samedi 4 avril 2020

« Petite histoire du close-up » (dossier de la rédaction paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 209, janvier – février 2018).





  
Un autre numéro de Magicus Magazine.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire cet  ancien article de leur journal du numéro 209 (janvier-février 2018). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 209 dont j’ai extrait cet article consacré à une Petite histoire du close-up écrite par l’ensemble de la rédaction. 


« Petite histoire du close-up. Magie de proximité, micromagie… Le close-up, des cours royales à l’événementiel…

 Prétendre que la magie de proximité, le close-up, a déboulé dans les années 1960 aux USA et dans les années 1970 en France est non seulement ridicule mais surtout totalement faux.
Tout comme le très à la mode mentalisme serait un art annexe découvert il y a une quinzaine d'an­nées. Déjà, à l'Antiquité, les devins endiablés de­vinaient que dans le petit coffret en os c'était bien une étoile qu'avait dessiné le malheureux qui se signait avant de fuir en courant...
Voyons d'un peu plus près (!) ce qu'il en est du close-up, terme anglo-saxon signifiant au cinéma et dans la photographie le « gros plan ». On a adopté ce terme bien que dans les années 70 on retrouvait le mot « micromagie » dans les catégo­ries de concours.
En 1420 des « joueurs de gobelets » seront vic­times de l'intégrisme catholique qui les fera condamner et tuer. Le Pape ne rigole pas avec la concurrence ! D'ailleurs, ces fripouilles et nigauds installaient leurs tables devant les églises autant que dans les foires et sur les places publiques. Magie de rue certes, mais magie de proximité as­surément. Notre futur « close-up » était déjà à la mode. Le tableau de Jérôme Bosch (1450-1516), L'Escamoteur, est un modèle universellement connu du joueur de gobelets.
Maître Gonin (vers 1713), ce coquin affabulateur, jouait des gobelets à quelques centimètres de ses spectateurs, sur le Pont Neuf, son lieu de prédilec­tion, mais acceptait volontiers contre monnaie sonnante et trébuchante quelques représentations privées à la Cour.
Il fera une promesse aux badauds : faire prochai­nement disparaître les tours de Notre-Dame, une sorte d'escamotage divin. Le public le lui réclamera sans ménagement et il n'aura d'autre argument que de prétendre que c'est l'archevêque de Paris qui s'y oppose farouchement...
Dans les accessoires produits des gibecières, nos assimilés sorciers - mais véritables prestidigita­teurs - ne se contenteront pas de gobelets. Pièces d'or, muscades, œufs, couteaux, mouchoirs, anneaux et autres fe­ront partie du répertoire de la magie de près. Sans oublier quelques illusions effrayantes,
graduant entre le sim­ple nez qui saigne abon­damment jusqu'à la tête tranchée et naturelle
ment restaurée...

François 1er sera particulièrement friand de séances de prestidigitation qu'il fera donner dans ses palais royaux. A la Cour d'Espagne, des illu­sionnistes se produiront régulièrement parmi les jongleurs, cracheurs de feu et montreurs d'ours. Les magiciens passaient-ils aux tables des grands seigneurs ? On peut le supposer même si les cartes n'étaient pas l'accessoire encore à la mode.
En 1931, on parle de « vest pocket magic » pour évoquer le close-up dans le fameux Linking Ring. C'est à Chicago que l'on commence à voir fleurir des « bars à close-up » avec une forme moins ra­coleuse, plus aboutie techniquement, et l'arrivée des cartes peu pratiquée au siècle précédent à l'exception de la magie de scène avec les fiori­tures et manipulations.
Matt Schulien (1890-1967), res­taurateur et magicien né à Chi­cago, opère durant cinquante ans aux tables de son restau­rant et celui d'un confrère avec des tours de cartes : carte au mur, carte sous la nappe mais ...4 aussi la pièce dans la bouteille.
Ses fils Charlie et Robert conti­nuent de distraire les clients avec du « close-up » dans le restaurant familial, jusqu'au décès prématuré de Charlie en 1998.
D'autres magiciens opèreront dans les bars : Doc Eason, Scotty York, JC Wagner.
La magie de proximité trou­vera sa place dans les bars aux USA mais aussi en France avec l'incontournable Mystag (1919­1988) et en Europe. Cet artiste, connu pour son combat obses­sionnel contre le paranormal, sera l'un des premiers Parisiens à imposer le close-up dans les cafés populaires. D'autres confrères, comme Samy Liardet, passeront dans des restaurants assez chics où il se taillera un beau succès avec ses cordes qu'il rangeait soigneusement dans les sacoches de sa mobylette garée discrètement dans la cour du res­taurant...
L'ami Gérard Kunian animera joyeusement et magiquement le Bœuf à L'Escamote dans les an­nées 1970 où il sera remplacé par Abdul Alafrez, Duraty, Gaétan Bloom et quelques autres... Le close-up commence à être à la mode en France et les premiers artistes qui deviendront des réfé­rences jusqu'à nos jours : Dominique Duvivier et Bernard Bilis, inspirés respectivement par Ernest Pancrazi et Jacques Tandeau, entre autres. Les frères ennemis (?) imposeront leur style teinté d'humour à une clientèle généralement huppée des restaurants chics de la capitale mais pas que... Un marché plus large, celui des grandes sociétés, offrira un espace à cet art de proximité lors de soi­rées prestigieuses : lancement de voiture et de produits, salons VIP, etc.
Autre référence et figure incontournable : l'ami Jean-Pierre Vallarino qui fera les beaux soirs de grands établissements monégasques, en bon voi­sin niçois. Il sera l'un des plus notables artistes du tapis vert avec ses inimitables chorégraphies de cartes et de pièces. Il crée une école de magie à Nice, ouvre une boutique et donne des cours à de nombreux magiciens parmi lesquels quelques étoiles filantes actuelles amnésiques... 
Jean-Jacques Sanvert (Champion du monde de cartomagie à la FISM 79), un temps en duo avec Bernard Bilis, mènera une très honorable carrière nationale et internationale tandis que Bébel, l'un des plus doués de sa génération, trouvera son bonheur et celui de son public, en s'installant dans le quartier St Michel, entouré du public qui le touche presque, diaboliquement doué avec des cartes qui racontent des histoires. Il reste l'un des magiciens de close-up les plus appréciés de ses confrères dans le monde entier, notamment lors des rencontres madrilènes à L'Escorial autour du grand maître Juan Tamariz.
Parmi les quadragénaires français signalons Sylvain Mirouf, Alexandra Duvivier, Boris Wild, Maurice Douda, David Stone et Mathieu Bich. On ne peut les citer tous ici et nous n'allons pas nous excuser d'oublier ceux qui vont se manifester fu­rieusement... Répétons que la liste n'est pas exhaustive.
David Stone, éternel adolescent à la mèche re­belle, maintiendra le cap avec son style roman­tique et bad boy. Il publiera un excellent ouvrage qui reste une référence en la matière (Close-up, les vrais secrets). Mathieu Bich, secret comme un Sébastien Clergue, crée et élabore des idées et produits à la mesure des plus grands magiciens de la planète. Lors de la récente émission de TF1, au milieu d'éloges et d'insultes, il interviendra fort intelligemment dans les réseaux sociaux pour rappeler la déontologie en matière de protection des droits dans la jungle magique.
Chez nos voisins de tous pays on doit signaler l'incontour­nable monument : Dai Vernon. Jusqu'à son lit de mort à l'hôpital, il tiendra en main un paquet de cartes et publiera nombre de notes et ouvrages indispen­sables aux spécialistes. Larry Jennings tiendra son rang très dignement, comme Derek Dingle, Edward Marlo, Jimmy Grippo, Michael Skinner, Alex Elmsley et quelques autres figures du close-up aux USA.
En Hollande, Fred Kaps, trois fois champion du monde (en scène !), sera redoutable derrière une table. Pour les pièces, l'américain David Roth est en tête de liste. Harry Lorayne, spécialiste du close-up, se fera remarquer par ses études por­tant sur la mémoire. Le réputé mentaliste Phil Goldstein ne démentira pas son double Max Maven dans le répertoire de la magie de proximité. Toujours côté USA, le très créatif Paul Harris et le faux-maladroit suédois Lennart Green...
En Espagne, l'universel Juan Tamariz, depuis les années 1970 où le monde magique le découvre dans les congrès, ajoutera à de redoutables tech­niques une dimension dramatique ou comique dans son jeu. Il reste l'un des cinq plus importants artistes dans le monde et apporte par ses écrits toute l'approche psychologique et « physique » de cet art exigeant.
Toujours côté ibérique, Pepe Carroll, un peu vite oublié, imposera un style tout à fait intéressant. L'imposant Ascanio, olympien, technicien hors pair, laissera son empreinte dans la cartomagie.
Leurs enfants spirituels, comme Miguel Angel Gea et Dani Daortiz, promettent un bel avenir à la micromagie. Ils sont les figures de pointes ac­tuelles et donnent des conférences très courues.
L'Argentin René Lavand, figure légendaire avec son bras unique, sera un grand parmi les grands du close-up. On ne peut oublier les regrettés Aldo Colombini et Daryl dans la contribution artistique et littéraire du close-up.

C'est une approche technique et artistique très particulière. Reste à savoir s'il s'agit de « direct » ou d'émissions enregistrées. Dans le premier cas mieux vaut pas se louper... Dans le second il est possible de recommencer.
Le réalisateur tient un rôle primordial car c'est lui qui place les caméras. Celle en « douche » est sou­vent la plus intéressante car elle peut cadrer un tapis et des mains. Tout ce qui s'y passe mais qui enlève l'aspect humain et artistique pour ne garder que le « gros plan » sur la prouesse technique.
Il est assez imprudent pour un magicien d'arri­ver avec un joli croquis pour placer les caméras à son goût. Généralement le réalisateur voit rouge... Car le professionnel de la télé c'est lui !
Un des premiers en Europe à imposer le close-up à la télévision - outre de véritables shows de scène - c'est le madrilène Juan Tamariz. Déjà dans les années 80, comme Paul Daniels en Angleterre, il déroutait les téléspectateurs avec des tours de cartes. Aux USA, Copperfield préfèrera les grandes illusions au close-up et invitera quelques spécialistes du genre dans ses émissions.
L'un des premiers à présenter du close-up à la télévision : Bernard Bilis dans « Coucou c'est nous» de Christophe Dechavanne au début des années 90. Puis peu après le sémillant Sylvain Mirouf ne démé­ritera pas chez Michel Drucker dans « Studio Gabriel ».
Actuellement, et depuis... plus de quinze ans, c'est l'incontournable et talentueux Bernard Bilis (Le Plus Grand Cabaret du Monde/France 2) qui est la figure télévisuelle de la magie de près en France et bien au-delà grâce à TV5.
Terminons pas le lieu incontournable en France pour applaudir du close-up : le Double Fond. Trente ans déjà que Dominique Duvivier fondais à Paris une véritable institution qui a vu passer les plus grands noms du close-up contemporain. Alexandra et Dominique Duvivier s'y produisent régulièrement, en solo ou duo, et apportent à ce lieu une ambiance très parisienne.


LES REVUES DE MAGIE, entièrement ou principalement consacrées au close-up 

EN FRANCE
Les trois n'existent plus mais ont eu leurs heures de gloire.
En tout premier Le Magicien (1937­1972) d'André Mayette qui sera ré­édité un temps par Dominique Duvivier au début des années 90. De très prestigieux contributeurs s'ajoutent à Dominique Duvivier qui livre pas mal de ses créations. L'infatigable Tran gère la mise en page des nombreuses pages de ce magazine peu avare en pagination...
Michel Balandras et Jean-Yves Prost publient à Lyon Arcane (1976­2014) qui propose principalement des traductions de routines extraites de la littérature anglaise ou des notes de conférences. Une référence en matière de close-up.
François Montmirel fonde Joker DeLuxe en 1993 et publie 40 numéros de la luxueuse revue Imagik princi­palement composée de routines de close-up sous la rédaction en chef de Daniel Rhod.

À L'ÉTRANGER
 La presse magique internationale, principalement en anglais, compte pléthore de maga­zines consacrés au close-up, la plupart ont cessé de paraî­tre et ont eu leurs  heures de gloire et quelques rares persistent dans le monde virtuel florissant...

Pabular (1974-1985) - Fred Robinson, Walt Lees et Stephen Tucker (revue anglaise).
 The Minotaur
(1988-2011) - Marvin J. Leventhal et Dan Harlan (revue américaine).

 Apocalypse (1978­1997) - Richard Kaufman et Harry Lorayne (revue américaine).

Magigram (1966­1995) - Ken de Courcy (revue an­glaise).

Spell-Binder (1981­1984) - Stephen Tucker (revue an­glaise).

Chicanery (1986­1988) - Stephen Tucker (revue an­glaise).

Pentagram (1946­1959) - Peter Warlock       (revue anglaise).

New Pentagram (1969-1989) - Peter Warlock (revue an­glaise).

Magical Arts Jour­nal (1986-1990) -Michael Ammar et Adam Fleischer (revue    américaine).

Club 71 (1970‑2007) - Geoff Maltby (revue an­glaise).

Blueprint (1974-1981 ?) - lan Baxter et Barry Govan (revue australienne).

Richard's Almanac (1982-1987) - Ri­chard Kaufman (revue américaine).

Pallbearer's Review (1965-1975) -Karl Fulves (revue américaine).

Chronicles (1978-1988) - Karl Fulves (revue américaine).

Arcane (1980-1995) - Jeff Busby (revue américaine).

Newtops (1961-1994) - Neil Foster (revue américaine).

Hierophant (1969-1980) -Jon Racherbaumer (revue américaine),

Kabbala (1971-1981) - Jon Racherbaumer (revue américaine).


  BIBLIOGRAPHIE
Quelques incontournables français :
 - La prestidigitation sans appareils (Camille Gaultier) - 1914
- Les « Very Best Of» traduits par Richard Vollmer (Editions Magix -Techniques du spectacle): Dai Vernon, Edward Marlo, Roy Walton, Simon Aronson, etc.
- Petite Anthologie des tours de cartes automa­tiques (Richard Vollmer - Editions Magix -Tech­niques du spectacle)
- Cours de cartomagie moderne de Roberto Giobbi
- La magie de Michael Stutzinger


Quelques incontournables américains :
- The Dai Vernon Book of Magic (Lewis Ganson ­1957)
-               The Magic of Slydini (Lewis Ganson - 1960)
-               Expert Card Technique (Hugard and Braue - 1940)
-               Encyclopedia of Card Tricks (Jean Hugard - 1937)
-                Expert at the Card Table (S. W. Erdnase - 1902)
-               Stewart James in Print : The First 50 Years (Hermetic Press - 1989)
- Strong Magic (Darwin Ortiz - Kaufman and
Greenberg - 1994)
- The Book of Wonder (Tommy Wonder - Hermetic Press - 1996)
- Greater Magic (Harlan Tarbell - 1938)
- The Fine Art of Magic (George Kaplan - 1948)
- Modem Coin Magic (J.B. Bobo - 1952)
- La magie de Matt Schulien par Philip Willmarth (1959) « 

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


vendredi 3 avril 2020

« Tamariz à visage découvert » (article de Didier Puech paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 169, septembre – octobre 2010).




    
Le directeur de la publication de « Magicus Magazine » et rédacteur, Didier Puech.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de la publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 169 (septembre-octobre 2010). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré au grand prestidigitateur espagnol, Juan Tamariz, par Didier Puech.


"Généreux en tous points sauf pour le Temps. Là, il  n'y est pour rien : le monde entier le réclame.

Notre entretien entamé dans un restaurant madrilène en juin se terminera en octobre au Master Class de Mâcon. Sa com­pagne Consuelo, magicienne colombienne, s'ef­face sans ego, souriante, devant le monument. Le couple respire le bonheur, la simplicité et la complicité.

Juan Tamariz Martel Negron aurait-il du sang bleu dans les veines, avec un grand-oncle marquis De Vado del Maestre, fameux magicien d'An­dalousie au début du XXème ? « C'est un titre de noblesse que prenaient les magiciens de l'époque, sous Alphonse XII : roi de la magie, comte, prin­ce...» explique-t-il à Alain Denis, le très catalan secrétaire de la S.E.I. (Sociedad Espanola de Ilusionismo) à Barcelone.

Malgré de fortes attaches familiales à Sé­ville, Juan nait en 1942 à Madrid. Un père ingénieur dans l'armée et une mère professeur dans un collège. Trois frères, trois filles et un garçon nés de trois mères différentes.

UN CURÉ POUR DÉBUTER.

A six ans, il reçoit la traditionnelle boîte de magie. Mais la vraie révélation se fera à onze ans quand il découvre les huit volumes d'un livre signé d'un curé passionné de magie : « El Padre Ciuro, c'était le meilleur pour débuter ». Puis il découvre Jules Dhotel qui sera un vé­ritable professeur pour lui avec les huit vo­lumes de « La prestidigitation sans bagages ». Il s'entraîne tous les jours.
Autre moment fort de son enfance : le passa­ge du magicien Fu Manchu à Madrid. Il assiste aux sept représentations du magicien hollandais issu de la dynastie des Bam­berg.
A dix-sept ans il pousse la porte du Cercle des magi­ciens de Madrid et rencontre Juan Anton, élève d'Arturo de Ascanio. L'année sui­vante il trouve un engage­ment dans un cirque et re­fuse des offres dans les discothèques et cabarets qui ne correspondent pas à son univers. Il préfère le public « qui vient voir le magi­cien »...
Après un passage chez les jésuites, il entre à l'univer­sité pour suivre durant quatre ans des études scien­tifiques qu'il abandonne, un an avant le diplôme, pour étudier le cinéma et ap­prendre la mise en scène et la réalisation. Onze années universitaires avant de se faire virer pour des raisons  politiques : « un homme au pou­voir dont j'ai ou­blié le nom». Juan, âgé d'une vingtaine d'années, est en­gagé politique­ment dans des mouvements étu­diants. Il subit la dictature de Fran­co qui, rappelons-le, traquait de nombreux intellectuels et artistes. Juan réalise des documen­taires publicitaires assez neutres, assez alimen­taires, afin de ne pas finir en prison. Mais ce travail non créatif pour faire vendre des denti­frices ou des voitures ne l'intéresse plus. Mais il faut bien vivre. Avec sa femme infirmière, Maria Pura, il connaît des périodes un peu difficiles. Il vit en communauté avec une vingtaine de personnes parta­geant les mêmes repas et surtout les mêmes bou­teilles : « Le vin est très nourris­sant ! » déclare-t-il à Roberto Giobbi dans une interview.
Après la mort de Franco en 1975, l'Espagne retrouve la li­berté et les ar­tistes sortent d'une période noire de dictature. Après ses passages à la télévision, des téléspec­tateurs se plaignent de son aspect « irrespectueux, sans cravate ni veste », d'autres le traitent de « fou », mais de nombreux téléspectateurs sont amusés par ce magicien qui chante et hurle ! Il impose pe­tit à petit sa personnalité.
Juan constate qu'il n'existe pas de lieux pour faire de la magie et du close-up en Es­pagne. Il a envie de créer un lieu, une ren­contre, aidé de six amis madrilènes.
Il est engagé dans un congrès de magie à Buenos Aires. Le voyant arriver en jean « et surtout en voyant ma tronche ! » les organisa­teurs voulaient le renvoyer...

LA FISM A PARIS, 1973.

Il vient de remporter, deux ans auparavant, le 1 er prix de cartomagie à la FISM (Paris) avec sa « routine de Paris ». Son ami Ascanio récla­mera pour lui le Grand Prix et notera la « clai­re et évidente injustice qui démontre les failles de l'organisation de tels congrès » (source : re­vue Ilusionismo n° 305/juillet 1984). Les magi­ciens découvrent cet homme mal fagoté, cheve­lu, jouant de l'harmonica et mimant le violon à grand renfort de hurle­ments. Les plus coincés parmi les notables d'as­sociations magiques, dont quelques nostalgiques du franquisme, font la moue, une commissure au coin des lèvres face à cette image anarchique d'une magie sans redingote. On retiendra derrière cette fo­lie douce la qualité tech­nique d'un artiste hors normes.
Il sera ensuite invité dans de nombreux congrès magiques internationaux et fera rapidement partie des personnalités qui font autorité en matière de close-up et de cartomagie mais aussi d'histoire de l'art magique.

 L'ESCORIAL ELITISTE ?

Sa volonté de faire avancer l'art magique se concrétisera, en 1975, par des rencontres assez pointues : L'Escorial. On évoquera dès 1971 « L'Ecole madrilène de l'Escorial » initiée par Tamariz et la bande des six : Ascanio, Anton, Marré, Puchol, Camillo, Varela. L'Escorial devient un véritable laboratoire d'échanges et de recherches puis un symbole d'excellence envié par le monde entier. Les amé­ricains tentent de reprendre l'idée mais c'est un échec : trop contrôlé, très minuté, et la plupart ne veulent pas expliquer leurs routines...
A l'Escorial, les plus grosses pointures de la cartomagie et du close-up, depuis trente-cinq ans, se retrouvent à la Toussaint près de Madrid. On ne s'invite pas à l'Escorial : on est invité ! Environ trente magiciens participent, même si une année on en comptait soixante-dix ! Juan aime parler « d'école de la pensée avec des gens qui partagent leurs réflexions en travaillant dans une même direction ».
Juan Tamariz veut démentir l'aspect élitiste que je lui envoie brutalement au visage : « Elitiste ? Pas du tout. C'est ouvert mais on est limité en nombre de places. Au début les gens étaient contre nous ! Ce n'est pas élitiste du tout puisque nos travaux sont déposés à la Fondation March (équivalent de la Bibliothèque Nationale de Fran­ce) et tout le monde peut les consulter ». Un thè­me, comme par exemple « la magie des cartes chez Jacques Delord », et cela monopolise toute l'énergie du groupe durant trois jours ! «J'aime beaucoup Jacques Delord. Il a beaucoup parlé de l'émerveillement dans les yeux des spectateurs» souligne Juan. L'humanisme des deux hommes saute aux yeux. L'autre magicien qu'il cite sou­vent : Frakson. Un magicien espagnol qui ex­cella dans la magie des cigarettes et qui déga­geait un humanisme sans égal.
Depuis 1994, moins connu, il organise une ren­contre assez familiale (la magie est une grande fa­mille !) à Cadix, dans le sud de l'Espagne. Et l'affiche est belle. Tous sont là pour travailler et s'amuser, bien manger. Femmes et enfants, quand il y en a, vont à la plage toute la journée.
Les magiciens commencent leur rude journée à 16h30 qui se termine à 23h autour d'une bon­ne table «avec de délicieux petits poissons». Chacun présente une routine suivie de deux ou trois heures de discussion pendant plusieurs jours...
« Puis une journée on filme tout » dit-il heureux avant d'avouer tout en murmures : « La nuit on va dans le jardin et on fait travailler notre ima­ginaire en regardant la mer au loin. Parfois on croit voir l'Afrique ! ».
Juan aime beaucoup l'Amérique du Sud : « Oui je voyage beaucoup là-bas, c'est plus vivant... on par­le de la vie toute la nuit ! ». Et à part la magie il aime quoi notre ar­tiste ? « Les gens, la musique - tout le temps ! - la littérature, le foot­ball, le cinéma... ». Et pas la télé­vision ? « Je déteste ! ».

LA TELEVISION (1961-1993).

Dès 1961, il présente sur l'unique chaîne de télévision espagnole des tours pour les enfants. En 1970 il arrive à convaincre un directeur de chaîne de signer des émissions où il veut présenter du close-up. Dans son bureau, il demande à deux secrétaires de par­ticiper à une routine de canifs. Le directeur est sur le côté et voit toutes les astuces... Les vingt per­sonnes réunies et les deux secrétaires sont fas­cinées, rient. Le directeur qui a tout vu se croit plus malin et signe le contrat... Dès 1973 il est une véritable star de la télévision espagnole avec des séries mensuelles et hebdomadaires. On le reconnaît dans la rue. Il se prête au jeu des photos et des autographes mais n'aime pas ça. Il lui ar­rivera même d'arrêter quelque temps la télévi­sion pour se faire oublier. Rares sont les artistes qui ont besoin de « reconnaissance », au sens d'être vu et adulé du public.

Lors de ses «shows» télévisés où il a carte blanche en étant lié à la production, il invite les plus grands magiciens du monde : Lavand, Gaughan, Williamson, Weber, Ammar, etc. «René Lavand viendra dix fois et mon ami Gaëtan tren­te fois !». Outre le divertissement pur jus, Juan ne manque jamais l'occasion d'apporter une fenêtre sur l'histoire de l'art magique et des grands ma­giciens du passé comme Okito, Thurston, etc. L'histoire de la magie évoquant forcément magie blanche et magie noire, ce grand pays très ca­tholique qu'est l'Espagne n'appréciera pas tou­jours les évocations « diaboliques » liées à l'art magique...
En 2003, sa marionnette fait son apparition aux Guignols de l'info espagnols durant trois ans. Une consécration quand on sait que seules les vedettes des médias ont leur marionnette. Et sont brocardées sans ménagements. Lui est assez épar­gné : « Ils étaient très gentils avec moi et ne se moquaient pas de moi. J'avais toujours un rôle amusant, jamais d'attaques privées ! ». Quand le président Bush était dans l'actualité avec la guerre en Irak... Tamariz apparaissait avec sa ba­guette magique et réglait les problèmes !
En 2003 Juan dit « stop » à la télévision.
Au fond de lui, il n'aime pas la télévision. Voi­re pire. Son intention de départ était de mieux faire connaître l'art magique au grand public. La télévision étant un média incontournable. Esti­mant avoir fait le tour de la question et pour lais­ser la place à d'autres, après avoir ouvert la brèche, Juan annonce en 2003 qu'il arrête la télévision. Toute la presse est là. Il est très respecté des journalistes. Il demande à ce qu'on ne le dé­range pas et, surtout, que l'on ne porte pas at­teinte à sa vie privée. Considéré comme un « people » en Espagne, il a toujours été épargné par les photos de sa vie privée. Une seule fois, pour­tant, une photographe de presse l'attendait à la sortie de la clinique d'où il sortait avec son bébé dans les bras. «Ah non, là je ne suis pas d'ac­cord» dit le papa. Trop fière de son coup elle se moque de sa réaction quand les autres journa­listes interfèrent : «Non, pas question, tu le laisses tranquille !». Et il n'y aura pas de photo dans la presse de caniveau...
LA CARTOMAGIE VIENT D'EUROPE.
Le terrain de la cartomagie est occupé en gran­de partie par des magiciens, des livres, dvd, etc. venant des USA. Assez peu de magiciens espa­gnols ? «Mais la grande cartomagie vient d'Eu­rope, à l'origine. Au XIXème siècle, 60% ou plus des techniques en cartes viennent de livres en français comme les merveilleux livres de Ro­bert-Houdin... mais aussi de livres publiés en Espagne, en Italie et en Angleterre. L'Amérique vient longtemps après !». Même Dai Vernon l'avouera dans un congrès FISM, devant un Mi­chaël Ammar gêné car persuadé que tout ou presque vient du génie des américains. Tamariz, le coquin, en pleine discussion avec Ammar, a vu derrière lui le « professeur » (Vernon) : «On se demande quel est le pays qui a le plus apporté à la cartomagie au XIXème siècle. On peut le demander à n'importe qui au hasard ­- il se retourne vers Dai Vernon - Tenez, vous par exemple professor ?». Et la légende vivante de répondre : «La France, la France... bien sûr, à 100 %»... »

 PAS DE NOSTALGIE.
Juan aime l'histoire de la magie, les magiciens d'hier et d'aujourd'hui « mais pas de nostalgie, non pas du tout » répond-il avec clarté. Pour le taquiner je lui demande s'il trouve l'équivalent, aujourd'hui, de grands noms comme Fred Kaps, Channing Pollock, Dai Vernon, etc. « Tu vas voir » me dit-il en étalant sur la nappe un ruban de cartes à jouer. « Donne-moi des noms de grands réali­sateurs de cinéma des années 1970 ? ». Je m'exé­cute en citant près de dix noms. Lui, à chaque nom cité, pousse une carte hors du jeu. « Et main­tenant donne-moi des grands noms de réalisa­teurs de cinéma d'aujourd'hui ? ». J'en trouve trois ou quatre... Il remet les cartes qui dépas­sent dans le jeu, étale à nouveau un joli ruban de cartes et... POUSSE VERS LE HAUT TOUTES LES CARTES ! La démonstration est faite que moins de grands noms se détachent du lot mais que le niveau général est plus élevé. « Tu peux faire pareil pour la peinture, le théâtre... » dit-il en rangeant ses cartes dans la poche.
Est-ce une avancée pour l'art magique que d'avoir autant de magie sur internet ? «Je n'ai pas d'idée là-dessus... Ou plutôt : j'avais une  idée qui a totalement changé depuis un congrès à San Diego où 350 jeunes, la génération internet, étaient très intéressés par l'histoire de la magie... C'était formidable !».
Notre entretien se termine dans le hall de son hôtel à Mâcon. Il a suivi, de loin, pour des raisons d'horaires (on le sait, il vit la nuit), les Master Class initiées par Stephan Leyshon et Katell. Il donnera plusieurs conférences aussi intermi­nables que géniales ! Il n'est pourtant pas fan de l'esprit « Master Class », de maître à élève. Je lui explique que Jeff Mc Bride, ici, avait justement une attitude très respectueuse des « élèves », plus en suggérant qu'en imposant. Juan préfère les va­leurs de partage et d'échanges que de « celui qui sait et celui qui écoute le maître ». Il a une tech­nique redoutable, humainement formidable, quand quelqu'un lui demande d'être critiqué : « Attends, je vais te montrer ce que je fais et tu me donneras ton avis ». A partir de là, les deux sont sur un plan d'égalité.
Certains magiciens seront oubliés dans peu de temps, sans doute pas Juan Tamariz dont l'œuvre restera dans l'histoire de la magie : ses tech­niques, ses méthodes, sa personnalité, etc. Qu'ai­merait-il que l'on retienne de lui dans cinquante ans ? « La passion de la magie » répond-il sans hésiter. Et dans cent ans ? «La double passion !» dit-il en éclatant de rire et sans se prendre au sérieux. Plus que jamais."

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


jeudi 2 avril 2020

« Promenade en mentalisme » (article de Gérard Kunian paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 181, septembre – octobre 2012, Dossier mode mentalisme).



  
Le magicien, dessinateur, critique de spectacles, traducteur, Gérard Kunian.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 181 (septembre-octobre 2012). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré au mentalisme écrit par Gérard Kunian


« Promenade en mentalisme

 Il en est chez les magiciens comme chez le reste des humains normaux, il y a des modes et n'est pas magicien aujourd'hui qui n'est pas mentaliste. C'est beau, c'est nouveau, tout nouveau : les cartes bleues flambent, dvd et livres s'arrachent et font les beaux jours des marchands.

 Si je consulte les livres et revues an­glo-saxonnes des années 30, on trouve des « mentalist tricks » à foison. Annemann et son Jinx (début en 1934) dans lequel écrivait Clayton Rawson auteur de ro­mans policiers, est le chantre des années qui précédèrent la Première Guerre Mondiale, la­quelle eut pour conséquence bénéfique outre de relancer l'industrie du bâtiment que de marquer la fin de l'âge d'or de la magie dans les grands théâtres au profit des spectacles de cabarets et du close-up.
Il faut donc avoir sous le coude les ouvrages d'Annemann et de Corinda qui restent des bibles pour quiconque veut s'initier aux arcanes pro­metteurs de ce domaine particulier de l'art ma­gique. Il n'est pas inutile de faire une salade rus­se pour ne pas dire un salmigondis de connaissances qui vous permettront de donner à vos auditeurs une illusion de modernisme pseudo psycho, socio tralala : donc à vous la lectu­re des ouvrages consacrés à la PLN, acronyme non pas de « petit lapin nul » comme le croyait ma copine Sue, mais de programmation neuro­linguistique - « NLP » en anglais - ; de quoi qui s'agit donc t'y ? Ça se veut un ensemble coor­donné de connaissances et de pratiques dans le domaine de la psychologie, fondées sur une dé­marche pragmatique de modélisation, en ce qui concerne la communication et le changement. Ouf ! On doit ces merveilles abscondes aux tra­vaux des éminents Richard Bandler et John Grinder dans les années 1970, aux États-Unis. Grâ­ce leur soit rendue.

Ne nuit pas non plus une Lite initiation à l'É­sotérisme, aux ouvrages théoriques étudiant les tarots. Et quand vous aurez plus ou moins digéré ces connaissances, vous aurez mis le pied à l'é­trier de la. locomotive qui vous fera galoper sur l'étroit mais fabuleux sentier qui vous mènera sans faillir à une gloire méritée.

Les spectacles de « mentalisme » se sont multipliés. Qui ne se souvient pas du « Script » avec Rémi Larrousse mis en scène par Benjamin Boudou et lui-même, de Viktor Vincent (« Sy­napses ») et des amis d'Arthur Jugnot (« Tout est Ecrit ») dont nous avons rendu compte dans le bien informé magazine que vous lisez en ce moment. Je suis parti à la découverte des spec­tacles nouvellement offerts aux Parisiens en mal d'étonnements mentaux.
J'en distingue de deux sortes, pas des Pari­siens bien sûr mais des pestacles ! Il y a ceux où le présentateur enchaîne des effets les uns à la suite des autres : ça m'évoque une démonstra­tion souvent bien faite de marchands de trucs, l'autre catégorie de présen­tateur semble avoir compris ce que professait le bon Albert Goshman : « The trick is not important, YOU HAVE TO BE MAGIC ! * ».
Dans la première catégorie, je se­rais tenté de classer Laurent Tesla au Théâtre du Petit Gymnase dont le costume est plus original que ses pré­sentations qui sont d'ailleurs bien ac­cueillies par le public.
À mon grand regret, par suite d'une erreur de ma part concernant ses dates à Paris, je n'ai vu de Xavier Nicolas que le numéro qu'il a eu le courage de présenter en concours à Aix-en-Provence. Par erreur de stratégie, il a risqué une expérience où un spectateur devait se servir d'une tablette numérique. Faute d'un pré-show (pas admis dans les concours : ah mais c'est qu'on ne plaisante pas avec le jury qui n'est pas là pour rigoler comme on sait)... Un sort fu­neste a amené sur scène le seul spectateur qui ne comprenait rien à rien et Xavier, lauréat de la Mandragore d'Or, s'est trouvé dans un ca­fouillage réjouissant sauf pour lui. Donc ce n'est que partie remise j'irai le voir à la Tour de Nes­le, théâtre qui l'a réengagé, ce qu'on peut considérer comme bon signe.
Sur la rive droite, au Théâtre de Dix Heures on doit aller voir Giorgio. Il s'est attribué le titre  de « Mental Expert ». Le mot expert vaut ce qu'il vaut et ce n'est pas le bon Hjalmar de Lyon qui nous contredira, mais le spectacle aux « Dix Heures » vaut le détour, bien que Georgio s'offre le concours d'un coffret aussi coûteux que so­phistiqué pour un effet final du genre « tout était prévu ». Son très agréable spectacle s'articule comme les chapitres d'un livre qui déclinerait les différents domaines du mentalisme. Georgio a de l'humour, on rit souvent et la révélation fi­nale laisse le public pantois.
Je n'ai pas eu le plaisir de voir le spectacle de Mathieu Chesneau qui officie à La Petite Loge près la Place Pigalle où comme on sait les petites femmes se font rares (mais ce n'est pas mon propos). Restent mes deux favoris : Fabien Olicard et Julien Losa à qui je décerne le « palet d'or » de chez Bernachon (de Lyon) suprême ré­compense au chocolat que je n'accorde qu'à ceux qui m'ont fait beau­coup rire ou encore qui m'offrent un repas fas­tueux avant ou après mes interviews dont on connaît la vénalité sous-jacente. Mais d'abord re­venons au monde farfelu de Fabien Olicard : il remplit la petite salle du Théâtre des Trois Bornes sis dans la rue épo­nyme, laquelle abonde en petits rades sympas où qu'on se cause encore entre mammifères in­connus et urbains. Le spectacle très interactif, très malicieux permet à Fabien d'y glisser des tours de prestidigitation menés de main de maître - il libère en un clin d'œil ses poignets entravés par un spectateur à l'abri d'un veston qui fait office de cabine spirite - avant de se li­vrer aux expériences de divination ou de pré­vision chères aux menteurs à listes de trucs ! Le bon côté du spectacle d'Olicard c'est qu'il truffe ses présentions de bons mots commen­tant et brocardant l'actualité tout en égratignant certaines personnalités.

Enfin voici l'homme à plusieurs facettes, le magicien qui ressemble au célèbre Dr House de la série qui porte son nom, j'ai nommé Ju­lien Losa. Il joue de son physique, de son sou­rire ravageur et fait craquer les demoiselles tout en étant assez malin pour ne pas froisser les garçons.
Faut dire qu'en magie il a plusieurs heures de vol et peut présenter bien autre chose que du « mentalisme ».
À ce propos, une fois par semaine on le re­trouve rue Frochot (à côté de Pigalle, là où qui gna plus de petites darnes... vous savez, je l'ai dit plus haut !) dans un lieu intitulé « La Foule » sorte de cabaret cosy, où assis dans des fauteuils ou calé dans un sofa moelleux, vous assistez à un spectacle complet avec des artiste variés - Ah, Sarah Cohen quelle voix ! - mais je m'égare, et d'un doigt sur le clavier je reviens à Losa qui utilise très peu les trucs de marchands et qui pourtant réussit sans matériel spécial un « tout était écrit » très im­pressionnant.
Julien détourne aussi des pièces truquées pour un jeu de « dans quelle main », dont le résultat des différents rounds est sous son contrôle in­soupçonné. Je n'en dirai pas plus, allez le voir à la Comédie Saint-Michel, tout en haut du bou­levard, après la station « Luxembourg ».
Last but not - menta - least.
Une mention spéciale concerne Benoit Rosemont qui se livre aux vrais calculs savantissimes de calculateur prodige à la mémoire phé­noménale capable de toutes les extractions de racines cubiques et autres réjouissances amusantes consistant à mémoriser une suite d'affir­mations et de négations, réponses à des ques­tions aussi farfelues qu'amusantes.
Bref courez le voir, chaque expé­rience est un ex­ploit avec un plus inattendu qui vient confondre ceux qui croient savoir.
Le Double-Fond, le Théâtre Trévise ouvrent également leurs scènes aux mentalistes. Faute de place, nous en reparlerons dans un autre numéro de Magicus magazine. Au (2) mois prochain et surtout n'ayez pas peur de nous faire partager vos découvertes, nous en ferons notre miel. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !



« Un génie de la magie comme on en rencontre tous les mille ans » (article de Carlos Vaquera paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 169, septembre – octobre 2010).




Le dernier numéro de "Magicus Magazine, N° 221.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 169 (septembre-octobre 2010). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré à Juan Tamariz écrit par Carlos Vaquera. 

Un génie de la magie comme on en rencontre  tous les mille ans (par Carlos Vaquera)

« Comme vous le savez, le temps n'a pas d'emprise sur les génies et Juan Tamariz est un génie de la Magie !

Depuis le temps que je le lis, depuis le temps que je l'étudie, depuis le temps que je le fréquente, j'ai pu me rendre compte de cette évidence, de cette vérité profonde !

Mais s'il y a un lieu dans le monde où cette vérité est encore plus frappante, c'est dans un petit village aux abords de Madrid : l'Escorial.

Durant les « Journées Cartomagiques de l'Escorial » tous les invités sentent une âme exceptionnelle planer tranquillement au-dessus d'eux. Cette présence tranquille n'est autre que celle qui a initié ces journées et qui en est aujourd'hui son moteur principal. C'est dans ce lieu d'étude, de passion et d'amitié que nous nous rendons compte du véritable génie artistique de cet homme hors du commun. Personne, sauf peut-être les vrais intimes de Juan, ne peut s'imaginer l'amas de connaissances qu'il possède. C'est un dévoreur de livres, un véritable passionné de l'illusion et un amoureux inconditionnel de la Magie. C'est un être empli d'humilité qui ne montre qu'une infime partie de ses connaissances. Il n'y a pas un sujet sur lequel il ne peut pas parler. Il sait tout sur tout ! C'est difficile à croire et pourtant c'est la vérité ! Croyez-moi, il a de quoi nous illusionner pendant encore plusieurs générations !

Au travers de toutes ces années passées à croiser son chemin de vie, j'ai commencé, comme beaucoup d'autres, à entreprendre mon propre chemin pour tenter de m'approcher de sa « voie magique ». J'ai conscience que j'entreprends un voyage difficile, je sais que le chemin sera long et qu'il y aura des moments de doute, mais je sais également que tant qu'il  y aura un homme comme Juan Tamariz pour m'éclairer et me guider, la route sera toujours accessible. Il est un modèle pour nous tous et un support amical qui nous donne l'envie d'aller toujours plus loin.

Nous avons beaucoup de chance de vivre à la même époque que Juan, de le voir, de lui parler et d'échanger avec lui des sentiments amoureux sur notre Art ! Il est un Maître unique qui est venu sur terre pour nous faire vivre une foule d'émotions aussi diverses que le rire, la  joie et la folie contagieuse. S'il y en a un qui est capable d'illusionner aussi bien les magiciens que le public, c’est bien lui !

Juan Tamariz a trouvé son propre pouvoir et il n l'offre sans compter.

Il est un véritable ambassadeur de la liberté, de l'humour et de l'amour. Il connaît le secret de la longévité et il le partage volontiers avec nous : la multiplication des amis.

C'est pour toutes ces raisons que je veux lui dire :

- De la part de tous les écoliers de l'École Magique de Madrid,

- De la part de tous les magiciens du monde entier, qui ont eu le bonheur de le voir,

- De la part de tous les spectateurs, qui ont eu la chance d'assister à un de ses spectacles,

De la part de tous les téléspectateurs, qui le suivaient régulièrement toutes les semaines à la télévision espagnole dans « Magia Potagia »,

- De la part de tous les lecteurs de ses merveilleux livres,

Mille fois merci à toi Juan pour nous offrir ce pourquoi tu es né et pour immortaliser à jamais ton passage dans notre vie !!! »

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.




Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

mercredi 1 avril 2020

La première manipulation de cartes que j'ai travaillée dans ma vie : le saut de coupe.





Un saut de coupe.


Un peu de nostalgie. Je vous raconte la première manipulation de cartes que j’ai apprise quand j’étais enfant (précisément à l’âge de 8 ans) : le saut de coupe. Robert-Houdin dit dans  « Comment on devient sorcier, les secrets de la prestidigitation et de la magie » qu’il est très important mais difficile. Le saut de coupe était expliqué dans le premier livre que j’ai acheté sur le sujet : « Les 1200 amusements et récréations de société contenant tous les tours d’adresse les plus intéressants » (j’ai appris par la suite que le livre était paru en 1850 !).

Je trouve que le saut de coupe est très bien expliqué dans un livre pour les tricheurs et les cartomanes qui s’intitule « L’expert aux cartes » publié en 1902. Curieusement, on n’en connaît pas l’auteur qui l’a signé sous le pseudonyme de S.W. Erdnase (sans doute une anagramme d’Andrews). Ce qui est certain, c’est qu’il était certainement à la fois un tricheur et un magicien. Voici donc un extrait de cet ouvrage expliquant comment effectuer un saut de coupe :

« Il existe de nombreuses méthodes pour inverser l'action de la coupe, mais dans cette partie du livre, je n'en décrirai que trois que j'estime utilisable à la table de jeu. On considère à tort que cet artifice est indispensable au joueur professionnel, mais il s'en sert en fait peu, et seulement en dernier recours. Le magicien utilise le saut de coupe dans 90% des tours de cartes, car il est assez simple à réaliser dans ce contexte. Une légère inclinaison du corps ou un mouvement des mains - ou alors « tchatcher » pour détourner l'attention, lui permet de couvrir l'action parfaitement. Mais les conditions sont tout à fait différentes quand on est assis à la table en train de jouer pour de l'argent. On ne peut pas se permettre d'enlever un instant les mains de la table, et les mouvements inhabituels ne sont pas tolérés — de plus, le but d'un saut de coupe est bien connu dans ce milieu, et on sait le moment où s'y attendre, à savoir immédiatement après la coupe. Personne n'a encore inventé le saut de coupe qui puisse être exécuté avec les gestes naturels aux habitudes de jeu, sans un mouvement inhabituel des mains ou indication de manœuvre - même s'il est réalisé adroitement. Cependant, il est nécessaire de l'exécuter de temps à autre, et un professionnel intelligent sera capable de changer de moment à défaut de pouvoir changer de mouvement. Ce faisant, il évite la suspicion. Le subterfuge est expliqué sous la rubrique, « Le Joueur sans Allié », sous l'entête, « Sauter La Coupe ». Le premier saut de coupe décrit est exécuté avec les deux mains. C'est un grand favori, et probablement le plus vieux et le meilleur de tous.

Le saut de coupe à deux mains

Tenir le jeu en main gauche, le pouce d'un côté, l'index, le majeur et l'annulaire recourbés sur l'autre côté avec les premières articulations appuyés contre le dessus du jeu, et l'auriculaire inséré dans le break entre les deux paquets à inverser. Le jeu est tenu de biais, le côté droit incliné vers le bas. Ramener la main droite pour couvrir le jeu, et saisir le paquet du dessous par les petits bords entre le pouce et le majeur, à un centimètre des coins gauche, les doigts de la main droite proches les uns des autres, mais seulement le pouce et le majeur en contact avec le jeu. Si la position est correctement prise, la main droite tient le paquet du dessous et la main gauche serre le paquet du dessus entre l'auriculaire et les trois autres doigts. Pour inverser les deux paquets, la main droite tient le paquet du dessous fermement contre le pouce gauche, et sous couvert de la main droite, les doigts de la main gauche retirent le paquet du dessus afin qu'il se sépare du paquet du dessous, et le glisse par en dessous. Le pouce gauche aide à la séparation des deux paquets en appuyant sur le bord du paquet du dessous, afin de faire monter le bord opposé pendant le retrait du paquet du dessus. Puisque le paquet du dessous n'est tenu que par un pouce et un doigt, il peut être incliné comme sur un pivot aux deux extrémités, et les doigts de la main droite peuvent retenir leurs positions pendant toute l'opération. La plupart des professeurs suggèrent d'utiliser les doigts de la main droite pour aider à soulever le paquet du dessous, mais je pense que l'astuce est meilleure si la position des doigts de la main droite reste inchangée pendant ou après le saut de coupe. Il suffit d'un instant pour inverser les paquets sans bruit, mais il faut beaucoup d'entraînement afin d'accomplir la ruse correctement. Il faut sécuriser les positions et réaliser l'action lentement jusqu'à ce que les mouvements deviennent fluides. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !





mardi 31 mars 2020

Initiation au mentalisme.



Le génial Max de Magic Dream.


Le but de cet article est que le débutant puisse pratiquer dans un premier temps le mentalisme soit avec des gimmicks, soit avec des tours achetés. Puis il apprendra à utiliser le nailwriter, il se familiarisera à la pratique de l’équivoque (choix du magicien). Il utilisera à la fois des livres truqués (book tests) et son téléphone portable. La plupart des tours sont soit vendus très peu chers par les magasins de prestidigitation comme Magic Dream ou faisables avec des cartes double face ou même des jeux de cartes normaux. Certains sont expliqués dans des livres comme « Mind, myth and magic » de Waters, « Subtilités psychologiques 3 » de Banachek , « Douceurs mentales 1 » d’Eric Bertrand et Fabien Arcole, « La magie de Mickaël Stutzinger 2 », Tous les tours présentés sont de niveau facile : tours avec des cartes, tour avec électronique, tour avec téléphone, tours avec nailwriter, tours avec équivoque, tour avec des livres, tours avec différents objets (bandelettes de couleur)


Liste de 16 effets présentés et expliqués


1) Happy Birthday  de Daniel Rouault dans le livre La magie de Mickaël Stutzinger 2 : divination d’un mois de l’année
« Vous avez 12 cartes avec écrit sur chacune un mois de l’année, côté mois posé sur le tapis. Demandez à un spectateur de déplacer de la gauche vers la droite le nombre de cartes qui correspond au mois qu’il pense (3 pour mars). Vous trouvez en soulevant une carte quel est le mois trouvé. »

2) Box office de Jérémy Marouani, révélation de la place d’un film au box office dans une enveloppe
« Dans une enveloppe est annoncée la position au box office d’un film que le spectateur a librement choisi. »

3) Décisions de Mozique, triple prédiction
https://www.magicdream.fr/tour-de-magie-decisions-blank.html
« Vous prévoyez le nombre de fois qu’un spectateur a perdu ou gagné dans le choix de deux cartes. »

4) Framedown  de Thomas Allan Waters dans « Mind, myth and magic tome 1 » : divination d’un  dessin parmi 16
https://www.magicdream.fr/livre-mind-myth-magic-vol-1.html
« Vous prévoyez le dessin choisi par un spectateur parmi 16 dessins. »

5) Ice Breaker, Mensonge ou vérité de David Girola : le mentaliste devine toujours quand vous dites la vérité ou vous mentez
« Le spectateur dit quatre mensonges et une vérité avec un jeu de cartes. Vous devinez quelle est la vérité. »

6) Imagination ultime d’Andrew Gérard dans « Subtilités psychologiques 3 » de Banachek
« Avec des pièces invisibles, vous devinez la pièce choisie par le spectateur. »

7) In Which Hand ? (dans quelle main ?)
Version effectuée par Marc Paul dans « Mind2Mind »
« Vous devinez le nombre de fois qu’un spectateur se trompe en désignant dans laquelle de vos mains est la pièce. »

8) Tempête sous un crâne (Duvivier)
Un effet connu où vous devinez la dame qu’a choisie le spectateur.

9) Feel a color
« Vous avez trois bandelettes de couleur. Vous devinez celle qui est choisie par le spectateur »

10) Inferno de Joshua Jay
« Un autre tour basé sur l’équivoque. Le magicien retrouve dans une boîte d’allumettes une carte un peu brûlée. C’est celle qu’a choisie le spectateur. »

11) Double cross de Mark Southworth
« Une croix que vous faites dans votre main réapparaît dans celle du spectateur. Basé sur un marqueur truqué. »

12) Sixth Sense de Hugo Shelley (in which hand électronique)

13 ) Get sharky (téléportation d’une carte)
« Un jeu truqué. La carte choisie par le spectateur disparaît du jeu et réapparaît dans votre poche. »

14) Book test de Fanch Guillemin (Histoire illustrée de la magie blanche avant Robert-Houdin)
« 3 effets de  book test dans un livre tout à fait normal sur l’histoire de la prestidigitation. »

15) Close-up book  test (Yves Doumergue) 
« Un book test parfait que les spectateurs ne peuvent distinguer du vrai livre ».

16) Doodle (Iforce) de Greg Rostami (Magie de téléphone).
« Vous prédisez le chiffre annoncé par le spectateur. »

Voilà .C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.