samedi 23 juin 2018

Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (vingtième partie).



Gestalt-Academie.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois passionnant, précis et instructif sur la création de la Gestalt-thérapie. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans »  de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci.


Voici le résumé de ce livre.

J'ai dans ma poubelle un tas de guérisons prétendues miraculeuses. C'est le genre de choses sensass que je peux exhiber. Elles sont aussi peu miraculeuses que le fait de voir un arbre que ne peut voir un aveugle. C'est simplement que ma zone intermédiaire est moins encombrée que celle de la plupart des autres, et que je suis capable de voir ce qui est évident. Je citerai le cas suivant comme exemple de déséquilibre.

On m'envoya un jour un violoniste parce qu'il avait une crampe de la main gauche après un quart d'heure de concert. Il avait l'ambition de devenir soliste, et n'avait jamais de crampe lorsqu'il jouait dans l'orchestre. Tous les examens neurologiques étaient négatifs. De toute évidence, il s'agissait d'un trouble psychosomatique, pour lequel la psychanalyse était tout indiquée. J'ai bien vu des cas de psychanalyse de longue durée. Cinq ans, dix ans, c'est très fréquent. Mais lui détenait le record. Il en avait eu pour vingt-sept ans, avec six thérapeutes différents. Inutile de dire que tous les aspects du complexe d'Œdipe, masturbation, exhibitionnisme, etc., avaient été passés en revue mainte et mainte fois.

Quand il vint me voir, comme il plongeait déjà vers le divan, je l'arrêtai et je lui demandai d'apporter son violon.
« Pour quoi faire ?
        Je veux voir comment vous vous y prenez pour provoquer cette crampe. »

Il apporta son violon et joua magnifiquement, debout. Je vis qu'il s'appuyait sur sa jambe droite, avec la jambe gauche croisée par-dessus. Au bout de dix minutes environ il commença à vaciller. Quelques minutes plus tard son jeu de doigts se ralentit et il fit quelques couacs. Il s'arrêta : « Vous voyez, ça devient difficile. Et si je me force à continuer j'ai des crampes et je ne peux pas jouer du tout.
        Et quand vous jouez dans l'orchestre, vous n'avez pas de crampes ?
        Jamais !
        A ce moment-là, vous êtes assis ?
        Bien sûr, mais en tant que soliste, je dois jouer debout.
        Bien ! Je vais vous masser les mains. Maintenant levez-vous, écartez légèrement les pieds, pliez les genoux, à peine, et recommencez à jouer. »

Au bout de vingt minutes d'un jeu parfait, il eut les yeux pleins de larmes et murmura : « Je ne peux pas y croire, je ne peux pas y croire ! » Son heure était passée, mais je fis attendre le client suivant. Cela était trop important ! Je voulais en avoir le cœur net et le laissai jouer encore quelques minutes.

Que s'était-il passé ? Nous avons plusieurs polarités qui, mal équilibrées, produisent une rupture, un conflit. Le cas le plus fréquent est la dichotomie gauche-droite. Les moins fréquents sont les conflits avant/ arrière ou haut et bas, comme Lore, la première, l'a observé. La partie du corps située au-dessus de la taille a surtout des fonctions de contact, la partie basse des fonctions de support. Or, mon patient, assis, avait suffisamment d'appui, mais pas assez, debout sur sa jambe droite, pour les délicats mouvements de doigts de sa main gauche. Dès que sa jambe droite était fatiguée de porter tout le poids du corps, il se mettait à vaciller et devait rétablir son équilibre à chaque seconde. La tension causée par ce déséquilibre influait sur les membres antérieurs, particulièrement sur la main gauche. Il nous fallut encore plusieurs semaines de travail pour le sevrer du sacro-saint divan et le débarrasser de ses expressions de « farouche détermination » — mâchoires serrées, etc.

Je ne sais s'il a réussi. Il jouait assez bien, mais je n'ai jamais vu son nom en vedette.

A cette époque-là, j'étais déjà solidement établi à New York et commençais à être connu comme quelqu'un qui ne reculait pas devant les cas difficiles.

En réalité, pendant un certain temps, j'avais couru le risque de ne pas rester aux États-Unis.

Je suis un peu dans l'impasse. J'ai envie de raconter mon arrivée aux États-Unis, et, en même temps, cela ne m'enchante pas. Je vais d'un sujet à l'autre et cela commence à ressembler à un truc, à une technique. Il ne s'agit même pas d'un contrepoint, dont les thèmes s'épauleraient mutuellement. Mais alors, qui d'autre que moi établira les règles de ce qui sera jeté aux ordures et de ce qui sera conservé ? Qui plus est, je ne suis même pas en train d'écrire sur ce qui me préoccupe le plus en ce moment.

Il est trois heures et quart du matin et je ne peux pas m'endormir. C'est une chose qui m'arrive très rarement. D'ordinaire, en cas de surexcitation, je suis capable de mettre le doigt dessus et de la localiser. Tout se dissout et s'évanouit, la conscience du « je », la conscience du corps, et puis, jusqu'au matin, « rien ».

Larry Booth a tourné un film en couleur intitulé Fritz. Ce film est un poème, un portrait de moi assez palpitant, bien qu'on ait dit que ma nature chaleureuse et aimante ne transparaissait pas autant que dans les films où sont enregistrées des séances de thérapie. Cela ne me tracasse pas. Ce qui me bouleverse, ce sont mes soupçons et mon irritation eu égard à certaines de mes attitudes paranoïdes. C'est une chose qui est devenue très rare. Je sens que l'on profite de moi. Réellement et dans les faits, j'ai raison en ce qui concerne le contrat et la situation financière. Mais je ne puis me permettre d'être généreux et en même temps d'avoir le sentiment d'être poire. Je peux me le permettre. Je gagne bien ma vie. Alors, merde !
  
J'ai survécu à l'enfer des Flandres et à pas mal de calomnies. J'ai survécu à la période hollandaise et à bien d'autres difficultés, et pourtant je ne puis avoir une attitude rationnelle à ce sujet. Toujours cet arrogant concept de soi-même : « Me faire ça à moi ! »

J'ai eu nombre d'accès paranoïdes, même dans des situations où j'avais tort. Ces accès ont été très marqués et exagérés après mes premiers « voyages » au L.S.D. A ces moments-là, je perdais tout recul et étais le siège d'une foule d'imaginations vengeresses. Je sais qu'il serait temps de parler des drogues psychédéliques et de mes rapports avec elles. Mais je commence à me sentir pesant et fatigué. Il me faut remettre ça à plus tard. Ce que je viens d'écrire m'apportera-t-il le sommeil ?

A midi, à table, nous parlions de ce qu'était apprendre. J'ai suggéré qu'apprendre c'est découvrir. Cela se rapporte à des faits. L'apprentissage d'une technique, d'un métier, c'est la découverte que quelque chose est possible. Enseigner, c'est montrer que quelque chose est possible. Découvrir : dé-couvrir, ôter la couverture, faire apparaître la chose ou la technique, ajouter quelque chose de « nouveau ».

Une cellule ou un organisme ayant perdu son centre — le point zéro de la normale, le point de l'indifférence créatrice — découvre ce déséquilibre et les moyens d'y remédier. Cela peut être un processus simple ou très compliqué, et présuppose pour le moins que toute vie organique est douée de conscience. Une déficience en eau, par exemple, crée un besoin d'eau temporaire, un instinct appelé soif, puis découvre une source pour se désaltérer, par exemple une bouteille de bière, puis découvre un moyen pour déboucher la bouteille, puis découvre que boire supprime la soif. Exprimé par une formule, cela se dit : « L'état de l'organisme est -x eau. Par l'absorption de +x eau, nous revenons à zéro, et supprimons un déséquilibre. »

Avec une telle formule, nous progressons légèrement par rapport à l'idée qui fait d'une âme ou de Dieu ou de « la vie » l'agent de fonctionnement de l'organisme. Cela bouge déjà un peu ; nous avons une relation bien définie de l’organisme avec son environnement, et nous avons introduit une fonction de base de cet organisme, la nécessité de découvrir.

Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (dix-neuvième partie).



Paul Goodman.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois passionnant, précis et instructif sur la création de la Gestalt-thérapie. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans »  de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci.


Voici le résumé de ce livre.

Lumière et ténèbres, opposés inconciliables du point de vue de l'abstraction. Comment peut-il y avoir lumière quand il y a obscurité, l'essence même du néant ? L'un exclut l'autre.

Maintenant, regarde cet arbre dans le soleil. Tu vois l'ombre ? L'ombre sans lumière, la lumière sans ombre ? Impossible ! En ce cas, la lumière et l'obscurité se déterminent l'une l'autre ; elles s'incluent l'une l'autre.

Est-ce qu'un cinéma en plein air montre des films en plein jour ? Pour avoir des images nettes à l'avant-plan, nous avons besoin de l'obscurité en arrière-plan. Afin de rester simple, tenons-nous-en à un film noir et blanc. Nous avons besoin du contraste du noir et du blanc. Nous avons besoin d'un contraste équilibré. Trop de contraste et l'image sera dure, trop peu et elle sera plate. Votre télé a des réglages qui vous permettent d'arriver au meilleur résultat. Ici encore, le noir et le blanc se déterminent l'un l'autre. Un écran complètement noir ou blanc constitue un rien par rapport à son contenu. Le contenu, qui est l'image, est une différenciation en petits points blancs et noirs qui ont une signification.

Grimpant dans l'échelle des valeurs, on trouve Rembrandt, dont les juxtapositions de lumière et d'obscurité sont un des sommets de l'art.

Le zéro n'est rien, un néant. Un point neutre à partir duquel naissent les contraires. Une indifférence automatiquement créatrice dès que la différenciation commence. Nous pouvons choisir au hasard n'importe quel point et fixer le zéro en ce point-là. Si vous décidez de lancer une fusée le jour x/y/z, vous commencez par un compte à rebours de jours, d'heures, de minutes et de secondes, jusqu'à zéro, et poursuivez par un compte en avant de secondes, de minutes, d'heures et de jours.

Un budget en équilibre, c'est un budget dans lequel la somme du débit et du crédit est égale à zéro, qu'il s'agisse de millions ou de centimes.

Nous avons l'habitude d'appeler le point zéro « normal ». Nous parlons de température normale, de numération globulaire normale, etc., ad infinitum. N'importe quel plus ou quel moins est appelé anormal, signe de mauvais fonctionnement, de maladie, si ce plus ou ce moins est important.

Dans le cas d'un organisme vivant, le point zéro, la normale, doit être maintenu ou l'organisme cessera de fonctionner, l'organisme mourra.

Chaque cellule, chaque organe, chaque organisme dans son entier a un nombre considérable de fonctions normales à maintenir.

Chaque cellule, chaque organe, chaque organisme dans son entier s'emploie à disposer de tout excès (+) ou à combler toute déficience (—) afin de maintenir le point zéro, le point de fonctionnement optimal.

Chaque cellule, chaque organe, chaque organisme dans son entier est en contact avec son environnement, éliminant les surplus et refaisant le plein.

Chaque cellule, chaque organe a un environnement intra-organique dans lequel il est inséré : fluides du corps, nerfs, etc. L'organisme entier a pour environnement le monde dans lequel il doit maintenir le subtil équilibre organique.

Tout trouble de cet équilibre constitue une Gestalt incomplète, une situation inachevée qui force l'organisme à devenir créatif et à trouver le moyen de rétablir l'équilibre.

Toute carence — de calcium, d'acides aminés, d'oxygène, d'affection, de puissance, etc. — crée le besoin de se les procurer quelque part. Nous n'avons pas d' « instinct » pour le calcium, les acides aminés, l'oxygène, etc., nous créons ces milliers d' « instincts » possibles ad hoc chaque fois qu'un équilibre spécifique est détruit.

Tout excédent crée temporairement l'instinct de s'en débarrasser — acide carbonique, acide lactique, sperme, fèces, irritation, griefs, fatigue, etc. — afin de rétablir l'équilibre organique.

Chaque respiration refait le plein d'oxygène et élimine le gaz carbonique. On confond souvent — pensée bancale — respirer et inspirer.

Je ne me lave pas les mains dans une cuvette à moitié pleine d'eau sale. Je n'ajoute pas d'eau propre dans la cuvette avant d'avoir jeté ce qui reste d'eau sale.

Pour me débarrasser de l'air « sale », je commence par exhaler. Si inspirer devient une obsession, on peut voir apparaître l'asthme, tentative désespérée de la nature pour expulser l'air vicié.

J'ai « guéri » rapidement tous les asthmes psychogénétiques que j'ai rencontrés. Dans la plupart des cas il y avait derrière cet asthme une gêne, une crainte de faire ces bruits de respiration haletante, qui vont de pair avec l'orgasme. La crainte de révéler qu'on se masturbe, ou la peur d'être découvert, couchant avec quelqu'un sont des occasions privilégiées qu'il faut analyser pour dénouer complètement la crise. Je les laissais jouer à « baiser » et l'impasse respiratoire se résolvait par quelques vertiges suivis d'un formidable soulagement.

Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


vendredi 22 juin 2018

Compte rendu du livre « 50 exercices de Gestalt » de Catherine Clouzard (deuxième partie, Quelle est cette peur ?).




La peur.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois formidablement bien écrit, original et passionnant. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de «50 exercices de Gestalt»   de Catherine Clouzard.

 Cet article est la suite de celui-ci. 


Voici le résumé de l’ouvrage.

Quelle est cette peur ?

Vous avez eu maintes occasions d'éprouver toutes sortes de peurs, plus ou moins angoissantes et plus ou moins rationnelles. Aujourd'hui encore, vous pouvez être encombré par certaines peurs que vous aimeriez chasser : la peur de manquer de temps, de vieillir, que l'avion s'écrase... Certaines ont pu vous protéger réellement contre des dangers, tandis que d'autres vous ont empêché d'évoluer. Apprenez à accueillir vos peurs pour avancer.

Prenez une feuille et un crayon.

1) Je guette la première peur qui se présente, quelle qu'elle soit et quelle que soit la forme sous laquelle elle apparaît.

2) Je la formule aussi clairement que possible par écrit en commençant par « j'ai peur de... ». Par exemple : j'ai peur de ne pas consacrer assez de temps à mes enfants.

3) Ensuite, je précise aussi concrètement que possible ce que signifie cette peur. Par exemple : j'ai peur de ne pas prendre assez de temps pour jouer avec eux durant le week-end.

4) Puis, je me demande si j'ai peur « pour moi » ou « pour quelqu'un d'autre ». Dans l'exemple ci-dessus, je peux avoir peur pour moi : de me priver de ce plaisir et aussi pour eux : peur qu'ils se sentent abandonnés.

5) Est-ce qu'il s'agit d'un danger réel ? Dans l'exemple ci-dessus, me priver du plaisir de jouer : oui.

6) Dans ce cas, que puis-je mettre en place concrètement pour y remédier ? Par exemple : je prévois une plage de temps avec eux après le déjeuner et je les en informe sans attendre.

7) Est-ce une peur non fondée ? Dans l'exemple ci-dessus : oui ! Je ne sais pas pourquoi, j'ai peur d'être une mauvaise mère.

8) Dans ce cas, que puis-je mettre en place qui soit plus fort que ma peur ? Par exemple : je rassemble les souvenirs récents qui m'ont permis de me sentir une bonne mère, je regarde mes enfants et les écoute rire.

Commentaire

La fonction naturelle de la peur est de nous indiquer un danger ; autant dire qu'elle est bien utile même si l'on a tendance à la considérer comme une émotion négative ! Si l'on n'avait pas peur de se faire écraser par une voiture, on ne regarderait pas d'un côté, puis de l'autre avant de traverser la rue. Les peurs plus délicates à gérer sont celles que nous n'identifions pas ou que nous nous contentons de juger ou de tenir à distance au lieu de chercher à les intégrer. Nos peurs aussi sont des alliées. Elles méritent d'être écoutées et apprivoisées.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (dix-huitième partie).



Fritz Perls.



Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois formidablement bien écrit, original et passionnant. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci.

Voici le résumé de ce livre.

La plupart des médecins allemands étaient des constipés et portaient le masque de l'absolue respectabilité. Je suis sûr qu'ils désapprouvaient mes voyages. Moi, je le leur rendais bien. Ils appartenaient à la grande bourgeoisie prétentieuse, alors que mes amis et moi étions de ces Berlinois bohèmes dont le quartier général était le Café de l'Ouest, et plus tard le Romanische Café.

Un grand nombre de philosophes, d'écrivains, de peintres, de politiciens aux idées avancées et de parasites se rencontraient en cet endroit. Friedlander faisait bien entendu partie de la bande, encore que nous nous rencontrions le plus souvent chez un peintre ami. Friedlander gagnait sa vie en écrivant des histoires très drôles sous le nom de plume de Mynona (Anonym à l'envers). Son œuvre philosophique L'Indifférence créatrice eut sur moi un effet fantastique. Quant à sa personnalité, disons que c'était le premier homme que je vénérais, et devant qui je me sentais humble, me mettais à genoux. Il n'y avait plus place pour mon arrogance chronique.

Si je m'efforce de rationaliser et de faire le point sur ce qui m'attira vers Friedlander et sa philosophie, je suis pris dans un tourbillon de pensées, de sentiments et de souvenirs. La philosophie était un mot magique, quelque chose qu'il fallait comprendre pour comprendre soi-même et le monde, un antidote à ma confusion existentielle et à mon égarement. J'ai toujours su venir à bout des arguments les plus captieux. La question : « Combien d'anges peuvent danser sur la pointe d'une aiguille ? » était une supercherie facile, un mélange de choses réelles et de symboles. « Qu'est-ce qui vient en premier, l'œuf ou la poule ? » non seulement rejette l'image globale d'un processus ininterrompu, mais néglige spécifiquement le point de départ. Quelle poule ? Quel œuf ? Reich a été la victime typique de ce genre de confusion de pensée.

A l'école nous lisions Sophocle et Platon dans le texte. J'aimais le dramaturge, mais Platon, comme tant d'autres philosophes, proposait un idéal et exigeait des autres une conduite que lui-même n'observait pas. J'en eus assez de cette hypocrisie, comme de celle de mon père qui prêchait une chose et en vivait une autre.

Quant à Socrate, il me surpassait même en arrogance en disant : « Vous êtes tous des cons de penser que vous savez quelque chose ! Mais moi, Socrate, je ne suis pas con. Je sais que je ne sais pas ! Ce qui me donne le droit de vous torturer de questions et de vous montrer comme vous êtes cons. » A quel point peut-on glorifier l'intellect ?
L'enseignement courant en psychologie était formé d'un mélange de physiologie et des quatre catégories de l'esprit : la raison, les émotions, la volonté et la mémoire.

Je ne vais tout de même pas me mettre à énumérer les cent explications différentes qui étaient avancées comme représentation de la Vérité (de nouveau avec un grand V).

Dans ce tourbillon, Friedlander apporta une manière simple de s'orienter de prime abord. Tout ce qui est se différencie en contraires. Si vous êtes la proie d'une des forces opposées, vous voilà piégé, ou du moins en déséquilibre. Si vous vous tenez dans le néant du centre, au point zéro, vous êtes en équilibre et vous avez une perspective.

Plus tard, je me suis rendu compte que c'était là l'équivalent occidental de l'enseignement de Lao-Tseu.

Pour moi, l'orientation de l'indifférence créatrice est vraiment claire. Je n'ai rien à ajouter au premier chapitre de Le moi, la faim et l’agressivité.

Bon sang, ce que je suis coincé ! C'est la seule phrase qui me soit venue sous la plume en parlant de cette vieille merde ! Pouah, Fritz, tu n'as pas honte ? Voilà une heure, fin de séance pénible, trop de thérapie. Réussi finalement à extirper quelques griefs — fantômes noirs qui ont quitté la pièce comme des chauves-souris. Suis descendu à la résidence. Ils dansaient, j'étais gonflé à bloc, fini le cafard.

J'étais assis là, triste, insensible aux appels du regard, ouvrant les yeux moi-même, tristesse, lassitude, indifférence. Il me fallait parfois plusieurs jours pour surmonter une dépression. Cette fois j'y suis resté plongé, résistant au désir de tendre la main vers un semblant de réconfort. Aujourd'hui, ça ne m'a pris que vingt minutes. Je suis à nouveau moi-même, la plume court sur le papier. Il est près d'une heure. Les deux dernières nuits, j'ai écrit jusque vers trois heures du matin. J'ai écouté le Journal parlé d'une heure. Nous n'avons ni télévision ni modulation de fréquence, simplement la modulation d'amplitude qui s'affaiblit par moments. Le soir, un programme de musique classique, « American Airline », nous parvient assez bien. Nous n'avons pas de journaux non plus. Alors j'écoute si possible les informations d'une heure. Je me tiens au courant de l'actualité en lisant Newsweek. La grande émotion de la semaine : nous avons un reportage dans Life. Ça semble drôle, comme si nous devenions respectables. Et j'ai une mauvaise réputation à soutenir !

Arrête, Fritz ! Cesse de tempêter,
Cesse de délirer.
Sois écrivain ! Vide ton sac.
La poésie est bonne parfois, de même la contemplation
De ta mauvaise humeur
Et de ta joie.
Assieds-toi et dis-nous comment
Mieux qu'une âme ou que Dieu
Le néant créateur
Peut nous faire comprendre.
Ce chapitre, laisse-le dans la poubelle
Avec les autres ordures.
Prends quelques exemples, illustre-les.
Éclaire un peu les ténèbres.

Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


jeudi 21 juin 2018

Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (dix-septième partie).





Cycle d'une Gestalt.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois formidablement bien écrit, original et passionnant. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans »  de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci. 

Voici le résumé de ce livre.

Mon dernier gourou a été Mitzie, une magnifique chatte blanche, qui m'a appris la sagesse de l'animal.

Deux fois dans ma vie, j'ai été furieux de rater une photo. La première fois quand un membre de mon groupe fit une expérience de déjà vu avec transes et petit mal (une crise épileptique mineure). La vidéo fonctionnait et je jouissais d'être le seul peut-être à posséder l'enregistrement unique de ce symptôme. Bien que j'eusse clairement marqué « Ne pas effacer », la bande fut effacée et réutilisée.

L'autre événement concerne Mitzie. Un matin, en m'éveillant, je vis mon sombrero (70 centimètres de diamètre) s'avancer vers mon lit. Je le soulevai et trouvai dessous Mitzie qui berçait un oiseau entre ses pattes de devant. Cela me fit un choc. Trois semaines auparavant, j'avais trouvé mon salon parsemé de plumes, ce qui signifiait clairement que Mitzie avait attrapé et mangé un oiseau. Je lui pris l'oiseau, elle avait le regard triste. L'oiseau n'avait aucun mal et put s'envoler au bout de dix minutes après avoir recouvré ses forces. Comment aurais-je pu supposer que Mitzie était simplement affectueuse ? Qui a jamais entendu parler d'un chat qui cajole un oiseau ? Sans mon émotion, j'aurais pu prendre une photo et montrer avec orgueil un événement aussi rare.

Je sais comment j'ai eu Mitzie. Je me rappelle le regard gentiment critique de Selig lors de nos premières rencontres. Mais Friedlander, lui, est plutôt noyé dans la brume. Le jour où ma mère me parla des colis de nourriture que je lui avais envoyés, j'en fus surpris. J'avais totalement oublié. Ces colis, c'était en 1922.

La dévaluation du mark allemand s'accélérait, bien qu'il ne fût pas encore tombé. La nourriture, surtout la viande, était rare. Ma capacité de voir les choses en perspective était un atout à l'époque, de même que plus tard, lorsque je sus éviter les dangers du camp de concentration et le tumulte de la Seconde Guerre mondiale, de même je fus plus fort que l'inflation.

La trouille que provoquent les dangers actuels d'inflation aux États-Unis me fait sourire. L'inflation ! Vous n'avez pas idée de ce que ça signifie ! Si l'argent porte un intérêt, disons de quatre pour cent, cela veut dire, en vertu de la loi de l'équilibre, qu'il perd par an le même pourcentage de sa valeur. C'est à peu près le niveau de votre inflation.

J'ignore si l'inflation allemande était artificiellement créée afin d'éponger les dettes de guerre, mais j'y crois assez. Le fait est que le dollar est passé rapidement de 4 marks à 20, puis à 100, puis à 1 000 et finalement à pas mal de fois 1 000, pour grimper à plusieurs millions avant d'atteindre plusieurs milliards de marks. La valeur du mark tendit vers zéro. J'ai une collection historique de timbres allemands, de l'époque des royaumes éparpillés à l'empire en passant par le Troisième Reich jusqu'à la division du pays en trois : Allemagne de l'Ouest, Berlin et Allemagne de l'Est. Les timbres du temps de l'inflation couvrent plusieurs pages.

Il fallait transporter les billets de banque dans des sacs. Les gens couraient le soir acheter quelque chose avec l'argent qu'ils avaient gagné le jour même, parce que le lendemain matin il était déjà dévalué de cinquante pour cent. Les hypothèques ne valaient pas le papier sur lequel elles étaient inscrites.

Deux malades me sauvèrent alors... ainsi que ma présence d'esprit, de cette situation critique. L'un était banquier. Je ne savais rien de ce qu'étaient la Bourse et ses manipulations. Un jour, le banquier me suggéra d'acheter des actions qui représentaient près de cent fois le montant de mes revenus mensuels. Je lui dis qu'il était fou, mais il se contenta de sourire : « Vous pouvez me faire confiance ! Je vais prendre le risque moi-même. Vous achetez les actions maintenant et les payez dans quatre semaines. » Ce que je fis, ne les payant au bout d'un mois que le cinquième de leur valeur. Je recommençai ; puis cela devint inutile. Le salut était venu d'une autre source, un patient qui était boucher à Bremerhaven.

Voilà. C’est tout pour le moment comme dans les séries télé américaines ou les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle. Amitiés à tous.


Pause dans le blog avec Osho (vingt et unième partie) (16 pensées d'Osho qui inspireront votre vie)



  
  
Osho

  
Osho au départ ne s’appelait pas Osho. Il est né sous le nom de Rajneesh Chandra Mohan Jain. Puis il s’est fait connaître dans les années 70 et 80 en se présentant comme Bhagwan Shree Rajneesh. Il publie en 1974 The book of secrets (Le livre des secrets), un livre au titre mystérieux mais au contenu passionnant. Osho est pour moi un des écrivains qui a le mieux parlé de la spiritualité et de la méditation. Il était mystique mais ne croyait à aucun dieu. Il a fait scandale avec la révélation de sa grande fortune personnelle (il possédait plusieurs voitures de luxe). Il y a plusieurs ouvrages de lui que j’ai beaucoup aimés (par exemple Être en pleine conscience, une présence à la vie et Autobiographie d’un mystique spirituellement incorrect).


Cet article est la suite de celui-ci.

  
16 pensées d'Osho qui inspireront votre vie

1) Une fois que tu as commencé à voir la beauté de la vie, la laideur commence à disparaître. Si tu commences à voir la vie avec joie, la tristesse disparaît. Tu ne peux pas avoir en même temps le paradis et l'enfer, tu ne peux en avoir qu'un seul. C'est ta décision.

2) Le jour où tu penses savoir, tu meurs, parce que, à présent, il n'y aura plus d'émerveillement, de joie ou de surprise. Maintenant, tu vas vivre une vie morte.

3) Trouve l'extase en toi. Elle n'est pas ailleurs. Elle fleurit à l'intérieur de toi.

4) Pour éviter la douleur, évite le plaisir. Pour éviter la mort, évite la vie.

5) Quand je dis que vous êtes des dieux et des déesses, je veux dire que vos possibilités sont infinies, votre potentiel est infini.

6) Le seul fait d’être vivant est un cadeau, mais personne ne te dit d'être reconnaissant envers l'existence.

7) Maintenant, l'homme doit apprendre à vivre sans idéologies, religions ou politiques. Quand l'esprit n'est lié à aucune idéologie, il est libre de passer à de nouvelles compréhensions. Et dans cette liberté fleurit tout ce qui est bon et tout ce qui est beau.

8) Au moment de la naissance d'un enfant, la mère naît également. Elle n'a jamais existé auparavant. La femme existait, mais la mère n'a jamais existé. Une mère est quelque chose d'absolument nouveau.

9) Un peu d'idiotie est nécessaire pour profiter de la vie, et un peu de sagesse pour pouvoir éviter les erreurs. Avec cela, ça suffira.

10) Quand tu es conscient, tu as des problèmes. Quand tu es conscient, tu montres des symptômes comme quoi tu ne sais pas où tu es. Ta conscience indique que tu n’es pas arrivé à la maison.

11) La capacité d'être seul est la capacité d'aimer. Cela peut sembler paradoxal, mais ce n'est pas le cas. C'est une vérité existentielle : seules les personnes capables d'être seules sont capables d'aimer, de partager, d'aller au centre le plus profond d'une autre personne, sans posséder l'autre, sans être dépendantes de l'autre, sans réduire l'autre à une chose et sans devenir accro à l'autre.

12) Je vis une vie basée sur deux principes. D’abord je vis aujourd'hui comme si aujourd'hui était mon dernier jour sur Terre. Ensuite, je vis aujourd'hui comme si j’allais vivre toujours.

13) Débarrassez-vous  de l'idée de devenir quelqu'un, parce que vous êtes déjà un chef-d'œuvre. Vous ne pouvez pas être amélioré. Vous devez juste le devenir, le savoir, le réaliser.

14) Chaque fois que vous avez peur, essayez d'explorer, et vous verrez que la mort se cachait quelque part. La mort est la seule source de peur.

15) Seul un aveugle peut définir ce qu'est la lumière. Quand vous ne savez pas, vous êtes audacieux. L'ignorance est toujours audacieuse. La connaissance doute. Et plus vous en savez, plus vous sentez que le terrain qui vous soutient s'effondre. Plus vous en savez, plus vous vous sentez ignorant.

16) Deux personnes mûres qui s'aiment s'entraident pour être libres. Cela n'a rien à voir avec la politique ou la diplomatie. Il n'y a pas de désir de dominer l'autre. Il n'y a que la liberté et l'amour.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


Compte rendu du livre « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls (seizième partie).



 Le système immunitaire de notre organisme.


Je viens de lire un livre que j’ai trouvé à la fois formidablement bien écrit, original et passionnant. Je voudrais vous en faire part à travers quelques articles de ce blog. Il s’agit de « Ma Gestalt-thérapie, une poubelle-vue-du-dehors-et-du-dedans » de Fritz Perls.

Cet article est la suite de celui-ci.

Voici le résumé de ce livre.

Si nous n'exerçons pas de contrôle, si l'organisme n'est pas dirigé par des ordres, comment sommes-nous capables de fonctionner ? Comment peut se réaliser la coopération de ces milliards de cellules ? Comment sont-elles capables de pourvoir à leur subsistance et aux autres exigences de la vie ? Si nous rejetons même la dichotomie esprit/corps, quel pouvoir miraculeux nous anime ?

Avons-nous en nous un dictateur qui prend les décisions ? Un conseil qui décide à l'unanimité, un gouvernement doté du pouvoir exécutif ? Y a-t-il un inconscient, ou des émotions, ou un cerveau électronique faisant le boulot ? Y a-t-il un Dieu, une âme imprégnant le corps et prenant à son compte toutes ses exigences et ses buts avec une sagesse infinie ?

Nous ne savons pas ! Nous ne pouvons que faire des suppositions, des modèles, des plans, des hypothèses de travail, et vérifier à chaque seconde leur exactitude et leur fiabilité. Et même si nous savions, à quoi cela nous avancerait-il ?

Aucune théorie n'est valide, si elle admet une seule exception. Si nous trichons, si nous dissimulons les preuves, nous sommes non pas des scientifiques mais des manipulateurs, des hypnotiseurs, des charlatans, ou du moins des propagandistes au service de notre propre importance.

Des brumes de l'ignorance, émerge-t-il des pierres qui permettent de bâtir une théorie fiable, complète, unifiée et applicable, de l'homme et de ses fonctions ?

Il y en a quelques-unes, pas très nombreuses encore, mais suffisantes pour nous donner une direction digne de confiance pour nos buts spécifiques.

J'ai fait de la conscience le centre de mon approche, reconnaissant que la phénoménologie est le premier pas indispensable vers la connaissance de tout ce qu'il y a à savoir.

Sans conscience il n'y a rien.

Sans conscience il y a le vide.

La moyenne des gens se méfie du néant. Elle le trouve étrange et inquiétant. Il lui paraît absurde qu'on puisse avoir recours à lui et s'en servir en philosophe.

Il y a plusieurs existants : les choses, les êtres, les substances chimiques, l'univers, les journaux, et ainsi de suite, à l'infini. Nous ne les classons certainement pas tous dans la même catégorie.

Je ne vois pas beaucoup de catégories de néant, et je crois qu'il vaut la peine, qu'il est indispensable même pour notre propos, de parler de quelques-unes d'entre elles. Prenons comme exemple l'histoire de la création.

D'après tout ce que nous savons, le temps est infini, sans commencement ni fin. Nous apprenons déjà à compter en milliards d'années. L'homme n'a pu tolérer l'idée qu'il n'y ait « rien » au commencement. Alors il a inventé des histoires sur la façon dont fut créé le monde, histoires qui varient selon les différentes cultures et qui fort à propos laissent dans l'ombre le problème de la création du créateur. Ces histoires remplissent un néant que nous pourrions appeler un vide, une vacance, d'une étrangeté inquiétante.

Parfois le néant prend un aspect désirable, comme quand il est vécu dans le contexte de la peine, de la détresse ou du désespoir. Shalom, le salut hébreu, est paix, absence de conflit. Le Nirvana est la cessation de la difficulté de vivre. Le Léthé, c'est l'état d'oubli, l'effacement de l'intolérable.

Parfois le néant est le résultat de la destruction, et, en psychanalyse, du refoulement : l'annihilation de choses, personnes ou souvenirs indésirables.

On peut aussi opposer le néant, dans le sens occidental du terme, à l'idée orientale du néant : no-thing-ness, le « ne-rien-être ». Les choses n'existent pas, chaque événement est un processus, la chose est simplement une forme transitoire d'un processus éternel. Parmi les philosophes pré-socratiques, c'est Héraclite qui soutenait les mêmes idées : Panta rhei, tout est « en fluence », nous ne mettons jamais les pieds deux fois dans le même fleuve.

Dire à une femme qu'elle a la tête vide est pour nous une insulte. Pour un Oriental, cela peut être un grand compliment : sa tête n'est pas obstruée, mais disponible.

Ma première rencontre philosophique avec le néant a été le rien sous la forme du zéro. Je l'ai découvert sous le nom de l'indifférence créatrice, grâce à Sigmund Friedlander.

Je reconnais trois gourous dans ma vie. Le premier était Sigmund Friedlander, qui se donnait lui-même pour néo-kantien : j'ai appris de lui la signification de l'équilibre, centre-zéro des extrêmes. Le deuxième est Selig, notre sculpteur et architecte de l'Institut d'Esalen. Je sais qu'il serait furieux de savoir que je parle de lui. Il s'agit d'une véritable intrusion dans sa vie privée. Ecce homo ! Voici vraiment un « Mensch », un être humain absolument dépourvu de prétention, sage, humble, plein de savoir-faire. En tant que citadin, je n'ai pas eu beaucoup de contacts avec la nature. A le regarder, à voir ses relations et sa compréhension des êtres humains, des animaux et des plantes, à comparer sa discrétion et sa confiance avec mon émotivité et mes airs de prima donna, à sentir enfin la présence d'un être qui m'est cent fois supérieur, et, pour finir, le sentiment de respect mutuel et d'amitié qui s'est fait jour, j'ai appris à surmonter presque tout ce qu'il y a de pompeux chez moi et d'affecté.

Mon dernier gourou a été Mitzie, une magnifique chatte blanche, qui m'a appris la sagesse de l'animal.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.