mardi 17 mars 2015

Milton H.Erickson, jour 7, "Retrouver l’œil innocent" et "Observer : noter les différences"



Jour 7


Compte rendu de lecture
par Sidney Rosen :
Chapitres 9 et 10

Je me suis senti très personnellement concerné par le chapitre 9 « Retrouver l’œil innocent » car je pratique la prestidigitation et le mentalisme en amateur et l’anecdote marquante de ce chapitre est celle intitulée « Tours de passe-passe ». L’idée majeure de cette partie est le fait qu’il faut regarder les choses avec un œil neuf. Rosen cite Rajneesh (alias Osho) à ce sujet : « Regardez une personne d’une grande beauté ou un objet ordinaire, comme si c’était la première fois ». Erickson soulignait souvent le fait que nous perdons l’habitude de regarder les objets familiers, les amis ou la famille : « On dit que rien n’est nouveau sous le soleil. En fait, rien n’est vieux sous le soleil. Seuls les yeux deviennent vieux, habitués aux choses, ce qui fait que rien n’est nouveau. Les enfants, poursuivait-il, avec leurs yeux innocents peuvent pénétrer le monde intérieur d’une personne. » Dans « Tours de passe-passe » Erickson révèle qu’il s’est fait tromper et même très facilement embobiner par un magicien, sans doute grâce à une misdirection. Le magicien a sorti un lapin d’un carton sans qu’il ne s’aperçoive de rien, sans que jamais il ne puisse le voir faire. A l’extrême fin du tour, le prestidigitateur lui a montré un chapeau : le lapin s’y trouvait. Erickson n’a pas compris d’où il pouvait venir mais un de ses enfants, assis assez loin sur le côté de la pièce, s’est écrié : « Vous avez sorti ça de votre poche. » En prestidigitation, Erickson vous le dit, méfiez-vous du regard neuf des enfants. 

Le sujet de la magie, de la prestidigitation, est encore abordé dans le chapitre suivant, le numéro dix, « Observer : noter les différences ». Dans l’histoire « Tour de cartes », un des sujets d’hypnose d’Erickson lui dit « Je n’aime pas faire ce tour parce qu’il me donne une migraine terrible, mais je crois qu’il faut que vous le connaissiez. Achetez un jeu de cartes dans un magasin, ouvrez-le, sortez-en les jokers et les cartes supplémentaires. Battez bien le paquet, six fois, puis coupez et rebattez-le. Distribuez les cartes, une par une, face visible puis retournez-les. Ramassez-les, battez-les une fois encore et distribuez-les face non visible. » Erickson nous dit que l’étudiant put annoncer les cartes dans le bon ordre avant de les retourner. De plus, il lui révéla le truc. Il lui montra que dans les jeux qu’on achète, il y a sur le dos des cartes des lignes entrecroisées et des petits carrés qui ne sont pas découpés très régulièrement. Il lui expliqua : « Il suffit que je me souvienne qu’il manque un petit bout carré ici, un autre là, et encore un autre là. Je dois me souvenir de cinquante-deux cartes. Cela me donne toujours une migraine épouvantable. Il faut un entraînement long et difficile pour arriver à ça ! ». L’étudiant avait appris ce tour lorsqu’il faisait ses études, pour gagner de l’argent.
La conclusion d’Erickson est valable pour nous tous et à tous moments : « C’est très surprenant, ce que les gens sont capables de faire. Mais ils ne savent pas ce dont ils sont capables. » Voilà ! Presque toute la philosophie de celui qui fut un des plus grands hypnothérapeutes du vingtième siècle est résumée dans ces deux sentences. Lui-même fut frappé, par deux fois dans sa vie, de crises de poliomyélite et ne s’arrêta jamais (grâce à l’auto-hypnose et à d’autres techniques) d’être actif, d’enseigner, de guérir, de s’occuper de sa famille, et de plein d’autres choses encore. ! Certains de ses disciples racontent même cette anecdote (est-elle vraie ?) : il devait se donner, semble-t-il chaque matin, une demi-heure de coups dans le plexus solaire pour que la douleur énorme que cela engendrait lui fasse oublier durant la journée les autres souffrances qui taraudaient son corps.

Voilà. C’est fini pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro avec la guérison de patients psychotiques.

lundi 16 mars 2015

Milton H.Erickson, jour 6 : "L'apprentissage par l'expérience" et " Prendre sa vie en charge"





Jour 6


Compte rendu de lecture
par Sidney Rosen
Chapitres 7 et 8, « L’apprentissage par l’expérience » et 
« Prendre sa vie en charge »




Le chapitre 7 de Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte est consacré à « L’apprentissage par l’expérience ». On n’apprend pas parce que l’on vous dit que quelque chose se passe de telle façon, il faut tester dans le réel pour véritablement apprendre. Et en plus, durant l’expérience, il n’est pas productif de s'observer, de comprendre ce qui nous arrive. Si l’on veut vraiment comprendre son expérience, il vaut mieux la différer, la remettre à plus tard, pour pouvoir faire, dans une seconde phase, l’observation, la critique et l’analyse de son expérience. Erickson aime employer souvent des exemples d’anecdotes arrivées aux membres de sa famille. Il nous dit dans l’historiette « Goûter à tout »  qu'un de ses fils aurait pu être un excellent psychiatre mais qu’il a choisi d’être fermier. Il a eu six garçons et une fille. Il s’est soucié de la question du tabac, de l’alcool, des drogues et de ce genre de choses à propos de ses enfants. Il les a donc confrontés très tôt à des produits sans danger. Il leur présentait une jolie bouteille : « Pourquoi ne sens-tu pas ? » C’était très désagréable, l’ammoniaque ! Chacun des gosses a ainsi appris à être prudent avec les choses. C’était une bonne façon de grandir. Erickson, par cet exemple, affirme sa conviction que le meilleur mode d’apprentissage, c’est de faire l’expérience. Et il y a trois personnes très importantes qui donnent en général cette occasion de faire l’expérience : c’est le parent, le professeur ou le thérapeute. Peut-être pourrait-il y rajouter dans certains cas des amis très proches et doués d’une forme de psychologie innée.

Le chapitre 8 « Prendre sa vie en charge » est peut-être un des chapitres les plus importants de l’ouvrage. Erickson y parle de sa propre mort, de celle de ses parents, de sa conception de la vie en général, de son engagement dans celle-ci, dans la vie du couple, de la famille, etc. 
Une anecdote sur ce sujet « Brouilles » est à la fois plaisante et sérieuse ; Erickson raconte que, peu de temps après leur mariage, sa femme a demandé à sa mère : « Quand vous vous disputez avec Papa, comment ça se passe ? 
─ Je dis ce que je pense, et puis je me tais. »
Alors elle est allée dans la cour pour interroger mon père :  « Comment faisiez-vous quand vous vous disputiez avec maman ?
─ Je disais ce que j’avais à dire et ensuite je me taisais.
─  Bon, et alors qu’est-ce qui arrivait ?
─ L’un ou l’autre faisait comme bon lui semblait. On s’en est toujours tiré comme ça. »
Sidney Rosen fait un court commentaire sur cette histoire : « Les parents d’Erickson ont été mariés pendant environ soixante-dix ans. De toute évidence, l’harmonie du couple était basée sur le respect mutuel, et ils avaient pour principe de ne jamais tenter d’imposer leur opinion. »
On peut faire des remarques supplémentaires. D’abord, il faut noter que, peut-être du fait du désir d’être heureux de manière simple avec sa femme, le père d’Erickson se donne des buts modestes. Il ne dit pas en triomphant : « On y est très bien arrivé » mais d’une manière euphémique « On s’en est toujours tiré comme ça. ». Ensuite la question de la femme d’Erickson, qui était elle aussi psychothérapeute, est une question typiquement psy : « Bon, et alors, qu’est-ce qui arrivait ? » Et alors ? Et alors, il n’arrivait rien de catastrophique, ils ne se séparaient pas, ne s’engueulaient pas, ne se battaient pas, la vie reprenait son cours. Poser la question de ce « Et alors ? » dans une thérapie peut être déterminant car elle montre la relativité de certains événements que nous pensons devoir nous traumatiser pour la vie, comme ici une brouille dans le ménage.

Le deuxième récit que j’ai choisi dans ce chapitre « Prendre sa vie en charge » peut paraître absolument impossible, totalement délirant, mais je pense qu’il est véridique. Il montre simplement les ressources, les possibilités de quelqu’un de très doué qui, dans chaque étape de son existence, prend sa vie en charge, en mobilisant l’intégralité de son potentiel psychique. Il est intitulé « La brique de Pearson ».
Robert Pearson, un psychiatre du Michigan, alors qu’il passe à côté de sa maison reçoit une brique sur la tête qui lui cause une fracture du crâne. Il commence d’abord à s’affaisser sur les genoux, puis se reprend en se disant : « Si seulement Erickson était là. Mais, bon dieu, il est en Arizona, je ferais mieux de me prendre en charge moi-même ». Il procède donc rapidement à une anesthésie locale, conduit pendant cent kilomètres jusqu’à l’hôpital et effectue les formalités d’admission. Il demande un neuro-chirurgien et lui dit : « Je n’ai pas besoin d’anesthésie. » Le chirurgien insiste courtoisement pour qu’il soit anesthésié. Pearson demande à l’anesthésiste : « Prenez note de tout ce qui sera dit pendant que je serai endormi. »
Robert Pearson reprend rapidement conscience après l’opération ; il déclare à l’anesthésiste : « Le chirurgien a dit ça, ça et ça. » Il se souvient de tout ce qui a été déclaré, et le chirurgien est horrifié de découvrir que Pearson l’avait écouté discuter de l’opportunité de poser une plaque métallique. La semaine d’après, il se retrouve, comme il l’avait prédit et contre l’avis du chirurgien, à faire une communication à une assemblée de psychiatres. Erickson lui dit : « Comment t’es-tu égratigné ? ». Il répond : « J’ai eu une fracture du crâne » et il lui raconte l’histoire.
Le commentaire de Rosen est le suivant : « Cette histoire montre le pouvoir de l’esprit sur le corps dans la récupération après des traumatismes graves. Pearson dit : « Je ferais mieux de me prendre en charge. » Cette idée peut s’appliquer à chacun de nous et la prise en charge peut survenir lors d’un danger extrême, lorsque contraint par une dure nécessité, on découvre des ressources intérieures qu’on ne soupçonnait pas.
L’histoire de Pearson fait aussi la démonstration que, généralement, nous en savons bien plus sur ce qui se passe en nous-même que nous ne nous y autorisons. Ce médecin est capable de se souvenir des choses qu’il a entendues même sous anesthésie. Il est intéressant de voir que, non seulement il en est capable, mais surtout qu’il est capable également d’anticiper, puisqu’il demande à l’avance à l’anesthésiste de prendre des notes écrites.
Une remarque subtile de Rosen : « Une dominante de cette histoire, c’est que les rôles habituels que nous assumons se trouvent inversés. Le patient se prend en charge alors que le chirurgien et l’anesthésiste l’assistent. »
En réalité, c’est le rôle des docteurs mais la plupart des patients régressent lorsqu’ils tombent malades et mettent le médecin dans la position d’un personnage ayant du pouvoir, d’un parent tout-puissant. En fait, la fonction actuelle du médecin est d’utiliser ses connaissances pour traiter et soigner selon les désirs et les besoins du patient.
En ce qui concerne la véracité et la probabilité d’une telle histoire, j’ai connu, peu de fois mais indubitablement, des cas prodigieux similaires. Lorsqu’encore jeune, je faisais les vendanges dans le Bordelais, la propriétaire du vignoble nous avait dit qu’un jour son mari, qui faisait au moins ses cent kilogrammes, était tombé dans une cuve de vin et qu’elle avait réussi à le sortir de celle-ci en le tirant par les bras avec sa seule force nerveuse. Seulement quand ce fut terminé, quand il fut sauvé, elle constata qu’elle avait les bras en sang.

C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Ce sera « Retrouver l’œil innocent » et « Observer : noter les différences »

Milton H.Erickson, jour 5, hypnose et recadrage




Jour 5 



Compte rendu du livre
par Sidney Rosen
Chapitre 6 : recadrage



Comme je ne peux malheureusement pas tout aborder, je ne tirerai qu’une anecdote du chapitre 6 « Recadrage ». Avant tout, il faut savoir que recadrer signifie changer l’ensemble ou le point de vue conceptuel et/ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est vécue, et la replacer dans un autre cadre qui s’adapte tout aussi bien et même mieux aux « faits » concrets de la même situation, et qui change ainsi toute sa signification. Erickson, dans le recadrage, exploite une vieille, très vieille idée d’Epictète : « Ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui nous dérangent, mais l’opinion que nous avons d’elles. »

L’anecdote « Visage de cannelle », outre son recadrage, est un bon exemple de l’humour et de la créativité d’Erickson. C’est l’histoire d’une petite fille qui hait tout le monde parce qu’elle a le visage rempli de taches de rousseur. Les enfants de son école l’appellent « Grain de son » et bien sûr, elle déteste les grains de son. Elle entre dans le bureau d’Erickson et reste debout à attendre, la mâchoire serrée. Celui-ci lui crie : « Tu es une voleuse ! Tu as volé ! »
Elle répond qu’elle n’est pas une voleuse et qu’elle n’a pas volé. Erickson continue : « Oh, mais si, tu es une voleuse. Tu as volé quelque chose. Et même je sais quoi. Je vais te prouver que tu as volé.
─ Vous n’avez aucune preuve, je n’ai jamais rien volé.
─ Je sais même où tu étais quand tu as volé ce que tu as volé.
La fillette est alors très fâchée contre le thérapeute. Il lui dit : « Je vais te dire où tu étais quand tu as volé ce que tu as volé. Tu étais dans la cuisine à la table de cuisine. Tu es montée sur la table pour atteindre le pot où il y avait des galettes à la cannelle, des petits pains à la cannelle ─ et tu as renversé de la cannelle sur ton visage ─ tu es un visage de cannelle. »
Erickson commente l’histoire ainsi : « Elle a eu une réaction émotionnelle très favorable envers ses taches de rousseur. Elle était dans un cadre où elle pouvait réagir favorablement parce que j’avais, de façon délibérée, augmenté son hostilité et sa colère et qu’est littéralement apparu dans son esprit un vide. Parce que je lui ai dit que je savais où elle était quand elle avait volé, et que je savais ce qu’elle avait volé. Et j’avais des preuves. Et ainsi elle s’est sentie soulagée de l’accusation d’être une voleuse. De plus, j’avais trouvé un nouveau nom pour ses taches de rousseur. Ce sont ses émotions, ses pensées et ses réactions qui ont été thérapeutiques. Mais elle n’avait pas besoin de le savoir. »

Voilà. C’est fini ! La suite au prochain numéro avec « L‘apprentissage par l’expérience » et « Prendre sa vie en charge ».

dimanche 15 mars 2015

Milton H. Erickson, jour 4, hypnose, humour et créativité




Une des techniques hypnotiques d'Erickson



Compte rendu du livre
par Sidney Rosen
Chapitres 3, 4 et 5


Le troisième chapitre du livre de Sidney Rosen, Ma voix t'accompagnera, Milton H. Erickson raconte, porte sur « Faire confiance à l’inconscient », dont j'ai déjà parlé. Je rajouterai une anecdote qui m’a toujours fasciné : « Professeur Rodriguez ». Un professeur de psychiatrie nommé Rodriguez désire faire une psychothérapie avec Erickson. Celui-ci sait qu’il est beaucoup plus instruit que lui et qu’il a l’esprit plus vif. Pour l’interroger, Erickson se met donc en transe hypnotique et, un jour, son patient s’en rend compte et dit : « Dr Erickson, vous êtes en transe ». Erickson lui explique alors la raison de sa démarche : il ne pouvait le traiter que comme cela, en ayant directement accès à son propre inconscient. Sidney Rosen commente l’histoire ainsi : « Même si l’on se sent « inférieur » à quelqu’un d’autre, même si l’on se sent insuffisant, on peut, si l’on veut bien puiser dans son inconscient, trouver les ressources nécessaires pour arriver à une situation ou d’égalité ou dans une position supérieure. » 

Le quatrième chapitre parle de la « Suggestion indirecte » en hypnose dont Erickson est un des inventeurs. L’anecdote « Contourner la résistance » en est un bon exemple. Erickson n’arrive pas à hypnotiser un médecin particulièrement coriace. Il met alors en transe l’une de ses étudiantes à qui il demande d’hypnotiser l’homme. Celui-ci ne peut résister à cette jeune femme imperturbable. Une des idées qui en découle pour Erickson est d’assimiler la résistance à une personne ou à un endroit particulier. Sidney Rosen donne cette explication : « Il faut contourner la résistance. Faire ressortir toute la résistance possible dans cette chaise-là, puis changer de chaise. La résistance restera là, elle n’arrivera plus ici. »

Le chapitre 5 « Dépasser nos limites actuelles » est très riche d’enseignements ; j’en ai tiré trois anecdotes mais il en faudrait dix, vingt, tant Erickson savait chaque jour dépasser ses limites (à noter qu’il a quand même eu un confrère qui a posé une plainte contre lui à l’Ordre des Médecins américains). Voici donc : « Pour aller d’ici à la pièce voisine », « Péché » et «Votre alcoolique doit être sincère ».
Une des caractéristiques d’Erickson est son humour. Dans « Pour aller d’ici à la pièce voisine », il s’amuse avec un étudiant en lui demandant d'imaginer le plus de façons possibles d’aller du lieu où il est à la pièce voisine. L’étudiant en trouve huit. Erickson en cite beaucoup d’autres complètement délirantes, jusqu'à plus de trente. Le commentaire d’Erickson est le suivant, ironique : « C’est terrible ce que nous nous limitons dans nos façons de penser ! »

« Péché » est lui aussi très significatif de la pensée d’Erickson. C’est un cas extrême certes mais qui montre que tous, oui tous sans exception, nous sommes enfermés dans des schémas de pensée que l’on nous a inculqués et qu’il faut apprendre à en prendre conscience. La jeune femme de « Péché » a été convaincue par son éducation et ses parents que Dieu l’étendrait raide morte si elle entrait dans un cinéma ou dans un drugstore, si elle buvait de l’alcool ou fumait une cigarette. Par une stratégie à la fois de raisonnements et d’expérimentations, Erickson parvient à lui faire dépasser ces tabous délirants. De manière générale, une des règles éricksoniennes est de faire briser leurs interdits à ses patients. Pour cela, il leur propose de se mettre dans des situations nouvelles. Dans ces situations, ils apprennent avec leur propre expérience et non avec les indications d’autrui où sont en réalité leurs limites.

« Votre alcoolique doit être sincère » est un récit inhabituel dans les histoires d’Erickson parce, que lui qui fait parfois des thérapies en dix minutes, échoue lamentablement. Un alcoolique lui raconte son histoire et comment il vit. Erickson lui demande de faire certaines modifications dans son existence, dans certaines de ses habitudes. L’homme lui dit tout de go : « Docteur, je crois que j’ai fait une erreur en voulant arrêter de boire. » Erickson commente ainsi ce cas : « Pourtant, cette manière-là aurait été idéale. Votre alcoolique doit être sincère. » Donc, contrairement aux critiques qui lui ont été faites par la suite, Erickson admettait très simplement le fait que des fois, à cause de raisons différentes (ici le patient voit plus de risques, d’inconfort, à guérir qu’à rester dans sa situation) il pouvait tout bêtement comme les autres, malgré son expérience et l’emploi subtil de l’hypnose, échouer totalement.

Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. La suite au prochain numéro pour le chapitre "Recadrage".

Un hypnothérapeute "hors du commun", Milton H. Erickson, jour 3



Compte rendu du livre sur l'hypnose et la psychologie :
par Sidney Rosen
Jour 3, étude du chapitre 2 : histoires motivantes



Dans ce livre passionnant, Sidney Rosen analyse les anecdotes que l’hypnothérapeute Milton Erickson (qui était appelé par ses contemporains "The Wizard of the Desert") racontait à ses patients, souvent après les avoir mis en état d’hypnose. 

Aujourd’hui, je vais étudier le chapitre 2 de ce véritable manuel. Il s’appelle  tout simplement « Histoires motivantes », termes qui pourraient s’appliquer d’ailleurs à toute histoire d’Erickson. Mais ce sont ici plutôt des anecdotes sur le développement physique et psychique de l’être humain : quand nous avons appris à nous mettre debout, à marcher, à faire de la bicyclette, quand nous avons retenu les tables de multiplication, les déclinaisons latines, etc. Au début, cela nous paraissait très difficile, presque impossible. A présent, nous n’avons même plus conscience que nous avons vécu cet apprentissage. Mais Sidney Rosen interprète ces anecdotes aussi pour le futur : « Quand il me racontait des histoires où je me trouvais renvoyé directement à mes apprentissages premiers, j’avais la capacité – en état de transe – de revivre l’expérience de l’immense effort et de la fréquente frustration par lesquels il faut passer pour apprendre une nouvelle tâche ou un nouveau geste. J’avais en même temps parfaitement conscience d’avoir appris ces gestes les uns après les autres. En conséquence, je pouvais apprendre à relever d’autres défis dans ma vie présente. » Sidney Rosen aurait même pu noter que, si nous ne faisons plus d’apprentissages étant adulte, c’est parce que nous ne voulons plus de frustrations, frustrations que nous avons connu intensément étant enfant. « Ce n’est plus de mon âge », disons-nous, et nous n’apprenons plus rien. Nous perdons l’entraînement, la force et la santé de notre mémoire qui devient débile.

Il y a selon moi dans ce chapitre deux histoires particulièrement intéressantes : « Il ne passera pas la nuit » et «Scène de ménage». Dans la première, les médecins disent à la mère d’Erickson, qui est atteint de poliomyélite à l’âge de dix-sept ans, qu’il ne passera pas la nuit. Celui-ci demande à sa mère de déplacer un coffre pour voir le coucher du soleil. Sa mère s’exécute et Erickson survit. Sidney Rosen commente ainsi l’histoire : « Sa référence au coffre et au coucher du soleil résumait un des conseils qu’il ne cessait de donner pour profiter de la vie, voire la prolonger : « Toujours avoir un but réel dans le futur proche ». Dans le cas présent, son désir était de voir le coucher du soleil. 

L’histoire de « Scène de ménage » est encore plus hallucinante. Un couple marié depuis trente ans a passé son existence en querelles continuelles. Erickson leur dit seulement : « N’en avez-vous pas assez de vous disputer ? Pourquoi ne pas profiter de la vie ? ». Par la suite, ils ont une existence très heureuse. Cela paraît impossible, magique. Là où une psychanalyse met des années, Erickson prend dix minutes. Sidney Rosen lui a demandé des détails sur cette guérison. Avait-il employé l’hypnose ? Erickson lui répondit que oui, mais que là n’était pas l’essentiel. Sidney Rosen ajoute pour illustrer ce cas cette formulation de la pensée d’Erickson « Il y a trop de thérapeutes pour penser qu’ils sont là pour diriger le changement et aider le patient à changer. La thérapie, c’est comme une boule de neige qui se forme au sommet de la montagne. En roulant, elle croît et s’accroît jusqu’à devenir une avalanche modelée par le profil de la montagne. »

Voilà ! C’est fini pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro.

jeudi 12 mars 2015

Un hypnothérapeuthe "hors du commun", Milton H.Erickson, jour 2







Compte rendu du livre 
  Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte 
par Sidney Rosen 
Aujourd'hui : mes anecdotes préférées


Jour 2

Bonjour,

Je voudrais d’abord vous présenter les trois anecdotes les plus importantes pour moi dans ce livre, qui me servent pendant ma journée, qui sont souvent présentes à mon esprit : ce sont « J’avais tant appris », « Neige légère », « Il parlera ». Toutes les trois bizarrement font partie du chapitre 3 « Faire confiance à l’inconscient ». Je me suis rendu compte beaucoup plus tard qu’avant de lire Erickson, je ne faisais confiance qu’à mon conscient, ce qui est très mauvais et très stressant pour ma personne, et ce qui est le comble pour un hypnotiseur qui normalement travaille essentiellement avec l’inconscient de la personne hypnotisée. Ces anecdotes ont donc été un pas décisif pour moi.

La première « J’avais tant appris » nous montre Erickson arrivant à l’Université d’Oswego à New York et Estabrooks, un professeur, lui disant qu’il est programmé pour faire une conférence le soir-même. Or, notre psychiatre n’a rien préparé. Voilà ce que nous dit Erickson : « Il devait y avoir une nombreuse assemblée et j’avais une foule de choses à faire, sans aucun rapport avec mon propos, avant de me rendre à la salle de conférence. Je me suis pourtant fait aucun souci, parce que je savais que je pourrai parler, penser, et que j’avais tant appris au fil des ans. » C’est donc autour d’une confiance totale dans la mémoire à long terme et dans les connaissances inconscientes mises en réserve qu’Erickson modèle son récit. Il avait l’habitude de comparer l’inconscient avec un réservoir énorme, très utile et très positif, un lieu de stockage des connaissances, pouvant être restituées après bien des années. Personnellement, je me sers de cette anecdote chaque fois que je suis pris de court, soit dans mon travail, soit dans ma vie quotidienne. Elle m’aide à lever mon blocage et à faire venir à la rescousse mes capacités inconscientes. Elle m’apprend surtout à rester zen !

La deuxième anecdote « Neige légère » est encore plus incroyable en ce qui concerne l’inconscient. Je vous la transcris in extenso car elle a une valeur spéciale, comme celle d’une formule magique (et d’ailleurs c’est de la magie !) : « Au village de Lowell (Wisconsin), la première neige de l’automne tomba le 12 novembre, peu avant quatre heures de l’après-midi. Et un gamin, assis sur la troisième chaise du troisième rang, à droite près de la fenêtre, se demandait combien de temps il en aurait le souvenir.
Je me demandais vraiment…
Je savais exactement… Je savais que c’était le 12 novembre de l’année 1912. C’était une neige très légère. »
Tout cela est incroyable de précision. On se demande si Erickson ne ment pas ou s’il ne s’illusionne pas lui-même. Ou alors on pense qu’il s’auto-hypnotise. En fait, j’ai constaté que, sous hypnose, beaucoup de sujets avaient une mémoire phénoménale et pouvaient se souvenir d’une plaque de voiture entr'aperçue il y a dix ans. Mais ceux qui sont bien connectés avec leur inconscient (et Erickson fait partie de ceux-là) peuvent faire des choses incroyables eux aussi. J’ai vu à la télévision l’auteur de romans policiers et ancien flic de grand renom, Roger Borniche, décrire des scènes d’arrestation ayant eu lieu il y a plus de vingt ans, avec un luxe de détails, des précisions horaires incroyables sans l’aide d’aucune note, comme s’il avait une mémoire absolument photographique et totale de ces instants racontés. Me rappeler cette histoire m’aide beaucoup par exemple quand je dois me remémorer quelque chose dans la vie quotidienne ou dans mon travail.

La troisième anecdote est totalement différente. Elle aborde la thématique du regard de l’autre, du regard bienveillant de celui-ci ou de celle-ci, qui nous donne ce que peut-être nous ne pourrions avoir tout seul, la confiance en nous. Elle est intitulée : « Il parlera ». Là encore, je vais la retranscrire intégralement parce que cette histoire signifie non seulement par son contenu, mais aussi par son style, sa narration, sa façon de persuader (rappelons qu’elle est la plupart du temps adressée à un patient en état d’hypnose, donc d’inconscient à inconscient) :
« Beaucoup de gens se tourmentaient parce qu’à l’âge de quatre ans, je ne parlais pas, alors que ma sœur plus jeune de deux ans parlait, et elle parlait, mais elle n’avait jamais rien dit. Et tout le monde se désolait parce que j’étais un garçon de quatre ans qui ne pouvait pas parler.
Ma mère disait tranquillement « Le moment venu, il parlera. » »
Remarquez les répétitions hypnotiques du verbe « parler », typiques de la technique d’Erickson.
Sidney Rosen interprète cette histoire en écrivant qu’Erickson a la conviction qu’on peut faire confiance à l’inconscient pour produire les réponses appropriées au moment voulu. Raconter cette histoire à un patient qui vient juste de commencer l’expérience de la transe hypnotique peut l’encourager à attendre patiemment le moment où l’impulsion à parler émergera…
J’explique cette anecdote d’une autre façon. Dans votre vie, il est déterminant que des gens croient en vous, à votre talent, à la puissance de votre inconscient. Si ce ne sont malheureusement pas vos parents, comme la mère d’Erickson (comme ce fut mon cas), ce peut être un professeur, un ami, votre femme et d’autres personnes encore (c’est ainsi que je l’ai vécu et que je le vis encore). Cette confiance inconditionnelle, malgré parfois de mauvais résultats, est déterminante pour dépasser les obstacles de la vie et quelquefois aller plus loin que nous-mêmes. Ces gens-là nous créent et nous transforment en mieux que nous sommes par leur regard intelligent et leur attention toujours bienveillante. Curieusement, Erickson abordait dans cette histoire, un peu de manière prémonitoire, un concept très en vogue aujourd’hui, celui de la résilience développé par le psychiatre Boris Cyrulnik. Même si vous avez eu une enfance gâchée, une enfance martyre, vous pouvez rencontrer un professeur, un adulte ayant à la fois un regard intelligent et indulgent sur votre personne, qui vous sauve parce qu’il croit en vous, s’occupe de vous et transforme votre vision du monde et de vous-même : c’est la résilience. Cyrulnik montre dans son livre Les vilains petits canards que, même certains des enfants enfermés dans les orphelinats de Ceausescu en Roumanie, dans des conditions extrêmement dégradantes, ont pu avoir accès à la résilience. Les statistiques ont mis en évidence que ceux-ci ont eu une vie normale, comme des enfants qui auraient été encouragés par la confiance de leurs parents.
Je me sers beaucoup de cette histoire quand je suis au travail ou que j’écris, et que j’ai un moment de blocage. Je pense à ceux qui croient en moi et qui m’aiment, qui croient et qui ont cru que « le moment venu, je parlerai » (à remarquer aussi que ce moment n’est pas déterminé à l’avance par la société ou par d’autres individus mais qu’il dépend de la maturation de la personne, donc de quelque chose à la fois strictement intime et progressif qui peut être d’une durée très variable).

C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro ! Ce sera le chapitre 2, « histoires motivantes » (le chapitre 1, « changer l’inconscient », trop difficile et trop technique,  étant conservé pour une étude ultérieure).


mardi 10 mars 2015

Un hypnothérapeute "hors du commun", Milton H. Erickson







Un livre-clé sur l’hypnose et la psychologie



Bonjour,


Des amis lecteurs (et ma sœur, Brigitte Aufort) m’ont dit que les articles que je proposais dans ce blog étaient de trop longue taille. Je les remercie de cette judicieuse remarque dont je vais tenir compte. En réalité, je ne suis pas habitué à publier des textes sur Internet. J’ai donc décidé, pour améliorer le confort de lecture de ce nouvel écrit, de le découper en neuf billets, et de proposer à chaque fois, comme dans les romans-feuilletons d’autrefois, la suite au prochain numéro.


Jour 1

J’avais beaucoup d’idées en tête pour rédiger ce nouvel article : je voulais faire un compte rendu des deux conférences du mathématicien, médaille Fields 2010, Cédric Villani, auxquelles nous avions assisté avec ma femme et des amis à la maison des métallos ; je désirais parler longuement du film Imitation Game sur la vie du mathématicien Alan Turing, pour moi meilleur film de l’année ; j’étais aussi enthousiasmé par la cérémonie du parinirvana, mort physique du bouddha, qui avait eu lieu au centre bouddhiste Triratna, où ma femme et moi nous prenons des cours depuis trois ans et je voulais en rendre compte.

Mais voilà, comme souvent dans la vie, rien ne s’est passé comme prévu. J’ai discuté psychologie avec mon meilleur ami et je lui ai prêté un livre dont je lis des passages presque tous les jours depuis 1986, (soit depuis 29 ans) et qui est devenu pour moi plus qu’un livre de chevet, une sorte de bible, je veux parler de Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte par Sidney Rosen. 

Il s’agit là d’un recueil d’histoires motivantes que le grand psychiatre et hypnothérapeute américain racontait à ses patients. Ma découverte de ce livre s’est faite de manière bizarre. J’étais alors stagiaire à l’Ecole du Cadastre, je m’intéressais à la psychologie et je pratiquais depuis trois ans l’hypnose (j’avais commencé à l’armée et j’avais dû depuis ce temps hypnotiser une centaine de personnes, ce qui m’avait convaincu des incroyables vertus médicales, paramédicales, psychologiques et parapsychologiques de cette discipline). J’allais par hasard ce soir-là, attiré par tout ce qui est enseignement parallèle à notre société, assister à une conférence sur l’instinctothérapie, autrement dit le fait de manger crus tous les aliments. La dame qui nous parlait était fort intéressante et gentille, mais à un moment elle fit une digression énorme, une parenthèse incroyable sur Milton Erickson qui racontait des histoires à ses patients pour les guérir. La démarche me parut étonnante, un peu semblable à celle de Jésus-Christ narrant des paraboles à ses disciples !
Et cette dame nous parla d’un des cas les plus célèbres d’Erickson, celui du vieux Joe, où notre hypnothérapeute parla uniquement de tomates à un cancéreux en phase terminale !
Je vous donne le lien d’une thèse de médecine, celle de Claude Virot, qui a été soutenue sur les pratiques thérapeutiques d’Erickson, pour que vous puissiez lire in extenso la description de la cure du vieux Joe et de son plant de tomate, pour que vous ayez le même frisson que moi quand je compris la portée de ce que nous disait la conférencière (cherchez dans la thèse cette partie, II) De l’hypnose à la stratégie, 3) La souplesse A) Indirection, à l'adresse suivante: http://www.hypnoses.com/content/uploads/2014/07/THESE-CLAUDE-VIROT.pdf)
La conférencière nous expliqua que ce n’était qu’un cas parmi beaucoup d’autres, qu’une des consultations où Erickson employait l’anecdote, mais qu’il y en avait des dizaines réunies dans un livre appelé Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte par son disciple Sidney Rosen. Intrigué, fasciné par cet usage de l’hypnose et de l’imagination humaine, j’allais le lendemain-même acheter le livre. Il ne m’a plus quitté sans jamais me décevoir. Je l’ai prêté à des amis, à ma femme, à des gens qui souffraient psychologiquement et la plupart du temps, il a été très apprécié.


Sommaire de l’ouvrage
Les anecdotes-histoires sont classées par thèmes selon  ce plan :

1) Changer l’inconscient
2) Histoires motivantes
3) Faire confiance à l’inconscient
4) Suggestion indirecte
5) Dépasser nos limites actuelles
6) Recadrage
7) L’apprentissage par l’expérience
8) Prendre sa vie en charge
9) Retrouver l’œil innocent
10) Observer : noter les différences
11) Traitement des patients psychotiques
12) Manipuler et regarder toujours l’avenir
13) Enseignement des valeurs et de l’auto-discipline


Mon but est simplement de piocher dans les différents thèmes, de présenter à chaque fois quelques histoires ou une histoire, pour vous faire goûter un peu à tout, vous faire choisir ce que vous aimez et rejeter ce que vous détestez, et peut-être vous donner envie de lire ce livre. 

C’est fini pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro !