lundi 20 avril 2020

« Du « fakir » de Queneau à la « disparition » de Perec » (article de Fanch Guillemin paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 160, mars – avril 2009).






  
Georges Perec.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 160 (mars-avril 2009). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants. Abonnez-vous donc au Magicus Magazine : pour l’instant et ce jusqu’au 1 juillet 2020, vous pouvez bénéficier d’un tarif préférentiel de 50 euros qui est celui des étudiants, au lieu de 70 (en indiquant juste « JF ») ;  commandez les anciens numéros dont par exemple ce numéro 160 dont j’ai extrait cet article « Du « fakir » de Queneau à la « disparition » de Perec »  écrit par Fanch Guillemin. 



« Du «fakir» de Queneau à la «disparition» de Pérec
«Les livres de Queneau sont des féeries ambiguës d'une apparente gratuité, avec leurs jeux funambulesques de fakirs, de montreurs de foire, de clowns et d'illusionnistes...» Albert Camus : Critique de Pierrot mon ami. N.R.F.

Le chiromancien

Raymond Queneau (1903-1976), de l'Académie Goncourt, est surtout connu pour son burlesque Zazie dans le métro, 1956. Humoriste aimant jouer du langage populaire, il s'intéressa au monde de la foire et aux Arts de l'Illusion grâce aux livres de Robert-Houdin et à celui de Robelly : Trucs et grands trucs, Brive, 1936. Il révéla d'ailleurs dans le Nouveau Fémina de 1954, le secret du joli tour de magie blanche : les anneaux de Möbius.

En juin 1940, replié vers le Sud de la France avec son régiment, devant l'avancée foudroyante des Allemands : «Les Huns piquant des deux arrivèrent à Troyes quatre à quatre ...». Queneau fit, avec talent, le chiromancien près de provinciales naïves, pour se divertir et améliorer son ordinaire.

Démobilisé à Paris, il publia en 1942, Pierrot mon ami, roman à succès s'inspirant des « détective novels» américains, et de ses nombreuses enquêtes dans l'univers du Luna-Park.


Le fakir Crouïa-Bey

«Dans tout l'Uni Park, il y avait cette rumeur de foule qui s'amuse et cette clameur de charlatans et tabarins qui rusent et ce grondement d'objets qui s'usent.

Le fakir Crouïa-Bey devait s'exhiber dans la baraque récemment occupée par l'Homme-Aquarium* et antérieurement par la Pithécantrhropesse et le prestidigitateur Turlupin ...

- Tu sais que ce fakir est fameux ! s'exclama Léonie.

- Sans ça je ne l'aurais pas engagé, fit Tortose. D'ailleurs, il ne faut pas que tu aies d'illusions, tu sais, les fakirs c'est rudement démodé ...

- Moi je trouve ça épatant ces types qui s'enfoncent des épingles longues comme ça dans le gosier. Ça donne une riche idée des capacités de l'homme. Moi je trouve.

- Peuh. Tous leurs trucs sont débinés maintenant. Dans les music-halls on n'en veut plus ... Et tiens, le voilà justement ton fakir ...

Et il dégote vraiment, Crouïa-Bey. Il a des yeux de braise, une barbe de sapeur, des .lèvres de corail : Ah qu'il est beau ! Ah qu'il est beau !

- Je parie, lui dit Léonie, que vous connaissez Hèle-Bey : c'est un fakir célèbre, natif de Rueil et prénommé Victor.

- Moi ? S'écria Crouïa-Bey, jamais de la vie, chère madame ! Hélem-Bey ? Un fumiste qui gâche le métier. Pour ma part, je n'ai jamais été en rapport qu'avec les vrais.

- Bah, dit Léonie, il y en a donc des vrais ? Où ça ?

- Ici même tout d'abord. Vous n'avez qu'à me regarder.

- Et de quel bled vous êtes, monsieur Crouïa-Bey

- De Tatahouine, dans le Sud Tunisien. Ah ! Tatahouine, agi ména, fiça l'arbiya, chouïa barka…

- Blague dans le coin fit Léonie, je parie que vous êtes de Bezons : je reconnais ça à votre accent. Vous ne seriez pas le frère de Jojo Mouilleminche qui chantait à l'Européen ?

- Ah bon ! Vous connaissez donc mon frère ... Mais c'est tout de même vrai que j'ai fait mon service militaire dans les zouaves en Algérie où j'ai été formé par un vrai fakir local ...

- Et vous faites aussi de la double-vue, monsieur Sidi Mouilleminche ?

- Non. Vous savez aussi bien que moi que la double-vue c'est du chiqué ... Moi, ce que je fais c'est du solide, du concret, du réel : les sabres, les épingles à chapeau, les planches à clous verre pilé, les charbons ardents. Je lèche une barre de fer chauffée à blanc ; et pas de trucage avec moi ...». Pierrot mon ami.


De Queneau à Pérec

Notre lunaire ami Pierrot est embauché par Crouïa-Bey comme assistant, puis au cirque Mamar, après l'incendie mystérieux de l'Uni-Park provoqué, selon une hypothèse extravagante, par un ventriloque psychopathe manipulant le cadavre truqué et monté roulettes, d'une vieille dame !!

De son côté, Georges Pérec (1936-1982), Prix Renaudot 1965 et Médicis 1978, virtuose de la jonglerie littéraire et concepteur de mots croisés, connaîtra la notoriété par son roman. La Disparition, dans lequel n'apparaît jamais la lettre «e», pourtant la plus utilisée habituellement.

Exemple : «Trois cardinaux, un rabbin, un animal franc-maçon sur son vingt-huit plus trois, un trio d'insignifiants politicards soumis au plaisir d'un trust anglo-saxon, ont fait savoir à la population par radio, puis par placards, qu’on risquait la mort par inanition ...».

Des profanes non avertis, et même un critique littéraire peu attentif, lurent ce livre sacs rendre compte que la lettre «e» n'y figure pas : l'intrigue policière masquant cette «disparition» par une magistrale «misdirectiion ». A l'inverse, dans Les Revenentes, Pérec s’amuse à n'utiliser que la voyelle «e», évitant tous les a, i, o, u, y.

Exemple : «Thérèse se dévêt prestement et se renverse. Le père Spencer enlève ses bretelles s'empresse de s'étendre près d'elle. Et le révérend pénètre lentement cette femelle rêveuse et entreprend de l'ensemencer, etc.».

A noter qu'un mentaliste français contemporain a conçu un double book test, dont un des volumes ne comporte pas la voyelle "e" et l'autre n'utilise que la voyelle "e" ! (Tandem).

Enfin, dans La vie mode d'emploi, livre dédié à Queneau, Perec met aussi en scène des magiciens :


Joy et Hiéronimus

«L'Américain déserteur Blunt Stanley et la voyante danoise Ingeborg Skifter décrochèrent un engagement miteux dans un cinéma : entre les documentaires et le grand film. Un rideau à paillettes recouvrait l'écran, et un haut-parleur annonçait Joy et Hiéronimus : les célèbres devins du Nouveau Monde. 

Leur premier numéro exploitait deux trucs classiques des magiciens de fête foraine : Blunt, en fakir, devinait diverses choses à partir de chiffres apparemment choisis au hasard. Quand à Ingeborg, elle éraflait avec une plume d'acier la gélatine d'une plaque photographique représentant Blunt; et une balafre sanglante identique apparaissait sur le corps de son partenaire ... 

Ils montèrent ensuite un numéro de fantasmagorie avec apparition de démons et de l'Illuminé Swedenborg par des jeux de miroirs, de fumée à base de charbon, soufre et salpêtre, et une mise en scène sonore, qui rencontra le succès en Asie, aux U.S.A., puis en Europe. Le réglage des lumières, le dosage des flammes, les effets de tonnerre, le déclenchement des pastilles de ferrocérium produisant à distance des étincelles, le maniement de la limaille de fer et des aimants, toutes ces techniques de trucages furent perfectionnées ...».

G. Perec : La vie mode d'emploi. »


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


dimanche 19 avril 2020

Diffusion de la version numérique de l’ouvrage « La Casse du siècle » (auteurs : Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent) au sujet de la destruction en France de l’hôpital public, éditions « Raisons d’agir ».




Patients dormant sur des brancards à l'hôpital public.



Les éditions "Raisons d’agir" soutiennent l’hôpital public qui affronte une crise sans précédent.

La diffusion de la version numérique de l’ouvrage La Casse du siècle coécrit par Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent ne résoudra certes pas la crise sanitaire majeure que nous traversons.

En proposant durant le confinement la diffusion gratuite de ce livre, nous espérons seulement contribuer à la réflexion future sur le système de santé en temps ordinaires et manifester notre soutien au service public.

Nous remercions les auteurs et encourageons les lecteurs à retourner en librairies dès le retour à la normale.



Un extrait de ce livre :


« Le 15 avril 2018, Emmanuel Macron, président de la République depuis un peu moins d’un an, est interviewé par un journaliste de BFM-TV, Jean-Jacques Bourdin, et par le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel. À cette occasion, une question lui est posée à propos d’une pétition lancée quelques semaines auparavant par plusieurs médecins hospitaliers demandant que les tarifs des séjours soient augmentés de façon à desserrer l’étau pesant sur le quotidien des services. 

Le président de la République concède que les difficultés rencontrées par les hôpitaux sont bien réelles – ils seraient même « étranglés », reconnaît-il –, mais il invite à se pencher sur les « causes profondes » de la « crise » de l’hôpital : celle-ci appellerait d’abord « une réponse [en termes] de réorganisation de nos services [...] et de ce qu’il y a entre ce qu’on appelle la médecine de ville et les hôpitaux, pour éviter que tout le monde aille aux urgences ».

Ces « causes profondes » servent à marteler une idée simple, répétée en boucle depuis plus de trente ans : les difficultés de l’hôpital ne viendraient pas du manque de moyens financiers, matériels et humains, mais d’un problème d’organisation et d’efficience. 

Surtout, insiste Emmanuel Macron, et plus radicalement, il conviendrait de redéfinir les missions de l’hôpital : « Et quand je dis qu’il faut repenser à la fois l’hôpital et la médecine de ville, c’est qu’il faut repenser le « comment on va chez le médecin » ». La rhétorique des « causes profondes » renvoie les professionnels hospitaliers au (vieux) monde des illusions et des « facilités » du « toujours plus ». 

Alors que ceux-ci se contenteraient de dénoncer les effets de la crise hospitalière, le réformateur zélé aurait, lui, la lucidité et le courage de s’attaquer aux racines du mal hospitalier. Le resserrement de la contrainte budgétaire serait dès lors une opportunité pour inciter les agents hospitaliers à se réformer eux-mêmes, à revoir leurs routines et leur rôle dans le système de soins. Augmenter les moyens reviendrait, a contrario, à entretenir la fameuse « addiction à la dépense publique ».

Un hôpital, surtout public, est par nature un lieu « sous pression » ; mais, lorsque cette pression monte sans arrêt, la situation devient dangereuse. Depuis dix ans, et particulièrement depuis 2015, protestations et cris d’alarme se multiplient, émanant non seulement des infirmières, des aides-soignantes, des cadres, des brancardiers, des praticiens hospitaliers, y compris des élites médicales, mais aussi des directions hospitalières elles-mêmes, fatiguées d’être prises entre le marteau des agences régionales de santé (autrement dit l’État) et l’enclume professionnelle et syndicale (autrement dit les soignants).

Des documentaires et des films témoignent d’un travail quotidien pénible et anxiogène. Le rapide succès sur Twitter du hashtag #BalanceTonHosto a attiré l’attention publique sur la précarité des conditions de travail et l’inhumanité qui en résulte dans la prise en charge des patients, en particulier dans les établissements destinés à l’hébergement des personnes âgées dépendantes (Ehpad).

La création d’un groupe dénommé « Hôpital debout » lors des rassemblements de Nuit debout a été une autre expression du malaise hospitalier. Bien sûr, on ne compte plus le nombre d’émissions de radio et de télévision, d’enquêtes dans la presse écrite consacrées à la « crise de l’hôpital ». 

Plus dramatiques sont les cas, souvent médiatisés, de suicides dans plusieurs hôpitaux, attribués à des conditions de travail réprouvées ou à la banalisation des pratiques de harcèlement dans des structures au climat social passablement dégradé. 

De leur côté, les porte-parole d’associations de patients et d’usagers dénoncent le sort qui leur est fait dans un hôpital fonctionnant sur le fil du rasoir. 

La mise en ligne en janvier 2018 d’un No Bed Challenge, où les services des urgences peuvent indiquer chaque nuit le nombre de patients dormant sur des brancards faute de lits disponibles, complète encore ce rapide inventaire. »

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.

samedi 18 avril 2020

A la suite de « Dai Vernon, The Professor » par Jean-Pierre Hornecker, « Vernon et Houdini » par Peter Duffie.






Le magicien et éditeur de magie, Jean-Pierre Hornecker.



Le magasin de prestidigitation « Marchand de trucs » nous a aimablement signalé sur Facebook que l’éditeur de magie Jean-Pierre Hornecker publiait gratuitement une biographie de Dai Vernon qui fut certainement un des plus grands prestidigitateurs du vingtième siècle.

Bravo à eux deux pour leur générosité en ce temps de crise où l’on a tous besoin de beaux exemples de solidarité.

J’apporte ma modeste pierre à l’édifice magique en publiant un article du prestidigitateur Peter Duffie sur les relations entre Dai Vernon et celui qui était sans doute l'un des plus grands magiciens de l’époque,  Harry Houdini.



« Vernon et Houdini



Dai Vernon a été sans aucun doute le prestidigitateur le plus influent du XXe siècle. Il était connu de tous, sous le nom affectueux du « Professeur », tout simplement. Mentionnez son nom à n'importe quel magicien, amateur ou professionnel, et vous obtiendrez immédiatement toute son attention. Il est presque impossible de prendre n'importe quel ouvrage sur l'art de la magie publié après 1920 sans y trouver le nom de Vernon à l'intérieur. Vernon est né dans l'Ontario, au Canada, le 11 juin 1894. Il est mort à l'âge de 98 ans à Hollywood, en Californie.


Vernon a amélioré des trucs connus et en a créé de nouveaux. Son esprit clinique est responsable de beaucoup de routines classiques adoptées par nombre de magiciens aujourd'hui. Il créa de nouveaux classiques et éleva l'art de la magie plus haut que la plupart de ses prédécesseurs. C'était cependant une personne modeste douée d'un charisme indescriptible. C'était un vrai gentleman, tout le monde l'appréciait et il le rendait bien. C'était rare, très rare, d'entendre Vernon médire sur quelqu'un. Même si cela était mérité, il trouvait toujours quelque chose de favorable à son égard. Il avait ce don unique de faire passer aux gens qui le côtoyaient  un enthousiasme renouvelé pour leur art. J'ai eu l'honneur de rencontrer « Le professeur» en deux occasions inoubliables. Les deux fois il nous a diverti avec sa magie et ses histoires sans fin sur les grands magiciens du passé.

Il y avait un seul magicien dont il parlait d’une manière négative, et c'était Harry Houdini.

En octobre 1965, le journaliste et magicien amateur Richard Buffum enregistra une série d'interviews avec Vernon. Le résultat fut 11 km de bande magnétique. Une transcription écrite de ces interviews apparurent dans le livre « The Vernon Chronicles - Dai Vernon a Magical Life », publié en 1992, et édité par Bruce Cervon et Keith Burns, deux amis proches de Vernon. Malheureusement « Le Professeur » nous quitta peu après la publication du livre. Une ère se finissait.

Pendant les interviews de Buffum, Vernon parla de plusieurs personnes, y compris de Harry Houdini. Si quelqu'un pouvait nous révéler quel était le « vrai » Harry Houdini, c'était bien Vernon. Vernon rencontra Houdini à maintes reprises et ainsi eut à connaître la personne qui se cachait derrière sa personnalité publique. Une fois, Houdini s'afficha comme « Le roi des Cartes ». Cela n'impressionna pas Vernon. Il déclara qu'Harry Houdini était un maître de l'évasion mais pas vraiment un magicien, et encore moins avec des cartes à jouer. Bien qu' Houdini s'afficha lui-même comme Roi des Cartes, selon Vernon, il avait quelques difficultés à mélanger un paquet sans les plier ou les déchirer.

En dépit des dires de Vernon, je dois reconnaître avoir vu un court métrage où Houdini exécutait sur scène quelques manipulations tape-à-l'œil (tel que étaler un jeu le long du bras, les lancer en l'air et les rattraper avec la même main, et d'autres mouvements élaborés) avec un jeu de cartes, et qu'il les exécutait plutôt bien. Ce à quoi Vernon faisait référence était sa manière de  manipuler les cartes en close-up. Les fioritures de scène (ainsi sont appelées ces types de manipulations) nécessitent moins de finesse parce que le public est beaucoup plus loin de ce qui se passe.


La veuve de Robert-Houdin


Le nom Houdini provient de celui de Robert-Houdin, le célèbre magicien français. Plus tard, selon Vernon, Houdini se vanta qu'il était trois fois plus célèbre que Robert-Houdin. Malheureusement, cela était vrai.

Voici l'histoire que Vernon nous raconta sur l'affront qu'infligea la veuve de Robert-Houdin à Harry Houdini. Houdini était en représentation à Paris et il décida de rendre visite à Madame Houdin. Cependant, il était près de minuit, mais cela ne découragea pas Houdini. Lorsqu'il arriva à la maison des Houdin, il s'aperçut que tout le monde dormait. Pour réveiller Madame Houdin, il commença à envoyer des pierres sur la fenêtre de la chambre.

Finalement elle ouvrit la fenêtre et dit :

« Qui est là, que voulez-vous ? »

« Je suis Harry Houdini. »

Elle regarda Houdini et lui dit, « Je suis désolée, mais je suis couchée pour la nuit » et après cela, elle claqua la fenêtre !


Un mégalomaniaque


D'autres histoires de Vernon à propos d'Houdini sont tout aussi amusantes et instructives. Un incident en particulier évoque le caractère d'Houdini. Frances Rockfeller King, un agent de change bien connu de New-York, partait en voyage de New-York en train. 

A ce moment-là, Harry Houdini écrivait régulièrement des articles pour le New York World. Il y avait un gentleman anglais de la haute société assis dans le train parcourant un journal. Alors que le train démarrait dans la gare, Mlle King remarqua un homme, dont la transpiration tombait goutte à goutte et avec le col relevé d'un côté, qui montait à bord. Cet homme était Harry Houdini, qui, selon Vernon, faisait peu de cas de son apparence et apparaissait toujours débraillé,  et ayant besoin de se raser. Houdini, l'arriviste, aperçu tMlle King, puis remarqua le gentleman en train de lire son journal. Sans prononcer un mot, il se dirigea vers lui et lui arracha le journal des mains. Puis il se dirigea vers Mlle King, et dit,

«  Mlle King, vous voyez, j'ai un article d'une page entière dans le journal. J'en ai un toute les semaines. »

Le gentleman, décontenancé par la conduite d'Houdini, se leva et dit, « Comment osez-vous, Monsieur, m'arracher des mains le journal ?  »

Houdini, pas le moins perturbé, répliqua : « Tout va bien, je suis Harry Houdini. »

A cela, le gentleman riposta, « Je me moque de qui vous êtes, vous n'êtes qu'un voyou ignorant !   »



Un homme populaire ?


Selon Vernon, Houdini avait peu d'amis parmi ses confrères magiciens parce qu'il marchait continuellement sur les pieds des autres. Relativement à cela, Vernon nous a dit : 

« Je suis particulièrement partial parce que je ne me suis jamais mis en avant et n'aime pas être mis en avant. Je déteste l'idée de prendre le dernier siège lorsqu'il y a dix personnes qui le voudrait. Houdini était comme cela au plus haut degré. »

Tout artiste professionnel a besoin de publicité. Toutefois, Houdini était complètement obsédé par cela. Selon Vernon, le premier objectif d'Houdini était de se mettre tout le temps en avant.

Houdini dit une fois à Vernon :

« Si vous voulez réussir dans ce travail, il faut avoir son nom dans le journal tous les jours. Peu importe ce que cela dit, il faut juste l'avoir dans le journal d'une manière ou d'une autre.  »

Vernon nous dit qu' Houdini vivait certainement pour cela. A New-York s'il y avait un incendie, un coup de couteau dans la rue, ou un meurtre, Houdini se précipitait immédiatement à la police et disait,

« Officier, je suis Houdini, puis-je vous aider ? Je pourrai témoigner, j'ai tout vu !  »

Selon Vernon, il faisait cela uniquement parce qu'un coup de couteau dans la rue sur Broadway pouvait faire sensation, et souvent les gros titres le jour suivant affichaient « Houdini a été le témoin d'un personne poignardée ».



« CE N'EST PAS AMUSANT ! »


Apparemment, Houdini n'avait pas un grand sens de l'humour. Vernon relate l'incident qui eut lieu un soir à la réunion de la Society of American Magicians (L’Association des Magiciens Américains). Il y avait un important groupe rassemblé, y compris Houdini. Houdini proposa de montrer aux autres membres un nouveau tour, pour lequel il avait besoin d'une grande feuille cartonnée. Quelqu'un lui dit qu'il y avait un placard de toiles de peintures dans la pièce à côté, il s'y rendit alors et ouvrit le placard. Alors qu'il fouillait à l'intérieur, un des magiciens s'approcha tranquillement, referma la porte et la verrouilla.

Houdini commença par secouer la porte puis la marteler de ses poings. Alors quelqu'un suggéra que cela devrait être facile pour le Grand Houdini. « Voyons si tu sors de là ! » crièrent-ils. Houdini rageait et était furieux et aurait probablement saccagé la pièce entièrement si quelqu'un n'avait ouvert la porte pour le relâcher.

Une fois, lorsque Houdini était dans une ville éloignée il découvrit qu'il y avait une petite prison dans celle-ci. Alors il défia le gardien, un monsieur âgé, le ridiculisant en clamant que ce serait pour lui une promenade que d'en sortir. Le gardien âgé accepta le défi d'Houdini et encouragea le Grand Houdini à s'évader de sa prison. Houdini entra dans l'unique cellule puis le geôlier claqua la porte et la verrouilla. Peu importe comment il essaya, mais il ne put sortir de la cellule ! Apparemment, le geôlier le garda quelques jours avant de finalement le libérer. Houdini n'était pas content. Le geôlier était sans aucun doute ravi.

Vernon considérait Theo Hardeen, le frère d'Houdini, comme un magicien plus sensationnel, mais Houdini avait la célébrité et donc les personnes disaient qu'il était le « grand » plutôt que son frère.

Selon Vernon, Houdini n'était, en aucun cas, un bon magicien. Il commença comme magicien de carnaval puis passa à l'évasion qui le rendit célèbre. Cependant, un fois devenu célèbre comme artiste de l'évasion, il revint à nouveau à la magie. Malheureusement, selon Vernon, il n'était pas très versé dans la magie et ne connaissait pas les bonnes façons de la présenter. Il était uniquement un publicitaire.

Houdini pouvait faire des choses étonnantes, mais, selon Vernon, ce n'était pas de la magie. Il pouvait retenir sa respiration plus longtemps que n'importe quel homme que Vernon connaissait. Il ne fumait ni ne buvait jamais, et mena une  vie sans scandale.  Béatrice la femme d'Houdini était le marraine de Ted, premier fils de Vernon. "

Nota Bene : Un très intéressant livre sur Houdini avait été publié justement par Jean-Pierre Hornecker aux Editions techniques du spectacle, "Houdini et sa légende" de Roland Lacourbe.


Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous !

Extrait de mon livre sur un auteur révolutionnaire « Jean-Patrick Manchette, parcours d’une œuvre » (neuvième partie) (Vulgarité, racisme, stupidité généralisés).




  
Un autre roman de Jean-Patrick Manchette. 



En l’an 2000, j’ai publié un livre sur un auteur « révolutionnaire », Jean-Patrick Manchette.

Face à la crise que nous connaissons aujourd’hui, ses analyses sur notre société me paraissent être totalement d’actualité. Il décrit des situations analogues à celle que nous vivons en ce moment : nous connaissons une vulgarité, un racisme et une stupidité généralisés. Voilà pourquoi, j’ai décidé de partager avec vous l’essentiel de mon étude sur cet écrivain à travers plusieurs articles de ce blog.



«  Vulgarité, racisme, stupidité généralisés



La vulgarité et le racisme sont deux indicateurs de l’incapacité des personnages à communiquer entre eux et à accepter la différence. Chacun vit dans son monde en haïssant les autres.

Le champion toutes catégories de ce type de comportement est bien entendu Henri Butron dans L’Affaire N’Gustro. C’est au point que ce livre qui a été le premier roman policier écrit par Manchette a d’abord été refusé par Albin Michel puis par le comité de lecture de la Série Noire (en majorité de tendance gauchiste) qui a cru qu’il s’agissait d’un livre d’extrême droite. Ils lui ont demandé d’exécuter un petit exercice de style avec Jean-Pierre Bastid qui a donné Laissez bronzer les cadavres

Une anecdote croustillante : A.D.G., qui a maintenant exprimé ouvertement sa sympathie pour tout ce qui est partis et journaux fascisants, a adoré ce roman parce qu’il a cru lui aussi qu’il s’agissait d’un ouvrage de droite !

En fait l’auteur s’est exprimé plusieurs fois sur le sujet : il a voulu au maximum se distancier et il lui a paru intéressant d’exagérer (à peine) les propos et les actions d’un jeune homme affilié à l’OAS, de montrer son itinéraire qui passe d’abord par la délinquance et surtout son manque total de réflexion personnelle qui le fait adhérer à ces idéologies lui fournissant des schémas de pensée tout prêts et faciles à assimiler.

La vulgarité de Butron et son agressivité s’expriment d’abord par rapport à ses parents :

« ma maman, cette vieille conne. » (p. 14) ; « mon père, ce vieux con. » (p.15) ; « le vieux taré, le salaud. » (p. 30)

Il provoque délibérément l’assistance au moment de l’enterrement de sa mère, instant sacré par excellence :
« Au milieu de l’enterrement, pendant un silence, j’eus une impulsion et je fis un prout avec mon trou de balle, puis je souris largement aux gens furtifs, pour qu’on comprenne bien que j’étais l’auteur. Je venais ainsi de choisir mon camp. » (p. 26)

Quand son père meurt lui aussi, il veut tout détruire dans l’appartement dont il a hérité.
« Je suis dévoré par l’idée de chier partout sur les tapis. » (p. 54)

C’est une tête brûlée et il n’a peur de rien. Il est capable d’insulter n’importe qui. Le commissaire Goémond, pourtant représentant des forces de l’ordre dont il devrait redouter la réaction, s’en prend plein la figure :
« Diarrhée, dis-je. Merderie. Policier. Mal blanc. Chiotte. Goguenot.
Salope. Trouduc.
Il comprend que je lui suis plutôt hostile. » (p. 54)

Son racisme omniprésent s’exprime dans tout le roman d’une façon odieusement vulgaire :
« Elle doit se croire belle au second degré avec son nez bougnoul. C’est sûrement une juive sephardim. Je connais assez bien les juifs, j’ai enfilé plusieurs juives. » (p. 14)

Le deuxième accessit en ce qui concerne la xénophobie et la vulgarité peut revenir à Gérard Sergent, le frère de la victime dans Morgue pleine mais aussi son meurtrier. Voici quelques échantillons du discours de ce sympathique personnage:

« Je suis avec un ami à vous. Un Juif.
Il avait mis ses lèvres contre l’appareil pour chuchoter les deux derniers mots. Charmant garçon. » (chap. 7)
« Il faut vous dire, les gens de cinéma, c’est presque rien que des métèques. » (chap. 9)
« Sale Juif, m’a dit Gérard Sergent, ce qui était absurde car je suis de l’Allier. » (chap. 22)

Dans Le Petit Bleu de la côte ouest, Alonso Emerich y Emerich, le commanditaire de l’assassinat de Gerfaut, est lui aussi bêtement raciste. Il parle de la « pureté de son sang, indemne de tout croisement avec des races inférieures, indienne, juive, nègre ou autre ».

Mais le summum est atteint quand, en une parodie dont il a le secret, Manchette fait tenir aux Africains eux-mêmes de L’Affaire N’Gustro un discours xénophobe : « Sale nègre, pense le Maréchal Oufiri. » (p. 75)

Finalement on débouche sur une sorte de stupidité généralisée. Butron a des idées stéréotypées mais les exécutants de l’assassinat de N’Gustro sont eux-mêmes tout à fait ridicules, débitant des banalités pseudo-philosophiques sur Hegel pendant que le leader tiers-mondiste est suspendu par les pieds dans leur cave avant d’être finalement tué.

D’ailleurs dans la plupart des romans, conscients de leur propre médiocrité et de celle des autres, les personnages s’insultent vulgairement.
Ainsi Haymann demande à Tarpon dans Que d’os ! :
« Elle ne va pas se suicider, hein ? a-t-il demandé.
— Vous êtes vraiment con, ai-je dit.
— Excusez-moi. » (chap. 8)

Charlotte Malrakis dans Morgue peine déclare à ses compagnons d’extrême gauche au sujet de Tarpon:
« Vous voyez bien qu’il est complètement con! [...]. » (chap. 12)

Ce mépris mutuel arrive à son apothéose dans La Position du tireur couché où Félix Freux méprise Terrier et l’insulte, où Anne renvoie vertement balader son mari et où finalement le tueur montre tout son dédain pour celui qu’il considère comme un « cave ».
« Tu es con, affirma-t-il d’un ton émerveillé. C’est pour ça. Il fallait être con pour t’en aller dix ans et t’imaginer... [...] Mais je suis intelligent. Je ne suis pas con comme toi. » (chap. 11)
« Laissez-le, c’est un ahuri, déclara Terrier. » (chap. 11)

La violence omniprésente

La vulgarité, le racisme et la bêtise se manifestent souvent dans les propos des personnages mais parfois ceux-ci passent à l’acte. Ainsi Henri Butron dans L’Affaire N’Gustro mais aussi les membres du commando dans Nada

Contrairement à ce qu’ont cru certains critiques à l’époque, Manchette n’a jamais recommandé ce genre d’actions surtout lorsqu’il y a mort d’homme. Les membres du commando sont excusables parce qu’ils sont malheureux et répondent par la violence à celle de la société mais ces formes d’action terroristes doivent être totalement proscrites parce qu’elles renforcent les critiques habituelles de la société capitaliste à l’encontre de l’extrême gauche.

Mais ce que Manchette introduit de nouveau dans la thématique du roman policier, c’est la notion de violence primitive, à la limite du sadisme, provoquant une véritable jouissance chez ceux qui la commettent et réveillant les pulsions les plus bestiales chez les différents protagonistes. 

Qui plus est, elle peut concerner tout le monde, pas seulement tueurs, truands ou policiers : un cadre moyen comme Gerfaut dans Le Petit Bleu de la côte ouest assassine deux personnes sans trop de remords et ensuite revient à une vie normale comme si de rien n’était ! De même le frère de la victime dans Morgue pleine, Gérard Sergent: sous des dehors moralisateurs, il dissimule en fait un pervers refoulé et un tueur.





Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.


vendredi 17 avril 2020

Prestation du mentaliste Gibé au VM Live du 15 avril.





Un spectacle du mentaliste Gibé.


Selon moi, Gibé est un des mentalistes les plus intéressant actuellement car il possède à fond deux armes redoutables dans ce domaine : la psychologie (il est actuellement en doctorat de psychologie) et l’humour.

Son spectacle La Méthode Urbain qu’il a présenté du 21 au 23 avril 2014 à Valence me paraît être la démonstration même de ces deux qualités. En voici le teaser :

« Être riche et célèbre ? C'est de la technique. Marc-André Urbain, coach certifié, vous propose une formation accélérée pour devenir maître du monde.


En 5 leçons de mentalisme, vous saurez comment rejoindre le club des VIP. A vous Davos ! Le tout avec humour, bien sûr.


Théâtre, mentalisme, humour, magie ! Recette originale concoctée par les Décatalogués, compagnie basée à Bourg-les-Valence depuis 1995. »

Pour son VM Live , Gibé nous a effectué de redoutables démonstrations de ses capacités d’influence psychologique (notamment avec la routine qui s’appelait autrefois « Divination d’un objet parmi cinq »).

Pour ceux qui ne le savent pas, Gibé a 45 ans. Il est né en 1974. Ne le répétez pas, il s’appelle en réalité Jean-Baptiste Quenin-Blache et il est psychologue social. Ses grandes spécialités sont les biais cognitifs (voir mes articles dans le blog sur ce sujet) sur lesquels il tient des conférences et l’agnotologie,  la science de  comment et pourquoi « nous ne savons pas ce que nous ne savons pas », alors même qu'une connaissance fiable et attestée est disponible. Il s’en sert pour effectuer du mentalisme propless (sans appareils, totalement impromptu), parfois basé sur la PNL et l’hypnose ericksonienne.

Il nous a montré différents trucs de son métier, notamment comment il pratique le pré-show avec un masque Spfx (1500 euros le masque !), comment il imite l’accent italien (Mago mentalista) ou québécois (La méthode Urbain) pour entretenir plus d’ambiguïté et tromper les spectateurs, et nous  a parlé de son travail sur la maladie d’Alzheimer avec toute l’équipe du « Mystère d’Aloïs » autour de Stéphane Molitor, qui propose sur le sujet des conférences-spectacles avec l’aide de la magie.

Nous ne pouvons citer tous les spectacles de Gibé, y compris dans la rue qu'il affectionne particulièrement (Siméon Joly, Les éclectiques, etc.).

Bravo à lui !


Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous.