je rappelle qu’il y a, pour le bouddha, cinq obstacles à la méditation (nivaranas) : le désir, la méchanceté, la raideur ou la mollesse, l’agitation et le remords, le doute.

Les riddhis sont aussi générés par la concentration de l’esprit sur un objet unique (samadhi). Cette concentration s’obtient par une diminution progressive de l’activité de l’esprit. Samadhi est l’état de conscience non dualiste caractérisé par l’union entre le « sujet » et « l’objet » de l’expérience : seul subsiste le contenu de l’expérience. Il faut quatre qualités essentielles pour le samadhi (riddhipadas, parties du pouvoir magique) : la concentration du désir, la concentration de la volonté, la concentration de l’esprit, la concentration de l’étude et du jugement.

Les riddhis sont au nombre de huit :

1) La bilocation
2) L’invisibilité
3) La pénétration des obstacles matériels
4) Le pouvoir de pénétrer la terre comme si c’était de l’eau
5) La marche sur l’eau
6) La faculté de voler dans les airs
7) Le pouvoir de « toucher le soleil et la lune »
8) Le pouvoir de maîtriser son corps  « jusqu’au monde de  Brahma »

Les huit riddhis font eux-mêmes partie des six abhijnas (connaissances supranormales), les cinq autres étant l’oreille divine, la télépathie, le souvenir des réincarnations, l’œil divin et la prise de conscience de l’extinction des trois souillures.

Voici les six abhijnas avec des précisions en plus :

1) Les riddhis ont déjà été détaillés.
2) L’oreille divine : perception de voix humaines et divines
3) La télépathie
4) Le souvenir d’existences antérieures
5) L’œil divin (connaissance du cycle de la vie et de la mort chez tous les êtres vivants).
6) La prise de conscience de l’abolition de ses propres souillures et passions, Asravas (les trois souillures étant celle de la convoitise, celle du devenir et  celle de l’ignorance.)

Tout cela peut paraître extrêmement bizarre, ces pouvoirs parapsychologiques déclarés comme étant presque naturels ou alors éventuellement atteignables. Mais il faut se souvenir que le Bouddha vient de l’Inde. Un des quatre livres sacrés hindouistes, le quatrième et dernier Veda, est l'Atharva-Veda, un ouvrage qui traite seulement des envoûtements et des formules magiques pour obtenir ce que nous désirons ou perdre ceux que nous détestons.


Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. La suite au prochain numéro, comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.

Amitiés !












dimanche 18 octobre 2015

Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (deuxième partie)


Dhardo Rimpoche, un des maîtres tibétains de Sangharakshita



Cet article, pour des raisons de commodité de lecture sur Internet, a été divisé en deux parties.

Après son initiation en 1957 à la Tara verte avec le lama Chetul Sangye Dorje, c’est le 12 octobre 1962 que Sangharakshita reçoit de Dhardo Rimpoche l’ordination du bodhisattva et il lui est expliqué le lendemain, de façon détaillée, les soixante-quatre préceptes prononcés lors de celle-ci.

En 1964, peu avant son départ pour l’Angleterre, il lui est donné en outre l’initiation à la Tara blanche, une bodhisattva féminine, incarnant en particulier la dimension de la sagesse.  Sangharakshita connaîtra encore ensuite d’autres initiations tantriques par des lamas tibétains. C’est lors de l’une d’elles que lui sera attribué un nouveau nom « Urgyen », qui désigne une contrée dans le nord-ouest de l’Inde où aurait vécu Padmasambhava, l’initié indien qui introduisit le bouddhisme au Tibet et le fondateur de l’école Nyingmapa.

Un personnage qui marquera beaucoup Sangharakshita, lors de ses dernières années en Inde, est Chen Chien-Ming, plus connu sous le nom de Yogi Chen, un instructeur d’origine chinoise, mais formé dans le Vajrayana. Il enseignera des semaines durant une série de cours sur les techniques de la méditation à l’intention de Sangharakshita et d’un autre moine anglais de passage à Kalimpong, Kantipalo. Les cours seront mis par écrit et donneront lieu à une publication : Buddhist Meditation, Systematic and Practical, une remarquable présentation des formes variées de la méditation et des différents  niveaux de conscience qui peuvent être atteints grâce à celle-ci.

Si vous voulez avoir plus de détails sur les enseignants tibétains de Sangharakshita,  consultez le site de la communauté Triratna  ou le site même de Sangharakshita.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans l’article qui va suivre, j’aborderai la théorie des riddhis (ou iddhis) dans le  bouddhisme Vajrayana .

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.





Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (première partie)




Chetul Sangye Dorje, un des formateurs tibétains de Sangharakshita, né en 1913, est donc âgé à présent de 102 ans et continue à parcourir le monde.



Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita (première partie)


Un visiteur, qui assisterait pour la première fois à une soirée Sangha du Centre bouddhiste Triratna de Paris, pourrait être surpris d’entendre pendant la puja, après la récitation des mantras du dhyani-bouddha Amitabha et du bodhisattva Avalokitésvara, ceux de la bodhisattva tibétaine Tara : « Om tare tuttare ture Svaha » et de Padmasambhava, le fondateur du bouddhisme tibétain : « Om ah hum vajra guru padma siddhi hum ». En réalité, Sangharakshita, le fondateur de Triratna, après avoir été moine bouddhiste hinayana (theravada), a reçu plusieurs initiations tibétaines.

Cet article pour des raisons de commodité de lecture sur Internet sera divisé en deux parties.

C’est en 1950, alors qu’il a vingt-cinq ans, que Sangharakshita prend véritablement contact avec le bouddhisme Vajrayana (tibétain ou véhicule du diamant). Il vit alors en Inde et a été ordonné par le passé dans le hinayana (petit véhicule). Il crée à cette époque un journal mensuel qui s’appelle Stepping Stones (Pierres de gué) et plusieurs de ses contributeurs sont des bouddhistes tibétains : Alexandra David-Neel, Lama Govinda, etc. Sangharakshita se lie plus spécifiquement d’amitié avec Lama Govinda : tous les deux partagent le désir de découvrir le bouddhisme dans son ensemble (les trois mouvements principaux : hinayana, mahayana, Vajrayana) et ils sont déçus par l’attitude étriquée de certaines écoles, notamment dans le hinayana. Ils cherchent à promouvoir l’unité du bouddhisme et voient comme critère d’efficacité, dans un enseignant ou un mouvement, l’aptitude à promouvoir la croissance spirituelle des individus avec l’Eveil comme horizon. Lama Govinda, par ses grandes connaissances, sera en fait déterminant dans la compréhension plus claire que Sangharakshita aura progressivement du Vajrayana.

En 1956, Sangharakshita franchit une étape déterminante dans sa connaissance du bouddhisme tibétain. Il demande l’initiation tantrique (tibétaine), qui marquera un nouveau départ dans sa vie intérieure. Sur ce point, c’est Lama Govinda qui l’a aidé à voir clair, en lui présentant la dimension philosophique de la méditation du Vajrayana. Il s’agit entre autres d’arriver à découvrir son guru intérieur ou à défaut d’en trouver un qui soit extérieur. En effet, dans l’initiation tantrique, le maître met le disciple en lien avec la forme idéalisée d’un bouddha ou d’un bodhisattva, l’idéalisation s’appuyant sur un aspect particulier de la conscience éveillée, sagesse ou compassion. Suite à cela, le disciple, par un effort de visualisation, contemple cette forme archétypale durant sa méditation, cherchant à renforcer en lui l’aspect de la conscience éveillée qu’elle incarne. C’est là sans doute un moyen pour dépasser l’effort purement personnel en cherchant à se laisser guider par une force externe.

Durant le printemps 1957, Sangharakshita se rend auprès d’un lama tibétain qui lui semble apte à lui fournir cette connaissance, le lama Chetul Sangye Dorje. Ce dernier lui donne l’initiation à la Tara verte, une bodhisattva féminine qui personnifie la compassion. Sangharakshita pratiquera quotidiennement la méditation de la Tara verte durant les années qui suivent. Il y trouvera la force plus élevée et décentrée qu’il recherchait.

Mais Chetul Sangye Dorje n’est pas le seul grand lama tibétain à marquer l’itinéraire spirituel de Sangharakshita. En effet, de plus en plus attiré par la richesse, la ferveur et le haut niveau intellectuel de la spiritualité tibétaine, il se met toujours davantage à l’école de ses représentants, lesquels sont souvent des tulkus, des incarnations reconnues des précédents grands lamas. Déterminante est alors la rencontre avec Dhardo Rimpoche. Cet homme réservé, dont la confiance ne pourra être conquise qu’au fil des années, devient son plus proche ami spirituel et son plus grand maître. Leur première rencontre a lieu en 1954 par l’intermédiaire d’un ami commun qui, ayant écrit un article en anglais sur le bouddhisme tibétain, inspiré par l’enseignement de Dhardo Rimpoche, avait demandé à Sangharakshita d’en corriger la grammaire et le style. Ce sera l’occasion pour le futur créateur de Triratna de connaître et d’apprécier la profondeur et la pensée de Rimpoche et son approche non sectaire du Dharma. Celui-ci appartient à l’école Gelugpa, quoiqu’étant lui-même la réincarnation d’un tulku de la tradition Nyingmapa, la plus ancienne du bouddhisme tibétain.

Ayant des fonctions importantes dans le gouvernement tibétain, Dhardo Rimpoche est alors un conseiller proche du Dalai-Lama. Lorsqu’a lieu la rencontre avec Sangharakshita, il est abbé du monastère de Ladakhi à Bodh-Gaya et, parallèlement, il dirige à Kalimpong un Centre d’études tibétaines (le Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute). Un véritable sentiment d’amitié et de respect mutuel naît entre Sangharakshita et Dhardo Rimpoche. Ce qui impressionne Sangharakshita chez celui-ci, c’est à la fois sa grande érudition et son incroyable compassion, incarnant parfaitement l’idéal du bodhisattva. Plus que ça, il a l’impression que le Rimpoche est un bodhisattva vivant : quelqu’un qui vit l’existence spirituelle non pas seulement pour son propre soi mais pour le bien de tous les êtres vivants. Et il n’aura désormais plus qu’une aspiration : suivre son exemple.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans un prochain article, j'aborderai les autres initiations de Sangharakshita au bouddhisme tibétain.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.