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mardi 17 mai 2016

Conférence de Juan Tamariz, au Musée de la Magie, du 13 au 14 mai 2016 (première partie)






Juan Tamariz 

Je ne voulais pas faire un compte rendu de la conférence de Juan Tamariz au Musée de la magie (qui a duré quand même de 19 heures à 3 heures du matin !) mais je ne peux pas tenir cette promesse que je m’étais faite : c’était trop passionnant, trop fort, trop « magnifique », « hermoso », (comme aime le dire Juan Tamariz).

Le premier point que j’aborderai est celui qu’il a traité en dernier ( !), les sept mystères de la magie :

1) Le mystère de l’amour : la prestidigitation doit être effectuée avec beaucoup de passion, beaucoup d’amour. Autrement, elle est ennuyeuse et pauvre spirituellement.

2) Le mystère de l’effort : le magicien doit avoir passé beaucoup de temps à peaufiner ces tours. Tamariz ne dit pas : « J’ai passé 31 jours  à préparer ma conférence ». Mais, dans la réalité, il a réellement travaillé pendant 31 jours. 

3) Le mystère de la connaissance : le performer en magie doit avoir de très solides connaissances sur son art. Tamariz nous cite ses influences : Ascanio, Dai Vernon, Michael Ammar, etc.

4) Le mystère de l’énergie physique et spirituelle : Tamariz a coutume de chanter dans les théâtres avant ses représentations. Les gens pensent qu’il est fou mais c’est une manifestation de son énergie. Il est toujours dans cette optique : « Je vais faire de la magie, c’est quelque chose de formidable. ». Tamariz est né en 1942, il a donc 74 ans et il a toujours cette incroyable énergie, criant, faisant des mouvements brusques, plaisantant sans arrêt.

5) Le mystère de la vérité : Tamariz nous explique que, de temps en temps, il dit des choses fausses pour amuser le public. Mais, quand il veut mettre de l’émotion, il raconte toujours des histoires vraies. Il nous relate, avec sentiment, la plaisanterie qu’il faisait sur sa mère. Quand un seul spectateur applaudissait dans la salle, il disait : « Merci Maman ! ». Mais quand sa mère est décédée, il a senti qu’il ne pouvait plus utiliser cette blague, qu’un mensonge n’était pas compatible avec une émotion. A présent, dans ce type de circonstance, il a gardé un procédé semblable en modifiant seulement le nom et il dit : « Merci, mon frère ».

6) Le mystère du monde intérieur : Tamariz a énormément voyagé, connu de nombreuses personnes très dissemblables. Il a beaucoup lu, beaucoup vécu.
Les spectateurs ressentent le monde intérieur d’un magicien. Il cite l’exemple de son ami, l’argentin René Lavand, qui avait perdu un bras, qui avait vécu des choses très difficiles et qui était un immense prestidigitateur.

7) Le mystère de l’amour (à nouveau !) : Ici, il s’agit de l’amour pour les gens. En tant que magicien, Tamariz veut rendre les gens heureux. Il ne prétend pas être un prédicateur qui transmet un message. Il désire seulement, avec un tour de cartes, provoquer un rire ou un sourire et que les spectateurs oublient leurs soucis, alors qu’ils arrivent parfois à son spectacle très déprimés, épuisés, après leur journée de travail. Et lui-même, Tamariz, par ricochet, se sent très heureux d’effectuer son métier.

C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Amitiés à tous.

samedi 28 mars 2020

Analyse de livres en langue française sur la théorie de la prestidigitation.


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Strong Magic de Darwin Ortiz, un des livres les plus complets sur le sujet.
 J'avais le projet d’écrire un article sur les li­vres traitant de la théorie de la prestidigita­tion mais je me suis rendu compte qu’il en existait trop pour pouvoir tous les décrire dans un seul compte rendu (je n’en ai re­censé volontairement que dix-neuf en langue anglaise, trois en espagnol, un en al­lemand, dont dix ont été traduits en fran­çais, le cas de Our Magic étant spécifique car non traduit dans son intégralité). Our Magic de Nevil Maskelyne et David Devant est composé de trois parties : The Art in Magic, The Theory of Magic, The Practice of Magic, et les éditions Magix ont seulement traduit et publié la première partie.

J’ai été intrigué par le fait que ce premier livre (à ma connaissance) sur la théorie de la prestidigitation, publié en 1911, énonçait vingt-quatre règles pour effectuer une magie de qualité, et que le livre de Darwin Ortiz, Designing Miracles (Concevoir des miracles, créer l’illusion de l’impossible) paru en français en 2018, donc le dernier livre sur la théorie de la prestidigitation sur notre marché magique, énonce quant à lui vingt-sept règles, « Les lois de Darwin », orientées vers la création des effets. J’ai pensé qu’il y aurait un grand intérêt à comparer les deux listes de règles pour voir si les fondamentaux de la magie étaient perçus comme identiques par des magiciens d’une autorité incontestable à un siècle d’intervalle. C’est ce qu’il m’a semblé, mais à vous de vous forger votre opinion.


J’ai regroupé les règles en trois parties : A) Effectuer de la magie pour le public et non pour les magiciens, B) L’importance du degré d’impossibilité de l’effet, C) La concep­tion d’un effet magique (temps, espace, causalité). J’ai mis à chaque fois le numéro de la règle, soit dans Maskelyne et Devant (Our Magic), soit dans Ortiz (Concevoir des mi­racles, créer l’illusion de l’impossible).

A) Effectuer de la magie pour le public et non pour les magiciens
(1,  Ortiz)
La manière de penser des profanes est le sujet le plus important en magie.
(2,  Maskelyne et Devant)
Essayer toujours de se former une conception précise du point de vue le plus probablement adopté par un spec­tateur impartial.

Pour un interprète, se mettre à la place de son public ré­clame d'exercer une dose d’imagination et, on pourrait dire, de jugement, rarement rencontrée parmi ceux qui sont capables de divertir un public. Cependant, plus un magicien pourra obéir à cette règle, plus grandes seront ses chances de succès. La tâche qu'il a devant lui est gi­gantesque mais il devra néanmoins essayer de s'y atteler.
(3,  Maskelyne et Devant)
Eviter la complexité de la procédure et ne jamais abuser de la patience et de la mémoire du public.
Ce qui est présenté doit apparaître comme une série d'opérations parfaitement régulières et naturelles ; et lorsque l'effet final est produit, le public doit être capable de l'apprécier instantanément.

B)  L’importance du degré d’impossibilité de l’effet
(2, Ortiz)
La seule chose qui importe en ce qui concerne la mé­thode est le degré d'impossibilité de l'effet qu'elle produit, et non le degré de satisfaction personnelle qu'elle vous procure. Voici un extrait du développement de Darwin Ortiz sur cette question primordiale de l’apparence impos­sible de l’effet :

« Les magiciens parlent souvent de la différence qui existe entre une énigme et un effet magique. La plupart des ma­giciens ont tendance à penser qu'un tour de magie se compose de deux éléments : effet et méthode. Les plus éclairés reconnaissent qu'il en comprend trois : effet, mé­thode et présentation. La conception doit être considérée comme un élément à part.
Ignorer les principes de la conception explique, par exem­ple, pourquoi les résultats sont si décevants lorsqu'un ma­gicien enchaîne interminablement les versions d'un tour les unes après les autres en combinant simplement les méthodes les unes aux autres, mécaniquement.»

C)  La conception d’un effet magique (temps, espace, causalité)
Si vous arrivez à tromper les spectateurs sur le moment et l’endroit où se passe l’effet magique et qu’ils ne par­viennent à percevoir aucune cause à cet effet, celui-ci ap­paraîtra comme impossible dans leur réalité.
(7, Ortiz)
Si vous pouvez modifier la perception de quand l'effet se produit, alors le public ne trouvera jamais comment il se produit.
(8, Ortiz)
Si possible, assurez-vous qu'au moment où la magie se produit, le dispositif qui a servi à la produire ne soit plus en vue.
(14, Ortiz)
Si vous pouvez faire en sorte que les profanes se posent la mauvaise question, cela vous garantit qu'ils ne parvien­dront jamais à la bonne réponse.

Livres sur la théorie de la prestidigitation en anglais, alle­mand et espagnol
The Experience of Magic par Eugene Burger, Magic and Meaning par Eugene Burger et Robert E. Neale, Mastering the Art of Magic par Eugene Burger, Strong Magic par Dar­win Ortiz, Designing Miracles par Darwin Ortiz, The Books of Wonder par Tommy Wonder, Shattering Illusions par Jamy Ian Swiss, Devious Standards par Jamy Ian Swiss, Neo magic Artistry par S.H. Sharpe, Art and Magic par S.H. Sharpe, Our Magic par Nevil Maskelyne et David Devant, Magic and Showmanship par Henning Nelms, Sleights of Mind par Stephen Macknik et Susana Martinez-Conde, Fundamente par Eberhard Riese, Los cinco puntos mágicos par Juan Tamariz, La via mágica par Juan Tamariz, El arco iris mágico par Juan Tamariz, Showmanship for Magicians par Dariel Fitzkee, The Trick Brain par Dariel Fitzkee, Magic by Misdirection par Dariel Fitzkee, Leading With Your Head par Gary Kurtz, Secrets of Indirection par Kenton Knepper, The Ostrich FactorA Practice Guide for Magicians par Gerald Edmundson.

Livres sur la théorie de la prestidigitation traduits en fran­çais (le titre français est entre parenthèses)
1) Strong Magic par Darwin Ortiz (Strong Magic), 2) Designing Miracles par Darwin Ortiz (Concevoir des miracles, créer l’illusion de l’impossible), 3) The Books of Wonder par Tommy Wonder (The Books of Wonder), 4) Our Magic par Nevil Maskelyne et David Devant (Our Magic), 5) Magic and Showmanship par Henning Nelms (Magie et mise en scène) , 6) Sleights of Mind par Stephen Macknik et Susana Martinez-Conde (Ceci n’est pas un lapin), 7) Fundamente par Eberhard Riese (Fondations), 8) Los cinco puntos mágicos par Juan Tamariz, (Les cinq points magiques), 9) La via mágica par Juan Tamariz, (Le chemin magique), 10) El arco iris mágico par Juan Tamariz, (L’Arc-en-Ciel Magique).

Comment choisir un livre sur la théorie de la prestidigita­tion ?
Le premier ouvrage que j’ai lu sur le sujet est de Juan Tamariz. Son extraordinaire contribution à la théorie de la prestidigitation dans d’abord Le chemin magique puis Le nouveau chemin magique réside dans la théorie des fausses pistes et de l’impossibilité des différentes solutions perçues par les spectateurs. Quant à Magie et mise en scène d’Henning Nelms, c’est un ouvrage passionnant mais il concerne essentiellement la magie de scène (comme celui d’Eberhard Riese). Ceux qui pratiquent seu­lement le close-up risquent d’être déçus.
Mais, pour moi, il s’avère qu’actuellement, le meilleur livre sur la théorie de la magie, le plus complet, le plus clair, le plus synthétique, écrit par un magicien expéri­menté et non un théoricien, est Strong Magic de Darwin Ortiz (quatre parties : l’effet, le personnage, le numéro, le public).
Et les Français dans tout ça ?
Je commets peut-être une erreur mais je n’ai trouvé aucun ouvrage sur la théorie de la prestidigitation écrit par un magicien français sauf sur le close-up : Close-up - les vrais secrets de la magie (réédition) de David Stone. Le livre qui s’approcherait le plus d’une théorisation de la Reine des Arts est Le pouvoir de l’illusion, les clés de votre réussite de Jacques H. Paget (mais il comporte de nombreuses erreurs et l’auteur ne pratique la prestidigitation que de façon anecdotique). C’est dommage, parce que les Français ont été pionniers dans ce domaine : en 1878, Jean-Eugène Robert-Houdin a écrit soixante-dix pages sur la théorie de la magie dans Comment on devient sorcier, les secrets de la prestidigita­tion et de la magie.

La réflexion sur la théorie de la prestidigitation semble s’être réfugiée en France dans deux livres de mentalisme, Douceurs mentales 1 et Douceurs mentales 2 de Fabien Arcole et Eric Bertrand. Le premier comporte trois chapi­tres, et son troisième chapitre « Douces pensées », de soixante-dix pages, est entièrement consacré à la théorie magique. Le deuxième ouvrage est lui aussi constitué de trois chapitres et son troisième chapitre « Réflexions » porte à nouveau entièrement sur la théorie magique avec trois thèmes traités : « 5 clés permettant d’accroître votre crédibilité », « L’art de révéler une information », « Menta­lisme, psychométrie et cold reading ».


Voilà C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.


jeudi 2 avril 2020

« Un génie de la magie comme on en rencontre tous les mille ans » (article de Carlos Vaquera paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 169, septembre – octobre 2010).




Le dernier numéro de "Magicus Magazine, N° 221.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 169 (septembre-octobre 2010). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré à Juan Tamariz écrit par Carlos Vaquera. 

Un génie de la magie comme on en rencontre  tous les mille ans (par Carlos Vaquera)

« Comme vous le savez, le temps n'a pas d'emprise sur les génies et Juan Tamariz est un génie de la Magie !

Depuis le temps que je le lis, depuis le temps que je l'étudie, depuis le temps que je le fréquente, j'ai pu me rendre compte de cette évidence, de cette vérité profonde !

Mais s'il y a un lieu dans le monde où cette vérité est encore plus frappante, c'est dans un petit village aux abords de Madrid : l'Escorial.

Durant les « Journées Cartomagiques de l'Escorial » tous les invités sentent une âme exceptionnelle planer tranquillement au-dessus d'eux. Cette présence tranquille n'est autre que celle qui a initié ces journées et qui en est aujourd'hui son moteur principal. C'est dans ce lieu d'étude, de passion et d'amitié que nous nous rendons compte du véritable génie artistique de cet homme hors du commun. Personne, sauf peut-être les vrais intimes de Juan, ne peut s'imaginer l'amas de connaissances qu'il possède. C'est un dévoreur de livres, un véritable passionné de l'illusion et un amoureux inconditionnel de la Magie. C'est un être empli d'humilité qui ne montre qu'une infime partie de ses connaissances. Il n'y a pas un sujet sur lequel il ne peut pas parler. Il sait tout sur tout ! C'est difficile à croire et pourtant c'est la vérité ! Croyez-moi, il a de quoi nous illusionner pendant encore plusieurs générations !

Au travers de toutes ces années passées à croiser son chemin de vie, j'ai commencé, comme beaucoup d'autres, à entreprendre mon propre chemin pour tenter de m'approcher de sa « voie magique ». J'ai conscience que j'entreprends un voyage difficile, je sais que le chemin sera long et qu'il y aura des moments de doute, mais je sais également que tant qu'il  y aura un homme comme Juan Tamariz pour m'éclairer et me guider, la route sera toujours accessible. Il est un modèle pour nous tous et un support amical qui nous donne l'envie d'aller toujours plus loin.

Nous avons beaucoup de chance de vivre à la même époque que Juan, de le voir, de lui parler et d'échanger avec lui des sentiments amoureux sur notre Art ! Il est un Maître unique qui est venu sur terre pour nous faire vivre une foule d'émotions aussi diverses que le rire, la  joie et la folie contagieuse. S'il y en a un qui est capable d'illusionner aussi bien les magiciens que le public, c’est bien lui !

Juan Tamariz a trouvé son propre pouvoir et il n l'offre sans compter.

Il est un véritable ambassadeur de la liberté, de l'humour et de l'amour. Il connaît le secret de la longévité et il le partage volontiers avec nous : la multiplication des amis.

C'est pour toutes ces raisons que je veux lui dire :

- De la part de tous les écoliers de l'École Magique de Madrid,

- De la part de tous les magiciens du monde entier, qui ont eu le bonheur de le voir,

- De la part de tous les spectateurs, qui ont eu la chance d'assister à un de ses spectacles,

De la part de tous les téléspectateurs, qui le suivaient régulièrement toutes les semaines à la télévision espagnole dans « Magia Potagia »,

- De la part de tous les lecteurs de ses merveilleux livres,

Mille fois merci à toi Juan pour nous offrir ce pourquoi tu es né et pour immortaliser à jamais ton passage dans notre vie !!! »

Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.




Voilà. C'est tout pour le moment. Amitiés à tous.

vendredi 3 avril 2020

« Tamariz à visage découvert » (article de Didier Puech paru dans le journal de prestidigitation « Magicus Magazine », N° 169, septembre – octobre 2010).




    
Le directeur de la publication de « Magicus Magazine » et rédacteur, Didier Puech.



Dans le cadre de mon projet de publier un article chaque jour dans ce blog pour desennuyer les magiciens confinés, le journal Magicus Magazine et son directeur de la publication Didier Puech m'ont autorisé d'une manière très généreuse à reproduire un  ancien article de leur journal du numéro 169 (septembre-octobre 2010). Un grand merci à eux pour leur formidable action. Je rappelle que le journal Magicus Magazine en est à présent à son 221 ème numéro. Tous les numéros sont passionnants : abonnez-vous donc au Magicus Magazine, commandez les anciens numéros dont par exemple celui-ci  dont j’ai extrait cet article consacré au grand prestidigitateur espagnol, Juan Tamariz, par Didier Puech.


"Généreux en tous points sauf pour le Temps. Là, il  n'y est pour rien : le monde entier le réclame.

Notre entretien entamé dans un restaurant madrilène en juin se terminera en octobre au Master Class de Mâcon. Sa com­pagne Consuelo, magicienne colombienne, s'ef­face sans ego, souriante, devant le monument. Le couple respire le bonheur, la simplicité et la complicité.

Juan Tamariz Martel Negron aurait-il du sang bleu dans les veines, avec un grand-oncle marquis De Vado del Maestre, fameux magicien d'An­dalousie au début du XXème ? « C'est un titre de noblesse que prenaient les magiciens de l'époque, sous Alphonse XII : roi de la magie, comte, prin­ce...» explique-t-il à Alain Denis, le très catalan secrétaire de la S.E.I. (Sociedad Espanola de Ilusionismo) à Barcelone.

Malgré de fortes attaches familiales à Sé­ville, Juan nait en 1942 à Madrid. Un père ingénieur dans l'armée et une mère professeur dans un collège. Trois frères, trois filles et un garçon nés de trois mères différentes.

UN CURÉ POUR DÉBUTER.

A six ans, il reçoit la traditionnelle boîte de magie. Mais la vraie révélation se fera à onze ans quand il découvre les huit volumes d'un livre signé d'un curé passionné de magie : « El Padre Ciuro, c'était le meilleur pour débuter ». Puis il découvre Jules Dhotel qui sera un vé­ritable professeur pour lui avec les huit vo­lumes de « La prestidigitation sans bagages ». Il s'entraîne tous les jours.
Autre moment fort de son enfance : le passa­ge du magicien Fu Manchu à Madrid. Il assiste aux sept représentations du magicien hollandais issu de la dynastie des Bam­berg.
A dix-sept ans il pousse la porte du Cercle des magi­ciens de Madrid et rencontre Juan Anton, élève d'Arturo de Ascanio. L'année sui­vante il trouve un engage­ment dans un cirque et re­fuse des offres dans les discothèques et cabarets qui ne correspondent pas à son univers. Il préfère le public « qui vient voir le magi­cien »...
Après un passage chez les jésuites, il entre à l'univer­sité pour suivre durant quatre ans des études scien­tifiques qu'il abandonne, un an avant le diplôme, pour étudier le cinéma et ap­prendre la mise en scène et la réalisation. Onze années universitaires avant de se faire virer pour des raisons  politiques : « un homme au pou­voir dont j'ai ou­blié le nom». Juan, âgé d'une vingtaine d'années, est en­gagé politique­ment dans des mouvements étu­diants. Il subit la dictature de Fran­co qui, rappelons-le, traquait de nombreux intellectuels et artistes. Juan réalise des documen­taires publicitaires assez neutres, assez alimen­taires, afin de ne pas finir en prison. Mais ce travail non créatif pour faire vendre des denti­frices ou des voitures ne l'intéresse plus. Mais il faut bien vivre. Avec sa femme infirmière, Maria Pura, il connaît des périodes un peu difficiles. Il vit en communauté avec une vingtaine de personnes parta­geant les mêmes repas et surtout les mêmes bou­teilles : « Le vin est très nourris­sant ! » déclare-t-il à Roberto Giobbi dans une interview.
Après la mort de Franco en 1975, l'Espagne retrouve la li­berté et les ar­tistes sortent d'une période noire de dictature. Après ses passages à la télévision, des téléspec­tateurs se plaignent de son aspect « irrespectueux, sans cravate ni veste », d'autres le traitent de « fou », mais de nombreux téléspectateurs sont amusés par ce magicien qui chante et hurle ! Il impose pe­tit à petit sa personnalité.
Juan constate qu'il n'existe pas de lieux pour faire de la magie et du close-up en Es­pagne. Il a envie de créer un lieu, une ren­contre, aidé de six amis madrilènes.
Il est engagé dans un congrès de magie à Buenos Aires. Le voyant arriver en jean « et surtout en voyant ma tronche ! » les organisa­teurs voulaient le renvoyer...

LA FISM A PARIS, 1973.

Il vient de remporter, deux ans auparavant, le 1 er prix de cartomagie à la FISM (Paris) avec sa « routine de Paris ». Son ami Ascanio récla­mera pour lui le Grand Prix et notera la « clai­re et évidente injustice qui démontre les failles de l'organisation de tels congrès » (source : re­vue Ilusionismo n° 305/juillet 1984). Les magi­ciens découvrent cet homme mal fagoté, cheve­lu, jouant de l'harmonica et mimant le violon à grand renfort de hurle­ments. Les plus coincés parmi les notables d'as­sociations magiques, dont quelques nostalgiques du franquisme, font la moue, une commissure au coin des lèvres face à cette image anarchique d'une magie sans redingote. On retiendra derrière cette fo­lie douce la qualité tech­nique d'un artiste hors normes.
Il sera ensuite invité dans de nombreux congrès magiques internationaux et fera rapidement partie des personnalités qui font autorité en matière de close-up et de cartomagie mais aussi d'histoire de l'art magique.

 L'ESCORIAL ELITISTE ?

Sa volonté de faire avancer l'art magique se concrétisera, en 1975, par des rencontres assez pointues : L'Escorial. On évoquera dès 1971 « L'Ecole madrilène de l'Escorial » initiée par Tamariz et la bande des six : Ascanio, Anton, Marré, Puchol, Camillo, Varela. L'Escorial devient un véritable laboratoire d'échanges et de recherches puis un symbole d'excellence envié par le monde entier. Les amé­ricains tentent de reprendre l'idée mais c'est un échec : trop contrôlé, très minuté, et la plupart ne veulent pas expliquer leurs routines...
A l'Escorial, les plus grosses pointures de la cartomagie et du close-up, depuis trente-cinq ans, se retrouvent à la Toussaint près de Madrid. On ne s'invite pas à l'Escorial : on est invité ! Environ trente magiciens participent, même si une année on en comptait soixante-dix ! Juan aime parler « d'école de la pensée avec des gens qui partagent leurs réflexions en travaillant dans une même direction ».
Juan Tamariz veut démentir l'aspect élitiste que je lui envoie brutalement au visage : « Elitiste ? Pas du tout. C'est ouvert mais on est limité en nombre de places. Au début les gens étaient contre nous ! Ce n'est pas élitiste du tout puisque nos travaux sont déposés à la Fondation March (équivalent de la Bibliothèque Nationale de Fran­ce) et tout le monde peut les consulter ». Un thè­me, comme par exemple « la magie des cartes chez Jacques Delord », et cela monopolise toute l'énergie du groupe durant trois jours ! «J'aime beaucoup Jacques Delord. Il a beaucoup parlé de l'émerveillement dans les yeux des spectateurs» souligne Juan. L'humanisme des deux hommes saute aux yeux. L'autre magicien qu'il cite sou­vent : Frakson. Un magicien espagnol qui ex­cella dans la magie des cigarettes et qui déga­geait un humanisme sans égal.
Depuis 1994, moins connu, il organise une ren­contre assez familiale (la magie est une grande fa­mille !) à Cadix, dans le sud de l'Espagne. Et l'affiche est belle. Tous sont là pour travailler et s'amuser, bien manger. Femmes et enfants, quand il y en a, vont à la plage toute la journée.
Les magiciens commencent leur rude journée à 16h30 qui se termine à 23h autour d'une bon­ne table «avec de délicieux petits poissons». Chacun présente une routine suivie de deux ou trois heures de discussion pendant plusieurs jours...
« Puis une journée on filme tout » dit-il heureux avant d'avouer tout en murmures : « La nuit on va dans le jardin et on fait travailler notre ima­ginaire en regardant la mer au loin. Parfois on croit voir l'Afrique ! ».
Juan aime beaucoup l'Amérique du Sud : « Oui je voyage beaucoup là-bas, c'est plus vivant... on par­le de la vie toute la nuit ! ». Et à part la magie il aime quoi notre ar­tiste ? « Les gens, la musique - tout le temps ! - la littérature, le foot­ball, le cinéma... ». Et pas la télé­vision ? « Je déteste ! ».

LA TELEVISION (1961-1993).

Dès 1961, il présente sur l'unique chaîne de télévision espagnole des tours pour les enfants. En 1970 il arrive à convaincre un directeur de chaîne de signer des émissions où il veut présenter du close-up. Dans son bureau, il demande à deux secrétaires de par­ticiper à une routine de canifs. Le directeur est sur le côté et voit toutes les astuces... Les vingt per­sonnes réunies et les deux secrétaires sont fas­cinées, rient. Le directeur qui a tout vu se croit plus malin et signe le contrat... Dès 1973 il est une véritable star de la télévision espagnole avec des séries mensuelles et hebdomadaires. On le reconnaît dans la rue. Il se prête au jeu des photos et des autographes mais n'aime pas ça. Il lui ar­rivera même d'arrêter quelque temps la télévi­sion pour se faire oublier. Rares sont les artistes qui ont besoin de « reconnaissance », au sens d'être vu et adulé du public.

Lors de ses «shows» télévisés où il a carte blanche en étant lié à la production, il invite les plus grands magiciens du monde : Lavand, Gaughan, Williamson, Weber, Ammar, etc. «René Lavand viendra dix fois et mon ami Gaëtan tren­te fois !». Outre le divertissement pur jus, Juan ne manque jamais l'occasion d'apporter une fenêtre sur l'histoire de l'art magique et des grands ma­giciens du passé comme Okito, Thurston, etc. L'histoire de la magie évoquant forcément magie blanche et magie noire, ce grand pays très ca­tholique qu'est l'Espagne n'appréciera pas tou­jours les évocations « diaboliques » liées à l'art magique...
En 2003, sa marionnette fait son apparition aux Guignols de l'info espagnols durant trois ans. Une consécration quand on sait que seules les vedettes des médias ont leur marionnette. Et sont brocardées sans ménagements. Lui est assez épar­gné : « Ils étaient très gentils avec moi et ne se moquaient pas de moi. J'avais toujours un rôle amusant, jamais d'attaques privées ! ». Quand le président Bush était dans l'actualité avec la guerre en Irak... Tamariz apparaissait avec sa ba­guette magique et réglait les problèmes !
En 2003 Juan dit « stop » à la télévision.
Au fond de lui, il n'aime pas la télévision. Voi­re pire. Son intention de départ était de mieux faire connaître l'art magique au grand public. La télévision étant un média incontournable. Esti­mant avoir fait le tour de la question et pour lais­ser la place à d'autres, après avoir ouvert la brèche, Juan annonce en 2003 qu'il arrête la télévision. Toute la presse est là. Il est très respecté des journalistes. Il demande à ce qu'on ne le dé­range pas et, surtout, que l'on ne porte pas at­teinte à sa vie privée. Considéré comme un « people » en Espagne, il a toujours été épargné par les photos de sa vie privée. Une seule fois, pour­tant, une photographe de presse l'attendait à la sortie de la clinique d'où il sortait avec son bébé dans les bras. «Ah non, là je ne suis pas d'ac­cord» dit le papa. Trop fière de son coup elle se moque de sa réaction quand les autres journa­listes interfèrent : «Non, pas question, tu le laisses tranquille !». Et il n'y aura pas de photo dans la presse de caniveau...
LA CARTOMAGIE VIENT D'EUROPE.
Le terrain de la cartomagie est occupé en gran­de partie par des magiciens, des livres, dvd, etc. venant des USA. Assez peu de magiciens espa­gnols ? «Mais la grande cartomagie vient d'Eu­rope, à l'origine. Au XIXème siècle, 60% ou plus des techniques en cartes viennent de livres en français comme les merveilleux livres de Ro­bert-Houdin... mais aussi de livres publiés en Espagne, en Italie et en Angleterre. L'Amérique vient longtemps après !». Même Dai Vernon l'avouera dans un congrès FISM, devant un Mi­chaël Ammar gêné car persuadé que tout ou presque vient du génie des américains. Tamariz, le coquin, en pleine discussion avec Ammar, a vu derrière lui le « professeur » (Vernon) : «On se demande quel est le pays qui a le plus apporté à la cartomagie au XIXème siècle. On peut le demander à n'importe qui au hasard ­- il se retourne vers Dai Vernon - Tenez, vous par exemple professor ?». Et la légende vivante de répondre : «La France, la France... bien sûr, à 100 %»... »

 PAS DE NOSTALGIE.
Juan aime l'histoire de la magie, les magiciens d'hier et d'aujourd'hui « mais pas de nostalgie, non pas du tout » répond-il avec clarté. Pour le taquiner je lui demande s'il trouve l'équivalent, aujourd'hui, de grands noms comme Fred Kaps, Channing Pollock, Dai Vernon, etc. « Tu vas voir » me dit-il en étalant sur la nappe un ruban de cartes à jouer. « Donne-moi des noms de grands réali­sateurs de cinéma des années 1970 ? ». Je m'exé­cute en citant près de dix noms. Lui, à chaque nom cité, pousse une carte hors du jeu. « Et main­tenant donne-moi des grands noms de réalisa­teurs de cinéma d'aujourd'hui ? ». J'en trouve trois ou quatre... Il remet les cartes qui dépas­sent dans le jeu, étale à nouveau un joli ruban de cartes et... POUSSE VERS LE HAUT TOUTES LES CARTES ! La démonstration est faite que moins de grands noms se détachent du lot mais que le niveau général est plus élevé. « Tu peux faire pareil pour la peinture, le théâtre... » dit-il en rangeant ses cartes dans la poche.
Est-ce une avancée pour l'art magique que d'avoir autant de magie sur internet ? «Je n'ai pas d'idée là-dessus... Ou plutôt : j'avais une  idée qui a totalement changé depuis un congrès à San Diego où 350 jeunes, la génération internet, étaient très intéressés par l'histoire de la magie... C'était formidable !».
Notre entretien se termine dans le hall de son hôtel à Mâcon. Il a suivi, de loin, pour des raisons d'horaires (on le sait, il vit la nuit), les Master Class initiées par Stephan Leyshon et Katell. Il donnera plusieurs conférences aussi intermi­nables que géniales ! Il n'est pourtant pas fan de l'esprit « Master Class », de maître à élève. Je lui explique que Jeff Mc Bride, ici, avait justement une attitude très respectueuse des « élèves », plus en suggérant qu'en imposant. Juan préfère les va­leurs de partage et d'échanges que de « celui qui sait et celui qui écoute le maître ». Il a une tech­nique redoutable, humainement formidable, quand quelqu'un lui demande d'être critiqué : « Attends, je vais te montrer ce que je fais et tu me donneras ton avis ». A partir de là, les deux sont sur un plan d'égalité.
Certains magiciens seront oubliés dans peu de temps, sans doute pas Juan Tamariz dont l'œuvre restera dans l'histoire de la magie : ses tech­niques, ses méthodes, sa personnalité, etc. Qu'ai­merait-il que l'on retienne de lui dans cinquante ans ? « La passion de la magie » répond-il sans hésiter. Et dans cent ans ? «La double passion !» dit-il en éclatant de rire et sans se prendre au sérieux. Plus que jamais."

Voilà. C’est tout pour le moment. Amitiés à tous !


lundi 23 mai 2016

Bibliographie du principe du jeu Al Koran






Le jeu Cassandra de Docc Hilford, une variante du jeu Al Koran




J’ai vu Juan Tamariz utiliser de manière innovante le jeu Al Koran lors de sa conférence au Musée de la Magie du 14 mai et bluffer la moitié de l’assistance, pourtant composée en partie de magiciens professionnels (je l’ai été moi aussi, bien que je connaisse cet ancien principe). C’est pourquoi j’ai décidé, face à l’étonnante efficacité de cet effet, d’en réaliser une courte bibliographie (le sujet est tellement vaste et exploité qu’une bibliographie exhaustive est impossible).

1) Trionic – T. A. Waters (dans Mind, Myth & Magick, volume 1, p. 97 à 118).
Histoire : Waters nous décrit l’histoire passionnante du jeu Al Koran et en propose plusieurs utilisations. Bien que souvent associé, bien sûr, au nom de Koran et moins souvent à celui d’Audley Walsh (« The magician's Dream », publié dans le numéro 43 de la revue The Jinx d’Annemann, p. 298), le jeu à forcer composé de plusieurs séquences constituées chacune des mêmes cartes a été décrit par Edward Bagshawe en 1924 (tour intitulé « A Spirit Divination Mystery » dans son livre Exclusive Problems In Magic p. 42).

 2) Divination miraculeuse (à la manière d’Al Koran) - Juan Tamariz (dans Le nouveau chemin magique, p. 85 à 94).

3) Hoyez, Hoyez - Sean Taylor (dans Influences mentales, p.105 à 118).

4) Des jeux de rêve - Ted Lesley (dans Paramiracles, p. 85 à 88).

5) Projections - Carl Hanson (dans Manigances mentales, p. 9 à 14).

6) Le jeu Al Koran - Henry Mayol (dans le DVD Moi aussi, je suis mentaliste).


De nombreuses versions du jeu Al Koran ont été créées depuis 1924 mais je n’en citerai que deux qui lui ont apporté des améliorations significatives :

1) Le jeu Cassandra par Docc Hilford.

2) Le Mind Power Deck de John Kennedy.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.