jeudi 12 mars 2015

Un hypnothérapeuthe "hors du commun", Milton H.Erickson, jour 2







Compte rendu du livre 
  Ma voix t’accompagnera, Milton H. Erickson raconte 
par Sidney Rosen 
Aujourd'hui : mes anecdotes préférées


Jour 2

Bonjour,

Je voudrais d’abord vous présenter les trois anecdotes les plus importantes pour moi dans ce livre, qui me servent pendant ma journée, qui sont souvent présentes à mon esprit : ce sont « J’avais tant appris », « Neige légère », « Il parlera ». Toutes les trois bizarrement font partie du chapitre 3 « Faire confiance à l’inconscient ». Je me suis rendu compte beaucoup plus tard qu’avant de lire Erickson, je ne faisais confiance qu’à mon conscient, ce qui est très mauvais et très stressant pour ma personne, et ce qui est le comble pour un hypnotiseur qui normalement travaille essentiellement avec l’inconscient de la personne hypnotisée. Ces anecdotes ont donc été un pas décisif pour moi.

La première « J’avais tant appris » nous montre Erickson arrivant à l’Université d’Oswego à New York et Estabrooks, un professeur, lui disant qu’il est programmé pour faire une conférence le soir-même. Or, notre psychiatre n’a rien préparé. Voilà ce que nous dit Erickson : « Il devait y avoir une nombreuse assemblée et j’avais une foule de choses à faire, sans aucun rapport avec mon propos, avant de me rendre à la salle de conférence. Je me suis pourtant fait aucun souci, parce que je savais que je pourrai parler, penser, et que j’avais tant appris au fil des ans. » C’est donc autour d’une confiance totale dans la mémoire à long terme et dans les connaissances inconscientes mises en réserve qu’Erickson modèle son récit. Il avait l’habitude de comparer l’inconscient avec un réservoir énorme, très utile et très positif, un lieu de stockage des connaissances, pouvant être restituées après bien des années. Personnellement, je me sers de cette anecdote chaque fois que je suis pris de court, soit dans mon travail, soit dans ma vie quotidienne. Elle m’aide à lever mon blocage et à faire venir à la rescousse mes capacités inconscientes. Elle m’apprend surtout à rester zen !

La deuxième anecdote « Neige légère » est encore plus incroyable en ce qui concerne l’inconscient. Je vous la transcris in extenso car elle a une valeur spéciale, comme celle d’une formule magique (et d’ailleurs c’est de la magie !) : « Au village de Lowell (Wisconsin), la première neige de l’automne tomba le 12 novembre, peu avant quatre heures de l’après-midi. Et un gamin, assis sur la troisième chaise du troisième rang, à droite près de la fenêtre, se demandait combien de temps il en aurait le souvenir.
Je me demandais vraiment…
Je savais exactement… Je savais que c’était le 12 novembre de l’année 1912. C’était une neige très légère. »
Tout cela est incroyable de précision. On se demande si Erickson ne ment pas ou s’il ne s’illusionne pas lui-même. Ou alors on pense qu’il s’auto-hypnotise. En fait, j’ai constaté que, sous hypnose, beaucoup de sujets avaient une mémoire phénoménale et pouvaient se souvenir d’une plaque de voiture entr'aperçue il y a dix ans. Mais ceux qui sont bien connectés avec leur inconscient (et Erickson fait partie de ceux-là) peuvent faire des choses incroyables eux aussi. J’ai vu à la télévision l’auteur de romans policiers et ancien flic de grand renom, Roger Borniche, décrire des scènes d’arrestation ayant eu lieu il y a plus de vingt ans, avec un luxe de détails, des précisions horaires incroyables sans l’aide d’aucune note, comme s’il avait une mémoire absolument photographique et totale de ces instants racontés. Me rappeler cette histoire m’aide beaucoup par exemple quand je dois me remémorer quelque chose dans la vie quotidienne ou dans mon travail.

La troisième anecdote est totalement différente. Elle aborde la thématique du regard de l’autre, du regard bienveillant de celui-ci ou de celle-ci, qui nous donne ce que peut-être nous ne pourrions avoir tout seul, la confiance en nous. Elle est intitulée : « Il parlera ». Là encore, je vais la retranscrire intégralement parce que cette histoire signifie non seulement par son contenu, mais aussi par son style, sa narration, sa façon de persuader (rappelons qu’elle est la plupart du temps adressée à un patient en état d’hypnose, donc d’inconscient à inconscient) :
« Beaucoup de gens se tourmentaient parce qu’à l’âge de quatre ans, je ne parlais pas, alors que ma sœur plus jeune de deux ans parlait, et elle parlait, mais elle n’avait jamais rien dit. Et tout le monde se désolait parce que j’étais un garçon de quatre ans qui ne pouvait pas parler.
Ma mère disait tranquillement « Le moment venu, il parlera. » »
Remarquez les répétitions hypnotiques du verbe « parler », typiques de la technique d’Erickson.
Sidney Rosen interprète cette histoire en écrivant qu’Erickson a la conviction qu’on peut faire confiance à l’inconscient pour produire les réponses appropriées au moment voulu. Raconter cette histoire à un patient qui vient juste de commencer l’expérience de la transe hypnotique peut l’encourager à attendre patiemment le moment où l’impulsion à parler émergera…
J’explique cette anecdote d’une autre façon. Dans votre vie, il est déterminant que des gens croient en vous, à votre talent, à la puissance de votre inconscient. Si ce ne sont malheureusement pas vos parents, comme la mère d’Erickson (comme ce fut mon cas), ce peut être un professeur, un ami, votre femme et d’autres personnes encore (c’est ainsi que je l’ai vécu et que je le vis encore). Cette confiance inconditionnelle, malgré parfois de mauvais résultats, est déterminante pour dépasser les obstacles de la vie et quelquefois aller plus loin que nous-mêmes. Ces gens-là nous créent et nous transforment en mieux que nous sommes par leur regard intelligent et leur attention toujours bienveillante. Curieusement, Erickson abordait dans cette histoire, un peu de manière prémonitoire, un concept très en vogue aujourd’hui, celui de la résilience développé par le psychiatre Boris Cyrulnik. Même si vous avez eu une enfance gâchée, une enfance martyre, vous pouvez rencontrer un professeur, un adulte ayant à la fois un regard intelligent et indulgent sur votre personne, qui vous sauve parce qu’il croit en vous, s’occupe de vous et transforme votre vision du monde et de vous-même : c’est la résilience. Cyrulnik montre dans son livre Les vilains petits canards que, même certains des enfants enfermés dans les orphelinats de Ceausescu en Roumanie, dans des conditions extrêmement dégradantes, ont pu avoir accès à la résilience. Les statistiques ont mis en évidence que ceux-ci ont eu une vie normale, comme des enfants qui auraient été encouragés par la confiance de leurs parents.
Je me sers beaucoup de cette histoire quand je suis au travail ou que j’écris, et que j’ai un moment de blocage. Je pense à ceux qui croient en moi et qui m’aiment, qui croient et qui ont cru que « le moment venu, je parlerai » (à remarquer aussi que ce moment n’est pas déterminé à l’avance par la société ou par d’autres individus mais qu’il dépend de la maturation de la personne, donc de quelque chose à la fois strictement intime et progressif qui peut être d’une durée très variable).

C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro ! Ce sera le chapitre 2, « histoires motivantes » (le chapitre 1, « changer l’inconscient », trop difficile et trop technique,  étant conservé pour une étude ultérieure).


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