lundi 23 mars 2020

Compte rendu du livre "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »" de Fanch Guillemin (1967) (troisième partie).





Un autre livre de Fanch Guillemin coécrit avec Stfane Laurens




J’avais déjà par le passé réalisé une bibliographie du magicien et historien de la magie Fanch Guillemin.

Aujourd’hui, je vous livre un compte rendu d’un de ses livres trop peu connu : "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »", Morlaix, Imprimerie Nouvelle, 1967.

Fanch m’a révélé qu’il avait réalisé cet ouvrage au service militaire ! En tout cas, c’est remarquablement bien écrit et intéressant pour les prestidigitateurs.

Le magicien Gaëtan Bloom s’en est inspiré pour inventer certaines tricheries scolaires du film Les Sous-doués de Claude Zidi.

Dans le chapitre 4 « Le grand Bartha ou le maître truqueur… », Fanch Guillemin nous décrit un écolier tricheur qui a inventé un système de tirage (exactement comme en prestidigitation).


En voici deux extraits :

« — Voilà mon truc... Le tirage part de mon pouce de pied, remonte dans ma chaussette, mon pantalon et ma chemise, descend dans ma manche et vient aboutir au creux de ma main où je peux feuilleter facilement mon carnet... Si jamais le prof' se radine vers moi, j'allonge en douce ma jambe sous la table, et l'anti-sèche disparaît entraîné dans ma manche par la ficelle qui se tend. Hocus Pocus ! Rien dans les mains, rien dans les poches ! Ça marche tout seul... Quand le maître s'éloigne, je replie ma jambe, je fais semblant de me gratter le bras, et j'en profite pour reprendre le carnet ; et le tour est joué... J'avais d'abord fait des essais avec un élastique attaché à la hauteur de mon coude, mais c'était pas pratique comme système, et le papier se déchirait. Comme ci, c'est au poil, et le mouvement de la jambe est camou­flé par la table... Qu'est-ce que vous en dites ?
—    C'est pas mal, c'est pas mal ! admit Raton sin­cère. Seulement c'est trop compliqué. J'aime les cho­ses simples, moi !
—    Et moi, j'en dis que c'est vachement ingénieux ! dit Bernard l'Ermite en se frottant le nombril d'un air extasié. Mais, dis-moi, Einstein, qu'est-ce que tu ferais si le prof' remarquait quelque chose de louche et s'il te demandait de relever ta manche ?
Le Grand Bartha se rengorgea et répondit senten­cieusement :
—    Nous y arrivons, mon ami... Il n'y a pas de danger de ce côté-là, car si j'allonge bien mon pied l'anti-sèche remonte jusqu'au biceps. Et puis même, si j'ai envie, je peux attraper la ficelle à travers mon pantalon et tirer dessus jusqu'à ce qu'il tombe dans ma chemise. Personne ne fera gaffe à ce geste... »



« Les étranges préparatifs commençaient. Sans don­ner aucune explication, le Grand Bartha enleva son soulier gauche, ôta sa chaussette puis se noua soi­gneusement au gros orteil une ficelle souple d'un mètre cinquante de longueur. Après s'être rechaussé comme si de rien n'était, devant les témoins ahuris, il défit alors sa ceinture, baissa son pantalon, y intro­duisit la ficelle par le bras, tira dessus, la laissa pen­dre devant lui, et se reboutonna en conservant tou­jours le plus grand sérieux.
L'Ermite et Raton l'observaient en silence, se de­mandant vainement quel était le but de ce strip-tease imprévu. Ils auraient voulu parler, poser des questions, mais l'attitude flegmatique et noble du Grand Bartha les déroutait, les intimidait, et, pour un peu, ils auraient cru assister à la célébration d'un rite sacré en l'honneur de Siva ou du Vaudou.
Se souciant peu de ce que pouvaient penser ses amis, Jacques venait de se mettre torse nu. Il s'em­para de nouveau du bout libre du cordon, le tint fer­mement serré dans son poing gauche et recapela chemise, gilet et veston en se contorsionnant à la manière d'une danseuse de Bali.
— Il s'agit maintenant d'en régler la longueur, dit-il alors, daignant enfin s'apercevoir qu'il avait des spectateurs.
Et la démonstration se poursuivit. Le Grand Bartha s'assit à sa table, replia sa jambe gauche et tira sur la ficelle qui sembla s'allonger comme par magie. Après l'avoir coupée au niveau de sa paume, il en passa l'extrémité dans un trou pratiqué à l'un des coins du petit carnet, et y fit un solide nœud.
Le mécanisme était en place, et l'inventeur satis­fait arbora son sourire des grands jours. »

  


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

dimanche 22 mars 2020

Compte rendu du livre "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »" de Fanch Guillemin (1967) (deuxième partie).




Fanch Guillemin avec Gaëtan Bloom.


J’avais déjà par le passé réalisé une bibliographie du magicien et historien de la magie Fanch Guillemin.

Aujourd’hui, je vous livre un compte rendu d’un de ses livres trop peu connu : "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »", Morlaix, Imprimerie Nouvelle, 1967.

Fanch m’a révélé qu’il avait réalisé cet ouvrage au service militaire ! En tout cas, c’est remarquablement bien écrit et intéressant pour les prestidigitateurs.

Le magicien Gaëtan Bloom s’en est inspiré pour inventer certaines tricheries scolaires du film Les Sous-doués de Claude Zidi.

Dans le chapitre 5 « Une mémoire de cheval », Fanch Guillemin parvient à placer de longues analyses sur la mnémotechnie  dans un livre sur la tricherie scolaire.


En voici deux extraits :

« —    Mais non ! Attends ! fit Charles avec un geste d'impatience. Ça n'a rien à voir. Je vais t'expliquer, niais tu me coupes tout le temps... La mnémotechnie c'est, comme qui dirait, des trucs pour se rappeler facilement des choses qu'on oublierait autrement. On peut faire croire ainsi qu'on a une mémoire formi­dable et...

—        Ah oui ! interrompit encore Loïck tout agité. J'ai vu un jour un illusionniste qui était capable de réciter sans sourciller, à l'envers comme à l'endroit, une liste de trente mots donnés par le public. Ce gars-là devait tout de même avoir une mémoire de cheval... Il était plus fort que le Grand Bartha en tous cas ! »

« Cette science n'est pas, comme un vain peuple pense, l'apanage exclusif des pseudo-voyants et hom­mes à la mémoire de fer. Aussi surprenant que cela puisse paraître, certaines écoles s'en sont servi en tant que moyen d'enseignement. Plusieurs manuels sco­laires en usage au XIXe siècle la préconisaient et offraient aux élèves des leçons présentées sous la forme de poèmes simples et faciles à retenir. Un ami congolais m'assurait même que de nombreux instituteurs de son pays la pratiquaient encore et qu'il avait personnellement appris la géographie en vers et en musique. Pour illustrer ses dires, il me chantonna une leçon dont il se souvenait parfaite­ment après des années.

Les partisans de pédagogie moderne ne manque­ront pas de sourire en lisant ceci, et ils auront raison en un sens car il faut reconnaître en effet que la mnémotechnie aux résultats si spectaculaires se base uniquement sur des automatismes cérébraux et ne fait guère intervenir le raisonnement.

La mémoire est certes une fonction merveilleuse qu'on ne doit pas négliger, mais il est nécessaire qu'elle demeure au service de l'intelligence. A quoi cela nous avancerait-il que nos enfants soient capa­bles de réciter par cœur leur livre d'histoire naturelle s'ils n'en comprennent pas un traître mot ? Beau travail pour un phénomène de cirque, pas pour un écolier !

Cependant la mnémotechnie peut avoir son utilité quand il s'agit d'apprendre de nécessaires listes de mots ou certaines dates que le raisonnement est impuissant à retrouver.

Les étudiants et les maîtres d'école le savent bien et l'appellent parfois à leur secours. Les écoliers retiennent facilement les conjonctions de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni, car) grâce à la formule rituelle : Mais où est donc Ornicar ?

Cette science est malheureusement peu connue et ceux qui s'en servent le font souvent maladroitement. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Vie et œuvre du magicien français Buatier de Kolta (1847-1903).

 

Un excellent livre sur Buatier de Kolta


Je me suis aperçu avec horreur que dans ce blog sur le mentalisme, je n’avais écrit aucune biographie de mentaliste ou de magicien ! La seule personne dont j’ai rédigé une petite biographie est l’écrivain Marcel Proust...

Moins célèbre que Robert-Houdin, Buatier de Kolta, le "Jules Verne de la magie", était pourtant un esprit plus moderne et encore plus ingénieux. Il est l'inventeur de nombreuses grandes illusions et l'un de ceux, avec Méliès, qui les ont popularisées à la fin du XIXème siècle.

Joseph Buatier est né à Lyon le 18 novembre 1847. Son père, un marchand de tissu, voulait en faire un prêtre. Joseph quitta le séminaire à 18 ans pour étudier l'art avec le peintre Elie Laurent. Joseph était beaucoup plus à son aise avec des cartes à jouer qu'avec des pinceaux. Il était en train de mystifier quelques amis dans un café de Lyon, lorsqu'il fit la connaissance de Julius Vido de Kolta, un imprésario hongrois.

De Kolta réussit à convaincre Buatier qu'il pourrait faire fortune comme magicien. Buatier se lança dans l'aventure avec De Kolta comme manager. Dès lors, il prit comme nom de scène, Buatier de Kolta. Son premier spectacle eut lieu à Genève. Buatier de Kolta et son imprésario continuèrent par l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, la Russie, les Pays-Bas, la France, l'Angleterre, et les États-Unis.

En France, il s'est produit au Théâtre Robert-Houdin alors racheté par Méliès.

En Angleterre, il s'est produit à l'Egyptian Hall de Maskelyne.

Il est l'inventeur génial de beaucoup de trouvailles magiques encore utilisées aujourd'hui.

On peut citer, notamment, la « cage volatilisée », inventée lors de son voyage aux Pays-Bas, où un oiseau vivant et sa cage disparaissent en un éclair, et à vue, qui a fait le bonheur de générations de magiciens après lui.

Il est aussi l'inventeur des « cartes diminuantes » et de la « multiplication des boules de billard »  et des fleurs à ressort.

S'il n'est pas prouvé qu'il est l'inventeur du FP, c'est lui qui l'a largement popularisé.

C'est aussi lui qui a le premier, utilisé les foulards de soie (le métier de son père y est sans doute pour quelque chose).

L'illusion qui l'a vraiment rendu célèbre est « La jeune fille volatilisée », une merveille d'ingéniosité :
Une jeune fille s'asseyait sur une chaise, placée au centre de la scène, qui était couverte au préalable de feuilles de journal pour prouver qu'aucune trappe n'était utilisée.
La jeune fille était alors recouverte d'un fin tissu. La jeune fille et le tissu disparaissaient de manière soudaine et inattendue.
Cette illusion fut l'une des plus copiées dans les années 1880. Buatier de Kolta présenta cette illusion pour la première fois à Paris en 1887 et Maskelyne acheta les droits pour la présenter dans son Egyptian Hall.

Sa dernière illusion célèbre est son « Dé grossissant », et date de 1886:
Un dé à jouer d'environ 20 cm. de côté était posé sur une plate-forme surplombant la scène. Le dé grossissait à vue et instantanément pour attendre 90 cm de côté. Le dé s'ouvrait par le dessus, et une jeune fille en sortait.

Buatier de Kolta mourut de la fièvre jaune (néphrite aiguë), le 7 octobre 1903 à La Nouvelle-Orléans (États-Unis). A sa mort, la rumeur courut que tout son matériel magique avait été détruit. En fait sa femme ramena tous ses accessoires en Angleterre. Le dé grossissant fut vendu à un collectionneur du nom de Goldston, qui le revendit plus tard à Houdini.
Cependant, aujourd'hui encore, beaucoup de ses secrets restent inconnus.

Remarques:
A noter que les plans de l’illusion « La jeune fille volatilisée », recréée par Paul Osborne, ont été publiés dans le magazine américain Genii (n°6, volume 64 de Juin 2001) et que  David Copperfield a présenté une version modernisée de cet effet..

Bibliographie :
Panorama of Magic, Milbourne Christopher, 1962
The illustrated history of Magic, Milbourne & Maurine Christopher, Heinemann, 1973
Conjuring, James Randy, St. Martin's press, New-York, 1992.
Buatier de Kolta, Genius of Illusion, Peter Warlock

Pour ceux qui ne lisent pas l’anglais et voudrait en savoir plus sur Buatier de Kolta, ils peuvent lire l'ouvrage de Peter Warlock qui est  très complet et a été traduit en français sous le titre : « Buatier de Kolta, Génie de l'illusion » (Traduction de Daniel Rhod et Philippe Saint-Laurent).


Voilà C'est tout pour le moment. Amitiés à tous!




Compte rendu du livre "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »" de Fanch Guillemin (1967) (première partie).





Le livre en question.


J’avais déjà par le passé réalisé une bibliographie du magicien et historien de la magie Fanch Guillemin.

Aujourd’hui, je vous livre un compte rendu d’un de ses livres trop peu connu : "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »", Morlaix, Imprimerie Nouvelle, 1967.

Fanch m’a révélé qu’il avait réalisé cet ouvrage au service militaire ! En tout cas, c’est remarquablement bien écrit et intéressant pour les prestidigitateurs.

Le magicien Gaëtan Bloom s’en est inspiré pour inventer certaines tricheries scolaires du film Les Sous-doués de Claude Zidi.

Dans le chapitre 3 « Une adroite substitution », un élève réalise tout simplement un change (de prestidigitation) pour tricher à une épreuve d’histoire !

Pour vous mettre en appétit, je vous en livre deux extraits :

« PETIT AVANT–PROPOS

L'art de tricher est né avec les hommes et bien des volumes lui ont été consacrés. Il existe une véritable littérature de la fraude, œuvre d'illusionnistes ou d'inspecteurs des jeux, et un tricheur professionnel a même eu l'audace ahurissante d'écrire un manuel destiné à ses collègues filous. Ce personnage surprenant qui s'appelait Erdnase restera d'ailleurs toujours le symbole de cet art condamné par la morale.

A ma connaissance cependant, ces ouvrages n'avaient mis en scène jusqu'à présent que des tricheurs adultes : des hommes et des femmes. Il appartenait donc à un spécialiste de combler cette lacune et d'étudier enfin sous ses divers aspects, l'art trop méconnu de la tricherie chez l'enfant à l'école, car l'école est l'univers de celui-ci.

Quelques écrivains avaient bien effleuré la question — Louis Pergaud s'était moqué des souffleurs, et Gilbert Cesbron du cancre débrouillard et de sa « veste d'exam' » aux multiples poches secrètes garnies de petits papiers — mais sans jamais l'approfondir ni même s'en tenir à des faits vraisemblables.

En tant qu'ancien tricheur, illusionniste truqueur et aussi instituteur — qualités bien rarement compatibles — j'ai pensé qu'il était tout de même temps de rendre justice à l'ingéniosité des écoliers fraudeurs et de réhabiliter une fois pour toutes leur art tant décrié. »

« — Mais si ! s'entêta le Grand Bartha. Réfléchis un peu ! Un prestidigitateur qui présente un tour de cartes, par exemple, doit prévoir aussi comment va se comporter sa victime, comment celle-ci va raisonner... Il attire son attention sur des gestes inutiles ; il l'étourdit de son baratin ; il la met en confiance par des coupes et des mélanges qui ne servent à rien. Et puis, quand tout le monde a le nez en l'air, clac ! ! Passez muscade... il fait sauter la coupe sans rien dire à personne... Et le pauvre type qui était sûr d'avoir suivi et contrôlé toutes les opérations avale son dentier de surprise en constatant que sa carte s'est encore envolée ; et il se retrouve quinaud une fois de plus. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.




vendredi 20 mars 2020

Les Open Predictions inventées par des magiciens français.


Choice, une Open Prediction du magicien Jérôme Sauloup.


L’Open Prediction est maintenant un tour classique dans la magie des cartes à jouer et du mentalisme.

Il était au départ un défi créé par le prestidigitateur Paul CURRY dans les années 40, partagé à l’origine uniquement dans des discussions privées et par correspondance avec un très petit groupe de magiciens.

Il était initialement connu sous le nom « The Curry Unsolved Card Problem ».

Dans son défi, Paul CURRY a suggéré un effet dans lequel une prédiction du nom d’une carte à jouer est donnée ou montrée ouvertement au début de celui-ci.

Un spectateur mélange ensuite un paquet de cartes et distribue les cartes face visible sur la table, une à la fois, jusqu’à ce qu’il choisisse de s’arrêter à un moment aléatoire et de poser la prochaine carte face cachée, sans regarder son identité.

Puis il continue à donner le reste du jeu face visible. Tout le monde regarde le jeu à la recherche de la carte prédite dans les cartes distribuées face vers le haut.

Elle n’apparaît pas. A la fin, le spectateur retourne la carte qui est face vers le bas. Elle est la carte prédite dès le début.

Je vous présente aujourd’hui les solutions proposées pour ce Saint Graal de la cartomagie et du mentalisme par des magiciens français.


1)      Bernard BILIS
Pour l’Open Prediction de Bernard BILIS est requise seulement la maîtrise d’un mouvement de Paul Le Paul.
La révélation se trouve dans le DVD Génération Bilis (première partie).

2)      Gaëtan BLOOM
C’est la solution trouvée par un de nos grands créateurs en prestidigitation.
Elle nécessite un jeu spécifique.

3)      Guillaume BOTTA
Dans la troisième partie de son livre « Illusions, mentalisme et magie de proximité » sur les routines avec un jeu de cartes, on trouve une routine d’open prédictions (p.143 à 150) de Guillaume BOTTA.

4)      Yannick CHRETIEN
Dans le DVD, Yannick CHRETIEN, 2009, « Close-up magic », chez Marchand de Trucs, 14 effets nous sont proposés dont une Open Prediction.

5)      Dominique DUVIVIER
Dans le double DVD « Le grenier est dans mon coffre », Dominique DUVIVIER propose deux sortes d’open prediction dans le deuxième DVD : « Open prediction bicycle » et « Open prediction « double ».

6)      Steeve ELEMA
Dans son livre « Mental », au chapitre 1 « Saint Graal », est décrite une « open prediction impromptue ».

7)      Jean-Eugène ROBERT-HOUDIN
C’est la première apparition de l’idée d’une open prediction sans que l’expression exacte soit citée.
Dans « Les Secrets de la Prestidigitation et de la Magie », 1868, Jean-Eugène ROBERT-HOUDIN propose le tour « La Pensée Prévue ».

8)      Jean Jacques SANVERT
Dans le « Best of Jean-Jacques SANVERT, World Champion Magic », DVD, Vol 2, se trouve un tour d’open prediction, « Impossible Prediction ».

9)      Jérôme SAULOUP
Jérôme SAULOUP est le créateur d’«Automatic Open Prediction» en 2009.
Henry MAYOL l’a mis en boutique vers 2010.
Elle était vendue dans un sachet qui contenait 1 gimmick et 3 méthodes automatiques pour faire des Open prédictions avec le gimmick.
Son « Automatic Open Prediction » est seulement vendue en conférence.

Depuis 2019, une version étendue est proposée sous le nom Choice chez Magic Dream. https://www.magicdream.fr/choice-jerome-sauloup-tour-de-magie.html


10)   Boris WILD
Boris WILD a créé “The Perfect Open Prediction”.
Un matériel secret est nécessaire.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.



Histoire de la mnémotechnie (du Moyen Age à nos jours).







1) Marcianus CAPELLA et le De nuptiis Philologiae et Mercurii.

Pendant la terrible période de catastrophe que fut la première moitié du Vème siècle (le sac de Rome par Alaric en 410, la mort de saint Augustin pendant le siège d’Hippone par les Vandales en 430...), le carthaginois Marcianus CAPELLA écrivit son De Nuptiis Philologiae et Mercurii, ouvrage qui préserva, pour le Moyen Âge, le schéma du système pédagogique de l’Antiquité, fondé sur les sept arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie).

Au cours de l’exposé qu’il fait des parties de la rhétorique, Marcianus donne, dans le chapitre consacré à la mémoire, une brève description de la mémoire artificielle.

2) Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN lurent le De l’invention oratoire de CICERON et accordèrent toute leur attention aux définitions qu’il donne des quatre vertus cardinales et de leurs parties : la prudence, la tempérance, la force et la justice.

C’est pourquoi leurs Traités scolastiques sur l’Art de la mémoire ne font pas partie d’un ouvrage sur la rhétorique, comme c’était le cas dans l’Antiquité, mais se sont déplacés de la rhétorique à l’éthique.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN traiteront de la mémoire comme d’une partie de la prudence. Cette vertu nous apprend quatre choses : le souvenir du passé, la disposition du présent, la prévoyance de l’avenir, et la discrétion dans les choses douteuses.

L’éducation de la mémoire, conçue comme activité vertueuse et recommandée par Albert le Grand et son élève Saint Thomas, dans sa Somme théologique, va connaître un développement extraordinaire.
Ils ont considéré comme acquis que « la mémoire artificielle » concernait le souvenir du Paradis et de l’Enfer, ainsi que les vertus et les vices conçus comme « signes mnémoniques », qui doivent nous aider à gagner le Ciel et éviter l’Enfer.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN feront également l’examen des préceptes de la mémoire artificielle en utilisant les termes de la psychologie aristotélicienne exposée dans son traité De la mémoire et de la réminiscence.

En général, la rhétorique était plutôt rabaissée par la scolastique, mais cette partie de la rhétorique qu’est la mémoire artificielle quitte sa place à l’intérieur du système des arts libéraux pour devenir une partie d’une vertu cardinale, la Prudence.

3) À la fin du Moyen Âge et durant la Renaissance, nombreux furent les mages et mystiques qui découvrirent des systèmes magiques pour atteindre, mémoire ultime, la connaissance divine.

Raymond LULLE (1235-1315) inventa le grand art de la mémoire.

Différent de la méthode des lieux, le grand art est plutôt l’ancêtre des codes, avec l’idée qu’une combinaison magique permettait d’accéder à la compréhension de Dieu.

4) Pierre HERIGONE, mathématicien sous le règne de Louis XIII et la régence de Louis XIV, crée ensuite le code chiffre-lettre. 

L’invention de celui-ci apparaît dans un chapitre de son énorme
Cours de mathématique en plusieurs volumes.

Le code chiffre-lettre propose de remplacer les chiffres par des lettres, consonnes ou voyelles et syllabes.

Grâce à celui-ci, on peut transformer les nombres complexes à mémoriser en mots ou pseudo-mots, en choisissant à son gré une consonne, une voyelle ou une syllabe.

Une des applications qu’en donne Pierre HERIGONE est une longue chronologie universelle.

Dans le système de Pierre HERIGONE, les chiffres sont désignés par les voyelles suivantes : 1= t, 2= n, 3= m, 4 = r, 5= l, 6= g, 7= k, 8= f, 9= p, s= 0.


 5) Au dix-huitième siècle, Gregor von FEINAIGLE fut un mnémotechnicien extrêmement réputé qui propagea sa méthode grâce à des cours et conférences dans toute l’Europe. Il ne publia ses techniques dans aucun livre, ce qui lui valut d’être oublié par la suite. Né en 1760 au Luxembourg et mort à Dublin en 1819, il fut moine dans l’ordre cistercien de Salem.

La mnémotechnie lui doit presque tous les procédés modernes, et notamment la table de rappel.

Heureusement, des disciples publièrent des traités à partir de notes de ses conférences, qui permettent de nous représenter de façon assez complète le système astucieux de FEINAIGLE.

J’en ai trouvé un sur internet, édité par Thomas Naudin en 1808, et écrit par un certain DIDIER. Il s’intitule Traité complet de mnémonique, et contient un grand nombre de techniques basées en partie sur l’imagerie et la méthode des lieux, mais il présente surtout des innovations à partir du code chiffre-lettre, et naturellement la table de rappel.

La table consiste à construire une liste de 100 mots-clés, à partir du code chiffre-lettre, qui codent les 100 premiers nombres.

Ainsi « or » code le chiffre 4 (4 vaut R), « tison » code 10, « miroir » vaut 34, etc...

L’utilisation de cette table se fait en deux temps : apprentissage par cœur comme une table de multiplication de la table de rappel, puis apprentissage de chaque mot de la liste à mémoriser en liaison avec les mots-clés.

6) Dans le sillage des inventions technologiques, le XIXe siècle fut le siècle des techniques de la mémoire.

Sous l’intitulé de « mnémotechnie », manuels et traités vont connaître un engouement sans précédent en France sous le nom d’école française.

Le chef de file de l’école française est un professeur de musique, contemporain d’Alexandre Dumas, Aimé PARIS (1798-1866).

Dans son Exposition et pratique des procédés de la Mnémotechnie (Paris, 1825) il reproduit néanmoins la table imagée de FEINAIGLE ; 1 : observatoire ; 2 : cygne... jusqu’à 100 : balance, mais n’utilise plus la méthode des lieux.

En revanche, il perfectionne le code chiffre-lettre en faisant correspondre aux chiffres non pas des consonnes arbitraires, mais des groupes consonantiques apparentés d’après les règles phonologiques, par exemple « t ou d » pour les occlusives, « f ou v » pour les fricatives...

Ces perfectionnements phonologiques seront définitivement adoptés et son code est celui que l’on trouve dans les livres contemporains.

Le principal rival d’Aimé PARIS au 19ème siècle fut l’abbé MOIGNO (1804-1884), auteur du Manuel de mnémotechnie en 1879, qui étonna par sa mémoire le grand scientifique Arago lui-même.


7) Le chef de file de la renaissance de l’art de la mémoire à la fin du vingtième siècle fut Tony BUZAN, un pédagogue britannique âgé de soixante-sept ans.

BUZAN a fondé le Championnat du monde de mémoire en 1991, puis des championnats nationaux dans plus d’une douzaine de pays — de la Chine au Mexique en passant par l’Afrique du Sud.
Il dit avoir œuvré avec l’ardeur du missionnaire, depuis les années 1970, pour faire entrer les techniques mnémoniques dans les écoles du monde entier.

Il s’agit pour lui d’une « révolution éducative globale dont le but est d’apprendre à apprendre».

Un collectionneur américain Morris N. YOUNG a réussi à réunir une gigantesque bibliographie (431 pages) recensant tous les ouvrages sur la mémoire depuis l’Antiquité jusqu’à 1961, « Bibliography of Memory ».

Les mnémotechniciens déterminants du vingtième siècle en France furent notamment TREBORIX, SANAS (André DELCASSAN), SARRAZIN (Marcel VASSAL) et Charles BARBIER. Le belge Claude KLINGSOR a lui aussi développé une méthode de mnémotechnie très riche et très intéressante.

Les grands mnémotechniciens actuels sont l’américain Harry LORAYNE, les français : Benoît ROSEMONT, Vincent DELOURMEL, Jean-Claude ARRESTIER alias ATOMIX, Pierre ONFROY (Féodor), Rodolphe CANDELA, Jean-François GERAULT. Ainsi que plusieurs champions du monde de mémoire : Dominic O’BRIEN, Ben PRIDMORE, Andi BELL, Ed COOKE, etc.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous


Histoire de la mnémotechnie (L'Antiquité).



Un des ouvrages les plus importants.


La mnémotechnie sert aux personnes qui mémorisent mal dans un ou plusieurs domaines. Elle aide à retenir les noms de personnes que l’on vous présente, des numéros de téléphone à la volée, mais aussi des listes de notions ou d’objets, des dates de l’histoire de France et même les préfectures et sous-préfectures des départements français.

Pour le professionnel du mentalisme, elle permet d’effectuer des démonstrations de mémoire prodigieuse :

•             la mémorisation d’un livre entier : le spectateur vous lit la première ligne d’une page et vous pouvez indiquer le numéro de la page,
•             le nombre de paragraphes de cette page,
•             le nombre de lignes du premier paragraphe, raconter les faits et gestes des différents personnages dans cette page, etc.
•             la récitation d’un jeu de 52 cartes par cœur,
•             une mémorisation en un bref laps de temps d’un jeu de cartes mélangé par plusieurs spectateurs.
•             Vous pourrez indiquer de tête, en écrivant sur un tableau, 30 à 50 décimales après la virgule du chiffre Π (Pi).

En bref, c’est un ensemble de méthodes permettant de mémoriser plus vite et mieux par association d’idées et visualisation.

Au cours d’un banquet, le poète Simonide de CEOS chanta un poème lyrique en l’honneur de son hôte, mais il y inclut un passage à la gloire de Castor et Pollux. L’hôte mesquin dit au poète qu’il ne lui paierait que la moitié de la somme convenue pour le panégyrique et qu’il devait réclamer la différence aux dieux jumeaux.

Un peu plus tard dans la soirée, on avertit Simonide que deux jeunes gens, qui désiraient le voir, l’attendaient à l’extérieur de la salle. Il quitta le banquet et sortit mais ne trouva aucune trace des jeunes gens. Pendant son absence, le toit de la salle de banquet s’écroula, écrasant tous les invités sous les décombres.  

Comme Simonide fut capable de se rappeler les places que chacun occupait à table, il permit d’identifier tous les cadavres atrocement broyés.

Cette aventure suggéra à Simonide les principes de l’art de mémoire, dont on dit qu’il fut l’inventeur.

Ce récit de la façon dont Simonide inventa l’art de mémoire est donné par CICERON dans De l’orateur, au passage où il traite de la mémoire comme de l’une des cinq parties de la rhétorique :

 « Aussi, pour exercer cette faculté du cerveau, doit-on, selon le conseil de Simonide, choisir en pensée des lieux distincts, se former des images des choses qu’on veut retenir, puis ranger ces images dans les divers lieux. Alors l’ordre des lieux conserve l’ordre des choses ; les images rappellent les choses elles-mêmes. Les lieux sont les tablettes de cire sur lesquelles on écrit ; les images sont les lettres qu’on y trace. »

CICERON souligne que l’invention de l’art de la mémoire par Simonide ne repose pas seulement sur la découverte de l’importance d’une disposition ordonnée, mais aussi sur la puissance du sens de la vue.

Simonide de Céos (ou l’inventeur, quel qu’il fut, de la mémoire artificielle) vit fort bien que, de toutes nos impressions, celles qui se fixent le plus profondément dans l’esprit sont celles qui nous ont été transmises et communiquées par les sens ; or, de tous nos sens, le plus subtil est la vue. Il en conclut que le souvenir de ce que perçoit l’oreille ou conçoit la pensée se conserverait de la façon la plus sûre, si les yeux concouraient à le transmettre au cerveau.

Les trois premières sources latines sur la mnémotechnie sont La rhétorique à Hérennius (d’auteur inconnu, écrite vers 86-82 avant Jésus-Christ), chapitre 4 consacré à la mémoire, L’Institution oratoire de QUINTILIEN (35-96 après Jésus-Christ), De l’orateur de CICERON (106-43 avant Jésus-Christ).

La rhétorique à Hérennius est le plus détaillé de ces traités.

Un maître de rhétorique romain dont nous ignorons le nom a rédigé, vers 86-82 avant Jésus-Christ, un manuel pratique pour ses étudiants intitulé Rhétorique à Hérennius. Ce texte anonyme ne nous est donc parvenu sans autre information que le nom de son dédicataire. Ce maître traite des cinq parties de la rhétorique (inventio, dispositio, elocutio, memoria, pronuntiato).

Quand il en arrive à la mémoire, comme partie essentielle du bagage de l’orateur, il commence son exposé par ces mots :

«Tournons-nous maintenant vers la salle au trésor des inventions, vers le gardien de toutes les par-ties de la rhétorique, la mémoire. »

Ensuite, l’auteur distingue deux sortes de mémoires :
•             La mémoire naturelle, gravée dans notre esprit et née en même temps que la pensée.
•             La mémoire artificielle, qui est une mémoire renforcée ou consolidée par l’exercice.

La Rhétorique à Hérennius est la source principale sur l’art classique de la mémoire des Grecs et des latins, car les remarques de Quintilien et de Cicéron ne constituent pas des traités complets et supposent que le lecteur connaît déjà la mémoire artificielle et sa terminologie. Ce traité jouera aussi un rôle d’une importance capitale pour la transmission de l’art de mémoire de l’Antiquité au Moyen Âge.

1) Règles pour les lieux

La mémoire artificielle est fondée sur des lieux et des images. Les lieux doivent être aisément retenus par la mémoire : maison, rue... Les images sont des formes ou des symboles de ce dont nous désirons nous souvenir. L’art de la mémoire est comme une écriture intérieure car les lieux ressemblent beaucoup à des tablettes enduites de cire ou à des papyrus, les images à des lettres, l’arrangement et la disposition des images à l’écriture.

 Si nous voulons nous rappeler beaucoup de choses, nous devons nous munir d’un grand nombre de lieux.

Ces lieux doivent être choisis dans un bâtiment de taille moyenne, peu fréquenté ou désert et solitaire, pas trop brillamment éclairé.

Un homme qui se déplace lentement dans un bâtiment solitaire et s’arrête de temps à autre, le visage attentif, est un étudiant en rhétorique qui forge un ensemble de lieux de mémoire...

Des lieux de mémoire bien fixés peuvent être parcourus dans les deux directions : en avant ou en arrière.

2) Règles pour les Images

Il y a deux types d’images.

La mémoire « pour les choses » fabrique des images pour rappeler un argument, une idée ou une « chose », tandis que la mémoire « pour les mots » doit trouver des images pour rappeler chaque mot.
Il faut aider la mémoire en suscitant des chocs émotionnels à l’aide d’images frappantes et inhabituelles, belles ou hideuses, comiques ou grotesques.

Nous devons donc créer des images capables de rester le plus longtemps possible dans la mémoire.

Et nous y réussirons :
si nous établissons des ressemblances aussi frappantes que possible ;
si nous créons des images qui ne soient ni nombreuses, ni vagues mais actives ;
si nous leur attribuons une beauté exceptionnelle ou une laideur particulière ;
si nous les enlaidissons d’une façon ou d’une autre, en introduisant par exemple une personne tachée de sang, souillée de boue ou couverte de peinture rouge de façon à ce que l’aspect en soit plus frappant ;
ou encore si nous donnons un effet comique à nos images.

Mais une condition est essentielle : il faut régulièrement parcourir en esprit tous les lieux originaux
pour raviver les images.

Dans l’Antiquité, qui ignorait l’imprimerie, une mémoire exercée avait une importance vitale.
La gymnastique intérieure, le travail invisible de concentration auxquels se soumettaient les Anciens
leur donnaient une mémoire puissante et organisée.

Ils aimaient surtout les triomphes de mémoire : Sénèque le Rhéteur, professeur de rhétorique, était capable de répéter deux mille mots, dans l’ordre dans lequel on les lui avait donnés. Il pouvait également retenir des centaines de vers et les répéter à l’envers. Un tel exploit atteste le respect que l’Antiquité avait pour l’art invisible de la mémoire et pour l’homme possédant une mémoire entraînée, une mémoire aux pouvoirs « presque divins », écrira Cicéron.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.