mardi 20 octobre 2015

Le Vajrayana (Véhicule du diamant)

Le mandala des cinq bouddhas, un des supports de l'initiation Vajrayana



Je me suis rendu compte que j’avais parlé des différentes initiations de Sangharakshita au Vajrayana mais que je n’avais pas présenté cette branche du bouddhisme. Ce sera le sujet de cet article. Le Vajrayana commença dans le milieu du premier millénaire, principalement dans le nord-est et le nord-ouest de l’Inde. De l’Inde et de l’Asie centrale, celui-ci gagna progressivement le Tibet. Né du besoin d’étendre la pensée bouddhique à d’anciennes pratiques « magiques », il se caractérise par l’importance accordée à l’exécution des rites, considérée comme une sorte de méthode psychologique. A l’origine, le Vajrayana était constitué de petits groupes rassemblés autour d’un maître. Il fallut attendre un stade relativement tardif dans l’évolution du mouvement pour constater l’apparition de textes (Tantras) fixant la doctrine du Vajrayana. Une de ses caractéristiques est par exemple l’utilisation de syllabes sacrées ou mantras.

Les théories du Vajrayana constituent une tradition ésotérique alliant des éléments de yoga et d’anciennes religions à la pensée bouddhique originale. Les influences en provenance du nord-ouest de l’Inde eurent un effet décisif, car elles introduisirent une puissante symbolique de la lumière ; les influences du nord-est imposèrent leur culte de la sexualité qui marqua profondément l’iconographie.

De tradition strictement orale à ses débuts, cette école commença à élaborer des systèmes de pensée cohérents entre le VI ° et le X ° siècle. Les ouvrages les plus importants sont le Guhyasamaja-Tantra et le Kalachakra-Tantra. Outre l’ensemble complexe des Tantras, les chants spirituels ou poèmes chantés des Mahasiddhas (ascètes possédant une connaissance parfaite des tantras) contribuèrent également à la transmission de la doctrine Vajrayana.

Au moment de son introduction au Tibet, la tradition Vajrayana avait déjà réussi à s’imposer au sein du bouddhisme. Le préalable indispensable à une bonne maîtrise des méthodes du Vajrayana dans le bouddhisme tibétain est la compréhension de la théorie de la Prajnaparamita (perfection de la sagesse). La sagesse (prajna) est un concept central du Mahayana, puis du Vajrayana ; elle désigne une conception du monde intuitive et immédiate et non un principe abstrait et soumis à l’intellect. L’instant décisif est celui de la compréhension et de la prise de conscience de la Vacuité (Shunyata) qui est la Vraie Nature du monde. Prajna est l’une des « Perfections » (Paramitas) réalisées par les bodhisattvas au cours de leur cheminement (Bhumi). Donc, ne vous inquiétez pas, si vous ne la possédez pas tout de suite, cela vient après bien des années de pratique et de méditation !

L’initiation, par un maître reconnu, à la forme de méditation enseignée par les différents textes (Sadhanas) est indispensable. Ces ouvrages décrivent en détail les divinités présentées comme réalité spirituelle (voir au sujet de celles-ci l’article de mon blog sur les dhyani-bouddhas) et retracent tout le processus psychique allant de la visualisation concrète de ces bouddhas à l’extinction totale de la pensée. 

Il faut comprendre que, pour le bouddhiste du Vajrayana, la visualisation d’une divinité n’a rien d’un acte magique, ni d’une supplication adressée à une entité extérieure. Il s’agit de l’identification du fidèle avec un certain principe d’énergie dont la présence lui paraît évidente (par exemple le dhyani-bouddha Amitabha représente l’énergie de l'amour universel et parvient grâce à celui-ci à transformer notre avidité). Parmi les moyens enseignés au cours de cette initiation ayant pour but la sublimation de l’individu dans sa totalité, on trouve la récitation des mantras, la contemplation des mandalas (par exemple le mandala des cinq bouddhas) et l’exécution de certains gestes rituels appelés mudras.

Peu à peu, en rédigeant cet article, j'ai pris conscience qu’il fallait, pour compléter cette courte initiation au Vajrayana et à ses méthodes, que je vous parle du cours remarquable que j’ai suivi avec Danielle, une des membres du centre bouddhiste Triratna, où elle a détaillé les mantras, les mudras et les énergies des cinq dhyani-bouddhas. Vous pourrez ainsi effectuer votre pratique personnelle de la méditation Vajrayana.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.

Amitiés.

lundi 19 octobre 2015

Les riddhis ou pouvoirs surnaturels dans le Vajrayana




Cela peut paraître incroyable mais le fait de voler dans les airs (lévitation) est le sixième riddhi



C’est une question qui est rarement abordée dans les livres sur le bouddhisme, celle des pouvoirs surnaturels ou parapsychologiques que l’on peut obtenir en exerçant certaines pratiques de cette religion. Ils sont appelés les riddhis (pouvoirs supranormaux) et naissent notamment d’une réalisation intensive des quatre étapes de la méditation (Dhyana). 

Le premier stade de la méditation se caractérise par l’abolition des désirs et des éléments malsains et est atteint par la pensée et la réflexion (différenciation analytique, étude approfondie des problèmes matériels ou psychiques). Le second stade est manifesté par l’apaisement de la pensée et de la réflexion, un état de calme intérieur et une concentration aiguë de l’esprit sur un objet de méditation précis. On baigne alors dans la joie. Au troisième stade, la joie disparaît, remplacée par une absence totale de sentiments ou impassibilité (Upeksha) : on est éveillé, conscient et l’on ressent du bien-être. Au quatrième stade ne subsistent plus que l’impassibilité et l’acuité d’esprit.

Je rappelle qu’il y a, pour le bouddha, cinq obstacles à la méditation (nivaranas) : le désir, la méchanceté, la raideur ou la mollesse, l’agitation et le remords, le doute.

Les riddhis sont aussi générés par la concentration de l’esprit sur un objet unique (samadhi). Cette concentration s’obtient par une diminution progressive de l’activité de l’esprit. Samadhi est l’état de conscience non dualiste caractérisé par l’union entre le « sujet » et « l’objet » de l’expérience : seul subsiste le contenu de l’expérience. Il faut quatre qualités essentielles pour le samadhi (riddhipadas, parties du pouvoir magique) : la concentration du désir, la concentration de la volonté, la concentration de l’esprit, la concentration de l’étude et du jugement.

Les riddhis sont au nombre de huit :

1) La bilocation
2) L’invisibilité
3) La pénétration des obstacles matériels
4) Le pouvoir de pénétrer la terre comme si c’était de l’eau
5) La marche sur l’eau
6) La faculté de voler dans les airs
7) Le pouvoir de « toucher le soleil et la lune »
8) Le pouvoir de maîtriser son corps  « jusqu’au monde de  Brahma »

Les huit riddhis font eux-mêmes partie des six abhijnas (connaissances supranormales), les cinq autres étant l’oreille divine, la télépathie, le souvenir des réincarnations, l’œil divin et la prise de conscience de l’extinction des trois souillures.

Voici les six abhijnas avec des précisions en plus :

1) Les riddhis ont déjà été détaillés.
2) L’oreille divine : perception de voix humaines et divines
3) La télépathie
4) Le souvenir d’existences antérieures
5) L’œil divin (connaissance du cycle de la vie et de la mort chez tous les êtres vivants).
6) La prise de conscience de l’abolition de ses propres souillures et passions, Asravas (les trois souillures étant celle de la convoitise, celle du devenir et  celle de l’ignorance.)

Tout cela peut paraître extrêmement bizarre, ces pouvoirs parapsychologiques déclarés comme étant presque naturels ou alors éventuellement atteignables. Mais il faut se souvenir que le Bouddha vient de l’Inde. Un des quatre livres sacrés hindouistes, le quatrième et dernier Veda, est l'Atharva-Veda, un ouvrage qui traite seulement des envoûtements et des formules magiques pour obtenir ce que nous désirons ou perdre ceux que nous détestons.


Voilà. C'est tout pour aujourd'hui. La suite au prochain numéro, comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines contemporaines.

Amitiés !












dimanche 18 octobre 2015

Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (deuxième partie)


Dhardo Rimpoche, un des maîtres tibétains de Sangharakshita



Cet article, pour des raisons de commodité de lecture sur Internet, a été divisé en deux parties.

Après son initiation en 1957 à la Tara verte avec le lama Chetul Sangye Dorje, c’est le 12 octobre 1962 que Sangharakshita reçoit de Dhardo Rimpoche l’ordination du bodhisattva et il lui est expliqué le lendemain, de façon détaillée, les soixante-quatre préceptes prononcés lors de celle-ci.

En 1964, peu avant son départ pour l’Angleterre, il lui est donné en outre l’initiation à la Tara blanche, une bodhisattva féminine, incarnant en particulier la dimension de la sagesse.  Sangharakshita connaîtra encore ensuite d’autres initiations tantriques par des lamas tibétains. C’est lors de l’une d’elles que lui sera attribué un nouveau nom « Urgyen », qui désigne une contrée dans le nord-ouest de l’Inde où aurait vécu Padmasambhava, l’initié indien qui introduisit le bouddhisme au Tibet et le fondateur de l’école Nyingmapa.

Un personnage qui marquera beaucoup Sangharakshita, lors de ses dernières années en Inde, est Chen Chien-Ming, plus connu sous le nom de Yogi Chen, un instructeur d’origine chinoise, mais formé dans le Vajrayana. Il enseignera des semaines durant une série de cours sur les techniques de la méditation à l’intention de Sangharakshita et d’un autre moine anglais de passage à Kalimpong, Kantipalo. Les cours seront mis par écrit et donneront lieu à une publication : Buddhist Meditation, Systematic and Practical, une remarquable présentation des formes variées de la méditation et des différents  niveaux de conscience qui peuvent être atteints grâce à celle-ci.

Si vous voulez avoir plus de détails sur les enseignants tibétains de Sangharakshita,  consultez le site de la communauté Triratna  ou le site même de Sangharakshita.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans l’article qui va suivre, j’aborderai la théorie des riddhis (ou iddhis) dans le  bouddhisme Vajrayana .

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.





Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita, le fondateur de la communauté bouddhiste Triratna (première partie)




Chetul Sangye Dorje, un des formateurs tibétains de Sangharakshita, né en 1913, est donc âgé à présent de 102 ans et continue à parcourir le monde.



Le bouddhisme tibétain vu par Sangharakshita (première partie)


Un visiteur, qui assisterait pour la première fois à une soirée Sangha du Centre bouddhiste Triratna de Paris, pourrait être surpris d’entendre pendant la puja, après la récitation des mantras du dhyani-bouddha Amitabha et du bodhisattva Avalokitésvara, ceux de la bodhisattva tibétaine Tara : « Om tare tuttare ture Svaha » et de Padmasambhava, le fondateur du bouddhisme tibétain : « Om ah hum vajra guru padma siddhi hum ». En réalité, Sangharakshita, le fondateur de Triratna, après avoir été moine bouddhiste hinayana (theravada), a reçu plusieurs initiations tibétaines.

Cet article pour des raisons de commodité de lecture sur Internet sera divisé en deux parties.

C’est en 1950, alors qu’il a vingt-cinq ans, que Sangharakshita prend véritablement contact avec le bouddhisme Vajrayana (tibétain ou véhicule du diamant). Il vit alors en Inde et a été ordonné par le passé dans le hinayana (petit véhicule). Il crée à cette époque un journal mensuel qui s’appelle Stepping Stones (Pierres de gué) et plusieurs de ses contributeurs sont des bouddhistes tibétains : Alexandra David-Neel, Lama Govinda, etc. Sangharakshita se lie plus spécifiquement d’amitié avec Lama Govinda : tous les deux partagent le désir de découvrir le bouddhisme dans son ensemble (les trois mouvements principaux : hinayana, mahayana, Vajrayana) et ils sont déçus par l’attitude étriquée de certaines écoles, notamment dans le hinayana. Ils cherchent à promouvoir l’unité du bouddhisme et voient comme critère d’efficacité, dans un enseignant ou un mouvement, l’aptitude à promouvoir la croissance spirituelle des individus avec l’Eveil comme horizon. Lama Govinda, par ses grandes connaissances, sera en fait déterminant dans la compréhension plus claire que Sangharakshita aura progressivement du Vajrayana.

En 1956, Sangharakshita franchit une étape déterminante dans sa connaissance du bouddhisme tibétain. Il demande l’initiation tantrique (tibétaine), qui marquera un nouveau départ dans sa vie intérieure. Sur ce point, c’est Lama Govinda qui l’a aidé à voir clair, en lui présentant la dimension philosophique de la méditation du Vajrayana. Il s’agit entre autres d’arriver à découvrir son guru intérieur ou à défaut d’en trouver un qui soit extérieur. En effet, dans l’initiation tantrique, le maître met le disciple en lien avec la forme idéalisée d’un bouddha ou d’un bodhisattva, l’idéalisation s’appuyant sur un aspect particulier de la conscience éveillée, sagesse ou compassion. Suite à cela, le disciple, par un effort de visualisation, contemple cette forme archétypale durant sa méditation, cherchant à renforcer en lui l’aspect de la conscience éveillée qu’elle incarne. C’est là sans doute un moyen pour dépasser l’effort purement personnel en cherchant à se laisser guider par une force externe.

Durant le printemps 1957, Sangharakshita se rend auprès d’un lama tibétain qui lui semble apte à lui fournir cette connaissance, le lama Chetul Sangye Dorje. Ce dernier lui donne l’initiation à la Tara verte, une bodhisattva féminine qui personnifie la compassion. Sangharakshita pratiquera quotidiennement la méditation de la Tara verte durant les années qui suivent. Il y trouvera la force plus élevée et décentrée qu’il recherchait.

Mais Chetul Sangye Dorje n’est pas le seul grand lama tibétain à marquer l’itinéraire spirituel de Sangharakshita. En effet, de plus en plus attiré par la richesse, la ferveur et le haut niveau intellectuel de la spiritualité tibétaine, il se met toujours davantage à l’école de ses représentants, lesquels sont souvent des tulkus, des incarnations reconnues des précédents grands lamas. Déterminante est alors la rencontre avec Dhardo Rimpoche. Cet homme réservé, dont la confiance ne pourra être conquise qu’au fil des années, devient son plus proche ami spirituel et son plus grand maître. Leur première rencontre a lieu en 1954 par l’intermédiaire d’un ami commun qui, ayant écrit un article en anglais sur le bouddhisme tibétain, inspiré par l’enseignement de Dhardo Rimpoche, avait demandé à Sangharakshita d’en corriger la grammaire et le style. Ce sera l’occasion pour le futur créateur de Triratna de connaître et d’apprécier la profondeur et la pensée de Rimpoche et son approche non sectaire du Dharma. Celui-ci appartient à l’école Gelugpa, quoiqu’étant lui-même la réincarnation d’un tulku de la tradition Nyingmapa, la plus ancienne du bouddhisme tibétain.

Ayant des fonctions importantes dans le gouvernement tibétain, Dhardo Rimpoche est alors un conseiller proche du Dalai-Lama. Lorsqu’a lieu la rencontre avec Sangharakshita, il est abbé du monastère de Ladakhi à Bodh-Gaya et, parallèlement, il dirige à Kalimpong un Centre d’études tibétaines (le Indo-Tibetan Buddhist Cultural Institute). Un véritable sentiment d’amitié et de respect mutuel naît entre Sangharakshita et Dhardo Rimpoche. Ce qui impressionne Sangharakshita chez celui-ci, c’est à la fois sa grande érudition et son incroyable compassion, incarnant parfaitement l’idéal du bodhisattva. Plus que ça, il a l’impression que le Rimpoche est un bodhisattva vivant : quelqu’un qui vit l’existence spirituelle non pas seulement pour son propre soi mais pour le bien de tous les êtres vivants. Et il n’aura désormais plus qu’une aspiration : suivre son exemple.

Voilà ! C’est tout pour aujourd’hui
Dans un prochain article, j'aborderai les autres initiations de Sangharakshita au bouddhisme tibétain.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.



dimanche 11 octobre 2015

Les cinq dhyani-bouddhas, leurs projections magiques, leurs émanations agissantes


Une petite illustration mais très parlante sur les cinq dhyani-bouddhas


Aujourd’hui, je vais compléter mes observations sur les cinq dhyani-bouddhas, leurs projections magiques et leurs émanations agissantes grâce au livre Les Dieux du bouddhisme de Louis Frédéric. Selon l’auteur, ces cinq dhyani-bouddhas ou Jinas, étant aussi des bouddhas de méditation, par la puissance de leur concentration et de leur méditation contemplative, donnèrent naissance à des sortes de reflets agissants d’eux-mêmes ou bodhisattvas de méditation (dhyani-bodhisattvas), aussi appelés bodhisattvas de sagesse, dont la mission est de veiller sur le monde. Mais aussi chaque dhyani-bouddha est censé être, selon certaines théories, la projection magique d’un des cinq bouddhas historiques. En fait, chacun de de ces Jinas seraient trois entités en une seule, un bouddha historique, sa projection magique et son émanation agissante.

Pour plus de clarté, je vais vous présenter à la suite, comme dans l’article précédent, chaque dhyani-bouddha avec son bodhisattva de méditation (dhyani-bodhisattva) et le bouddha historique qui lui correspond.

1) Amitabha a comme bodhisattva de méditation Padmapani et correspond au bouddha historique Sakyamuni.

2) Amoghasiddhi a comme bodhisattva de méditation Visvapani et correspond au bouddha historique Maitreya (le bouddha de l’avenir !).

3) Akhshobya a comme bodhisattva de méditation Vajrapani et correspond au bouddha historique Kanakamuni.

4) Ratnasambhava a comme bodhisattva de méditation Ratnapani et correspond au bouddha historique Kashyapa.

5) Vairochana a comme bodhisattva de méditation Samantabhadra et correspond au bouddha historique Krakucchanda.

La plupart du temps, on croit que les bouddhistes ne révèrent que Sakyamuni, le bouddha de notre ère, mais c’est totalement inexact. La secte japonaise du Jodo-Shinshu ne prend en considération qu’Amitabha tandis que les sectes ésotériques du Tendai et du Shingon, toujours au Japon, ont fait de Vairochana leur divinité principale.

Un peu compliqué, non, mais vous verrez par la suite que cela en vaut la peine. Si vous voulez creuser le sujet, achetez-vous, comme je l’ai déjà indiqué, la Petite encyclopédie des divinités et symboles du bouddhisme tibétain du Lama Cheuky Sèngué (François Jacquemart) et étudiez p.116 le « Tableau des correspondances des 5 vainqueurs » (les vainqueurs étant les dhyani-bouddhas). Si vos finances sont basses, vous pouvez consulter le site du Centre Bouddhiste Triratna de Paris ou alors ce lien, ou même aller sur Wikipédia.

Dans un prochain article, j’aborderai un sujet un peu différent, le bouddhisme tibétain, auquel Sangharakshita, le fondateur de la Communauté bouddhiste Triratna,  a été initié à différentes reprises par le passé.
Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.



samedi 10 octobre 2015

Les cinq dhyani-bouddhas ou bouddhas de méditation



Une iconographie traditionnelle des cinq dhyani-bouddha. Remarquez que chacun est représenté avec une couleur différente.



Les cinq dhyani bouddhas (ou bouddhas de méditation ou bouddhas de sagesse ou bouddhas transcendantaux ou Jinas : Vainqueurs).


J’ai remarqué que dans la plupart des religions qui pratiquaient au départ l’adoration d’une seule personne ou d’un seul dieu (catholicisme, bouddhisme, etc.), les êtres humains ont connu une tendance très forte à imaginer de nombreuses divinités subalternes ou des auxiliaires de ce dieu (par exemple, dans le catholicisme les anges et les saints ou dans le bouddhisme, les cinq dhyani- bouddhas ou les bodhisattva). Louis Frédéric a pu ainsi écrire un livre Les dieux du bouddhisme qui recense trois mille divinités issues de cette religion ! Je vais parler aujourd’hui des cinq dhyani-bouddhas ou bouddhas de sagesse, inventés sans doute au septième siècle après Jésus-Christ, respectivement Amithaba, Amoghasiddhi, Akhshobya, Ratnasambhava et Vairochana. Dans le courant vajrayana, ils représentent les cinq aspects du bouddha primordial, les cinq épisodes principaux de sa vie, et les cinq sagesses permettant de transformer les cinq émotions négatives en énergie positive.

Le principe des cinq bouddhas repose sur la notion de trikaya (Les trois corps du bouddha, Dharmakaya, Sambhogakaya, Nirmanakaya), proposée à l’origine par l’école yogacara du courant mahayana.

Ces bouddhas sont considérés comme des bouddhas transcendantaux. En effet, alors que le Hinayana n’admet l’existence que d’un seul et unique bouddha par ère, le Mahayana reconnaît l’existence d’innombrables bouddhas. Le bouddha Sakyamuni est la manifestation aux yeux de tous (nirmanakaya) d’un bouddha primordial (dharmakaya). Il existe aussi des manifestations visibles pour les méditants et les bodhisattvas, appelées sambhogakaya. Cette théorie a donné naissance à la notion qu’un bouddha peut se démultiplier en différentes formes représentant chacune l’un des aspects particuliers de ses émanations.


1) Amithaba a comme émotion négative l’avidité qu’il transforme par la sagesse de l’amour universel, il représente la « lumière infinie » du bouddha primordial et l’épisode de l’illumination sous l’arbre de boddhi (il est aussi le bouddha de la « Terre Pure ».).

 2) Amoghasiddhi a comme émotion négative la jalousie qu’il transforme par la détermination de mener les choses à bien. Il représente « l’accomplissement infaillible » du bouddha primordial et l’épisode de l’arrêt de l’éléphant lancé par son cousin Devadatta (oui, personne ne le sait mais, comme tous les grands réformateurs, le bouddha a été la cible de plusieurs tentatives d’assassinat).

3) Akhshobya a comme émotion négative la colère-haine qu’il transforme par l’acceptation tranquille du mauvais comme du bon. Il représente « l’imperturbabilité » du bouddha primordial et l’épisode de la victoire contre Mara à Bodhgaya.

4) Ratnasambhava a comme émotion négative l’orgueil qu’il transforme par la conscience de l’identité fondamentale des êtres. Il représente « celui qui est né du joyau et produit des joyaux » par rapport au bouddha primordial et l’épisode de la construction du temple Mahabodhi par Ashoka.

5) Vairochana a comme émotion négative l’ignorance qu’il transforme par la conscience de la vacuité. Il représente « l’illuminateur » par rapport au bouddha primordial et l’épisode du sermon de Bénarès (Sakyamuni a fait un prêche devant ses cinq premiers disciples dans cette ville pour leur faire partager la voie qui selon lui menait à l’Éveil. Il a alors exposé les Quatre Nobles Vérités).

Pour plus de renseignements sur le sujet, consultez le très bon livre, Petite encyclopédie des divinités et symboles du bouddhisme tibétainpar le lama Cheuky Sèngué (François Jacquemart).

Dans un prochain article, j’aborderai les projections magiques (bouddhas historiques) et les émanations agissantes (bodhisattvas de méditation) de ces dhyani-bouddhas.

 Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.

La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.

Amitiés à tous.

jeudi 8 octobre 2015

Compte rendu de l’atelier de méditation bouddhiste du dimanche 4 octobre 2015





Compte rendu de l’atelier de méditation qui a eu lieu le dimanche 4 octobre 2015 au Centre Bouddhiste Triratna de Paris (animé par Vassika)

Je rappelle d’abord les deux méthodes de méditation développées par Sangharakshita pour la Communauté bouddhiste Triratna : la concentration sur le souffle en quatre étapes (anapana-sati) et la méditation de la compassion, elle aussi en quatre étapes (Metta-Bhavana). Pour tous détails et précisions sur ces deux types de méditation, consultez le résumé que j’ai rédigé dans cet article de mon blog et les très beaux et très complets développements sur le site de l’Esprit Indompté  (les détails donnés dans ces pages web de wildmind ont été une grande aide pour moi dans mes progrès en méditation).

Vassika a décidé de consacrer la journée à la concentration sur le souffle que nous effectuerons à trois reprises. Mais avant tout, elle nous donne quelques précisions sur sa vision de cette méditation. Dans la concentration sur le souffle, nous avons l’impression d’être totalement attentif à notre respiration mais, même pour les plus grand méditants, il n’en est rien. Vassika développe la notion de « contexte ». Même quand notre point focal, notre centre, est situé dans le souffle, nous sommes, toujours et malgré nous, dans un « contexte » de deux ordres : notre espace et notre temps.

Il y a plusieurs étages, plusieurs strates dans notre contexte corporel : d’abord nous avons connaissance et conscience de notre corps (petites douleurs dans le dos, la nuque, les jambes, etc.), de nos pensées (je suis un homme), de nos sentiments (je suis bien et puis je suis mal ! Et je suis à nouveau bien ! ), de notre environnement (sons dans la salle, bruits au dehors), du cadre de notre vie (des pensées nous assaillent immanquablement au sujet de notre travail, notre famille, etc.).

Le contexte temporel est très présent aussi, à la fois du passé et du futur. Du passé, nous voyons certaines scènes inoubliables, nos habitudes de vie, nous repensons aux différentes méditations que nous avons expérimentées autrefois et aux efforts que nous avons réalisés pour qu’elles soient les plus adéquates et les plus longues possibles. Notre futur est représenté par la direction de vie que nous désirons prendre, par les questions : « Pourquoi, en vue de quoi, je pratique la méditation et pourquoi je fais ces méditations aujourd’hui ? »

Le but de la méditation, qui, malheureusement, est en fait rarement atteint, mais dont on peut se rapprocher progressivement, est la transcendance. Dans la transcendance, l’espace et le temps disparaissent totalement. La personne est entièrement dans l’instant présent (et nulle part ailleurs) et son esprit est en même temps infiniment ouvert. Cela semble correspondre à ce qu’on nomme actuellement la méditation de « pleine conscience », telle qu’elle a été développée en Occident par le docteur Jon Kabat-Zinn.

Quand nous parvenons à faire abstraction de notre espace et de notre temps, nous arrivons à une forme de transcendance que nous pouvons appeler l’unification horizontale. Celle-ci sera complétée par l’unification verticale, qui peut être traduite par le terme « intégration», un des autres buts de la méditation. Dans ce deuxième temps, nous essayons de nous relier avec notre inconscient, ce qui est parfois douloureux psychiquement. Celui-ci contient souvent des traumatismes non traités, des aspects problématiques et parfois cachés de notre personnalité. C’est là que l’on comprend que la vie spirituelle peut être parfois difficile, malaisée, et pas du tout un lit de fleurs, comme on se l’imagine souvent. Cette unification verticale est même certaines fois violente et provoque une grande confusion dans la personne. Mais, comme nous le dit Vassika, un philosophe a écrit que ce qui est douloureux, pénible, laborieux, si nous arrivons à le surmonter, nous rend plus forts. Il en est de même de la vie spirituelle et de la méditation.

Dans un prochain article, je parlerai des textes écrits par Sangharakshita sur la méditation. J'évoquerai aussi les différents buts de celle-ci :

1) L’unification
2) Le calme
3) Les états d’esprit élevés
4) La vue pénétrante des choses
5) La connaissance de soi


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui.
La suite au prochain numéro comme dans les romans-feuilletons du dix-neuvième siècle ou dans les séries télévisées américaines actuelles.
Amitiés à tous.