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lundi 20 avril 2020

« L'Encyclopédie et la magie blanche » (article de Fanch Guillemin paru dans le journal de prestidigitation «Magicus Magazine», N° 145, juillet – août 2006).







  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 160 (mars-avril 2009). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 160 dont j’ai extrait cet article «  L'encyclopédie et la magie blanche  »  écrit par Fanch Guillemin. 



« L'Encyclopédie et la magie blanche


« Gibecière : (Shibbeker, en allemand) Espèce de grande bourse ou de petit bissac ordinairement de cuir quelquefois couvert d'étoffe ; mais cette dernière sorte ne sert guère qu'aux bateleurs et joueurs de gobelets pour les tours d'adresse dont ils amusent le public. M. Eccar dérive ce mot, avec assez de vraisemblance, de l'allemand «shieben» : cacher, serrer ; et de «becher» : gobelet ...».
 D.J. L'Encyclopédie, Paris, Briasson, 1751-1772


Diderot et l'Encyclopédie

Denis Diderot (1713-1784) : philosophe des lumières, écrivain de talent, critique d'Art et de théâtre, réalisa, avec d'Alembert, cette œuvre monumentale que fut L'Encyclopédie : tableau synthétique des connaissances humaines à la veille de la Révolution.

La magie blanche devait y trouver sa place ; et nous avons déjà vu (Magicus n° 130) comment Diderot s'intéressa au «physicien» Comus (Lettres du 28 Juillet, 12 Août et 12 Sept. 1 762). J'ai également cité dans mon étude, L'Art du ventriloque, 2005, des passages tirés de son article de L'Encyclopédie sur ce sujet, ainsi que de son petit conte comique. Les Bijoux indiscrets, 1748.

Diderot s'entoura, pour son ouvrage gigantesque, des meilleurs spécialistes de l'époque, comme Berthoud pour l'horlogerie, AIlard pour la mécanique, de la Chapelle pour l'arithmétique et la géométrie, Le Monnier pour l'aimant et l'électricité, Roux pour la chimie, Schenau pour les miroirs, etc.

Mais son collaborateur le plus passionné et le plus efficace fut le chevalier de Jaucourt qui l'assista, du début à la fin de cette fabuleuse aventure, malgré les risques et les pressions diverses exercées sur lui par l'Eglise et la noblesse la plus réactionnaire.


Le Chevalier de Jaucourt

Louis, chevalier de Jaucourt (1704-1780) docteur en médecine et érudit, savant intègre et désintéressé, issu d'une famille de la haute aristocratie, s'engagea à fond dans cette tâche immense, faisant l'admiration de Voltaire, qui le définissait ainsi :

«Un homme, au-dessus des philosophes de l'Antiquité, en ce qu'il a préféré la vraie philosophie et le travail infatigable, à tous les avantages que pouvait lui procurer sa naissance ...». Dictionnaire de Diderot, Paris, Champion, 1999.
Diderot, de son côté, lui rendit homma
ge, en 1760 déclarant que jamais L'Encyclopédie n'eût pu parvenir à son terme sans sa participation.

Pour notre part, on peut noter que tous les articles consacrés à l'escamotage sont signés de son nom ou de ses initiales : D.J.

Cet aristocrate distingué ne jugea donc pas déchoir en expliquant ces « bagatelles » qu'il estimait d'ailleurs très utiles «pour apprendre aux hommes à chercher les causes de plusieurs choses qui leur paraissent fort surprenantes ...». Le scientifique Auguste Lumière en revendiquera aussi plus tard cette valeur pédagogique pour le développement de l'esprit critique.

Les tours de gobelets sont empruntés au chapitre rajouté par Montucla, vers 1720, aux Récréations mathématiques d'Ozanam. De Jaucourt, comme Carlo Antonio, en reprit les passes principales sans rien y apporter de neuf. Il faudra attendre Guyot, en 1769, pour l'explication d'une nouvelle routine qu'il attribuait à l'architecte allemand M. Kopp (l'extraordinaire manuscrit de J. Brière-Dumartherey, rédigé en 1732, n'ayant malheureusement jamais été publié) (cela a été réalisé depuis : https://academiedemagie.com/fr/nouveautes/3319-le-veritable-hocus-pocus-de-j-briere-dumartherey.html).

Mais, De Jaucourt révèle cependant, dans une autre partie plus personnelle, six tours de cartes nouveaux, non basés sur les mathématiques, et un tour d'escamotage avec des jetons dont l'explication et le boniment laissent à penser qu'il pouvait être, lui-même, un amateur averti.


Les mangeurs de feu

A partir du témoignage et d'un mémoire de M. Dodart à l'Académie des sciences, mentionnant également le bateleur M. Thoinard d'Orléans et une dame de la même ville, de Jaucourt consacre un chapitre aux mangeurs de feu comme le Sieur Richardson, anglais, qui étonna les Parisiens en 1677. (S.W. Clarke, dans Annals of conjuring, donne une autre relation antérieure, par Evelyn, des exploits de ce bateleur, à Savile House, le 8 Octobre 1672) : «Richardson faisoit rôtir une tranche de viande sur un charbon dans sa bouche, l'allumoit avec un soufflet, et l'enflammoit par un mélange de poix, de résine et de soufre ; ce qui produisoit le même frémissement que l'eau dans laquelle les forgerons éteignent le fer. Et bientôt après il avaloit ce charbon enflammé. Il ernpoignoit aussi un fer rouge dans sa main, etc.» (D.J. Article : Tours).

Cependant, contrairement à M. Dodart, de Jaucourt propose quelques explications plausibles : « Le charbon allumé m'étonne peu. Il n'est presque plus très chaud dès le moment qu'il est éteint : l'Anglais pouvait alors l'avaler. Le soufre ne rend pas le charbon plus ardent, il ne fait que le nourrir ; sa flamme brûle foiblement. Le soufflet de cet Anglois industrieux soufflait apparemment plus sur sa langue que sur le charbon. Le mélange de poix, de soufre et de résine n'est pas trop chaud pour une bouche calleuse et abreuvée de salive ; et néanmoins la petite tranche de viande se grilloit à merveille.

Le frémissement dans la bouche n'était pas l'effet d'une extrême chaleur mais de l’incompatibilité du soufre allumé avec la salive. Et cet Anglois devait présenter une conformation singulière d'organes fortifiée par l'habitude, l'adresse et le tour de main ...».


Trucs  divers et machines de  théâtre

L'Encyclopédie de Diderot présente aussi plusieurs planches d'appareils de physique, de mécanique ou d'optique, comme des vases truqués et des lanternes magiques. On y découvre des grands trucs les plus variés, allant de la volerie aux divers effets spéciaux habituels (On sait que Diderot était passionné de théâtre), Les magiciens perfectionneront, simplifieront et adapteront progressivement certaines de ces techniques pour leur spectacle de grande illusion.
Ainsi, L'Encyclopédie de Diderot est donc un ouvrage tout à fait digne, n'est-ii pas vrai ? de figurer dans la bibliographie de notre Art.

P.S. Ne pas confondre L'Encyclopédie de Diderot avec le Dictionnaire encyclopédique des amusements des sciences mathématiques et physique, rédigé par Lacombe, et publié par Panckouke, à Paris, en 1792 (Un vendeur, sans doute non averti, proposait, en 2005, ce dernier livre sur Internet, en l'attribuant à Diderot).


« Gibecière » est aussi le titre d'une nouvelle revue historique de très grand intérêt, éditée par William Kalush. Le n°1, hiver 2005, compte 137 pages in 8°, et m'a été aimablement communiqué par Volker Huber qui y a publié un remarquable article sur le « yawning mouth » (ou portefeuille à échanges) avec d'extraordinaires reproductions en couleur de peintures et de gravures représentant ce tour depuis le début du XVlème siècle. On y découvre d'autres études aussi passionnantes, par Stephen Minch, Vanni Bossi, Robert Jütte et Ricky Jay.

Site Internet du Conjuring Arts Research Center, www.gibeciere.com   »





Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


lundi 30 mars 2020

Croire ou ne pas croire ? (article du prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin).




Alexis Didier, médium ou truqueur ?


Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour désennuyer les magiciens confinés, le prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin m'a autorisé d'une manière très altruiste à reproduire plusieurs de ses anciens articles. Un grand merci à lui pour sa formidable générosité et un grand bravo pour son talent unique d'écrivain et d'historien.

« L’escamoteur fut longtemps  considéré comme suppôt de Satan, et il fallut attendre pratiquement le XlXème siècle pour le débarrasser de cette image, l'accepter dans la « bonne société », et s'intéresser à son opinion.

Avis de Roberston.

Ridiculisé en 1784, par une commission scientifique qui refusait de prendre des vessies pour des lanternes. Mesmer avait alors proposé à Roberston une association pour redorer son blason grâce au succès de la Fantasmagorie de ce dernier, qui, très amusé, le pria gentiment d'aller se faire pendre ailleurs.

« A diverses reprises - explique-t-il - je voulus être témoin de ces prodiges ... Je ne reconnus que des jongleries ménagées pour tromper les spectateurs. C'est ainsi qu'un homme se mit complaisamment en rapport avec le magnétiseur : on lui donna un livre, et une somnambule, qui avait les yeux fermés, se mit à lire, sans livre, à l'autre coin de la chambre, et à haute voix, le même passage qu'il avait sous les yeux ... » (« Mémoires  Récréatifs ... », 1831, vol. I. chap. 14).

Témoignage contesté de Robert-Houdin.

J.B. Marcillet, magnétiseur réputé et excellent imprésario de surcroît, connut un grand succès dans cet art de double-vue, en lançant quelques somnambules, dont les plus célèbres furent les frères Didier : Adolphe et surtout Alexis, qui stupéfia Alexandre Dumas et Victor Hugo, lesquels - il est vrai - ne connaissaient pas grand-chose à l'affaire.

Alexis Didier se faisait couvrir les yeux d'un tampon d'ouate que l'on fixait par deux foulards entrecroisés. Les illusionnistes d'aujourd'hui se font d'abord coller les paupières par du sparadrap et y rajoutent une cagoule « opaque », ce qui ne les empêche pas pour autant d'y voir clair !

Et cependant, Robert-Houdin, confronté à Alexis par le Comte de Mirville, écrivit à ce dernier plusieurs lettres surprenantes, déclarant que ce qu'il avait observé ne relevait absolument pas de prestidigitation. (« Des Esprits ... », de Mirville, 1854). Selon Michel Seldow (« Vie et Secrets de Robert-Houdin », Fayard) le maître, plutôt ennuyé, n'aurait pas voulu porter tort à un confrère, en révélant ses trucs.

Selon Christian Fechner, Robert-Houdin se serait surtout montré diplomate, en évitant de heurter les croyances d'un noble influent.

Et selon Jacques Voignier - et c'est aussi mon avis - ces deux arguments sont tout à fait plausibles, mais il n'est pas exclu non plus, que Robert-Houdin ait pu se faire avoir par Alexis, mentaliste très habile, spécialisé dans cette branche : car une seule lettre de témoignage eût suffi dans les deux premiers cas.

Daniel Home et Moreau-Sainti.

Mais le médium le plus célèbre, dans la grande vogue du spiritisme, fut évidemment Daniel Home, dont le « Journal du Magnétisme », 25 avril 1857, rapporte que : « l'on fit venir pour contrôler,  M. Moreau-Sainti, un prestidigitateur consommé ».

Les faits se sont passés au Palais-Royal en présence du Prince Napoléon et de plusieurs autres personnages. "Après un examen attentif, force a été à M. Moreau-Sainti de convenir qu'il n'y avait aucune des pratiques ordinaires de la prestidigitation dans tout ce que faisait M. Home ...".

Il est vrai que la famille impériale était très entichée de Daniel Home, et que Moreau-Sainti avait   de toute façon intérêt à se montrer également, « diplomate » pour ne pas déplaire à qui de droit ...

Bref, toutes ces déclarations n'ont pas grand'chose de concluant, pas plus que celles des scientistes de l'époque ou des savants naïfs comme William Crookes. La Magie est-elle d'ailleurs un objet d'étude scientifique ?

En quarante années de bourlingue, j'ai rencontré quelques sorciers dont certains savaient concrétiser leurs pouvoirs par des procédés d'illusionnisme, rudimentaires souvent, mais habilement présentés et convaincants : comblant ainsi le besoin de Merveilleux enraciné en nous.

Et cette fin de siècle est curieusement l'inverse de la précédente, car le scientisme moribond a refait place à une Magie « new-âge » triomphante qui nous promet les miracles et le bonheur que la Science n'a pu nous apporter jusqu'à présent ... Quelle chance nous avons ! »

Voilà C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !





Mentalistes du passé (article du prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin).


Fanch Guillemin.
Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le prestidigitateur et historien de la prestidigitation Fanch Guillemin m'a autorisé d'une manière très altruiste à reproduire un de ses anciens articles. Un grand merci à lui pour sa formidable générosité et un grand bravo pour son talent unique d'écrivain et d'historien.

Mages antiques
Virgile (79 à 19 av. J.C.) fut longtemps considéré comme enchanteur : peut-être par sa vaste connaissance des sciences mathématiques et naturelles. Sa VIII ème Bucolique met d'ailleurs en valeur le rapport de la magie et de la poésie. Ses livres étaient consultés, en tirant un vers au sort, en augure qu'il fallait savoir interpréter, comme plus tard les poèmes à énigmes de Joachim de Flore et de Nostradamus.
Saint-Augustin (354-430) déclarait avoir connu un magicien nommé Alcibérius, capable de « deviner» des vers de Virgile, sans les voir : comme dans notre moderne version du « book-test ». Notons que les Anciens utilisaient déjà des méthodes de mnémotechnie
De son côté, le Grec Lucien de Samosate (vers 125-192) évoque les techniques du célèbre mage Alexandre de Abonotica. Celui-ci descellait et recollait discrètement et habilement les messages préalablement déposés chez lui la veille par ses consultants, afin d'en connaître le contenu. Puis il y répondait spectaculairement par la voix supposée d'un grand python apprivoisé qu'il tenait dans ses bras, et auquel il avait artistiquement fixé une fausse tête à mâchoire mobile qu'il pouvait actionner secrètement par un fil comme une moderne poupée de ventriloquie...

Les devins médiévaux
Les Arabes, héritiers des civi­lisations gréco-latines, in­troduisirent en Europe les chiffres dits « arabes » (venus en fait de l'In­de), ainsi que la pratique des carrés magiques permettant de curieux effets de mentalisme. À la même époque, Alcuin de York (735-804) présentait à Charlemagne des tours de divination basés aussi sur des  procédés mathématiques qu'il révéla dans son manuscrit : De arithmeticis propositionibus (Université de Trieste).
La Renaissance
Un étonnant manuscrit, composé à Lyon en 1484 par Maistre Nicolas Chuquet, enseigne une douzaine de tours de divination : S'ensuyvent les jeux et esbatemens qui par la science des nombres se font.. On y trouve par exemple le truc des 3 dés, et surtout celui des 3 choses diverses : excellents effets de mentalisme encore présentés au­jourd'hui. Max Maven m'a d'ailleurs déclaré que le tour des 3 choses diverses était selon lui le modèle du genre !
Enfin, l'exceptionnel manuscrit, rédigé à Bologne entre 1496 et 1499 par le franciscain italien Luca Pacioli en collaboration avec Léonard de Vinci, nous offre un premier pa­norama précis de cet art à cette époque, et d'autres secrets d’illusionnisme : comme des tours de pièces, de cartes, de liquides, de couteaux, d’œufs ou de feu, etc.
Giovanni de Jasonne et la double-vue
Après l'exposé de diverses tech­niques, dont l'utilisation de compères, Luca Pacioli suggère de communiquer par code avec un en­fant « dressé » à.cet effet : « Tu pourras lui enseigner à deviner à distance quelles cartes auront été touchées par des spectateurs. II faudra pour cela te mettre d'accord avec lui par l'intermédiaire de nombres, c'est à dire qu'il faudra donner un numéro aux .figures et aux autres cartes..., Selon les tours. vous pourrez ainsi procurer beau­coup d'étonnement et de plaisir à l'assistance, en prenant l'air inno­cent, de manière que tout semble seulement produit par art magique divinatoire.
Tu pourras de même lui transmettre le résultat du jeu des 3 dés ou des 3 choses diverses, qui font toujours beaucoup d'effet. Mais il faut, com­me je te le dis, agir avec grand soin, prudence et finesse, et que rien ne paraisse suspect, parce que le5 choses sont d'autant plus belle, qu'elles sont secrètes...
Un habitant de Ferrare, nommé Giovanni de Jasonne , opérait ainsi avec son jeune fils qu'il avait dressé dès sa plus tendre enfance à de semblables gentillesses. Il communiquait avec lui par l’intermédiaire de nombres, de signes et de gestes de la main, des pieds, de la toux, d'exclamations et d'actes convenus, comme de jeter des couteaux sur une table, etc. Il lui transmettait ainsi le message à deviner, en usant de mots et de silences significatifs, de manière à ce que l'assistance ne se rende compte de rien.
Il avait ordonné à son fils d'avoir les yeux fixés sur ses mains, tout en conservant toujours l'air innocent, et il composait avec naturel les paroles, les syllabes et les nombres voulus...
Avec cela, il est venu plusieurs fois à Venise, où je me trouvais moi-même à cette époque, et il présentait des tours de cette sorte dans la maison de quelques gentilshommes et gentilles dames aussi. Et ceux-ci, émerveillés, lui affirmaient que cet enfant avait certainement un esprit familier qui lui soufflait les réponses et lui révélait toutes ces choses cachées. Et l'opérateur leur laissait croire cela. Malheureusement le jeune garçon mourut et l'homme dut continuer ses séances sans lui...
Luca Pacioli, De viribus quantitatis, Livre I, chapitre 30.
La double-vue

Le célèbre illusionniste ita­lien Giuseppe Pinetti présenta également plus tard, à Londres vers 1785, un numéro de double-vue avec son épouse, comme en témoi­gnent des journaux de l'époque, qui rapportent aussi des prestations du même genre effectuées par Cornus et sa femme.

De son côté, d'après les Mémoires du marquis de Bombelles, le magnétiseur M. de Puységur en fit autant avec son sujet Magdeleine qui opé­rait les yeux bandés...

Si les techniques et les codes étaient variés, cette expérience était donc très ancienne, ce qui n'empêcha pas Robert-Houdin de prétendre à plusieurs reprises, dans ses Mémoires et révé­lations, avoir inventé, vers 1845, ce tour qu'il effectuait avec son jeune fils, comme le faisait  Giovanni de Jasonne avec le sien, plus de 350 ans auparavant !

Selon Jules Vallès. la double-vue fut popula­risée par Leduc au XIXème siècle :

« Le Christophe Colomb qui découvrit cette mine à surprises fut, dit-on, un garçon perruquier de Londres, qui s'en amusait avec son patron. Ils vendirent leur secret à sir Lepsom, un fantaisis­te anglais qui venait se faire raser chez eux et qu'intrigua cette étrange communication.
Sir Lepsom était, en même temps, un amateur forcené des arts mécaniques. Dans un voyage qu'il fit à Paris, il remarqua chez Robert-Houdin deux pantins, baptisés Auriol et Debureau. dont il s'amouracha, et voulut à tout prix devenir le propriétaire. Robert-Houdin ne consentit pas fa­cilement à abandonner ses automates qui lui rapportaient beaucoup d'argent. Il ne se décida à s'en défaire que le jour où sir Lepsom lui ven­dit en échange le secret de la double-vue. » 

J. Vallès. Le Figaro. 20 juillet 1865. Œuvres. N.R.F. Gallimard, 1975.

Enfin, Gandon, en 1849, puis Cazeneuve, en 1869, publièrent les premiers codes complets de cette technique de double-vue qui, bien pré­sentée, semblait un vrai miracle...


Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

vendredi 20 mars 2020

Histoire de la mnémotechnie (du Moyen Age à nos jours).







1) Marcianus CAPELLA et le De nuptiis Philologiae et Mercurii.

Pendant la terrible période de catastrophe que fut la première moitié du Vème siècle (le sac de Rome par Alaric en 410, la mort de saint Augustin pendant le siège d’Hippone par les Vandales en 430...), le carthaginois Marcianus CAPELLA écrivit son De Nuptiis Philologiae et Mercurii, ouvrage qui préserva, pour le Moyen Âge, le schéma du système pédagogique de l’Antiquité, fondé sur les sept arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie).

Au cours de l’exposé qu’il fait des parties de la rhétorique, Marcianus donne, dans le chapitre consacré à la mémoire, une brève description de la mémoire artificielle.

2) Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN lurent le De l’invention oratoire de CICERON et accordèrent toute leur attention aux définitions qu’il donne des quatre vertus cardinales et de leurs parties : la prudence, la tempérance, la force et la justice.

C’est pourquoi leurs Traités scolastiques sur l’Art de la mémoire ne font pas partie d’un ouvrage sur la rhétorique, comme c’était le cas dans l’Antiquité, mais se sont déplacés de la rhétorique à l’éthique.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN traiteront de la mémoire comme d’une partie de la prudence. Cette vertu nous apprend quatre choses : le souvenir du passé, la disposition du présent, la prévoyance de l’avenir, et la discrétion dans les choses douteuses.

L’éducation de la mémoire, conçue comme activité vertueuse et recommandée par Albert le Grand et son élève Saint Thomas, dans sa Somme théologique, va connaître un développement extraordinaire.
Ils ont considéré comme acquis que « la mémoire artificielle » concernait le souvenir du Paradis et de l’Enfer, ainsi que les vertus et les vices conçus comme « signes mnémoniques », qui doivent nous aider à gagner le Ciel et éviter l’Enfer.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN feront également l’examen des préceptes de la mémoire artificielle en utilisant les termes de la psychologie aristotélicienne exposée dans son traité De la mémoire et de la réminiscence.

En général, la rhétorique était plutôt rabaissée par la scolastique, mais cette partie de la rhétorique qu’est la mémoire artificielle quitte sa place à l’intérieur du système des arts libéraux pour devenir une partie d’une vertu cardinale, la Prudence.

3) À la fin du Moyen Âge et durant la Renaissance, nombreux furent les mages et mystiques qui découvrirent des systèmes magiques pour atteindre, mémoire ultime, la connaissance divine.

Raymond LULLE (1235-1315) inventa le grand art de la mémoire.

Différent de la méthode des lieux, le grand art est plutôt l’ancêtre des codes, avec l’idée qu’une combinaison magique permettait d’accéder à la compréhension de Dieu.

4) Pierre HERIGONE, mathématicien sous le règne de Louis XIII et la régence de Louis XIV, crée ensuite le code chiffre-lettre. 

L’invention de celui-ci apparaît dans un chapitre de son énorme
Cours de mathématique en plusieurs volumes.

Le code chiffre-lettre propose de remplacer les chiffres par des lettres, consonnes ou voyelles et syllabes.

Grâce à celui-ci, on peut transformer les nombres complexes à mémoriser en mots ou pseudo-mots, en choisissant à son gré une consonne, une voyelle ou une syllabe.

Une des applications qu’en donne Pierre HERIGONE est une longue chronologie universelle.

Dans le système de Pierre HERIGONE, les chiffres sont désignés par les voyelles suivantes : 1= t, 2= n, 3= m, 4 = r, 5= l, 6= g, 7= k, 8= f, 9= p, s= 0.


 5) Au dix-huitième siècle, Gregor von FEINAIGLE fut un mnémotechnicien extrêmement réputé qui propagea sa méthode grâce à des cours et conférences dans toute l’Europe. Il ne publia ses techniques dans aucun livre, ce qui lui valut d’être oublié par la suite. Né en 1760 au Luxembourg et mort à Dublin en 1819, il fut moine dans l’ordre cistercien de Salem.

La mnémotechnie lui doit presque tous les procédés modernes, et notamment la table de rappel.

Heureusement, des disciples publièrent des traités à partir de notes de ses conférences, qui permettent de nous représenter de façon assez complète le système astucieux de FEINAIGLE.

J’en ai trouvé un sur internet, édité par Thomas Naudin en 1808, et écrit par un certain DIDIER. Il s’intitule Traité complet de mnémonique, et contient un grand nombre de techniques basées en partie sur l’imagerie et la méthode des lieux, mais il présente surtout des innovations à partir du code chiffre-lettre, et naturellement la table de rappel.

La table consiste à construire une liste de 100 mots-clés, à partir du code chiffre-lettre, qui codent les 100 premiers nombres.

Ainsi « or » code le chiffre 4 (4 vaut R), « tison » code 10, « miroir » vaut 34, etc...

L’utilisation de cette table se fait en deux temps : apprentissage par cœur comme une table de multiplication de la table de rappel, puis apprentissage de chaque mot de la liste à mémoriser en liaison avec les mots-clés.

6) Dans le sillage des inventions technologiques, le XIXe siècle fut le siècle des techniques de la mémoire.

Sous l’intitulé de « mnémotechnie », manuels et traités vont connaître un engouement sans précédent en France sous le nom d’école française.

Le chef de file de l’école française est un professeur de musique, contemporain d’Alexandre Dumas, Aimé PARIS (1798-1866).

Dans son Exposition et pratique des procédés de la Mnémotechnie (Paris, 1825) il reproduit néanmoins la table imagée de FEINAIGLE ; 1 : observatoire ; 2 : cygne... jusqu’à 100 : balance, mais n’utilise plus la méthode des lieux.

En revanche, il perfectionne le code chiffre-lettre en faisant correspondre aux chiffres non pas des consonnes arbitraires, mais des groupes consonantiques apparentés d’après les règles phonologiques, par exemple « t ou d » pour les occlusives, « f ou v » pour les fricatives...

Ces perfectionnements phonologiques seront définitivement adoptés et son code est celui que l’on trouve dans les livres contemporains.

Le principal rival d’Aimé PARIS au 19ème siècle fut l’abbé MOIGNO (1804-1884), auteur du Manuel de mnémotechnie en 1879, qui étonna par sa mémoire le grand scientifique Arago lui-même.


7) Le chef de file de la renaissance de l’art de la mémoire à la fin du vingtième siècle fut Tony BUZAN, un pédagogue britannique âgé de soixante-sept ans.

BUZAN a fondé le Championnat du monde de mémoire en 1991, puis des championnats nationaux dans plus d’une douzaine de pays — de la Chine au Mexique en passant par l’Afrique du Sud.
Il dit avoir œuvré avec l’ardeur du missionnaire, depuis les années 1970, pour faire entrer les techniques mnémoniques dans les écoles du monde entier.

Il s’agit pour lui d’une « révolution éducative globale dont le but est d’apprendre à apprendre».

Un collectionneur américain Morris N. YOUNG a réussi à réunir une gigantesque bibliographie (431 pages) recensant tous les ouvrages sur la mémoire depuis l’Antiquité jusqu’à 1961, « Bibliography of Memory ».

Les mnémotechniciens déterminants du vingtième siècle en France furent notamment TREBORIX, SANAS (André DELCASSAN), SARRAZIN (Marcel VASSAL) et Charles BARBIER. Le belge Claude KLINGSOR a lui aussi développé une méthode de mnémotechnie très riche et très intéressante.

Les grands mnémotechniciens actuels sont l’américain Harry LORAYNE, les français : Benoît ROSEMONT, Vincent DELOURMEL, Jean-Claude ARRESTIER alias ATOMIX, Pierre ONFROY (Féodor), Rodolphe CANDELA, Jean-François GERAULT. Ainsi que plusieurs champions du monde de mémoire : Dominic O’BRIEN, Ben PRIDMORE, Andi BELL, Ed COOKE, etc.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous


Histoire de la mnémotechnie (L'Antiquité).



Un des ouvrages les plus importants.


La mnémotechnie sert aux personnes qui mémorisent mal dans un ou plusieurs domaines. Elle aide à retenir les noms de personnes que l’on vous présente, des numéros de téléphone à la volée, mais aussi des listes de notions ou d’objets, des dates de l’histoire de France et même les préfectures et sous-préfectures des départements français.

Pour le professionnel du mentalisme, elle permet d’effectuer des démonstrations de mémoire prodigieuse :

•             la mémorisation d’un livre entier : le spectateur vous lit la première ligne d’une page et vous pouvez indiquer le numéro de la page,
•             le nombre de paragraphes de cette page,
•             le nombre de lignes du premier paragraphe, raconter les faits et gestes des différents personnages dans cette page, etc.
•             la récitation d’un jeu de 52 cartes par cœur,
•             une mémorisation en un bref laps de temps d’un jeu de cartes mélangé par plusieurs spectateurs.
•             Vous pourrez indiquer de tête, en écrivant sur un tableau, 30 à 50 décimales après la virgule du chiffre Π (Pi).

En bref, c’est un ensemble de méthodes permettant de mémoriser plus vite et mieux par association d’idées et visualisation.

Au cours d’un banquet, le poète Simonide de CEOS chanta un poème lyrique en l’honneur de son hôte, mais il y inclut un passage à la gloire de Castor et Pollux. L’hôte mesquin dit au poète qu’il ne lui paierait que la moitié de la somme convenue pour le panégyrique et qu’il devait réclamer la différence aux dieux jumeaux.

Un peu plus tard dans la soirée, on avertit Simonide que deux jeunes gens, qui désiraient le voir, l’attendaient à l’extérieur de la salle. Il quitta le banquet et sortit mais ne trouva aucune trace des jeunes gens. Pendant son absence, le toit de la salle de banquet s’écroula, écrasant tous les invités sous les décombres.  

Comme Simonide fut capable de se rappeler les places que chacun occupait à table, il permit d’identifier tous les cadavres atrocement broyés.

Cette aventure suggéra à Simonide les principes de l’art de mémoire, dont on dit qu’il fut l’inventeur.

Ce récit de la façon dont Simonide inventa l’art de mémoire est donné par CICERON dans De l’orateur, au passage où il traite de la mémoire comme de l’une des cinq parties de la rhétorique :

 « Aussi, pour exercer cette faculté du cerveau, doit-on, selon le conseil de Simonide, choisir en pensée des lieux distincts, se former des images des choses qu’on veut retenir, puis ranger ces images dans les divers lieux. Alors l’ordre des lieux conserve l’ordre des choses ; les images rappellent les choses elles-mêmes. Les lieux sont les tablettes de cire sur lesquelles on écrit ; les images sont les lettres qu’on y trace. »

CICERON souligne que l’invention de l’art de la mémoire par Simonide ne repose pas seulement sur la découverte de l’importance d’une disposition ordonnée, mais aussi sur la puissance du sens de la vue.

Simonide de Céos (ou l’inventeur, quel qu’il fut, de la mémoire artificielle) vit fort bien que, de toutes nos impressions, celles qui se fixent le plus profondément dans l’esprit sont celles qui nous ont été transmises et communiquées par les sens ; or, de tous nos sens, le plus subtil est la vue. Il en conclut que le souvenir de ce que perçoit l’oreille ou conçoit la pensée se conserverait de la façon la plus sûre, si les yeux concouraient à le transmettre au cerveau.

Les trois premières sources latines sur la mnémotechnie sont La rhétorique à Hérennius (d’auteur inconnu, écrite vers 86-82 avant Jésus-Christ), chapitre 4 consacré à la mémoire, L’Institution oratoire de QUINTILIEN (35-96 après Jésus-Christ), De l’orateur de CICERON (106-43 avant Jésus-Christ).

La rhétorique à Hérennius est le plus détaillé de ces traités.

Un maître de rhétorique romain dont nous ignorons le nom a rédigé, vers 86-82 avant Jésus-Christ, un manuel pratique pour ses étudiants intitulé Rhétorique à Hérennius. Ce texte anonyme ne nous est donc parvenu sans autre information que le nom de son dédicataire. Ce maître traite des cinq parties de la rhétorique (inventio, dispositio, elocutio, memoria, pronuntiato).

Quand il en arrive à la mémoire, comme partie essentielle du bagage de l’orateur, il commence son exposé par ces mots :

«Tournons-nous maintenant vers la salle au trésor des inventions, vers le gardien de toutes les par-ties de la rhétorique, la mémoire. »

Ensuite, l’auteur distingue deux sortes de mémoires :
•             La mémoire naturelle, gravée dans notre esprit et née en même temps que la pensée.
•             La mémoire artificielle, qui est une mémoire renforcée ou consolidée par l’exercice.

La Rhétorique à Hérennius est la source principale sur l’art classique de la mémoire des Grecs et des latins, car les remarques de Quintilien et de Cicéron ne constituent pas des traités complets et supposent que le lecteur connaît déjà la mémoire artificielle et sa terminologie. Ce traité jouera aussi un rôle d’une importance capitale pour la transmission de l’art de mémoire de l’Antiquité au Moyen Âge.

1) Règles pour les lieux

La mémoire artificielle est fondée sur des lieux et des images. Les lieux doivent être aisément retenus par la mémoire : maison, rue... Les images sont des formes ou des symboles de ce dont nous désirons nous souvenir. L’art de la mémoire est comme une écriture intérieure car les lieux ressemblent beaucoup à des tablettes enduites de cire ou à des papyrus, les images à des lettres, l’arrangement et la disposition des images à l’écriture.

 Si nous voulons nous rappeler beaucoup de choses, nous devons nous munir d’un grand nombre de lieux.

Ces lieux doivent être choisis dans un bâtiment de taille moyenne, peu fréquenté ou désert et solitaire, pas trop brillamment éclairé.

Un homme qui se déplace lentement dans un bâtiment solitaire et s’arrête de temps à autre, le visage attentif, est un étudiant en rhétorique qui forge un ensemble de lieux de mémoire...

Des lieux de mémoire bien fixés peuvent être parcourus dans les deux directions : en avant ou en arrière.

2) Règles pour les Images

Il y a deux types d’images.

La mémoire « pour les choses » fabrique des images pour rappeler un argument, une idée ou une « chose », tandis que la mémoire « pour les mots » doit trouver des images pour rappeler chaque mot.
Il faut aider la mémoire en suscitant des chocs émotionnels à l’aide d’images frappantes et inhabituelles, belles ou hideuses, comiques ou grotesques.

Nous devons donc créer des images capables de rester le plus longtemps possible dans la mémoire.

Et nous y réussirons :
si nous établissons des ressemblances aussi frappantes que possible ;
si nous créons des images qui ne soient ni nombreuses, ni vagues mais actives ;
si nous leur attribuons une beauté exceptionnelle ou une laideur particulière ;
si nous les enlaidissons d’une façon ou d’une autre, en introduisant par exemple une personne tachée de sang, souillée de boue ou couverte de peinture rouge de façon à ce que l’aspect en soit plus frappant ;
ou encore si nous donnons un effet comique à nos images.

Mais une condition est essentielle : il faut régulièrement parcourir en esprit tous les lieux originaux
pour raviver les images.

Dans l’Antiquité, qui ignorait l’imprimerie, une mémoire exercée avait une importance vitale.
La gymnastique intérieure, le travail invisible de concentration auxquels se soumettaient les Anciens
leur donnaient une mémoire puissante et organisée.

Ils aimaient surtout les triomphes de mémoire : Sénèque le Rhéteur, professeur de rhétorique, était capable de répéter deux mille mots, dans l’ordre dans lequel on les lui avait donnés. Il pouvait également retenir des centaines de vers et les répéter à l’envers. Un tel exploit atteste le respect que l’Antiquité avait pour l’art invisible de la mémoire et pour l’homme possédant une mémoire entraînée, une mémoire aux pouvoirs « presque divins », écrira Cicéron.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mardi 16 janvier 2018

Tentative de bibliographie des ouvrages de mentalisme de spectacle en langue française ou recension de ce que je possède dans ma bibliothèque ! (dix-neuvième partie) (lettre E, F et G, Elema Steeve, Froment Patrick, Guillemin Fanch).


L'ouvrage Mental de Steeve Elema.


J’ai pensé que, comme il paraît beaucoup de livres dans le secteur du mentalisme de spectacle, il serait intéressant de composer une bibliographie sur le sujet, mais seulement des ouvrages en langue française. Je me baserai pour cela sur ma bibliothèque et sur le catalogue des différents éditeurs et magasins de prestidigitation. Cependant, je ne traiterai pas de différents domaines plus pointus que j’ai déjà abordés sur des sites ou sur mon blog : la mnémotechnie,  les book tests   (article 1 : 11 book tests en langue française et article 2 : Encore 10 autres book tests)  sur lesquels j’ai déjà fait des recensions dans le site  Virtual Magie, et  l’hypnose   dont j’ai déjà donné une bibliographie dans ce blog.

Cet article est la suite de celui-ci. 


1) ELEMA Steeve, Mental, Marchands de trucs, 2015.

Steeve Elema est une des grandes étoiles montantes du mentalisme français. Il avait déjà écrit Secret mental en 2013 qu’il avait édité lui-même. Mental est sa reprise avec en plus un nouveau chapitre sur le diabolick deck, une création de Steeve. Le premier chapitre est entièrement réservé à des méthodes d’ACAAN, le Saint Graal du mentalisme, inventées par Steeve Elema qu’ils nous avouent avoir publiées sous la pression de la sortie du livre d’un autre magicien mentaliste, Boris Wild, ACAAB.
L’auteur renouvelle même un grand classique du mentalisme, le test des trois chaises, où chaque spectateur choisit une balle de couleur différente. Il y a mille effets, mille idées dans ce livre que je ne peux pas tous détailler. Achetez-le de toute urgence.

2) FROMENT Patrick, Télépathie réelle, Marchands de trucs, 2011.

Une excellente idée pour réaliser des divinations de dessins. L’auteur appartenait au groupe de mentalistes Mindon Mania.


3) GUILLEMIN Fanch, TAILLEFER Pierre, Mentalistes de jadis, Notes de conférences publiées à l’occasion de la rencontre de l’Ordre Européen Des Mentalistes du 26-27 avril 2013.

Un passionnant livret de 47 pages pour ceux qui s’intéressent à l’histoire du mentalisme (classé par thèmes : animaux savants, divination des pensées, divination des écrits, etc.).



Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mardi 6 juin 2017

Visite de l’historien de la magie Fanch Guillemin, des précisions sur l’œuvre de Jérôme Cardan (deuxième partie).


La version anglaise du livre de Fanch Guillemin.

Hier nous a rendu visite, à ma femme et à moi, un des meilleurs historiens de la magie actuels dont j’ai déjà parlé dans plusieurs articles de ce blog.

Par hasard, j’étais en train d’écrire sur Jérôme  Cardan, un compte rendu d’un article de la revue "Gibecière" (hiver 2005) de Bill Kalush sur la première description connue d’un chapelet par Vanni Bossi et sur les méthodes qui s’ensuivirent (« On the Prearrangement and Mnemonic Use of a Deck of Cards »)

Fanch Guillemin m’a donné de nombreuses précisions sur Cardan, des développements qui venaient encore compléter son livre malheureusement introuvable actuellement  Histoire de la magie blanche avant Robert-Houdin (mais que heureusement, m’a-t-on dit, un grand éditeur de prestidigitation dont le nom commence par un L va republier). Dans son  ouvrage, notre historien ne consacre pas moins de 3 chapitres à Cardan dans la partie Renaissance : « Jérôme Cardan (1501-1576) », « Tours de magie », « Cardan, opérateur de tours ». Voici un résumé du deuxième de ces chapitres  « Tours de magie ». Je cite Fanch Guillemin : « Les tours décrits par Cardan sont clairs et précis : les anneaux enclavés, le tour impressionnant de la tête coupée, le livre-radio, les clous et le fil dans la bouche, etc.

On y découvre également, dispersés dans des chapitres de De subtilitate (1556), le plus grand nombre d’expériences curieuses expliquées jusqu’alors, et dont on retrouvera une bonne partie dans le premier manuel français de prestidigitation,  le livre de J.  Prévost, La première partie des subtiles et plaisantes inventions, contenant plusieurs jeux de récréation et traicts de souplesse, par le discours desquels les impostures des bateleurs sont découvertes (1584).

Comment faire tenir un seau d’eau sur le bout d’un bâton posé sur une table.
Comment rompre une pierre d’un coup de poing.
Comment écrire dans un œuf et l’amollir par le vinaigre.
Comment rompre une corde des mains.
Etc.

Son chapitre sur l’optique est important, avec les miroirs concaves permettant de voir en l’air l’image virtuelle d’un objet, et même la possibilité de créer l’illusion d’un homme volant dans l’espace. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.