dimanche 22 mars 2020

Compte rendu du livre "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »" de Fanch Guillemin (1967) (première partie).





Le livre en question.


J’avais déjà par le passé réalisé une bibliographie du magicien et historien de la magie Fanch Guillemin.

Aujourd’hui, je vous livre un compte rendu d’un de ses livres trop peu connu : "Les princes de l'anti-sèche, ou « l'Art…de tricher en classe sans se faire prendre ! »", Morlaix, Imprimerie Nouvelle, 1967.

Fanch m’a révélé qu’il avait réalisé cet ouvrage au service militaire ! En tout cas, c’est remarquablement bien écrit et intéressant pour les prestidigitateurs.

Le magicien Gaëtan Bloom s’en est inspiré pour inventer certaines tricheries scolaires du film Les Sous-doués de Claude Zidi.

Dans le chapitre 3 « Une adroite substitution », un élève réalise tout simplement un change (de prestidigitation) pour tricher à une épreuve d’histoire !

Pour vous mettre en appétit, je vous en livre deux extraits :

« PETIT AVANT–PROPOS

L'art de tricher est né avec les hommes et bien des volumes lui ont été consacrés. Il existe une véritable littérature de la fraude, œuvre d'illusionnistes ou d'inspecteurs des jeux, et un tricheur professionnel a même eu l'audace ahurissante d'écrire un manuel destiné à ses collègues filous. Ce personnage surprenant qui s'appelait Erdnase restera d'ailleurs toujours le symbole de cet art condamné par la morale.

A ma connaissance cependant, ces ouvrages n'avaient mis en scène jusqu'à présent que des tricheurs adultes : des hommes et des femmes. Il appartenait donc à un spécialiste de combler cette lacune et d'étudier enfin sous ses divers aspects, l'art trop méconnu de la tricherie chez l'enfant à l'école, car l'école est l'univers de celui-ci.

Quelques écrivains avaient bien effleuré la question — Louis Pergaud s'était moqué des souffleurs, et Gilbert Cesbron du cancre débrouillard et de sa « veste d'exam' » aux multiples poches secrètes garnies de petits papiers — mais sans jamais l'approfondir ni même s'en tenir à des faits vraisemblables.

En tant qu'ancien tricheur, illusionniste truqueur et aussi instituteur — qualités bien rarement compatibles — j'ai pensé qu'il était tout de même temps de rendre justice à l'ingéniosité des écoliers fraudeurs et de réhabiliter une fois pour toutes leur art tant décrié. »

« — Mais si ! s'entêta le Grand Bartha. Réfléchis un peu ! Un prestidigitateur qui présente un tour de cartes, par exemple, doit prévoir aussi comment va se comporter sa victime, comment celle-ci va raisonner... Il attire son attention sur des gestes inutiles ; il l'étourdit de son baratin ; il la met en confiance par des coupes et des mélanges qui ne servent à rien. Et puis, quand tout le monde a le nez en l'air, clac ! ! Passez muscade... il fait sauter la coupe sans rien dire à personne... Et le pauvre type qui était sûr d'avoir suivi et contrôlé toutes les opérations avale son dentier de surprise en constatant que sa carte s'est encore envolée ; et il se retrouve quinaud une fois de plus. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.




vendredi 20 mars 2020

Les Open Predictions inventées par des magiciens français.


Choice, une Open Prediction du magicien Jérôme Sauloup.


L’Open Prediction est maintenant un tour classique dans la magie des cartes à jouer et du mentalisme.

Il était au départ un défi créé par le prestidigitateur Paul CURRY dans les années 40, partagé à l’origine uniquement dans des discussions privées et par correspondance avec un très petit groupe de magiciens.

Il était initialement connu sous le nom « The Curry Unsolved Card Problem ».

Dans son défi, Paul CURRY a suggéré un effet dans lequel une prédiction du nom d’une carte à jouer est donnée ou montrée ouvertement au début de celui-ci.

Un spectateur mélange ensuite un paquet de cartes et distribue les cartes face visible sur la table, une à la fois, jusqu’à ce qu’il choisisse de s’arrêter à un moment aléatoire et de poser la prochaine carte face cachée, sans regarder son identité.

Puis il continue à donner le reste du jeu face visible. Tout le monde regarde le jeu à la recherche de la carte prédite dans les cartes distribuées face vers le haut.

Elle n’apparaît pas. A la fin, le spectateur retourne la carte qui est face vers le bas. Elle est la carte prédite dès le début.

Je vous présente aujourd’hui les solutions proposées pour ce Saint Graal de la cartomagie et du mentalisme par des magiciens français.


1)      Bernard BILIS
Pour l’Open Prediction de Bernard BILIS est requise seulement la maîtrise d’un mouvement de Paul Le Paul.
La révélation se trouve dans le DVD Génération Bilis (première partie).

2)      Gaëtan BLOOM
C’est la solution trouvée par un de nos grands créateurs en prestidigitation.
Elle nécessite un jeu spécifique.

3)      Guillaume BOTTA
Dans la troisième partie de son livre « Illusions, mentalisme et magie de proximité » sur les routines avec un jeu de cartes, on trouve une routine d’open prédictions (p.143 à 150) de Guillaume BOTTA.

4)      Yannick CHRETIEN
Dans le DVD, Yannick CHRETIEN, 2009, « Close-up magic », chez Marchand de Trucs, 14 effets nous sont proposés dont une Open Prediction.

5)      Dominique DUVIVIER
Dans le double DVD « Le grenier est dans mon coffre », Dominique DUVIVIER propose deux sortes d’open prediction dans le deuxième DVD : « Open prediction bicycle » et « Open prediction « double ».

6)      Steeve ELEMA
Dans son livre « Mental », au chapitre 1 « Saint Graal », est décrite une « open prediction impromptue ».

7)      Jean-Eugène ROBERT-HOUDIN
C’est la première apparition de l’idée d’une open prediction sans que l’expression exacte soit citée.
Dans « Les Secrets de la Prestidigitation et de la Magie », 1868, Jean-Eugène ROBERT-HOUDIN propose le tour « La Pensée Prévue ».

8)      Jean Jacques SANVERT
Dans le « Best of Jean-Jacques SANVERT, World Champion Magic », DVD, Vol 2, se trouve un tour d’open prediction, « Impossible Prediction ».

9)      Jérôme SAULOUP
Jérôme SAULOUP est le créateur d’«Automatic Open Prediction» en 2009.
Henry MAYOL l’a mis en boutique vers 2010.
Elle était vendue dans un sachet qui contenait 1 gimmick et 3 méthodes automatiques pour faire des Open prédictions avec le gimmick.
Son « Automatic Open Prediction » est seulement vendue en conférence.

Depuis 2019, une version étendue est proposée sous le nom Choice chez Magic Dream. https://www.magicdream.fr/choice-jerome-sauloup-tour-de-magie.html


10)   Boris WILD
Boris WILD a créé “The Perfect Open Prediction”.
Un matériel secret est nécessaire.

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.



Histoire de la mnémotechnie (du Moyen Age à nos jours).







1) Marcianus CAPELLA et le De nuptiis Philologiae et Mercurii.

Pendant la terrible période de catastrophe que fut la première moitié du Vème siècle (le sac de Rome par Alaric en 410, la mort de saint Augustin pendant le siège d’Hippone par les Vandales en 430...), le carthaginois Marcianus CAPELLA écrivit son De Nuptiis Philologiae et Mercurii, ouvrage qui préserva, pour le Moyen Âge, le schéma du système pédagogique de l’Antiquité, fondé sur les sept arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie).

Au cours de l’exposé qu’il fait des parties de la rhétorique, Marcianus donne, dans le chapitre consacré à la mémoire, une brève description de la mémoire artificielle.

2) Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN lurent le De l’invention oratoire de CICERON et accordèrent toute leur attention aux définitions qu’il donne des quatre vertus cardinales et de leurs parties : la prudence, la tempérance, la force et la justice.

C’est pourquoi leurs Traités scolastiques sur l’Art de la mémoire ne font pas partie d’un ouvrage sur la rhétorique, comme c’était le cas dans l’Antiquité, mais se sont déplacés de la rhétorique à l’éthique.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN traiteront de la mémoire comme d’une partie de la prudence. Cette vertu nous apprend quatre choses : le souvenir du passé, la disposition du présent, la prévoyance de l’avenir, et la discrétion dans les choses douteuses.

L’éducation de la mémoire, conçue comme activité vertueuse et recommandée par Albert le Grand et son élève Saint Thomas, dans sa Somme théologique, va connaître un développement extraordinaire.
Ils ont considéré comme acquis que « la mémoire artificielle » concernait le souvenir du Paradis et de l’Enfer, ainsi que les vertus et les vices conçus comme « signes mnémoniques », qui doivent nous aider à gagner le Ciel et éviter l’Enfer.

Albert le Grand et Saint Thomas d’AQUIN feront également l’examen des préceptes de la mémoire artificielle en utilisant les termes de la psychologie aristotélicienne exposée dans son traité De la mémoire et de la réminiscence.

En général, la rhétorique était plutôt rabaissée par la scolastique, mais cette partie de la rhétorique qu’est la mémoire artificielle quitte sa place à l’intérieur du système des arts libéraux pour devenir une partie d’une vertu cardinale, la Prudence.

3) À la fin du Moyen Âge et durant la Renaissance, nombreux furent les mages et mystiques qui découvrirent des systèmes magiques pour atteindre, mémoire ultime, la connaissance divine.

Raymond LULLE (1235-1315) inventa le grand art de la mémoire.

Différent de la méthode des lieux, le grand art est plutôt l’ancêtre des codes, avec l’idée qu’une combinaison magique permettait d’accéder à la compréhension de Dieu.

4) Pierre HERIGONE, mathématicien sous le règne de Louis XIII et la régence de Louis XIV, crée ensuite le code chiffre-lettre. 

L’invention de celui-ci apparaît dans un chapitre de son énorme
Cours de mathématique en plusieurs volumes.

Le code chiffre-lettre propose de remplacer les chiffres par des lettres, consonnes ou voyelles et syllabes.

Grâce à celui-ci, on peut transformer les nombres complexes à mémoriser en mots ou pseudo-mots, en choisissant à son gré une consonne, une voyelle ou une syllabe.

Une des applications qu’en donne Pierre HERIGONE est une longue chronologie universelle.

Dans le système de Pierre HERIGONE, les chiffres sont désignés par les voyelles suivantes : 1= t, 2= n, 3= m, 4 = r, 5= l, 6= g, 7= k, 8= f, 9= p, s= 0.


 5) Au dix-huitième siècle, Gregor von FEINAIGLE fut un mnémotechnicien extrêmement réputé qui propagea sa méthode grâce à des cours et conférences dans toute l’Europe. Il ne publia ses techniques dans aucun livre, ce qui lui valut d’être oublié par la suite. Né en 1760 au Luxembourg et mort à Dublin en 1819, il fut moine dans l’ordre cistercien de Salem.

La mnémotechnie lui doit presque tous les procédés modernes, et notamment la table de rappel.

Heureusement, des disciples publièrent des traités à partir de notes de ses conférences, qui permettent de nous représenter de façon assez complète le système astucieux de FEINAIGLE.

J’en ai trouvé un sur internet, édité par Thomas Naudin en 1808, et écrit par un certain DIDIER. Il s’intitule Traité complet de mnémonique, et contient un grand nombre de techniques basées en partie sur l’imagerie et la méthode des lieux, mais il présente surtout des innovations à partir du code chiffre-lettre, et naturellement la table de rappel.

La table consiste à construire une liste de 100 mots-clés, à partir du code chiffre-lettre, qui codent les 100 premiers nombres.

Ainsi « or » code le chiffre 4 (4 vaut R), « tison » code 10, « miroir » vaut 34, etc...

L’utilisation de cette table se fait en deux temps : apprentissage par cœur comme une table de multiplication de la table de rappel, puis apprentissage de chaque mot de la liste à mémoriser en liaison avec les mots-clés.

6) Dans le sillage des inventions technologiques, le XIXe siècle fut le siècle des techniques de la mémoire.

Sous l’intitulé de « mnémotechnie », manuels et traités vont connaître un engouement sans précédent en France sous le nom d’école française.

Le chef de file de l’école française est un professeur de musique, contemporain d’Alexandre Dumas, Aimé PARIS (1798-1866).

Dans son Exposition et pratique des procédés de la Mnémotechnie (Paris, 1825) il reproduit néanmoins la table imagée de FEINAIGLE ; 1 : observatoire ; 2 : cygne... jusqu’à 100 : balance, mais n’utilise plus la méthode des lieux.

En revanche, il perfectionne le code chiffre-lettre en faisant correspondre aux chiffres non pas des consonnes arbitraires, mais des groupes consonantiques apparentés d’après les règles phonologiques, par exemple « t ou d » pour les occlusives, « f ou v » pour les fricatives...

Ces perfectionnements phonologiques seront définitivement adoptés et son code est celui que l’on trouve dans les livres contemporains.

Le principal rival d’Aimé PARIS au 19ème siècle fut l’abbé MOIGNO (1804-1884), auteur du Manuel de mnémotechnie en 1879, qui étonna par sa mémoire le grand scientifique Arago lui-même.


7) Le chef de file de la renaissance de l’art de la mémoire à la fin du vingtième siècle fut Tony BUZAN, un pédagogue britannique âgé de soixante-sept ans.

BUZAN a fondé le Championnat du monde de mémoire en 1991, puis des championnats nationaux dans plus d’une douzaine de pays — de la Chine au Mexique en passant par l’Afrique du Sud.
Il dit avoir œuvré avec l’ardeur du missionnaire, depuis les années 1970, pour faire entrer les techniques mnémoniques dans les écoles du monde entier.

Il s’agit pour lui d’une « révolution éducative globale dont le but est d’apprendre à apprendre».

Un collectionneur américain Morris N. YOUNG a réussi à réunir une gigantesque bibliographie (431 pages) recensant tous les ouvrages sur la mémoire depuis l’Antiquité jusqu’à 1961, « Bibliography of Memory ».

Les mnémotechniciens déterminants du vingtième siècle en France furent notamment TREBORIX, SANAS (André DELCASSAN), SARRAZIN (Marcel VASSAL) et Charles BARBIER. Le belge Claude KLINGSOR a lui aussi développé une méthode de mnémotechnie très riche et très intéressante.

Les grands mnémotechniciens actuels sont l’américain Harry LORAYNE, les français : Benoît ROSEMONT, Vincent DELOURMEL, Jean-Claude ARRESTIER alias ATOMIX, Pierre ONFROY (Féodor), Rodolphe CANDELA, Jean-François GERAULT. Ainsi que plusieurs champions du monde de mémoire : Dominic O’BRIEN, Ben PRIDMORE, Andi BELL, Ed COOKE, etc.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous


Histoire de la mnémotechnie (L'Antiquité).



Un des ouvrages les plus importants.


La mnémotechnie sert aux personnes qui mémorisent mal dans un ou plusieurs domaines. Elle aide à retenir les noms de personnes que l’on vous présente, des numéros de téléphone à la volée, mais aussi des listes de notions ou d’objets, des dates de l’histoire de France et même les préfectures et sous-préfectures des départements français.

Pour le professionnel du mentalisme, elle permet d’effectuer des démonstrations de mémoire prodigieuse :

             la mémorisation d’un livre entier : le spectateur vous lit la première ligne d’une page et vous pouvez indiquer le numéro de la page,
             le nombre de paragraphes de cette page,
             le nombre de lignes du premier paragraphe, raconter les faits et gestes des différents personnages dans cette page, etc.
             la récitation d’un jeu de 52 cartes par cœur,
             une mémorisation en un bref laps de temps d’un jeu de cartes mélangé par plusieurs spectateurs.
             Vous pourrez indiquer de tête, en écrivant sur un tableau, 30 à 50 décimales après la virgule du chiffre Π (Pi).

En bref, c’est un ensemble de méthodes permettant de mémoriser plus vite et mieux par association d’idées et visualisation.

Au cours d’un banquet, le poète Simonide de CEOS chanta un poème lyrique en l’honneur de son hôte, mais il y inclut un passage à la gloire de Castor et Pollux. L’hôte mesquin dit au poète qu’il ne lui paierait que la moitié de la somme convenue pour le panégyrique et qu’il devait réclamer la différence aux dieux jumeaux.

Un peu plus tard dans la soirée, on avertit Simonide que deux jeunes gens, qui désiraient le voir, l’attendaient à l’extérieur de la salle. Il quitta le banquet et sortit mais ne trouva aucune trace des jeunes gens. Pendant son absence, le toit de la salle de banquet s’écroula, écrasant tous les invités sous les décombres.  

Comme Simonide fut capable de se rappeler les places que chacun occupait à table, il permit d’identifier tous les cadavres atrocement broyés.

Cette aventure suggéra à Simonide les principes de l’art de mémoire, dont on dit qu’il fut l’inventeur.

Ce récit de la façon dont Simonide inventa l’art de mémoire est donné par CICERON dans De l’orateur, au passage où il traite de la mémoire comme de l’une des cinq parties de la rhétorique :

 « Aussi, pour exercer cette faculté du cerveau, doit-on, selon le conseil de Simonide, choisir en pensée des lieux distincts, se former des images des choses qu’on veut retenir, puis ranger ces images dans les divers lieux. Alors l’ordre des lieux conserve l’ordre des choses ; les images rappellent les choses elles-mêmes. Les lieux sont les tablettes de cire sur lesquelles on écrit ; les images sont les lettres qu’on y trace. »

CICERON souligne que l’invention de l’art de la mémoire par Simonide ne repose pas seulement sur la découverte de l’importance d’une disposition ordonnée, mais aussi sur la puissance du sens de la vue.

Simonide de Céos (ou l’inventeur, quel qu’il fut, de la mémoire artificielle) vit fort bien que, de toutes nos impressions, celles qui se fixent le plus profondément dans l’esprit sont celles qui nous ont été transmises et communiquées par les sens ; or, de tous nos sens, le plus subtil est la vue. Il en conclut que le souvenir de ce que perçoit l’oreille ou conçoit la pensée se conserverait de la façon la plus sûre, si les yeux concouraient à le transmettre au cerveau.

Les trois premières sources latines sur la mnémotechnie sont La rhétorique à Hérennius (d’auteur inconnu, écrite vers 86-82 avant Jésus-Christ), chapitre 4 consacré à la mémoire, L’Institution oratoire de QUINTILIEN (35-96 après Jésus-Christ), De l’orateur de CICERON (106-43 avant Jésus-Christ).

La rhétorique à Hérennius est le plus détaillé de ces traités.

Un maître de rhétorique romain dont nous ignorons le nom a rédigé, vers 86-82 avant Jésus-Christ, un manuel pratique pour ses étudiants intitulé Rhétorique à Hérennius. Ce texte anonyme ne nous est donc parvenu sans autre information que le nom de son dédicataire. Ce maître traite des cinq parties de la rhétorique (inventio, dispositio, elocutio, memoria, pronuntiato).

Quand il en arrive à la mémoire, comme partie essentielle du bagage de l’orateur, il commence son exposé par ces mots :

«Tournons-nous maintenant vers la salle au trésor des inventions, vers le gardien de toutes les par-ties de la rhétorique, la mémoire. »

Ensuite, l’auteur distingue deux sortes de mémoires :
             La mémoire naturelle, gravée dans notre esprit et née en même temps que la pensée.
             La mémoire artificielle, qui est une mémoire renforcée ou consolidée par l’exercice.

La Rhétorique à Hérennius est la source principale sur l’art classique de la mémoire des Grecs et des latins, car les remarques de Quintilien et de Cicéron ne constituent pas des traités complets et supposent que le lecteur connaît déjà la mémoire artificielle et sa terminologie. Ce traité jouera aussi un rôle d’une importance capitale pour la transmission de l’art de mémoire de l’Antiquité au Moyen Âge.

1) Règles pour les lieux

La mémoire artificielle est fondée sur des lieux et des images. Les lieux doivent être aisément retenus par la mémoire : maison, rue... Les images sont des formes ou des symboles de ce dont nous désirons nous souvenir. L’art de la mémoire est comme une écriture intérieure car les lieux ressemblent beaucoup à des tablettes enduites de cire ou à des papyrus, les images à des lettres, l’arrangement et la disposition des images à l’écriture.

 Si nous voulons nous rappeler beaucoup de choses, nous devons nous munir d’un grand nombre de lieux.

Ces lieux doivent être choisis dans un bâtiment de taille moyenne, peu fréquenté ou désert et solitaire, pas trop brillamment éclairé.

Un homme qui se déplace lentement dans un bâtiment solitaire et s’arrête de temps à autre, le visage attentif, est un étudiant en rhétorique qui forge un ensemble de lieux de mémoire...

Des lieux de mémoire bien fixés peuvent être parcourus dans les deux directions : en avant ou en arrière.

2) Règles pour les Images

Il y a deux types d’images.

La mémoire « pour les choses » fabrique des images pour rappeler un argument, une idée ou une « chose », tandis que la mémoire « pour les mots » doit trouver des images pour rappeler chaque mot.
Il faut aider la mémoire en suscitant des chocs émotionnels à l’aide d’images frappantes et inhabituelles, belles ou hideuses, comiques ou grotesques.

Nous devons donc créer des images capables de rester le plus longtemps possible dans la mémoire.

Et nous y réussirons :
si nous établissons des ressemblances aussi frappantes que possible ;
si nous créons des images qui ne soient ni nombreuses, ni vagues mais actives ;
si nous leur attribuons une beauté exceptionnelle ou une laideur particulière ;
si nous les enlaidissons d’une façon ou d’une autre, en introduisant par exemple une personne tachée de sang, souillée de boue ou couverte de peinture rouge de façon à ce que l’aspect en soit plus frappant ;
ou encore si nous donnons un effet comique à nos images.

Mais une condition est essentielle : il faut régulièrement parcourir en esprit tous les lieux originaux
pour raviver les images.

Dans l’Antiquité, qui ignorait l’imprimerie, une mémoire exercée avait une importance vitale.
La gymnastique intérieure, le travail invisible de concentration auxquels se soumettaient les Anciens
leur donnaient une mémoire puissante et organisée.

Ils aimaient surtout les triomphes de mémoire : Sénèque le Rhéteur, professeur de rhétorique, était capable de répéter deux mille mots, dans l’ordre dans lequel on les lui avait donnés. Il pouvait également retenir des centaines de vers et les répéter à l’envers. Un tel exploit atteste le respect que l’Antiquité avait pour l’art invisible de la mémoire et pour l’homme possédant une mémoire entraînée, une mémoire aux pouvoirs « presque divins », écrira Cicéron.

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

jeudi 19 mars 2020

Extrait d'une traduction d' "Our Magic, The Art in Magic, the Theory of Magic, the Practice of Magic" de Nevil Maskelyne et David Devant (chapitre 1 de la première partie) (1912).



Le livre en question.


"Sans nul doute, l’attrait pour la magie est en grande partie dû à ses secrets. Non seulement pour le grand public, mais également pour le magicien professionnel, les secrets représentent la partie la plus fascinante du sujet. C'est parmi toutes les couches de la population un sujet de conversation populaire et ils ont donné naissance à des tonnes d’ouvrages.

Malheureusement, malgré la constante attention envers ce sujet, les vrais secrets de l’art magique ne font l’objet que de très peu de considération. On peut dire que non seulement leur nature même, mais également leurs existences, sont presque entièrement négligées par le public et trop fréquemment oubliées par les magiciens professionnels. L’idée répandue est que les secrets de la magie consistent en « tours » et en « trucs », liés aux manipulations et aux accessoires utilisés dans cet art. Pour la plupart des personnes, le « secret » de toute représentation magique consiste simplement en « comment on fait ». Les gens supposent qu’aussitôt que le processus utilisé dans la production d’effets magiques a été découvert, le secret de cet effet est révélé. Le secret a été découvert et rien ne reste à apprendre. Aucun point de vue n'est plus erroné. Cette manière de voir ne peut être justifiée en aucune manière et nous proposons d’en montrer les raisons dans les pages suivantes.

Les vrais secrets de la magie ne sont pas les secrets commerciaux. Ce ne sont pas le matériel des marchands de trucs et les manipulations ou les artifices. Ce ne sont pas les trucs ingénieux, qui, une fois appris, permettent à leur propriétaire d’accomplir tout ce qu’un habile magicien peut faire. Ce ne sont pas les tours et les énigmes conçus pour la stupéfaction du public. Loin de cela. Les secrets sont d’un niveau bien plus élevé que ces trucs élémentaires et très loin des conceptions populaires. Notre objectif réel est de révéler ces secrets pour expliquer la vraie base de l’art magique, et les principes sur lesquels les effets magiques sont réellement basés. En bref, nous avons l’intention de montrer, non seulement les trucs utilisés par les magiciens, mais également les facteurs essentiels qui sous-tendent entièrement l’art et la pratique de la magie. On constatera que l’art magique est d’un caractère purement intellectuel et comporte une infinité de facettes intéressantes.

Il est essentiel en premier lieu, qu’une conception juste soit donnée de la portée et de l’intention de la présente section de notre travail. « L’art dans la magie » est très différent de « L’art de la magie ». Ce dernier terme peut embrasser un nombre immense d’observations variées. Ce dernier terme ne concerne qu’un côté seulement de la magie. Notre intention immédiate est l'éclaircissement de ces principes fondamentaux, qui, s’ils ne se réduisent pas qu’à la pratique, justifient la revendication selon laquelle la magie est un art mineur et non pas l’un des Beaux-Arts avec un grand « A ». Nous espérons démontrer les causes qui, indépendamment de l’habileté manuelle et des connaissances techniques, déterminent le succès ou l’échec de chaque aspirant magicien. Il est évident que de tels sujets sont dignes d’intérêt pour tout magicien, même pour les plus aguerris ou les plus commerciaux. En effet, on peut dire, avec raison, que l’homme qui ne peut expliquer les principes mis en œuvre dans ces questions, ne peut comprendre l’essence même de l’art magique. C’est cette essence qui régit le succès ou l’échec final d’un interprète. Par conséquent, celui-ci doit bien étudier les processus qui dominent la pratique réussie de la magie.

C’est ce que nous allons essayer de faire maintenant, au mieux de nos compétences. Nous devons traiter des points qui ne sont pas forcément évidents à la personne qui, pour la première fois, lit un traité de magie. Nous devons pour le moment perdre de vue les détails tels que les manipulations ou les fakes  et concentrer notre attention sur les grands principes qui, à première vue, peuvent sembler de pures abstractions sans importances particulières pour les personnes pratiques. Mais, pendant que nous procéderons, nous espérons montrer au moyen d’illustrations pratiques la nature réellement importante des sujets discutés.

Nous supposons que chacun s’accorde à reconnaître la magie comme un art. En fait, la magie est faite d’art et de science. D’habitude, l’expression « art de la magie » est utilisée pour inclure tout ce qui est relatif à ce sujet, à tous les points de vue. Par conséquent, puisque notre présente question s’intéresse seulement au côté artistique de la magie, et ne concerne pas la science, nous avons fait attention à choisir pour cette section un titre qui évite la terminologie approximative généralement utilisée. La magie étant évidemment un art, étudions la vraie nature de l’Art dans la Magie ; c’est de cette recherche que dépend la divulgation des vrais secrets de la magie."

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.


mardi 17 mars 2020

Compte rendu de l’ouvrage « Philippe Marlin, un enfant de Planète, Entretiens avec Claude Arz » (première partie).




Le livre en question.


Je ne savais pas comment chroniquer dans ce blog un livre que j’ai trouvé passionnant, Philippe Marlin, un enfant de Planète, Entretiens avec Claude Arz aux éditions de l’Œil du Sphinx. J’ai décidé tout simplement d’en commenter les meilleures parties au hasard de ma lecture, étant dans l’impossibilité de résumer un livre qui porte sur 71 ans de la vie d’un homme hyperactif (Philippe est né en 1947).

J’ai rencontré Philippe Marlin en l’an 1999. Il avait créé déjà depuis l’année 1989 l’association l’Œil du sphinx consacrée entre autres à l’écrivain américain de littérature fantastique Howard Phillips Lovecraft, et moi je venais de traduire deux romans d’un épigone allemand de cet auteur, Wolfgang Hohlbein, intitulés Le mage de Salem  et L’héritage de la nuit. J’ai donc adhéré à son association.

C’était l’époque des publications d’amateurs (fanzines), et toute une série de titres sortirent des presses d’origine de l’association : Dragon & Microchips (Science-Fiction, Fantastique), Murmures d’Irem  (Ésotérisme),  Rôle’ and’ Rêve  (Jeu de Rôle). Le succès rencontré (62 volumes publiés) amena les fondateurs en 2000 à doubler l’association d’une véritable structure commerciale, sous forme de SARL, Les Editions de l’Œil du Sphinx. L’entreprise multiplie désormais les incursions dans de nombreux domaines, mystères de l’histoire, fortéanisme et cryptozoologie, ufologie et parapsychologie tout en continuant à rendre hommage à H.P. Lovecraft.

Philippe Marlin, un enfant de Planète, Entretiens avec Claude Arz est le compte rendu des entretiens qui ont eu lieu du 12 février 2018 au 6 avril 2019 entre Philippe Marlin et l’écrivain Claude Arz, où Philippe a développé ce qu’a été son action, principalement dans le domaine de l’édition et de la banque, notamment entre 1960 et 2019, après qu’il ait lu en 1960 le livre pour lui déterminant « Le matin des magiciens » de Louis Pauwels et Jacques Bergier. S’en est suivie pendant dix ans la parution de la revue « Planète » inspirée par cet ouvrage.

Je commence mon compte rendu de manière complètement aléatoire à la page 56 sur l’AMORC (Antiquus Mysticusque Ordo Rosae Crucis) au sujet de laquelle les commentaires de Philippe m’ont paru très intéressants. L’AMORC est une association à visée spirituelle et ésotérique qui, depuis le film « Qui sont les Rose-Croix ? » (du 29 juin 2018)  par Frédéric Lenoir, un de nos plus grands historiens des religions, n’est plus considérée comme une secte.

Voici deux extraits de ce qu’en dit Philippe :

« Les années 1970 — ça va aussi évoquer quelque chose pour toi — ont également été de mon côté les années A.M.O.R.C. J'ai adhéré à cette association ésotérique entre guillemets, à laquelle je suis resté fidèle pendant de nombreuses années et dont je garde un excellent souvenir. Pour moi, c'était un peu l'école élémentaire de l'ésotérisme, c'est-à-dire qu'ils avaient (et ils ont toujours, je suppose) une démarche très structurée. » […]

« Je n'ai jamais recruté personne. Par contre, j'étais un étudiant fidèle. J'ai toujours mes monographies, mes cahiers de notes. »

Voilà la première partie de ce compte rendu. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

lundi 24 février 2020

Convention magique du magasin de prestidigitation "Magic Dream" : Rendez-vous 2020.



L'affiche de la convention.


J'ai le plaisir de vous transmettre ces informations sur des journées de magie qui s'avèrent déjà passionnantes.
L'équipe du magasin de prestidigitation MAGIC DREAM présente un événement exceptionnel : RENDEZ-VOUS 2020. C'est une convention magique qui aura lieu les 13, 14 et 15 Mars 2020 au Magic Circus Vienna House à côté de Disneyland Paris.
En quelques mots, la convention c'est :
5 conférences : Garrett Thomas - Jon Allen - David Regal - Dani DaOrtiz et Bernard Bilis.
Une Dealer Room réunissant dans une même salle des créateurs du monde entier.

Un spectacle complet en exclusivité d'une heure et demi de DAVID STONE.
La rencontre de magiciens du monde entier venus transmettre leur passion !
Des cadeaux à gagner lors d’un tirage au sort. (Full Pass uniquement).
Une soirée "Welcome Party" (shows, échanges, jeux, surprises, cocktail … )
Jam sessions et tip sessions pendant la durée de la convention.

Les tarifs :

·  195 € Le full pass (3 jours + Spectacle du samedi soir).
·  90 € Pass à la journée du samedi ou Dimanche (Spectacle du samedi soir non inclus).
·  60€ Pass à la journée du vendredi (à partir de 16H) (Inclus: la conférence de Bernard BIlis et l’accès à la welcome party)



Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. Amitiés à tous.