vendredi 25 août 2017

Compte rendu de « Gestalt thérapie » de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, onzième partie, « Self comme actualisation du potentiel ».


Sur cette photographie, trois des auteurs du livre : Fritz Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline


Osho nous dit : « Je peux parler indéfiniment car je n'ai pas d'enseignement. »

Je vais aborder à présent une des méthodes les plus actuelles de psychothérapie, la Gestalt thérapie, à travers le livre de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, Gestalt thérapie. Cet article fait suite à celui-ci. 

Voici un résumé d’une partie du chapitre 4, « Self, moi, ça et personnalité » intitulée « Self comme actualisation du potentiel.

Le présent, c’est le passage du passé vers l’avenir et passé, présent et avenir sont les stades d’un acte du self lorsqu’il contacte l’actualité (Il est vraisemblable que l’expérience métaphysique du temps soit avant tout une lecture du fonctionnement du self). Il est important de remarquer que l'actualité contactée n'est pas un état de fait « objectif », immuable et approprié, mais une potentialité qui, dans le contact, devient réalité.

Le passé, c'est ce qui ne change pas et qui, pour l'essentiel, ne peut être changé. En concentrant la conscience immédiate sur la situation réelle, le caractère passé de la situation est donné comme l'état de l'organisme et de l'environnement. Mais immédiatement, à l'instant même de la concentration, le donné immuable se dissout en possibilités multiples et est vu en tant que potentialité. A mesure que se poursuit la concentration, ces possibilités se reforment en une nouvelle figure qui émerge de la potentialité qui est fond ; le self se vit alors comme s'identifiant à certaines de ces possibilités et comme en aliénant d'autres. Le futur, ce qui vient, c'est la direction de ce processus, direction qui s'opère à partir des possibilités multiples, vers une nouvelle figure unique.

(Il faut souligner qu'il existe une expérience riche en contact d'un état objectif « immuable », d'un « objet ». C'est l'expérience d'une observation concentrée sur quelque chose, lorsqu'on adopte une attitude de confrontation et d'examen d'un objet mais qu'on s'interdit d'intervenir sur lui ou de l'ajuster de quelque manière que ce soit. C'est à l'évidence la capacité à assumer cette attitude, avec un Éros bien vivant, qui fabrique de grands naturalistes comme Darwin qui était capable de regarder avec fascination une fleur pendant des heures).

On dit que l'inhibition du self, dans la névrose, c'est l'incapacité à concevoir une situation comme changeante ou autre : la névrose est fixation sur un passé immuable. C’est vrai, mais la fonction du self ne se limite pas à accepter les possibilités ; c'est aussi les identifier et les aliéner, parvenir de façon créatrice à une nouvelle figure ; c'est opérer la différence entre les « réponses obsolètes » et le comportement, unique et nouveau, que requiert la situation.

Nous pouvons voir, une fois encore, à quel point le conseil habituel « Soyez vous-même » peut être trompeur car le self ne peut être ressenti que comme potentialité ; c'est dans le comportement présent que quelque chose de plus défini doit émerger. L'anxiété éveillée par ce conseil, c'est la peur du vide et la confusion d'un rôle aussi indéfini. Le névrosé, en se comparant à une certaine conception vaniteuse de son moi, se sent sans valeur ; au-dessous de cela, il y a la peur du comportement refoulé qui pourrait émerger de ce vide.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (neuvième partie).

Camillo s'inspire du Songe de poliphile de Francesco Colonna pour la description de son théâtre.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle »  que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Nous avons attribué à chaque planète, en imitant l’ombre de ses ascensions, sept portes, degrés ou distinctions comme il nous plaira de le nommer.
Mais afin d'ordonner l'ordre, si l'on peut dire, avec une clarté telle que nous rendions les savants semblables à des spectateurs, nous leur présenterons ces sept mesures soutenues par les mesures des sept planètes, à la manière d'un spectacle ou, dirons-nous, d'un théâtre composé de sept degrés. En effet, les théâtres antiques étaient ordonnés de la manière suivante : sur les gradins les plus proches du spectacle se tenaient les personnes les plus honorables, puis, au fur et à mesure que l'on s'élevait dans les gradins étaient assises des personnes de moindre dignité, jusqu'aux artisans qui se tenaient sur les gradins les plus élevés. Ainsi, les gradins les plus proches étaient réservés aux plus nobles pour leur permettre non seulement d'être plus près du spectacle mais également de ne pas être gênés par la rumeur des artisans.
C'est pourquoi, en suivant l'ordre de la création du monde, nous placerons dans les premiers degrés les choses les plus simples, les plus dignes ou celles dont  nous pouvons imaginer que le plan divin les a placées avant les autres choses créées. Puis nous disposerons les suivantes de degré en degré, de telle sorte que dans le septième, c'est-à-dire dans le dernier degré supérieur, se tiendront tous les arts et toutes les facultés soumis à des règles, non parce qu'ils sont moins dignes, mais parce qu'ils ont été en quelque sorte découverts par les hommes en dernier.
Dans le premier degré, nous verrons donc sept portes dissemblables puisque chaque planète sera peinte sous forme humaine sur la porte de la colonne qui lui est destinée. Cependant pour la colonne du Soleil, lieu le plus noble de tout le Théâtre, nous voulons qu'Apollon, qui par sa nature aurait dû être peint sur le même degré que toutes les autres planètes, cède la place au Banquet de l'ensemble des Êtres qui est une image de la divinité. Sous la porte de chaque planète seront donc conservées toutes les choses appartenant à la mesure de son correspondant supracéleste, à celle de sa planète ainsi que les fictions des poètes à ce sujet, comme nous le préciserons pour chacune. »


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

jeudi 24 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (huitième partie).


Un livre du cabbaliste Francesco Giorgio.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Mais Cicéron et Aristote, comme ceux qui plus tard n'eurent pas accès à la véritable intelligence, n'allèrent pas au-delà des cieux. Pour nous qui avons reçu de Dieu la lumière de la grâce, il ne faut pas nous contenter de nous arrêter aux cieux, mais nous élever au contraire par la pensée jusqu'à cette hauteur d'où nos âmes sont descendues et vers laquelle elles doivent retourner, car telle est la véritable voie de la connaissance et de la compréhension. 
Toutefois, nous ne devons pas présumer pouvoir y parvenir par notre seule vertu, car Dieu nous dirait ce qu'il répondit au présomptueux Moïse : « Tu me verras de dos, mais tu ne verras pas ma face » (Ex 33, 23), c'est-à-dire : tu verras les effets des choses, mais tu ne verras point leurs causes. En vérité, c'est à nous qu'il revient de prier Sa Divine Majesté de nous rendre dignes de cette grâce, car elle ne la donne que quand il lui plaît, comme elle le fit au même Moïse en lui montrant ses nombreuses merveilles, — ce qui ne nous arrivera qu'une fois annihilés et ne présumant plus rien de nous-mêmes, lorsque nous pourrons dire avec l'Apôtre : « Et déjà ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).
Or, de même qu'il était rationnel de procéder, comme nous l'avons montré, en connaissant depuis le haut les choses inférieures et en imitant la fabrique céleste avec notre nombre septénaire, de même, pour en venir au premier ordre, j'affirme que je ne vois rien de plus parfait ni de plus divin que d'appliquer un autre septénaire à chacune des colonnes ou des planètes dont nous avons parlé, comme il nous plaira de les nommer. Ainsi, les théologiens très secrets, c'est-à-dire les cabalistes, disent que Moïse passa sept fois par les sept Sephiroth sans jamais pouvoir dépasser Bina qui est le terme au-delà duquel l'intellect humain ne peut s'élever. Et bien que Moïse, parvenu à Bina, se soit trouvé devant la face de la couronne supérieure et devant celle de Chochma, — c'est pourquoi il est écrit: « Il lui parlait face à face » (Ex 33, 11) —, il ne parla cependant pas à Dieu lui-même directement, mais par l'intermédiaire de l'ange (comme on le lit dans les Actes des Apôtres) (Ac 6, 15), car « nul ne connaît le Fils, si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11, 27). Ce n'est que lorsque Moïse parvint à Bina, où se trouve l'office de l'ange nommé Mitrathon, le prince des faces, qu'il put s'entretenir avec lui. 
Ainsi, Moïse étant monté sept fois sept fois, qui font quarante-neuf, — nombre de la rémission par lequel Jésus-Christ voulut que nous nous élevions en faisant notre oraison au Père, puisque l’oraison que nous appelons « dominicale » est composée de quarante-neuf mots selon le texte hébreu de Matthieu, nous avons attribué à chaque planète, en imitant l’ombre de ses ascensions, sept portes, degrés ou distinctions comme il nous plaira de le nommer.
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Commentaire :
Mitrathon, ou plus communément Métatron, est considéré par la Cabale comme le chef de toutes les légions célestes (Zohar, I, 4 a). Francesco Giorgio donne cette explication dans le De harmonia mundi : « Le Seigneur s'est adressé à Moïse face à face. Et, comme le disent les Hébreux, l'ange qui parlait avec lui, est appelé Métatron, prince de la face, parce que son office est d'introduire les autres à la face du prince. »


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

mercredi 23 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (septième partie).


Platon.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
" Notre plus haute tâche consistait donc à trouver dans ces sept mesures un ordre qui soit juste, suffisant, distinct, qui tienne toujours l'esprit en éveil et qui frappe la mémoire. Cependant, il serait trop difficile de présenter directement ces très hautes mesures fort éloignées de notre connaissance et que seuls les prophètes approchèrent par des voies détournées. Nous prendrons donc pour les remplacer les sept planètes dont les différentes natures sont bien connues de tous ; toutefois, dans l'usage que nous en ferons, nous ne les proposerons pas comme des termes ultimes, mais comme ce qui a toujours correspondu aux sept mesures supracélestes dans l'esprit des sages. Aussi, la nature des choses inférieures dont nous parlerons sera représentée par les sept planètes puisque chaque nature est soumise à une planète particulière ; ainsi les principes d'où les planètes tirent leur vertu nous reviendront à l'esprit lorsque nous parlerons d'elles.
Cette haute et incomparable disposition nous sert non seulement à conserver les choses, les mots et les arts que nous lui confions afin de pouvoir en disposer rapidement à chaque fois que nous avons besoin d'être informés, mais elle nous donne encore la vraie sagesse, aux sources de laquelle nous connaissons les choses à partir des causes et non à partir des effets. Nous exprimerons ceci plus clairement à l'aide de l'exemple suivant. Si nous étions dans une vaste forêt et que nous voulions en voir toute l'étendue, nous ne pourrions pas satisfaire ce désir en y demeurant, car notre champ de vision ne nous permettrait d'en voir qu'une petite partie et la végétation environnante nous empêcherait de distinguer celle qui est plus loin; mais s'il se trouvait, à proximité, un chemin montant à une colline élevée, il nous serait alors possible, en sortant de la forêt, de commencer à apercevoir son aspect général depuis le chemin et, une fois la colline gravie, de se la représenter en entier. La forêt est notre monde inférieur, le chemin, les cieux et la colline sont le monde supracéleste. Il est donc nécessaire pour bien comprendre les choses inférieures de s'élever vers les supérieures et, en les regardant depuis le haut, d'en avoir une connaissance plus sûre. Il semble que les anciens auteurs païens n'étaient pas éloignés de cette manière de comprendre les choses. Ainsi, Maxime de Tyr invoque ce passage d'Homère où Ulysse est conduit à observer les coutumes des habitants depuis un lieu élevé. Aristote écrivit en ce sens que si nous nous trouvions au-dessus des cieux nous pourrions connaître par nous-mêmes les causes de l'éclipse du Soleil et de la Lune, sans avoir besoin pour cela de remonter jusqu'à elles par leurs effets. Et Cicéron, dans le songe de Scipion le jeune, rapporte que l'aïeul de celui-ci lui montrait les choses terrestres depuis le ciel."

Commentaire :
Cette vue cavalière de la nature semble inspirée d'une image du De coelesti agricultura (1541) du cabaliste Paul Rici. L'image de la montée de l'âme à travers le cosmos et de la contemplation supérieure est aussi l'un des grands thèmes de la philosophie d'inspiration platonicienne.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

lundi 21 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (sixième partie).



Le Pimandre.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Ce septénaire est le nombre parfait parce qu'il contient l'un et l'autre sexe et qu'il est composé de pair et d'impair : c'est pourquoi en voulant exprimer « la béatitude parfaite », Virgile a dit : « O trois et quatre fois ».En parlant de la création du monde, Mercure (Hermès) Trismégiste se demande dans le Pimandre : « D'où les éléments de la nature ont-ils surgi? » Ce à quoi Pimandre répond : "De la Volonté de Dieu, qui, ayant reçu en elle le Verbe et ayant vu le beau monde archétype, l'imita, façonnée qu'elle fut en un monde ordonné, selon ses propres éléments et ses semences vitales. Or l'Esprit Dieu, empli par la fécondité des deux sexes, étant vie et lumière, enfanta de sa parole un autre esprit démiurge qui, étant Dieu du feu et du souffle, façonna sept gouverneurs qui enveloppent dans leur cercle le monde sensible. En réalité, si la divinité a déployé au-dehors ces sept mesures, c'est le signe qu'elle les contient encore implicitement dans son divin abîme puisque « nul ne donne ce qu'il ne possède déjà ». Isaïe appelle ces colonnes des femmes lorsqu'il dit : « Et sept femmes saisiront un homme » (Is 4, i). En les appelant « femmes », il veut dire qu'elles sont passives, c'est-à-dire produites. Mais si, comme dit Paul, « Il soutient tout par la puissance de son verbe » (He 1, 3), et ailleurs, « Un en tout et tout en un » (Rm 12, 5), et aux Colossiens, « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature, car c'est en lui qu'ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ; tout a été créé par lui et en lui » (Col I, 15-17), nous ne pouvons donc trouver demeure plus juste que celle de Dieu. 
C'est pourquoi, si les orateurs de l'Antiquité confiaient jour après jour les parties des discours qu'ils avaient à prononcer à des lieux caducs comme si c'étaient des choses caduques, il est légitime que nous, qui voulons confier pour l'éternité le caractère éternel de toutes les choses pouvant être revêtues par un discours, avec le caractère éternel du discours lui-même, nous trouvions des lieux éternels. Notre plus haute tâche consistait donc à trouver dans ces sept mesures un ordre qui soit juste, suffisant, distinct, qui tienne toujours l'esprit en éveil et qui frappe la mémoire. »

Commentaire :
Camillo définit ainsi son projet et sa position par rapport aux procédés mnémotechniques de la rhétorique classique. Il s'agit donc pour le Théâtre de convertir une pratique contingente dans sa forme et son objet en une règle universelle : trouver des lieux de mémoire éternels, c'est-à-dire une topique universelle, pour des choses éternelles, les principes qui régissent l'univers, et enfin un discours éternel pour les exprimer, c'est-à-dire une éloquence et une expression ayant atteint leur perfection.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

dimanche 20 août 2017

« Le Théâtre de la Mémoire » de Giulio Camillo (cinquième partie).


Les sephiroth, l'arbre de la vie.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Age, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
« Dans le neuvième de ses Proverbes, Salomon dit que la sagesse s'est édifiée une maison reposant sur sept colonnes (Pr 9, 1). Il  nous faut comprendre que ces colonnes, qui signifient la très stable éternité, sont les sept Sephiroth du monde supracéleste, les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur qui contiennent les idées de tout ce qui se trouve en ces mondes ; c’est pourquoi il nous est impossible d’imaginer aucune chose hors de ce nombre. »

Commentaire :
Sephiroth est le nom donné par la Cabale aux dix attributs de Dieu (qui sont donc dans le monde supracéleste) ou degrés de la création divine. Les trois premières Sephiroth, Kether (Couronne), Bina (Intelligence) et Hokhma (Sagesse) appartiennent au monde de l'émanation, sublime et inconcevable. Les sept autres sont Chased (Grâce), Gabiarah (Force), Tipheret (Beauté) constituant le monde de création, Nisach (Triomphe), Hod (Gloire), Iesod (Fondement), constituant le monde de formation et Marcut (Règne), le monde d'action. Cette doctrine a été développée dans le Sepher Ha-Zohar ou "Livre de la Splendeur", pièce maîtresse de la Cabale écrite au XIII e siècle par Moïse de Léon et longtemps attribué au prestigieux Rabbi Siméon ben Yhoai.
Les sept mesures de la fabrique des mondes céleste et inférieur sont les sept planètes qui sont au monde céleste ce que les sept Sephiroth sont au monde supra-céleste.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.

samedi 19 août 2017

" Le Théâtre de la Mémoire" de Giulio Camillo (quatrième partie).


Sans commentaire.

Je me suis rendu compte, plusieurs semaines après avoir écrit mon article « Histoire de la Mnémotechnie : Moyen Âge, Renaissance & Dix-Septième siècle » (http://www.virtualmagie.com/articles/autres/dossiers/histoire-de-la-mnemotechnie-moyen-age-renaissance-dix-septieme-siecle/) que j’avais oublié de mentionner le travail de Giulio Camillo (1480-1544), un érudit italien, qui a consacré toute sa vie à la fabrication d’un édifice qu’il appela le Théâtre de la Mémoire et qui était un gigantesque théâtre décoré d’images, conçu afin de mémoriser l’ensemble des connaissances de l’époque.
Vers la fin de sa vie, Camillo consacra sept matinées à dicter à Girolamo Muzio une esquisse de son Théâtre. Après sa mort, le manuscrit passa entre d’autres mains et il fut publié à Florence et à Venise en 1550 sous le titre L'Idea del Theatro dell' eccellen. M. Giulio Camillo. C'est cet ouvrage qui nous permet de reconstruire le Théâtre dans une certaine mesure. Il a été traduit en français sous le titre Le Théâtre de la Mémoire de Giulio Camillo aux éditons Allia et comporte sept chapitres. Je vais vous donner un résumé du texte de chacun de ceux-ci avec des commentaires explicatifs par rapport aux croyances de l’époque et de l’auteur.
Cet article est la suite de celui-ci.
Le texte du chapitre d’ouverture « Le premier degré » se poursuit de cette façon : 
«En outre, puisque les choses divines appartiennent au monde supracéleste dont nous sommes séparés par la masse de tous les cieux, notre langue ne peut les exprimer, si l'on peut dire, que par des signes ou des analogies nous permettant de nous élever du visible vers l'invisible.
Commentaire :
Cette distinction traditionnelle entre le monde supracéleste (de Dieu), céleste et terrestre a été diffusée par Platon.

« Toutefois, si Dieu nous faisait la grâce de nous élever au troisième ciel et de pouvoir y contempler ses secrets, il ne nous serait pas permis de les révéler, car en le faisant on commettrait la double erreur de les divulguer à des personnes qui n'en sont pas dignes et de les traiter avec notre langue vulgaire, eux qui ne relèvent que de celle des anges. C'est en voulant éviter ces deux écueils que Jean écrivit ses visions dans l’Apocalypse  sans chercher à les exposer autrement. Ici les images nous aideront à signifier ce qui ne doit pas être profané.»
Commentaire :
Camillo fait allusion à la lettre aux Corinthiens (12, 2-4) de Saint Paul où celui-ci  rapporte comment il fut ravi au troisième ciel. Ce thème avait inspiré de manière significative Marsile Ficin qui composa en 1476 sur le sujet le De raptu Pauli ad tertium caelum sous la forme d'un dialogue entre saint Paul et son âme (in Théologie platonicienne de l’immortalité de l’âme, t. III, p. 345-367, traduction de Raymond Marcel).

 Et il plaît à Dieu, comme il en témoigne lui-même en appelant Moïse son "fidèle ministre" (Nb 12, 17), que ses mystères restent respectueusement cachés derrière leurs voiles. Les cabalistes vont même jusqu'à qualifier Ezéchiel de prophète vulgaire pour avoir, à la manière d'un domestique, révélé tout ce qu'il avait vu (Ez 3, 26; II, 25). Je ne cacherai pas non plus que selon ces mêmes cabalistes Marie, sœur de Moïse, fut frappée par la lèpre après avoir révélé les secrets de la divinité (Nb 12, 10) et qu'Ammonius mourut dans le déshonneur et la misère pour la même faute. Mais laissons là tout ce qu'il y aurait à dire du respect de ce silence dans lequel nous devons maintenir les choses sacrées et commençons, avec l'aide du Seigneur, à parler de notre Théâtre.

Commentaire :
Ammonius Saccas (fin du II° s. ap. J.- C.) était le maître de Plotin (voir Porphyre, Vie de Plotin, 3, 25: « Herennius, Origène et Plotin avaient convenu ensemble de tenir secrets les dogmes d'Ammonius, que leur maître avait expliqué en toute clarté dans ses leçons. »). Selon le cabaliste italien François Georges, dans son livre L’harmonie du monde divisée en trois cantiques, cette fin misérable fut aussi celle de Plotin, puni pour avoir finalement dévoilé les dogmes sacrés.


Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro.