Affichage des articles dont le libellé est zazen. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est zazen. Afficher tous les articles

samedi 23 février 2019

Borges et le bouddhisme : étude de l’ouvrage " Qu’est-ce que le bouddhisme ? " par Jorge Luis Borges et Alicia Jurado (1976) (sixième partie : le bouddhisme zen, deuxième sous-partie).




Un moine zen.


Cet article est la suite de celui-ci. 


Pour provoquer le satori certains maîtres remplacent le koan par des moyens plus violents. A une demande de son disciple au sujet du voyage de Bodhidharma, Ma-Tsu l'envoie au sol d'un coup de pied. Le néophyte se met à rire et s'écrie : « Innombrables sont les vérités enseignées par les Bouddhas. Il n'y en a plus une seule maintenant que je ne comprenne avec toutes les autres. » D'autres maîtres avaient recours au cri, à la gifle ou à diverses autres formes de violence physique. Il y a des exemples moins excessifs. Te-Shan, avant sa révélation, avait choisi pour maître Ch'ung-Hsin. Il alla loger dans son monastère ; un soir qu'il méditait assis, Ch'ung-Hsin lui demanda : « Pourquoi n'entres-tu pas? » Te-Shan répondit : « Il fait sombre. » Le maître revint avec une bougie allumée et quand le disciple voulut la prendre, il la souffla ; Te-Shan comprit immédiatement la Vérité.

Si on compare la mystique chrétienne ou islamique à celle du bouddhisme, on notera entre elles les affinités suivantes : a) le mépris des schémas rationnels lorsqu'ils ne sont que des moyens ; personne ne pense que les nombreux volumes de la Somme Théologique puissent être l'équivalent de l'expérience de la Vérité; b) la perception intuitive, différente de celle que peuvent fournir les sens ; c) la connaissance absolue, qui nous donne une certitude complète, que l'exercice de la logique ne peut réfuter ; celui qui la possède peut se passer de prémisses et de conclusions. Une fois maître de la vérité, le mystique s'aperçoit que l'opposition des contraires se fond d'une certaine façon dans une réalité supérieure; il est donc aussi au-delà des valeurs de la morale courante. Quand saint Augustin écrivit : « Aime et fais ce qu'il te plaît », peut-être voulut-il dire que l'homme qui est parvenu à l'amour divin est incapable de mal agir ; d) l'annihilation du Moi. Notre vie passée est absorbée dans le grand Tout; la paix et le soulagement en sont la récompense immédiate ; e) la vision du multiple univers transformé en une unité ; f) une sensation de félicité complète.

Si nous considérons maintenant les traits qui les différencient, nous voyons que le bouddhisme se passe de toute relation personnelle avec un dieu, car c'est une doctrine essentiellement athée où il n'y a ni croyant ni déité. A l'inverse de ce qui marque le judaïsme et ses dérivations, le christianisme et l'islamisme, on note également l'absence de ces concepts pathétiques de faute, de repentir et de pardon. On n'atteint pas le satori par l'adoration, la crainte, la foi, l'amour de Dieu ou la pénitence ; il s'agit ici d'une discipline qui ne vise que la paix et élimine les émotions. Le maître Te-Shan ne pria jamais, ne demanda jamais le pardon de ses fautes, ne vénéra jamais l'image du Bouddha, ne lut jamais les écritures et ne brûla jamais d'encens. De tels actes étaient, à son avis, d'inutiles formalités; seule l'intéressait l'incessante et l'intense quête mystique.

Tai-Hui compare le satori à un incendie sur le point de nous consumer, ou bien à une épée nue qui peut nous tuer. L'univers entier est un koan vivant et menaçant que nous devons résoudre et dont la solution implique celle de tous les autres. Inversement, chacune des parties contient le tout (c'est ce qui se passe avec les nombres transcendants étudiés par Cantor, dont chaque série a le même nombre que le total) ; il suffit d'en comprendre une pour comprendre l'univers.

La compréhension intellectuelle de la doctrine du Bouddha n'est pas importante ; l'essentiel est une illumination intime, qui semble correspondre à l'extase. Souvenons-nous de la parabole hindoue du voyageur qui parcourt en été un désert et qui, croisant un autre voyageur, lui dit qu'il est mort de fatigue et de soif, et qu'il est à la recherche d'une source. L'autre lui indique le chemin. Cette indication n'apaisera pas sa soif et ne soulagera pas sa fatigue ; il faut pour cela que le voyageur parvienne lui-même à la source. Le désert est la naissance et la mort; le premier voyageur est tout être vivant; le second est le Bouddha; la source est le Nirvana. Comme tous les mystiques, le bouddhiste met en doute la valeur du langage et des raisonnements. Rappelons la parabole de la flèche, exposée par Gautama lui-même ; le Zen a repris cette tradition et fait passer le satori avant les rites, l'érudition et la discussion philosophique. Le satori est donc le principe et la fin du Zen; on l'a comparé à une fleur qui s'ouvre et s'épanouit d'un seul coup.



La suite donc sur le bouddhisme zen une prochaine fois comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles. Amicales salutations.


dimanche 9 décembre 2018

Compte rendu de la conférence, « Zazen et pleine conscience (Mindfulness). Entre terre et ciel » animée par Alexis Desouches le samedi 8 décembre au Dojo Zen de Paris.




Alexis Desouches.



Ancien avocat, médiateur et consultant, Alexis Desouches pratique zazen depuis l'an 2000. Il a reçu cette année l'ordination de bodhisattva. Formé auprès du Centre pour la mindfulness de la Faculté de Médecine de l'Université du Massachussetts, il est notamment instructeur du programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Restriction) de réduction du stress fondé sur la pleine conscience conçu par le Docteur Jon Kabat-Zinn.

Alexis Desouches est fondateur de la société de conseil Kamilex. Passionné par les méthodes d’amélioration continue et de performance propres à l’esprit startup, il accompagne des entrepreneurs francophones dans la création et le développement de leurs organisations. 

Il est membre actif de l'Association pour le Développement de la Mindfulness (ADM), membre co-fondateur de l'association « Mindfulness Solidaire » qui partage la pratique de la mindfulness avec les personnes en grande précarité et les détenus  ainsi que du think tank (groupe de réflexion) citoyen « Initiative Mindfulness France » qui vise à informer et à sensibiliser le monde politique et les décideurs publics sur les bienfaits que peut apporter la mindfulness dans la société, et plus particulièrement dans le domaine de la santé, de l'éducation,  du travail et de la justice.

Alexis Desouches a aussi conçu le programme d’approfondissement de la pleine conscience de l’application de méditation pour smartphones « Petit Bambou ».

Il dédie cette conférence au maître zen Bernie Glassman, militant de la paix dans le monde, qui vient de nous quitter le 4 novembre de cette année. 

Le conférencier nous confie qu’il voulait appeler sa conférence « Zen et pleine conscience » et qu’on lui a suggéré « Zazen et pleine conscience ». Loin de s'opposer, zazen et mindfulness s'éclairent mutuellement.

Alexis Desouches demande aux participants ce que signifie le mot « zazen » pour eux.

Zazen, c’est s’asseoir sans but, sans esprit de profit.

C’est prendre conscience des limites de notre vie, des filtres de notre esprit (jugements, croyances).

Comme disait le maître zen Dôgen : « Se connaître soi-même, c’est s’oublier. S’oublier soi-même, c’est s’ouvrir à toutes choses. »

Comme l’écrivait Shunryu Suzuki dans « Esprit zen,esprit neuf », « La pratique du zazen est l’expression directe de notre vraie nature. Au sens strict pour un être humain, il n’y a pas d’autre pratique que cette pratique ; il n’y a pas d’autre manière de vivre que cette manière de vivre. »

Alexis Desouches explique ensuite les origines bouddhistes de la méditation de pleine conscience (mindfulness). Mindfulness est la traduction donnée dès 1881 par T. W. Rhys Davids, célèbre spécialiste anglais de la langue Pali, du terme sati (smirti en Sanscrit), étymologiquement relié à la notion de mémoire, de souvenir. Souvent associé au terme sampajanna (en Pali), entendu comme une expérience directe, claire, profonde et constante de l'impermanence des phénomènes, sati est une exhortation à nous souvenir, à prêter attention, avec discernement, à ce que nous vivons. 

Dans son « Grand discours sur l'établissement de l'attention» (Maha Sati-patthana Sutta), le Bouddha a donné une importance particulière à cette posture attentionnelle, à cette attention juste (sama sati), faisant de celle-ci la pierre angulaire des sept autres pratiques composant l'Octuple Noble Sentier, la dernière des Quatre Nobles Vérités dans lesquelles il a condensé son enseignement : l'existence universelle de la souffrance (dukkha), les origines de cette souffrance, sa cessation possible, et le chemin menant à cette extinction.

La mindfulness (pleine conscience), telle que la pratique et l’enseigne Alexis Desouches, est le programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction), qu'a créé un scientifique reconnu Jon Kabat-Zinn (il existe une autre méthode la MBCT, Mindfulness  based cognitive therapy : voir à ce sujet le livre de Christine Mirabel-Sarron "Mener une démarche de pleine conscience, Approche MBCT").

En 1979, celui-ci, professeur en biologie moléculaire au Massachusetts Institute of Technology (MIT), pratiquant à la fois le zen, le yoga, l'aïkido, et la méditation Vipassana, eut l'intuition, conçut et développa au sein de la Faculté de Médecine de l'Université du Massachusetts, le programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) de réduction du stress fondé sur la pleine conscience. Il résume la pleine conscience dans cette phrase : « Prêter de manière intentionnelle attention au moment présent, sans jugement ».

Quel est le contenu de ce programme ?

Ancré dans le courant de la médecine intégrative, qui envisage le corps et l'esprit comme formant un tout, fondé sur un entraînement systématique et intensif à la Mindfulness, le programme MBSR est enseigné de manière collective (jusqu'à 20 personnes), sur une période de 8 semaines à raison d'une session d'information, de 8 sessions hebdomadaires de 2H30, et d'une journée d'intégration en silence, soit 31 heures d'enseignement. Le programme est structuré sous la forme d'un parcours destiné à soutenir la santé des participants, soulager la détresse et la souffrance liées à la grande variété des défis, des pathologies médicales ou psychologiques auxquelles ils doivent faire face dans leurs vies. La pratique intensive de la Mindfulness et des sept attitudes qui en constituent les piliers majeurs (le non-jugement, la patience, l'esprit du débutant, la confiance, l’effort sans effort, l'acceptation et le lâcher-prise), donne aux participants la possibilité d'entrer différemment en relation avec une douleur, un stimulus ou une expérience quelconque, afin d'être en mesure d'apporter à chaque situation une réponse adaptée au lieu d'y réagir de façon automatique. 

Les sessions du programme proposent un ensemble d'outils et de techniques fondés sur la Mindfulness, simples à mettre en œuvre (scan corporel, méditation assise, couchée, debout et en mouvement), des exercices d'étirement issus du Hatha Yoga, des pratiques informelles de Mindfulness issues de la vie quotidienne, comme manger en pleine conscience, mais aussi des partages d'expérience en groupe, des dialogues exploratoires ainsi que des apports théoriques et pédagogiques (physiologie, psychologie du stress, communication, neurosciences ...). Enfin, des cahiers d'exercice et des méditations guidées sont mis à disposition des participants sous format numérique, pour qu'ils puissent pratiquer, tous les jours, en autonomie, entre deux sessions.

Le conférencier développe ensuite les sept attitudes pratiquées dans les stages de MBSR : le non-jugement, la patience, l'esprit du débutant, la confiance, l’effort sans effort, l'acceptation et le lâcher-prise

1) Le non-jugement
Il ne faut pas juger les situations surtout en terme de dualité : l’agréable et le désagréable, ce qu’on aime, ce qu’on n’aime pas pour ensuite rejeter le désagréable et ce qu’on n’aime pas.

2) La patience
Le stage de MBSR dure huit semaines.

3) L'esprit du débutant
Les stagiaires pratiquent la posture du témoin. Ils essaient de découvrir les choses comme s’ils les voyaient pour la première fois. Alexis Desouches donne la référence pour ce qui est du zen au livre du maître Shunryu Susuki « Esprit zen, esprit neuf ».

4) La confiance

5) L’effort sans effort,
Dans le zazen, il y à la fois but et absence de but. On laisse de côté les objectifs. On a une attitude ouverte, sans choix, et l’on repère nos automatismes émotionnels. Cela constitue une présence ouverte, douce. On s’aperçoit que les pensées nous arrivent sans qu’on les choisisse.

6) L'acceptation
Dans le zazen, on accepte les choses telles qu’elles sont.

7) Le lâcher-prise


Conclusion :

Le fait de laisser les participants s'approprier, à leur rythme, les outils de la pleine conscience, ici envisagée comme une pratique universelle n'ayant nullement besoin de se référer explicitement à ses anciennes racines éthiques, en explorant le fonctionnement de leur esprit et les liens existant entre la qualité de l'attention, l'expérience de la souffrance et l'amélioration de leur santé, constitue une expérience profondément transformatrice, qui se déploie bien au-delà de 8 semaines. Il s'agit là d'une occasion unique pour les participants de guérir de bien des maux, de prendre soin d'eux, des autres et du monde. 

En cela, le programme MBSR entre pleinement en résonnance avec l'étymologie latine du mot méditation (meditari, dérivé de mederi) qui signifie, lui aussi, pendre soin.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous

dimanche 2 décembre 2018

Description de « Zazen », la méditation assise du Zen, par Philippe Cornu dans le « Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme ».




Un très bon ouvrage sur le Zen.


Philippe Cornu nous détaille le « zazen », la méditation assise du Zen, dans son splendide ouvrage « Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme ».

Zazen : « Méditation assise », terme désignant habituellement la technique méditative utilisée dans le Chan / Zen en guise d'accès direct à l'Éveil. Zazen n'est pas une méditation progressive constituée de samatha puis de vipasyanâ ; c'est plutôt une méditation qui ne se fixe sur aucun objet et ne se concentre sur aucun contenu mental. Faire zazen signifie reconnaître que l'on a depuis toujours la nature de bouddha. C'est, selon Dôgen, un des premiers maîtres du Zen, la pratique et l'Éveil simultanément, ce qu'il appelle shikantaza, « juste s'asseoir ». Zazen n'est pas un moyen pour atteindre un but, mais le fait de demeurer dans l'essence même du dhyâna à chaque instant de la pratique.

L'aspect « technique » du zazen se réduit essentiellement à la posture que le pratiquant doit assumer. Dôgen en a défini les points essentiels :

1. Les conditions extérieures sont un lieu paisible et silencieux, ni froid ni chaud, ni trop lumineux ni trop obscur, une simplification des activités physiques et mentales, manger et boire modérément.

2.            S'asseoir sur un coussin rond (zafu) posé sur une natte large et épaisse.

3.            Assumer la posture du lotus ou du demi-lotus. Pour le lotus, on place le pied droit sur la cuisse gauche, puis le pied gauche sur la cuisse droite. Pour le demi-lotus, on se contente de presser le pied gauche sur la cuisse droite. La main droite est posée paume en l'air sur le pied gauche et la main gauche repose sur la main droite, les deux pouces se touchant l'un l'autre. Les vêtements ne sont pas serrés.

4.            Redresser le dos sans pencher à gauche, à droite, vers l'avant ou l'arrière. Les oreilles sont dans la ligne des épaules, le nez est à l'aplomb du nombril.

5.            La langue est contre le palais, lèvres et dents sont jointes et les yeux sont ouverts.

6.            Une fois la posture assumée, expirer profondément par la bouche entrouverte et inspirer par le nez avant de se balancer de droite à gauche pour équilibrer la posture.

7.            À présent immobile, la respiration souple et naturelle : « Qu'on pense le fond de cette non-pensée. Comment cela ? Sans penser. » Là encore, comme l'a dit Nagaku, « si vous êtes attaché à la forme de l'assise (JAP. Zaso), vous ne comprenez pas son principe ». Et Shunryu Suzuki de préciser : « Pratique formelle, esprit informel. »

Dans le Zen sôtô, zazen se pratique face aux murs latéraux du zendô, tandis que, dans le Zen rinzai, on le pratique face à l'allée centrale de la salle. Pendant la séance, le silence et l'immobilité sont de rigueur. L'emploi du kyôsaku, bâton plat (1,30 mètre x 0,06) avec lequel un moine frappe les muscles du haut du dos des pratiquants pour détendre ou tonifier la posture, n'est pas systématique.

S'il s'agit d'une pratique collective de zazen de quelques heures ou d'une journée, on parle de zazenkai (« réunion de méditation assise »). S'il s'agit d'une retraite de plusieurs jours, jusqu'à une semaine, le terme employé est celui de sesshin (« recueillement de l'esprit »), période où l'on pratique habituellement zazen six à dix heures par jour.


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.