dimanche 3 décembre 2017

La Kabbale par Aleister Crowley.




L'arbre de vie.


Cet article est une traduction du chapitre IV du livre Magick Without Tears d’ Aleister Crowley consacré à la kabbale (traduction effectuée par Spartakus FreeMann, dans son livre Kabbalah pour un Goy « avancé »). Il est la suite de celui-ci.

L’intérêt de Crowley pour la kabbale a toujours été immense. En effet, son premier livre recensé est une étude sur celle-ci : Liber 777 vel prolegomena symbolica ad systema sceptico-mysticae viae explicandae fundamentum hieroglyphum sanctissimorum scientae summae. Le ton du texte de Magick Without Tears peut surprendre mais il faut se rappeler que l'ouvrage en question est un recueil de lettres échangées entre Crowley et une aspirante à l'A.•.A.•. Crowley aime à y prendre le ton paternaliste mais frondeur et acide qu'on lui connaît afin d'obliger son « élève » à se débarrasser de ses préjugés et de la vision dominante de sa propre personnalité. Crowley privilégiant l'auto-initiation, donne ici une méthode personnelle pour apprendre la Kabbale.

Les puristes de la Kabbale seront sans doute choqués de lire la manière dont Crowley décrit la Kabbale et le moyen de s'y exercer. Mais, bah, un peu de dépoussiérage ne fait pas trop de mal...

« Cara Soror,

Fais ce que tu veux sera le tout de la Loi.

A présent il vous faut apprendre la Kabbale. Apprenez cet alphabet Magicke. Vous devez croire la Kabbale sur parole, comme un enfant le fait avec son propre alphabet. Personne n'a jamais pu découvrir pourquoi l'ordre des lettres est comme il est. Probablement parce qu'il n'y a aucune réponse.
Si vous saviez ce que j'endure avec l'ordre des 64 hexagrammes du Yi-King ! Mais je suis convaincu qu'il est très significatif et qu'il implique un système philosophique sublime. Je suis trop avancé pour être absolument sûr qu'il y ait un rythme nécessaire; et cela me tue à petit feu de découvrir pourquoi chaque paire succède à la précédente. Mais pardonnez ces larmes !

Mais notre Alphabet Magicke n'est pas constitué primitivement de lettres, ou de sons mais d'idées mathématiques. Sir Humphrey Davy (un physicien et chimiste britannique) a exposé sa fameuse illumination (aidé en cela par l'oxyde nitrique) en ces mots : « L'Univers est uniquement composé d'idées. » En l'analysant quelque peu, nous disons : « L'Univers est une expression mathématique. »

Chacune de nos idées peut être expliquée, investiguée et comprise par divers moyens. Premièrement, les nombres hébreux, grecs et arabes sont aussi des lettres. Ensuite, chacune de ces lettre est décrite plus avant par un des « éléments de la Nature »; les Quatre (ou Cinq) Eléments, les Sept (ou Dix) Planètes et les Douze Signes du Zodiaque.

Tout ceci est arrangé sous la forme d'un dessin géométrique composé des Dix Sephiroth (ou nombres) et des vingt-deux « sentiers » les joignant, en ce que l'on appelle l'Arbre de Vie.

Toute idée quelle qu'elle soit peut être, et devrait être, attribuée à une ou plusieurs de ces symboles primaires ; ainsi le vert, sous différents tons, est une qualité ou une fonction de Vénus, de la Terre, de la Mer, du Verseau, etc. Il en va de même avec les idées abstraites; la malhonnêteté signifie "un Mercure affligé", la générosité Jupiter, et ainsi de suite.

L'Arbre de Vie doit être appris par cœur ; vous devez le connaître à l'envers, à l'endroit, de gauche à droite et de haut en bas; cela doit devenir le réflexe automatique de toutes vos pensées. Vous devez y raccrocher tout ce qui croise votre chemin.

Au départ, bien sûr, tout ceci est horriblement confus; mais persistez et un jour viendra où tous ces étranges morceaux prendront leur place dans le schéma et vous verrez — avec quelle admiration ! — la merveilleuse beauté et la symétrie du système kabbalistique.

Et alors, quelle arme aurez-vous forgée !

Quel pouvoir pour analyser, ordonner et manipuler vos pensées !

Et alors, rappelez-vous, s'il vous plaît, que lorsque les gens vous complimenteront pour votre mémoire et la clarté de votre pensée d'en donner le crédit à la Kabbale ! »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

samedi 2 décembre 2017

Vertige de la Kabbale.



Les quatre rabbins.


Cet article est la suite de celui-ci .

Un passage de la Kabbale met en garde contre le danger qu'il y a à se perdre dans ce vertige. Il dit « Tu expliqueras depuis le jour où Dieu a créé Adam sur la terre, mais tu n'expliqueras pas ce qui est en haut, ce qui est en bas, ce qui fut et ce qui sera. » Ce texte a l'air d'être énigmatique, il est pourtant très simple. Ce qui est en haut, ce qui est en bas concerne le mystère des origines du monde. Or ce mystère des origines du monde est celui-là même de la Kabbale, puisque celle-ci contient le Verbe de Dieu, le Verbe avec lequel Dieu a créé l'univers.

Les lettres avec lesquelles est écrite la Kabbale sont les mêmes que celles avec lesquelles Dieu créa le monde. C'est ce qu'enseigna Abraham Abulafia. La Kabbale, la Parole de Dieu, la tradition primordiale, se trouvait dès l'origine à côté de l'Architecte et celui-ci la fit descendre en bas pour faire naître toute chose. Les cathares disaient que Dieu avait envoyé son Fils pour restaurer la création qui était en train de périr sous l'assaut des forces du mal. Ils affirmaient également que Jésus était symbolisé par une lettre très secrète de l'alphabet sacré.

Le mystère des origines, celles de la Kabbale comme celles du monde, nous dépasse donc et il n'est pas facile de l'approcher. Avant de commencer, la Kabbale met en garde le chercheur. La Kabbale raconte deux histoires symboliques qui illustrent cette mise en garde.

L'expérience initiatique peut conduire à la mort ou à la folie.

Deux pages sont des plus frappantes.

1) «  Déjà, raconte la Kabbale, Simon Ben Zoma était en train d'errer. Rabbi Josué passa et le salua à deux reprises, mais il ne répondit pas. Alors Rabbi Josué lui dit : « Qu'y a-t-il donc Ben Zoma, d'où tes pieds t'ont-ils porté? » Et il lui fit cette réponse: « Je méditais. » Rabbi Josué s'écria : « Je prends les cieux et la terre à témoin que je ne bougerai pas d'ici avant que tu m'aies dit d'où tu viens. » L'autre répondit : « Je contemplai l'origine. Et j'ai compris que l'Esprit de Dieu ne soufflait pas sur les eaux primordiales comme on le raconte mais qu'il planait comme un oiseau. » Rabbi Josué se tourna alors vers ses disciples et il leur dit : « Ben Zoma s'en est allé ». 

Peu de temps après, comme il l'avait annoncé, Ben Zoma mourut. L'intrusion dans des domaines interdits est souvent, comme dans cet exemple, un présage de mort. Lorsque l'on rêve que l'on pénètre dans un monde inconnu et inaccessible, ou lorsque l'on contemple le mystère des origines, on est appelé par l'Au-Delà.

2) Quatre rabbins, quatre sages, entrèrent dans le Pardes. (Le Pardes, c'est le Paradis, c'est l'origine de lumière et de béatitude.) Ce furent Ben Azzaï, Ben Zomah, Aher et rabbi Aqiba. L'un contempla et mourut. L'autre vit et s'égara, on ne le retrouva plus. Le troisième contempla et il ravagea les plantations (il devint fou, détruisant tout sur son passage). 

Il n'y en eut qu'un qui s'éleva en paix et descendit en paix (qui reçut l'illumination et qui put pénétrer dans le Pardes). Sur quatre sages, un seul put réussir. L'expérience initiatique peut conduire à la mort ou à la folie, si elle n'est pas bien conduite, si elle ne se conforme pas au Verbe et au rituel, si elle néglige les avertissements que donne le Livre. Il s'agit bien plus que d'une mise en garde symbolique: les maux décrits dans ce texte sont bien réels, comme le montre la médecine psychosomatique qui soigne le physique, le corporel, à partir du psychique. Un choc psychologique auquel l'on n'est pas préparé peut conduire à la folie, tous les psychiatres le savent.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Antiquité de la Kabbale.



Les manuscrits de la Mer morte.



Cet article est la suite de celui-ci.

Les manuscrits de la Mer morte

La découverte des manuscrits de la Mer morte, ces fameux manuscrits qui furent trouvés il y a quelques dizaines d'années dans les grottes de Qumran, en Israël près de la Mer morte et de la forteresse de Massada, bouleversa plus d'un sceptique.

La secte des Esséniens qui s'était réfugiée dans le désert, dans ces grottes, constituait un ordre initiatique dont la tradition affirme que Jésus était membre, voire le chef occulte. Cette secte initiatique rappelle étrangement les cathares : même mise en commun des biens, même refus du monde, même charité et ressemblances étonnantes des rituels.

Il faut noter la surprise des archéologues et des historiens, lorsque de tels textes parvinrent entre leurs mains. Ce furent :

— des textes dits apocalyptiques, tels le Testament de Lévi. Apocalyptiques, c'est-à-dire évoquant à l'instar de l'Apocalypse de saint Jean la fin du monde et la résurrection;

— des textes ésotériques comme un Livre des Mystères qui nous reste énigmatique par bien des aspects;

— des textes que personne n'ose séparer de la Kabbale.

Les historiens les plus sceptiques ne peuvent que reconnaître qu'ils témoignent de l'existence de la tradition de la Kabbale à cette époque. On retrouve la même hiérarchie céleste, les mêmes anges, les mêmes noms secrets de Dieu, que dans le Zohar. Le fragment le plus impressionnant de ce texte met en scène des « chérubins » en train de bénir le « trône de Dieu ».

Gershom G. Scholem, le meilleur spécialiste actuel de la mystique juive, avoue qu'il est obligé d'écrire « Ces fragments suppriment tout doute au sujet d'une relation entre les plus anciens textes de la Merkabah (ou Merkavah) préservés à Qumran et le développement ultérieur du mysticisme. » La Merkabah, c'est le cœur mystique de la spéculation kabbalistique. C'est le char divin, ou le trône céleste, que la méditation des lettres de l'alphabet sacré finit par faire entrevoir à l'initié et qui lui révèle d'admirables secrets.

« Il les a suspendus au Dragon. »

Deuxième démonstration qui témoigne de l'antiquité de la Kabbale: elle s'appuie sur l'astronomie. Au chapitre VI d'un des livres kabbalistiques, le Sépher Yetsirah (le Livre de la création), on lit: « Les témoins fidèles sont: le monde, l'année, la personne et la loi est : 12, 7, 3. Il les a suspendus au Dragon, à la sphère et au cœur. » Le pronom « Il » désigne évidemment le Grand Architecte de l'Univers, le créateur de tous les mondes, la force qui nous dépasse. « Il les a suspendus au Dragon ». L'auteur entend évidemment que le Dragon est à l'univers ce que la sphère est à l'année, ce que le cœur est à la personne, c'est-à-dire la puissance impulsive de tout, le centre cosmique.

Il ne peut y avoir de doute, écrit l'occultiste Papus : le roi sur son trône, l'Architecte, le centre autour duquel gravite toute la cour des étoiles est l'étoile polaire. De nos jours encore, bien que nous sachions scientifiquement que cela n'est nullement exact, nous continuons de prendre l'étoile polaire pour centre de l'univers sidéral. L'étoile polaire est devenue un symbole mystique alors qu'elle représenta jadis une réalité remarquable du système sidéral. Cependant, si l'auteur du Sépher Yetsirah indique le Dragon comme centre, c'est, qu'à son époque, l'étoile polaire faisait partie de cette constellation. En effet, si nous suivons sur une carte céleste le cercle décrit par le pôle dans une période de 25000 ans, nous voyons que ce pôle, actuellement à proximité de l'étoile Alpha de la Petite Ourse, a gravité pendant toute l'époque s'étendant de l'an 2000 av. J.-C. jusque vers l'an 1000 de notre ère, dans un espace à peu près privé d'étoiles brillantes. Mille ans environ avant l'ère chrétienne, cette étoile marqua approximativement le pôle qui s'en éloignait progressivement pour arriver vers l'an 850 dans le voisinage qui a cours de nos jours.

Mais cela ne reste que d'un intérêt tout relatif si l'on poursuit le raisonnement. En remontant beaucoup plus loin, de 3500 à 2000 av. J.-C., nous constatons que le pôle ne coïncidant pas alors avec la constellation de la Petite Ourse dans laquelle il se trouve aujourd'hui occupait obliquement celle du Dragon. C'est vers l'an 2800 que le pôle fut le plus rapproché de la brillante Alpha du Dragon. Pendant toute la durée des quinze siècles qui séparent l'an 3500 de l'an 2000 ce fut cette étoile qui indiqua le pôle. Et à ce moment-là, le Dragon était le centre de tout l'univers. Le Sépher Yetsirah date donc nécessairement de cette époque.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


vendredi 1 décembre 2017

Origine de la Kabbale.



Abraham Abulafia.


Cet article est la suite de celui-ci : http://jeanfrancoisgerault.blogspot.fr/2017/11/synthese-sur-la-kabbale.html

C'est un initié du 18 ème siècle, Fabre d'Olivet, auteur de La langue hébraïque restituée , qui nous donne la meilleure définition de la Kabbale. Cette définition est, aujourd'hui, admise par tous les ésotéristes.

« Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, écrivit Fabre d'Olivet, que Moïse lui-même, prévoyant le sort que son livre devait subir et les fausses interprétations qu'on devait lui donner par la suite des temps, eut recours à une loi orale, qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre dans le secret du sanctuaire à d'autres hommes qui, la transmettant à leur tour, d'âge en âge, la firent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d'un mot hébreu qui signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main. » Kabbale = ce qui est reçu, cela identifie la Kabbale, la tradition, au Graal celtique. Le Graal est, lui aussi, la coupe qui reçoit. Mais qu'est-ce qui est reçu? La rosée céleste, disent les alchimistes dans leur langage très imagé. La rosée céleste, ou le Verbe de Dieu, ou encore le secret de l'Univers. »

L'homme qui se prit pour le Messie

Abraham Abulafia, l'un des plus célèbres kabbalistes connus, qui vivait en Espagne du temps où l'Ordre cathare prospérait dans le Midi de la France, donna à ce propos des explications très intéressantes. Dieu, disait-il, a créé le monde avec les lettres de l'alphabet hébraïque. Cet alphabet, comme l'alphabet sanskrit, est sacré, chacune de ses lettres recèle un mystère. Ce n'est pas un son vide ! Et plus précisément, Dieu a créé le monde en l'écrivant. L'Architecte est un artiste, un sage et un poète. Abulafia disait que la matérialité des lettres, leur inscription physique, constitue la substance de l'univers tandis que l'inspiration qui habite les mots divins traverse les hommes pendant qu'ils font des rêves. Savoir déchiffrer ses songes, c'est donc se rendre maître d'une puissance extraordinaire. Le messie est le maître de la puissance des rêves de l'humanité. Il viendra à la fin des temps, mais les hommes doivent lui préparer le chemin en répandant les lumières qu'ils ont reçues en étudiant la Kabbale.

Abraham Abulafia qui donna à la Kabbale son visage prophétique, pensait — et il prouva — que chaque lettre de l'alphabet hébraïque, langue sacrée par excellence, constituait une puissance, était la demeure d'un ange particulier (nous dirions aujourd'hui d'une force, ou d'une énergie). Mais attention, précisa-t-il, l'inspiration divine traverse toute chose y imprimant sa marque.

Cela veut dire deux choses.

1) L'individu qui déchiffre ses rêves, celui qui sait lire les textes sacrés, celui qui comprend les messages divins, celui-là est doué du don de prophétie. Il devient son propre messie, ou plutôt un adepte du Messie qui, à la fin des temps, doit venir réconcilier tous les hommes, établir la paix sur la terre et révéler les secrets les plus cachés. Bref, celui qui apparaîtra quand l'humanité atteindra son âge adulte. Pour la tradition, en effet, les hommes et les femmes n'ont pas encore accédé à la maturité. Et il suffit d'ouvrir les yeux, de constater les guerres et la misère qui nous assaillent pour lui donner raison.

2) Lorsque l'inspiration traverse les choses et les êtres pour les amener à la vie et qu'elle les déserte dans un deuxième temps pour remonter auprès du Père, elle laisse malgré tout une trace, ou plutôt des traces. Ces traces sont véritablement des « signatures » permettant de connaître l'intimité de l'être ou de la chose. Et la connaissance de ces signatures se trouve à l'origine de sciences très intéressantes comme la physiognomonie (l'art de lire le caractère sur les traits du visage), ou la chiromancie (l'art de lire la destinée d'une personne dans ses lignes de la main) et bien d'autres disciplines ésotériques.

Abraham Abulafia fut donc un kabbaliste très important. Il fut très doué ; malheureusement il n'échappa pas au défaut qui fit chuter l'ange de lumière (Lucifer) : la présomption. Il était convaincu — ce qui était tout à son honneur —de l'unité occulte de toutes les religions et de la vanité des rivalités : il pensa qu'il était missionné pour dévoiler cette vérité au monde. Il fit donc le voyage à Rome dans l'intention d'y rencontrer le pape et de l'inciter à répandre cette bonne nouvelle. Que se passa-t-il alors? Le pape était-il lui-même ignorant de ces vérités ésotériques dont le christianisme, comme toute autre religion, est secrètement imprégné ? Fut-il simplement antisémite? Ou bien pensait-il que le moment n'était pas encore venu de dire de telles choses? Quoi qu'il en soit, il jeta Abulafia en prison et celui-ci, qui devait être condamné à mort, n'eut la vie sauve qu'à la mort du pape.

A noter que l'auteur de science-fiction mystique, Philip K. Dick a prétendu que pour écrire son roman visionnaire Siva,il avait été possédé par moment par l'esprit d'Abraham Abulafia. (voir le site Philip K. Dick and Religion).

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


"Le mentalisme et la magie mentale", un article de Cyrille Arnaud, un des hypnotiseurs les plus brillants de sa génération.



Une des affiches du spectacle.


L’hypnotiseur Cyrille Arnaud a bien voulu me permettre de publier dans ce blog un article qu’il avait rédigé en 2012 pour Facebook. Je trouve cet article à la fois très parlant, hyper-précis et essentiel à lire, car il met au clair une différence qui n’est pas nette dans l’esprit de la plupart des gens, voire des magiciens, celle entre le mentalisme et la magie mentale.

Avant la publication de l’article lui-même, je vous remémore un passage de ce que j’avais écrit dans ce blog sur la formidable performance d’hypnose de Cyrille Arnaud.

« J’ai vu hier soir le spectacle d’hypnose « Hypnofolies » de Cyrille Arnaud. Cyrille Arnaud est parfait quant à sa maîtrise des techniques de l’hypnose et aussi par rapport à sa gestion des hypnotisés sur la scène. Même, à certains moments, le spectacle devient tellement fort que le public a peine à y croire et se demande si l’hypnotiseur n’est pas de mèche avec les spectateurs hypnotisés. Donnons des exemples : une dame sur scène, pendant toute une partie de la soirée, téléphone… avec sa chaussure… à Céline Dion ; un monsieur se prend pour un homme invisible et vole des chaussures dans la salle ; un autre oublie son prénom et est persuadé qu’il s’appelle Maxime, etc. (je ne vous dévoilerai pas tout ; il faut absolument que vous veniez voir ce spectacle et votre vision sur l’hypnose, même si vous êtes très sceptique, si vous ne croyez pas à la réalité de l’hypnose, votre opinion pourrait totalement changer).»

Voici l’article de Cyrille Arnaud :

Le Mentalisme et la Magie Mentale

29 Janvier 2012, 16:20

« On entend de plus en plus les termes « mentaliste » ou « magicien mentaliste », et bien souvent le public créé un amalgame entre ces deux personnes alors que les connaissances et méthodes employées sont totalement différentes.

Le Mentalisme est une discipline, visant comme son nom l'indique, à optimiser l'intérêt du mental.
Par des aptitudes sensorielles et extra-sensorielles, la maîtrise de la PNL, de l'Hypnose, du Cumberlandisme et d'une parfaite connaissance de la psychologie cognitive, le mentalisme permet de favoriser le développement personnel, le coaching, optimiser la communication, etc.

Et grâce à ces connaissances et aptitudes, il est également possible d'effectuer des démonstrations spectaculaires visant à reproduire des faits paranormaux tels que la divination, la prédiction ou la télépathie.

Par des intonations, des mots, des gestes, le mentaliste orientera la personne vers une pensée, un choix ou un acte.

Il y a une dizaine de mentalistes en France, donc prenez garde lorsqu’une personne se prétend mentaliste elle est bien souvent magicien mentaliste (le véritable terme étant magicien mental).

La Magie Mentale reproduit ces mêmes effets spectaculaires en employant des astuces et des techniques liées à la magie et à la présentation.

Cela n'enlève rien à la qualité du spectacle, simplement les connaissances et moyens utilisés sont liés à des accessoires, mêmes simples, permettant de créer l'illusion. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

jeudi 30 novembre 2017

Synthèse sur la Kabbale.


Un livre sur la kabbale par un de ses plus grands spécialistes.



Cet article est inspiré par le livre de Mircea Eliade et Ioan Peter Couliano, Dictionnaire des religions.


J’ai conscience que certains lecteurs, après plusieurs articles très détaillés sur la kabbale peuvent avoir besoin d’une synthèse, d’une vue d’ensemble sur ce phénomène mystique. La voici.

La kabbale est une forme du mysticisme juif dont les racines plongent, d'une part, dans ces anciennes spéculations grammatologiques et numérologiques dont le produit fut le Sefer Yetsirah ou Livre de la Création (4 ème siècle), et de l'autre dans la littérature des hekhalot (mystiques juifs). Moshe Idel distingue dans la kabbale une formule « théosophico-théurgique » d'une formule « extatique ».

Le Sefer Yetsirah élabore déjà ce schéma cosmologique qui sera caractéristique de la kabbale : les 10 sephirot, correspondant probablement aux dix commandements, et les 22 voies qui les réunissent, correspondant aux 22 lettres de l'alphabet hébreu. C'est ainsi que la création a lieu à partir de ces 32 éléments primordiaux. Le Sefer Yetsirah et la littérature hekhalotique (mystique juive) sont au centre de la pensée du « piétisme des Juifs allemands » (Hasidei Ashkenaz).

Toutefois, la kabbale ne surgit pas parmi les ashkénazes, mais parmi les séfarades de Provence, auteurs du Sefer ha-Bahir (Livre de la Clarté, 12 ème siècle), dans lequel les sefirot assument pour la première fois l'aspect d'attributs divins. Le premier mystique juif provençal à avoir développé la notion de Bahir fût Isaac l'Aveugle (1160-1235), fils du rabbin Abraham ben David de Posquières (1120-1198). De Provence, la kabbale se propagea en Catalogne, où elle fleurit dans le cercle de Gérone, dont les représentants furent les rabbins Ezra ben Solomon, Azriel et — le plus fameux — Moïse ben Nahman (ou Nahmanides, 1195-1270). En Castille, les précurseurs immédiats de l'auteur du Zohar furent les frères Jacob et Isaac Cohen. Les kabbalistes de cette période mettent au point les techniques de permutation et combinaison des lettres de l'alphabet et de numérologie mystique (temurah, gematria et notarikon), dont les prototypes semblent hellénistiques.

Abraham ben Samuel Abulafia, le grand mystique séfarade du 13 ème siècle, est le représentant le plus marquant de la kabbale extatique, dont le but est le dveqouth, l'union mystique avec Dieu. Sa génération compte deux autres figures majeures de la kabbale classique : Joseph ben Abraham Gikatilla (I 248-1305) et Moïse de Léon (1250-1305), l'auteur du Sefer ha-Zohar (Livre de la Splendeur), attribué au maitre Siméon bar Yochai (II siècle).

La kabbale classique intègre la cosmologie mystique dans l'un des quatre univers spirituels qui se prolongent l'un l'autre du haut en bas : atsilut, beriyah, yetzirah et asiyah. L'univers atsilut (émanation) comprend les dix sefirot (Keter, Hokhmah, Binah, Gedullah, Hesed, Geburah, Tiferet, Netsah, Hod, Yesod, Malkhut) qui forment Adam Kadmon, l'homme primordial. L'univers beriyah (création) comprend les sept hekhalot (palais célestes) et la merkabah (char céleste). L'univers yetzirah (formation) comprend les armées angéliques. L'univers asiyah (fabrication) est l'archétype du monde visible. Dans celui-ci, la présence des dix sefirot se manifeste dans l'arc-en-ciel, les vagues de la mer, l'aurore, l'herbe et les arbres. Mais le kabbaliste développe de nombreux autres procédés mystiques (par exemple, la visualisation de couleurs, etc.) pour parvenir au monde atsilut. 

L'accès est difficile à cause de la présence du mal — dit « sitra ahara », « l'autre côté » — dans asiyah. Il est cependant très important de comprendre que la kabbale ne partage pas systématiquement le dualisme platonicien âme/corps et le mépris du monde physique. Toutes les actions du kabbaliste relèvent d'un de ces trois buts : tiqoun ou restauration d'une harmonie et d’une unité primordiales dans la personne du pratiquant et dans le monde ; kavanah ou méditation contemplative ; enfin, dveqouth ou union mystique avec Dieu.

Des savants comme Moshe Idel croient au caractère constant, inamovible, des doctrines centrales de la kabbale. Cependant, la synthèse d'Isaac Luria, Ari ha-Kadosh, le Saint Lion de Safed (Ari, Lion, est l'acronyme de « Ashkenazi Rabbi Ishaq ») et de ses disciples, parmi lesquels le plus important fut Hayyim Vital (1543-1620), est révolutionnaire en ce qu'elle envisage la création par un processus de contraction (tsimtsum) de Dieu en lui-même et le mal comme une présence active de résidus (« coquilles » ou qelippot) spirituels déchus à cause de la « rupture des vases » (ckhevirat hakelim) censés les contenir. Ce drame cosmique ressemble à l'événement connu comme la « chute de Sophia » dans le gnosticisme des premiers siècles chrétiens, preuve que Luria avait parcouru le même itinéraire intellectuel que les gnostiques. Comme certains groupes gnostiques, il donna une valorisation positive de la métensomatose (réincarnation de l'âme).

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.





Spectacle "Hypnofolies", Cyrille Arnaud, un des hypnotiseurs les plus brillants de sa génération.






L'affiche du spectacle.


J’ai vu hier soir le spectacle d’hypnose « Hypnofolies » de Cyrille Arnaud. Cyrille Arnaud est parfait quant à sa maîtrise des techniques de l’hypnose et aussi par rapport à sa gestion des hypnotisés sur la scène. Même, à certains moments, le spectacle devient tellement fort que le public a peine à y croire et se demande si l’hypnotiseur n’est pas de mèche avec les spectateurs hypnotisés. Donnons des exemples : une dame sur scène, pendant toute une partie de la soirée, téléphone… avec sa chaussure… à Céline Dion ; un monsieur se prend pour un homme invisible et vole des chaussures dans la salle ; un autre oublie son prénom et est persuadé qu’il s’appelle Maxime, etc. (je ne vous dévoilerai pas tout ; il faut absolument que vous veniez voir ce spectacle et votre vision sur l’hypnose, même si vous êtes très sceptique, si vous ne croyez pas à la réalité de l’hypnose, votre opinion pourrait totalement changer).

Cyrille Arnaud n’a pas seulement une grande maîtrise de son art mais il a aussi beaucoup d’humour et de sens de la répartie. C’est, à mon avis, indispensable pour un spectacle d’hypnose car, s’il n’est pas pimenté par des pointes de petit délire amusant, des blagues légères, il peut devenir ennuyeux, même s’il est très bon techniquement.

Il faut absolument le mentionner aussi : contrairement à certains hypnotiseurs, Cyrille Arnaud n’a pas de complice dans la salle. Et sa prestation en est d’autant plus exceptionnelle et bluffante.

L’avis que je vous donne n’est pas celui d'un novice. Je pratique moi-même l’hypnose depuis 1983 et je suis allé voir beaucoup des grands hypnotiseurs de notre temps afin de me perfectionner : Dominique Webb, André Revol, Jean Gontier, Danny Dan, Messmer, Hervé Barbereau, etc. J’ai eu aussi comme professeurs, dans des stages que j’ai effectués, deux hypnotiseurs de renom, Olivier Lockert et Bertrand Millet.

Le seul modèle auquel puisse être comparé Cyrille Arnaud  est celui du plus grand maître de l’hypnose du dix-neuvième siècle, le belge Donato, qui a hypnotisé à l’époque des milliers de personnes sur scène.

Je rappelle pour finir que Cyrille Arnaud est un hypnotiseur de spectacle, un très grand, mais que l’hypnose est un phénomène incroyablement puissant et utile dans la pratique médicale. Des centaines d’hypnothérapeutes en France guérissent des milliers de gens de leurs phobies, de leurs addictions, de leurs douleurs, etc. Elle est employée aussi par des dentistes pour les patients qui ne supportent pas l’anesthésie.

Si vous voulez en savoir voir plus sur le sujet, je vous conseille bien sûr mon livre Initiation au mentalisme, à l’hypnose et à la mnémotechnie mais aussi l’ouvrage d’Anthony Jacquin, L’art de l’hypnose impromptue  qui pour moi est la meilleure synthèse actuelle en français sur le sujet.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.