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mardi 14 avril 2020

Extrait de mon livre sur un auteur révolutionnaire « Jean-Patrick Manchette, parcours d’une œuvre » (sixième partie) (La folie comme ultime refuge).



   

Un oman de Jean-Patrick Manchette sur la folie. 


En l’an 2000, j’ai publié un livre sur un auteur « révolutionnaire », Jean-Patrick Manchette.

Face à la crise que nous connaissons aujourd’hui, ses analyses sur notre société me paraissent être totalement d’actualité. Ici, sa description de la folie comme ultime refuge est plus vraie que nature et correspond presque totalement à la situation de la France de maintenant. Voilà pourquoi, j’ai décidé de partager avec vous l’essentiel de mon étude sur cet écrivain à travers plusieurs articles de ce blog.



«  LA FOLIE COMME ULTIME REFUGE

Les critiques ne l’ont pas assez souligné, il est un thème omniprésent dans l’œuvre de Manchette, c’est celui de la folie. On le retrouve largement développé ou parfois abordé de façon allusive dans l’ensemble des romans policiers qu’il écrivit de 1971 à 1982. Elle apparaît comme l’ultime refuge face à la société impitoyable et corrompue que nous décrit l’auteur. 

Et parfois les fous sont plus sensés et plus efficaces que les personnages vivant dans un monde dit normal, comme la Julie Ballanger de O dingos, ô châteaux ! Dans L’Année du polar, interviewé par Michel Lebrun, Manchette avouera que le défaut pour lequel il a le plus d’indulgence est le délire !

Cependant, rétrospectivement, cette thématique récurrente prend une autre dimension quand on sait qu’à partir de 1977, Manchette commence à connaître différents troubles mentaux. Ce sera d’abord l’agoraphobie, puis à partir de 1982, conséquence ou cause de sa panne d’inspiration romanesque, une sorte de dépression généralisée. Finalement Manchette souffrira de phobies aiguës. 

Le cancer dont il est atteint à partir de 1989 finira de le déstabiliser mentalement et il fera plusieurs séjours comme interné volontaire dans un service psychiatrique. On peut alors se demander si cette thématique, partout présente dans ses romans, n’était pas représentative de la crainte qu’il avait lui-même de sombrer un jour dans cette folie qu’il décrit avec un réalisme si criant, dernière porte de sortie pour tout individu normalement constitué dans notre société d’aliénation généralisée.

Dès son premier roman Laissez bronzer les cadavres !, pourtant un exercice de style pas véritablement personnel écrit en collaboration avec Jean-Pierre Bastid, apparaît un personnage de fou : l’idiot du village. Arrivant après le carnage, il est fasciné par les uniformes des policiers ! Mais ce n’est pour l’instant qu’une apparition dans une scène anecdotique. De même dans L’Affaire N’Gustro, Butron n’est pas un dément mais seulement un homme révolté, n’ayant plus de limites morales. Un seul passage évoque une sorte de folie meurtrière, lorsqu’il se jette avec une incroyable violence sur un homme qui a agressé N’Gustro et lui casse le nez à coups de crosse de revolver.

Le thème, qui n’est donc apparu qu’en filigrane dans les deux premiers romans, devient sujet central dans O dingos, ô châteaux ! Julie Ballanger a passé cinq ans dans un asile psychiatrique. Du fait de son habitude des médicaments calmants, les truands, qui veulent enlever le garçon dont elle a la garde, le pupille du milliardaire Michel Hartog, ne parviennent pas à l’endormir avec des somnifères. De même son comportement hors normes, différent, lui permettra d’échapper à ses poursuivants.

Mais à partir de Nada, les personnages de fous deviendront totalement négatifs et surtout destructeurs pour leur entourage. Dans ce roman, il ne nous est pas dit ce qui a fait basculer la femme de Meyer, le serveur de café membre du commando, dans la maladie mentale. C’est plus que vraisemblablement une des raisons de l’engagement de celui-ci dans le mouvement anarchiste et la violence révolutionnaire : échapper à un enfer conjugal. Les faits et les propos rapportés par Manchette sont particulièrement épouvantables, d’autant que comme d’habitude, selon la méthode béhavioriste, l’auteur s’abstient de tout commentaire.

«Après le déjeuner, Meyer eut une discussion avec sa femme, qui se termina comme d’habitude : Annie essaya de l’étrangler. » (chap. 4)

« Tu peux crever, ordure, lui répondit Annie. Sale Juif, ajouta-t-elle. Je te déteste. Je vais aller à Belleville me faire foutre par des Africains. Je vais me faire baiser insista-t-elle assez violemment. » (chap. 4)

« Son dessin représentait deux bâtiments situés dans le désert, mais séparés l’un de l’autre par un torrent de boue et de merde qui coulait épouvantablement. » (chap. 26)

Morgue pleine aussi nous présente un personnage de dément. Gérard Sergent, le frère de la victime, est en réalité l’assassin. Il déteste la société car sa mère était une femme facile qui trompait son mari et vivait de prostitution. Sa sœur est la fille d’un soldat américain. Il n’a pas supporté de la voir partir à Paris pour tourner des films érotiques et elle aussi vendre ses charmes. Il l’aimait et la désirait en même temps. Venu lui rendre visite, il s’est jeté sur elle pour la violer et, pris d’un accès d’impuissance, l’a tuée.

Ce thème hyperpessimiste est encore accentué par une notion de fatalité sociale dans deux des derniers romans de Manchette, Le Petit Bleu de la côte ouest et La Position du tireur couché. La folie est vécue comme irrémédiable: déterminée par le milieu de l’individu et son hérédité, elle réapparaît immanquablement même, si le temps d’une aventure, elle avait paru totalement éradiquée. Gerfaut, le jeune cadre dynamique du Petit Bleu de la côte ouest, connaît une grave crise de dépression. La scène du début nous le montre dans un de ces accès de spleen, de folie passagère, où il fonce à toute allure, saoul et gavé de barbituriques, sur le boulevard périphérique. Mais ce qui est grave, c’est que cette scène de début est aussi scène de fin. 

Bien qu’ayant vécu de nombreuses aventures, assassiné deux hommes, connu une autre femme que son épouse, Gerfaut est toujours aussi mal dans sa peau et son esprit est toujours aussi confus. La scène décrite est symbolique : il tourne en rond sur le périphérique comme il tourne en rond dans sa tête et dans le temps.

La Position du tireur couché nous fait revivre le même type de situation et de structure. Terrier, parti de rien, est devenu tueur international et a connu de nombreuses aventures pour pouvoir retrouver sa bien-aimée. A la fin du livre, il redevient médiocre et abandonné. Surtout, en une sorte de boucle démente, il reprend le métier de serveur qui avait été celui de son père et vit les mêmes crises de folie que celui-ci, à cause d’une balle qu’il a reçue comme lui dans la tête et des brimades des jeunes gens de la ville.

Mentionnons aussi pour mémoire le personnage de Bachhaufer dans Que d’os !, l’ancien compagnon de Fanch Tanguy, un chimiste nazi qui fabrique l’héroïne pour les truands et vit dans un monde à la limite de la schizophrénie. »



Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


mardi 27 août 2019

Quelles sont les différences entre les fous et les personnes saines d’esprits ?




Sans commentaire.


Cet article est une traduction d’un texte de Rolando Mendez Morillo sur Facebook.


Les fous inventent des mondes
Les sains d’esprit vivent dans des mondes inventés par d'autres.

Les fous créent des châteaux
Les sains d’esprit les habitent.

Les fous sont à moitié dans le ciel et à moitié sur la Terre
Les sains d’esprit ne sont que sur la Terre.

Les fous créent de la musique
Les sains d’esprit se contentent de l'écouter.

Les fous sont des personnages
Les sains d’esprit sont des acteurs.

Les fous font de la poésie
Les sains d’esprit la lisent.

Les fous sont la peinture 
Les sains d’esprit ne font que peindre.

Les fous vivent dans plusieurs mondes
Les sains d’esprit ne vivent que sur la Terre.

Les fous vivent dans leur propre esprit
Les sains d’esprit vivent dans l'esprit des autres.

Les fous ne jugent pas ou ne se sentent pas jugés
Les sains d’esprit se jugent et sont jugés par les autres.

Les fous savent donner et aimer sans condition
Les sains d’esprit ne savent que recevoir et détruire de manière sélective.

Les fous voient l'éclat de l'or dans l'immortel, dans le cœur des autres
Les sains d’esprit voient l'éclat de l'or dans l'éphémère, dans le matériel.

Les fous se sentent libres et puissants
Les sains d’esprit, du fait de leur peur des fous, les enferment et les crucifient.

Pour les fous, il n'y a que l'intérieur, puisque dedans et dehors, c'est pareil pour eux
Pour les sains d’esprit,  il n'y a que l'extérieur.

La prochaine fois qu'ils vous disent que vous êtes fou, vous devez savoir qu’ils sont jaloux parce que vous avez décidé de prendre le chemin direct vers votre vraie liberté.

Ne vous attachez pas aux pensées des autres, créez votre propre monde, faites confiance à votre intuition.

Nous sommes fous mais nous sommes peu nombreux, nous avons besoin de plus de fous pour créer une meilleure planète, ne vous limitez pas, continuez à créer avec votre esprit et avec votre cœur.

N'oubliez pas que vous serez toujours fou aux yeux de la civilisation, mais sain d'esprit aux yeux de l'amour.

Êtes-vous vraiment sain d'esprit ou fou ?

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !