lundi 4 juillet 2016

Un des plus beaux suttas (selon moi), le karaniyametta sutta, la bonne volonté.





Karaniyametta sutta (Sutta Nipata I.8)
La bonne volonté

Dimanche 3 juillet, c’était la fête du Dharma au centre bouddhiste Triratna de Paris, et Ujumani, un des membres de l’Ordre,  nous a proposé de lire un texte, le Karaniyametta sutta, que j’ai trouvé extraordinaire parce que j’ai eu l’impression que, dans ses 43 lignes, presque tout le bouddhisme était contenu. Presque toutes les révélations du Bouddha y était décrites et en plus d’une manière littéraire ! Cela m’a provoqué un flash et j’ai pensé à Borges, le génial auteur argentin (dont j’ai adoré l’intelligence), qui sous-entendait que peut-être l’univers tout entier pouvait se résumer en un seul vers, qui sait finalement en un mot unique : « Dans « La Parabole du palais » du recueil L’Auteur, le Poète, après une longue pérégrination avec l’Empereur Jaune, prononce un poème constitué, racontent certains commentateurs, d’un seul mot, qui résume l’univers tout entier et fait disparaître le palais. »

Aujourd’hui, je vais procéder d’une manière différente que d’habitude et vous donner le texte à l’état brut pour que vous puissiez par vous-même en goûter la pure teneur, le savourer si vous l’aimez, le recracher si vous le trouvez mauvais ou amer. Je vous dirai en détail ce que j’en pense dans un prochain article.

« Voici ce que doit faire celui dont les buts sont avisés
Qui veut arriver à l'état de paix :
Être capable, droit, et direct,
Facile à instruire, aimable et sans prétention,
Content et facile à vivre,
Ayant peu de charges, vivant de peu,
Aux facultés pacifiques, et plein de maîtrise [de soi],
modeste, et sans envie d'avoir des partisans.

Ne faites pas la moindre chose
que plus tard les sages pussent censurer.

Dites-vous : Heureux, tranquilles,
Puissent tous les êtres être heureux dans leur cœur
Quels que soient ces êtres,
Faibles ou forts, sans exception,
Longs, larges,
Moyens, courts,
Subtils, grossiers,
Visibles et invisibles,
Proches et éloignés,
Nés et en recherche de naissance :
Puissent tous les êtres être heureux dans leur cœur

Que personne ne trompe personne
Ou ne méprise quiconque, nulle part,
Ou que par colère ou irritation
Personne ne souhaite de souffrir à personne.
Comme une mère risquerait sa vie,
Pour protéger son enfant, son seul enfant,
De même doit-on cultiver un cœur sans limites
Par rapport à tous les êtres.
Avec bonne volonté pour le cosmos entier,
Cultivez un cœur sans limites :
Au-dessus, en dessous, et tout autour,
sans obstacle, sans hostilité ni haine.
Que ce soit debout, en marchant,
Assis ou couché,
Aussi longtemps qu'on est alerte,
On doit être résolu dans son attention.
C'est ce qu'on appelle les demeures sublimes
Ici et maintenant.

Non pas prisonnier de ses conceptions,
Mais vertueux et accompli en vision pénétrante,
Ayant dompté le désir des plaisirs sensuels,
Jamais plus on ne renaîtra. »


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Amitiés à tous.

samedi 2 juillet 2016

Le yoga, support essentiel de la méditation




Méditation en position du lotus


J’ai beaucoup parlé dans ce blog de la méditation bouddhiste mais une véritable méditation n’est possible qu’avec un corps libéré de ses tensions (voir cet article). Une bonne méditation ne peut pas se réaliser si notre corps est crispé, encore complètement bloqué par nos soucis quotidiens. Une des solutions majeures pour retrouver le contact avec notre corps est le Yoga. Souvenons-nous des huit étapes du Raja-Yoga : avant d’atteindre Dhyâna, la méditation, la septième étape, il faut passer par les étapes d’Asana, la posture, de Pranayama, la discipline du souffle et de Dharana, la concentration. Tara Michaël explique ces techniques d’une façon lumineuse dans son livre Clefs pour le Yoga et la plupart de mes analyses sont inspirées par elle.

La posture de Yoga (Asana) doit répondre à deux exigences, être à la fois stable et agréable. Quand l’entraînement dans la posture permet au pratiquant du Yoga de la garder fermement, tout en se sentant à l’aise, le but est atteint. La posture met fin à l’agitation corporelle et rassemble les énergies éparses. Il y a aussi dans le Yoga un type de postures dites « méditatives ». Ce sont souvent des postures assises comme la position du lotus.

Lorsque l’étape de l’asana est acquise, vient alors celle de la discipline du souffle (pranayama). En réalité, elle est plus qu’un contrôle du souffle : elle est la régulation de l’énergie vitale (prana) au moyen de celui-ci. Prana désigne les courants d’énergie qui animent le corps. Le mouvement respiratoire n’est que l’un d’eux, mais le plus évident, et en corrélation étroite avec tous les autres. Par la régulation du souffle respiratoire, on obtient la maîtrise sur les différents « souffles vitaux » ou courants d’énergie subtils.

In fine, le pranayama est considéré comme la plus haute forme d’ascèse, purifiant de toutes les souillures : « Par le pranayama, le réseau opaque qui recouvre la luminosité intrinsèque de l’esprit est graduellement dissout, et l’esprit devient apte à la concentration » (Yoga sutras de Patañjali II, 52, 53). Rappelons-nous aussi que la révélation de sa doctrine est venue au Bouddha grâce à de longs jours de méditation sur le souffle.

Je pratique le Yoga depuis plus de trente ans, toujours avec bonheur, et je voudrais, dans cet article et dans cette vie, remercier du fond du cœur mes professeures de Yoga : Gabriela Guyonnaud, Véronika Strukelj, Malati Haliche et Anne-Christine Carpentier. Une mention spéciale aussi pour deux astrologues védiques que j’ai rencontrés : Stephen Quong (Umananda) et le pandit Shastri.


Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro. Amicales salutations. 


vendredi 1 juillet 2016

Sutra du cœur, la Vacuité.





 La Vacuité

Trois autres paragraphes du sutra du cœur m’ont particulièrement impressionné cette fois sur le thème de la vacuité (ou vide). Si voulez voir le commentaire des autres paragraphes, allez ici et aussi ici. Si vous désirez lire le sutra en entier, reportez-vous à ce lien.

Voici les paragraphes :

« Ici donc,
La forme n’est rien d’autre que la vacuité,
La vacuité n’est rien d’autre que la forme.
La forme n’est que vacuité,
La vacuité n’est que forme.

Ainsi, dans le vide, il n’y a ni forme,
Ni sensation, perception ou choix,
Ni non plus de conscience.

Il n’y a pas non plus de douleur, ni cause de la douleur,
Ni cessation de la douleur,
Ni noble chemin menant hors de la douleur ;
Ni même sagesse à atteindre !
L’atteinte aussi est vacuité. » 

La vacuité est un des concepts centraux du bouddhisme. Il enseigne que toutes les choses sont vides, impermanentes, impersonnelles et pénibles. Dans le Hinayana (petit véhicule), l’idée de vacuité s’appliquait uniquement à la « personne » ; le Mahayana l’étendit à toutes les choses, impersonnelles et dépourvues de nature du Soi. Les phénomènes, les manifestations de la réalité en général, sont dénués de substance durable et autonome ; ils n’existent pas en dehors de la vacuité. C’est Sunyata (la vacuité) qui porte et pénètre tous les phénomènes.

Cette conception du vide de toute existence ne doit toutefois pas laisser croire à une attitude de simple nihilisme. Elle ne signifie pas que les choses n’existent pas, mais seulement qu’elles ne sont rien d’autre que des apparences. Sunyata est fréquemment assimilé à l’absolu par le Mahayana, car le vide est exempt de toute dualité et de toute forme empirique. Il existe une métaphore pour illustrer la différence qui sépare la vision hinayaniste de la conception mahayaniste : dans le Hinayana, les choses ressemblent à des tonneaux vides ; le Mahayana pour sa part nie jusqu’à l’existence des tonneaux, ce qui l’amène à une notion d’insubstantialité totale.

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. La suite au prochain numéro.