mercredi 29 mars 2017

Compte rendu de « Gestalt thérapie » de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, troisième partie.




Sans commentaire.


« Je peux parler indéfiniment car je n’ai pas d’enseignement. » Osho.

Aujourd’hui, un sujet complètement différent. Je vais aborder une des méthodes les plus actuelles de psychothérapie, la Gestalt-thérapie, à travers le livre de Frederick Perls, Paul Goodman et Ralph Hefferline, Gestalt thérapie. Cet article est la suite de celui-ci.

Troisième partie du chapitre 7 « Bavardage et poésie ».

Quand il est séparé de son usage en tant qu'instrument en situation sociale, ou de ses propres règles en tant qu'activité poétique vitale, le langage est facilement le reflet de toute et n'importe quelle expérience. Il est facile pour quelqu'un de se tromper sur ce qu'il sent, ou même fait, lorsqu’il parle de ses sentiments ou de ses actions, ou même simplement qu'il les « pense ». Le bavardage sert aisément de substitut à la vie. C'est un moyen tout prêt par lequel une personne étrange que l'on a introjetée avec ses croyances et ses attitudes peut vivre à notre place. (Le seul inconvénient est que la mise en mots du repas ou de la rencontre ne donne pas de la nourriture ni du plaisir sexuel, etc. !) Ainsi, pour en revenir à une discussion antérieure, tout ce qui se présente comme réminiscence ou projet n'est pas réellement souvenir ou anticipation, qui sont des formes de l'imagination, mais c'est une histoire qu'avec la conception qu'on a de soi-même on se raconte à soi-même. Le plus souvent, l'indignation a peu de choses à voir avec la colère ressentie, le jugement avec la mesure rationnelle, mais ce sont les voix de papa et de maman qui s'exercent.

Ce n'est pas tant ce que dit celui qui parle que comment il le dit qui est important. Dans l'usage des trois pronoms personnels « je », « tu » et « cela », le locuteur manifeste une rigidité, une fixation ou un stéréotype qui ne prélèvent qu'une maigre partie des possibilités de la situation réelle. Partie cependant suffisante pour maintenir une façade sociale et éviter l'anxiété et l'embarras du silence, de la révélation ou de l'affirmation de soi ; suffisante aussi pour épuiser l'énergie du discours de telle sorte qu'on n'entende pas les scènes inachevées et subvocales qui pourraient, sinon, devenir bruyantes. Au lieu d'être un moyen de communication ou d'expression, le bavardage protège l'isolement de l'individu à la fois de l'environnement et de l'organisme.

Le manque de contact avec le « Je » est souvent observable de manière spectaculaire dans la division du corps : entre, d'une part, une bouche qui émet des sons, avec des lèvres et une langue rigides et rapides et une vocalisation insonore et, d'autre part, tout le reste du corps qui est tenu à distance, désinvesti. Parfois les yeux et quelques gestes des poignets ou des coudes viennent s'ajouter à la bouche qui parle ; parfois aussi un œil, même si l'autre est vitreux, questionne ou désapprouve le bavardage ; parfois encore le visage est divisé en deux moitiés. Les mots viennent en reproche qu'il aurait déjà dû prononcer. Il exploite désormais librement le besoin organique sous-jacent et il trouve les mots. Par conséquent, nous devons remarquer précisément ce que sont les « Je », « Tu », « Cela » du poète dans sa réalité du moment. Son « Tu », son audience, n'est pas une personne visible ni le public en général mais « une audience idéale » ; il ne s'agit que de supposer l'attitude et le caractère qui seront appropriés (choisir un genre et une diction) et permettront au discours inachevé de s'écouler avec force et précision. Son contenu n'est pas une vérité du présent de l'expérience qui doit être transmise mais le poète trouve dans l'expérience, le souvenir ou l'imaginaire un symbole qui, en fait, l'excite sans qu'il ait (ou que nous ayons) besoin d'en connaître le contenu latent. Son « Je » est le style dont il fait usage dans le moment, ce n'est pas sa biographie.

En même temps que se forment les mots manifestes, le poète est capable de maintenir une conscience silencieuse de l'image, du sentiment, du souvenir, etc., ainsi que de pures attitudes de communication sociale, de clarté et de responsabilité verbale. Ainsi, au lieu d'être des stéréotypes verbaux, les mots sont plastiquement détruits pour être combinés en une figure plus essentielle. La poésie est donc l'exact opposé du bavardage névrotique, car elle est langage en tant qu’activité organique de résolution de problèmes, elle est une forme de concentration. Au contraire, le bavardage est un langage qui tente de dissiper l'énergie dans la parole, qui réprime le besoin organique et qui répète une scène subvocale inachevée au lieu de se concentrer dessus.

D'un autre côté, la poésie se distingue du discours ordinaire de bon contact (la bonne prose conversationnelle, par exemple) mais est une des catégories de la même classe : un poème ne peut résoudre un problème que si ce problème peut n'être résolu que par la seule invention verbale, alors que la majorité des paroles survient dans des situations où la solution nécessite aussi d'autres sortes de comportement, une réponse de celui qui écoute, ainsi de suite. Il s'ensuit que dans la poésie, où toute la réalité doit être véhiculée par la parole, la vitalité du discours est accentuée : il a plus de rythme, il est plus précis, plus chargé de sentiments, plus imagé, etc. Plus important encore, un poème a un début, un milieu et une fin ; il achève la situation. D'autres paroles-contact peuvent être plus sommaires et plus approximatives ; elles peuvent s'appuyer sur des modes non-verbaux comme les gestes ; elles ont à peine besoin de mentionner ce qu'il est urgent d'exprimer; elles s'interrompent pour faire place à un comportement non-verbal.

Voilà. C’est tout pour le moment. La suite au prochain numéro. Amitiés à tous.

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